Overblog
Follow this blog Administration + Create my blog
VudeJerusalem.over-blog.com

Qu’elles sont belles tes tentes, ô Jacob, tes Demeures ô Israël !

October 31 2023, 08:03am

Posted by Pierre Lurçat

Ori Megidish avec sa grand-mère

Ori Megidish avec sa grand-mère

Pour la première fois depuis le début de la guerre, j’ai ressenti, avec tout le peuple d’Israël, un moment de joie véritable et entière. En apprenant la libération par Tsahal de la jeune soldate Ori et en voyant les images émouvantes de sa famille fêtant son retour, c’est comme si nous réapprenions à sourire, à nous réjouir et à croire en l’avenir… Oui, ce qui était le plus émouvant dans ces images, comme l’a justement observé ce matin Yedidia Meir sur Galé Israël, c’était de voir cette Emouna simple et profonde, cette foi inébranlable en l’Eternel et en notre victoire.

 

C’est cette Emounah qui constitue le cœur de notre éthos national le plus profond, le plus ancien, celui qui remonte jusqu’à l’époque de nos Patriarches, dont nous lisons ces jours-ci l’histoire dans le Livre de Berechit. (Sans doute y a-t-il un sens profond, et qui nous échappe, au fait que cette guerre terrible ait éclaté justement le jour de Simhat Torah, où nous recommençons la lecture du Pentateuque, des cinq Livres de Moïse…) Cette foi profonde et enracinée et cette joie simple et pure sont les deux aspects, les deux facettes d’une même pièce, d’une même réalité qui est celle de l’identité profonde de notre peuple.

 

Et ce matin aussi, sur Galé Israël, Hagit Rein, la mère du soldat Benaya Rein H.y.d. tombé pendant la Deuxième Guerre du Liban. Elle parlait des familles endeuillées qu’elle visite et des soldats blessés sur leur lit d’hôpital, qui n’attendent que le moment de retourner sur le front. Quelle force dans ce peuple, quelle détermination et quel amour ! Qu’elles sont belles tes tentes, ô Jacob, tes Demeures ô Israël !

P. Lurçat

See comments

Pourquoi combattons-nous ? (I) : La deuxième Guerre d’Indépendance d'Israël, par Pierre Lurçat

October 29 2023, 18:50pm

Posted by Pierre Lurçat

Pourquoi combattons-nous ?  (I) : La deuxième Guerre d’Indépendance d'Israël, par  Pierre Lurçat

L’échec de Tsahal à anticiper et à empêcher l’attaque meurtrière du 7 octobre revêt une dimension bien plus profonde que la seule dimension des renseignements militaires… Cet échec interroge en réalité la capacité de notre armée et de nos dirigeants à comprendre qui sont nos ennemis et qui nous sommes. Premier volet d’une réflexion sur la dimension identitaire de la guerre actuelle.

 

            « Notre deuxième guerre d’Indépendance » : cette expression a été entendue à maintes reprises depuis le 7 octobre. Hier matin, pourtant, un journaliste de Galé Tsahal, Rino Tsror, contestait sa pertinence et ironisait sur le fait que le Hamas n’était qu’un groupe terroriste primitif armé de bulldozers… Cette remarque atteste à la fois d’une totale incompréhension et de la condescendance que certains médias israéliens continuent d’exprimer, tant à l’égard de l'ennemi que des sentiments ressentis par une large partie de la population d’Israël. En réalité, si le Hamas a été capable de commettre ce massacre avec des moyens aussi primaires en apparence (mais avec le soutien de l’Iran, que le journaliste de Galé Tsahal avait apparemment oublié), cela atteste non pas de sa faiblesse, mais de la nôtre.

 

            Mais l’expression de « Deuxième Guerre d’Indépendance » signifie quelque chose de bien plus profond, qui échappe de toute évidence à Rino Tsror, à Nahum Barnéa et à beaucoup de leurs confrères – hélas surtout occupés à poursuivre leur combat politique contre B. Nétanyahou et contre le gouvernement. Ce que signifie cette expression, c’est que le peuple d’Israël – dans son immense majorité – a ressenti de nouveau, dans sa chair, le même sentiment d'un combat existentiel, qui l’animait en 1948. Ce combat existentiel peut se résumer à trois questions essentielles, que l’on croyait résolues depuis longtemps, et qui ressurgissent aujourd’hui dans toute leur acuité.

 

Contre qui combattons-nous ?

 

            La première de ces questions est celle de savoir contre qui nous nous battons. Contre le seul Hamas et ses exactions ? Contre Gaza, ou contre l’axe du mal Iran-Hamas-Qatar (soutenu par la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan) ? Contre le « mal absolu » et contre une nouvelle forme de nazisme ? Toutes ces réponses se valent apparemment et se rejoignent, mais elles ne sont pas entièrement équivalentes. De la réponse à cette question dépendent en effet les réponses à deux autres questions, tout aussi fondamentales. Il ne s’agit pas seulement en effet de terminologie, ni même de politique et de stratégie militaire.

 

Car derrière la question de la définition de l’ennemi se profile celle des objectifs de la guerre. Si notre ennemi n’est que le Hamas et ses infrastructures, alors il « suffit » de le détruire militairement, comme Tsahal s’apprête à le faire. Or, cela suffira-t-il ? Non, si l’on considère que le Hamas n’est qu’un élément de « l’axe du mal » et que le problème de Gaza n’est qu’un élément de la sécurité d’Israël. En d’autres termes : une fois le Hamas annihilé, il restera encore à détruire le Hezbollah, le Djihad islamique et sans doute aussi (même si le consensus est beaucoup moins large à son égard) le Fatah de Mahmoud Abbas (sans parler du régime iranien, pour la destruction duquel l’intervention militaire des Etats-Unis est indispensable).

 

Mais on peut également soutenir que notre combat ne vise pas seulement ces ennemis implacables, mais aussi, à travers eux, le nouveau visage de l’Ennemi éternel d’Israël, celui que la tradition juive désigne comme Amalek. Si nous désignons le Hamas comme Amalek, cela signifie qu’il convient non seulement de le détruire militairement, mais d’extirper aussi toute racine de son engeance qui cherche, à chaque génération (comme le dit la Haggadah de Pessah), à nous anéantir. 

 

Pourquoi combattons-nous et dans quels buts ?

 

            La question de la définition de l’ennemi n’est ainsi pas seulement militaire et politique ; elle entraîne des conséquences philosophiques et existentielles. D’aucuns affirment d’ores et déjà que le combat contre l’axe du mal et contre le Hamas est voué à l’échec, parce qu’on « ne peut pas faire disparaître une idéologie ». L’argument n’est pas infondé, mais il risque d’aboutir, si on le prend pour argent comptant, à ne rien faire. Or, le recours aux concepts de la tradition d’Israël permet d’apporter une réponse différente à cette question cruciale.

 

            Si notre ennemi est la figure moderne d’Amalek (et je rappellerai ici que durant plusieurs décennies, des intellectuels et des rabbins israéliens se sont évertués à prétendre qu’Amalek n’avait plus aucune signification pour Israël aujourd’hui et qu’il ne désignait surtout pas l’ennemi palestinien…), alors l’injonction de le combattre doit être renouvelée à chaque génération. C’est sans doute l’oubli de cette injonction – pour des raisons multiples qu’il faudra d’analyser ailleurs[1] – qui a aussi permis au Hamas de mener son attaque et de surprendre Israël. Or, cette injonction vise précisément à nous rappeler à chaque instant que l’ennemi est là et que notre existence n’est nullement garantie, quelle que soit notre puissance militaire et technologique.

 

            Et si l’on accepte que le Hamas est la figure contemporaine d’Amalek, cela veut dire que notre combat est aussi d’essence religieuse, morale et spirituelle, et point seulement militaire. Cette précision est capitale, car elle seule permet d’armer Israël pour affronter un ennemi qui, lui, définit son combat dans des termes religieux. Une des erreurs fondamentales de l’establishment sécuritaire d’Israël depuis des décennies est justement d’avoir cru qu’on pouvait affronter l’ennemi arabe en se définissant uniquement comme un Etat occidental et non comme l’incarnation politique du peuple d’Israël, c’est-à-dire le peuple élu par Dieu pour appliquer sa Torah.

 

Qui sommes-nous et au nom de quoi combattons-nous ?

 

            Ainsi, la définition de l’ennemi est liée non seulement à celle de nos objectifs de guerre, mais aussi à celle de notre identité propre et de ce à quoi nous aspirons. Nous touchons ici à un point crucial, qui permet de comprendre (sans prétendre évidemment entrer dans les calculs de la Providence…) pourquoi la guerre de Simhat Torah intervient précisément après des mois d’une lutte fratricide, dont l’enjeu essentiel était précisément de savoir qui nous sommes et quelle est l’essence profonde de l’Etat d’Israël !

 

            L’échec de Tsahal à anticiper et à empêcher l’attaque meurtrière du 7 octobre revêt ainsi une dimension bien plus profonde que la seule dimension des renseignements militaires… Cet échec touche en réalité à l’incapacité presque congénitale de notre armée à comprendre qui sont nos ennemis et qui nous sommes. (J’ajoute immédiatement que cette incapacité concerne en fait les échelons les plus élevés, car au niveau du simple soldat et des officiers de terrain, beaucoup ont compris depuis longtemps ce dont il est ici question).

 

            Face à un ennemi qui veut nous annihiler au nom de sa religion (l’islam) et qui veut nous annihiler en tant que peuple Juif, porteur de la parole divine (qu’il prétend que nous avons falsifiée), la riposte véritable n’est pas – comme l’ont cru et affirmé des générations de « clercs » israéliens – de dire que nous ne sommes pas animés d'un projet religieux et que nous sommes venus ici uniquement pour créer un Etat refuge, afin d'échapper à l’antisémitisme…

 

La réponse consiste bien au contraire à revendiquer notre identité véritable et à affirmer haut et fort que nous avons, nous, pour objectif, non seulement de détruire le Hamas et tous les autres représentants d’Amalek qui se trouvent à nos frontières et au sein même de notre pays[2], mais aussi d’édifier un Etat juif qui sera, selon l’expression du rabbin Abraham Itshak Hacohen Kook, le « siège de la royauté divine », Kissé Malhout Shamayim. Seule une telle affirmation nous permettra d’asseoir à long terme notre présence sur cette petite portion de terre que le monde entier nous dispute et que Dieu nous a confiée pour y faire régner sa Parole (à suivre…).

P. Lurçat

 

NB Je donnerai une conférence en ligne sous l’égide du centre Menahem Begin, à l’occasion du centième anniversaire de la parution du « Mur de Fer », le mardi 7 novembre à 20h30, sur le thème « Dôme d’acier ou Mur de Fer ? » Comment assurer la sécurité d’Israël selon Jabotinsky.

 

 

[1] Une hypothèse est que nous avons cultivé l’injonction de nous souvenir de la Shoah, mais n’avons pas su l’actualiser, en croyant que le nazisme en tant que mal absolu relevait d'un passé aboli.

[2] Précisons sur ce point que selon les informations les plus récentes, les Arabes israéliens n’ont pas pris fait et cause pour le Hamas à ce jour.

Pourquoi combattons-nous ?  (I) : La deuxième Guerre d’Indépendance d'Israël, par  Pierre Lurçat

See comments

Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (II) Biais cognitifs, préjugés et présupposés idéologiques

October 29 2023, 09:14am

Posted by Pierre Lurçat

Alain Finkielkraut, BHL et Benny Levy z.l.

Alain Finkielkraut, BHL et Benny Levy z.l.

Lire la première partie :

Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (I) : le serment solennel d’André Neher - VudeJerusalem.over-blog.com

 

Une délégation du CRIF a effectué un voyage éclair en Israël pour se rendre compte sur place des atrocités du Hamas. Au retour de ce déplacement, l’ancien président du CRIF, Richard Prasquier, a publié un article dont j’extrais la ligne suivante : ”A proprement parler, ce voyage ne nous a rien appris que nous aurions ignoré”. Si je souligne cette phrase précisément, c’est parce qu’elle permet de comprendre un mécanisme cognitif omniprésent dans la manière dont nous regardons et analysons les événements. Nous sommes atterrés par l’horreur, emplis de colère et d’effroi, mais en définitive, nous avons tendance à juger l’événement, si terrible et inédit dans l’horreur qu’il soit, à l’aune de ce que nous savons déjà.

 

Ce biais cognitif bien connu – et qui a été encore renforcé par les effets des médias sociaux, qui nous confortent sans cesse dans nos opinions – est présent chez chacun de nous, y compris les intellectuels et ceux qui ont pour activité quotidienne d’analyser, avec autant de sang-froid que possible, les événements. Or, face à l’événement, le devoir premier de l’intellectuel n’est-il pas de tenter de s’abstraire de ses préjugés, de ses croyances bien ancrées et de ses habitudes de pensée ? Cette guerre, dont beaucoup disent en Israël qu’elle marque un tournant décisif dans notre histoire, ne devrait-elle pas être l’occasion de porter un regard neuf sur le monde ? Essayons de voir, à travers quelques exemples, si les intellectuels juifs ont réussi, depuis le 7 octobre, à s’élever au-dessus d’eux-mêmes pour être à la hauteur de la situation.

 

Est-ce que “Toutes les vies se valent” ?

 

L’historien israélien (exilé aux Etats-Unis) Omer Bartov se félicite, dans les colonnes du Monde, d’avoir signé la pétition contre l’occupation “The Elephant in the room”, expliquant : “Notre mise en garde était la suivante : l’« éléphant dans la pièce », c’était l’occupation, un enjeu auquel ce mouvement de protestation refusait en grande partie de se confronter. Moins de deux mois plus tard, le sort des Palestiniens sous domination israélienne ou sous siège israélien nous a littéralement explosé à la figure. En ce sens, j’ai été choqué et horrifié, mais pas surpris”. Ce faisant, il reprend à son compte le double mensonge de “l’occupation” et du “siège israélien” de Gaza, comme si l’attaque du Hamas était dirigée contre telle ou telle politique israélienne et non contre les Juifs en tant que tels… Piètre analyse pour un spécialiste de la Shoah !

 

            Dans le même journal, le philosophe Jacob Rogozinsky pointe justement la fausseté de l’argument moral selon lequel “toutes les vies se valent”, employé pour dénoncer la riposte israélienne, en rappelant cette évidence : “Nous devons faire la différence entre une stratégie militaire qui entraîne comme « conséquence indirecte » la mort de civils et une stratégie génocidaire pour laquelle l’assassinat en masse de civils est un « but en soi ». Rogozinsky s’oppose sur ce point précis à Judith Butler, la “papesse” de la théorie du genre, qui prétend dénoncer les manifestations pro-Hamas à Harvard, tout en affirmant quenous devons nous efforcer de comprendre les raisons de la formation de groupes comme le Hamas, à la lumière des promesses rompues d’Oslo et de cet « état de mort, à la fois lente et subite » qui décrit bien l’existence des millions de Palestiniens vivant sous occupation, et qui se caractérise par une surveillance constante, la menace d’une détention sans procès, ou une intensification du siège de Gaza pour priver ses habitants d’eau, de nourriture et de médicaments..”

 

            Le propos de Butler est révélateur de l’état de confusion morale qui règne dans les universités américaines et françaises, confusion à laquelle les intellectuels juifs n’échappent pas. A ce sujet précisément, Alain Finkielkraut a raison de rappeler que le “wokisme est antisémite” et que ce n’est nullement un hasard si les théories fumeuses qui sont devenues une véritable idéologie dominante (voir sur ce sujet le livre éclairant de Shmuel Trigano) aboutissent à prendre la défense du Hamas contre Israël… Dans un registre différent, l’intellectuel américain Michael Walzer explique dans la revue K que « la justice exige la défaite du Hamas, pas la vengeance contre les Palestiniens ». Cette thématique est développée par plusieurs intellectuels juifs, qui établissent une distinction nette entre « justice » et « vengeance », ce dernier terme étant connoté négativement à leurs yeux. Ils oublient ce faisant que le mouvement sioniste a aussi été l’expression d’une réappropriation par le peuple juif de la violence, après que la vengeance ait été si longtemps réservée à Dieu seul (« Que D. venge son sang ! » est l’expression traditionnelle de cette réalité propre à l’exil).

 

« Contextualiser » les exactions du Hamas ?

 

La Deuxième Guerre mondiale avait vu des cohortes d’intellectuels se déshonorer dans la collaboration, mais ce qui est nouveau, aujourd’hui, c’est de voir des intellectuels refuser de trancher, en prétendant “contextualiser” (y compris lorsqu’ils prétendent ne pas le faire !) la violence du Hamas. Leur absence de critères moraux clairs aboutit à un magma intellectuel dans lequel, pour reprendre l’expression d’un humoriste français, on donne “cinq minutes de parole aux Juifs et cinq minutes aux nazis” (du Hamas). Comme l’explique justement Raphael Enthoven, “Les gens qui croient approfondir les choses en justifiant la barbarie du Hamas par le contexte géopolitique sont, à leur insu, les relais actifs d’une entreprise d’extermination qui n’a besoin, pour passer à l’acte, que d’un alibi”.

 

            Alain Finkielkraut lui-même, malgré tout son courage maintes fois démontré et toute sa bonne volonté, ne tombe-t-il pas dans le même travers, lorsque – après avoir bien démonté l’argumentation qui trouverait des justifications ou des motivations politiques aux exactions du Hamas, et expliqué que “pour le Hamas, l’Etat juif est une ecchymose sur l’épaule de l’islam” – il affirme que “Nétanyahou est un dirigeant catastrophique… dont la réforme judiciaire visait à laisser les coudées franches aux colons de Cisjordanie…” Cet argument fallacieux a été répété et décliné à maintes reprises depuis le 7 octobre. Selon une version un peu différente, l’armée israélienne aurait failli à la frontière de Gaza parce qu’elle était occupée à “protéger les colons de Cisjordanie”...

 

L’argument n’est pas seulement moralement absurde (en quoi les habitants juifs de Judée-Samarie seraient-ils moins dignes d’être défendus que les autres Israéliens ?). Il est aussi erroné sur le plan militaire et stratégique. La première leçon, simple et presqu’évidente, des terribles événements du 7 octobre, est que la frontière d’Israël se situe là où vivent et habitent des Juifs. Leçon qu’avaient bien compris les pères fondateurs de notre Etat, de Jabotinsky à Ben Gourion. Lorsque l’armée a expulsé les habitants du Goush Katif, sur l’ordre d’Ariel Sharon, elle a placé en première ligne les habitants du pourtour de Gaza. Les circonstances dramatiques nées de l’attaque du Hamas exigent de chacun de nous, à son niveau, de prêter le serment d’André Neher pendant la guerre des Six Jours, en  identifiant “le tout de sa pensée, de son action, de sa personne avec Israël, avec sa lutte, corps et âme, en résolution d’acier, en disponibilité de jour et de nuit…” Que D. protège nos soldats et notre peuple jusqu'à la victoire! (à suivre…)

P. Lurçat

Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (II) Biais cognitifs, préjugés et présupposés idéologiques

See comments

“Never again” : Qu’auraient dit Golda Meir et Menahem Begin après le 7 octobre 2023 ?

October 25 2023, 10:33am

Posted by Pierre Lurçat

“Never again” : Qu’auraient dit Golda Meir et Menahem Begin après le 7 octobre 2023 ?

France Culture a rediffusé samedi dernier la belle émission qu’Elodie Maillot a consacrée à Golda Meir, à laquelle j’ai eu plaisir à participer. En la réécoutant, je me suis demandé ce qu’elle aurait pensé des événements terribles qu’Israël a vécus depuis le 7 octobre. Je n’ai aucun doute qu’elle aurait réagi avec une force et une détermination à la hauteur de l’événement. Je me souviens bien sûr du reproche qui lui a été fait au lendemain de la guerre de Kippour, de n’avoir pas mobilisé les réservistes et de s’être abstenue de lancer une attaque préventive contre l’Egypte et la Syrie. L’écho de ces reproches est très présent aujourd’hui, dans le débat public en Israël, à travers les critiques lancées contre le gouvernement de Nétanyahou, qui n’a pas su éviter la sanglante attaque du 7 octobre.

 

Mais c’est à la Golda Meir d’après la surprise initiale que je pense aujourd’hui. Celle qui a su encourager son peuple et mener la contre-offensive avec une fermeté inébranlable, y compris lorsque les Etats-Unis ont fait pression sur Israël. Je repense à cet épisode, qu’on a rappelé récemment, durant lequel la troisième armée égyptienne, encerclée dans le Sinaï, s’est trouvée à court de provisions d’eau. Face aux demandes incessantes des Américains, pour qu’Israël laisse passer un ravitaillement pour les soldats égyptiens encerclés, Golda a rétorqué : “Qu’ils nous rendent d’abord nos soldats prisonniers !” Et elle a eu gain de cause.

 

Le 7 octobre 2023 a été, selon le mot de mon ami journaliste Michel Gurfinkiel, “à la fois notre 11 septembre, notre second Kippour et un terrible rappel de la Shoah”. Dans ces trois événements historiques, c’est évidemment le dernier qui est le plus difficile à revivre pour la conscience nationale israélienne. Les images d’enfants terrorisés, de grands-mères emmenées en captivité par les bourreaux du Hamas et de corps martyrisés évoquent un passé qu’on pensait – bien à tort – être entièrement révolu. “Never again !” s’était exclamé Menahem Begin, avant de lancer l’audacieuse opération Osirak, pour annihiler la centrale nucléaire construite avec l’aide de la France.

 

Never again !”, ce n’est pas seulement le cri du cœur de Begin, qui était véritablement habité par la Shoah, dans laquelle avaient péri un grand nombre de ses proches. C’était la croyance de tout un peuple, qui pensait vraiment avoir échappé pour toujours au risque d’être à nouveau victimes de tortionnaires et d’assassins de la trempe des nazis. Dans l’éthos sioniste, la figure du “Nouveau Juif’ signifie essentiellement cela : ne plus jamais se laisser “mener à l’abattoir” sans combattre ! Mourir, peut-être, mais les armes à la main. A cet égard, on peut dire que la réaction des Israéliens pendant et après l’attaque du 7 octobre n’a pas failli au serment implicite du “Never more” (qui n’est pas seulement celui des soldats, mais aussi des civils).

 

Et David Ben Gourion ? Le père fondateur aurait peut-être été lui aussi surpris, et sûrement terriblement affecté par la capacité des terroristes du Hamas à pénétrer sur le territoire souverain de l’Etat d’Israël pour y accomplir leurs exactions. Mais il aurait certainement su réagir avec une vigueur biblique qui fait cruellement défaut à nos dirigeants actuels, toutes tendances confondues. Oui, c’est bien dans la Bible – qui était son livre de chevet, parmi tant d’autres – que le “vieux Lion” aurait cherché l’inspiration pour rendre au centuple le coup porté à Israël par les assassins de Gaza. Et c’est dans la Bible qu’il aurait pu trouver la justification à la riposte israélienne, peut-être en citant les mots du roi David dans les Psaumes : “Je poursuis mes ennemis, je les atteins ; point de relâche que je ne les aie détruits”.

P. Lurçat

 

J’invite mes lecteurs à découvrir la Bibliothèque sioniste, collection que j’ai fondée en 2021 pour faire connaître les écrits des Pères fondateurs de l’Etat d’Israël.

See comments

Comment vaincre face au Hamas : Pourquoi le « Code éthique de Tsahal » est devenu obsolète, Pierre Lurçat

October 24 2023, 13:39pm

Posted by Pierre Lurçat

Comment vaincre face au Hamas : Pourquoi le « Code éthique de Tsahal » est devenu obsolète, Pierre Lurçat

 

Parmi les nombreuses conceptions qui se sont avérées obsolètes, au lendemain du samedi noir du 7 octobre 2023, il en est une qui pourrait jouer un rôle crucial dans la capacité d’Israël à triompher du Hamas et à assurer la sécurité d’Israël dans l’avenir. Je veux parler du fameux « Code éthique de Tsahal ». Comme l’expliquait le rabbin et mathématicien Eliahou Zini, il y a déjà 18 ans, « le code éthique de Tsahal affirme que l’objectif de Tsahal est de ‘faire entrave aux efforts de l’ennemi visant à perturber le cours normal de la vie’, comme si “la défense d’Israël se réduisait à la mise en place d’un abri pour sa population »[1].

 

Ces lignes rédigées en 2006 exposent de manière prémonitoire la situation absurde à laquelle nous sommes parvenus, après plusieurs décennies durant lesquelles le post-sionisme a régné au sein des universités israéliennes (comme celle où enseignait l’auteur du Code éthique de Tsahal, Asa Kasher), des médias et d’une large partie de l’establishment sécuritaire et militaire. Aux yeux du distingué professeur de philosophie, Tsahal aurait pour objectif de « faire entrave aux efforts de l’ennemi » et non pas de vaincre, d’annihiler ou de détruire l’ennemi. Fort heureusement, les chefs de Tsahal et les dirigeants de notre petit pays semblent avoir compris – mieux vaut tard que jamais - après la terrible piqûre de rappel du 7 octobre, que nos ennemis avaient, quant à eux, la volonté de nous exterminer, et qu’il fallait en conséquence détruire le Hamas, et pas seulement « faire entrave à ses efforts ».

 

La différence n’est pas purement sémantique. En réalité, ce sont tous les présupposés et les fondements philosophiques et moraux du code éthique de Tsahal qui sont erronés. Parmi ces présupposés, j’en désignerai trois. Le premier est celui selon lequel l’ennemi aurait pour objectif de « perturber le cours normal de la vie » des citoyens israéliens. L’ennemi – qu’il s’agisse du Hamas, du Hezbollah, de l’Iran, du Djihad islamique ou même du Fatah – a pour unique et constant objectif de détruire Israël et de tuer tous les Juifs. « Perturber le cours normal de la vie » est un euphémisme insupportable, qui relève d’un langage totalement déconnecté de la réalité dans laquelle nous vivons.

 

Le second présupposé est celui de la « dignité humaine », ou même de l’humanité de nos ennemis. Quand le code éthique de Tsahal explique doctement que « Tsahal et ses soldats sont tenus de préserver la dignité humaine » et que « tous les êtres humains ont une valeur inhérente, indépendamment de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur sexe ou de leur statut », il s’agit d’une erreur de perspective, à la fois militaire et morale. Imagine-t-on l’armée américaine affirmer qu’elle veut « préserver la dignité humaine des Allemands » en pleine Deuxième Guerre mondiale ?

 

Entraver l’ennemi ou l’éradiquer ?

 

Le troisième présupposé, sans doute le plus nocif, est celui selon lequel l’objectif de Tsahal serait limité à contrecarrer les projets de nos ennemis, et non à les vaincre. Comme je l’écrivais en 2018, le problème fondamental auquel Israël est confronté aujourd’hui n’est pas militaire, mais avant tout moral. Il s’agit essentiellement d’un problème de perception de soi et d’aveuglement volontaire. On peut le définir dans les termes suivants : Israël ne sait pas comment triompher du Hamas, parce qu’il est dépourvu de la conviction intime, tant morale que politique, que la victoire est possible et nécessaire.

 

Au lendemain de la terrible attaque de Simhat Torah, il faut croire et espérer que la société israélienne a enfin acquis cette conviction intime et que nos soldats, qui sont pleins d’ardeur guerrière et de détermination, pourront mener à bien leur mission nécessaire jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la victoire totale, sans être entravés par un « Code éthique » inadapté et déconnecté de la réalité. A cet égard, un signe encourageant est cet encart publié dans plusieurs journaux ce shabbat :

 

« Code moral de l’armée d’Israël - Je suis prêt à me sacrifier pour sauver le peuple d’Israël. Les ennemis doivent être anéantis et non pas neutralisés. La population qui soutient le terrorisme est un ennemi. Un ordre qui met en danger la vie de civils ou de soldats pour préserver l’ennemi est un ordre illégal. C’est un impératif moral de détruire le mal, dans l’intérêt de l’humanité entière ».

 

Ce nouveau « code moral » se termine par un verset de la Bible, tiré des Psaumes du roi David, qui était aussi un grand chef de guerre : « Je poursuis mes ennemis, je les atteins ; point de relâche que je ne les aie détruits ». Tout lecteur sensé comprendra combien ces paroles du Psalmiste sont bien plus cohérentes et adaptées à la guerre contre le Hamas que les considérations idéalistes d’un professeur de philosophie, auteur d’un « code éthique de Tsahal », devenu du jour au lendemain entièrement obsolète depuis le 7/10. (à suivre…)

 

P. Lurçat

 

 

[1] Eliahou Zini, “Code éthique ou matraquage politique”, Forum Israël No. 3, “Le temps de la guerre”, éditions Ivriout 2006. Cité dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

See comments

Lettre ouverte au président français Emmanuel Macron : "Ceux qui glorifient le nom du Hamas en France..."

October 23 2023, 10:15am

Posted by Pierre Lurçat

 

Ceux qui glorifient les ennemis d’Israël, et qui attaquent les symboles et le nom même d’Israël, s’en prennent inéluctablement, en fin de compte, au nom de la France et au nom de l’Homme”. Cette lettre a été rédigée et publiée initialement après la décapitation de Samuel Paty, il y a exactement 3 ans. Je la republie aujourd’hui alors que le président Macron s’apprête à venir en Israël, et alors que des milliers de manifestants défendent le Hamas dans les rues de Paris et de France. P.L

Il aura donc fallu attendre qu’un enseignant français soit décapité à la sortie de son lycée, dans un crime dont la description évoque celle d’assassinats commis au Pakistan ou dans l’Etat islamique, pour que vous vous décidiez à dissoudre le “Collectif Cheikh Yassine”… Il aura fallu attendre que l’horreur de l’islam radical le plus barbare frappe la France, encore une fois, pour que vous finissiez par comprendre qu’on ne peut pas impunément glorifier le nom d’un assassin d’Israéliens, hommes, femmes, enfants - eux aussi tués dans des attentats tout aussi horribles, déchiquetés dans des autobus ou à la terrasse de cafés - par les assassins du Hamas, qu’il était jusqu’hier encore permis de soutenir sur le sol français.

 

Parmi les nombreuses erreurs commises par votre pays, que d’autres que moi ont analysées ces derniers jours (notamment Georges Bensoussan et Valérie Toranian), je voudrais en souligner ici une qui n’a pas encore, à ma connaissance, été mentionnée. Je veux parler de l’erreur de croire que la haine d’Israël est sans conséquence et sans danger pour la France. Cette erreur est à la fois politique, stratégique et morale. Erreur stratégique, car comment avez-vous pu penser que ceux qui brandissent le drapeau du Hamas en France le faisaient uniquement au nom de leur haine d’Israël, et que celle-ci ne pouvait pas, le moment venu, se retourner contre la France elle-même?



 

Ceux qui glorifient le Hamas en France...

 

Comme l’écrit justement Valérie Toranian, la décapitation de Samuel Paty est la preuve qu’entre les militants de l’islam politique, la radicalisation et le terrorisme, il existe une chaîne de continuité”. J’ai moi aussi souligné cette continuité, dans un livre publié il y a déjà 15 ans, en observant que la lutte contre le terrorisme islamique exigeait aussi de combattre l’islam politique. J’avais alors pris pour exemple le CBSP, organe officiel de collecte d’argent pour le Hamas en France, qui continue jusqu’à ce jour de récolter des fonds pour le Hamas en toute impunité. Cette impunité offerte aux soutiens du Hamas en France est également une erreur politique, car elle place de facto la France dans le camp des ennemis d’Israël. 

 

Comment pouvez-vous prétendre vous inspirer d’Israël pour lutter contre le terrorisme islamique, tout en permettant que soient glorifiés sur le sol français les assassinats terroristes commis sur le sol israélien? Cela fait déjà longtemps que les amis d’Israël en France - et pas seulement au sein de la communauté juive - ont pointé du doigt cette contradiction intolérable. Si la France veut tirer les leçons de la décapitation de Samuel Paty, elle doit non seulement dissoudre le “Collectif Cheikh Yassine”, directement impliqué dans cet assassinat, mais interdire aussi tous les groupuscules et associations qui participent de la même glorification  du Hamas en France, comme la CAPJPO-Europalestine et d’autres. 

 



 

Ceux qui brandissent les drapeaux du Hamas et du Hezbollah dans les rues de France ne sont pas seulement les ennemis d’Israël et du peuple Juif, mais aussi les ennemis de la France. Il ne s’agit pas là d’une affirmation rhétorique ou politique, mais d’une loi d’airain de l’histoire, que vous ne pouvez plus ignorer aujourd’hui. La tolérance dont ont trop longtemps bénéficié les soutiens du Hamas est aussi et surtout une erreur et une faute morale. On ne peut en effet autoriser les partisans du Cheikh Yassine à afficher leur haine des Juifs sur le sol français en toute impunité, sans conséquence pour la France. 

 

Car à travers la personne de Samuel Paty, ce sont certes les valeurs de la France laïque et républicaine qui ont été décapitées, mais c’est aussi une certaine idée de l’humanité de l’homme. Ceux qui glorifient les ennemis d’Israël, et qui attaquent les symboles et le nom même d’Israël, s’en prennent inéluctablement, en fin de compte, au nom de la France et au nom de l’Homme. Comme l’avait écrit le pasteur allemand Martin Niemöller, “Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai rien dit car je n'étais pas juif... Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit car je n'étais pas syndicaliste. Et quand ils sont venus me chercher, il n'existait plus personne qui aurait voulu ou pu protester...” Aujourd’hui, Monsieur le Président, ce ne sont plus les Juifs qu’ils viennent chercher, c’est vous.

 

Pierre Lurçat, Jérusalem

 

See comments

Comprendre le langage de l’ennemi (I) : Les Juifs et Israël dans la vision du monde de l’islam et du Hamas, Pierre Lurçat

October 20 2023, 07:56am

Posted by Pierre Lurçat

Comprendre le langage de l’ennemi (I) :   Les Juifs et Israël dans la vision du monde de l’islam et du Hamas, Pierre Lurçat

NB J'analyse l'idéologie du Hamas au micro d'Ilana Ferhadian sur Radio J.

Les juifs sont très présents dans le Coran, qui les qualifie tantôt de Banu-Isra’il (Enfants d’Israël, expression calquée de l’hébreu), al-yahûd (juifs) ou encore ahl al-kitab (peuple du Livre). Cette dernière expression est ambivalente, explique Meir Bar-Asher, car le peuple du Livre est parfois qualifié dans la tradition musulmane « d’âne chargé de livres », c’est-à-dire un peuple porteur d’un héritage dont il n’est pas digne. Cette qualification renvoie à l’accusation récurrente envers les juifs, selon laquelle ils auraient « falsifié » les textes sacrés dont ils étaient dépositaires.

 

Dans le lexique politique de l’islamisme contemporain et dans celui du Hamas, il est utile de le préciser, c’est l’appellation al-yahud qui prédomine de manière quasiment exclusive. Le combat du Hamas ne vise pas les « enfants d’Israël » ou le « peuple du Livre », mais bien les Juifs, le mouvement islamiste ayant totalement occulté l’identité israélienne dans son vocabulaire. Ce combat contre les juifs est central, essentiel et ne peut se terminer que par la victoire de l'islam. Cela ressort à la fois de l’actualité la plus brûlante et de l’analyse de la Charte du Hamas, encore trop méconnue et souvent interprétée à tort.

 

Le préambule de la Charte du Hamas affirme pourtant de manière claire la centralité du « combat contre les Juifs »[2], qui doit être mené « jusqu’à ce que [les] ennemis soient vaincus et que la victoire d’Allah soit établie ». Un des passages clés de la Charte du Hamas, qui éclaire la vision du monde du mouvement islamiste palestinien, est le Hadith cité dans l’article 7 : « L’Heure ne viendra pas avant que les Musulmans ne combattent les Juifs et les tuent ; jusqu’à ce que les Juifs se cachent derrière des rochers et des arbres, et ceux-ci appelleront : O Musulman, il y a un Juif qui se cache derrière moi, viens et tue-le ! »

 

Ce Hadith, cité sur d’innombrables sites Internet musulmans, signifie que le « combat contre les juifs » constitue pour le Hamas un impératif non seulement politique, mais eschatologique[1]. L’affrontement avec les Juifs n’est pas seulement le moyen de récupérer la terre de Palestine, qui constitue un Waqf musulman inaliénable, mais il est la condition sine qua non à la venue de la Fin des temps. Les observateurs non-musulmans, souvent ignorants de la vision du monde islamiste en général, et de ses croyances eschatologiques en particulier, sont enclins à croire que l’islamisme n’est qu’un extrémisme de façade, et qu’il suffit qu’il soit confronté au pouvoir pour qu’il devienne plus « réaliste » et pragmatique...  C’est précisément cette erreur de conception qui a permis la situation dans laquelle Israël vit depuis bientôt deux décennies et le terrible piège dans lequel Israël est tombé le samedi 7 octobre.

 

La vision apocalyptique de l’affrontement ultime avec Israël du Hamas exclut toute possibilité de coexistence ou de modération, et elle est identique à celle des mouvements djihadistes les plus radicaux. Loin d’être un épiphénomène, l’antisémitisme du Hamas constitue le cœur de sa doctrine politico-religieuse. Au vu de ce qui précède, la guerre dans laquelle Israël est aujourd’hui plongé ne peut avoir qu’un seul objectif : l’annihilation totale du Hamas, de ses infrastructures civiles et militaires et de ses dirigeants.

P. Lurçat

 

Cet article est paru originalement dans une version écourtée sur le site du CAPE.

Comprendre le langage de l’ennemi (I) :   Les Juifs et Israël dans la vision du monde de l’islam et du Hamas, Pierre Lurçat

See comments

Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (I) : le serment solennel d’André Neher

October 19 2023, 09:20am

André Neher (1914-1988)

André Neher (1914-1988)

Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (I) : le serment solennel d’André Neher

 

 

            Le 4 juin 1967, alors que le peuple d’Israël vivait des heures d’angoisse face à la menace arabe qui se faisait chaque jour plus pressante, André Neher prononçait les mots suivants, qui résonnent aujourd’hui avec une force particulière, devant l’Assemblée générale du judaïsme français réunie à Paris. Le serment solennel qu’il prononçait est tout aussi valable aujourd’hui qu’alors, pour nos frères juifs de diaspora, et en particulier pour les intellectuels juifs. Espérons qu’ils seront eux aussi – comme Neher et d’autres à l’époque – un « arrière d’acier » pour Israël qui se bat pour sa survie, pour notre survie. P. L.

 

 

« Am qeshé ôref, le peuple à la nuque d’acier : c’est la définition biblique du peuple juif. Or, en hébreu moderne, ôref, ce n’est pas la nuque, mais l’arrière, l’arrière d’un front de combat. Je traduis donc : le peuple juif de la Diaspora est l’arrière du front d’Israël, pas un arrière de repli ou d’embuscade, n’est-ce pas ? mais un arrière de potentiel et de réserves inépuisables, où se forgent les armes morales et matérielles de la lutte d’Israël pour sa vie, un arrière d’acier.

 

Hier encore, je menais avec les hommes les combats des hommes pour les plus nobles valeurs humaines, pour la vérité, pour la paix, pour la justice. Aujourd’hui, je mène l’unique lutte pour Israël, car elle ramasse en elle toutes les autres, les résume et les retrempe dans le creuset d’une épreuve décisive. Oui, c’est la décision entre deux mondes et deux langages, entre ceux qui croient à l’innocence de l’innocent et les fanatiques totalitaires du bouc émissaire juif. Et je dis à mes camarades des luttes d’hier : venez avec moi car la lutte pour Israël est aujourd’hui la lutte humaine par excellente. Si, analysant, hésitant, tergiversant, vous ne venez pas, eh bien ! nous lutterons seuls. De nouveau, nous serons comme Abraham, seuls d’un côté, et le monde entier de l’autre. Et, dans la lutte pour Israël, nous ferons à nouveau, comme l’avait fait Abraham pour le monde entier, le réapprentissage de la justice.

 

Hier encore, je l’avoue, et je le regrette, je ne consacrais qu’une fraction de moi-même à Israël. Aujourd’hui, c’est le tout de ma pensée, de mon action, de ma personne qui s’identifie avec Israël, avec sa lutte, corps et âme, en résolution d’acier, en disponibilité de jour et de nuit…

 

Les hommes juifs des pays libres, les juifs de France en 1939, les Juifs des Etats-Unis en 1943, ne savaient pas. Les uns ne savaient pas qu’Auschwitz était possible. Les autres ne savaient pas qu’Auschwitz était Auschwitz. Nous, nous savons. Alors, en 1939, en 1943, la lutte était défensive. Aujourd’hui, elle est offensive…

 

Le moment pathétique est venu de mettre en pratique le lancinant « souviens-toi » qui nous hante depuis bientôt vingt-cinq ans…

 

Je fais le serment solennel de ne pas sortir du cercle de mes responsabilités avant d’avoir épuisé les infinies ressources dont nous disposons pour faire passer du niveau du souhait à celui de la réalité les trois mots qui, désormais, nous fascinent et nous habitent : AM ISRAEL HAY - ISRAEL, TU VIVRAS !”

 

(Texte publié dans le livre de Neher Dans tes portes, Jérusalem, Albin Michel 1972).

Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (I) : le serment solennel d’André Neher

See comments

Israël face au Hamas : Samson enchaîné - Du Dôme d’acier au « Mur d’acier »

October 18 2023, 16:07pm

Posted by Pierre Lurçat

Israël face au Hamas : Samson enchaîné - Du Dôme d’acier au « Mur d’acier »

Je republie ici ces lignes écrites en 2012, qui prennent aujourd'hui tout leur sens. Voici ce que j'écrivais alors en post-scriptum : "l’opération Colonne de Nuée aura surtout servi à montrer l’incroyable capacité de résistance de l’arrière israélien, des civils, hommes, femmes et enfants : en un mot, du peuple d’Israël ! Nos dirigeants sont loin d’être parfaits, mais notre peuple, lui, est « koulo téhélet » כולו תכלת, il est tellement beau et fort... 

עם ישראל חי ! "

Alors que l’opération « Colonne de nuée » vient de s’achever en queue de poisson, par un illusoire cessez-le-feu hâtivement conclu par Israël, apparemment sous la pression internationale, on peut d’ores et déjà tirer quelques leçons de ce nouveau round d’affrontement avec le Hamas. 

Les prouesses technologiques de l’armée et des sociétés de défense israéliennes, qui ont abouti au système « Kipat Barzel » (« Dôme d’acier ») ont heureusement permis de réduire le nombre de victimes en Israël, malgré la quantité de missiles tirés depuis Gaza, mais ce fait indiscutable ne doit pas nous empêcher de regarder la réalité en face : Israël est aujourd’hui constamment sur la défensive, même quand son aviation attaque à Gaza, et la capacité du Hamas d’atteindre la plaine côtière et le cœur de Tel-Aviv constitue indéniablement, quoiqu’en disent nos dirigeants, une immense victoire symbolique et psychologique pour nos ennemis !

Dans le bruit incessant des commentaires des médias israéliens (trop souvent péremptoires et défaitistes) qui ont accompagné les hostilités, on a pu entendre quelques observations pertinentes, et notamment celle d’un chercheur du Centre d’études moyen-orientales d’Ariel, le Dr Eyal Levin, dont les travaux portent sur la « résilience nationale » (‘hossen léoumi) : « Le système Dôme d’acier n’exprime pas notre résilience nationale, mais au contraire notre faiblesse », a-t-il dit en substance. Et le député Likoud Yariv Levin a ajouté fort à propos que pour savoir ce qu’était la résilience nationale, il fallait regarder j adis les habitants du Goush Katif…

La situation actuelle, dans laquelle une organisation terroriste islamiste qui a assis sa domination sur une bande de terre réduite parvient à terroriser et à faire vivre dans des bunkers plus d’un million de citoyens israéliens, sans que l’armée « la plus puissante du monde » ne puisse faire cesser définitivement les tirs de roquettes, illustre la réalité paradoxale dans laquelle Israël s’est enfermé depuis plus de deux décennies (c’est-à-dire depuis la 1ère Guerre du Golfe), réalité que l’on peut décrire par une métaphore : celle de Samson enchaîné.

Comme Samson dans la Bible, Israël est un géant théoriquement capable d’anéantir ses ennemis, mais dont la force est neutralisée, pour des raisons essentiellement politiques et psychologiques. Notre peuple est incroyablement fort, et il a fait montre pendant la semaine de guerre écoulée d’une admirable capacité de résistance sous les missiles, dont aucun autre peuple n’a donné d’exemple depuis le Blitz sur Londres… Mais notre État et ses dirigeants, eux, font souvent preuve d’une grande faiblesse et d’une impuissance tragique, et la réussite relative du système Dôme d’acier parvient difficilement à masquer l’incapacité de Tsahal à empêcher que l’arrière devienne le front et que les civils se trouvent aujourd’hui en première ligne, d’Ashqélon à Rishon-le-Tsion.

Cet échec incommensurable interroge les fondements mêmes du projet sioniste, tel qu’il a été formulé par l’un des plus grands théoriciens de la Renaissance nationale juive, Zeev Jabotinsky, dans son article fameux « La muraille d’acier » (Kir Habarzel), qui préfigurait la doctrine stratégique de Tsahal avant même la proclamation de l’Etat d’Israël. Or « Kipat Barzel » n’est pas la continuation du « Kir Habarzel », mais il en est la négation ! Car au lieu de dissuader nos ennemis, nous les avons laissés nous terroriser et nous faire vivre dans une permanente insécurité.

La capacité de dissuasion de Tsahal a été gravement atteinte ces dernières années, au Nord avec la fuite déguisée en « retrait » du Liban ordonnée par Ehoud Barak, et au Sud avec le crime inexpiable commis par Ariel Sharon, dans les ruines du Goush Katif. Pour la restaurer un jour, il faudra reconquérir la bande de Gaza et rétablir la souveraineté israélienne de la Mer au Jourdain (et plus tard, peut-être, sur les deux rives du Jourdain !). En attendant ce jour, nous pouvons seulement nous défendre, comme Samson enchaîné, par des coups d’éventail contre les piqûres de guêpe de notre ennemi, au lieu de nous dresser de toute notre stature pour l’écraser et l’anéantir.

P. Lurçat

See comments

Comment gagner la guerre selon la Torah? Tsahal, le droit juif et la guerre, P. Lurçat

October 15 2023, 16:26pm

Posted by Pierre Lurçat

Comment gagner la guerre selon la Torah? Tsahal, le droit juif et la guerre, P. Lurçat

Le principe fondamental du droit juif de la guerre est celui énoncé dans la Torah, selon lequel « celui qui vient pour te tuer, devance-le et tue-le ». Il s’applique en temps de paix, et à plus forte raison en temps de guerre. Ce principe fondamental, qui constitue une des bases du droit à l’autodéfense dans la loi juive, a des conséquences très concrètes. Ainsi, expliquent les auteurs du livre Torat Hamele’h, « celui qui vient pour te tuer » n’est pas forcément un soldat en uniforme portant une arme. La situation est souvent plus complexe, comme lorsque les soldats de Tsahal se trouvent en territoire ennemi, pour neutraliser des missiles dirigés vers les villes d’Israël et qu’un berger arabe aperçoit la patrouille de soldats et va informer les terroristes de sa présence… Dans cette situation, le berger est lui aussi considéré comme « celui qui vient pour te tuer ».

 

Un exemple concret d’une telle situation m’a été relaté par un jeune parachutiste, qui était en première ligne pendant la guerre contre le Hamas à Gaza en 2009. Les consignes officielles, inspirées par le Code éthique de Tsahal et le principe de « pureté des armes », étaient de ne pas tirer sans sommation sur des civils, mais les soldats de Tsahal ne les ont pas toujours respectées, car ils savaient pertinemment que ces civils représentaient parfois un danger réel pour leur vie. Dans ce cas précis, la loi juive, telle que l’expose La Loi du Roi, est beaucoup plus claire que le Code éthique de Tsahal. La loi juive interdit en effet à un soldat juif de mettre sa vie en danger pour éviter de tuer un civil ennemi, comme cela est arrivé très souvent à Gaza ou au Sud-Liban. L’exemple concret relaté ci-dessus permet de mesurer toute la distance entre la loi juive et le Code éthique de Tsahal, rédigé par des gens qui n’ont apparemment aucune connaissance du droit juif de la guerre.

La loi juive est beaucoup plus claire que le Code éthique de Tsahal

En effet, comme l’explique le rabbin et mathématicien Eliahou Zini [1], Tsahal agit souvent selon un code éthique et un principe de « pureté des armes », qui s’inspirent de règles morales étrangères (lesquelles ne sont pas toujours appliquées par les autres armées occidentales). Lorsque treize soldats israéliens ont été tués à Djénine en 2002, pour ne pas employer l’artillerie contre la population civile ennemie, c’était en raison de ce fameux code éthique [2]. Cette morale d’inspiration étrangère, qui préfère la vie de civils ennemis à celles des soldats de Tsahal, n’a rien à voir avec la morale juive authentique, celle de la Torah et des prophètes. Eliahou Zini souligne aussi que le Code éthique de Tsahal, rédigé par une commission nommée par l’armée et dirigée par un professeur de philosophie, Asa Kasher, fait tantôt référence à la « tradition du peuple Juif » et tantôt aux « valeurs universelles », mais qu’en cas de contradiction entre ces deux sources, ce sont les valeurs universelles (non juives) qui prévalent. Le Code éthique, poursuit Zini, affirme encore que l’objectif de Tsahal est de « faire entrave aux efforts de l’ennemi visant à perturber le cours normal de la vie », comme si la « défense d’Israël se réduisait à la mise en place d’un abri pour sa population ».

 

On comprend alors pourquoi le livre La Loi du Roi est considéré comme « séditieux » par les médias de gauche et par le pouvoir judiciaire. Ceux-ci sont en effet impliqués, à des degrés divers et avec des motivations différentes, dans le combat mené – avec l’appui et le financement d’ONG et de pays étrangers – pour entraver les mains de Tsahal dans sa guerre contre le terrorisme arabe. Le rapport Goldstone, on s’en souvient, reposait entièrement sur les accusations mensongères de « crimes de guerre » qui provenaient d’associations israéliennes d’extrême-gauche financées par l’Union européenne. Dans ce contexte, le débat légitime sur les normes éthiques et morales que doivent suivre les soldats israéliens devrait viser à redonner à Tsahal, face aux efforts répétés pour lui lier les mains dans la guerre contre le Hamas, les moyens juridiques, fondés sur le droit juif, d’affronter ses ennemis et de les vaincre.

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016).

 

[1] Eliahou Zini, « Code éthique ou matraquage politique », in Forum-Israël Nº 3, « Le temps de la guerre », éditions Ivriout 2006.

[2] « Depuis trop longtemps, des soldats de Tsahal ont été assassinés en vain dans la bande de Gaza, en Judée-Samarie, au Liban, uniquement afin de ne pas porter atteinte aux familles de terroristes, à leurs voisins, ou aux citoyens de peuples étrangers… Où est le respect de la vie de nos soldats, le respect de leurs familles, le respect de tout un peuple qui les a envoyés en première ligne ? ». Eliahou Zini, « Code éthique ou matraquage politique », art. cit.

See comments

1 2 > >>