Overblog
Follow this blog Administration + Create my blog
VudeJerusalem.over-blog.com

france

Le Conseil d’Etat et l’antisionisme : un nouveau Statut des Juifs en France ? Pierre Lurçat

May 10 2022, 07:38am

Logo du “Comité Palestine Vaincra”, affiché sur son site

Logo du “Comité Palestine Vaincra”, affiché sur son site

Une version abrégée de cet article est parue sur Causeur.fr

 

Dans l’actualité des lendemains d’élection présidentielle, la nouvelle est passée quasiment inaperçue : le Conseil d’État, statuant en référé, a invalidé vendredi 29 avril la décision du Ministère de l’Intérieur de dissoudre deux associations propalestiniennes radicales, le “Collectif Palestine Vaincra” et le “Comité Action Palestine”. Au-delà de son aspect purement judiciaire, cette décision illustre le double discours de la France au sujet du conflit israélo-arabe et de ses retombées en France.

 

 

C’était le 25 février dernier : à quelques heures du traditionnel dîner du CRIF, le ministre de l’Intérieur annonçait sa décision de dissoudre deux associations propalestiniennes radicales, en raison de leurs appels “à la haine, à la discrimination et à la violence” et de leur soutien affiché à des actes terroristes. Un rapide coup d’œil sur le site Internet du Collectif Palestine Vaincra permet de comprendre que la décision du ministre Darmanin était pleinement justifiée sur le plan des faits.

 

Celui-ci affirme en effet soutenir “la lutte du peuple palestinien contre le sionisme, l’impérialisme et les régimes réactionnaires arabes pour la libération de toute la Palestine de la mer au Jourdain (ce qui est confirmé par le logo sur lequel l’État d’Israël est entièrement effacé) et soutenir “la Résistance qui est le seul moyen pour le peuple palestinien de reconquérir ses droits historiques et légitimes. Nous la soutenons sous toutes les formes qu’elle juge nécessaire et légitime, y compris armée”.

 

On ne saurait être plus explicite. Ce soutien sans faille et sans tabou s’accompagne de campagnes menées sur le territoire français en faveur du boycott d’Israël, de la libération de terroristes condamnés et emprisonnés en Israël et de la cause palestinienne en général. La rhétorique du Comité Action Palestine est largement similaire, avec des communiqués mettant en cause la politique de la France “aux ordres de ses maîtres sionistes" et autres déclarations du même acabit. Parmi les “partenaires” du Collectif figure en bonne place le mouvement terroriste FPLP, branche de l’OLP d’obédience marxiste dont la phraséologie du Collectif s’inspire manifestement.

 

Dans ces circonstances, la décision du Conseil d’État s’apparente à un blanc-seing offert aux associations propalestiniennes les plus radicales, pour poursuivre leurs activités sur le sol français, au nom de la “liberté d’expression”. La lecture des deux décisions en référé est instructive. On y apprend notamment que le Collectif a prétendu devant le Conseil d’État que sa charte “faisait état de son soutien à la cause palestinienne sans prôner la violence ou la lutte armée”, alors même que cette charte affirme soutenir la “résistance” palestiniennesous toutes les formes qu’elle juge nécessaire et légitime, y compris armée”.

 

On reste sidéré qu’un mensonge aussi flagrant ait pu convaincre les membres éminents de la plus haute juridiction administrative française. Les juges du Conseil d’État savent-ils lire ? La position du Conseil d’État est exactement à l’opposé de celle que défend le ministre de l’Intérieur, mais également le président de la République Emmanuel Macron, qui a régulièrement affirmé que l’antisionisme était une forme d’antisémitisme.

 

La même dissonance se retrouve à l’égard de l’appel au boycott d’Israël, que le Conseil d’Etat considère comme légitime, affirmant que « l’appel au boycott, en ce qu’il traduit l’expression d’une opinion protestataire, constitue une modalité particulière d’exercice de la liberté d’expression et ne saurait par lui-même, sauf circonstances particulières établissant le contraire, être regardé comme une provocation ou une contribution à la discrimination, à la haine ou à la violence envers un groupe de personnes ». Cette affirmation contredit des dispositions de loi très claires qui font de l’appel au boycott une infraction pénale, comme le rappelait récemment le CRIF.

Comment comprendre dès lors ce double discours des autorités politiques et judiciaires françaises sur ce sujet ? Comme le rappelle Yves Mamou dans un livre récent (Le grand abandon, Les élites françaises et l’islamisme), ce sont les élites - et notamment les grands corps de l’État - qui sont le plus en pointe pour soutenir l’islamisme et pour laisser émerger sur le territoire français une “nation musulmane”, dont les valeurs sont contraires à celles de la République. La décision du Conseil d’État corrobore cette analyse.

 

Comme dans l’affaire Sarah Halimi, la justice française, jusque dans ses plus hautes instances, s’avère être le “maillon faible” dans la lutte contre l’antisionisme et l’antisémitisme, et pour le respect des principes républicains et de l’État de droit menacé par l’islam radical et ses soutiens. Les belles proclamations dans le sens contraire du président Macron ne modifient en rien cette triste réalité. La décision du Conseil d’Etat dans cette affaire confirme l’impression donnée par la Cour de cassation dans l’affaire Halimi : aux yeux des plus hautes instances de la justice française – dans sa branche judiciaire comme dans sa branche administrative – l’antisionisme/antisémitisme ne sont plus aujourd’hui une circonstance aggravante, mais bien une circonstance atténuante ! Cette sinistre réalité qui émerge sous nos yeux ressemble de plus en plus à un nouveau « Statut des Juifs » en France.

P. Lurçat

Manifestation contre Israël (source : site du Collectif Palestine vaincra)

Manifestation contre Israël (source : site du Collectif Palestine vaincra)

See comments

Après le meeting de Villepinte - Zemmour : le "petit Juif berbère" contre les barbares

December 12 2021, 09:19am

Après le meeting de Villepinte - Zemmour : le "petit Juif berbère" contre les barbares

 

A ceux qui sont censés lutter contre le Diable, tout est permis.

Et le Diable n’a plus qu’un visage : le “fascisme”.

 

P. A. Taguieff (1)

1.

 

La “mue” du candidat Zemmour a bien eu lieu. Le journaliste – que de nombreux médias s’obstinent à qualifier de “polémiste d’extrême-droite” – a réussi sa transformation en candidat officiel, et sa prestation à Villepinte, sa prestance, sa posture et son discours étaient bien ceux d’un candidat à l’élection présidentielle et d’un homme politique. N’en déplaise aux médias de gauche, qui ont fait leurs choux gras de quelques incidents ayant émaillé la soirée, celle-ci était de l’avis de tous les observateurs impartiaux, une réussite. Bien entendu, cela ne va pas modifier fondamentalement l’attitude de la plupart des médias et des commentateurs politiques en France, qui s’en tiennent au discours convenu, celui de l’anti-zemmourisme primaire.

 

Celui-ci a atteint de nouveaux sommets de ridicule et d’emphase ces derniers jours. Ainsi, quand le ministre Darmanin qualifie d’ignoble le clip vidéo de campagne de Zemmour, il montre que le sens des mots s’est dévalué, au point qu’ils ne veulent plus dire grand-chose (dans sa bouche en tout cas). J’ai eu beau visionner plusieurs fois cette vidéo, je m’interroge toujours sur ce qu’on peut y trouver d’ignoble, c’est-à-dire, au sens propre, de “moralement bas” ou “d’une laideur affreuse”… Sauf peut-être les images de ces voyous encagoulés, attaquant des passants dans la rue et de cet “ensauvagement” de la société française depuis plusieurs décennies.

 

 

2.

 

Le pari politique d’Eric Zemmour, celui de réunir au sein de sa base électorale deux France qui s’ignorent et qui n’ont pas beaucoup en commun : celle des “petits Français blancs” victimes du “Grand Remplacement” et du “Grand Déclassement” – pour reprendre sa terminologie – et celle de la bourgeoisie catholique traditionnelle, est loin d’être gagné. Les représentants de cette seconde France étaient apparemment plus nombreux à Villepinte que ceux de la première. De la réussite de ce pari dépend grandement la réussite électorale du parti d’E. Zemmour, qu’il est difficile de prévoir aujourd’hui.

 

Mais il est certain que les grands thèmes de sa campagne, égrenés dans son “Serment de Villepinte”, sont chers à la fois aux membres de cette première France et à ceux de la seconde. Car tous sont attachés à l'histoire et à la grandeur passée de leur pays, qu’ils souhaitent voir restaurer, pour des raisons parfois différentes. Que le rassembleur de ces deux France soit un “petit Juif berbère” (selon l'expression de l’intéressé lui-même) est une ironie de l’Histoire, qui fait penser au mot fameux prêté au général De Gaulle, “à Londres, j’attendais la France des églises, j’ai vu venir celle des synagogues”.

 

3.

 

Il y avait plusieurs moments d’émotion palpable dans le discours d’Eric Zemmour à Villepinte. Celui où il évoquait ses parents, et surtout sa mère, qui lui  a inculqué l’amour de la France et de son histoire. Bien entendu, c’était un discours politique, mené de main de maître par un homme qui pratique les médias depuis plusieurs décennies et qui sait manier le langage. Mais c’était aussi un discours de sincérité ; la profession de foi de quelqu’un qui, comme il l’a expliqué de manière convaincante, ne serait jamais entré dans l’arène politique, s’il n’avait éprouvé le sentiment d’une urgence. Et l’urgence, c’est bien celle de redresser et de “sauver” la France, n’en déplaise aux éditorialistes de Libération et du Monde.

 

Ceux qui scrutent la moindre phrase d’Eric Zemmour pour déterminer avec une fausse érudition si elle est plutôt “maurassienne” ou plutôt “barrésienne”, montrent qu’ils n’ont rien compris aux vrais sujets qui préoccupent la grande majorité des Français. Car le discours de Villepinte n’était pas tourné vers le passé et vers la nostalgie d’une France disparue, mais bien vers l’avenir. Et à cet égard, comme l’a dit Alain Finkielkraut, on peut ne pas partager les références littéraires ou politiques d’Eric Zemmour, mais on ne peut rester insensible au constat qu’il fait, d’une France en déclin et en danger

Pierre Lurçat.

1. P. A. Taguieff, Du Diable en politique, Réflexions sur l’antilepénisme ordinaire.

(Article paru sur le site Causeur.fr)

De Gaulle passant en revue les premiers éléments de la France libre, Londres

De Gaulle passant en revue les premiers éléments de la France libre, Londres

See comments

Zemmour, la France et l’Orient simplifié

November 13 2021, 21:27pm

Posted by Pierre Lurçat et Philippe Karsenty

Réconcilier la France avec son passé et tout faire pour préserver son avenir, ce programme justifie aux yeux d’Éric Zemmour quelques entorses à la vérité historique et au langage trop lisse de ses adversaires politiques. Oui, il y a bien du Donald Trump en lui, car tout comme ce dernier voulait « Make America Great Again », Éric Zemmour affirme que la « France n’a pas dit son dernier mot ».

Article paru dans Causeur

 

Une tribune libre de Philippe Karsenty et Pierre Lurçat

 


Au micro de Jean-Marc Morandini sur CNews, Éric Zemmour déclarait à son interlocutrice, une Franco-marocaine voilée de Drancy, « La France, c’est sacré ». Ces mots ne sont pas un slogan électoral : ils définissent le cœur de l’identité – et aussi du programme électoral – d’Éric Zemmour. Que ce programme soit incarné par un Français né de parents juifs d’Algérie est à la fois symbolique et anachronique. Oui, il y a sans doute quelque chose d’anachronique dans le discours de Zemmour, que ses détracteurs dépeignent injustement comme un « nostalgique de Pétain ».

Les juifs aussi ne s’assimilent plus vraiment

Anachronique, son éloge d’une assimilation sans partage, à laquelle n’adhèrent plus les représentants officiels du judaïsme français. Anachronique, et pourtant terriblement actuel. Pendant que les grands médias et tous ceux qui prétendent parler au nom du « camp du Bien » se délectent de comparaisons abusives et de « reductio ad hitlerum », expliquant doctement comment Zemmour entend « réhabiliter Vichy » et absoudre la France de tous ses crimes, celui-ci aborde, sans complexes et avec un langage que certains comparent à celui de l’ex-président des États-Unis Donald Trump, la réalité bien tangible de la vie quotidienne de millions de Français. Des Français écrasés d’impôts et humiliés dans leur fierté nationale, qui ne se reconnaissent plus dans le discours politique dominant, dont sont tellement absents les sujets tabous de l’immigration, de l’islam et de l’identité nationale.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Z le maudit

En réalité, pour appréhender le discours d’Éric Zemmour et comprendre les raisons de son succès, il faut se départir des clichés de la doxa médiatique, pour tenter d’entendre ce qu’il dit de la France – qu’il a mise au cœur du débat électoral, comme l’a observé Alain Finkielkraut – et ce qu’il dit aux Français. Le clivage qui s’est instauré depuis quelques semaines entre une France pro-Zemmour et une France anti-Zemmour, clivage qui a déjà donné lieu à de violentes manifestations des mal-nommés « Antifa », n’oppose pas « droite » et « gauche », concepts qui ont perdu depuis longtemps une grande partie de leur pertinence politique.

Anywheres contre Somewheres

Ce clivage oppose ce que l’essayiste britannique David Goodhart appelle les « gens de partout » (Anywheres) et le « peuple de quelque part » (Somewheres). Zemmour incarne de toute évidence ces Français qui se sentent appartenir à la terre de France et à son histoire et qui – pour reprendre ses propres termes – croient encore au Destin français, tout en se sentant exilés dans leur propre pays et en souffrant de voir bafouer les symboles de la France et ses représentants, lorsque son drapeau est piétiné ou que ses policiers sont agressés et insultés. Sa dénonciation du « Grand remplacement » est partagée par tous ceux qui le vivent au jour le jour.

Et les Français juifs ? Ils sont eux aussi, à l’instar de l’ensemble des Français, partagés entre les deux camps, celui des « gens de partout » et celui du « peuple de quelque part ». Zemmour, qui se dit « non sioniste » mais « pas antisioniste », a prononcé sur i24 des déclarations concernant Israël qui font de lui le plus pro-Israélien de tous les hommes politiques français, en déclarant qu’il n’y aurait pas d’État palestinien et que Jérusalem était la capitale d’Israël. Foulant aux pieds les principes de la politique arabe de la France depuis des lustres, il a montré que son patriotisme français n’était pas contradictoire avec une amitié véritable entre la France et Israël, bien au contraire (même s’il n’a apparemment pas vraiment pris la mesure de la menace iranienne).

A lire aussi, David Goodhart: Royaume-Uni: «Il est beaucoup plus facile de parler de l’immigration aujourd’hui qu’il y a vingt ans»

Ce qui n’empêche pas certains – et notamment le grand-rabbin de France Haïm Korsia – de l’accuser d’être « antisémite » après avoir mis en doute sa judéité. Ce faisant, ce dernier sort de sa fonction de rabbin pour devenir un acteur politique. Pour comprendre cette situation, il faut se rappeler que la politique française repose largement sur ce que le sociologue Shmuel Trigano appelle « l’adoration du corps de la victime », qui va de pair avec l’hostilité au peuple Juif vivant. C’est la même France officielle, qui depuis 25 ans verse ainsi des larmes de crocodile sur les victimes de la Shoah, tout en développant des politiques hostiles à Israël et en soutenant les organisations terroristes comme le Hamas et le FPLP, qui sont les pires assassins de Juifs des temps modernes.

Il faut alors se rappeler des mots de Jacques Chirac, en juillet 1995, s’apitoyant sur les Juifs morts de la Shoah pour mieux condamner et diaboliser ensuite les Juifs vivants en Israël, qui cherchaient à se défendre contre les organisations terroristes palestiniennes. Oint de son blanc-seing de défenseur des Juifs morts, Jacques Chirac se sentait alors d’autant plus libre d’armer ceux qui voulaient détruire l’État d’Israël. Il n’est pas étonnant de retrouver aujourd’hui du côté des anti-Zemmour des chiraquiens qui n’ont jamais su, ou voulu, s’opposer à ses politiques hostiles à Israël. Comme Haïm Korsia, qui a fait préfacer un de ses livres par Jacques Chirac, ou comme Frédéric Salat-Baroux, qui a embrassé le chiraquisme au point d’épouser la fille de l’ancien président.

Chirac à Jérusalem en 1996

C’est sans doute aussi pour dénoncer cette contradiction que le candidat Zemmour ne s’encombre d’aucun « politiquement correct » quand il aborde le sujet de Vichy. Réconcilier la France avec son passé et tout faire pour préserver son avenir, ce programme justifie aux yeux d’Éric Zemmour quelques entorses à la vérité historique et au langage trop lisse de ses adversaires politiques. Oui, il y a bien du Donald Trump en lui, car tout comme ce dernier voulait « Make America Great Again », Éric Zemmour affirme que la « France n’a pas dit son dernier mot ». Seul l’avenir nous dira s’il permettra de « Restaurer la grandeur de la France ».

Ph. Karsenty et P. Lurçat

 

See comments

Débattre au bord du gouffre ou perpétuer la France : Trois réflexions sur le phénomène Zemmour, Pierre Lurçat

November 4 2021, 15:37pm

Posted by Pierre Lurçat

 

Il faut écouter la longue interview que le presque-candidat Éric Zemmour a accordée à Benjamin Petrover sur i24 News. Il y dévoile plusieurs éléments importants de sa vision du monde, et se livre à un débat passionnant avec le philosophe Alain Finkielkraut. En tant qu’Israélien et que sioniste, je suis évidemment très éloigné de ses conceptions et je ne pense pas, comme je l’ai écrit ici, que les Juifs soient concernés collectivement par le destin français. Mais on ne peut pour autant se désintéresser entièrement de l’avenir d’un pays qui abrite la deuxième communauté juive du monde en dehors d’Israël, et qui est aussi le pays où nous avons grandi.

 

1. Zemmour antisémite? La double erreur du rabbin Korsia

 

En qualifiant Éric Zemmour de “Juif antisémite”, le grand rabbin Haïm Korsia a commis une double erreur. Erreur factuelle, car rien ne permet de qualifier ainsi M. Zemmour, indépendamment de ce que l’on pense de ses opinions et de ses engagements. Erreur politique surtout, car il est dangereux de transformer le débat qui oppose aujourd’hui une France pro-Zemmour et une France anti-Zemmour en débat judéo-juif. Éric Zemmour est aujourd’hui candidat (pas encore déclaré) à l’élection présidentielle, il n’est pas candidat à la présidence du CRIF ou du Consistoire. 

 

Le rabbin Korsia, avec Emmanuel Macron

 

Les institutions juives de France, comme je l’ai dit ce matin au micro de Daniel Haïk, seraient bien inspirées de faire preuve d’un peu de réserve et d’intelligence politique, au lieu de foncer tête baissée dans un débat intra-communautaire dont rien ne peut sortir de bon pour les Juifs. D’autant plus que la position sur laquelle se tient Éric Zemmour, celle du “Français de confession juive”, était celle que défendaient autrefois ces mêmes institutions juives - Consistoire et CRIF - qui ont depuis adopté la logique du communautarisme, pour le meilleur et pour le pire. Le communautarisme a certes permis au judaïsme français de vivre et de s’épanouir pendant plusieurs décennies. Mais il a aussi tenu lieu de dangereux précédent, en créant une brêche dans laquelle se sont engouffrés les tenants d’un islam de France, qui n’a rien à voir avec le judaïsme et encore moins avec le franco-judaïsme.

 

2. Le sionisme d’Éric Zemmour et celui de Léon Blum

 

En déclarant sur i24 que Jérusalem est la capitale d’Israël (et en faisant cette déclaration, répétons-le, en tant que candidat à la magistrature suprême de la République française), Éric Zemmour s’inscrit dans une tradition philo-sioniste française, qui n’a rien à voir, quoiqu’en disent les historiens patentés, avec Barrès ou Maurras. Cette tradition est celle de Léon Blum, qui déclarait "Je suis un Français - fier de son pays, fier de son histoire, nourri autant que quiconque, malgré ma race, de sa tradition." Déclaration à laquelle Zemmour pourrait souscrire entièrement. 

 

Blum, Français fier de son pays, était aussi fier de son judaïsme et il s’engagea résolument en faveur de l’idée sioniste, comme le rappelle André Blumel dans un article passionnant (1). C’est dans cette tradition de patriotisme français philo-sioniste que s’inscrit Éric Zemmour, même s’il est politiquement très éloigné d’un Léon Blum. Ajoutons que les caricatures qui le visent rappellent aussi celles qui visaient jadis le Premier ministre Léon Blum...

 

La mémoire de Léon Blum honorée au kibboutz Kflar Blum

 

3. Débattre de l’histoire de France au bord du gouffre?

 

Il est consternant de lire les nombreuses tribunes d’historiens plus ou moins sérieux, qui publient dans les colonnes du journal Le Monde leurs savantes dissertations sur l’histoire de Vichy ou sur l’affaire Dreyfus, en se livrant à de futiles comparaisons (2).  L’affaire Dreyfus, est-il besoin de le rappeler, est terminée depuis plus d’un siècle. On se demande quel malin plaisir les médias français trouvent à raviver de vieilles blessures nationales guéries depuis longtemps et à souffler sur les braises pour ranimer de vaines polémiques. La France excelle dans les vaines polémiques.

 

Mais le phénomène Zemmour mérite mieux que les débats judéo-juifs ou que les querelles d’historiens. Comme l’affirme Alain Finkielkraut, que personne n’ira suspecter d’antisémitisme, Zemmour a le mérite de la sincérité et surtout celui d’avoir remis la France au coeur du débat électoral. Que la France soit aujourd’hui au bord de la guerre civile ou qu’elle y soit déjà plongée, le temps n’est plus aux vaines polémiques.

 

La France au coeur de la campagne présidentielle : Éric Zemmour

 

Comme le rappelle Éric Zemmour à Alain Finkielkraut, dans leur débat télévisé sur i24, on aimerait parler longuement de littérature, de l’histoire de France et de tous ces sujets chers aux Français juifs qu’ils sont, mais l’heure est trop grave pour se dérober aux questions tellement plus urgentes et essentielles. On ne débat pas de poésie au bord du gouffre. “Aujourd’hui il faut (choisir entre) vivre ou mourir” conclut Zemmour face à Finkielkraut qui acquiesce, avec des mots qui évoquent les versets du Deutéronome.”Tu choisiras la vie, afin que tu vives, toi et tes descendants”. Zemmour, on le voit, n’est pas si éloigné du judaïsme qu’on ne pourrait le croire.

P. Lurçat

1. Voir http://judaisme.sdv.fr/perso/lblum/bl-sion.htm

2. Georges Bensoussan a répondu de manière convaincante à l’une de ces tribunes, en réfutant les comparaisons entre le discours de Zemmour et les discours fascistes. Voir https://www.causeur.fr/antisemitisme-communautarisme-edouard-drumont-eric-zemmour-polemique-2-166616


 

See comments

Chroniques citoyennes d’un suicide programmé, d’Evelyne Tschirhart

July 11 2021, 14:25pm

Posted by Pierre Lurçat

J’avais beaucoup aimé Le Tranchant de la lumière, d’Evelyne Tschirhart. Professeur honoraire d’art plastique, peintre et photographe, elle a publié plusieurs ouvrages sur l’état de l’école en France. Son dernier livre, Chroniques citoyennes d’un suicide programmé, élargit la cible en abordant les différents domaines de la décadence française. Son diagnostic est clair, son style plein de verve et d’humour.

 

Depuis une trentaine d’années, voire plus, notre pays s’enlise dans l’abandon de son identité : celle de la famille, de la religion, de la culture, pour laisser la place à une société multiculturelle vouée à la décadence politique, au profit d’un totalitarisme encore feutré, mais où la violence fait force de loi”.

 

Pour illustrer ce constat, que de nombreux observateurs ont fait depuis plusieurs décennies, l’auteur aborde des sujets aussi divers que l’enseignement (qu’elle connaît bien pour avoir été institutrice puis professeur), les moeurs, l’islam ou l’art contemporain. Ce livre réunit des chroniques parues depuis une dizaine d’années dans différents médias et revues français.



 

 

Le livre s’ouvre sur cette anecdote rapportée par Allan Bloom en 1985, qui n’a rien perdu de sa pertinence : “Quand j’ai commencé à prendre conscience du déclin de la lecture, c’est-à-dire vers la fin des années soixante, j’ai pris l’habitude de demander aux élèves... quels étaient les livres qui comptaient vraiment pour eux. La plupart d’entre eux demeuraient muets… La notion de livres considérés comme des compagnons de route leur est étrangère” (in L’âme désarmée, essai sur le déclin de la culture générale).

 

Comme souvent, les observateurs américains les plus lucides (parmi lesquels on peut citer, outre Allan Bloom, le nom de Neil Postman) ont décrit une réalité qui a depuis gagné les autres continents. L’originalité du livre d’Evelyne Tschirhart est de relier le déclin de l’enseignement et de la culture générale à d’autres sujets, apparemment différents, en montrant comment ils participent du même phénomène.
 

Evelyne Tschirhart

 

Ainsi de l’art contemporain (AC), cet “art du vide” dont elle montre les présupposés idéologiques en critiquant avec humour ses thuriféraires. La partie du livre consacrée à l’islam contient des réflexions importantes, de même que celle sur l’enseignement. L’auteur rapporte des anecdotes tirées de son expérience, comme cet échange ubuesque entre une jeune prof s’adressant ainsi à ses élèves : “Taisez-vous, vous me faites ch…”, pour se voir répondre : ”M’dame, ça se fait pas, et le respect alors!”.

 

Pour un lecteur israélien, la lecture du livre d’Evelyne Tschirhart procure un double sentiment. Celui que notre pays partage beaucoup des travers analysés en France, tout d’abord. Mais aussi celui que notre sort est malgré tout plus enviable, car - pour reprendre une métaphore du rav Kook - les maux et les épreuves que nous subissons en Israël sont les “douleurs de l’enfantement”, tandis que celles de la France sont visiblement les “douleurs de l’agonie”. Un livre salutaire.

Pierre Lurçat

 

E. Tschirhart, Chroniques citoyennes d’un suicide programmé, éditions de Paris/Max Chaleil 2021.

 

See comments

Parution de mon livre “Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain”

June 25 2021, 08:22am

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

See comments

“Hébreu, Auto-défense, Alyah!” Adresse aux Juifs restant encore en France

April 23 2021, 15:52pm

Posted by Pierre Lurçat

 

 

La décision rendue par la Cour de cassation a suscité de très nombreuses analyses pertinentes, de la part d’observateurs avisés, et pas tous Juifs (Cf l’éditorial courageux de F.O Giesbert) Même le grand rabbin de France, que certains soupçonnaient de tiédeur, et le président du CRIF, qui a retrouvé pour l’occasion un peu du “Hadar” de sa jeunesse dans les rangs du Betar, semblent avoir trouvé les mots justes… Mais cette profusion de mots ne fait que ressortir l’absence flagrante d’actes et de décisions opérationnelles. Les lignes qui suivent prétendent aborder la situation des Juifs de France sous un angle différent, l’angle sioniste et celui de l’action.

 

Trop de réflexion et pas assez d’action

 

Changer la loi française? C’est ce que proposent le président Macron et d’autres, parmi lesquels Robert Badinter, infatigable, qui s’abstient pourtant de toute critique contre la Cour de cassation (1) C’est sans doute utile, mais cela ne fera pas changer l’ennemi, ni la situation objective de la France actuelle (“l’antisémitisme des choses”, comme disait Jabotinsky). Alors c’est à nous, c’est à vous de changer. Cessez enfin de regarder la France avec les yeux de Chimène et d’attendre, comme une femme battue, qu’elle retrouve pour nous un amour qu’elle a depuis longtemps perdu, si tant est que cet amour ait jamais existé… Cessez de croire que la “République” va connaître un sursaut de lucidité et se souvenir de ses enfants Juifs. 

 

 

Prenez acte, une fois pour toutes, du divorce consommé entre la France et les Juifs, que des esprits lucides - comme Shmuel Trigano - avaient déjà annoncé en 1981 (au lendemain de l’attentat de Copernic, attribué à tort à une fantomatique “extrême-droite” (2). Prenez acte, enfin (mieux vaut tard que jamais) du caractère inéluctable du constat, fait il y a plus de 120 ans par un journaliste Juif, assistant à la dégradation du Capitaine Dreyfus. Herzl, le “Visionnaire de l’Etat” avait entrevu, dès cette époque, ce que certains de vous refusent encore d’admettre aujourd'hui : qu’il n’y a aucun avenir pour les Juifs en Europe.

 

Prenez acte du fait que la défense des Juifs ne peut être confiée aux autorités françaises, qui ont d’autres chats à fouetter et qui peinent déjà à défendre les “Français innocents” (selon le lapsus révélateur de Raymond Barre). Car on peut supposer que la décision de la Cour de cassation aurait été identique, si la victime s’était appelée Martine Dupont, et que l’assassin ait été de la même religion que Kobili Traoré (religion dont le nom est devenu le grand tabou de la vie politique française, comme l’a démontré Georges Bensoussan, qui en a personnellement fait l’expérience). Plus encore que l’identité de la victime, c’est celle de l’assassin qui explique son impunité consacrée par la plus haute instance judiciaire française.

 

Votre salut ne viendra d’aucune pétition, d’aucun appel à la “solidarité républicaine”, d’aucune LICRA - irrémédiablement compromise avec les ennemis des Juifs (3) -, d’aucune Amitié judéo-chrétienne ou judéo-musulmane. Votre salut ne viendra que de Sion, et de vous ! C’est pourquoi il faut saluer l’initiative originale et lucide de Me William Goldnadel, qui porte plainte non pas devant la Cour européenne des Droits de l’Homme (a-t-on jamais vu celle-ci défendre les Juifs?) mais devant les tribunaux israéliens. En tant que juriste israélien, je ne suis pas certain que cela sera suivi d’effet, mais il y a là une piste à explorer et à utiliser, désormais, chaque fois qu’un Juif sera persécuté en France, parce que Juif. 

 

Le message politique adressé à la France est limpide: “Si vous ne faites rien pour protéger les Juifs, l’Etat juif le fera”. C’est la même logique qui doit s’appliquer en matière de sécurité quotidienne. De même que, depuis des décennies, la communauté juive organisée a mis en place un cadre de protection supervisé par des responsables en Israël, il est temps de proclamer haut et fort ce que chacun sait et d’assumer ouvertement la tâche de défense des Juifs, avec le même mot d’ordre qu’avaient lancé Simon Doubnov, H.N Bialik et d’autres au lendemain du pogrome de Kichinev : Autodéfense!

 

OJE : Soutenir ceux qui nous défendent

 

Il est temps de soutenir les quelques organisations juives qui assument la mission sacrée de défendre et de protéger les Juifs de France. Au lieu de donner de l’argent à des institutions qui ne font que promouvoir une soi-disant “culture juive” souvent hostile à Israël, ou qui organisent des “galas au profit des organisateurs de galas”, soutenez plutôt le BNVCA, l’OJE, la LDJ… Que ceux qui se consacrent bénévolement à défendre leurs frères Juifs soient aidés et donnés en exemple, au lieu d’être vilipendés ou de susciter des moues dégoûtées de la part des “Juifs de salons” et autres “Juifs professionnels” (ceux qui font profession d’oeuvrer à des causes juives). 

 

Hébreu, Alyah, auto-défense!

 

Mais cela n’est que l’aspect le plus urgent de la situation d’urgence dans laquelle les Juifs de France se sont (trop vite) habitués à vivre depuis deux décennies. L’autre aspect, pas moins important, consiste à préparer l’avenir. L’auteur de ces lignes, qui a fait son alyah il y a près de trente ans, sait bien que les Juifs qui ont choisi de rester en France ne vont pas tous partir du jour au lendemain. Le sionisme bien pensé ne consiste pas à accueillir des Juifs en Israël et à se désintéresser des autres. Une grand-mère juive apeurée, qui m’écrivait il y a quelques jours que son petit-fils était agressé et menacé à Boulogne (pas dans le 93!), répondait, à ma question concernant son avenir, qu’il n’était pas encore prêt  à monter en Israël... 

“Juifs, apprenez l’hébreu!’” Jabotinsky jeune

 

Pour ce jeune Juif et pour des milliers d’autres, il est urgent de relancer l’appel lancé par le Rosh Betar il y a près de cent ans : “Apprenez l’hébreu!” Que chaque jeune Juif de France apprenne l’hébreu pour préparer sa future alyah, même si celle-ci n’est encore qu’un lointain projet. Que toutes les écoles juives de France fassent de l’hébreu une matière obligatoire et fondamentale, non pas pour glaner quelques points au baccalauréat, mais pour préparer activement l’avenir de la jeunesse juive de France en Israël. “Hébreu, Alyah, Auto-défense” : ces trois mots doivent devenir le slogan des Juifs de France et de ceux qui prétendent parler en leur nom. Le temps de la réflexion et des colloques sur l’antisémitisme est passé. Il est temps d’agir.

Pierre Lurçat

 

1. Voir son intervention sur Akadem. R. Badinter, ami de François Mitterrand, l’ami irrepenti de René Bousquet, cherche peut-être ainsi à faire oublier sa responsabilité personnelle dans l’état actuel de la société et de la justice française, étant entré de son vivant au “Panthéon” pour avoir aboli la peine de mort (pour les assassins, par pour leurs victimes...).

2. Voir son livre largement prémonitoire, La République et les Juifs, paru en 1982. 

3. Je renvoie à mon article coécrit avec Ph. Karsenty, dans Causeur.

https://www.causeur.fr/georges-bensoussan-licra-antiracisme-ccif-142476



 

 

Rassemblement ce dimanche 25 avril à 14h sur le parvis des Droits de l’Homme, place du Trocadéro pour protester contre la décision de la Cour de Cassation concernant l’assassinat de Sarah Halimi.

 

Des rassemblements sont prévus dans d'autres villes :

🇫🇷 MARSEILLE - Place de la Préfecture à 14h

🇫🇷 LYON - Rue du Palais de Justice à 16h

🇫🇷 NICE - Place du Palais de Justice à 17h

🇫🇷 STRASBOURG - Parvis Jean Kahn à 14h

🇫🇷 BORDEAUX - Parvis des Droits de l'Homme à 14h

🇫🇷 LILLE - Place de la République à 14h

🇫🇷 DEAUVILLE - Esplanade du Port (face à la gare) à 14h

🇮🇱 TEL AVIV - Ambassade de France à 15h

🇮🇱 JÉRUSALEM - Gan HaAtzmaut à 15h

🇮🇱 EILAT - Hom Rachrach à 15h

🇺🇸 LOS ANGELES - Consulat français à 10h

🇺🇸 NEW YORK - Consulat général de France à 11h

🇺🇸 MIAMI - Solidarity Walk Macy's Aventura Parking Lot à 11h

🇬🇧 LONDRES - Ambassade de France à 13h

🇮🇹 ROME - Piazza Farnese à 15h

 
 
 

 

See comments

Lettre ouverte au président français Emmanuel Macron : Après la décapitation de Samuel Paty

October 21 2020, 08:58am

Posted by Pierre Lurçat

 

Il aura donc fallu attendre qu’un enseignant français soit décapité à la sortie de son lycée, dans un crime dont la description évoque celle d’assassinats commis au Pakistan ou dans l’Etat islamique, pour que vous vous décidiez à dissoudre le “Collectif Cheikh Yassine”… Il aura fallu attendre que l’horreur de l’islam radical le plus barbare frappe la France, encore une fois, pour que vous finissiez par comprendre qu’on ne peut pas impunément glorifier le nom d’un assassin d’Israéliens, hommes, femmes, enfants - eux aussi tués dans des attentats tout aussi horribles, déchiquetés dans des autobus ou à la terrasse de cafés - par les assassins du Hamas, qu’il était jusqu’hier encore permis de soutenir sur le sol français.

 

Parmi les nombreuses erreurs commises par votre pays, que d’autres que moi ont analysées ces derniers jours (notamment Georges Bensoussan et Valérie Toranian), je voudrais en souligner ici une qui n’a pas encore, à ma connaissance, été mentionnée. Je veux parler de l’erreur de croire que la haine d’Israël est sans conséquence et sans danger pour la France. Cette erreur est à la fois politique, stratégique et morale. Erreur stratégique, car comment avez-vous pu penser que ceux qui brandissent le drapeau du Hamas en France le faisaient uniquement au nom de leur haine d’Israël, et que celle-ci ne pouvait pas, le moment venu, se retourner contre la France elle-même?



 

Ceux qui glorifient le Hamas en France...

 

Comme l’écrit justement Valérie Toranian, la décapitation de Samuel Paty est la preuve qu’entre les militants de l’islam politique, la radicalisation et le terrorisme, il existe une chaîne de continuité”. J’ai moi aussi souligné cette continuité, dans un livre publié il y a déjà 15 ans, en observant que la lutte contre le terrorisme islamique exigeait aussi de combattre l’islam politique. J’avais alors pris pour exemple le CBSP, organe officiel de collecte d’argent pour le Hamas en France, qui continue jusqu’à ce jour de récolter des fonds pour le Hamas en toute impunité. Cette impunité offerte aux soutiens du Hamas en France est également une erreur politique, car elle place de facto la France dans le camp des ennemis d’Israël. 

 

Comment pouvez-vous prétendre vous inspirer d’Israël pour lutter contre le terrorisme islamique, tout en permettant que soient glorifiés sur le sol français les assassinats terroristes commis sur le sol israélien? Cela fait déjà longtemps que les amis d’Israël en France - et pas seulement au sein de la communauté juive - ont pointé du doigt cette contradiction intolérable. Si la France veut tirer les leçons de la décapitation de Samuel Paty, elle doit non seulement dissoudre le “Collectif Cheikh Yassine”, directement impliqué dans cet assassinat, mais interdire aussi tous les groupuscules et associations qui participent de la même glorification  du Hamas en France, comme la CAPJPO-Europalestine et d’autres. 

 



 

Ceux qui brandissent les drapeaux du Hamas et du Hezbollah dans les rues de France ne sont pas seulement les ennemis d’Israël et du peuple Juif, mais aussi les ennemis de la France. Il ne s’agit pas là d’une affirmation rhétorique ou politique, mais d’une loi d’airain de l’histoire, que vous ne pouvez plus ignorer aujourd’hui. La tolérance dont ont trop longtemps bénéficié les soutiens du Hamas est aussi et surtout une erreur et une faute morale. On ne peut en effet autoriser les partisans du Cheikh Yassine à afficher leur haine des Juifs sur le sol français en toute impunité, sans conséquence pour la France. 

 

Car à travers la personne de Samuel Paty, ce sont certes les valeurs de la France laïque et républicaine qui ont été décapitées, mais c’est aussi une certaine idée de l’humanité de l’homme. Ceux qui glorifient les ennemis d’Israël, et qui attaquent les symboles et le nom même d’Israël, s’en prennent inéluctablement, en fin de compte, au nom de la France et au nom de l’Homme. Comme l’avait écrit le pasteur allemand Martin Niemöller, “Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai rien dit car je n'étais pas juif... Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit car je n'étais pas syndicaliste. Et quand ils sont venus me chercher, il n'existait plus personne qui aurait voulu ou pu protester...” Aujourd’hui, Monsieur le Président, ce ne sont plus les Juifs qu’ils viennent chercher, c’est vous.

 

Pierre Lurçat, Jérusalem

 

See comments

A propos de BHL, Yann Moix, Macron et Mohammed Zarif : Antisémitisme de salon et antisémitisme des canons, Pierre Lurçat

September 1 2019, 18:51pm

Posted by Pierre Lurçat

 


 

Les médias français ont la manie de se délecter de petits scandales, dont ils sont souvent les instigateurs, qui n’intéressent le plus souvent qu’un nombre restreint de personnes, tout en se désintéressant des sujets qui préoccupent la majorité des Français et le reste du monde. Si l’on voulait une nouvelle preuve de cette réalité, la nouvelle “affaire Yann Moix” en apporte une éclatante. 

 

Caricature signée Yann Moix

 

L’écrivain ayant commis des caricatures antisémites dans sa jeunesse aurait fait, de l’aveu de son mentor BHL et selon son propre (et tardif) mea culpa en direct, amende honorable pour devenir un philosémite patenté, avec un tampon d’honorabilité décerné par...BHL lui-même. Un antisémite peut-il devenir philosémite? Oui, en principe, répond l’historien des idées Pierre-André Taguieff, qui parle au sujet de Moix d’un “judéophile opportuniste”. 

BHL, de son côté, évoque un “changement profond de l’âme” suscité notamment par la lecture par Moix de son livre Le testament de Dieu…

 


 

Au-delà de l’écrivain - au demeurant assez antipathique, comme il ressort de ses démêlés avec son frère et de ses propos insultants pour les femmes - cette “affaire Moix”, qui agite le landerneau médiatique parisien, dont Moix est un membre attitré depuis longtemps, n’est guère intéressante. Le vrai sujet, comme souvent, est ailleurs. Quelques jours avant que n’éclate l’affaire Moix, en effet, un autre antisémite patenté était l’invité officiel de la France. Mohammed Zarif, ministre des Affaires étrangères de la République islamique (et antisémite) d’Iran, était en effet invité au G7 par Emmanuel Macron, qui se targue de servir d’intermédiaire dans le dossier iranien.

 

Comme l’écrit justement l’ancien ambassadeur Freddy Eytan, “Les intentions du président Macron pour rechercher la stabilité au Moyen-Orient et surtout la libre navigation dans le golfe Persique (...) demeurent douteuses et teintées d’hypocrisie, et d’intérêts mercantiles. Elles reflètent une politique traditionnelle de la France. Servir d’intermédiaire au Moyen-Orient, être utile, se mettre du côté de la « victime » pour sauver les intérêts de la France. L’écarter des conflits pour éviter que son sol ne devienne une plaque tournante du terrorisme palestinien ou islamiste...Dans un Moyen-Orient en flammes, le président Macron joue au pompier sans avoir les moyens d’éteindre les incendies mais s’obstine avec tartufferie et prétention à sauver le véritable pyromane.

 

Emmanuel Macron et Mohammad Javad Zarif : hypocrisie, tartufferie et intérêts mercantiles

Or, dans le cas de Mohammed Zarif et de l’Iran des ayatollahs, le débat ne porte pas sur des caricatures antisémites publiées il y a 15 ou 20 dans une obscure feuille de chou. Il porte sur un pays qui a pour politique officielle de “rayer Israël de la carte” et qui se donne les moyens pour le faire, avec l’aide de tous ceux qui préfèrent fermer les yeux pour continuer à faire de juteuses affaires avec l’Iran, y compris la France de Macron.

“Rayer Israël de la carte” : missiles iraniens

Au lieu de se fendre d’un éditorial pour défendre son protégé Yann Moix, et par là même sa propre réputation, BHL aurait été mieux inspiré d’expliquer aux lecteurs français pourquoi la présence de Mohammed Zarif au sommet du G7 était une insulte à Israël et un geste politique digne d’un Daladier. Il aurait pu aussi mentionner en passant les récentes révélations sur l’attentat de la rue des Rosiers, et sur l’accord conclu entre la France et les terroristes. 

La politique arabe de la France (et sa politique iranienne) ne datent pas d’hier, et elles nous ont habitués à regarder parfois avec trop d’indulgence, ou avec un sentiment de lassitude les ignominies françaises. Mais c’est une erreur. “Il y a pire qu’une âme perverse”, disait Péguy, “c’est une âme habituée”. 

J’ajoute que, dans le cas de Zarif et des dirigeants iraniens, il ne suffira pas de leur faire lire Le testament de Dieu ou les oeuvres complètes de Lévinas pour les faire changer de camp. Seule la fermeté du gouvernement israélien - contre lequel BHL n’épargne pas ses flèches - et de l’allié américain - ce même Trump dont BHL moquait encore récemment “l’incapacité à comprendre les paradoxes de la pensée talmudique” garantit la pérennité de l'Etat juif face à de tels ennemis.

BHL et son protégé Yann Moix : un “judéophile opportuniste”?

En définitive, les débats sur l’antisémitisme de Yann Moix (et peu importe au fond de savoir s’il l’est resté ou non, car la face du monde n’en sera pas changée), sont dérisoires(1). Seuls comptent les actes, face aux antisémites les plus dangereux aujourd’hui pour l’existence d’Israël - que sont les Zarif, Khamenei, Nasrallah, et leurs semblables du Hamas et de l’AP. (2) Les médias français continueront de se délecter de l’affaire Moix pendant quelques jours ou quelques semaines. Ils garderont le silence sur les menaces iraniennes contre Israël. Mais peu importe : l’armée d’Israël est prête à tout scénario, avec le soutien de l’allié américain et celui du Seigneur des Armées; “Il ne dort ni ne sommeille le Gardien d’Israël”.

P.Lurçat

(1) J’ajoute que cela ne disculpe en rien les “antisémites de salon”, qui sont souvent soutenus - financièrement - par les “antisémites aux canons”, comme le sont Soral, Dieudonné et cie.

(2) Pour ceux qui croiraient encore qu’il y a une différence entre ces derniers, il faut lire le dernier discours  - en arabe - de Mahmoud Abbas, traduit en français par l’institut MEMRI.

See comments

Quand Chagall peignait Notre-Dame, par Pierre Lurçat

April 16 2019, 19:20pm

Posted by Pierre Lurçat

Quand Chagall peignait Notre-Dame, par Pierre Lurçat

 

De Victor Hugo à Marc Chagall, Notre-Dame de Paris a inspiré les plus grands artistes de toutes les époques. Elle appartient, selon l’expression consacrée, au “patrimoine de l’humanité”, ce qui signifie qu’elle touche à cette dimension insaisissable qui, sous ses formes religieuses ou artistiques,  concerne la même réalité irréductible de l’être humain. Ou comme l’écrit ce matin Henri Pena-Ruiz, “en ces temps oublieux de l’unité de tous les êtres humains, saisie par les passions tristes des différences, le sens universel de notre condition commune s’est rappelé à nous… Les monuments... nous font savoir, comme le dit Montaigne, que «chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition».

 

C’est précisément cet oubli de l’unité de tous les êtres humains qui m’a frappé, en lisant certains commentaires des médias et notamment les réactions de plusieurs responsables des institutions juives de France. Les messages de “tristesse” adressés à l'archevêque de Paris et de “soutien à nos frères chrétiens” ont manqué l’essentiel. Comme si la France était une juxtaposition de communautés, qui ne partageraient que des émotions convenues, dictées par le "vivre-ensemble", et où chacun compatirait aux malheurs de l'autre par voie de communiqués et de messages sur les réseaux sociaux. Quant à Notre-Dame, elle n’est pas une (grande) église! Elle n’appartient pas aux chrétiens de Paris ou de France, comme une simple paroisse de quartier. Notre-Dame, c’est Paris et c’est la France, et à ce titre elle appartient à tous les hommes, y compris les Juifs.


 

Marc Chagall, L’arbre de Jessé


 

C’est ce qu’avait bien compris un grand Juif du siècle passé, Marc Chagall. Il voyait dans Notre-Dame, au-delà de l’édifice religieux (1), le symbole de la ville et du pays qui l’avaient accueilli, en 1910, alors qu’il était un jeune homme plein d’idées et de rêves, loin de sa Russie natale. Elle est présente dans plusieurs de ses oeuvres, parfois aux côtés de la tour Eiffel, moderne cathédrale d’acier.


 

Chagall, Vue de Notre-Dame

 

Paris! Aucun mot n’a résonné aussi doucement à mes oreilles” rapporte Chagall dans son autobiographie. Sous son pinceau, la ville des Lumières devient le théâtre enchanté de l’amour et du bonheur, comme dans son tableau “Vue de Notre-Dame”, où la cathédrale sert de décor à la rencontre entre une jeune femme nue et un personnage mythique, mi-homme mi-oiseau, qui lui tend un bouquet de fleurs.


 

Les monstres de Notre-Dame:

Si seulement je pouvais parvenir, chevauchant l’une des gargouilles de Notre-Dame…”


 

Amoureux des personnages mythiques et monstrueux, Chagall était évidemment tombé sous le charme des gargouilles de Notre-Dame, qu’il a représentés dans sa lithographie Les monstres de Notre Dame, élément d’une série publiée dans la revue Derrière le miroir. Les gargouilles figurent aussi dans la “lettre d’amour à Paris” reproduite ci-dessous, où il écrit notamment “si seulement je pouvais parvenir, chevauchant l’une des gargouilles de Notre-Dame,à tracer un chemin à travers cieux…”

 


 

Le cri d’amour de Chagall pour Paris, sa seconde patrie, a été partagé par de nombreux émigrés juifs à l’époque, venant de Russie ou d’ailleurs. Parmi ceux-ci, ma mère, née à Jérusalem en Palestine mandataire, et qui a grandi dans le quartier des bords de Seine, face à Notre-Dame, alors un quartier populaire. Sur les bancs de l’école publique, elle a appris les vers de Victor Hugo, comme des dizaines d’autres enfants venus d’Europe centrale et d’Asie mineure (“Kurtz, Knopf, Kambourakis…” égrenait chaque matin la maîtresse en faisant l’appel des noms).

 

Enfant, elle jouait au square Viviani et au square Notre-Dame. Adolescente, elle flânait sur les bords de la Seine et chez les bouquinistes. Aujourd’hui très âgée, et aussi vieille, à l’échelle de l’homme, que Notre-Dame, ma mère est restée depuis lors amoureuse de Paris, comme Marc Chagall et comme tant d’autres.


Pierre Lurçat

 

(1) Ce qui n’épuise évidemment pas le thème des relations entre Chagall et le christianisme, tellement présent dans son oeuvre.


 

La Lettre d’amour de Chagall à Paris

J’ai quitté ma terre natale en 1910. A cette époque, j’ai décidé que j’avais besoin de Paris.

J’y suis allé car je cherchais sa lumière, sa liberté, sa culture et l’opportunité d’y perfectionner mon art. Paris a illuminé mon monde de ténèbres comme le soleil lui-même l’aurait fait.

J’ai passé mes jours à vagabonder Place de la Concorde ou près des jardins du Luxembourg. J’ai contemplé Danton et Watteau, j’ai arraché quelques feuilles.

Oh, si seulement je pouvais parvenir, chevauchant l’une des gargouilles de Notre-Dame comme s’il s’agissait d’un cheval, à tracer un chemin à travers cieux à la force de mes bras et mes jambes.

Te voilà, Paris. Tu es mon second Vitebsk.

Marc Chagall


 

See comments

1 2 > >>