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antisionisme

"Tout le contraire d'un fait" : Sabra et Chatila - événement historique ou événement mythique? (II)

September 20 2022, 12:29pm

Posted by Pierre Lurçat

Jean Genet en visite dans un camp palestinien à Amman

Jean Genet en visite dans un camp palestinien à Amman

 

Le quarantième anniversaire des massacres de Sabra et Chatila est l’occasion pour plusieurs médias de faire revivre le mensonge de la “culpabilité juive” dans ce massacre de Palestiniens musulmans par des Phalangistes chrétiens. Deuxième volet de notre analyse de l'événement "Sabra et Chatila" comme événement "métaphysique" (E. Marty) et comme événement mythique.

 

La construction de l’événement dans le discours anti-israélien et antisioniste


 

Dans la relation médiatique de cet événement, il ne s’agit plus seulement de choisir et de sélectionner certains faits, mais aussi et surtout d’ériger certains faits en événements, ou plutôt de créer des événements qui n’ont qu’un rapport lointain - le plus souvent d’inversion et de négation - avec les faits. Ainsi, le fait de l’assassinat de Palestiniens par des phalangistes chrétiens devient l’événement mythique dans lequel Ariel Sharon, Tsahal, Israël, voire “les Juifs” sont les coupables de ces assassinats. L’événement Sabra et Chatila, selon cette analyse, est bien le contraire des faits qui s’y sont déroulés. Mais notre nouvelle définition de l’événement médiatique est incomplète : il y manque en effet une dimension supplémentaire, métaphysique. 

 

Cette “dimension métaphysique” de l’événement est particulièrement saisissante dans le cas de Sabra et Chatila, où le massacre de centaines de Palestiniens par des phalangistes chrétiens est devenu un acte d’accusation contre les Juifs. En effet, explique E. Marty, “Sabra et Chatila dit peu de choses des souffrances et de l’horreur que vécurent ses victimes”, parce qu’il “est intégralement noué à la question juive, en tant qu’elle est le lieu auquel sont nouées l’angoisse du Bien et l’angoisse du Mal. Sabra et Chatila en ce sens est un événement métaphysique, auquel le scénario du bouc émissaire confère une sorte d’universalisme spectaculaire qui ne peut que fasciner la planète.

 

Pour comprendre plus précisément cette dimension métaphysique de “l’événement Sabra et Chatila”, Éric Marty nous invite à lire ce qu’il appelle la “phrase primordiale et majeure” de Jean Genet, tirée de son livre Un captif amoureux : “Si elle ne se fût battue contre le peuple qui me paraissait le plus ténébreux, celui dont l’origine se voulait à l’Origine, qui proclamait avoir été et vouloir demeurer l’Origine… la révolution palestinienne m’eût-elle, avec tant de force, attiré?” Cette phrase, effectivement, est capitale, parce qu’elle donne la clé de compréhension non seulement de l’engagement de Jean Genet, qui se livre avec sincérité et lucidité, mais aussi de celui de très nombreux autres militants antisionistes. En ce sens, on a pu dire que la “chance” des Palestiniens était d’avoir pour adversaires les Juifs.

 

C’est à la lueur de cette affirmation capitale de Genet, qu’on comprend aussi la dimension métaphysique et mythique de Sabra et Chatila, et au-delà de cet événement, du conflit israélo-arabe dans sa totalité. L’événement Sabra et Chatila - comme la Nakba que nous avons abordée dans notre précédent chapitre, comme l’événement Deir Yassin sur lequel nous allons revenir et comme tant d’autres événements du même acabit - ne sont en effet que les maillons d’une même chaîne ininterrompue, qui remonte à la nuit des temps (c’est précisément la définition du mythe, qui renvoie toujours aux origines). C’est toujours le même spectacle qui est rejoué indéfiniment, et chaque partie est toujours assignée au même rôle : le Juif est sempiternellement assigné à son rôle d’assassin (assassin du Christ pour les chrétiens, assassin des prophètes pour les musulmans, assassin des Palestiniens pour le téléspectateur contemporain).

 

Comme l’explique encore Éric Marty, reprenant à son compte les analyses de René Girard sur le bouc émissaire :

 

Le crime imputé à Israël a produit partout autour de lui de l’innocence. Cette innocence touche donc non seulement tous les crimes antérieurs, effacés par les noms de Sabra et Chatila, elle touche au nom même du criminel (à savoir, Elie Hobeika) qu’aucune foule n’a jamais scandé, elle touche enfin à l’essence du crime, car si les Juifs sont coupables, le crime cesse d’être un fratricide, un crime entre frères, pour devenir le crime d’un étranger. Le crime de Sabra et Chatila”, selon cette analyse, “est un cas particulier du bouc émissaire”. “La crise mimétique permanente instaurée par le processus accusatoire a produit un effet cathartique important : la réconciliation de tous les Libanais dans un mensonge mimétique, qui fait d’Israël le seul ennemi, le seul coupable… La nation jusque-là faite d’ennemis qui se haïssaient jusqu’à la mort est devenue fratrie, la grande fraternité



 

Ce qui est vrai du Liban, pays morcelé et éclaté en de multiples sectes, communautés et confessions et longtemps déchiré par de sanglantes luttes intestines, l’est aussi des autres voisins d’Israël. Car le “mensonge mimétique”, qui instaure une illusoire fratrie par la désignation du bouc émissaire, Israël, est tout aussi présent chez les autres pays arabes, en Syrie (où la minorité alaouite au pouvoir a longtemps utilisé Israël comme bouc émissaire), en Égypte, en Jordanie (nation largement artificielle du point de vue ethnique et historique, où l’hostilité à Israël sert de ciment à une fragile cohésion nationale), et jusque chez les Palestiniens, société clanique divisée dont le principal dénominateur commun est la haine d’Israël cultivée par ses dirigeants, ceux du Hamas comme ceux de l’Autorité palestinienne.

 

P. Lurçat


(Extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éd. L’éléphant 2022)

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Sabra et Chatila 1982-2022 - Quarantième anniversaire d’un mensonge métaphysique (I), Pierre Lurçat

September 18 2022, 11:54am

Posted by Pierre Lurcat

Sabra et Chatila 1982-2022 - Quarantième anniversaire d’un mensonge métaphysique (I),  Pierre Lurçat

 

Le quarantième anniversaire des massacres de Sabra et Chatila est l’occasion pour plusieurs médias de faire revivre le mensonge de la “culpabilité juive” dans ce massacre de Palestiniens musulmans par des Phalangistes chrétiens. Ajoutons que les récentes “révélations” de médias israéliens concernant la connaissance qu’Israël a pu avoir des événements en temps réel ne modifie pas fondamentalement la vérité énoncée par Ariel Sharon à l’époque : “Des goyim ont tué d’autres goyim, et ce sont les Juifs qu’on accuse…” 

 

Si j’ai choisi Sabra et Chatila comme exemple emblématique des “mythes de l’antisionisme”, dans le cours donné sur Akadem et publié depuis en livre, c’est précisément parce que cet événement “est intégralement noué à la question juive, en tant qu’elle est le lieu auquel sont nouées l’angoisse du Bien et l’angoisse du Mal”, comme l’explique Eric Marty. “Sabra et Chatila en ce sens est un événement métaphysique, auquel le scénario du bouc émissaire confère une sorte d’universalisme spectaculaire qui ne peut que fasciner la planète.

 

Rappelons brièvement les faits : entre le 16 et le 18 septembre 1982, des centaines de réfugiés palestiniens étaient massacrés par des milices chrétiennes phalangistes dans la banlieue de Beyrouth, sur l’instigation du chef des services secrets libanais, Elie Hobeika. Paul Giniewski, auteur de plusieurs ouvrages sur l’antisionisme, note à ce sujet qu’aucun des grands thèmes de la démonisation d’Israël n’a occupé l’avant-scène avec une permanence sans faille, autant que le massacre de Sabra et Chatila et le rôle prêté à Ariel Sharon, alors ministre de la Défense.

 

On mesure à quel point le thème de Sabra et Chatila est demeuré vivace, dans la propagande palestinienne et dans ses relais occidentaux, à l’aune des innombrables textes, films, reportages et œuvres d’art qui lui sont consacrés jusqu’à ce jour. Citons à titre d’exemple, un remake du Guernica de Picasso, intitulé sobrement “Le massacre de Sabra et Chatila”, exposé au Tate Modern de Londres. La véritable logorrhée verbale, médiatique, artistique et intellectuelle, autour du massacre de Sabra et Chatila et de la prétendue responsabilité israélienne prouve, si besoin était, la véracité du constat fait par l’écrivain Paul Giniewski :

 

Quatre des plus grands journaux américains y avaient consacré davantage d’espace qu’aux dix plus grands massacres qui avaient marqué la décennie 1972-1982, et qui comprenaient celui de l’Ouganda sous Idi amine, les 20 000 civils massacrés à Hama en Syrie, la boucherie de 2,5 millions de Cambodgiens par leurs compatriotes. Trois ans après les faits, un autre massacre eut lieu dans les mêmes camps, alors sous contrôle des Libanais chiites, faisant plus de 500 morts”. Et Giniewski de poursuivre : “Les mêmes quatre quotidiens américains y consacrèrent dix fois moins d’espace qu’au Sabra et Chatila “enjuivé”. En 1982, ce vrai, cet unique Sabra et Chatila digne de mobiliser la conscience universelle avait produit 10 000 mots sur 7 pages dans le même numéro de l’un des grands quotidiens : davantage que l’espace mérité par le débarquement allié en Normandie pendant la Deuxième Guerre mondiale”

 

Autre exemple de cette disproportion et de cette logorrhée médiatique : le fameux texte de l’écrivain Jean Genet, “Quatre heures à Chatila”, auquel il doit une partie non négligeable de sa célébrité. Ce texte a donné lieu à d’innombrables commentaires, mises en scène, et jusqu’à un récent spectacle de danse. L’écrivain français au passé trouble, (qui se présentait lui-même par les mots “Jean Genet, voleur” à ses compagnons de cellule, pendant la Deuxième guerre mondiale), n’a jamais été autant apprécié et célébré que lorsqu’il a écrit ce texte et qu’il est devenu ainsi le “porte-parole” des Palestiniens, auxquels il a consacré de nombreux autres textes. Lisons à ce sujet l’analyse éclairante d’Éric Marty, dans son livre Bref séjour à Jérusalem :

 

Sabra et Chatila n’est jamais apparu comme un événement au sens purement historique du terme - tel Austerlitz qui n’efface pas Wagram et qui n’est pas éclipsé par Waterloo - , il est apparu comme un surévènement, en tant qu’il rend inaudible le nom de tous les autres, en tant que les trois jours qu’il dura effacent les sept ou huit ans de guerre civile et de massacre qui le précédèrent et les huit ans de tueries qui suivirent ; il est apparu comme événement en tant qu’il est devenu l’unique événement par lequel l’on se remémore un très long épisode historique.

 

Cette analyse d’Éric Marty décrit très précisément le processus par lequel Sabra et Chatila, en tant qu'élément du mythe plus large du “génocide du peuple palestinien” - devient un événement mythique, qui efface toute la réalité historique de la guerre civile au Liban et de ses innombrables crimes, commis par des factions tellement diverses et variées, qu’il est difficile de s’y retrouver… Mais dans la version mythifiée, tout devient très simple : il ne reste plus qu’un seul crime, celui des Juifs. “Des goyim ont tué d’autres goyim, et ce sont les Juifs qu’on accuse” - la fameuse expression d’Ariel Sharon - lui-même transformé en accusé principal - dit très bien, de manière lapidaire, ce que Marty analyse sous un angle littéraire. 

 

La lecture par Éric Marty du récit de Sabra et Chatila fait par Jean Genet lui permet d’établir une distinction - essentielle pour notre compréhension du discours et des mythes antisionistes - entre le fait et l’événement : “Grâce à Genet, nous avons compris… ce qu’était un événement, nous avons compris qu’un événement était tout le contraire d’un fait, nous avons compris que pour qu’un événement soit, il suppose de porter en lui une dimension métaphysique - il doit, comme phénomène, toucher à l’essence de ce qu’il représente

 

Tout le contraire d’un fait” - cette définition de l’événement s’applique parfaitement au récit médiatique du conflit israélo-arabe, dans lequel les faits sont constamment déformés, mutilés, obscurcis ou escamotés. Mais il ne s’agit pas tant d’une volonté délibérée de tromper (qui existe parfois), que d’une conséquence presque inévitable de la posture médiatique. En effet, comme l’écrit Marty à un autre endroit, “la déformation, la désinformation sont pratiquement totales, aussi naturelles aux  médias... que le fait de respirer”. Si les médias, selon Éric Marty, “mentent comme ils respirent” à propos d’Israël, ce n’est pas, bien entendu, parce que les journalistes seraient des menteurs invétérés, mais plus prosaïquement, parce qu’ils ne se préoccupent guère des faits. lls cherchent - ou plutôt ils créent - des événements, c’est-à-dire des faits qui rentrent dans leur grille de lecture. Tout fait qui n’entre pas dans leur grille de lecture, qui ne lui correspond pas, ou qui la contredit, est évacué, éliminé, ou encore transformé et travesti pour lui correspondre. (à suivre…)

P. Lurçat

 

(Extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éd. L’éléphant 2022)

 

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"Israël - État d’apartheid", racines d'un mythe politique antisémite, Pierre Lurçat

July 27 2022, 08:18am

Posted by Pierre Lurçat

"Israël - État d’apartheid", racines d'un mythe politique antisémite, Pierre Lurçat


La résolution de la NUPES sur le soi-disant “apartheid” israélien vise à implanter au cœur du débat politique français le discours mythique antisioniste. Dans les lignes qui suivent, extraites de mon livre Les mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain, lui-même tiré d'un cours donné sur Akadem, je retrace l’origine de ce mythe antisioniste.

 

Il est toujours délicat d’établir avec précision les origines d’un mythe politique. Celui-ci, comme tout mythe, puise ses sources dans une histoire déjà ancienne et floue. L’accusation d’apartheid portée contre Israël a des origines multiples : parmi ses promoteurs, on trouve des acteurs très divers - États, organisations et personnes physiques - qui incluent à la fois les militants anti-apartheid en Afrique du Sud et ailleurs, l’URSS et ses satellites, l’OLP etc. C’est toutefois cette dernière, avec l’appui et sans doute sur l’instigation de l’URSS, qui a transformé l’accusation d’apartheid lancée contre Israël en un véritable mythe, lequel perdure jusqu’à nos jours.

 

Pour comprendre comment est apparu et s’est développé ce mythe, il est nécessaire de rappeler les origines du mouvement national palestinien. L’émergence du nationalisme arabe palestinien est en effet étroitement liée aux trois grands totalitarismes du vingtième siècle : le mouvement islamiste des Frères musulmans (qui ont exploité la cause de la Palestine arabe, avec l’aide du père fondateur du mouvement national palestinien, le grand mufti Hadj Amin al-Husseini) ; l’Allemagne nazie, qui s’est servie du nationalisme arabe pour combattre ses deux ennemis irréductibles, l’Angleterre et les Juifs ; et enfin l’URSS et ses satellites.

 

Le père fondateur du mouvement national palestinien avec Adolf Hitler

 

Le mouvement national palestinien et les trois grands totalitarismes du 20e siècle

 

Cette dernière a joué un rôle décisif - et largement oublié ou occulté aujourd’hui - pour promouvoir la cause palestinienne et transformer l’OLP, organisation relativement marginale dirigée par Ahmed Choukeiry depuis 1964, en représentant « légitime » du peuple palestinien sur la scène internationale. Comme le relate Ion Pacepa, ancien conseiller de Ceaucescu qui fit défection en 1978, c’est en effet le KGB qui fut à l’origine de la création de l’OLP et du personnage même de Yasser Arafat.

 

Dans son livre The Kremlin Legacy (1), Pacepa raconte ainsi qu’un jour de 1964, “nous avons été convoqués à une réunion conjointe du KGB, à Moscou. Il s’agissait de redéfinir la lutte contre Israël, considéré comme un allié de l’Occident. La guerre arabe pour la destruction d’Israël n’était pas susceptible d’attirer beaucoup de soutiens dans les «mouvements pour la paix», satellites de l’Union Soviétique. Il fallait la redéfinir. L’époque était aux luttes de libération nationale. Il fut décidé que ce serait une lutte de libération nationale : celle du « peuple palestinien ».

 

L’organisation s’appellerait OLP : Organisation de Libération de la Palestine. Des membres des services syriens et des services égyptiens participaient. Les Syriens ont proposé leur homme pour en prendre la tête, Ahmed Choukeiry, et il fut choisi. Les Egyptiens avaient leur candidat : Yasser Arafat. Quand il apparut que Choukeiry ne faisait pas l’affaire, il fut décidé de le remplacer par Arafat, et celui-ci fut “façonné” : costume de Che Guevara moyen-oriental, barbe de trois jours de baroudeur… « Il fallait séduire nos militants et nos relais en Europe ! » (2).

 

C’est dans ce contexte de la création de l’OLP et de l’invention du peuple palestinien, instrument de la lutte idéologique de l’URSS contre Israël et contre les États-Unis, que se situe l’apparition du mythe de l’État d’apartheid, dont nous allons à présent retracer les étapes.

 

Première étape : Choukeiri à l’ONU et la Charte de l’OLP

 

Selon le politologue américain Daniel Pipes, le premier à accuser Israël d’être un État d’apartheid fut Ahmed Choukeiri, futur dirigeant de l’OLP en 1964. Cela se passait en 1961, au moment du procès Eichmann, et Choukeiri était alors diplomate à l’ONU. Auparavant, il avait été le bras droit du mufti pro-nazi Ami Al-Husseini (3). En 1961, le procès Eichmann battait son plein à Jérusalem, attirant l’attention des journalistes du monde entier. Citons, parmi les plus connus, le correspondant de France Soir, Joseph Kessel, ou la philosophe Hannah Arendt, devenue reporter pour l’occasion. 

 

L’accusation d’apartheid, lancée contre Israël devant la tribune des Nations unies devait permettre, dans l’esprit de celui qui était alors ambassadeur d’Arabie saoudite aux Nations Unies et de ses commanditaires, de noircir l’image d’Israël - alors même que le procès Eichmann rappelait au monde entier les horreurs de la Shoah - et de préparer ainsi le terrain idéologique en vue de sa destruction physique. Après le discours de Choukeiri devant les Nations Unies, c’est logiquement dans la Charte de l’OLP (à la rédaction de laquelle auraient collaboré les commanditaires soviétiques de Choukeiri, selon Pacepa) qu’on retrouve l’amalgame sionisme=racisme. Ainsi, à l’article 22, la Charte de l’OLP affirme que “Le sionisme… est raciste et fanatique par nature, agressif, expansionniste et colonialiste dans ses buts et fasciste par ses méthodes”.
 

Deuxième étape : la Résolution “Sionisme = Racisme”

 

L’assimilation du sionisme au racisme, initiée par l’URSS et par l’OLP, va culminer dans l’adoption de la Résolution “Sionisme = Racisme” par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 10 novembre 1975 (4). Lors du vote, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Abba Eban, déclara que celle-ci pourrait tout aussi bien voter une résolution proclamant que “la Terre est plate”. Rappelons que la résolution 3379 fut adoptée à la majorité de 72 voix pour, 35 voix contre et 32 abstentions. Elle “Considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale”, et affirme également dans son avant-dernier paragraphe :

 

Prenant note également de la résolution 77 (XII), adoptée par la Conférence des chefs d’États et de gouvernements de l'Organisation de l’Unité Africaine, tenue à Kampala, du 28 juillet au 1er août 1975, qui a estimé que “le régime raciste en Palestine occupée et les régimes racistes au Zimbabwe et en Afrique du Sud ont une origine impérialiste commune, constituent un tout et ont la même structure raciste, et sont organiquement liés dans leur politique tendant à la répression de la dignité et l’intégrité de l’être d’humain". 

 

Manifestation antisioniste à Washington, 2014



 

Dans l’esprit des promoteurs de la Résolution “Sionisme = Racisme”, le racisme supposé de l’État d’Israël découle donc de sa nature impérialiste. Notons que l’accusation d’impérialisme et celle de colonialisme - son corollaire - sont plus anciennes que celle de racisme. L’examen des déclarations successives des conférences des pays arabes et africains(5), des années 1950 aux années 1970, permet de retracer la généalogie de cette dernière, qui constitue en quelque sorte le point d’orgue de la dénonciation du “colonialisme” et de “l’impérialisme” israéliens. 

 

Ainsi, en avril 1955, à Bandung, la 1ère conférence afro-asiatique a “déclaré son soutien au peuple arabe de Palestine”. De manière notable, l’expression de “peuple palestinien” ne figure pas encore dans le vocabulaire politique international de l’époque. (Elle n’apparaîtra que dans les années 1960, et sera consacrée sur la scène internationale, notamment par les résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies établissant une “Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien”(6), fixée au 29 novembre, date de la résolution de partage de 1947). 

 

En janvier 1961, la Conférence des pays africains de Casablanca “appelle à une juste résolution du problème de Palestine”, rappelle la conférence de Bandung et “observe avec indignation qu’Israël a toujours choisi le camp des impérialistes, chaque fois qu’une position devait être prise sur des problèmes essentiels concernant l’Afrique, notamment l’Algérie, le Congo ou les essais nucléaires en Afrique”. Elle “dénonce Israël comme un instrument au service de l’impérialisme et du néo-colonialisme”. 

 

La même année, à Belgrade, la conférence des pays non-alignés condamne les “politiques impérialistes poursuivies au Moyen-Orient”. En octobre 1964, cette même conférence, réunie au Caire, “condamne la politique impérialiste poursuivie au Moyen-Orient” et “déclare son total soutien au peuple arabe de Palestine dans son combat pour la libération du colonialisme et du racisme”. C’est donc la Conférence du Caire qui a employé pour la première fois - sur la scène internationale - le qualificatif de “racisme” au sujet d’Israël, en 1964. 

 

Neuf ans plus tard, le 14 décembre 1973, l’Assemblée générale des Nations unies condamne dans une résolution “l’alliance entre le racisme sud-africain et le sionisme”. En août 1975, l’Organisation de l’Unité Africaine, réunie à Kampala en Ouganda, dénonce le “régime raciste en Palestine occupée”. Cette résolution est citée à l’appui de la fameuse Résolution “Sionisme = Racisme” du 10 novembre 1975, parmi d’autres textes antérieurs. Cette dernière résolution sera abrogée, mais le mal est fait. 

 

Ainsi, comme le fait observer P.A. Taguieff, “Depuis le milieu des années 1970, l’association des mots « racisme » et « sionisme » est devenue une évidence idéologique, qui a inspiré nombre de slogans et de mots d’ordre, en particulier ceux qui appellent au boycottage d’Israël (en matière de commerce, de culture, de recherche et d’enseignement, etc.), ainsi traité en État criminel. La force symbolique de l’amalgame nazifiant a donc survécu à l’abrogation de la Résolution 3370” (7).

 

La conférence de Durban en 2001

 

Troisième étape : la conférence de Durban

 

A la Conférence de Durban de 2001, Israël est transformé en principal accusé de la part des pays participants arabes et musulmans, mais aussi et surtout des ONG qui font de cette conférence ‘“contre le racisme” un tribunal, où les accusés sont, indistinctement, Israël (qualifié d’État raciste et d’État d’apartheid’), le sionisme et les Juifs. Le forum des ONG de Duurban adopte ainsi une déclaration qualifiant Israël d’État raciste, l’accusant d’actes de génocide et affirmant l’existence d’un apartheid israélien. Durban est une étape clé dans la constitution du mythe “Israël État d’apartheid”. En raison du lieu même de la conférence, en Afrique du Sud, mais aussi et surtout du fait de l’importance grandissante des ONG dans la politique internationale, et dans le conflit israélo-arabe en particulier (8).

P. Lurçat

 

NB L’article ci-dessus est extrait de mon livre Les mythes de l’antisionisme contemporain, fondé sur le cours donné en 2019-20 dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme dirigée par Shmuel Trigano. 

 

Notes

1. The Kremlin Legacy, Bucarest 1993

2. Voir notamment Jamie GlazovFrom Russia With Terror”, Jewish Press 31.3.2004

 https://www.jewishpress.com/indepth/front-page/239217/2004/03/31/2/

3. Amnon Lord, Israel Hayom 4/8/2018, https://www.israelhayom.co.il/article/576893

4. Consultable sur le site de l’ONU, https://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/3379(XXX)&Lang=F

5.Voir http://www.freedomarchives.org/Documents/Finder/DOC12_scans/12.zionist.colonialism.palestine.1965.pdf

6. Voir notamment https://www.un.org/fr/observances/International-day-of-solidarity-with-the-palestinian-people

7. P.A. Taguieff, La Nouvelle Propagande anti-juive, op. cit.

8. Sur cet aspect voir notamment le rapport de NGO Monitor, “The Centrality of NGOs in the Durban Strategy”, 11.7.2006. 

 

 

ILS ONT LU “LES MYTHES DE L’ANTISIONISME”

 

“Magistral, il a le mérite d'être clair et de permettre de repondre à tous les arguments de nos détracteurs”

Dorah Husselstein

 

“Un livre excellent par sa qualité argumentative et sa qualité de raisonnement et de savoir historique”.

Yana Grinshpun

 

“Ce livre est un véritable pense-bête et une Bible de poche du militant pro-israélien. Avec Bat Ye Or, Pierre Lurçat dément une thèse en vogue : le monde musulman ne serait que comme une « page blanche » sur laquelle on aurait transposé, à l’identique, l’antisémitisme européen”.

Marc Brzustowsky, Terre-des-Juifs

 

Un ouvrage d'une grande érudition historique, rigoureux, documenté et sourcé. Toutes les sources sont vérifiables dans les ouvrages cités en anglais, en français, en hébreu et en arabe. Ce livre est un document précieux pour discerner la réalité derrière les discours tendancieux de la presse européenne”.

Cléo, Amazon.fr

 

 

 

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Le mythe du “génocide du peuple palestinien”, Pierre Lurçat

July 6 2022, 13:08pm

Posted by Pierre Lurçat

Manifestation contre France 2, photo Irène Elster

Manifestation contre France 2, photo Irène Elster

 

En marge de “l’affaire Abu Aqleh”, que les Palestiniens tentent de transformer en affaire Al-Dura bis, comme l’observe Sarah Cattan, je publie ici un extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, consacré au mythe du “génocide du peuple palestinien”. A travers les accusations récurrentes de meurtres de “jeunes Palestiniens” proférées par les médias français, c’est en effet le discours mythique de l’antisémitisme séculaire qui se perpétue. P.L.

 

 

La présentation constante d’Israël et de son armée comme “tuant des Palestiniens” n’est pas une simple accusation polémique. Derrière l’accusation de meurtre délibéré, de “crimes de guerre” et de “génocide”, il y a un véritable discours mythique. Lisons à ce propos les remarques éclairantes de Pierre-André Taguieff, au sujet de l’affaire Al-Dura[1] :

 

Dans la construction du sionisme comme une entreprise génocidaire, les propagandistes font feu de tout bois : après avoir transformé les Palestiniens en symboles des pauvres, des humiliés et des offensés, puis en victimes de “l’impérialisme d’Israël”, ou plus largement d’un “complot américano-sioniste”, ils leur donnent le visage de prétendus “enfants-martyrs”. C’est en effet par assimilation avec la légende du crime rituel juif “que s’est opérée l’exploitation internationale, par toutes les propagandes antisionistes, du prétendu “assassinat par l’armée israélienne du jeune Palestinien Mohammed Al-Dura”.

 

Cette analyse relie de manière très significative l’affaire du petit Mohammed Al-Dura à l’accusation séculaire du “crime rituel”, qui est une des thématiques les plus anciennes de l’antisémitisme. La propagande contemporaine n’a en l’occurrence rien inventé : elle ne fait que recycler constamment des thèmes anciens, qu’elle puise dans l’imaginaire collectif et dans l’arsenal de la propagande antisémite, développé au cours des siècles.

 

Ajoutons qu’on ne saurait comprendre l’acharnement avec lequel les médias français et occidentaux présentent chaque Palestinien tué dans un “affrontement” (le plus souvent alors qu’il était lui-même l’assaillant) comme une “victime innocente”, si on ne tient pas compte de ce ‘subtexte’, ou fondement sous-jacent - conscient ou non - du mythe du crime rituel, à travers le prisme duquel le conflit israélo-arabe est constamment présenté. Ce mythe ancien est apparemment resté présent dans l’inconscient collectif occidental. C’est en faisant cette hypothèse et en gardant à l’esprit ces remarques préliminaires, que nous allons analyser le mythe du “génocide du peuple palestinien”. (...)

 

La filiation historique entre l’antisionisme et l’antijudaïsme

 

En réalité, ce mécanisme d’inversion permanent consistant à vouloir détruire l’adversaire tout en l’accusant de ses propres intentions n’a rien de nouveau. L’historien Georges Bensoussan écrit à ce propos que “tout discours meurtrier impute en effet à sa victime le dessein qu’il nourrit à son endroit[2]”. Pierre André Taguieff analyse également ce mécanisme, auquel il a donné le nom, que nous lui empruntons, d’inversion victimaire, dans ses “trois grands moments historiques”[3] : celui de l’antijudaïsme antique et médiéval, celui de l’antisémitisme moderne, et enfin celui de l’antisionisme contemporain. Cette perspective historique plus large nous permet de comprendre comment le mythe du “génocide du peuple palestinien” s’inscrit dans le droit fil de l’accusation de crime rituel, qu’il reprend à son compte et auquel il donne des formes nouvelles.

 

Un élément essentiel à la compréhension du mythe du génocide et des autres mythes de l’antisionisme contemporain est en effet celui de la filiation historique qui relie ce dernier à l’antisémitisme moderne et à l’antijudaïsme de l’Antiquité et du Moyen-Âge. Ce n’est pas par hasard que les analyses les plus éclairantes de l’antisionisme contemporain ont été faites par des historiens, comme Pierre-André Taguieff, souvent cité dans le cadre de notre ouvrage, et l’historien de l’antisémitisme Léon Poliakov, dont il poursuit les travaux. Un exemple récent nous est donné par le discours de Mahmoud Abbas en décembre 2019, dans lequel il a accusé Israël d’être responsable de la diffusion de drogues au sein de la société palestinienne[4]. En juin 2016, Abbas avait déjà accusé Israël d’empoisonner les puits et l’eau potable bue par les Palestiniens[5].

 

 
Le mythe du “génocide du peuple palestinien”, Pierre Lurçat

Cette accusation était de toute évidence la remise au goût du jour d’un thème antisémite ancien, largement répandu au Moyen-Age. La légende des “Juifs empoisonneurs” réapparaît ensuite au 16e siècle, sous la plume de Martin Luther, qui affirmait que “si les Juifs pouvaient nous tuer tous, ils le feraient volontiers, certes, spécialement ceux qui exercent la médecine[6]. Plus tard, cette accusation revient sur le devant de la scène à l’époque contemporaine, lors de la tristement célèbre affaire du “complot des Blouses blanches”, orchestré par Staline en janvier 1953. Plus récemment encore, l’accusation d’empoisonnement est formulée à l’encontre d’Israël, lors du décès de Yasser Arafat en novembre 2004, dans un hôpital français.

 

Cet exemple - parmi beaucoup d’autres - permet de comprendre comment fonctionne le discours antisioniste, et plus précisément comment il s’alimente à la source de l’antijudaïsme antique et de l’antisémitisme moderne. Il le fait en puisant dans l’éventail de stéréotypes négatifs concernant les Juifs, qui s’est constitué depuis des siècles. Le discours antisioniste radical, comme le discours antisémite “classique”, fait feu de tout bois : il puise indistinctement dans les accusations antijuives d’origine religieuse, chrétienne notamment. Citons encore Taguieff : “La sécularisation des accusations contre les Juifs, à l’exception de celle de déicide, n’a nullement interrompu, à partir du 18e siècle, le processus de transmission de leurs formes religieuses”[7].

 

De même, pourrait-on dire en extrapolant cette remarque, la sécularisation des accusations contre Israël dans l’antisionisme contemporain n’a pas interrompu le processus de transmission de thèmes antijuifs anciens, comme on le voit dans le discours d’un Mahmoud Abbas accusant Israël (et les rabbins) d’empoisonner les puits des Palestiniens.

 

(Extrait de P. Lurçat, Les Mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éditions l’éléphant 2021. En vente sur Amazon).

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain – Éditions L’éléphant

 

 

[1] La Judéophobie des Modernes, op. cit. p. 300. Le 30 septembre 2000, la chaîne France 2 diffusait des images d’un échange de tirs au carrefour Netsarim, dans la bande de Gaza. Le correspondant Charles Enderlin affirmait que le jeune Mohammed Al-Dura avait été tué par des tirs israéliens. Cette affirmation qui ne reposait sur aucun élément incontestable donna lieu à des accusations contre Tsahal d’avoir délibérément tué Al-Dura. 

[2] In “Antisémitisme et négationnisme dans le monde musulman”, Revue d’histoire de la Shoah no. 180, janv-juin 2004. p. 12.

[3] Pierre-André Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées », Argumentation et Analyse du Discours [En ligne] 18/10/2019. http://journals.openedition.org/aad/3500

[4]Abbas accuse Israël d'être à l'origine de la corruption chez les Palestiniens”, i24news.tv, 20/12/2019

https://www.i24news.tv/fr/actu/international/moyen-orient/1576834118-abbas-accuse-israel-d-etre-a-l-origine-de-la-corruption-chez-les-palestiniens

[6] Trachtenberg, Joshua. 1983 [1943]. The Devil and the Jews : The Medieval Conception of the Jew and Its Relation to Modern Antisemitism (New Haven : Yale U. P.) Cité par Taguieff 2019.

[7] Pierre-André Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées », 2019 https://journals.openedition.org/aad/3500#bodyftn11

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Le Conseil d’Etat et l’antisionisme : un nouveau Statut des Juifs en France ? Pierre Lurçat

May 10 2022, 07:38am

Logo du “Comité Palestine Vaincra”, affiché sur son site

Logo du “Comité Palestine Vaincra”, affiché sur son site

Une version abrégée de cet article est parue sur Causeur.fr

 

Dans l’actualité des lendemains d’élection présidentielle, la nouvelle est passée quasiment inaperçue : le Conseil d’État, statuant en référé, a invalidé vendredi 29 avril la décision du Ministère de l’Intérieur de dissoudre deux associations propalestiniennes radicales, le “Collectif Palestine Vaincra” et le “Comité Action Palestine”. Au-delà de son aspect purement judiciaire, cette décision illustre le double discours de la France au sujet du conflit israélo-arabe et de ses retombées en France.

 

 

C’était le 25 février dernier : à quelques heures du traditionnel dîner du CRIF, le ministre de l’Intérieur annonçait sa décision de dissoudre deux associations propalestiniennes radicales, en raison de leurs appels “à la haine, à la discrimination et à la violence” et de leur soutien affiché à des actes terroristes. Un rapide coup d’œil sur le site Internet du Collectif Palestine Vaincra permet de comprendre que la décision du ministre Darmanin était pleinement justifiée sur le plan des faits.

 

Celui-ci affirme en effet soutenir “la lutte du peuple palestinien contre le sionisme, l’impérialisme et les régimes réactionnaires arabes pour la libération de toute la Palestine de la mer au Jourdain (ce qui est confirmé par le logo sur lequel l’État d’Israël est entièrement effacé) et soutenir “la Résistance qui est le seul moyen pour le peuple palestinien de reconquérir ses droits historiques et légitimes. Nous la soutenons sous toutes les formes qu’elle juge nécessaire et légitime, y compris armée”.

 

On ne saurait être plus explicite. Ce soutien sans faille et sans tabou s’accompagne de campagnes menées sur le territoire français en faveur du boycott d’Israël, de la libération de terroristes condamnés et emprisonnés en Israël et de la cause palestinienne en général. La rhétorique du Comité Action Palestine est largement similaire, avec des communiqués mettant en cause la politique de la France “aux ordres de ses maîtres sionistes" et autres déclarations du même acabit. Parmi les “partenaires” du Collectif figure en bonne place le mouvement terroriste FPLP, branche de l’OLP d’obédience marxiste dont la phraséologie du Collectif s’inspire manifestement.

 

Dans ces circonstances, la décision du Conseil d’État s’apparente à un blanc-seing offert aux associations propalestiniennes les plus radicales, pour poursuivre leurs activités sur le sol français, au nom de la “liberté d’expression”. La lecture des deux décisions en référé est instructive. On y apprend notamment que le Collectif a prétendu devant le Conseil d’État que sa charte “faisait état de son soutien à la cause palestinienne sans prôner la violence ou la lutte armée”, alors même que cette charte affirme soutenir la “résistance” palestiniennesous toutes les formes qu’elle juge nécessaire et légitime, y compris armée”.

 

On reste sidéré qu’un mensonge aussi flagrant ait pu convaincre les membres éminents de la plus haute juridiction administrative française. Les juges du Conseil d’État savent-ils lire ? La position du Conseil d’État est exactement à l’opposé de celle que défend le ministre de l’Intérieur, mais également le président de la République Emmanuel Macron, qui a régulièrement affirmé que l’antisionisme était une forme d’antisémitisme.

 

La même dissonance se retrouve à l’égard de l’appel au boycott d’Israël, que le Conseil d’Etat considère comme légitime, affirmant que « l’appel au boycott, en ce qu’il traduit l’expression d’une opinion protestataire, constitue une modalité particulière d’exercice de la liberté d’expression et ne saurait par lui-même, sauf circonstances particulières établissant le contraire, être regardé comme une provocation ou une contribution à la discrimination, à la haine ou à la violence envers un groupe de personnes ». Cette affirmation contredit des dispositions de loi très claires qui font de l’appel au boycott une infraction pénale, comme le rappelait récemment le CRIF.

Comment comprendre dès lors ce double discours des autorités politiques et judiciaires françaises sur ce sujet ? Comme le rappelle Yves Mamou dans un livre récent (Le grand abandon, Les élites françaises et l’islamisme), ce sont les élites - et notamment les grands corps de l’État - qui sont le plus en pointe pour soutenir l’islamisme et pour laisser émerger sur le territoire français une “nation musulmane”, dont les valeurs sont contraires à celles de la République. La décision du Conseil d’État corrobore cette analyse.

 

Comme dans l’affaire Sarah Halimi, la justice française, jusque dans ses plus hautes instances, s’avère être le “maillon faible” dans la lutte contre l’antisionisme et l’antisémitisme, et pour le respect des principes républicains et de l’État de droit menacé par l’islam radical et ses soutiens. Les belles proclamations dans le sens contraire du président Macron ne modifient en rien cette triste réalité. La décision du Conseil d’Etat dans cette affaire confirme l’impression donnée par la Cour de cassation dans l’affaire Halimi : aux yeux des plus hautes instances de la justice française – dans sa branche judiciaire comme dans sa branche administrative – l’antisionisme/antisémitisme ne sont plus aujourd’hui une circonstance aggravante, mais bien une circonstance atténuante ! Cette sinistre réalité qui émerge sous nos yeux ressemble de plus en plus à un nouveau « Statut des Juifs » en France.

P. Lurçat

Manifestation contre Israël (source : site du Collectif Palestine vaincra)

Manifestation contre Israël (source : site du Collectif Palestine vaincra)

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Au-delà du mythe de l’État d’apartheid : Israël, État égalitaire et démocratique

February 7 2022, 15:49pm

Posted by Pierre Lurçat

 

L’apartheid n’existe pas en Israël. Les non-Juifs en général et les Arabes en particulier jouissent de droits identiques à ceux des Juifs. Ils votent à la Knesset et y sont élus, et ils jouissent des mêmes droits civiques, politiques, sociaux et économiques que tous les autres citoyens. Israël n’est pas un État juif au sens ethnique, c'est-à-dire au sens où tous ses habitants seraient juifs, mais un État dont la population est diverse et hétérogène, et dont la majorité est juive. L’exigence d’une majorité juive, inscrite dans le programme sioniste bien avant 1948, tenait à la volonté de créer un État (le seul!) dans lequel les Juifs seraient la majorité. Comme l’écrit Emmanuel Lévinas, “l’idée inaliénable” du sionisme politique, “c’est la nécessité pour le peuple juif de ne pas continuer à être minorité dans son cadre politique”[1]. Le refus de cette exigence trahit le refus arabe de l'existence même de l’État d’Israël, c’est-à-dire le refus de la souveraineté juive, pour des raisons profondes tenant tant à l’histoire du monde arabe qu’à la conception de la dhimma.

 

(Photo Ben Goldstein, reprise de l’excellent blog Bokertovyerushalayim)

             Le seul “apartheid” qu’on peut constater en Israël, si tant est que cette expression ait un sens, vise non pas les citoyens arabes, mais bien plutôt les Juifs. Ce sont les Juifs qui ne peuvent pas se rendre dans les territoires passés sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, devenus “judenrein” de manière tout à fait officielle, au nom de la “paix”. Des pancartes rouges préviennent d’ailleurs les automobilistes juifs, sur les routes de Judée Samarie - les fameuses “routes de l’apartheid” dénoncées par les militants antisionistes - qu’ils ne doivent pas pénétrer dans les territoires de l’AP, sous peine d’y risquer leur vie. Dans le même ordre d’idées, on peut constater qu’il existe en Israël des compagnies d’autobus israéliennes (comme Egged ou Dan) dans lesquelles chacun peut voyager, sans aucune distinction ethnique ou nationale (les chauffeurs d’Egged étant indistinctement juifs, arabes ou druzes). Dans les compagnies d’autobus arabes, en service notamment à Jérusalem, ne voyagent que des habitants arabes. Ce que signifient ces exemples - choisis parmi d’autres - c’est que la vie quotidienne en Israël dément tous les clichés et slogans de l’antisionisme, largement répandus par les médias occidentaux. En Israël règne une égalité de droits totale entre citoyens juifs, arabes, druzes, circassiens, etc. A cet égard, l’État juif offre un modèle de pluralisme et de coexistence inter-ethnique, dont de nombreux pays occidentaux pourraient s’inspirer.

 

             La réalité ontologique, et phénoménologique de l’État juif (ou pour dire les choses plus simplement, la réalité de l’État d’Israël tel qu’il existe, tout comme la nature du projet sioniste) apportent un démenti cinglant aux critiques antisionistes visant sa nature supposément “raciste” et à la comparaison avec l’apartheid sud-africain. Lisons à ce sujet les remarques d’Elhanan Yakira, répondant à la qualification de “démocratie ethnique” (ou ethnocratie) [2]: “C’est faux, pour deux raisons principales : d’abord, le peuple juif n’est pas un ethnos. La communauté juive d’Israël - et il suffit de faire un tour rapide de Jérusalem pour s’en rendre compte - n’est pas une communauté ethnique. Elle n’est pas une communauté religieuse non plus… Parler du qualificatif “juif” comme ayant essentiellement une signification religieuse et/ou ethnique est une simplification, voire une abjection par rapport à la réalité”. Juif, dans l’expression “État juif” signifie un fait national dans le sens politique du mot”.

Cette réalité s’illustre sur le plan démographique dans la présence en Israël de plusieurs centaines de milliers de citoyens qui ne sont pas Juifs sur le plan de la halakha (loi religieuse juive), venus de l’ex-URSS et des autres pays d’Europe de l’Est. Elle s’illustre aussi, sur le plan idéologique et historique, dans les textes fondateurs du sionisme politique, et notamment dans ceux du père fondateur du mouvement national juif moderne, Theodor Herzl.

 

 

L’idéal de tolérance et d’égalité du fondateur du sionisme politique

Rappelons ici les deux ouvrages essentiels du fondateur du sionisme politique : Altneuland et l’État juif . Le premier, roman utopique écrit dans le style des romanciers futuristes du 19e siècle, comme Jules Verne (dont Herzl partageait la foi en la science, émancipatrice de l’humanité), décrit le futur État juif, pays à la fois ancien et nouveau, “nouvelle société” établie “sur notre chère vieille terre”. Dans un passage clé du roman, David Littwak, futur président de l’État (qui ressemble à Herzl lui-même) décrit ainsi l’idéal de tolérance du futur pays ancien-nouveau : 

“Pour ce qui est de la religion, vous trouvez à côté de nos temples les lieux de culte des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes et des brahmanes. Permettez-moi de vous dire que mes compagnons ne font aucune différence entre les hommes. Nous ne demandons à personne à quelle religion et à quelle race il appartient. Il est un homme, cela nous suffit”. Cet idéal de tolérance est aussi exprimé dans la devise figurant sur le fronton du Palais de la Paix, un des deux édifices construits au centre de la nouvelle Jérusalem imaginée par Herzl (aux côtés du Temple) : “Nil humani a me alienum puto” (“Rien de ce qui est humain ne m’est étranger”, devise empruntée au poète latin Térence).

Dans le second livre, L’État juif, ouvrage programmatique qui décrit, avec une exactitude de visionnaire, le futur État d’Israël, Herzl écrit ce qui suit : “S’il se trouve parmi nous des fidèles appartenant à d’autres religions ou à d’autres nationalités, nous leur garantirons une protection honorable et l’égalité des droits”. Le traducteur du livre, Claude Klein, professeur de droit à l’université hébraïque de Jérusalem, note que cette vision égalitaire est reprise dans un passage du Journal de Herzl, intitulé : “Mon testament pour le peuple Juif”, dans les termes suivants : “établissez votre État de sorte que l’étranger s’y sente bien” .

Ce testament politique et cet idéal sont devenus une réalité dans l’État d’Israël aujourd’hui, où l’étranger se sent bien, comme en atteste l’afflux de travailleurs étrangers venus des quatre coins de la planète, pour travailler dans l’hôtellerie, les services aux personnes, la construction où l’agriculture, mais aussi dans le high-tech ou l’immobilier. Non seulement les étrangers se sentent bien en Israël, mais les Arabes eux-mêmes s’y sentent mieux que dans la plupart des pays arabo-musulmans, au point que les Arabes israéliens, généralement bien intégrés au sein de l’État juif, n’échangeraient pour rien au monde leur statut actuel contre celui de citoyens d’un futur et hypothétique État palestinien, dans lequel leur situation politique, sociale et économique serait bien moins confortable, comme ils ne l’ignorent pas

Si l’État d’Israël est devenu un modèle d’égalité, il est également un îlot de tolérance et de démocratie au sein du monde arabe, où l’intolérance et l’autoritarisme règnent encore trop souvent, malgré de récents signes d’évolution encourageants ici et là. Contrairement au mythe de “l’État d’apartheid”, Israël encourage et favorise la coexistence pacifique entre différentes ethnies, races et religions, tandis que ce sont souvent des États musulmans qui ont développé la haine de l’étranger, des non-musulmans et des Juifs en particulier. 

Citons à cet égard la confidence faite à Jean Daniel par deux dirigeants du FLN, à la fin de la guerre d’Algérie, qui lui expliquaient que “l’Algérie serait arabe et musulmane et qu’il n’y aurait aucune place pour les non musulmans” .  Ce programme a bien été appliqué, avec constance, dans le nouvel État algérien, aujourd’hui judenrein, à l’instar de nombreux États de l’espace arabo-musulman. Car le monde arabo-musulman vit encore, en grande partie – même si des signes de changement se font jour dans certains pays - à l’heure de la dhimma, ce statut d'infériorité imposé aux non-musulmans depuis les débuts de l'islam.

Comme l’explique Georges Bensoussan  : “Le statut du dhimmi n’a jamais disparu des consciences. Il tapisse l’imaginaire d’une partie des musulmans à l’endroit des Juifs. Quand bien même la liste (fort longue) des obligations auxquelles est soumis le sujet juif (et chrétien) n’a pas toujours été appliquée. Savoir qu’elle existe érige une digue entre les uns et les autres, qui rend l’égalité inconcevable. La soumission du Juif demeure le maître mot de cet univers mental”.

Pierre Lurçat

 


[1] E. Lévinas, L’au-delà du verset, lectures et discours talmudiques, éd. de Minuit 1982, p. 14.

[2] E. Yakira, Post-sionisme, post-Shoah, op. cit. p. 59.

NB L’article ci-dessus est extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, fondé sur le cours donné en 2019-20 dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme dirigée par Shmuel Trigano. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Lurçat présente le livre au micro de Cathy Choukroun sur RADIO QUALITA

 

https://www.youtube.com/watch?v=T5aGrpsaHI4

 

“Une des plus grandes dames de la scène politique israélienne…”

Ilana Ferhadian, RADIO J

 

https://www.youtube.com/watch?v=iiJLxxXn3-M

 

On éprouve du bonheur à lire ces pages où la famille apparaît comme un puissant socle”.

Olivier Ypsilantis, Zakhor Online

 

“La biographie la plus précoce de la« grand-mère d’Israël », avec

une riche préface offrant un éclairage enrichissant”.

 

Liliane Messika

 

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Yair Golan et la politique de l’apartheid antijuif en Judée-Samarie, Pierre Lurçat

January 9 2022, 09:21am

Posted by Pierre Lurçat

Manifestation de soutien aux habitants de Homesh

Manifestation de soutien aux habitants de Homesh

 

Comme je l’ai écrit dans un livre récent[1], en analysant les différents mythes du discours antisioniste et plus particulièrement le mythe du “génocide du peuple palestinien”, la nazification d’Israël constitue, comme l’a bien montré P. A. Taguieff, le “stade suprême de la diffamation d’un groupe humain”. C’est pourquoi les ennemis d’Israël ont, à toutes les époques, imputé aux Juifs leurs projets génocidaires, afin de justifier leurs propres crimes. Dans cette optique, l’assassin d’un Juif n’est plus coupable, s’il accuse préalablement le Juif d’être lui-même nazi… C’est bien ce mécanisme pervers que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui en Occident, sur les campus, dans les médias  et ailleurs.

 

Or c’est un même mécanisme de projection sur les victimes réelles des intentions génocidaires de leurs assassins – analysé par de nombreux psychologues chez le meurtrier de droit commun et également présent dans la psychologie des foules et des collectivités – que l’on retrouve dans l’idéologie “progressiste” et post-sioniste, aujourd’hui représentée au sein même du gouvernement israélien. Ce gouvernement, qui a entrepris de détruire la yeshiva de Homesh, symbole de la résilience juive après les multiples attentats commis par les terroristes arabes palestiniens, doit préalablement délégitimer aux yeux de l’opinion publique intérieure et internationale la présence juive en Judée-Samarie.

 

Ce fut l’objet de la campagne de propagande mensongère sur la “violence des habitants juifs de Samarie”, lancée il y a quelques semaines par le gouvernement, avec l’aide de médias complaisants. Le même mécanisme totalitaire avait été utilisé à l’époque des accords d’Oslo par le gouvernement Rabin-¨Pérès, pour préparer l’opinion aux crimes que leurs alliés de l’OLP allaient immanquablement commettre contre les habitants juifs, s’ils s’obstinaient à demeurer dans leurs localités après que la souveraineté aurait été confiée aux assassins de l’OLP, consacrés en “partenaires de paix” selon la logique orwellienne de l’époque. Et c’est cette même logique mensongère et totalitaire que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui.

 

L’opinion publique doit être travaillée méthodiquement, en répétant comme un mantra, après chaque attentat antijuif en Judée-Samarie, que les coupables sont les Juifs… Dans le cadre de cette logique perverse, les propos de Yair Golan ont servi de détonateur, en faisant exploser le mensonge des “nazis” Juifs de Judée Samarie, et en dévoilant au grand jour l’intention véritable des promoteurs d’un “Oslo Guimel”, actuellement en préparation. En qualifiant de “sous-hommes” les habitants de Homesh, et à travers eux, l’ensemble des habitants juifs de Judée Samarie, Golan a révélé l’intention criminelle de ceux qui prétendent sacrifier les “mitnahalim" sur l’autel d‘une “paix” tout aussi illusoire que celles des accords d’Oslo de 1993.

 

Mais Yair Golan n’est pas le seul à penser ainsi. De larges secteurs de la coalition actuellement au pouvoir partagent son avis, même s’ils ne l’expriment par avec la même brutalité et la même franchise. En effet, aux yeux d’une grande partie des élites israéliennes de gauche et des tenants de l’idéologie post-sioniste et “progressiste” actuellement au pouvoir, les pionniers juifs de Homesh, de Hébron ou d’Itamar sont effectivement des “sous-hommes”, ou en tout cas des citoyens de seconde catégorie, qu’il convient d’expulser par la force,  si possible brutalement, en “faisant monter des chars” contre leurs habitations, comme l’avait dit un jour Zeev Sternhell, lui aussi spécialiste du nazisme et de la nazification de ses adversaires politiques.

 

Les propos de Yair Golan projettent un éclairage sinistre sur les intentions d’une partie de l’establishment politique, judiciaire, militaire et culturel israélien envers les habitants juifs de Judée Samarie. Effectivement, les habitants juifs sont traités comme des “sous-hommes”, non, certes, en étant enfermés et – à Dieu ne plaise – exterminés, mais en étant privés de leurs droits élémentaires, comme celui de vivre normalement avec leurs familles dans le cœur historique de la patrie juive ancestrale, ou le droit de circuler sur les routes de Judée Samarie sans être caillassés et victimes d’attentats meurtriers, inspirés par l’idéologie islamiste des partenaires de la coalition de M. Golan..

 

[1] Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éditions l’éléphant 2021.

 L’ennemi intérieur de la gauche israélienne : manifestation anti-Nétanyahou

L’ennemi intérieur de la gauche israélienne : manifestation anti-Nétanyahou

Les propos de Golan permettent aussi de comprendre pourquoi les tenants de la création d’un Etat palestinien n’ont jamais eu le moindre problème moral à rencontrer l’héritier du mufti Husseini allié d’Hitler, Yasser Arafat, et de l’embrasser, au sens propre et figuré. A leurs yeux et dans le prisme de leur vision politique pervertie, les Palestiniens sont les nouveaux Juifs et les “colons” de Judée Samarie sont les nouveaux nazis. Comme l’écrivait il y a déjà de nombreuses années Shmuel Trigano, la gauche israélienne a toujours besoin d’un ennemi intérieur. Hier ce furent les sionistes révisionnistes du Herout, puis les Juifs orientaux – envers lesquels de nombreux qualificatifs ont été employés du même registre que celui de Yair Golan. Aujourd’hui ce sont les Juifs de Judée Samarie.

 

Quand Golan croyait déceler, il y a quelques années, un “processus similaire en Israël” à celui qu’avait traversé l’Allemagne nazie dans les années 1930, il ne faisait que reprendre un poncif du discours politique israélien, déjà utilisé avant lui par toutes les icônes de la gauche intellectuelle, de Yeshayahou Leibovitz (qualifiant Tsahal d’armée “judéo-nazie”) à Amos Oz, Zeev Sternhell et aux autres chantres de "La Paix maintenant". Ce qui est nouveau chez Golan aujourd'hui, c’est qu’il tire les conséquences de ce discours nazifiant, en prônant une politique à l’aune de son idéologie. A cet égard, il a le mérite d’être conséquent.

 

Pendant des années, le discours de ces intellectuels a servi d’écran de fumée pour masquer leurs intentions politiques et il a trompé de nombreux observateurs sincères, y compris au sein de la droite israélienne. Aujourd’hui, après les propos révélateurs de Yair Golan, il n’est plus permis de se tromper. Si les “sous-hommes” sont les pionniers de Judée-Samarie, alors nous savons de quoi sont capables ceux qui considèrent ainsi tout un secteur de la population israélienne, et nous savons que rien ne les arrêtera dans leurs projets funestes. La politique que met en œuvre le gouvernement Lapid-Bennet-Gantz-Abbas envers les Juifs de Judée-Samarie porte un nom: celui d’apartheid. Cette vérité-là doit être gravée dans la pierre et ne pas être oubliée.

 

Pierre Lurçat

Yair Golan

Yair Golan

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

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Le mensonge du « vivre-ensemble » et la réécriture de l’histoire juive en terre d’islam par l’Institut du Monde Arabe

November 26 2021, 09:00am

Posted by Pierre Lurçat

L’ouverture d’une exposition consacrée à « l’histoire des Juifs d’Orient », en pleine campagne électorale présidentielle, est évidemment un acte politique majeur, comme le démontre la déclaration du président Emmanuel Macron, qui a affirmé en inaugurant l’exposition « la part maudite n’est jamais la part de l’autre » et a fait l’éloge de la « France plurielle ». On peut regretter que les institutions juives de France soient tombées dans le panneau et aient pleinement participé à l’entreprise de récupération politique et de réécriture de l’histoire juive… Une fois de plus, le symbole juif est manipulé à des fins politiques (2), avec le consentement (plus ou moins éclairé) de certains responsables communautaires juifs de France. P.L.

L’exposition qui ouvre ses portes le 24 novembre 2021 à l’Institut du monde arabe n’a pas seulement pour vocation, comme l’affirme son titre, d’exposer « l’histoire plurimillénaire des Juifs d’Orient ». En effet, comme le rappelle Jean-Pierre Faye,

« l’histoire est une narration qui se donne pour la réalité même »1

En l’occurrence, il s’agit d’imposer, à grand renfort de soutiens médiatiques et de sponsors divers et variés, un narratif bien précis  :

celui de la « coexistence judéo-arabe », ou comme l’explique le compte-rendu laudateur publié par le journal Le Monde, du « bien-vivre partagé par les deux communautés juive et arabe… »

C’est donc un projet éminemment politique qui est visé par l’IMA : celui de narrer, ou plutôt de réécrire une histoire plurimillénaire en adoptant le récit bien connu d’une histoire heureuse qui aurait mal fini… Comme l’explique ainsi le commissaire de cette exposition, l’historien Benjamin Stora,

« On ne peut pas réduire cette histoire au conflit israélo-palestinien. Juifs et Arabes n’étaient pas des étrangers mais du même monde. De l’Afrique à l’Asie s’est tissée une culture du texte sacré, une calligraphie magnifique, de l’hébreu à l’arabe. Les juifs du Maghreb et du Machrek [l’Orient arabe] se vivent comme des Orientaux. Les prières des mosquées avaient la même sonorité que celles des synagogues »

Dans une interview à France Info, Stora explicite encore plus précisément la visée idéologique de cette exposition :

« Malheureusement, on a une tendance à percevoir la présence de cette communauté essentiellement par sa fin, c’est-à-dire l’exil et le conflit israélo-palestinien qui a contribué à la séparation entre ces deux communautés, c’est certain… »

En d’autres termes, tout le malheur des Juifs du monde arabo-musulman aurait débuté en 1948, avec la création de l’État d’Israël et le « conflit israélo-palestinien ».

Selon ce narratif répandu et souvent décliné par les médias et institutions en France, le départ des Juifs du monde arabe provoqué par la création d’un État juif en Palestine aurait mis fin à des siècles de « coexistence » et à une histoire harmonieuse (adjectif que l’on retrouve dans la bouche de Stora). Pour décrire cette « harmonie » et cette idylle judéo-arabe en terre d’islam, Stora emprunte à l’islamologue Abdelwahab Meddeb le néologisme de « convivence » : « C’est un mariage d’harmonie et de convivialité partagée entre plusieurs mondes monothéistes » explique encore Stora dans les colonnes du Monde.

Benjamin Stora, historien devenu commissaire politique de l’historiographie franco-algérienne

Que le commissaire (ou plutôt le   « commissaire politique ») de cette exposition hyper-idéologique soit Benjamin Stora en dit long sur sa visée politique dans la France d’aujourd’hui. L’historien spécialiste de la guerre d’Algérie assume de nombreuses fonctions politiques, et est devenu en quelque sorte la voix autorisée de la doxa historique sur les sujets les plus politisés de l’histoire de France, ceux qui touchent à l’immigration, à la colonisation et aux rapports entre la France et le monde musulman. Il assure ainsi la présidence du conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration depuis août 2014, et fait partie du conseil d’administration de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Il a également codirigé un ouvrage collectif qui vient de paraître, intitulé « Juifs et musulmans – Échanges et différences entre deux cultures ».

L’ouverture de cette exposition en pleine campagne électorale présidentielle est évidemment un acte politique majeur

L’ouverture de cette exposition en pleine campagne électorale présidentielle est évidemment un acte politique majeur, comme le montre la déclaration du président et candidat Emmanuel Macron, qui a affirmé en inaugurant l’exposition

« la part maudite n’est jamais la part de l’autre »

et a fait l’éloge de la « France plurielle ».

On peut regretter que les institutions juives de France soient (une fois de plus) tombées dans le panneau et aient pleinement participé à l’entreprise de récupération politique et de réécriture de l’histoire juive que représente cette exposition. Une fois de plus, le symbole juif est manipulé à des fins politiques2, avec le consentement (plus ou moins éclairé) de certains responsables communautaires juifs de France.

Emmanuel Macron aux côtés de Benjamin Stora, de Jack Lang et du rabbin Korsia lors de l’inauguration de l’exposition à l’IMA

Ajoutons que la dimension idéologique de cette exposition permet de comprendre la vigueur de l’entreprise de démonisation à l’égard du candidat Eric Zemmour, dont le discours s’inscrit en faux contre le narratif mensonger du « vivre ensemble » et de la « convivence » judéo-arabe en terre d’islam. Face à la sombre réalité du djihad qui vise l’ensemble des Français, Juifs et non-juifs, l’establishment politique et l’establishment communautaire juif ont choisi, une fois de plus, la politique de la dhimmitude. PL

Pierre Lurçat, MABATIM.INFO


1 Cité par Yana Grinshpun, Perditions Idéologiques

2 Sur l’utilisation – et la manipulation – du symbole juif par des hommes politiques français, notamment depuis François Mitterrand, je renvoie aux nombreux ouvrages de Shmuel Trigano abordant cette question, et en particulier à ses livres La nouvelle Question juive (1982), La République et les Juifs (1982), Les frontières d’Auschwitz (2005) et L’avenir des Juifs de France (2006).

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Quand Le Monde prend la défense du FPLP, organisation terroriste palestinienne

November 1 2021, 11:00am

Posted by InfoEquitable

La décision israélienne d’attribuer le statut d’organisations terroristes à six ONG palestiniennes liées au FPLP fait l’objet d’un article du correspondant du quotidien Le Monde en Israël, Louis Imbert, intitulé « En classant six ONG parmi les « organisations terroristes », Israël frappe au cœur la société civile palestinienne ».

 

Les six ONG incriminées pour leurs liens avec le FPLP (dont le logo ne fait pas mystère de son intention de conquérir toute l’ancienne Palestine mandataire, et donc d’éliminer Israël)

 

Tout en reconnaissant que le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) est « considéré comme une organisation terroriste par Israël et par l’Union européenne », l’article le qualifie de « mouvement issu du nationalisme arabe et du marxisme, pionnier de la résistance palestinienne, qui fut un temps la faction la plus active après le Fatah ».

Rappelons que le FPLP, fondé par George Habache en 1967, est considéré comme incarnant une ligne plus radicale encore que celle du Fatah au sein de l’OLP, et qu’il est l’auteur de très nombreux attentats en Israël et dans le monde, depuis les détournements d’avions dans les années 1970 et jusqu’à aujourd’hui. Pour la période récente, on peut citer, parmi tant d’autres, l’assassinat du ministre israélien du Tourisme, Rehavam Zevi, le 18 octobre 2011 à Jérusalem, l’attentat d’Itamar en juin 2002, au cours duquel une famille israélienne avait été décimée, ou encore le massacre de la synagogue de Har Nof en 2014.

 

Les victimes de l’attentat d’Itamar

Cela n’empêche pas Le Monde de titrer son article « Israël frappe au cœur la société civile palestinienne », en reprenant à son compte la terminologie employée par l’Autorité palestinienne, qui qualifie la décision israélienne « d’assaut perturbant contre la société civile palestinienne ». Pour justifier l’emploi de l’expression trompeuse de « société civile », au sujet d’ONG liées au mouvement terroriste, l’article du correspondant du Monde explique que ces ONG « ont pignon sur rue » (ce qui est le cas de tous les mouvements terroristes palestiniens) et qu’elles « jouent un rôle éminemment politique ». Ce dernier point ne contredit pas le fait qu’elles soient liées au mouvement terroriste FPLP, toutes les organisations terroristes palestiniennes jouant à la fois la carte politique et celle de la violence armée.

Le Monde établit d’autre part un parallèle entre la décision israélienne et les « actes de violence de la part de colons israéliens », dont l’article dénonce la recrudescence, expliquant que « Depuis le début de la récolte des olives, en octobre, quelque 1300 arbres ont notamment été détruits ou endommagés par des colons, selon les Nations unies ». En quoi cela rendrait-il la décision israélienne concernant les ONG liées au FPLP critiquable ? L’auteur ne l’explique pas. Il faut lire entre les lignes pour saisir la logique de l’argument : la violence (supposée) est du côté israélien, celui des « colons », tandis que la violence terroriste avérée des organisations palestiniennes membres de l’OLP est qualifiée par le quotidien français de « résistance palestinienne », dont le FPLP serait le « pionnier ».

 

Le titre du Monde du 23/10/2021. L’expression « régime israélien » a été remplacée par celle « d’Etat hébreu » après un tweet d’InfoEquitable dénonçant cet usage normalement réservé aux gouvernements de pays non démocratiques.

 

Pourquoi donc Israël a-t-il décidé d’agir contre ces ONG ? Là encore, il faut lire entre les lignes. Al-Haq, qui se présente comme une ONG de « défense des droits de l’homme », est en réalité un des principaux acteurs du « lawfare » – la guerre juridique contre Israël – et de la campagne de boycott du BDS. Ses liens établis avec le FPLP ont justifié le refus de visas d’entrée en Israël et en Jordanie à son directeur général. Dans un jugement datant de 2007, cité par NGO Monitor, la Cour suprême d’Israël écrivait à son sujet : « le requérant est apparemment Dr. Jekyll et M. Hyde, une partie de son temps consiste à diriger une organisation des droits de l’homme et l’autre à militer au sein d’une organisation qui n’a aucun scrupule à assassiner, qui n’a aucun rapport avec les droits, bien au contraire, qui rejette le droit le plus fondamental de tous, sans lequel il n’y a pas d’autres droits, à savoir le droit à la vie… »

C’est précisément ce double visage des ONG palestiniennes, qui soutiennent des organisations terroristes comme le FPLP, avec lesquelles elles entretiennent des liens structurels étroits, que Le Monde dissimule à ses lecteurs, en occultant les arguments israéliens justifiant la décision visant les six ONG… Contrairement à l’affirmation de l’article, selon laquelle « Israël ne s’est pas estimé tenu d’apporter la preuve [de ses accusations] », les preuves en question ont été publiées à de nombreuses reprises par l’Etat hébreu. En 2019, un long document publié par le gouvernement israélien, intitulé de manière éloquente « Terroristes en costume », présentait ainsi les « liens entre les ONG qui font la promotion du BDS et les organisations terroristes », parmi lesquelles figurent, outre le FPLP déjà mentionné, le Hamas et le Djihad islamique.

 

 

Sur ce sujet important, comme sur d’autres, les lecteurs du Monde, autrefois considéré comme le « quotidien de référence » français, ne seront donc pas informés. Une fois de plus, la couverture de l’actualité israélienne par le quotidien du soir français est marquée par l’adoption croissante du « narratif » palestinien et de la sémantique antisioniste.

 

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Qui veut la peau du député français Meyer Habib? Un article aux relents antisémites signé France-Inter, Pierre Lurçat

October 21 2021, 06:43am

Posted by Pierre Lurçat


 

Les sites antisémites les plus radicaux du Web francophone ne s’y sont pas trompés. “L’étau se resserre autour de Meyer Habib”, titre ainsi “Egalité et Réconciliation”, le site du très sulfureux Alain Soral, tandis que le site islamiste Oumma.com titre avec moins d’emphase : “Positionnement pro-Likoud, actionnaire de sociétés non déclarées en France: une enquête de France Inter sur Meyer Habib”. En fait d’enquête, il s’agit d’un article publié sur le site de France-Inter le 15 octobre dernier, et pompeusement signé par la “Cellule Investigation de Radio France”.

 



 

Cette “cellule d’investigation” n’a pas eu besoin d’investiguer très loin : son papier est une compilation d’informations connues de tous et glanées sur le Net, pour lesquelles les journalistes de Radio France ont simplement demandé des commentaires, exclusivement à charge, auprès de certains anciens diplomates israéliens et de concurrents de Meyer Habib aux élections législatives. Drôle de conception de l’investigation.

 

Ainsi, les liens amicaux entre Habib et l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou n’ont rien d’une information (et encore moins d’un scoop), puisqu’ils sont affichés au grand jour par les deux protagonistes et connus de tous depuis de nombreuses années. Ce qui n’empêche pas France Inter d’écrire que “[Meyer Habib] a longtemps été le relais à l’Assemblée et à l’Elysée [de Nétanyahou], quitte à  s’opposer aux positions diplomatiques françaises”.

 

Meyer Habib (à gauche), avec E. Macron et B. Nétanyahou

 

La belle affaire! Depuis quand un député français est-il obligé de s’aligner sur la politique étrangère de son pays? A moins que ce député ne s’appelle Meyer Habib et qu’il ne soit Juif… Le mot n’est pas prononcé, mais l’accusation de double allégeance est en arrière-plan de l’article de France Inter à chaque ligne. Il n’est pas même besoin de lire entre les lignes… “Imaginer un seul instant que Benyamin Nétayahou puisse révéler à Meyer Habib des secrets qu’il ne faut pas dire, c’est extrêmement troublant et déstabilisant”, explique ainsi Elisabeth Garreaut, ancienne élue consulaire proche de LREM.

 

Accusation reprise par un ancien diplomate israélien à Paris, Danny Shek. Hormis ces deux personnalités, toutes les sources de France Inter sont anonymes (si tant est qu'elles existent vraiment). “Un ministre de l’époque, proche du chef de l’Etat”, “Une personnalité française, connue pour ses positions pro-palestiniennes”, “un cadre du Likoud”... En clair, il s’agit d’une enquête à charge fondée sur des témoignages anonymes (on aurait presqu’envie d’écrire, des “dénonciations anonymes”). 

Meyer Habib avec Emmanuel Macron (photo : site de France-Inter)



 

Un règlement de comptes aux relents antisémites

 

Les auteurs de cette “enquête” ne sont pas totalement inconnus dans le P.A.F.  Frédéric Métézeau a été correspondant de Radio France à Jérusalem. Il affirme dans une interview avoir le “goût de la nuance”, ce qui ne l’empêche pas de renvoyer dos-à-dos le Hamas, mouvement islamiste totalitaire, et “l’extrême-droite raciste” israélienne. Quant à Emmanuelle Elbaz-Phelps, elle est présentée par France-Inter comme une “journaliste franco-israélienne sur la chaîne publique Kan 11”. Elle collabore également au site Mediapart. Entre 2014 et 2016, elle a été attachée de presse à l’ambassade de France en Israël.  Double allégeance journalistique?

 

Les voeux de Meyer Habib pour Rosh Hachana, pièce à charge de l’enquête de France Inter

 

La question qui se pose est de savoir pourquoi cette enquête à charge est publiée aujourd’hui, et dans quel but. En tant que défenseur d’Israël à l’Assemblée nationale française, Meyer Habib ne manque certes pas d’ennemis. Pourquoi l’attaquer maintenant sur ses  relations avec le Premier ministre israélien Nétanyahou, alors que celui-ci est à présent dans l’opposition? Une explication possible est que cet article ait été publié en réaction à l’initiative courageuse du député Meyer Habib de diriger une commission d’enquête parlementaire sur les défaillances de la justice française dans l’affaire de l’assassinat de Sarah Halimi. 

 

Au cours des auditions de cette commission, l'avocat Nathanaël Majster a ainsi évoqué le risque d’une récidive de l’assassin de la sexagénaire d’origine juive, que la justice française a refusé de juger. Que le positionnement courageux de Meyer Habib dans l’affaire Halimi ait de quoi irriter certains membres de la justice française est évident. Que certains veuillent régler des comptes avec lui aux moyens d’une “enquête” aux relents antisémites est un peu plus étonnant. Mais quand il est question des Juifs en France, aujourd’hui, tout est possible.

 

Pierre Lurçat

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

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