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antisionisme

Après le pogrome de Lod : Repenser le statut de la minorité arabe en Israël * Pierre Lurçat

May 18 2021, 06:51am

Posted by Pierre Lurçat

 

 

Les images terrifiantes des pogromes anti-juifs à Lod, Acco et ailleurs ont ramené Israël un siècle en arrière : au temps du Yishouv, la collectivité juive pré-étatique en Eretz-Israël. En 1921, puis en 1929 et en 1936, ce sont les mêmes scènes d’attaques anti-juives menées sous le regard passif de la police britannique qui ont durablement marqué les habitants du Yishouv, et que l’historiographie sioniste désigne par l’euphémisme d’”événements”. Ce retour en arrière, cette terrible régression politique pour le peuple Juif, interroge les fondements du projet imaginé par les pères fondateurs du sionisme moderne, à savoir un Etat juif, dans lequel pourraient coexister une majorité juive et des minorités non juives.

 

“KristallNacht in Lod” (titre du Jewish Journal)

 

Les pogromes perpétrés par des citoyens arabes israéliens contre des citoyens juifs à Lod et ailleurs n’ont en fait pas seulement fait voler en éclats, selon le raccourci journalistique, la “coexistence judéo-arabe” au sein de l’Etat d’Israël. Ce qui a été détruit dans le feu des incendies de synagogues et de maisons juives, rappelant aux Israéliens - toutes origines confondues - les souvenirs sinistres des pogromes d’Europe de l’est, d’Afrique du Nord et d’ailleurs, c’est aussi et surtout l’idée même que la plupart d’entre nous se faisaient, jusqu’à ce jour, de la possibilité de faire exister une minorité arabe dans un Etat à majorité juive. Est-ce que les pères fondateurs du sionisme politique se sont trompés, comme l'écrit Sammy Ghozlan (1)? En réalité, ce n'est pas le modèle de l’Etat juif des pères fondateurs qui s'est écroulé sous nos yeux, mais bien son antithèse, à savoir l’Etat post-sioniste “de tous ses citoyens”. 

 

Rappelons que la précédente vague de violences du secteur arabe israélien s’était produite au paroxysme de la vague post-sioniste, en octobre 2000, sous le mandat d’Ehoud Barak. Celui-ci est en effet le Premier ministre qui a été le plus loin dans l’application des idées post-sionistes consacrées par les accords d’Oslo. C’était alors, rappelle Emmanuel Shiloh dans les colonnes de Besheva (2), pour attirer les voix arabes et remporter ainsi les élections que Barak avait désigné la fameuse commission Or, dont le rapport a fait porter aux chefs de la police la responsabilité des événements sanglants déclenchés par des Arabes israéliens. C’est à ce moment que la police a été littéralement émasculée, avec les conséquences dramatiques auxquelles on assiste aujourd’hui.

 

Dès lors, ces événements dont la gravité dépasse peut-être celle des missiles tirés sur Tel-Aviv et Jérusalem, placent devant un choix fatidique tant la minorité arabe que la majorité juive d’Israël. Aux Arabes, il appartient de choisir s’ils veulent rester des citoyens d’un Etat à majorité juive, avec les droits dont ils bénéficient déjà et les obligations - dont certaines leur ont été jusqu’alors évitées, pour de multiples raisons. Aux Juifs, il revient de redéfinir le fondement de l’identité nationale israélienne - comme avait tenté de le faire la Loi sur “Israël Etat-nation du peuple Juif”, de manière prémonitoire, et de redéfinir surtout ce qu’ils attendent des minorités non-juives vivant dans l’Etat d’Israël.

 

Concernant les Arabes israéliens tout d’abord : ceux qui ont participé aux pogromes anti-juifs doivent payer les conséquences de leurs actes. Ils doivent être identifiés, jugés et lourdement condamnés. Si l’arsenal juridique existant ne le permet pas, il pourrait être opportun d’y ajouter une peine de déchéance de nationalité, pour les atteintes aux personnes et aux biens juifs à caractère antisémite avéré. Israël a été créé pour que le peuple Juif échappe à tous les pogromes et farhoud consubstantiels à l’existence exilique, et il ne peut abriter en son sein des pogromistes, fussent-ils détenteurs d’une carte d’identité. 

 

Mais au-delà de leur cas, c’est l’ensemble de la minorité arabe qui doit choisir son identité. Ses membres doivent choisir entre devenir des Israéliens de culture arabe, ou bien rester des “Palestiniens vivant en Israël”. Le choix de l’identité israélienne ne se résume pas à une question administrative. Ils doivent assumer jusqu’au bout les contradictions de leur double identité, et les résoudre de manière non équivoque. Rester Israéliens implique qu’ils renoncent à toute identification publique à la cause palestinienne, sous peine de devenir la “cinquième colonne” des ennemis d’Israël. Ce choix leur appartient en définitive, et c’est à eux qu’il incombe de tracer leur avenir.

 

Ahmad Tibi : représentant d’Arafat à la Knesset

 

Mais ce choix crucial concerne également la majorité juive en Israël. Celle-ci a en effet, surtout depuis les années 1990 et la vague montante du post-sionisme, oublié les droits et les obligations afférentes au statut de majorité. Sous les coups de boutoir de l’idéologie post-sioniste - véhiculée par la Cour suprême et par de larges fractions de l’université et des médias - Israël a oublié les fondements du sionisme politique et a permis à ses ennemis de venir se nicher au cœur même de sa représentation politique, à la Knesset. L’autorisation donnée à des partis arabes niant le caractère juif de l’Etat et soutenant ouvertement le Hamas, l’OLP et les autres ennemis d’Israël de siéger à la Knesset a sapé le fragile équilibre sur lequel reposait l’existence d’une minorité arabe en Israël. 

 

La faute en incombe non seulement aux électeurs arabes qui ont élu ces représentants, mais aussi aux institutions juives qui ont permis à ces partis arabes de prospérer - alors même que la Loi israélienne contenait les instruments pour interdire de tels partis (chaque mesure d’interdiction prononcée par la Commission électorale à leur encontre ayant été annulée par la Cour suprême). Le summum de l’absurde  a été atteint à au moins deux reprises : la première, quand le conseiller spécial d’Arafat, Ahmad Tibi, est devenu député à la Knesset. La seconde, quand  le fondateur du parti Balad, Azmi Bishara,  a été accusé d’espionnage en faveur du Hezbollah en pleine guerre du Liban, et a quitté Israël pour échapper à la justice, trouvant refuge à Doha.

 

Le cas Bishara est sans doute plus révélateur encore que celui de Tibi. Cet intellectuel formé à l’université berlinoise (où il a étudié aux frais du parti communiste israélien), est rapidement devenu la coqueluche de certains médias israéliens, qui voyaient en lui un intellectuel brillant, parlant le même langage qu’eux. Voici le portrait que dressait de lui le journaliste Nahum Barnéa, dans le quotidien Yediot Aharonot (3) : “Il était devenu le gourou des cercles intellectuels... comme l’institut Van Leer de Jérusalem. A leurs yeux, il était un philosophe combattant. Les femmes tombaient amoureuses de lui. Les hommes lui ouvraient les portes de l’académie….”. 

 

Azmi Bishara, la coqueluche des médias israéliens

 

Selon Barnéa, qui appartient à la gauche israélienne, Bishara s’est servi du cheval de Troie du “rapprochement judéo-arabe” et de “l’État de tous ses citoyens” pour pénétrer les cercles d’influence, alors qu’il n’a en fait jamais renoncé à son credo politique nationaliste arabe. Le jugement de Barnéa est d’autant plus instructif qu’il fait lui-même partie de ceux qui se sont laissé abuser par la rhétorique de Bishara. Si l’exemple de Bishara doit nous enseigner une chose, c’est que la ‘houtspa des députés arabes israéliens radicaux se nourrit de la naïveté et de la cécité politique de ceux qui ont apposé un tampon de “cacherout” politique sur leurs opinions anti-israéliennes extrémistes.

 

Rien ne sera plus comme avant dans les rapports entre Juifs et Arabes en Israël. Mais cela n’est pas forcément une mauvaise chose; car la fin d’un mensonge peut aussi inaugurer de nouvelles relations plus vraies. Aux Arabes, il faudra apprendre à vivre comme une minorité assumant pleinement ses obligations civiques (y compris celle d’accomplir un service national - militaire ou civil, à eux de choisir - et de respecter l’hymne national et les autres symboles de l'Etat juif). Aux Juifs, il appartiendra de savoir se comporter en majorité digne et de ne pas brader ses droits et son identité nationale. 

 

La question du caractère juif de l’Etat d’Israël n’était pas, comme nous avons pu le croire pendant trop longtemps, un luxe réservé aux débats intellectuels et médiatiques. Elle est lourde de conséquences pour notre existence même. Soit Israël restera un Etat juif, à condition de se défendre à l’extérieur et à l’intérieur de ses frontières, soit il deviendra “l’Etat de tous ses citoyens”, prélude à la guerre civile et à la fin du rêve sioniste.

Pierre Lurçat

1. https://www.cjfai.com/fwd-les-peres-fondateurs-de-letat-disrael-seseraient-ils-trompes/

2. E. Shilo, “Le natsea’h bé-Azza vegam bé-Lod”, Besheva 13.5.2021. https://www.inn.co.il/news/492487 

3. https://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3399642,00.html

 

Article paru initialement sur le site Menora.info

 

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15 mai 1948 - 15 mai 2021 : Le mythe de la Nakba : l'origine d’un mot et le début d’une falsification de l’histoire, Pierre Lurçat

May 15 2021, 18:49pm

Posted by Pierre Lurçat

(Extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l'antisionisme, à paraître)

Selon plusieurs sources convergentes, c’est sous la plume de Constantin Zureiq, célèbre intellectuel syrien, né dans un foyer grec orthodoxe de Damas, que le terme de Nakba serait entré dans le dictionnaire politique arabe, avant de pénétrer dans le lexique politique contemporain.

 

« La défaite des Arabes en Palestine n’est pas une calamité passagère ni une simple crise, mais une catastrophe (Nakba) dans tous les sens du terme, la pire qui soit arrivée aux Arabes dans leur longue histoire pourtant riche en drames », assène Zureiq en ouverture de son ouvrage “Ma’an al-Nakba” (“Signification de la catastrophe”).

 

En réalité, pourtant, Zureiq n’avait pas tant à l’esprit la “catastrophe” de la naissance d’Israël, que celle de l’enlisement arabe dans le passé et du refus arabe de la modernité, comme il ressort de cette citation extraite de ce même livre :

 

La raison de la victoire des sionistes est que celui-ci [Israël] est enraciné dans la modernité occidentale, alors que la plupart d’entre nous y sommes encore hostiles. Ils (les sionistes) vivent dans le présent et dans le futur, alors que nous continuons de vivre dans les rêves du passé et de nous enivrer de sa gloire disparue”.

 

Recrues de l’Armée de libération arabe à Beersheva, 1948

 

On ne saurait mieux décrire l’attitude actuelle des dirigeants palestiniens, qui brandissent la Nakba comme une arme de guerre contre Israël, au lieu de tourner leur regard vers l’avenir… Comme l’explique Shmuel Trigano (1) :

 

La défaite de leurs armées et l’échec de leur politique, qui avait refusé le partage de la Palestine mandataire, se voient ainsi, avec la « Nakba », réécrits sous la forme stupéfiante d’une injustice congénitale dont ils seraient les victimes, attachée à l’existence même d’Israël qui, pour se constituer, aurait dépossédé de sa terre un peuple innocent afin de prendre sa place. D’agresseurs les Palestiniens deviennent des victimes. Et l’extermination d’autrui devient pitié et compassion pour soi même”.

 

On est ici au coeur de ce qu’on pourrait appeler le complexe d’infériorité-supériorité, profondément ancré dans la conscience arabo-musulmane, qui consiste à transformer toute défaite en accusation contre l’autre et à remplacer toute autocritique par une démonisation de l’autre, chargé de tous les maux, selon le principe bien connu du bouc émissaire. La Nakba, dans cette perspective, devient pour les arabes une manière facile de faire porter aux Israéliens et aux Juifs la responsabilité de leur défaite et de leur incapacité à affronter leur propre histoire.

 

La première Nakba : 1920 et non 1948

 

En réalité, contrairement à la version généralement admise aujourd'hui de l’origine de l’expression Nakba dans le vocabulaire politique arabe contemporain, celle-ci n’est pas née après 1948. La première Nakba ne date en effet pas de 1948, mais de 1920 ! L’expression “am al-nakba” (“année de la Nakba”) désigne ainsi l’année 1920, et on la trouve sous la plume de l’historien arabe chrétien renommé Georges Antonius, dans son livre fameux The Arab Awakening (Le réveil arabe) : 


 


 

« L’année 1920 porte un nom maudit dans les annales arabes : on l’appelle l’Année de la Catastrophe (Am al-nakba). Elle vit les premiers soulèvements armés qui eurent lieu pour protester contre la colonisation d’après-Guerre, imposée aux pays arabes par les Alliés. Cette année-là, de graves révoltes eurent lieu en Syrie, en Palestine, et en Iraq ».

 

Ainsi, la première Nakba des Arabes de Palestine n’a pas eu lieu en 1948, mais en 1920, et elle ne concernait pas la guerre israélo-arabe, mais le partage de la “Grande Syrie” entre les deux puissances coloniales française et britannique. Comme le rappelle le professeur Steven Plaut, qui a été un des premiers à relever l’utilisation originelle du mot Nakba dès 1920 (2) :

 

“Quand les forces alliées chassèrent les Turcs du Levant, les deux puissances principales, la Grande Bretagne et la France, se partagèrent le butin. La Grande-Bretagne obtint la Palestine, y compris ce qui est aujourd'hui la Jordanie, tandis que la France obtenait le Liban et la Syrie.

Le problème était que les Arabes palestiniens se considéraient comme Syriens et étaient considérés comme tels par d’autres Syriens. Les Arabes palestiniens étaient furieux de ce qu'une barrière artificielle fût érigée au sein de leur patrie syrienne par les puissances coloniales infidèles – une frontière qui allait séparer les Arabes syriens du nord des Arabes syriens du sud, plus tard nommés, à tort, "Palestiniens".

La majeure partie des Arabes palestiniens avaient en fait émigré en Palestine, depuis la Syrie et le Liban, au cours des deux générations précédentes, majoritairement pour profiter de l'amélioration des conditions de vie et des opportunités de travail offertes par l'immigration sioniste et les capitaux qui affluaient dans la région. En 1920, les deux groupes d'Arabes syriens, ceux de Syrie et ceux de Palestine, déclenchèrent des émeutes violentes et meurtrières.

 

Rebelles dans la Ghouta en 1925 - pendant la “Grande révolte syrienne”

 

La “Nakba” désigne donc, dans son sens historique premier, la “catastrophe” du partage du Proche-Orient entre Français et Britanniques et de la fin de l’éphémère “Royaume de Syrie”, avec sa partition en Syrie du Nord et Syrie du Sud. Elle n’a rien à voir avec Israël, ni avec les “Palestiniens” (terme qui n’existait pas en 1920, les Arabes de Palestine mandataire se considérant eux-mêmes comme des Arabes et des habitants de la “Syrie du Sud” (Souriya al-Janubiyya).

Pierre Lurçat

 

NB Retrouvez la suite de mon cours sur le “mythe de la Nakba”, donné dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme, en ligne ici, sur le site AKADEM.


 

Notes

(1) https://www.jforum.fr/les-trois-ages-du-mythe-de-la-nakba-une-deconstruction.html

(2) Voir “Comment la Nakba prouve la fiction d’une nation palestinienne” http://lessakele.over-blog.fr/article-19408041.html.

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Du blitz médiatique au lynch physique : Comment les médias excitent les foules ameutées contre Israël Pierre Lurçat

May 13 2021, 06:22am

Posted by Pierre Lurçat

 

Parmi les nombreux responsables de la vague d’antisémitisme qui sévit en France depuis une vingtaine d’années, il en est un qui est rarement évoqué - et pour cause - par les médias : ce sont les médias eux-mêmes. Comme l’écrit InfoEquitable, au sujet de la couverture par Euronews d’une tentative de lynch d’un automobiliste juif à Jérusalem, “Euronews transforme le lynchage d’automobilistes israéliens en attaque à la voiture bélier contre des Palestiniens”, ajoutant que “dans le contexte actuel tendu, c’est exactement le genre de calomnie qui risque d’inciter à la haine anti-juive en France”. De son côté, le CRIF a publié un communiqué qui “demande aux autorités françaises de veiller à ce que les manifestations prévues en France samedi prochain ne se transforment (pas) en un déferlement de haine et de violence anti juive comme ce fut le cas en 2014”.

 

Même s’il n’est pas suivi d’effet, ce communiqué a au moins le mérite de mettre le doigt sur le problème. La haine anti-juive n’apparaît pas spontanément, que ce soit dans les rues de Gaza, de Paris ou de Lod. Elle est attisée par des “prêcheurs de haine”, qui peuvent être des dirigeants du Hamas, des prédicateurs dans des mosquées, des députés arabes à la Knesset ou des parlementaires français, surfant sur la haine d’Israël… Mais elle est également attisée par les médias, dès lors qu’ils utilisent incessamment les stéréotypes anti-israéliens et qu’ils adoptent le narratif arabe de “l’agression israélienne”, chaque fois que la situation s’embrase aux frontières et à l’intérieur d’Israël.

 

Le “Prix de la Désinformation” attribué à France 2 après l’affaire Al-Dura, 

photo Irène Elster

 

Ce phénomène n’est pas nouveau. J’y ai personnellement été confronté pour la première fois lors de la première Intifada, en 1988, quand je participais à un séminaire de “hasbara” (réinformation) animé par Haïm Azses z.l. au C.I.D.I.P, à Paris. Plus tard, j’ai pris part à la lutte contre la désinformation au début des années 2000, en créant le Prix de la Désinformation, décerné aux médias français qui se “distinguaient” dans leur traitement injuste et leur parti-pris contre Israël. L’aspect sur lequel je voudrais m’attarder ici est un phénomène important et peu souvent abordé : le rôle des médias pour transformer un public en foule haineuse et pour développer l’instinct de lynch.

 

La manipulation des émotions par les médias

 

Cet aspect du rôle des médias a été analysé par plusieurs auteurs, bien avant l’époque des médias sociaux. Dans un chapitre éclairant de son livre Le temps prisonnier, intitulé “L’émotion collective et son induction par les médias”, la psychologue Liliane Lurçat analysait la contagion émotionnelle, concept qui décrit “l’émotion collective suscitée par les médias”. Cette analyse, faite en 1995, n’a rien perdu de son actualité. “Les médias, écrit-elle, peuvent utiliser ou manipuler l’émotion collective qu’ils suscitent. Ils peuvent l’entretenir de manière plus ou moins permanente, avec des pointes circonstancielles dans le domaine de l’actualité par exemple” (1).

 

C’est bien à cette utilisation de l’émotion collective que nous assistons actuellement, dans la couverture médiatique de l’opération “Gardien des murailles”, en France et ailleurs. Quand le quotidien Le Monde écrit que “les attaques israéliennes ont fait au moins 35 morts, dont douze enfants”, il reprend à son compte, volontairement ou non, l’image - profondément ancrée dans la conscience occidentale et musulmane - du Juif assassin d’enfants (2). Quand ce même quotidien explique que “le Hamas s’est invité dans la bataille de Jérusalem” et que “le mouvement islamiste entendait briser le ‘siège’ du sanctuaire d’Al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam, d’où la police israélienne a violemment évacué les fidèles en prière lundi matin”, il adopte sans la moindre retenue le narratif du Hamas et la calomnie d’”Al-Aqsa en danger”, slogan inventé dans les années 1930 par le mufti pro-nazi Al-Husseini, fondateur du mouvement national palestinien (3).

 

‘Al-Aqsa en danger” - une calomnie nazie et palestinienne

L’évocation de “fidèles en prière” dans la mosquée, évacués sans ménage par la police israélienne, n’est pas innocente. Il ne s’agit pas seulement d’un mensonge médiatique (car ces “fidèles” avaient depuis des semaines accumulé des pierres sur le Mont du Temple - que les médias français qualifient avec obstination d’esplanade des mosquées - en vue d’une attaque planifiée de longue date). Il s’agit bien d’une manipulation des émotions collectives et plus précisément, d’une manipulation du sentiment victimaire et du complexe d’infériorité/supériorité, profondément ancré dans l’islam depuis ses origines (4). Comment cette manipulation se fait-elle? 

 

Foule ameutée et instinct de lynch

 

Revenons à l’analyse du phénomène psychologique. Le sociologue français Gabriel Tarde (1843-1904) expliquait que “les émotions ou les idées les plus contagieuses sont naturellement les plus intenses, et que les idées les plus intenses sont les plus étroites ou les plus fausses, celles qui frappent les sens et non l’esprit” (5). Liliane Lurçat reprend son concept de contagion émotionnelle pour l’appliquer à la télévision : “A la télévision, l’opposition entre la raison et les émotions est exploitée pour submerger la raison, dans la diffusion de thèmes séducteurs et réducteurs”. En quoi cela permet-il de comprendre non seulement les récentes attaques contre Israël, à Gaza, Lod ou Jérusalem, mais aussi les attaques contre des Juifs en France et ailleurs? 

 

La contagion des émotions: Gabriel Tarde

 

Parce que, explique Liliane Lurçat, cette manipulation des émotions par l’image télévisée - aujourd’hui renforcée au centuple par les médias sociaux, qui amplifient encore les phénomènes de contagion émotionnelle (au point qu’on a parlé en Israël cette semaine d’une “Intifada Tik-Tok (6) - “favorise les attitudes régressives observées dans les foules ameutées”. Or, selon le psychologue Henry Wallon, il y a un lien direct entre la manipulation des émotions et les phénomènes de “foule ameutée”, car “l’émotion est faite pour ameuter” (7).

 

Nous touchons ici à l’élément essentiel, dans la chaîne de causalité qui relie la diffusion dans les médias et sur les réseaux sociaux d’images violentes, manipulant des émotions primaires comme la colère, la haine, et le passage à l’acte de foules ameutées, qui se transforment très vite en meutes agressives, animées par l’instinct de vengeance, l’instinct de tuer, en un mot: l’instinct du lynch. C’est ce dernier que nous avons vu à l’oeuvre ces derniers jours, dans les rues de Lod et de Jérusalem, quand des foules arabes s’en prennent à des passants juifs, qu’elles sortent manu militari de leurs véhicules pour les lyncher aux cris de “Allah ou-Akbar”. 

 

C’est ce même instinct de lynch qu’on avait vu à Ramallah en 2000, lorsque deux malheureux soldats de réserve israéliens avaient été lynchés et littéralement déchiquetés vivants par une foule arabe ameutée, après la calomnie du meurtre rituel de Mohammed Al-Dura, lancée par Charles Enderlin et France 2, responsable de tant de morts. Et c’est ce même instinct grégaire primitif - qui remonte aux origines de l’espèce humaine - qui sera présent demain dans les rues de Paris et des grandes métropoles à travers le monde, quand des foules scanderont “Mort à Israël!” sous les yeux impuissants des forces de police, dépassées par l’ampleur d’un phénomène déjà ancien. Les grands médias auront alors beau jeu de décrire “l’importation du conflit proche-oriental”, importation dont ils sont eux-mêmes les principaux responsables, par leur manipulation quotidienne des émotions et leur couverture inéquitable (pour employer un euphémisme) dudit conflit. 

Pierre Lurçat

 

Notes

1. Liliane Lurçat, Le temps prisonnier, Des enfances volées par la télévision. Desclée de Brouwer 1995.

2.  Les “enfants” palestiniens tués à Gaza sont - est-il besoin de le préciser - tantôt des jeunes soldats recrutés par le Hamas, tantôt des civils qu’il met en première ligne contre Tsahal.

3. Je renvoie sur ce sujet à mon article coécrit avec Philippe Karsenty dans Causeur, https://www.causeur.fr/israel-jerusalem-alaqsa-terrorisme-145787

4. Complexe consistant à transformer la défaite militaire arabe en accusation contre Israël et à remplacer l’autocritique par une démonisation de l’autre, qui est chargé de tous les maux, selon le principe bien connu du bouc émissaire. J’aborde ce sujet dans mon cours sur Les mythes fondateurs de l’antisionisme, donné dans le cadre de l’université populaire du judaïsme, et devant faire l’objet d’un livre à paraître en 2021-2022.

5. G. Tarde, L’opinion et la foule, cité par Liliane Lurçat dont je reprends l’analyse, Le temps prisonnier, Op. cit. p. 148.

6. Voir par exemple https://www.jpost.com/arab-israeli-conflict/tiktok-intifada-is-just-the-tip-of-the-iceberg-analysis-666403

7. H. Wallon, L’enfant turbulent, PUF 1984, cité par L. Lurçat, op. cit. p. 149.

 

 

 

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“Hébreu, Auto-défense, Alyah!” Adresse aux Juifs restant encore en France

April 23 2021, 15:52pm

Posted by Pierre Lurçat

 

 

La décision rendue par la Cour de cassation a suscité de très nombreuses analyses pertinentes, de la part d’observateurs avisés, et pas tous Juifs (Cf l’éditorial courageux de F.O Giesbert) Même le grand rabbin de France, que certains soupçonnaient de tiédeur, et le président du CRIF, qui a retrouvé pour l’occasion un peu du “Hadar” de sa jeunesse dans les rangs du Betar, semblent avoir trouvé les mots justes… Mais cette profusion de mots ne fait que ressortir l’absence flagrante d’actes et de décisions opérationnelles. Les lignes qui suivent prétendent aborder la situation des Juifs de France sous un angle différent, l’angle sioniste et celui de l’action.

 

Trop de réflexion et pas assez d’action

 

Changer la loi française? C’est ce que proposent le président Macron et d’autres, parmi lesquels Robert Badinter, infatigable, qui s’abstient pourtant de toute critique contre la Cour de cassation (1) C’est sans doute utile, mais cela ne fera pas changer l’ennemi, ni la situation objective de la France actuelle (“l’antisémitisme des choses”, comme disait Jabotinsky). Alors c’est à nous, c’est à vous de changer. Cessez enfin de regarder la France avec les yeux de Chimène et d’attendre, comme une femme battue, qu’elle retrouve pour nous un amour qu’elle a depuis longtemps perdu, si tant est que cet amour ait jamais existé… Cessez de croire que la “République” va connaître un sursaut de lucidité et se souvenir de ses enfants Juifs. 

 

 

Prenez acte, une fois pour toutes, du divorce consommé entre la France et les Juifs, que des esprits lucides - comme Shmuel Trigano - avaient déjà annoncé en 1981 (au lendemain de l’attentat de Copernic, attribué à tort à une fantomatique “extrême-droite” (2). Prenez acte, enfin (mieux vaut tard que jamais) du caractère inéluctable du constat, fait il y a plus de 120 ans par un journaliste Juif, assistant à la dégradation du Capitaine Dreyfus. Herzl, le “Visionnaire de l’Etat” avait entrevu, dès cette époque, ce que certains de vous refusent encore d’admettre aujourd'hui : qu’il n’y a aucun avenir pour les Juifs en Europe.

 

Prenez acte du fait que la défense des Juifs ne peut être confiée aux autorités françaises, qui ont d’autres chats à fouetter et qui peinent déjà à défendre les “Français innocents” (selon le lapsus révélateur de Raymond Barre). Car on peut supposer que la décision de la Cour de cassation aurait été identique, si la victime s’était appelée Martine Dupont, et que l’assassin ait été de la même religion que Kobili Traoré (religion dont le nom est devenu le grand tabou de la vie politique française, comme l’a démontré Georges Bensoussan, qui en a personnellement fait l’expérience). Plus encore que l’identité de la victime, c’est celle de l’assassin qui explique son impunité consacrée par la plus haute instance judiciaire française.

 

Votre salut ne viendra d’aucune pétition, d’aucun appel à la “solidarité républicaine”, d’aucune LICRA - irrémédiablement compromise avec les ennemis des Juifs (3) -, d’aucune Amitié judéo-chrétienne ou judéo-musulmane. Votre salut ne viendra que de Sion, et de vous ! C’est pourquoi il faut saluer l’initiative originale et lucide de Me William Goldnadel, qui porte plainte non pas devant la Cour européenne des Droits de l’Homme (a-t-on jamais vu celle-ci défendre les Juifs?) mais devant les tribunaux israéliens. En tant que juriste israélien, je ne suis pas certain que cela sera suivi d’effet, mais il y a là une piste à explorer et à utiliser, désormais, chaque fois qu’un Juif sera persécuté en France, parce que Juif. 

 

Le message politique adressé à la France est limpide: “Si vous ne faites rien pour protéger les Juifs, l’Etat juif le fera”. C’est la même logique qui doit s’appliquer en matière de sécurité quotidienne. De même que, depuis des décennies, la communauté juive organisée a mis en place un cadre de protection supervisé par des responsables en Israël, il est temps de proclamer haut et fort ce que chacun sait et d’assumer ouvertement la tâche de défense des Juifs, avec le même mot d’ordre qu’avaient lancé Simon Doubnov, H.N Bialik et d’autres au lendemain du pogrome de Kichinev : Autodéfense!

 

OJE : Soutenir ceux qui nous défendent

 

Il est temps de soutenir les quelques organisations juives qui assument la mission sacrée de défendre et de protéger les Juifs de France. Au lieu de donner de l’argent à des institutions qui ne font que promouvoir une soi-disant “culture juive” souvent hostile à Israël, ou qui organisent des “galas au profit des organisateurs de galas”, soutenez plutôt le BNVCA, l’OJE, la LDJ… Que ceux qui se consacrent bénévolement à défendre leurs frères Juifs soient aidés et donnés en exemple, au lieu d’être vilipendés ou de susciter des moues dégoûtées de la part des “Juifs de salons” et autres “Juifs professionnels” (ceux qui font profession d’oeuvrer à des causes juives). 

 

Hébreu, Alyah, auto-défense!

 

Mais cela n’est que l’aspect le plus urgent de la situation d’urgence dans laquelle les Juifs de France se sont (trop vite) habitués à vivre depuis deux décennies. L’autre aspect, pas moins important, consiste à préparer l’avenir. L’auteur de ces lignes, qui a fait son alyah il y a près de trente ans, sait bien que les Juifs qui ont choisi de rester en France ne vont pas tous partir du jour au lendemain. Le sionisme bien pensé ne consiste pas à accueillir des Juifs en Israël et à se désintéresser des autres. Une grand-mère juive apeurée, qui m’écrivait il y a quelques jours que son petit-fils était agressé et menacé à Boulogne (pas dans le 93!), répondait, à ma question concernant son avenir, qu’il n’était pas encore prêt  à monter en Israël... 

“Juifs, apprenez l’hébreu!’” Jabotinsky jeune

 

Pour ce jeune Juif et pour des milliers d’autres, il est urgent de relancer l’appel lancé par le Rosh Betar il y a près de cent ans : “Apprenez l’hébreu!” Que chaque jeune Juif de France apprenne l’hébreu pour préparer sa future alyah, même si celle-ci n’est encore qu’un lointain projet. Que toutes les écoles juives de France fassent de l’hébreu une matière obligatoire et fondamentale, non pas pour glaner quelques points au baccalauréat, mais pour préparer activement l’avenir de la jeunesse juive de France en Israël. “Hébreu, Alyah, Auto-défense” : ces trois mots doivent devenir le slogan des Juifs de France et de ceux qui prétendent parler en leur nom. Le temps de la réflexion et des colloques sur l’antisémitisme est passé. Il est temps d’agir.

Pierre Lurçat

 

1. Voir son intervention sur Akadem. R. Badinter, ami de François Mitterrand, l’ami irrepenti de René Bousquet, cherche peut-être ainsi à faire oublier sa responsabilité personnelle dans l’état actuel de la société et de la justice française, étant entré de son vivant au “Panthéon” pour avoir aboli la peine de mort (pour les assassins, par pour leurs victimes...).

2. Voir son livre largement prémonitoire, La République et les Juifs, paru en 1982. 

3. Je renvoie à mon article coécrit avec Ph. Karsenty, dans Causeur.

https://www.causeur.fr/georges-bensoussan-licra-antiracisme-ccif-142476



 

 

Rassemblement ce dimanche 25 avril à 14h sur le parvis des Droits de l’Homme, place du Trocadéro pour protester contre la décision de la Cour de Cassation concernant l’assassinat de Sarah Halimi.

 

Des rassemblements sont prévus dans d'autres villes :

🇫🇷 MARSEILLE - Place de la Préfecture à 14h

🇫🇷 LYON - Rue du Palais de Justice à 16h

🇫🇷 NICE - Place du Palais de Justice à 17h

🇫🇷 STRASBOURG - Parvis Jean Kahn à 14h

🇫🇷 BORDEAUX - Parvis des Droits de l'Homme à 14h

🇫🇷 LILLE - Place de la République à 14h

🇫🇷 DEAUVILLE - Esplanade du Port (face à la gare) à 14h

🇮🇱 TEL AVIV - Ambassade de France à 15h

🇮🇱 JÉRUSALEM - Gan HaAtzmaut à 15h

🇮🇱 EILAT - Hom Rachrach à 15h

🇺🇸 LOS ANGELES - Consulat français à 10h

🇺🇸 NEW YORK - Consulat général de France à 11h

🇺🇸 MIAMI - Solidarity Walk Macy's Aventura Parking Lot à 11h

🇬🇧 LONDRES - Ambassade de France à 13h

🇮🇹 ROME - Piazza Farnese à 15h

 
 
 

 

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Lettre ouverte au président français Emmanuel Macron : Après la décapitation de Samuel Paty

October 21 2020, 08:58am

Posted by Pierre Lurçat

 

Il aura donc fallu attendre qu’un enseignant français soit décapité à la sortie de son lycée, dans un crime dont la description évoque celle d’assassinats commis au Pakistan ou dans l’Etat islamique, pour que vous vous décidiez à dissoudre le “Collectif Cheikh Yassine”… Il aura fallu attendre que l’horreur de l’islam radical le plus barbare frappe la France, encore une fois, pour que vous finissiez par comprendre qu’on ne peut pas impunément glorifier le nom d’un assassin d’Israéliens, hommes, femmes, enfants - eux aussi tués dans des attentats tout aussi horribles, déchiquetés dans des autobus ou à la terrasse de cafés - par les assassins du Hamas, qu’il était jusqu’hier encore permis de soutenir sur le sol français.

 

Parmi les nombreuses erreurs commises par votre pays, que d’autres que moi ont analysées ces derniers jours (notamment Georges Bensoussan et Valérie Toranian), je voudrais en souligner ici une qui n’a pas encore, à ma connaissance, été mentionnée. Je veux parler de l’erreur de croire que la haine d’Israël est sans conséquence et sans danger pour la France. Cette erreur est à la fois politique, stratégique et morale. Erreur stratégique, car comment avez-vous pu penser que ceux qui brandissent le drapeau du Hamas en France le faisaient uniquement au nom de leur haine d’Israël, et que celle-ci ne pouvait pas, le moment venu, se retourner contre la France elle-même?



 

Ceux qui glorifient le Hamas en France...

 

Comme l’écrit justement Valérie Toranian, la décapitation de Samuel Paty est la preuve qu’entre les militants de l’islam politique, la radicalisation et le terrorisme, il existe une chaîne de continuité”. J’ai moi aussi souligné cette continuité, dans un livre publié il y a déjà 15 ans, en observant que la lutte contre le terrorisme islamique exigeait aussi de combattre l’islam politique. J’avais alors pris pour exemple le CBSP, organe officiel de collecte d’argent pour le Hamas en France, qui continue jusqu’à ce jour de récolter des fonds pour le Hamas en toute impunité. Cette impunité offerte aux soutiens du Hamas en France est également une erreur politique, car elle place de facto la France dans le camp des ennemis d’Israël. 

 

Comment pouvez-vous prétendre vous inspirer d’Israël pour lutter contre le terrorisme islamique, tout en permettant que soient glorifiés sur le sol français les assassinats terroristes commis sur le sol israélien? Cela fait déjà longtemps que les amis d’Israël en France - et pas seulement au sein de la communauté juive - ont pointé du doigt cette contradiction intolérable. Si la France veut tirer les leçons de la décapitation de Samuel Paty, elle doit non seulement dissoudre le “Collectif Cheikh Yassine”, directement impliqué dans cet assassinat, mais interdire aussi tous les groupuscules et associations qui participent de la même glorification  du Hamas en France, comme la CAPJPO-Europalestine et d’autres. 

 



 

Ceux qui brandissent les drapeaux du Hamas et du Hezbollah dans les rues de France ne sont pas seulement les ennemis d’Israël et du peuple Juif, mais aussi les ennemis de la France. Il ne s’agit pas là d’une affirmation rhétorique ou politique, mais d’une loi d’airain de l’histoire, que vous ne pouvez plus ignorer aujourd’hui. La tolérance dont ont trop longtemps bénéficié les soutiens du Hamas est aussi et surtout une erreur et une faute morale. On ne peut en effet autoriser les partisans du Cheikh Yassine à afficher leur haine des Juifs sur le sol français en toute impunité, sans conséquence pour la France. 

 

Car à travers la personne de Samuel Paty, ce sont certes les valeurs de la France laïque et républicaine qui ont été décapitées, mais c’est aussi une certaine idée de l’humanité de l’homme. Ceux qui glorifient les ennemis d’Israël, et qui attaquent les symboles et le nom même d’Israël, s’en prennent inéluctablement, en fin de compte, au nom de la France et au nom de l’Homme. Comme l’avait écrit le pasteur allemand Martin Niemöller, “Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai rien dit car je n'étais pas juif... Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit car je n'étais pas syndicaliste. Et quand ils sont venus me chercher, il n'existait plus personne qui aurait voulu ou pu protester...” Aujourd’hui, Monsieur le Président, ce ne sont plus les Juifs qu’ils viennent chercher, c’est vous.

 

Pierre Lurçat, Jérusalem

 

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La Shoah comme révélateur de la pathologie antisioniste et l’antisémitisme musulman, Pierre Lurçat

March 19 2020, 16:56pm

Posted by Pierre Lurçat

La place qu’occupe la Shoah dans le discours et dans l’idéologie antisioniste est un aspect essentiel à leur compréhension. Comme l’écrit le philosophe Elhanan Yakira, “l’antisionisme est un scandale, et c’est précisément sa nature pathologique que révèle le recours constant à la Shoah de la part des antisionistes” (1). Avant d’analyser de manière précise cette nature pathologique, nous voudrions donner plusieurs exemples de recours au thème de la Shoah (ou “variations autour du mythe du Shoah Business”), qui nous permettront de comprendre la finalité du mythe et de mieux cerner la nature véritable - et scandaleuse, pour reprendre l’expression de Yakira - de l’antisionisme.

 

Dans son livre Post-sionisme post-Shoah, capital pour notre sujet, Elhanan Yakira prend pour point de départ de sa réflexion, l’interrogation que suscite “l’utilisation de la Shoah comme arme idéologique”, employée pour “renforcer toutes sortes de diabolisations, disqualifications et délégitimations d’Israël”. L’hypothèse qu’il avance, pour expliquer ce paradoxe, est que “la Shoah est perçue à la fois comme la source, la raison, la cause et la seule justification possible de l’existence d’Israël”. Il faut donc récuser cette justification, pour supprimer la légitimité d’Israël. C’est ce paradigme central du discours antisioniste (s’attaquer à la Shoah comme justification de l’existence d’Israël), auquel il donne le nom de postulat dominateur

 

 

Observons que le discours antisioniste attribue quant à lui son obsession de la Shoah à une soi-disant omniprésence de celle-ci dans le discours officiel israélien (2). (Un peu comme dans l’histoire du patient obsédé sexuel, auquel le thérapeute montre différentes formes géométriques, qu’il interprète de manière récurrente comme des femmes nues, et qui finit par s’indigner : “C’est vous qui n’arrêtez pas de me montrer des images obscènes!”) L’antisioniste est lui aussi un obsédé qui s’ignore : il voit partout des images de la Shoah, dans le journal télévisé sur la situation à Gaza, en Cisjordanie, et jusque dans les rayons de son supermarché, où les fruits importés d’Israël suscitent chez lui une irrépressible envie de boycott…

 

C’est en ce sens qu’on peut d’ores et déjà analyser le discours antisioniste comme une pathologie politique. Tout comme l’antisémite voit des Juifs partout, l’antisioniste voit partout la main d’Israël (ou du Mossad, accusé par José Bové d’avoir organisé les incendies de synagogues en France au début des années 2000…). Cette pathologie est encore plus flagrante - comme nous le verrons - dans le cas des Juifs antisionistes radicaux, chez qui l’obsession anti-israélienne s’accompagne d’une démarche identitaire, que nous avons déjà analysée en recourant au concept de religion politique, et sur laquelle nous allons revenir dans le présent volet de notre exposé.

 

Un obsédé qui s’ignore : José Bové arrêté à Orly à son retour d’Israël

 

C’est aussi ce ‘postulat dominateur’ qui permet de comprendre le lien - a priori non évident - entre les militants et théoriciens de l’antisionisme et les auteurs négationnistes, lien longuement décrit et analysé par Elhanan Yakira, qui parle à ce sujet d’une communauté d’opprobre, laquelle réunit négationnistes intégraux à la Faurisson, tiers-mondistes anti-israéliens soutenant des positions négationnistes avec hésitation, et “négationnistes soft” prenant la défense de Faurisson par positionnement idéologique, comme Noam Chomsky.

 

A l’origine du mythe du Shoah business : le négationnisme arabe de la Shoah

 

Si l’on tente de déterminer l’origine de l’accusation de “Shoah-business”, c’est-à-dire de l’accusation portée contre Israël et le sionisme d’avoir exploité délibérément la Shoah (ou même d’y avoir contribué), il faut - là encore - tourner le regard vers l’obscur objet de la haine antisioniste, à savoir Israël. Shmuel Trigano, dans un livre important paru en 2005, rappelle que le négationnisme est une invention arabe palestinienne, tout autant qu’européenne. “Les Palestiniens ont inventé très tôt, entre 1945 et 1948, bien avant l’heure, la thèse négationniste. Oscillant entre la dénégation de l’extermination, qualifiée de simple “persécution/oppression” (idhitad) pour la minimiser et son “exagération choquante” produit d’un “complot sans pareil dans les temps modernes” des sionistes, ils n’hésitèrent pas, dès 1946, à voir dans la mémoire de la Shoah une ruse de propagande…” (3)

 

Trigano cite notamment le journal Filastin, lequel écrivait dès 1945 que “les Juifs ont grossièrement exagéré le nombre de leurs victimes en Europe, pour gagner le soutien mondial du fait de leur catastrophe imaginée. L’histoire montrera avec le temps que les Juifs sont ceux dont les pertes sont les moins importantes comparées à d’autres peuples et que leur propagande et leur marchandage à propos de ces victimes sont un moyen pour établir un Etat juif en Palestine”.

 

 

 

Ce que montre cette citation, c’est que la négation arabe de la Shoah, et l’accusation concomitante portée contre le sionisme d’avoir exploité celle-ci à des fins politiques, n’ont pas été importées dans le monde arabe, en provenance de pays occidentaux (selon l’argument souvent évoqué, selon lequel l’antisémitisme serait étranger au monde arabo-musulman et y aurait été introduit tardivement). Elles y sont apparues dès le lendemain de la guerre en 1945, bien avant que Faurisson et ses émules ne diffusent leurs théories négationnistes en France et ailleurs. La question n’est pas seulement chronologique : elle revêt une importance majeure, si l’on veut apprécier à sa juste mesure l’étendue et la nature du phénomène antisioniste et négationniste au sein du monde arabo-musulman.

 

L’antisémitisme arabo-musulman : produit d’importation ou fabrication locale?

 

L’historien Robert Wistrich observait à cet égard que “la judéophobie moyen-orientale était considérée quasiment par tous comme un élément du conflit arabo-israélien, exploité avec cynisme à des fins de propagande par les dirigeants arabes et les élites intellectuelles”. C’était, poursuit Wistrich, en citant Bernard Lewis, “quelque chose qui vient d’en haut, des dirigeants, plutôt que d’en bas, de la société - une arme politique et polémique, à mettre au rebut lorsqu’elle devient inutile”(4). Cette erreur de perspective, très largement répandue, consiste donc à minimiser l’antisémitisme musulman (et sa forme récente, l’antisionisme et le négationnisme), en y voyant un produit d’importation tardif, exogène au monde arabo-musulman et utilisé à des fins politiques par ses élites. 

 

G. Bensoussan : “L’antisémitisme musulman trouve sa source en lui-même”


 

Réfutant cette présentation simpliste et erronée, Georges Bensoussan observe que “ce serait une erreur de réduire l’antisémitisme arabo-musulman à une figure d’importation, même si l’on assiste ici, sans conteste, à l’islamisation des poncifs de l’antisémitisme occidental… Car, en réalité, l’antisémitisme musulman trouve sa source en lui-même. Le Coran abonde d’invectives sur les Juifs “traîtres”, et depuis que ces derniers ont rompu leur promesse antérieure avec Lui, les musulmans figurent le peuple élu de Dieu. Pour la plupart des commentateurs, le conflit israélo-arabe n’est que la poursuite de la lutte entre l’islam et les juifs”. A l’appui de cette dernière remarque, essentielle à la compréhension du contexte historico-culturel de l’antisionisme arabe contemporain (ou de ses origines historiques, dans le “temps long” de l’histoire musulmane), mentionnons cette phrase, déjà citée, tirée du quotidien égyptien Al-Ahram : “Notre guerre contre les Juifs est une vieille lutte, qui débuta avec Mahomet” (6).

 

Shmuel Trigano confirme cette analyse, en faisant remarquer que “la culture islamique n’avait pas à se forcer pour construire l’image du Juif falsificateur, dans la mesure où elle tient les Juifs (et les chrétiens) pour les falsificateurs de la parole de Dieu, le Coran” (7). Dans cette perspective, c’est toute la présentation chronologique, ou encore la généalogie traditionnelle de l’antisémitisme musulman qui est inversée : non seulement les musulmans n’ont pas eu besoin d’aller chercher l’antisémitisme en Europe (ce qu’ils ont fait, par ailleurs, notamment par le biais des chrétiens d’Orient, comme l’ont montré les travaux de Bat Ye’or, voir notre Introduction), mais en réalité, ils ont souvent été les premiers à développer certaines thématiques antijuives et antisionistes, dont ils ont trouvé le substrat dans leur propre univers culturel (8). Il convient donc de garder à l’esprit, avant de poursuivre plus avant notre analyse, cet élément essentiel que G. Bensoussan résume de manière limpide : “l’antisémitisme musulman trouve sa source en lui-même”.

 

Retrouver la suite de ce cours donné dans le cadre de l’Université Populaire du Judaïsme ici :

http://www.akadem.org/sommaire/cours/sciences-politiques-les-mythes-de-l-antisionisme-pierre-lurcat/d-auschwitz-a-gaza-la-shoah-retournee-contre-israel-09-03-2020-119783_4873.php

 

(1) E. Yakira, Post-sionisme, Post-Shoah, p.1. Presses universitaires de France, 2010.

(2) Un exemple récent de ce phénomène est donné par le dernier livre du romancier israélien Ishaï Sarid, intitulé de manière significative Le monstre de la mémoire, publié aux éditions Actes Sud. Ce livre est présenté (de manière trop laudative) sur le site Akadem.

(3) S. Trigano, Les frontières d’Auschwitz p. 64, Librairie Générale Française 2005.

(4) R. Wistrich, “L’antisémitisme musulman, un danger très actuel”, Revue d’histoire de la Shoah, no. 180, Antisémitisme et négationnisme dans le monde arabo-musulman, la dérive.

(5) Revue d’histoire de la Shoah, no. 180. Antisémitisme et négationnisme dans le monde arabo-musulman, la dérive, op. cit. p. 6-7. 

(6) Al-Ahram, 26 novembre 1955.

(7) S. Trigano, Les frontières d’Auschwitz, p. 65

(8) C’est précisément cette affirmation du caractère endogène à la culture arabo-musulmane de l’antisémitisme qui a valu à l’historien Georges Bensoussan les déboires que l’on sait.

 

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“Nous aimons la mort comme vous aimez la vie”: Le “scandale” du respect des Juifs pour la vie humaine et les mythes de l’antisionisme contemporain

March 3 2020, 14:39pm

Posted by Pierre Lurçat

A P.A. Taguieff

Un élément essentiel à la compréhension du mythe du “génocide du peuple palestinien” et des autres mythes de l’antisionisme contemporain(*) est celui de la filiation historique qui relie ce dernier à l’antisémitisme moderne et à l’antijudaïsme de l’Antiquité et du Moyen-Âge. Ce n’est pas un hasard si les analyses les plus éclairantes de l’antisionisme contemporain ont été faites par des historiens, ou par des politologues qui sont aussi des historiens. Je pense principalement à l’historien des idées Pierre-André Taguieff, souvent cité dans le cadre de notre exposé, et à l’historien de l’antisémitisme Léon Poliakov, dont Taguieff est le disciple et le continuateur.


 


 

Ainsi, dans un récent discours, Mahmoud Abbas a accusé Israël d’être responsable de la diffusion de drogues au sein de la société palestinienne (1). En juin 2016, Abbas avait déjà accusé Israël d’empoisonner les puits et l’eau potable bue par les Palestiniens (2). Cette accusation était de toute évidence la remise au goût du jour d’un thème antisémite ancien, largement répandu au Moyen-Age. La légende des “Juifs empoisonneurs” réapparaît ensuite au 16e siècle, sous la plume de Martin Luther, qui affirmait que “si les Juifs pouvaient nous tuer tous, ils le feraient volontiers, certes, spécialement ceux qui exercent la médecine”(3). Plus tard, cette accusation revient sur le devant de la scène à l’époque contemporaine, lors de la tristement célèbre affaire du “complot des Blouses blanches”, orchestré par Staline en janvier 1953. Plus récemment encore, l’accusation d’empoisonnement est formulée à l’encontre d’Israël, lors du décès de Yasser Arafat en novembre 2004, dans un hôpital français.

 

Arafat à l’hôpital Percy

 

A partir de cet exemple - un parmi tant d’autres - on comprend comment fonctionne le discours antisioniste, et plus précisément comment il s’alimente à la source (empoisonnée) de l’antijudaïsme antique et de l’antisémitisme moderne. Il le fait, observe Taguieff, en puisant dans l’éventail de stéréotypes négatifs concernant les Juifs, qui s’est constitué depuis des siècles. Le discours antisioniste radical, comme le discours antisémite “classique”, fait feu de tout bois : il puise indistinctement dans les accusations antijuives d’origine religieuse, chrétienne notamment, ou anti-chrétienne. Citons encore  Taguieff : La sécularisation des accusations contre les Juifs, à l’exception de celle de déicide, n’a nullement interrompu, à partir du 18e siècle, le processus de transmission de leurs formes religieuses” (4).

 

De même, pourrait-on dire en extrapolant la remarque de Taguieff, la sécularisation des accusations contre Israël dans l’antisionisme contemporain n’a pas interrompu le processus de transmission des accusations religieuses, comme on le voit dans le discours d’un Mahmoud Abbas accusant Israël (et les rabbins!) d’empoisonner les puits des Palestiniens… 

 

Le “scandale” du respect des Juifs pour la vie humaine

 

A partir de ce constat, Bernard Lazare, auteur d’un ouvrage devenu classique sur l’antisémitisme (5), s’est interrogé sur la perpétuation à son époque (celle de l’Affaire Dreyfus) de l’accusation de crime rituel. Son interrogation portait plus précisément sur le paradoxe de cette accusation visant les Juifs, connus pour ne pas consommer de sang et pour avoir “horreur du sang” (contrairement aux musulmans). Comment les Juifs, opposés aux sacrifices humains, ont-ils pu être accusés de crimes rituels? Léon Poliakov apporte à cette question une réponse éclairante pour notre sujet :  ce n’est pas malgré, mais bien en raison de leur opposition aux sacrifices - que le judaïsme a été le premier à rejeter dans le monde antique - que les Juifs ont été vilipendés et accusés de crimes rituels.

 

Tout se passe comme si l’opposition du judaïsme aux sacrifices humains, et en particulier aux sacrifices d’enfants, loin de calmer les passions antijuives, les avaient exacerbées. Poliakov a formulé l’hypothèse selon laquelle la haine antijuive proviendrait du scandale provoqué par l’opposition du judaïsme aux sacrifices d’enfants. C’est précisément le respect de la vie humaine qui, chez les Juifs, ferait scandale, comme l’atteste ce passage de Tacite : Ils ont un grand soin de l’accroissement de la population. Ils regardent comme un crime de tuer un seul des enfants qui naissent ; ils croient immortelles les âmes de ceux qui meurent dans les combats ou les supplices ; de là leur amour d’engendrer et leur mépris de la mort”(6)

Nous avons sans doute là une des clés de la compréhension de ce paradoxe, qui ne cesse d’interroger les consciences (lorsqu’elles ne sont pas polluées par le discours antisioniste) : pourquoi Israël est-il sans cesse vilipendé et accusé de “crimes de guerre” à Gaza, alors même qu’il fait tout pour éviter les victimes civiles palestiniennes ou pour réduire leur nombre, face à un ennemi qui fait tout, de son côté, pour les multiplier? 

 

Accusation de crime rituel au XVe siècle

 

La réponse donnée par Poliakov, qui a consacré sa vie à l’étude de l’antisémitisme à toutes les époques, consiste donc à dire - en s’appuyant sur une réflexion de l’historien romain Tacite - que c’est précisément le respect des Juifs pour la vie humaine qui fait scandale. Si nous transposons l’explication très éclairante de Poliakov à l’antisionisme contemporain, nous pouvons proposer l’hypothèse suivante.

 

Plus Israël fait preuve de retenue face aux terroristes du Hamas, plus il se montre soucieux de la vie humaine (allant parfois jusqu’à mettre en danger ses propres soldats pour épargner la vie de civils dans le camp ennemi), plus le scandale du respect juif pour la vie éclate au grand jour. Rappelons ici la déclaration saisissante, faite à de nombreuses reprises par des dirigeants et membres du Hamas et d’autres mouvements islamistes contemporains : “Nous aimons la mort plus que vous (les Juifs) aimez la vie !” Dans ce discours, l’amour des Juifs pour la vie est perçu comme le signe incontestable de leur faiblesse, mais aussi comme un symptôme de leur morale scandaleuse.

 

Ce qui fait scandale chez les Juifs, c’est donc leur amour pour la vie et leur valorisation permanente de la vie (affirmée dans le verset du Deutéronome : “Et tu choisiras la vie”). Face à une culture mortifère comme celle des mouvements islamistes, qui choisit la mort et la sanctifie, l’affirmation de la vie d’Israël est perçue comme incongrue et révoltante. Cette opposition frontale entre deux conceptions radicalement opposées de la vie (et de la mort) permet aussi de comprendre le soutien paradoxal dont bénéficient en Occident les ennemis d’Israël. Le paradoxe réside ici dans le fait, peu souvent remarqué, que le discours anti-israélien ou antisioniste continue d’accuser Israël même lorsqu’il fait le Bien, ou encore qu’il désigne Israël comme le Mal, tout en lui reconnaissant sa qualité de Bien. Comme l’écrit Eric Marty, “si Sabra et Chatila fait scandale, c’est qu’il s’agit d’un crime qui a quelque chose à voir avec le Bien”(7).

 

C’est sans doute une des raisons pour lesquelles la position morale israélienne est très souvent inopérante, face aux populations arabes soumises à la main de fer du Hamas, à Gaza, ou de l’Autorité palestinienne en Judée-Samarie. Ce n’est pas parce qu’Israël approvisionne les habitants de Gaza en électricité ou en denrées alimentaires, ou qu’il laisse entrer l’argent du Qatar à Gaza, que les habitants de la bande de Gaza lui voueront une quelconque reconnaissance. Une telle conséquence impliquerait en effet au préalable que les deux parties partagent les mêmes critères moraux, et plus précisément, la même conception du Bien et du Mal, ce qui est loin d’être le cas.

 

Pierre Lurçat

 

(*) Retrouvez la totalité de mon cours sur l’antisionisme donné dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme, sur Akadem, ici.

http://www.akadem.org/sommaire/cours/sciences-politiques-les-mythes-de-l-antisionisme-pierre-lurcat/

Notes

(1) https://www.i24news.tv/fr/actu/international/moyen-orient/1576834118-abbas-accuse-israel-d-etre-a-l-origine-de-la-corruption-chez-les-palestiniens

(2) https://fr.timesofisrael.com/abbas-revient-sur-ses-propos-relatifs-aux-rabbins-voulant-empoisonner-les-puits-palestiniens/

(3)  Trachtenberg, Joshua. 1983 [1943]. The Devil and the Jews : The Medieval Conception of the Jew and Its Relation to Modern Antisemitism (New Haven : Yale U. P.) Cité par Pierre-André Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées », https://journals.openedition.org/aad/3500#bodyftn11.

(4) Pierre-André Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées », https://journals.openedition.org/aad/3500#bodyftn11

(5) Lazare, Bernard. 1894. L’antisémitisme, son histoire et ses causes (Paris : Chailley).

(6) P.A. Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées », https://journals.openedition.org/aad/3500#bodyftn11

(7) Eric Marty, Bref séjour à Jérusalem, Gallimard. p. 167.

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Pourquoi les médias mentent-ils sur Israël? La construction de l’événement dans le discours anti-israélien

January 16 2020, 11:52am

Posted by Pierre Lurçat


 

La mise en accusation quasi-planétaire d’Israël est moins le résultat de la propagande palestino-islamiste, qu’un effet du fonctionnement du système médiatique. La condamnation unanime d’Israël, indépendamment de toute analyse des faits, témoigne d’abord du mode de formation et de diffusion de l’information journalistique…


Pierre-André Taguieff, Israël et la question juive

 

Grâce à Genet, nous avons compris… ce qu’était un événement, nous avons compris qu’un événement était tout le contraire d’un fait, nous avons compris que pour qu’un événement soit, il suppose de porter en lui une dimension métaphysique - il doit, comme phénomène, toucher à l’essence de ce qu’il représente

 

Eric Marty, Bref séjour à Jérusalem


 

Lors d’une récente soirée musicale et poétique donnée à Jérusalem par le journaliste français Patrick Poivre d’Arvor, ce dernier a proclamé son “amitié” pour les Juifs, avant de lancer, au détour d’une phrase, une accusation sans appel contre Israël, qui selon lui “humilierait” les Palestiniens, au lieu de poursuivre dans la voie du “dialogue”... La tentative d’un membre du public pour lui répondre fut vite étouffée par le modérateur du débat, qui préféra ne pas froisser cet hôte de marque, en rétablissant la vérité des faits. 

 

Pour comprendre les raisons profondes du mensonge des médias français  et de leurs acteurs (fussent-ils les mieux intentionnés) sur Israël, je propose de recourir à la distinction capitale établie par le professeur de littérature Eric Marty, entre le fait et l’événement. “Tout le contraire d’un fait” - cette définition de l’événement, citée en exergue au présent article, s’applique parfaitement au récit médiatique du conflit israélo-arabe, dans lequel les faits sont constamment déformés, mutilés, obscurcis ou escamotés. Mais il ne s’agit pas tant d’une volonté délibérée de tromper (qui existe parfois), que d’une conséquence presque inévitable de la posture, ou de ce que Pierre-André Taguieff appelle le “système médiatique”. 

 

Les médias “mentent comme ils respirent” : Charles Enderlin à Jérusalem


 

Comme l’écrit Eric Marty à un autre endroit, “la déformation, la désinformation sont pratiquement totales, aussi naturelles aux médias français que le fait de respirer”. Ainsi, les médias, selon Eric Marty, “mentent comme ils respirent” à propos d’Israël... Pourquoi? Parce que les médias ne se préoccupent guère des faits. lls cherchent - ou plutôt ils créent - des événements, c’est-à-dire des faits qui rentrent dans leur grille de lecture. Tout fait qui n’entre pas dans leur grille de lecture, qui ne lui correspond pas, ou qui la contredit, est évacué, éliminé, ou encore transformé et travesti pour lui correspondre.

 

Ainsi, au lendemain de l’assassinat à Hébron par un sniper palestinien de la petite Shalhevet Pass, bébé juif âgée d’à peine 1 an, le 26 mars 2001, la journaliste Catherine Dupeyron publiait dans le quotidien français Le Monde un article intitulé “Obsèques de la haine à Hébron pour la petite Shalhevet Pas”. La haine, comme on le comprenait en lisant l’article, n’était pas celle, bien avérée, des Palestiniens tueurs d’enfants juifs, mais celle, tout à fait imaginaire et supputée, des habitants juifs de Hébron, la ville des Patriarches, que la correspondante du Monde décrivait ainsi : “ville qui compte dix mille Palestiniens et près de quatre cent cinquante juifs radicaux”.

 

Enterrement de la petite Shalhevet H.y.d.


 

Dans cet exemple, l’assassinat délibéré de la petite Shalhevet Pass était ainsi éliminé, pour faire place à l’événement que constituait, aux yeux du journal Le Monde, les “obsèques de la haine” ou les “appels à la vengeance” des Juifs de Hébron. L’événement, comme dit Marty de manière lapidaire et saisissante, est “le contraire d’un fait”. Dans les faits, un sniper palestinien tue un bébé juif israélien. Mais ce fait, apparemment limpide dans sa cruauté et sa barbarie, donne lieu pour les médias à la création d’un événement contraire, qui est le prétendu appel à la haine des Israéliens. 

 

Bien entendu, on pourrait offrir une lecture moins radicale du travail médiatique que celle de Marty, en expliquant que les médias choisissent et sélectionnent les “faits”. Selon cette autre lecture, l’événement serait simplement un fait choisi et privilégié par les médias, et non plus le contraire d’un fait. Ainsi, entre le fait de l’assassinat du bébé juif, et le fait des appels à la vengeance, ils donneraient la préférence au second, qui cadre mieux avec leur grille de lecture.

 

Mais une telle description est bien en-deça de la réalité, comme le montre l’analyse d’Eric Marty à propos de Sabra et Chatila. Dans la relation médiatique de cet événement, il ne s’agit plus seulement de choisir et de sélectionner certains faits, mais aussi et surtout d’ériger certains faits en événements, ou plutôt de créer des événements, qui n’ont qu’un rapport lointain - le plus souvent d’inversion et de négation - avec les faits (1)

 

Le mythe de Sabra et Chatila

 

Ainsi, le fait de l’assassinat de Palestiniens par des phalangistes chrétiens est devenu un événement mythique, dans lequel Ariel Sharon, Tsahal, Israël, voire “les Juifs” sont les coupables... L’événement Sabra et Chatila, selon cette analyse, est bien le contraire des faits qui s’y sont déroulés. Mais cette nouvelle définition de l’événement médiatique est incomplète : “pour qu’un événement soit”, poursuit en effet Marty, “il suppose de porter en lui une dimension métaphysique”. Cette “dimension métaphysique” de l’événement est particulièrement saisissante dans le cas de Sabra et Chatila, où le massacre des Palestiniens par des phalangistes chrétiens est devenu un acte d’accusation contre… les Juifs. 

 

Jean Genet en visite dans un camp palestinien à Amman


 

Pour comprendre plus précisément cette dimension métaphysique de l’événement Sabra et Chatila, Eric Marty nous invite à lire ce qu’il appelle la “phrase primordiale et majeure” de Jean Genet, tirée de son livre Un captif amoureux : “Si elle ne se fût battue contre le peuple qui me paraissait le plus ténébreux, celui dont l’origine se voulait à l’Origine, qui proclamait avoir été et vouloir demeurer l’Origine… la révolution palestinienne m’eût-elle, avec tant de force, attiré?” Cette phrase, effectivement, est capitale, parce qu’elle donne la clé de compréhension non seulement de l’engagement de Jean Genet, qui se livre avec sincérité et lucidité, mais aussi de celui de très nombreux autres militants de la “cause palestinienne”... En ce sens, on a pu dire que la “chance” des Palestiniens était d’avoir pour adversaires les Juifs...

 

C’est à la lueur de cette affirmation capitale de Genet, qu’on comprend aussi la dimension métaphysique et mythique de Sabra et Chatila, et au-delà de cet événement, du conflit israélo-arabe dans sa totalité. L’événement Sabra et Chatila - comme celui de la Nakba, comme l’événement Deir Yassin et comme tant d’autres événements du même acabit - ne sont en effet que les maillons d’une même chaîne ininterrompue, qui remonte à la nuit des temps (c’est précisément la définition du mythe, qui renvoie presque toujours aux origines). C’est toujours le même spectacle qui est ainsi rejoué indéfiniment, et chaque partie est toujours assignée au même rôle (2) : le Juif est toujours assigné à son rôle d’assassin (assassin du Christ pour les chrétiens, assassin des prophètes pour les musulmans, assassin des Palestiniens pour le téléspectateur contemporain) et les "Palestiniens" sont toujours d'innocentes victimes, "humiliées" par Israël, selon l'expression de PPDA.

 

Pierre Lurçat

 

(1) Sur le rapport entre faits et événements dans les médias, voir aussi l’analyse éclairante de Neil Postman dans son livre récemment traduit en français, Technopoly, édition L’échappée.

(2) Comme me l’avait expliqué le regretté Haim Azses dans son séminaire sur la désinformation donné à Paris lors de la Première Intifada, il y a plus de 30 ans. 

 

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Mon cours sur “Les mythes de l’antisionisme”, donné dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme fondée par Shmuel Trigano, est en ligne sur Akadem.

 

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Qu’est-ce que l’antisionisme? Pierre Lurçat

December 6 2019, 12:18pm

Posted by Pierre Lurçat

Après l’agression dont a été victime Alain Finkielkraut, en février 2019, le débat sur la nature de l’antisionisme a fait irruption dans les médias français, et jusque dans les couloirs du Parlement, où il a été question de pénaliser l’antisionisme, en en faisant une catégorie de l’antisémitisme…[1] Le président français Emmanuel Macron a lui-même déclaré que “l’antisionisme (était) une des formes modernes de l’antisémitisme…”.

 

Pour mémoire, le samedi 15 février 2019, le philosophe  Alain Finkielkraut était pris à partie par un manifestant en marge d’un cortège des Gilets jaunes, violemment insulté, et traité de "sale sioniste de merde". L’incident a soulevé une vive émotion en France et suscité un large débat.

 

 

La nature même de l’insulte incite à la réflexion : de toute évidence, lorsqu’on traite un intellectuel juif de “sale sioniste”, le mot sioniste tient lieu de mot-codé, dont le signifiant véritable est “juif”. Ainsi, dans la France aujourd’hui, comme dans l’URSS jadis, ou dans certains pays arabes, comme nous le verrons, “sioniste” est devenu pour certains l’équivalent de “juif”.

 

C’est en ce sens qu’on a pu soutenir que l’antisionisme était la forme la plus récente de l’antisémitisme. Mais, au-delà des polémiques et des joutes idéologiques, qu’en est-il vraiment? Qu’est-ce que l’antisionisme? S’agit-il de la dernière mutation de l’antisémitisme? Est-il seulement un discours radical, maniant slogans et insultes, ou bien peut-être une véritable idéologie, qui mérite d’être analysée, étudiée et si besoin réfutée?

 

Qu’y a-t-il de commun entre le manifestant parisien qui traite Alain Finkielkraut de “sale sioniste”, l’intellectuel arabe qui se dit “antisioniste” par conviction nationaliste ou islamiste, ou encore l’intellectuel juif assimilé qui prétend, lui, s’opposer au sionisme, “au nom du judaïsme”?

 

De toute évidence, il y a là des manifestations très diverses - voire totalement disparates - d’un phénomène multiforme, qu’on a peine à ranger sous le même vocable d’antisionisme. La différence entre ses manifestations très variées est-elle une simple différence de degré, ou bien s’agit-il de phénomènes véritablement distincts?

 

Prenons un exemple. Entre les deux énoncés “L’Amérique soutient Israël” et “Les Juifs dirigent l’Amérique”, il y a, de toute évidence, une différence de nature. Le premier énoncé est une affirmation factuelle, apparemment objective, qu’on peut évidemment discuter, mais qui ne contient aucun jugement de valeur apparent. Un premier glissement sémantique s’opère toutefois, lorsqu’on passe de l’énoncé “L’Amérique soutient Israël”, à “L’Amérique soutient toujours Israël”, puis à “Israël est l’instrument de l’impérialisme américain”. Nous sommes là, toutefois, dans une simple amplification du message, qui demeure malgré tout largement similaire.

 

 

Le véritable “saut” conceptuel s’effectue, lorsque l’énoncé précédent, “Israël est l’instrument de l’impérialisme américain” (ou occidental), devient cette-fois “Israël dirige la politique américaine”, ou encore, de manière plus lapidaire et radicale, “Les Juifs dirigent l’Amérique”. Cette fois-ci, le glissement sémantique n’est plus seulement quantitatif, mais qualitatif. On change de registre, et pour ainsi dire de paradigme…

 

L’historien des idées Pierre-André Taguieff définit ce procédé rhétorique, qu’on rencontre souvent dans le discours polémique, comme consistant à élargir “la cible de la stigmatisation”[2].  Il en donne pour exemple le passage de l’énoncé “tous les Juifs sont des criminels”, à l’énoncé “tous les criminels sont des Juifs”. Ce procédé rhétorique est utilisé de manière récurrente dans le discours antisioniste.

 

On en donnera un autre exemple, dans un cadre différent, avec l’affirmation que “tous les Israéliens sont des soldats”. Cette affirmation a servi au cheikh islamiste Youssouf Al-Qardawi, autorité sunnite proche de la mouvance des Frères musulmans, pour justifier les attentats du Hamas contre des civils israéliens. Dans ce cas précis, l’élargissement de la “cible de la stigmatisation”, équivaut à élargir la cible des attentats, c’est-à-dire les victimes permises par le droit islamique. Le discours antisioniste a ainsi des conséquences tout à fait concrètes, puisque la rhétorique de la haine est mise au service de la violence politique et terroriste, qu’elle justifie et qu’elle alimente.

 

Il y a donc bien, pour répondre à notre question préliminaire, une différence de degré entre ces différentes formes d’antisionisme.

 

RETROUVER LA SUITE SUR AKADEM,

 

http://www.akadem.org/sommaire/cours/sciences-politiques-les-mythes-de-l-antisionisme-pierre-lurcat/racines-et-visages-de-l-antisionisme-30-10-2019-115388_4873.php

 

[1] Débat qui a abouti à la résolution du Parlement adoptant la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

[2] La Judéophobie des Modernes, p. 261. Odile Jacob 2008.

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Les mythes de l'antisionisme - Mon nouveau cours en ligne dans le cadre de l'Université populaire du judaïsme

October 17 2019, 10:05am

Posted by Pierre Lurçat

Les mythes de l'antisionisme - Mon nouveau cours en ligne dans le cadre de l'Université populaire du judaïsme

Mon cours en ligne sur "Les mythes de l'antisionisme" débutera le 15 novembre, dans le cadre de l'Université populaire du judaïsme fondée et dirigée par le Pr Shmuel Trigano.

AKADEM_UNIPOPU
L’Université populaire
du judaïsme

 

Description

Le discours antisioniste actuel se décline autour de quelques thèmes majeurs, qui doivent être répertoriés et analysés, pour comprendre les ressorts et les failles de cette idéologie. La Nakba, “Sionisme = racisme”, “Israël, État d’apartheid”, etc. ne sont pas seulement des slogans, mais aussi des éléments d’une argumentation élaborée, dont il importe de décrypter la logique interne et de démonter l’articulation. Après avoir replacé l’antisionisme dans son contexte historique, nous en analyserons les principales thématiques.

 

L’enseignant
Pierre Lurçat. Avocat et traducteur. Membre du desk francophone de l’institut MEMRI à Jérusalem. Auteur de plusieurs livres sur l’islam radical, Israël et le sionisme, parmi lesquels Israël, le rêve inachevé. Quel Etat pour le peuple juif? (éd. de Paris 2018), Pour Allah jusqu’à la mort : Enquête sur les convertis à l’islam radical (éditions du Rocher 2008) et la traduction de l’Histoire de ma vie de Jabotinsky Les provinciales 2011).

 

Renseignements et inscription (gratuite) :

http://universitedujudaisme.akadem.org/cours/sciences-po/

http://akadem.imadiff.net/

 

 

Présentation

 

 

Qu’est-ce que l’antisionisme? La dernière mutation de l’antisémitisme? Un discours radical, maniant slogans et insultes, ou bien une véritable idéologie, méritant d’être analysée, étudiée et si besoin est réfutée? Quoi de commun entre le passant qui traite Alain Finkielkraut de “sale sioniste”, au cours d’une manifestation parisienne, l’intellectuel arabe qui se dit antisioniste par conviction nationaliste, ou l’intellectuel juif assimilé qui prétend, lui, s’opposer au sionisme “au nom du judaïsme”? De toute évidence, il y a là des manifestations très diverses  - voire totalement disparates - d’un phénomène multiforme, qu’on a peine à ranger sous le même vocable d’antisionisme. 


 

Dans le cadre de ce cours - qui s’étend sur six sessions - nous nous attacherons à répertorier et analyser les thèmes majeurs du discours et de l’idéologie antisioniste, pour comprendre les ressorts et les failles de cette idéologie. La Nakba, “l’exploitation de la Shoah par Israël”, “Sionisme = racisme”, “Israël, État d’apartheid”, etc. ne sont pas seulement des slogans, mais ce sont aussi des éléments d’une argumentation élaborée, dont il importe de décrypter la logique interne et de démonter l’articulation. Après avoir replacé l’antisionisme dans son contexte historique, nous en analyserons les principales thématiques.

 

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