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antisionisme

Qui veut la peau du député français Meyer Habib? Un article aux relents antisémites signé France-Inter, Pierre Lurçat

October 21 2021, 06:43am

Posted by Pierre Lurçat


 

Les sites antisémites les plus radicaux du Web francophone ne s’y sont pas trompés. “L’étau se resserre autour de Meyer Habib”, titre ainsi “Egalité et Réconciliation”, le site du très sulfureux Alain Soral, tandis que le site islamiste Oumma.com titre avec moins d’emphase : “Positionnement pro-Likoud, actionnaire de sociétés non déclarées en France: une enquête de France Inter sur Meyer Habib”. En fait d’enquête, il s’agit d’un article publié sur le site de France-Inter le 15 octobre dernier, et pompeusement signé par la “Cellule Investigation de Radio France”.

 



 

Cette “cellule d’investigation” n’a pas eu besoin d’investiguer très loin : son papier est une compilation d’informations connues de tous et glanées sur le Net, pour lesquelles les journalistes de Radio France ont simplement demandé des commentaires, exclusivement à charge, auprès de certains anciens diplomates israéliens et de concurrents de Meyer Habib aux élections législatives. Drôle de conception de l’investigation.

 

Ainsi, les liens amicaux entre Habib et l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou n’ont rien d’une information (et encore moins d’un scoop), puisqu’ils sont affichés au grand jour par les deux protagonistes et connus de tous depuis de nombreuses années. Ce qui n’empêche pas France Inter d’écrire que “[Meyer Habib] a longtemps été le relais à l’Assemblée et à l’Elysée [de Nétanyahou], quitte à  s’opposer aux positions diplomatiques françaises”.

 

Meyer Habib (à gauche), avec E. Macron et B. Nétanyahou

 

La belle affaire! Depuis quand un député français est-il obligé de s’aligner sur la politique étrangère de son pays? A moins que ce député ne s’appelle Meyer Habib et qu’il ne soit Juif… Le mot n’est pas prononcé, mais l’accusation de double allégeance est en arrière-plan de l’article de France Inter à chaque ligne. Il n’est pas même besoin de lire entre les lignes… “Imaginer un seul instant que Benyamin Nétayahou puisse révéler à Meyer Habib des secrets qu’il ne faut pas dire, c’est extrêmement troublant et déstabilisant”, explique ainsi Elisabeth Garreaut, ancienne élue consulaire proche de LREM.

 

Accusation reprise par un ancien diplomate israélien à Paris, Danny Shek. Hormis ces deux personnalités, toutes les sources de France Inter sont anonymes (si tant est qu'elles existent vraiment). “Un ministre de l’époque, proche du chef de l’Etat”, “Une personnalité française, connue pour ses positions pro-palestiniennes”, “un cadre du Likoud”... En clair, il s’agit d’une enquête à charge fondée sur des témoignages anonymes (on aurait presqu’envie d’écrire, des “dénonciations anonymes”). 

Meyer Habib avec Emmanuel Macron (photo : site de France-Inter)



 

Un règlement de comptes aux relents antisémites

 

Les auteurs de cette “enquête” ne sont pas totalement inconnus dans le P.A.F.  Frédéric Métézeau a été correspondant de Radio France à Jérusalem. Il affirme dans une interview avoir le “goût de la nuance”, ce qui ne l’empêche pas de renvoyer dos-à-dos le Hamas, mouvement islamiste totalitaire, et “l’extrême-droite raciste” israélienne. Quant à Emmanuelle Elbaz-Phelps, elle est présentée par France-Inter comme une “journaliste franco-israélienne sur la chaîne publique Kan 11”. Elle collabore également au site Mediapart. Entre 2014 et 2016, elle a été attachée de presse à l’ambassade de France en Israël.  Double allégeance journalistique?

 

Les voeux de Meyer Habib pour Rosh Hachana, pièce à charge de l’enquête de France Inter

 

La question qui se pose est de savoir pourquoi cette enquête à charge est publiée aujourd’hui, et dans quel but. En tant que défenseur d’Israël à l’Assemblée nationale française, Meyer Habib ne manque certes pas d’ennemis. Pourquoi l’attaquer maintenant sur ses  relations avec le Premier ministre israélien Nétanyahou, alors que celui-ci est à présent dans l’opposition? Une explication possible est que cet article ait été publié en réaction à l’initiative courageuse du député Meyer Habib de diriger une commission d’enquête parlementaire sur les défaillances de la justice française dans l’affaire de l’assassinat de Sarah Halimi. 

 

Au cours des auditions de cette commission, l'avocat Nathanaël Majster a ainsi évoqué le risque d’une récidive de l’assassin de la sexagénaire d’origine juive, que la justice française a refusé de juger. Que le positionnement courageux de Meyer Habib dans l’affaire Halimi ait de quoi irriter certains membres de la justice française est évident. Que certains veuillent régler des comptes avec lui aux moyens d’une “enquête” aux relents antisémites est un peu plus étonnant. Mais quand il est question des Juifs en France, aujourd’hui, tout est possible.

 

Pierre Lurçat

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

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La négation du Temple de Jérusalem dans le discours politique arabo-palestinien

October 6 2021, 08:23am

Posted by Pierre Lurçat

La négation du Temple de Jérusalem dans le discours politique arabo-palestinien
 

Comment les musulmans désignent-ils aujourd’hui Jérusalem ? Le nom le plus courant est celui de Al-Quds qui signifie la Sainte. Mais de quelle sainteté s’agit-il et d’où tire-t-elle sa source ? La réponse à cette question nous est donnée par l’autre nom de Jérusalem, Bayit al-Maqdis. On le traduit souvent par “Maison du Sanctuaire”, “Noble Sanctuaire” ou par d’autres expressions équivalentes, traductions qui sont en réalité impropres, car elles n’expriment pas la signification authentique de cette expression. Au sens premier et littéral, en effet, Bayit al-Maqdis désigne le Temple, l’expression arabe étant tout simplement le calque de l’hébreu Beit ha-Mikdash (le Temple).

Le Coran lui-même relate dans plusieurs Sourates la construction du Temple par Salomon et la prière musulmane fut, au tout début de l’islam, tournée vers Jérusalem, lieu du Temple, avant que n’intervienne le changement de la Qibla (direction de la prière) et son orientation vers La Mecque. Le fait que Jérusalem est le site du Temple de Salomon est ainsi acté et ancré dans le Coran, dans la langue arabe et dans l’histoire de l’islam, de manière irréfutable. Cette vérité indéniable apparaît parfois de manière explicite dans le discours de certains dirigeants arabes contemporains, comme Sari Nuseibeh, intellectuel palestinien qui a déclaré en 1995 que “la mosquée (de Jérusalem) est la revivification de l’ancien Temple juif[1].

 

Le discours dominant de l’islam contemporain prétend toutefois que le Bayit al-Maqdis n’a jamais désigné le temple de Salomon, mais uniquement la mosquée d’Omar. Mahmoud Abbas, suivant l’exemple de son prédécesseur Yasser Arafat, va encore plus loin dans cette attitude négationniste et affirme que le Temple n’a jamais existé. Dans le même registre, un cheik musulman a pu déclarer très doctement à la télévision : « Il est impossible que Salomon ait construit le Temple avant la Mosquée d’El Aqsa, puisque celle-ci existait avant le Temple de Jérusalem”[2]. Nous sommes bien ici dans la négation de l’antériorité, caractéristique du rapport qu’entretient l’islam avec l’histoire.

 

Or cette négation actuelle de l’existence même du Temple de Salomon, dans la bouche des dirigeants palestiniens ou des représentants de mouvements islamistes, s’inscrit en faux contre l’histoire de l’islam. Car la réécriture de l’histoire, caractéristique de la réappropriation par l’Islam des symboles religieux appartenant à la période pré-islamique, ne peut cacher l’évidence : Jérusalem est bien la ville du Temple de Salomon et la capitale du roi David. Le Coran lui-même atteste du fait que la terre d’Israël a été donnée par Dieu aux enfants d’Israël : “Lorsque Moïse dit à son peuple : “Ô mon peuple! Souvenez-vous de la grâce de Dieu à votre égard, quand il a suscité parmi vous des prophètes ; quand il a suscité pour vous des rois ! Il vous a accordé ce qu’il n’avait donné à nul autre parmi les mondes ! Ô mon peuple! Entrez dans la Terre sainte que Dieu vous a destinée…” (Coran, 5:20-25).

 

Tantôt le Coran parle ainsi des Juifs comme le “peuple de l’alliance”, que Dieu a placé “au-dessus des mondes” (Sourate II, 116) et à qui il a donné “des rois et des prophètes” et la Terre d’Israël, tantôt ils sont décrits comme ceux qui ont été maudits par Dieu et qu’il faut combattre jusqu’à la mort (Sourate II, 64 à 69 et 95). Cette ambivalence correspond aux relations ambiguës que le prophète a lui-même entretenues avec les “Banu Israïl” (enfants d’Israël) : dans un premier temps, relations de confiance et de proximité, puis dans une seconde période, d’hostilité et de rivalité.

Eliézer Cherki

Eliezer Cherki

Comme l’explique l’islamologue Eliezer Cherki, une fois que Mahomet s’est retourné contre les Juifs, il a opéré une véritable “confiscation d’héritage”, qui fait suite à l’accusation de “falsification des écritures” qu’il profère contre eux. “Vous êtes des menteurs, l’islam que vous refusez n’est pas une nouvelle religion, mais la première religion de l’Humanité”. C’est alors que Mahomet affirme qu’Adam est le premier musulman et qu’il récupère au sein d’un islam fantasmagorique tous les grands personnages de la Bible, pour faire de la troisième religion monothéiste la “seule et première religion de l’humanité”, poursuit E. Cherki[3].

 

Ainsi, l’usurpation d’identité et la captation de l’héritage biblique de l’islam envers le judaïsme sont à la source de sa relation très délicate avec ses propres origines, avec l’antériorité des Juifs et avec l’histoire en général. Le retour des Juifs sur leur terre et l’édification d’un État portant le nom d’Israël signifie pour les musulmans le “retour du spectre”[4]. Cet événement représente pour la doctrine musulmane traditionnelle un traumatisme au moins aussi fort qu’il a pu l’être pour le christianisme pré-conciliaire, d’avant Vatican II. En effet si les Juifs reviennent sur la terre d’Israël, c’est qu’ils ne sont plus le “peuple maudit” pour avoir trahi leur alliance et leurs prophètes… Ce retour dans l’histoire du “peuple fantôme” porte un coup terrible à la théologie chrétienne du “peuple témoin” déchu de son alliance, tout comme à la théologie musulmane.

 

[1] Cité par Martin Kramer, “The Temples of Jerusalem in Islam”, http://martinkramer.org/sandbox/reader/archives/the-temples-of-jerusalem-in-islam/

[2] Cité par Eliezer Cherki, “Jérusalem dans l’islam”, conférence donnée au centre Yaïr de Jérusalem, janvier 2001, transcrite et résumée par Pierre Cain. Voir aussi E. Cherki, « Jérusalem dans l’Islam », in Si c’était Jérusalem, sous la direction de Michel Gad Wolkowicz et Michel Bar Zvi, éditions In Press, 2018, pp. 437-447.

[3] E. Cherki, “Les territoires contre la paix du point de vue de l’islam”, Forum Israël No. 1 2006.

[4] L’expression, due à Daniel Sibony, est citée par Eliezer Cherki, “Les territoires contre la paix” du point de vue de l’islam, Forum-Israël no.1, mars 2006, Jérusalem.

(Texte publié sur Menora.info le 5/10/2021, extrait de mon livre Les Mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain, disponible sur Amazon).

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ILS ONT LU “LES MYTHES DE L’ANTISIONISME”



 

“Magistral, il a le mérite d'être clair et de permettre de repondre à tous les arguments de nos détracteurs”

Dorah Husselstein

 

“Un livre excellent par sa qualité argumentative et sa qualité de raisonnement et de savoir historique”.

Yana Grinshpun

 

“Ce livre est un véritable pense-bête et une Bible de poche du militant pro-israélien. L’auteur se focalise sur deux formes contemporaines d’antisionisme, qui en sont comme les père et mère fondateurs et alliés dès l’origine : l’idéologie soviétique et la lutte arabo-musulmane contre l’existence d’Israël… Avec Bat Ye Or, Pierre Lurçat dément une thèse en vogue : le monde musulman ne serait que comme une « page blanche » sur laquelle on aurait transposé, à l’identique, l’antisémitisme européen”.

 

Marc Brzustowsky, Terre-des-Juifs

 

Un ouvrage d'une grande érudition historique, rigoureux, documenté et sourcé. Toutes les sources sont vérifiables dans les ouvrages cités en anglais, en français, en hébreu et en arabe. Ce livre est un document précieux pour discerner la réalité derrière les discours tendancieux de la presse européenne”.

Cléo, Amazon.fr

 

 

 

 

 

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Les Mythes fondateurs de l’Antisionisme contemporain, Pierre Lurçat

August 4 2021, 21:06pm

Posted by Marc Brzustowski

Le dernier ouvrage de Pierre Lurçat retrace la chronique de ce trait d’union de toutes les idéologies antijuives, qui se synthétise en un seul bouquet « final » dans la grande convergence historique de l’antisionisme.

Loin, en effet, de n’être qu’une simple « nouvelle expression » de l’antisémitisme traditionnel, réadaptée à notre époque post-Shoah, cette forme cathartique renouvelée de l’antique haine des Juifs constitue, selon les termes de Shmuel Trigano, une « nouvelle religion politique ».

Comme le dit l’auteur, l’ensemble de ses chapitres est un recueil de plusieurs cours structurés pour les dispenser dans le cadre de l’Université Populaire du Judaïsme, fondé par le philosophe.

Comme si nier la Shoah pouvait détruire la légitimité du nouvel Etat (Garaudy)

Le titre de l’ouvrage nous renvoie, parodiquement, à l’imposture de Roger Garaudy, ce négationniste et complotiste qui résumait la Shoah menée en Europe par le Nazisme à un « mythe »-prétexte à la fondation d’un Etat sioniste en terres « musulmanes ». Il résume, à lui seul, l’expérience collective de tous ces négateurs du droit à l’existence d’Israël, quel que soit le motif particulier qu’ils privilégient.

L’auteur décrit les motivations de la thèse fondamentale de ce « penseur » de l’anéantissement de l’Etat des Juifs en démontrant que pour le comprendre, il suffit d’inverser le postulat général : le refus de reconnaître l’existence de la Shoah est, d’abord et avant tout, un pilier de la négation du droit d’Israël à exister, en tant qu’expression de l’autodétermination d’un peuple, indépendamment de la tentative de démontrer que cet événement tragique ne serait pas déroulé à l’Est de l’Europe entre 1942 et 1945. Nier l’anéantissement des Juifs d’Europe ne sert pas à justifier ce régime en Allemagne à l’époque, ni le bienfondé d’une extermination, mais bien à assimiler l’actuel pays des Juifs à une démarche collective « d’usurpation » et de « génocide » d’autrui, les « victimes des victimes » (les Palestiniens), selon les termes d’Edward Saïd (lui-même usurpateur professionnel, puisque, contrairement à ses déclarations, il n’est jamais né à Jérusalem, mais bien au Caire, au sein d’une famille de antis égyptiens). Un peuple dont la cause est mise au point au détour de la défaite arabe de 1967, par le KGB et plusieurs services arabes. Sans quoi, les états coalisés contre l’Etat juif se seraient contentés de « jeter les Juifs à la mer », selon l’expression consacrée et de partager le territoire, comme ils comptaient le faire en 1948.

Détruire Israël : de la théorie à la pratique permanente (Hamas)

Toute contestation du droit « théorique » du peuple juif à constituer son propre état débouche inéluctablement sur la volonté d’y mettre fin : non seulement de démanteler les structures et instances « fonctionnelles de cet état, mais bien de disloquer et disperser ce peuple, comme l’empire romain l’a incarné au moment de l’Exil. Contestation du droit de ce peuple à reprendre en main son destin historique et délégitimation de cette construction étatique sont les deux premières formes d’antisionisme, qui se traduisent par sa diabolisation. Israël devient ainsi vite la source  de tous les maux de la région et, partant, de l’humanité dans son ensemble (voir Charte du Hamas).

Survient ensuite, sous couvert de critique politique « radicale » de la politique menée, la criminalisation du moindre de ses actes et décisions. Elle conduit à la caricature des premiers ministres israéliens comme de « bouchers » (Sharon, Netanyahu, avant eux Moshe Dayan, Begin, etc.).

La nouvelle internationale juive-sioniste

La cinquième forme d’antisionisme globalise l’ensemble juif mondial dans une internationale du crime, mêlant tout Juif de par le monde aux actes réels ou supposés de cet état, comme le soutenant intrinsèquement dans chacune de ses actions là où il se trouve. Ainsi peut-on raisonnablement incendier une pharmacie juive à Sarcelles en 2014 (ou une synagogue à la Roquette), en « représailles » aux bombardements de l’IAF, eux-mêmes motivés par les tirs de roquettes sans discontinuer sur le pourtour de Gaza et jusqu’à Tel Aviv et Haïfa.

Le cheikh Fadlallah  du Hezbollah parle simplement de la poursuite de la guerre ancestrale contre le « complot juif à l’encontre de l’islam » (sic.). L’inversion des causes et des effets permet d’engranger et entretenir le cycle continu de ces conflits épisodiques.

Du procès des Blouses Blanches au Parti d’Allah (Hezbollah)

Pierre Lurçat se focalise sur deux formes contemporaines d’antisionisme, qui en sont comme les père et mère fondateurs et alliés dès l’origine : l’idéologie soviétique et la lutte arabo-musulmane contre l’existence d’Israël. L’antisionisme devient, d’ailleurs, le dernier carré de la lutte antimondialiste, après la disparition de l’empire soviétique, la cause orpheline qui se perpétue en l’absence même d’idéologie de remplacement.

La première forme d’antisionisme culmine avec le procès des Blouses Blanches, à l’ère stalinienne, où les interrogateurs ont le « génie » soudain de remplacer l’ethnie mise en cause par la supposée aspiration à être « sioniste » (c’était-à-dire bourgeois déviant).

Avec Bat Ye Or, Pierre Lurçat dément une thèse en vogue : le monde musulman ne serait que comme une « page blanche » sur laquelle on aurait transposé, à l’identique, l’antisémitisme européen. La perfidie des Empires coloniaux, comme la France dans l’horrible « rumeur de Damas » (1840) ne peut occulter l’antijudaïsme intrinsèque de certains versets du Coran, qui a besoin de l’Autre pour s’y substituer comme prophète de vérité ultime. Ces remarques n’empêchent nullement l’auteure égyptienne de décrire une autre grande perversité, liée au partage d’un pourtant même sort de dhimmitude, entre Juifs et Chrétiens : la confirmation des thèses antisémites islamiques par de grands leaders des Chrétiens d’Orient, citant alors ses pires tenants : Antoun Sadé, créateur du Parti Social-Nationaliste syrien, George Habache (FPLP), Aflak, fondateur du Parti Baath, Alfred Roch, etc.

LIRE LA SUITE...

https://terre-des-juifs.com/2021/08/01/les-mythes-fondateurs-de-lantisionisme-contemporain-pierre-lurcat/

 
 
 

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Les deux visages du cinéma israélien, Pierre Lurçat

July 19 2021, 08:10am

Posted by Pierre Lurçat

 

Le cinéma israélien, tel Janus, possède un double visage. D’un côté, il y a celui que connaissent bien les cinéphiles étrangers, à travers des films comme ceux d’Amos Gitaï, de Nadav Lapid ou de Samuel Maoz, qui abordent régulièrement des sujets comme le conflit israélo-palestinien ou les “fractures de la société israélienne”. C’est un cinéma engagé, parfois prétentieux et souvent ennuyeux. C’est aussi un cinéma qui reçoit les louanges (et les prix, souvent lucratifs) des festivals internationaux, le plus souvent en raison de l’image critique et parfois caricaturale qu’il donne de l’Etat juif. 

 

Pas plus tard qu’hier, le film Le genou d’Ahed de Nadav Lapid a ainsi été couronné du Prix du jury à Cannes. Ce film, selon un journal français, présente “une charge explosive contre la situation politique de son pays”. Mais comme le reconnaît un quotidien suisse, c’est un film “maniéré” et “calibré pour les festivals” (1). Il raconte de manière romancée et ampoulée l’histoire d’Ahed Tamimi, "activiste" palestinienne qui avait connu son jour de gloire pour avoir giflé des soldats israéliens. 

 

Nadav Lapid: un cinéaste engagé… contre Israël




 

Découvrez mon blog http://cinema-israelien.over-blog.com/

entièrement consacré au cinéma israélien!



 

Le retour du cinéma israélien : “Honeymoon”, de Talia Lavie

 

De l’autre côté, il y a celui d’un cinéma plus populaire, souvent méconnu à l’étranger, qui aborde des thèmes plus ordinaires et universels, comme l’amour, la famille ou la vie des gens… Car, contrairement à ce que semblent croire parfois les médias étrangers, Israël n’est pas seulement un pays en guerre, c’est un pays où il fait bon vivre ! Le dernier film de Talia Lavie (Zero Motivation, Bet Lehem), “Ehad ba-Lev” (Honeymoon), appartient incontestablement à la seconde catégorie. C’est un film drôle et touchant, plein d’humour et de poésie, qui se déroule tout entier à Jérusalem, dans l’espace d’une nuit. 

 

Ran Danker et Avigaïl Harari y incarnent un jeune couple qui vient de célébrer son mariage, et dont la nuit de noces mouvementée va les entraîner à la poursuite de leurs “ex” respectifs. A partir de ce scénario simple, qui évoque un peu celui d’After Hours de Scorsese, Lavie a bâti un film original, servi par une distribution excellente. Citons notamment, outre Ran Danker, acteur et musicien, Avigaïl Harari (qui a joué au théâtre dans Othello et Ha-Nekhed), Elisha Banaï (petit-fils de Yossi Banaï, de la mythologique famille Banaï).

 

 

Une des prouesses de cette comédie est de se dérouler tout entière à Jérusalem,  qui est filmée la nuit avec beaucoup de poésie. Certaines scènes du film méritent de devenir des morceaux d’anthologie, comme celle où la jeune mariée se retrouve devant la résidence du Premier ministre, entourée de gardes de sécurité qui entonnent une véritable sérénade à plusieurs voix en son honneur. Les influences cinématographiques, bien présentes (Scorsese déjà cité, Woody Allen), ne font rien perdre au film de son originalité et de son identité israélienne très marquée.

 

Avec humour et sans prétention, le nouveau film de Talia Lavie présente un visage d’Israël très actuel, bien différent de celui qu’on connaît à l’étranger et que Nadav Lapid a offert au public de Cannes. Jérusalem y est décrite comme la ville pleine de charme et de poésie qu’elle est, à mille lieues de son image dans les médias internationaux. Alors, courez voir “Ehad BaLev”, vous serez étonnés et heureux de retrouver le cinéma israélien plein de verve et de vie, après une interruption prolongée.

 

Pierre Lurçat

 

(1) Voir https://www.letemps.ch/culture/genou-dahed-manierisme-nadav-lapid et https://www.politis.fr/articles/2021/07/le-genou-dahed-de-nadav-lapid-cannes-competition-43394/

 

 

 

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Pourquoi les médias ‘mentent comme ils respirent’ à propos d’Israël : La construction de l’événement dans le discours anti-israélien et antisioniste

June 29 2021, 12:43pm

Posted by Pierre Lurçat

 

Dans l’extrait qui suit de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, qui vient de paraître, j’analyse la distinction faite par Éric Marty à propos du récit de Sabra et Chatila par Jean Genet,  entre le fait et l’événement. Cette distinction est essentielle pour notre compréhension du discours et des mythes antisionistes.

 

Grâce à Genet, nous avons compris… ce qu’était un événement, nous avons compris qu’un événement était tout le contraire d’un fait, nous avons compris que pour qu’un événement soit, il suppose de porter en lui une dimension métaphysique - il doit, comme phénomène, toucher à l’essence de ce qu’il représente

Eric Marty

 

Tout le contraire d’un fait” - cette définition de l’événement s’applique parfaitement au récit médiatique du conflit israélo-arabe, dans lequel les faits sont constamment déformés, mutilés, obscurcis ou escamotés. Mais il ne s’agit pas tant d’une volonté délibérée de tromper (qui existe parfois), que d’une conséquence presque inévitable de la posture médiatique. En effet, comme l’écrit Marty à un autre endroit, “la déformation, la désinformation sont pratiquement totales, aussi naturelles aux médias... que le fait de respirer”. 

 

Si les médias, selon Eric Marty, “mentent comme ils respirent” à propos d’Israël, ce n’est pas, bien entendu, parce que les journalistes seraient des menteurs invétérés, mais plus prosaïquement, parce qu’ils ne se préoccupent guère des faits. lls cherchent - ou plutôt ils créent - des événements, c’est-à-dire des faits qui rentrent dans leur grille de lecture. Tout fait qui n’entre pas dans leur grille de lecture, qui ne lui correspond pas, ou qui la contredit, est évacué, éliminé, ou encore transformé et travesti pour lui correspondre. 

 

Les médias “mentent comme ils respirent” : Photo InfoEquitable

 

Ainsi, dans l’exemple de l’assassinat délibéré de la petite Shalevet Pass - le fait de cet assassinat était éliminé, pour faire place à l’événement que constituait, aux yeux du journal Le Monde ou de l’Associated Press, les “obsèques de la haine” ou les “appels à la vengeance” des Juifs de Hébron. L’événement, comme dit Marty de manière saisissante, est “le contraire d’un fait”. Dans les faits, un sniper palestinien tue un bébé juif israélien. Mais ce fait, apparemment limpide dans sa cruauté et sa barbarie, donne lieu pour les médias à la création d’un événement contraire, qui est le prétendu appel à la haine des Israéliens. 

 

Bien entendu, on pourrait offrir une lecture moins radicale du travail médiatique, en expliquant que les médias choisissent et sélectionnent les “faits”. Selon cette autre lecture, l’événement serait simplement un fait choisi et privilégié par les médias, et non plus le contraire d’un fait. Ainsi, entre le fait de l’assassinat du bébé juif, et le fait des appels à la vengeance, ils donneraient la préférence au second, qui cadre mieux avec leur grille de lecture. Mais une telle description est bien en-deça de la réalité, comme le montre l’analyse d’Eric Marty à propos de Sabra et Chatila. 

 

Dans la relation médiatique de cet événement, il ne s’agit plus seulement de choisir et de sélectionner certains faits, mais aussi et surtout d’ériger certains faits en événements, ou plutôt de créer des événements qui n’ont qu’un rapport lointain - le plus souvent d’inversion et de négation - avec les faits. Ainsi, le fait de l’assassinat de Palestiniens par des phalangistes chrétiens devient l’événement mythique dans lequel Ariel Sharon, Tsahal, Israël, voire “les Juifs” sont les coupables de ces assassinats. L’événement Sabra et Chatila, selon cette analyse, est bien le contraire des faits qui s’y sont déroulés. Mais notre nouvelle définition de l’événement médiatique est incomplète : il comporte en effet également une dimension supplémentaire, métaphysique. 

 

Cette “dimension métaphysique” de l’événement est particulièrement saisissante dans le cas de Sabra et Chatila, où le massacre de centaines de Palestiniens par des phalangistes chrétiens est devenu un acte d’accusation contre les Juifs. En effet, poursuit Marty, “Sabra et Chatila dit peu de choses des souffrances et de l’horreur que vécurent ses victimes”, parce qu’il “est intégralement noué à la question juive, en tant qu’elle est le lieu auquel sont nouées l’angoisse du Bien et l’angoisse du Mal. Sabra et Chatila en ce sens est un événement métaphysique, auquel le scénario du bouc émissaire confère une sorte d’universalisme spectaculaire qui ne peut que fasciner la planète.

 

Pour comprendre plus précisément cette dimension métaphysique de “l’événement Sabra et Chatila”, Eric Marty nous invite à lire ce qu’il appelle la “phrase primordiale et majeure” de Jean Genet, tirée de son livre Un captif amoureux : “Si elle ne se fût battue contre le peuple qui me paraissait le plus ténébreux, celui dont l’origine se voulait à l’Origine, qui proclamait avoir été et vouloir demeurer l’Origine… la révolution palestinienne m’eût-elle, avec tant de force, attiré?” Cette phrase, effectivement, est capitale, parce qu’elle donne la clé de compréhension non seulement de l’engagement de Jean Genet, qui se livre avec sincérité et lucidité, mais aussi de celui de très nombreux autres militants antisionistes. En ce sens, on a pu dire que la “chance” des Palestiniens était d’avoir pour adversaires les Juifs.

 

Jean Genet en visite dans un camp palestinien à Amman

 

C’est à la lueur de cette affirmation capitale de Genet, qu’on comprend aussi la dimension métaphysique et mythique de Sabra et Chatila, et au-delà de cet événement, du conflit israélo-arabe dans sa totalité. L’événement Sabra et Chatila - comme la Nakba que nous avons abordée plus haut, comme l’événement Deir Yassin sur lequel nous allons revenir et comme tant d’autres événements du même acabit - ne sont en effet que les maillons d’une même chaîne ininterrompue, qui remonte à la nuit des temps (c’est précisément la définition du mythe, qui renvoie toujours aux origines). C’est toujours le même spectacle qui est rejoué indéfiniment, et chaque partie est toujours assignée au même rôle : le Juif est toujours assigné à son rôle d’assassin (assassin du Christ pour les chrétiens, assassin des prophètes pour les musulmans, assassin des Palestiniens pour le téléspectateur contemporain).

Pierre Lurçat

 

Extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, qui vient de paraître (éditions de l’éléphant, Jérusalem, disponible sur Amazon).

 

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Parution de mon livre “Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain”

June 25 2021, 08:22am

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

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Du « crime rituel » aux « crimes de guerre » : une explication historique

June 23 2021, 09:48am

Posted by Pierre Lurçat

Du « crime rituel » aux « crimes de guerre » : une explication historique

Pourquoi Israël est-il sans cesse vilipendé et accusé de « crimes de guerre » à Gaza, alors même qu’il fait tout pour éviter les victimes civiles palestiniennes ou pour réduire leur nombre, face à un ennemi qui fait tout, de son côté, pour les multiplier ? Pour comprendre ce paradoxe, un détour par l’histoire de l’antisémitisme de l’Antiquité à nos jours est nécessaire.  Extrait de mon nouveau livre, Les mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain, qui paraît ces jours-ci.

Bernard Lazare, auteur d’un ouvrage devenu classique sur l’antisémitisme1, s’est interrogé sur la perpétuation à son époque (celle de l’Affaire Dreyfus) de l’accusation de crime rituel. Son interrogation portait plus précisément sur le paradoxe de cette accusation visant les Juifs, connus pour ne pas consommer de sang et pour avoir « horreur du sang ». Comment les Juifs, opposés aux sacrifices humains, ont-ils pu malgré cela être accusés de crimes rituels ? La réponse paradoxale à cette question est que ce n’est pas malgré, mais bien en raison de leur opposition aux sacrifices – que le judaïsme a été le premier à rejeter dans le monde antique – que les Juifs ont été vilipendés et accusés de crimes rituels. Comme l’explique Pierre-André Taguieff2:

« Tout se passe comme si l’opposition du judaïsme aux sacrifices humains, et en particulier aux sacrifices d’enfants, loin de calmer les passions antijuives, les avait exacerbées. Poliakov a formulé l’hypothèse selon laquelle la haine antijuive proviendrait du scandale provoqué par l’opposition du judaïsme aux sacrifices d’enfants. C’est précisément le respect de la vie humaine qui, chez les Juifs, ferait scandale, comme l’atteste ce passage de Tacite :
‘’Ils ont un grand soin de l’accroissement de la population. Ils regardent comme un crime de tuer un seul des enfants qui naissent ; ils croient immortelles les âmes de ceux qui meurent dans les combats ou les supplices ; de là leur amour d’engendrer et leur mépris de la mort’’ ».

La réponse donnée par Poliakov, qui a consacré sa vie à l’étude de l’antisémitisme à toutes les époques, consiste donc à dire, en s’appuyant sur une réflexion de l’historien romain Tacite, que c’est précisément le respect des Juifs pour la vie humaine qui fait scandale. Nous avons sans doute là une des clés de la compréhension de ce paradoxe : pourquoi Israël est-il sans cesse vilipendé et accusé de « crimes de guerre » à Gaza, alors même qu’il fait tout pour éviter les victimes civiles palestiniennes ou pour réduire leur nombre, face à un ennemi qui fait tout, de son côté, pour les multiplier ?

 

Léon Poliakov au procès Barbie, Lyon 1987

Le « scandale » du respect des Juifs pour la vie humaine

Si nous transposons l’explication très éclairante de Poliakov à l’antisionisme contemporain, nous pouvons proposer l’hypothèse suivante. Plus Israël fait preuve de retenue face aux terroristes du Hamas, plus il se montre soucieux de la vie humaine (allant souvent jusqu’à mettre en danger ses propres soldats, pour épargner la vie de civils dans le camp ennemi), plus le scandale du respect juif pour la vie éclate au grand jour. Rappelons ici la déclaration saisissante, faite à de nombreuses reprises par des dirigeants et membres du Hamas et d’autres mouvements islamistes contemporains :

« Nous aimons la mort plus que vous (les Juifs) aimez la vie !3 »

Selon ce discours, l’amour des Juifs pour la vie est perçu comme le signe incontestable de leur faiblesse, mais aussi comme un symptôme de leur morale scandaleuse.

Ce qui fait scandale chez les Juifs, c’est donc leur amour pour la vie et leur valorisation permanente de la vie (affirmée dans le verset du Deutéronome : « Et tu choisiras la vie ». Face à une culture mortifère comme celle des mouvements islamistes, qui valorisent la mort et la sanctifient, l’affirmation de la vie par Israël est perçue comme incongrue et révoltante. Cette opposition frontale entre deux conceptions radicalement opposées de la vie (et de la mort) permet aussi de comprendre le soutien paradoxal dont bénéficient en Occident les ennemis d’Israël.

Le paradoxe réside ici dans le fait, peu souvent remarqué, que le discours anti-israélien ou antisioniste continue d’accuser Israël, même lorsqu’il fait le bien (par exemple, lorsqu’il approvisionne en médicaments les habitants de Gaza), ou encore qu’il désigne Israël comme le Mal, tout en lui reconnaissant sa qualité de Bien. Comme l’écrit Éric Marty,

« si Sabra et Chatila fait scandale, c’est qu’il s’agit d’un crime qui a quelque chose à voir avec le Bien »,

précisant :

« Qu’est-ce qu’un crime qui a à voir avec le Bien ? C’est le crime qu’on impute au bouc émissaire…4 »[.

C’est sans doute une des raisons pour lesquelles la position morale israélienne est très souvent inopérante, face aux populations arabes soumises à la main de fer du Hamas à Gaza, ou de l’Autorité palestinienne en Judée-Samarie. Ce n’est pas parce qu’Israël approvisionne les habitants de Gaza en électricité ou en denrées alimentaires, ou qu’il laisse entrer l’argent du Qatar à Gaza, que les habitants de la bande de Gaza (ou les médias occidentaux) lui voueront une quelconque reconnaissance. Une telle conséquence impliquerait en effet au préalable que les deux parties partagent les mêmes critères moraux, et plus précisément, la même conception du Bien et du Mal, ce qui est loin d’être le cas. PL

Pierre Lurçat, MABATIM.INFO

(Extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain aux éditions l’éléphant, Jérusalem 2021)


1 Lazare, Bernard, L’antisémitisme, son histoire et ses causes, Chailley, Paris 1894.
2 P.A. Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées »,https://journals.openedition.org/aad/3500#bodyftn11
3 Voir par exemple, « Des Brigades Izz ad-Din al-Qassam aux soldats sionistes : Les Brigades Al-Qassam aiment la mort plus que vous aimez la vie », Palestinian Media Watch, Rapport spécial n°5 sur l’opération Pilier de Défense, 20 novembre 2012, https://palwatch.org/page/4286
4 Bref séjour à Jérusalem, Gallimard p. 167.

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Racines historiques de la dhimmitude actuelle, Bat Ye'or

June 2 2021, 13:20pm

Posted by Bat Ye'or

 

Suite à mon article "Les Juifs de France entre Djihad et dhimmitude", Bat Ye'or m'a adressé la réponse suivante (le titre est le mien). P. Lurçat

 

Pierre Lurçat a fait un bien triste constat : le silence de la communauté juive française et de ses nombreux amis non-juifs lors de l’attaque génocidaire du Hamas sur l’ensemble de la population d’Israël en mai 2021. Génocidaire parce que le Hamas, comme l’OLP, ont inscrit dans leur Charte l’éradication de l’Etat et du peuple hébreu, but central du nazisme également. Cette communion idéologique ne devrait pas étonner quand on connait la stratégie fusionnelle du djihadisme et du nazisme dès les années 1930s et dont Amin al-Husseini, le chef palestinien, fut le ténor le plus représentatif sur la scène internationale et notamment dans l’oumma. Cette collaboration nazie-djihadiste sur les fronts de guerre et de la propagande continua dans la guerre de 1948-49 contre Israël quand dès 1947 les mercenaires des pays arabes frontaliers renforcés par ceux d’une Wehrmacht en déroute envahirent la Palestine encore sous mandat britannique pour harceler le Yichouv.

Al-Husseini et Hitler

 

On peut comprendre pourquoi en 1948 la victoire de l’Etat hébreu fut accueillie avec une morne et funèbre hésitation dans une Europe où, trois ans plus tôt sous les régimes de la collaboration avec le IIIe Reich, le nazi-djihadisme fleurissait en toute impunité dans les camps de déportation et d’extermination sur tous les territoires des pays occupés. Si bien que de nombreux nazis  des deux côtés de la Méditerranée s’islamisèrent et que Hitler et Himmler rêvaient d’une Europe musulmane, débarrassée de son christianisme contaminé par ses racines juives. Ainsi débutèrent les refus répétés euro-djihadistes en 1949, 1967, 1973 etc. des victoires israéliennes, les subventions faramineuses aux populations arabes de Palestine privilégiées dès 1949 par un statut unique générationnel de réfugiées héréditaires, et les plans de paix euro-arabes qui n’étaient qu’un suicide déguisé imposé à Israël.    

 

Mais cette situation de dhimmitude que déplore Lurçat, n’est pas seulement celle des juifs de France, elle est celle du judaïsme européen laminé par la Shoah. Prévisible dès  novembre 1973 par la reddition de la Communauté européenne au terrorisme djihadiste de l’OLP soutenu par le boycott du pétrole de la Ligue arabe, la dhimmitude se développa en Europe dans les années 1980s-1990s par les menaces contre les synagogues et les lieux culturels juifs et israéliens. Cependant cette dhimmitude qui censure la parole, exonère l’agresseur et accuse la victime, qui maintient les populations dans la peur n’est pas réservée aux seuls Juifs français. Elle pèse sur les Européens quelles que soient les religions et dont les villes parcourues de foules haineuses évoquent les manifestations djihadistes d’Irak, de Syrie, d’Egypte, du Maghreb. Cette dhimmitude que vivent tant de populations européennes qui ignorent même ce mot ne concerne pas d’ailleurs que les juifs. Qui donc a vu dans les rues d’Europe de grands rassemblements favorables aux Arméniens protestant contre les attaques unifiées des Azéris et des Turcs dans la province arménienne du Karabakh ?

 

Cette dhimmitude, n’en sommes-nous pas en partie responsables ? Comment peut-on lutter contre quelque chose que l’on ne voit pas, ne comprends pas ni ne nomme ? Et si l’on est si aveugle, si démuni n’est-ce pas parce que les "Hautes Autorités Suprêmes" qui détiennent les clés du Savoir et leurs réseaux de gauleiters ont interdit ce champ particulier de la connaissance, qui pour l’observateur et analyste des mutations de sociétés sur le temps long, n’est autre que la transformation de civilisations dont l’Histoire nous offre tant d’exemples. Trahisons pour les perdants ? Heureuses opportunités pour d’autres ? Pour ne pas dire collaborateurs.

Bat Ye'or        

Bat Ye’or (photo : Pierre Lurçat)

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Les Juifs de France entre Djihad et dhimmitude

June 1 2021, 07:07am

Posted by Pierre Lurçat

À Bat Ye'or, la "fille du Fleuve"

À ma question de savoir pourquoi aucune manifestation de soutien à Israël n’avait été organisée à Paris, une amie venue de France juste après la fin de la guerre de Gaza me répondait qu’il y avait eu une très grande manifestation… contre la décision de la Cour de cassation dans l’affaire Sarah Halimi. Repensant après coup à cette réponse évasive, j’ai compris qu’elle était tout à fait significative de la situation des Juifs de France aujourd’hui. Plongée dans un état de déréliction sans précédent depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et encore sous le choc de l’impunité offerte à l’assassin de Sarah Halimi par les plus hautes instances judiciaires françaises, la communauté juive est totalement incapable de penser à exprimer sa solidarité avec Israël. L’absence de manifestation publique de soutien à l’État juif frappé par les missiles du Hamas n’est pas tant un signe de manque de solidarité, qu’un témoignage criant de la situation dramatique dans laquelle se trouve aujourd’hui le judaïsme français.

Pour décrire cette situation et la qualifier politiquement, j’emploierai le concept forgé par l’historienne Bat Ye’or, auteur de travaux importants sur la condition des minorités juives et chrétiennes sous l’islam : la dhimmitude. Ce concept permet en effet de comprendre la situation actuelle du judaïsme français, et en particulier son incapacité de réagir efficacement aux attaques dont il est victime et d’affirmer sa solidarité de destin avec Israël. Les « voix autorisées » du judaïsme français – qui continuent de se penser comme membres à part entière de la communauté nationale – tiennent un discours largement déconnecté de la nouvelle réalité apparue à l’aube des années 2000. Cette réalité peut être décrite comme la mise à l’écart progressive des Juifs et leur stigmatisation par les médias et par une partie de la classe politique française, au nom de l’antisionisme largement partagé et du soutien au « peuple palestinien ».

Comme l’observe Shmuel Trigano, à propos de la récente déclaration du ministre des Affaires étrangères français, évoquant un « risque d’apartheid » en Israël1,

« la France franchit un pas dans l’adoption du discours de la cause palestinienne et des tenants du BDS, c’est-à-dire du boycott de tout ce qui est israélien, en vue de faire d’Israël le paria des nations »2.

Or, quelle a été la réaction des dirigeants de la communauté juive à cette déclaration, d’une gravité sans précédent ? Quasiment nulle. Sur le site du CRIF, censé représenter politiquement le judaïsme de France, on ne trouve aucune réaction officielle, mis à part une analyse pertinente des implications de cette déclaration, signée du président du Bnai Brith, Philippe Meyer (crif.org)3. Mais aucun communiqué du CRIF ne dénonce cette déclaration d’une gravité sans précédent. Silence également du côté du Grand Rabbin de France, candidat à sa réélection. (Quant au rabbin Michaël Journo, lui aussi candidat au grand rabbinat, il déclarait récemment :

« Je suis là pour donner de l’espérance aux membres de ma communauté et leur donner l’envie de continuer à s’épanouir sur la terre de France »).

Bat Ye’or (photo : Pierre Lurçat)

Ce silence et ce discours déconnecté de la réalité sans précédent à laquelle sont confrontés les Juifs de France sont symptomatiques. Au-delà de la personnalité des dirigeants du judaïsme français, dont les qualités ne sont pas en cause, c’est une situation objective qui est ici décrite. Face au djihad mené depuis de nombreuses années sur le territoire français, qui a fait de nombreuses victimes en leur sein, les Juifs de France ont vainement attendu et espéré être protégés par la République. Reproduisant le schéma traditionnel analysé par l’historien Yosef Haïm Yeroushalmi4 (4), la communauté juive de France a toujours cherché protection auprès des dirigeants français, et notamment du Président de la République, considéré comme incarnant l’amitié pour lsraël et les Juifs, au contraire du Quai d’Orsay. C’est ainsi que le Grand Rabbin de France, Haim Korsia a tenu les propos suivants dans le Midi libre :

« Je n’ai pas vocation à dire autre chose que ce qu’a dit le Président de la République : il y a un agresseur, le Hamas, et un pays qui répond ».

Or, après l’offensive du Hamas contre Israël et ses répercussions en France, où une frange de la population musulmane a pris fait et cause publiquement pour le Hamas, les dirigeants français ont dans le meilleur cas renvoyé dos-à-dos l’agresseur et l’agressé, et dans le pire, pris position contre Israël. Non seulement la France d’Emmanuel Macron n’a pas affirmé clairement son soutien à Israël, mais elle a en fait été en pointe dans le camp anti-israélien, tant par la couverture médiatique très partiale (Infoéquitable) des événements que par son action diplomatique pour obtenir un cessez-le-feu favorable au Hamas, avant la fin de l’opération de Tsahal. La France – qui n’est plus depuis très longtemps un « ami d’Israël » – a adopté aujourd’hui la politique conforme à sa réalité démographique. Ou pour dire les choses de manière plus explicite : elle se comporte comme un pays membre de « ce nouveau continent en train d’émerger », auquel Bat Ye’or a donné le nom d’Eurabia5 (5).

Les Juifs de France éprouvent aujourd’hui dans leur chair – même s’ils peinent à le reconnaître parfois – leur solitude extrême, la solitude d’Israël… Ils sont renvoyés, à leur corps défendant souvent, au destin d’Israël, alors qu’ils voudraient encore se bercer des illusions mortelles du franco-judaïsme et de l’assimilation/intégration au récit national français. Dans ce contexte, les dirigeants du judaïsme français ont en fait adopté la position caractéristique de la situation des dhimmis en terre d’islam. Ils font profil bas, s’abstiennent de manifester publiquement leur soutien à Israël et se préoccupent avant tout de leur survie et de leur sécurité (ce que le rabbin Journo appelle, de manière poétique, « s’épanouir sur la terre de France »). Cela fait longtemps, hélas, que les Juifs de France ne s’épanouissent plus sur la terre de France, devenue dans de nombreux quartiers et banlieues une terre d’islam.

Entre djihad et dhimmitude, l’avenir du judaïsme français est aujourd’hui bien sombre. PL♦

Pierre LurçatMABATIM.INFO

NB : Je donnerai une conférence en ligne sur « L’État juif selon Jabotinsky« , JEUDI 3 JUIN à 19h00 dans le cadre de l’Organisation Sioniste mondiale. Inscription en ligne https://form.jotformeu.com/211493084035350

1 Le 23 mai 2021, Jean-Yves Le Drian a déclaré, lors de l’émission du Grand Jury RTL LCI Le Figaro : « Pour la première fois, on a pu constater une conflictualité dans les localités israéliennes. Les communautés se sont affrontées. Le risque d’apartheid est fort si on continue à aller dans une logique à un État ou du statu quo. »
2 Shmuel Trigano, chronique sur Radio J, 25 mai 2021.
3 La seule expression publique de soutien à Israël organisée par le CRIF a été un appel à envoyer des messages de solidarité en ligne… c’est-à-dire un soutien virtuel.
4 Dans son livre Serviteurs des rois et non serviteurs des serviteurs, Allia 2011.
5 Interview au Jerusalem Post, 2 janvier 2017 (Observatoire Islam Europe).

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Bombardement de l’immeuble abritant l’Associated Press : Comment les médias sont devenus des acteurs de la guerre contre Israël

May 20 2021, 08:33am

Posted by Pierre Lurcat

 

A la mémoire de Haim Azses,

pionner de la Hasbara en Israël

 

Cela fait belle lurette que la profession de journaliste n’a plus grand chose à voir avec celle d’Albert Londres ou de Joseph Kessel, et ressemble plus à un obscur travail de gratte-papier copiant et collant des “Tweets”, et allant parfois chercher une référence historique - pour combler ses lacunes en culture générale - sur Wikipédia, cette encyclopédie des pauvres. Hélas, la destruction de l’enseignement public en France ne date pas d’hier et nos journalistes sont pour la plupart fraîchement émoulus des “écoles de journalisme”, ces tristes établissements où sont formatés ceux qui sont censés nous “dire l’actualité”, modernes Pythies.

 

Mais le sujet qui nous occupe ici n’est pas la baisse du niveau intellectuel des journalistes, sujet qui mériterait à lui seul une enquête (journalistique?) en bonne et due forme, mais la disparition de leurs critères moraux et professionnels (qu’ils désignent par le terme pompeux de “déontologie”). En effet, ceux qui se targuent de donner des notes de moralité au reste de la planète et qui sont imbus de l’idée que la Liberté de la presse et de l’information serait la Valeur suprême, devant laquelle doivent s’effacer toutes les autres, ne sont pas toujours des parangons de vertu. L’exemple suivant permettra d’illustrer notre affirmation.

 

Depuis samedi dernier, les médias français (et étrangers) se sont émus de la frappe par l’armée d’Israël du bâtiment abritant les locaux de l’Associated Press et d’Al-Jazira à Gaza ville. “La destruction des bureaux d’Al-Jazira et de ceux d’autres médias dans la tour Jala à Gaza est une violation flagrante des droits humains et est considérée internationalement comme un crime de guerre”, dénonce Moustapha Souag, directeur général du groupe qatari (pays qui s’y connaît en la matière), cité sans aucun commentaire par le quotidien Le Monde.  Or, en réalité, la présence d’opérationnels et de services de renseignement militaire du Hamas est un “secret de Polichinelle”, largement connu des médias du monde entier (1). 

 

Si les médias le savent, c’est parce qu’ils ont abandonné depuis bien longtemps leur rôle d’observateurs “neutres” (l’ont-ils jamais été?) pour devenir des acteurs du conflit israélo-arabe, comme l’a bien décrit l’ancien journaliste de l’AP, Matti Friedman :  « La presse occidentale est devenue moins un observateur de ce conflit qu’un acteur de celui-ci, un rôle qui a des conséquences sur les millions de personnes qui tentent de comprendre l’actualité, y compris les décideurs qui dépendent des récits journalistiques pour comprendre une région où ils cherchent constamment à intervenir de manière productive » (2).

 

Légitime défense : le bâtiment de l’AP à Gaza s’effondrant comme un château de cartes


 

Des journalistes servant de “boucliers humains” au Hamas

Ce qui devrait faire scandale, aux yeux des médias des pays démocratiques, c’est justement le fait que des journalistes acceptent de travailler dans le même immeuble que des terroristes du Hamas, auxquels ils servent de “bouclier humain”. Mais en réalité, cela fait longtemps que les journalistes occidentaux qui couvrent le “conflit” israélo-arabe ont accepté de se plier aux diktats du Hamas, de l’AP et des autres mouvements terroristes palestiniens, dont ils relaient avec complaisance le narratif mensonger au détriment d’Israël. Bien entendu, si vous interrogez un de ces journalistes, il vous expliquera doctement qu’il n’a pas le choix, et que le “devoir d’informer” oblige à accepter les conditions du Hamas à Gaza, ou celles de l’AP en Judée-Samarie (“Cisjordanie” dans le lexique autorisé).

 

Comme l’écrit Liliane Messika, “Une vidéo circule sur la Toile, celle d’un journaliste libanais, installé avec des confrères sur un toit d’où ils ont une vue imprenable sur l’immeuble du Renseignement du Hamas (ainsi que d’Al Jazzera et Associated Press), situé à une cinquantaine de mètres et qui va être détruit par Tsahal (Twitter). Cette vidéo a été signalée par la MENA, dont le journaliste a été impressionné par le calme des journalistes installés là, qui ne portent ni casque ni gilet pare-balles et qui ont, manifestement, eu tout le temps nécessaire pour préparer leurs objectifs… Les journalistes qui couvrent les conflits, ailleurs dans le monde, risquent leur vie. Pas ceux-là. Ils font confiance à la technologie de Tsahal et savent qu’ils ne risquent rien, car les Israéliens préfèrent avorter une opération que tuer un civil”.

Voilà bien l’hypocrisie de nos donneurs de leçons au monde entier : ils profitent de la protection de l’armée israélienne pour envoyer en toute tranquillité leurs dépêches mensongères sur les soi-disant “crimes de guerre” israéliens ! Ils se reposent à la piscine de l’American Colony, au coeur de Jérusalem (pardon, Jérusalem-Est) après avoir couvert les dernières émeutes arabes en “Palestine”, préférant le luxe démodé de ce palace à celui des hôtels miteux de Ramallah. Je me souviens d’un de ces plumitifs, G. Malbrunot, qui venait dans les cafés de Jérusalem chercher ses “proies” parmi les jeunes Israéliennes innocentes, il y a une vingtaine d’années, avant de retourner faire son vilain travail de correspondant d’un journal français. Ils soutiennent sans retenue les ennemis jurés d'Israël, et ils viennent pleurnicher quand Tsahal riposte, en détruisant une cible mixte abritant des soldats du Hamas d'une part, et leurs alliés de l'Associated Press d'autre part...

Une conscience morale aussi développée que celle d’un batracien: Charles Enderlin

RECTIFICATIF Bien entendu, ce portrait ne prétend pas décrire TOUS les journalistes français ou étrangers, car il existe des exceptions. Je connais des journalistes honnêtes, qui font leur travail avec conscience professionnelle et s’efforcent de le faire bien. Je connais aussi des journalistes courageux, qui couvrent des zones de guerre plus périlleuses que la ville de Gaza. Mais il faut reconnaître que, pour la majorité des correspondants français, formatés aux dépêches de l’AFP et à la vulgate anti-israélienne qu’ils entendent depuis leur enfance, il n’est pas possible d’envisager une autre façon de penser. Rappelons-nous du fake de Charles Enderlin et de France 2, accusant Tsahal de “crime rituel” à Netsarim, reportage qui a fait couler le sang de dizaines de civils israéliens innocents. 

 

Et rappelons-nous des pétitions organisées pour soutenir le journaliste accusé de faux, pétitions signées par le gratin de la profession de France et de Navarre. M. Enderlin, qui s’est payé le luxe d’intenter des procès pour “diffamation” (3) a continué de couler des jours paisibles à Jérusalem, bien après avoir commis son faux. Pensez-vous que l’image terrible des réservistes de Tsahal déchiquetés vivants par une meute palestinienne l’ait empêché de dormir? Je ne crois pas. Aux dernières nouvelles, Enderlin vient de publier ses mémoires et il vient d’accuser Israël de “manipuler les médias” à Gaza (4)... Ceux qui font profession d’incarner la “conscience de l’humanité” ont parfois une conscience morale très peu développée, sans doute du niveau d’un batracien. Mais peut-être suis-je trop sévère pour les batraciens. 

Pierre Lurçat

NB Article paru initialement sur https://mabatim.info/

1. Sur la collaboration entre l’Associated Press et divers régimes autoritaires de l’Allemagne nazie au Hamas, voir : https://www.tabletmag.com/sections/news/articles/ap-collaboration-nazis-reporting-news

2. https://www.causeur.fr/israel-musele-la-presse-a-gaza-retour-sur-une-fake-news-200866?utm_source=Envoi+Newsletter&utm_campaign=31b159d8b3-Newsletter_4_fevrier_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_6ea50029f3-31b159d8b3-57602921

3. Y compris un procès contre moi, que j’ai gagné.

4. "Manipuler la presse, ce n’est pas bien, souligne Charles Enderlin, qui rappelle que l’immeuble abritant AP et Al-Jazeera hébergeait aussi "des points de diffusion d’images sortant de Gaza". Résultat, à Gaza, "il reste Reuters et l’Agence France-Presse (AFP), qui ont beaucoup de mal à fonctionner parce qu’en raison des pannes d’électricité, il y a très peu d’Internet et très peu de téléphone".

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_charles-enderlin-depuis-des-mois-les-journalistes-internationaux-avaient-beaucoup-de-mal-a-se-rendre-dans-gaza?id=10762713

 

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