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politique

Qui met en péril la démocratie en Israël ?

January 25 2023, 07:41am

Posted by Pierre Lurçat

 Qui met en péril la démocratie en Israël ?

J'évoquais hier matin la situation politique en Israël au micro de Richard Darmon sur Studio Qualita

Qui met en péril la démocratie en Israël ? - IMO#198 (studioqualita.com)

 
 

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En marge de l’invalidation d’Arié Deri : Les juges de la Cour suprême : une minorité radicale et coupée du peuple

January 18 2023, 17:13pm

Posted by Pierre Lurçat

Esther Hayot

Esther Hayot

 

En marge de la décision très attendue (et prévisible) de la Cour suprême, qui prétend interdire au ministre Arié Deri d’exercer ses fonctions, il importe de comprendre comment cette institution – jadis considérée comme le fleuron de la démocratie israélienne – est devenue l’organe hyper-politisé qu’elle est aujourd’hui. L’attitude de son actuelle présidente, qui a renoncé ces derniers jours à tout semblant de « réserve » pour s’immiscer dans le débat politique, s’explique par le changement d’attitude de la Cour, depuis la « Révolution constitutionnelle » décrétée par son ancien président, Aharon Barak.

1- Sous la houlette du juge Barak, la Cour suprême israélienne est devenue l’instrument de la poursuite de la domination des anciennes élites (celles d’avant le changement de pouvoir de 1977), comme l’explique le professeur Menahem Mautner dans un ouvrage éclairant[1]. Alors que certains dirigeants du Likoud étaient favorables, avant 1977, à l’adoption d’une Constitution qui servirait de rempart contre l’hégémonie du pouvoir travailliste, dans les faits, la Cour suprême israélienne est ainsi devenue l’instrument de la poursuite de cette hégémonie.

En réalité, la Cour suprême israélienne est devenue non seulement l’instrument des anciennes élites (incarnées par le Parti travailliste et le mouvement kibboutzique) mais aussi et surtout, celui des élites post-sionistes, qui étaient hostiles à la fois à la droite religieuse et aussi aux partisans de l’ancien consensus sioniste de gauche. Ce n’est pas un hasard si la Révolution constitutionnelle a largement coïncidé avec la « révolution culturelle » concomitante aux accords d’Oslo, au début des années 1990[2].

Ce que ces deux événements majeurs ont signifié, dans l’Israël de la fin du 20e siècle, en proie à la montée de l’individualisme et à la fin des idéologies et du sionisme socialiste, était avant tout la montée en puissance des idées post-sionistes et la tentative d’imposer par le pouvoir judiciaire et par des accords politiques arrachés à une majorité très courte leurs conceptions radicales.

 

2 - Qui représente la Cour suprême israélienne ? Du point de vue sociologique, les juges de la Cour suprême israélienne représentent une minorité radicale et coupée du peuple (la « cellule du parti Meretz qui siège à la Cour suprême israélienne » selon l’expression d’un commentateur israélien). Significativement, la tentative d’introduire un semblant de diversité dans les opinions représentées à la Cour suprême n’a pas remis en cause l’hégémonie des Juifs ashkénazes laïcs de gauche.

Aharon Barak a ainsi créé l’expression de « Test Bouzaglou », dans laquelle Bouzaglou désigne l’homo qualunque israélien. Il s’est défendu dans un livre d’avoir ce faisant voulu stigmatiser les Juifs orientaux, mais il n’en demeure pas moins que le nom de Bouzaglou n’a pas été choisi au hasard. Dans la vision du monde d’A. Barak (comme dans celle d’Hannah Arendt au moment du procès Eichmann) il existe une hiérarchie bien définie dans la société juive israélienne. L’élite est toujours celle des Juifs allemands.

3 - Un autre élément d’explication important est le processus par lequel la Cour suprême israélienne est devenue l’instrument des minorités actives et de gouvernements étrangers qui les soutiennent et les financent. Des gouvernements étrangers se sont ainsi immiscés dans le débat politique israélien en utilisant la Cour suprême israélienne comme un véritable cheval de Troie, par le biais de multiples ONG à financement étranger, comme en attestent les innombrables pétitions de « justiciables palestiniens » manipulés par Chalom Archav, Breaking the silence, etc.

Des valeurs étrangères au peuple d’Israël

Ruth Gabizon[3] avait affirmé que : « La Cour suprême devrait élaborer et renforcer les valeurs qui sont partagées par la société qu’elle sert, valeurs reflétées par les lois de cette société - et non telles qu’envisagées par les juges à titre personnel ou en tant que représentants de valeurs sectorielles... » La réflexion de Gabizon appelle deux remarques. Tout d’abord, peut-on encore affirmer aujourd’hui que la Cour suprême israélienne sert la société ou qu’elle est au service de la société ? En réalité, pour que la Cour suprême soit au service de la société israélienne et de ses valeurs, encore faudrait-il que les juges qui siègent à Jérusalem connaissent les valeurs de la société dans laquelle ils vivent et qu’ils les respectent un tant soit peu… Est-ce le cas aujourd’hui ?

A de nombreux égards, la Cour suprême israélienne représente et défend aujourd’hui des valeurs étrangères au peuple d’Israël : celles de l’assimilation, du post-sionisme et du post-modernisme, etc. Elle s’attaque régulièrement dans ses décisions non seulement aux droits des Juifs sur la Terre d’Israël, mais aussi au mode de vie juif traditionnel et aux valeurs de la famille juive. On peut affirmer, au vu des arrêts de la Cour suprême israélienne depuis 30 ans, qu’elle incarne le visage moderne des Juifs héllénisants de l’époque des Maccabim. Il y a évidemment des exceptions. rappelons le cas du juge Edmond Lévy, qui rédigea l’opinion minoritaire lors de l’expulsion des habitants Juifs du Goush Katif.

Pierre Lurçat

 

(Extrait de mon article “Comment la Cour suprême est devenue le premier pouvoir en Israël”, paru dans la revue Pardès, no. 67, 2021)

 

 

[1] Le déclin du formalisme et l’essor des valeurs dans le droit israélien (anglais), Oxford University Press 1993. Du même auteur, voir aussi Law and the Culture of Israel, Oxford University Press 2011.

[2] Sur la “Révolution culturelle” des accords d’Oslo, voir Y. Hazoni, L’Etat juif, sionisme, post-sionisme et destin d’Israël, éd. de l’éclat 2002.

[3] Professeur de droit pressentie pour siéger à la Cour suprême israélienne et écartée par Aharon Barak, récemment décédée.

En marge de l’invalidation d’Arié Deri : Les juges de la Cour suprême : une minorité radicale et coupée du peuple

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« Sauver la démocratie » ou rétablir le pouvoir souverain du peuple ? Trois réflexions sur la réforme judiciaire, Pierre Lurçat

January 15 2023, 15:56pm

Posted by Pierre Lurçat

(photo credit: TOMER NEUBERG/FLASH90)

(photo credit: TOMER NEUBERG/FLASH90)

 

1.

Sujet politique brûlant, la réforme judiciaire est également un dossier complexe, qu’on ne peut comprendre sans avoir quelques notions essentielles sur l’histoire juridique d’Israël et plus précisément sur son « histoire constitutionnelle »[1]. Dans le débat politique actuel, c’est souvent, hélas, la démagogie qui triomphe, au détriment du débat véritable.  Le plus grand mensonge des adversaires de la réforme judiciaire en Israël consiste ainsi à prétendre que celle-ci va « supprimer la Cour suprême », « abolir l’Etat de droit » ou « instaurer une dictature du peuple », toutes sortes d’expressions (liste partielle) qui voudraient faire croire que la réforme (qualifiée de « révolution », de « coup d’Etat » ou de « changement de régime ») a des objectifs politicides et destructeurs.

 

En réalité, la réforme menée par Yariv Levin – lequel en a élaboré les principes il y a plus de dix ans (je renvoie à l’interview qu’il m’avait accordée en janvier 2012 pour Israël Magazine) – vise principalement à rééquilibrer le système judiciaire israélien et à rétablir la séparation des pouvoirs en Israël. Elle a également pour objectif de restaurer la confiance du public dans l’institution qui fut jadis considérée comme le fleuron de la démocratie israélienne, la Cour suprême, et qui est devenue aujourd’hui une institution ultra-politisée et a perdu la confiance d’une large partie du public, en raison de l’hybris du juge Aharon Barak.

 

2.

 

Ceux qui prétendent « sauver la démocratie » contre le peuple attestent de la dévaluation significative des notions de majorité, de « vox populi » et de l’idée même de démocratie parlementaire, à laquelle nous assistons depuis plusieurs décennies en Israël et ailleurs en Occident. Il y a là un phénomène inquiétant pour l’avenir de la démocratie, qui est en réalité mise en péril par ceux-là même qui prétendent la « sauver ».

 

Comme me l’expliquait récemment Pierre-André Taguieff, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, « l'antidémocratisme contemporain est un effet du consensus antipopuliste, qui lui-même est inséparable d'un antinationalisme amalgamant et diabolisant État-nation, sentiment national, identité nationale, etc., et racisme. C'est ce que j'ai appelé naguère (début des années 1990, l'antinationisme »[2].

 

3.

 

Un des arguments souvent entendus ces dernières semaines consiste à poser la question de savoir ce qui se passera, si le gouvernement israélien vote demain une loi qui porte atteinte aux droits élémentaires d’une catégorie de citoyens ? Le « subtexte » de cette question importante étant que toute réforme qui « rogne » les ailes de la Cour suprême risque de se retourner contre les droits fondamentaux des citoyens ou d’une partie d’entre eux… La question est importante et mérite réflexion. Mais la réponse nous a en fait déjà été donnée dans l’histoire récente d’Israël.

 

En effet, quand un gouvernement démocratiquement élu a voté une loi pour expulser de leurs maisons des citoyens innocents et les priver de leurs biens légalement acquis, qu’a fait la Cour suprême ? Elle a entériné l’injustice flagrante à la quasi-unanimité (à la seule exception du juge Edmond Levy, dont la voix minoritaire sauva l’honneur de l’institution dont il faisait partie). C’était en 2006. Les citoyens en question étaient les habitants du Goush Katif.

 

Cet exemple qui mérite d’être gravé dans les livres d’histoire judiciaire d’Israël montre que le « pouvoir des juges » ne permet en rien de protéger la démocratie et les droits fondamentaux contre l’excès du pouvoir. En réalité, la probabilité que 11 juges se trompent est bien plus élevée que celle qu’un peuple tout entier vote – par le biais de ses représentants – des lois iniques. Ce qui ne veut pas dire que le peuple est incapable de se tromper, mais plus simplement que la démocratie est « le pire des régimes, à l’exception de tous les autres ». La remplacer par un « gouvernement des juges » comme l’a fait Aharon Barak ne résout aucun problème. L’enjeu actuel, comme l’explique de manière convaincante Caroline Glick, n’est pas de « sauver la démocratie » contre la réforme judiciaire, mais bien de rétablir la démocratie contre le gouvernement des juges.

Pierre Lurçat

 

[1] Je renvoie à mon long article sur ce sujet, « Comment la Cour suprême est devenue le premier pouvoir en Israël », Pardès mars 2021.

[2] Communication personnelle de l’auteur, 14.1.2023.

La synagogue de Névé Dekalim, détruite après le retrait de Gaza

La synagogue de Névé Dekalim, détruite après le retrait de Gaza

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Le pistolet d'Ayala Ben Gvir et le retour du « principe de réalité »

November 20 2022, 11:37am

Posted by Pierre Lurçat

Le pistolet d'Ayala Ben Gvir et le retour du « principe de réalité »

Le pistolet d'Ayala Ben Gvir et le retour du « principe de réalité »

 

La photo a fait la « Une » des médias israéliens. On y voit Sarah Netanyahou entourée des femmes des dirigeants des partis de la nouvelle coalition qui vient de remporter les élections. Seul un œil averti peut distinguer, sur les vêtements d'Ayala Ben Gvir, un objet sombre qui se confond avec la couleur de son manteau. Cet objet et les réactions qu'il a suscitées la semaine écoulée en Israël nous en disent plus long que mille mots sur l'état actuel du débat public, et sur celui de la gauche en Israël.

 

« Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt ». En l’occurrence, le pistolet n’est que le doigt, tandis que la réalité de la situation sécuritaire sur les routes et dans les villes et villages d’Israël est la « lune ». Effectivement, les “sots” se sont empressés de gloser sur le pistolet d’Ayala Ben Gvir, se moquant à la fois de son apparence et de ses choix vestimentaires, tout en ironisant sur le fait qu’elle arborait une arme… Face à la vague de commentaires hostiles et moqueurs des médias “mainstream” (de gauche), Ayala Ben Gvir a tweeté simplement : « J’habite à Hébron, j’ai six enfants, je circule sur les routes dangereuses et mon mari est l’homme le plus menacé d’Israël. Et oui, j’ai un pistolet ».

 

Outre le double standard évident qu’ont révélé ces commentaires – féministes dans le discours mais dont l’empathie pour les femmes s’arrête à la « Ligne verte » et n’inclut pas les femmes figurant sur la photo en question – ils ont aussi révélé le monde fantasmagorique dans lequel vit une grande partie de la gauche israélienne, ou plus exactement de ce qu’il en reste, depuis trente ans. Depuis le jour funeste où Itshak Rabin a serré à contre-cœur la main de l’archi-terroriste Yasser Arafat – transformé pour l’occasion en « homme de paix » – et où la gauche a adopté le narratif post-sioniste, elle vit dans un monde qui a peu à voir avec la réalité du Moyen-Orient.

 

Dans ce monde fantasmagorique, la gauche israélienne s’invente régulièrement de nouveaux « monstres » qu’elle adore détester – hier (et aujourd’hui) Sarah Nétanyahou et son mari, aujourd’hui Ayala Ben Gvir et son mari, etc. Elle qualifie de « fascistes juifs » les habitants de la Ville des Patriarches, tout en couvrant d’éloges les dirigeants corrompus de l’Autorité palestinienne, même quand ils appellent ouvertement au meurtre des Juifs. Comme l’écrivait Shmuel Trigano il y a vingt ans, « Le camp de la paix a toujours un “mauvais Israël” contre lequel s’affirmer, une exclusion d’autrui à travers laquelle il s’identifie lui-même »[1].

 

Il faut lire de temps en temps (à petite dose) les éditoriaux et la page Opinions du journal Ha’aretz, pour voir combien ce « camp de la paix » est pétri de bons sentiments envers le « peuple palestinien » et ses représentants, à Ramallah et à la Knesset, et empli de haine et de fiel pour les Juifs du camp national, pour les Juifs religieux et pour ceux qui habitent à Hébron ou à Ariel.  Au lendemain des élections, Ha’aretz écrivait ainsi, dans un éditorial consacré à la disparition du parti Meretz, que les « héritiers de Shulamit Aloni, de Yair Tsaban et d’Amnon Rubinstein regarderont de loin les 14 disciples du raciste Meir Kahana prêter serment dans le temple de la démocratie », tout en faisant l’éloge (funèbre) du parti qui a « mis en garde contre les méfaits de l’occupation et la violence des colons ».

 

En réalité, si le parti emblématique de la gauche israélienne post-sioniste, qui était constitué à l’origine d’une coalition de trois(!) partis, Mapam, Ratz et Shinoui, ne siège plus aujourd’hui à la Knesset, ce n’est pas tant en raison de la montée en puissance de la droite et des partis religieux, que de l’effritement de l’idéologie post-sioniste, sous les coups de boutoir de la réalité. Le facteur le plus important de la réussite sans précédent de B. Nétanyahou lors du scrutin du 1er novembre n’était pas seulement son talent de politicien hors-pair et l’union des différents partis de la droite, face à la désunion au sein de la gauche et des listes arabes.


Le facteur le plus important expliquant le scrutin du 1er novembre est la réalité impitoyable à laquelle ont été confrontés des centaines de milliers d’Israéliens habitants de la « périphérie » et des villes mixtes d’Israël, lors des pogromes antijuifs du printemps 2021, quand les Arabes israéliens (ceux que les médias français qualifient de « Palestiniens d’Israël ») ont attaqué leurs voisins juifs avec une violence qui a ramené Israël un siècle en arrière, à la période des « événements de 1921, de 1929 et de 1936 », c’est-à-dire aux premières vagues de violences arabes antijuives en Eretz-Israël. C’est ce « principe de réalité » qui a largement dicté le résultat des dernières élections, alors que les partis de gauche continuaient de lancer leurs slogans idéologiques sur le « processus de paix » et d’attiser la haine de leurs électeurs contre les Juifs religieux et contre Binyamin Nétanyahou.

Pierre Lurçat

 

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Je donnerai une série de conférences en France sur Le Mur de fer de Jabotinsky, à Paris, Lyon, Strasbourg et Marseille dans le cadre de l’Organisation Sioniste Mondiale :

 

Jeudi 1er décembre à Paris, au centre Fleg

Lundi 5 décembre à Strasbourg, renseignements à iif.sxb@gmail.com

Mardi 6 décembre à Lyon au CIV Malherbe

Mercredi 7 décembre à Marseille au centre Fleg

Jeudi 8 décembre à Paris, au KKL

 

[1] S. Trigano, L’ébranlement d’Israël, Seuil 2002.

Le pistolet d'Ayala Ben Gvir et le retour du « principe de réalité »

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Israël - Rendre aux élus du peuple le pouvoir confisqué par les élites et par la Cour suprême

November 10 2022, 12:17pm

Posted by Pierre Lurçat

J'aborde au micro de Daniel Haïk sur Studio Qualita la question cruciale de la réforme judiciaire au lendemain des élections, pour rendre à la Knesset et aux élus du peuple israélien le pouvoir qui leur a été confisqué par les élites de gauche et par la Cour suprême..

https://youtu.be/j6vHczEa85Y

(Sur ce sujet, je renvoie aussi à mon article paru dans la revue Pardès : "Comment la Cour suprême est devenue le premier pouvoir en Israël" - Article disponible sur demande à pierre.lurcat@gmail.com 

 

 

Israël - Rendre aux élus du peuple le pouvoir confisqué par les élites et par la Cour suprême

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Le secret de la longévité politique de Binyamin Nétanyahou, par Pierre Lurçat

November 7 2022, 12:46pm

Posted by Pierre Lurçat

Le secret de la longévité politique de Binyamin Nétanyahou, par Pierre Lurçat

 

Au-delà des qualificatifs – souvent erronés ou excessifs – que les médias utilisent à son endroit, Binyamin Nétanyahou demeure à de nombreux égards une énigme. L’ancien et nouveau Premier ministre israélien, qui vient de remporter une victoire politique éclatante et qui a ravi à David Ben Gourion le record de longévité à ce poste, est tantôt décrit comme un modèle de pragmatisme – voire d’opportunisme politique – tantôt comme un idéologue de droite. Qui est-il vraiment ?

 

La biographie que lui a consacré le journaliste Anshel Pfeffer (1) apporte des éléments de réponse à cette question, qui continue de tarauder les meilleurs observateurs de la scène politique israélienne depuis plus de deux décennies. En tant que contributeur du quotidien Ha’aretz – qui n’épargne pas le Premier ministre et sa famille – Pfeffer a réussi à écrire une biographie équilibrée, en évitant de tomber dans l’excès ou dans la caricature. Il décrit ainsi, dans les premiers chapitres de son livre, l’environnement dans lequel a grandi Benjamin, ses deux frères Ido et Yoni (qui trouvera la mort lors de l’opération héroïque de sauvetage des otages à Entebbé), et leurs parents, le professeur Bentsion Nétanyahou et sa femme.

 

L’auteur relate avec talent l’ascension politique de Nétanyahou, d’abord au sein de l’ambassade d’Israël aux Etats-Unis, où il devient le protégé de Moshe Arens, puis en tant qu’ambassadeur aux Nations-Unis, en 1984, où il se fait remarquer pour ses talents de diplomate et d’orateur hors-pair. Dès cette époque, le jeune Benjamin Nétanyahou fait en effet preuve de dons exceptionnels pour la « hasbara » (terme difficile à traduire qui désigne la capacité de défendre une politique), à la tribune et dans les coulisses des Nations unies. Pfeffer rapporte ainsi la manière dont « Bibi » utilise des éléments visuels pour appuyer son argumentation, n’hésitant pas à projeter un film montrant un diplomate tentant vainement de téléphoner au Liban pour illustrer l’état d’anarchie régnant dans le pays. Trente ans plus tard, il utilisera des moyens similaires pour démontrer au monde entier la duplicité de l’Iran.

 

La qualité majeure de Benjamin Nétanyahou, tel qu’il ressort du livre d’Anshel Pfeffer, est incontestablement celle d’animal politique. Doté d’un charisme exceptionnel, il sait manœuvrer à travers les écueils de la politique intérieure israélienne, et fait montre d’une capacité d’analyse et de compréhension rarement égalées par ses pairs. Issu d’une famille jabotinskienne réputée, mais relativement à l’écart de la vie politique du fait de son exil aux Etats-Unis, Nétanyahou parvient à doubler plusieurs concurrents parmi les “Princes du Likoud” – et notamment David Lévy, qui deviendra un rival féroce.

 

Dans des pages intéressantes de son ouvrage, Pfeffer montre les rapports ambivalents entre Bibi et Itshak Shamir, qui le considère comme superficiel et incapable de résister aux pressions. Un des chapitres les plus instructifs est celui qui retrace le premier mandat de Nétanyahou, arrivé au pouvoir contre toute attente, en 1996, au lendemain de l’assassinat d’Itshak Rabin (au sujet duquel Pfeffer dissipe la calomnie voulant que Bibi ait participé à des manifestations “incitant” au meurtre…(2) A l’âge de 46 ans, il devient le plus jeune Premier ministre israélien depuis 1948.

 

Quelle a été l’influence de sa famille sur Bibi ? Sur ce point crucial – que j’aborde dans un de mes livres, dans un chapitre consacré à Bentsion Nétanyahou (3) – l’auteur apporte des éléments de réponse intéressants. Ainsi, on découvre comment “Bibi” a souffert du sentiment d’insatisfaction que son père éprouvait à son égard. « Il aurait sans doute fait un meilleur ministre des Affaires étrangères que Premier ministre », dira un jour Bentsion de son fils, pour la plus grande joie de ses adversaires. Le dernier chapitre du livre s’intitule, de manière éloquente, « Stuck on top », « coincé au sommet ».

 

 

A l’heure où ces lignes sont écrites, « Bibi » donne toujours l’impression d’être irremplaçable, y compris aux yeux de ses plus farouches adversaires. Au-delà de ses succès indéniables – en diplomatie notamment et en économie – les « années Bibi » auront aussi été celles d’une lente et irrésistible érosion de la force de dissuasion de Tsahal, après les retraits de Gaza et du Sud-Liban aux conséquences désastreuses, orchestrés par deux de ses prédécesseurs, Ariel Sharon et Ehoud Barak.

 

Nétanyahou deviendra un des plus grands dirigeants de l’Etat d’Israël moderne, s’il parvient à résoudre un des problèmes les plus brûlants de la société israélienne, que les grands partis politiques ont largement négligé depuis longtemps : celui de la situation économique et sociale. L’Etat d’Israël, au cours de ses 70 années d'existence, est en effet passé presque sans transition d'un régime économique socialiste à un régime ultra-libéral ou, pour reprendre les termes de Jabotinsky, de « l'esclavage socialiste » au « capitalisme sauvage ». Il reste aujourd'hui à accomplir le programme de Jabotinsky, en édifiant une société plus égalitaire, réalisant ainsi l'idéal de justice sociale de la Bible hébraïque. (3)

 

Pierre Lurçat

 

Notes

(1) Anshel Pfeffer, Bibi: The Turbulent Life and Times of Benjamin Netanyahu: Basic Books 2018.

(2) Rappelons que le fameux poster représentant Itshak Rabin z.l en uniforme S.S. était la création de l’agent du Shabak, Avishaï Raviv.

(3) Je renvoie sur ce sujet le lecteur au premier tome de la Bibliothèque sioniste que j’ai fondée, Vladimir Jabotinsky, La rédemption sociale, éléments de philosophie sociale de la Bible hébraïque, éditions L’éléphant 2021.

(Une version initiale de cet article est parue en novembre 2018)

 

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Le Mur de Fer

Le public français ne connaît pas, ou à peine, Vladimir Jabotinsky. Pierre Lurçat remédie à cette méconnaissance avec brio en publiant une traduction des textes fondateurs de ce visionnaire, publiés entre 1916 et 1929 en les éclairant d’une introduction historique et philosophique pointue.

Liliane Messika, Causeur.fr

« Les arabes et nous, le Mur de fer », Jabotinsky raconté par Pierre Lurçat au micro d’Ilana Ferhadian

 

Il faut remercier Pierre Lurçat pour son travail de traduction et de présentation de cet ouvrage. Il permet au lecteur, peu familier de l’action et de l’œuvre de Vladimir Jabotinsky, de découvrir un penseur du politique à travers son engagement pour le sionisme… Ses écrits sont là, nourrissent notre réflexion, et attestent d’une lucidité peu commune

 

Evelyne Tschihrart, Dreuz.info

 

 

 

Le secret de la longévité politique de Binyamin Nétanyahou, par Pierre Lurçat

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“Israël, Etat à vendre”? la souveraineté d’Israël en danger

October 30 2022, 15:03pm

Posted by Pierre Lurcat

“Israël, Etat à vendre”? la souveraineté d’Israël en danger

Le livre que vient de publier Matan Peled explore un sujet crucial, rarement abordé par les médias israéliens : celui de l’implication d’ONG et de gouvernements étrangers dans la politique israélienne. Intitulé “Medina le-mekhira” (“Un Etat à vendre”), il est sous-titré “Si vous pensiez qu’Israël est un Etat souverain, pensez-y à deux fois”. Le sujet du livre est à la fois simple et complexe. C'est ainsi qu'il est exposé en couverture du livre : “Différents pays du monde – et en particulier les pays européens – transfèrent chaque année des dizaines de millions de shekels à des associations israéliennes pour qu’elles interfèrent dans la politique intérieure sur des sujets aussi importants que la lutte contre le terrorisme, l’émigration ou la politique de peuplement et l’intégration des minorités arabes et l’action de Tsahal”.

 

L'auteur, Matan Peled, 42 ans, dirige l’association Im Tirtsu (“Si vous le voulez”), qui lutte pour défendre le caractère juif et sioniste et la souveraineté de l’Etat d’Israël. Son livre décrit en détail l’activité de ces ONG (dont les plus connues sont Bt’selem et Breaking the Silence) et la manière dont elles permettent aux Etats européens de s’immiscer dans la politique israélienne, de manière très brutale et efficace, notamment au moyen de recours devant la Cour suprême financés et organisés par ces ONG.

 

L’aspect le plus étonnant à mes yeux n’est pas tant l’intervention de ces Etats étrangers (la soft-power est un aspect constant de la politique étrangère des différents pays, mais dans le cas d’Israël elle atteint un niveau rarement égalé dans aucun autre pays), mais plutôt le fait que celle-ci soit acceptée par l’Etat d’Israël comme allant de soi… Sans l’action de quelques organisations issues de la société civile israélienne, telles que NGO Monitor ou Im Tirtsu, l’action de ces ONG subversives et leur financement par des pays étrangers serait en effet totalement passés sous silence par les grands médias et par l’échelon politique en Israël. Pourquoi ?

 

La raison principale est liée à la “Révolution constitutionnelle” du juge Aharon Barak, ancien président de la Cour suprême d’Israël. C’est en effet sous sa houlette que celle-ci est devenue le premier pouvoir en Israël (1). Ce n’est évidemment pas un hasard si la Révolution constitutionnelle a été concomitante à la période des accords d’Oslo, qui ont vu triompher en Israël les idées post-sionistes.  Quand la gauche israélienne a constaté qu’elle était devenue minoritaire dans l’opinion, elle a compris qu’elle pouvait néanmoins conserver son pouvoir en contournant les institutions démocratiques, à l’aide notamment de la Cour suprême, des médias et de l’université, largement acquises aux thèses post-sionistes.

 

Une autre raison, plus profonde, tient sans doute au fait que le peuple Juif a longtemps vécu dans l’exil et la dispersion, privé de souveraineté et de la capacité d’être maître de son destin. Comme l’a dit un dirigeant israélien célèbre, ‘il est plus difficile de faire sortir l’exil du Juif que de faire sortir les Juifs de l’exil”. Nous avons certes retrouvé notre souveraineté en terre d’Israël et édifié un Etat modèle à de nombreux égards, mais il reste encore beaucoup à accomplir, dans de nombreux domaines. Un domaine crucial pour notre avenir est précisément celui de la souveraineté. Comme je l’écrivais au lendemain des émeutes de l’an dernier dans les villes mixtes israéliennes, les Arabes d’Israël doivent apprendre à être une minorité dans un Etat juif, et les Juifs doivent apprendre à être une majorité et à se comporter comme tels, dans un Etat juif souverain et fier. Puisse le résultat des prochaines élections aller dans ce sens !

Pierre Lurçat

 

1. Je renvoie sur ce sujet à mon article “Comment la Cour suprême est devenue le premier pouvoir en Israël, paru dans la revue Pardès, mai 2022.

“Israël, Etat à vendre”? la souveraineté d’Israël en danger

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Réformer l'islam ou le combattre ? Pierre Lurçat

August 28 2022, 14:43pm

Posted by Pierre Lurçat

Réformer l'islam ou le combattre ? Pierre Lurçat

(Article paru dans la revue Commentaire, été 2022)

            L’islamisme est-il la “maladie de l’islam”, pour reprendre l’expression de l’écrivain tunisien Abdelwahab Meddeb, ou bien exprime-t-il l’islam authentique, comme le prétendent les islamistes qui se comparent aux “Compagnons du Prophète” ? Ou, pour poser la question autrement, Oussama Ben Laden et ses émules sont-ils de bons musulmans, fidèles aux enseignements de l’islam, ou au contraire des extrémistes qui ont perverti le message du Coran?  Cette question déjà ancienne divise les spécialistes de l’islam contemporain. Mais elle n’intéresse pas seulement les universitaires et les islamologues, car son enjeu n’est pas purement théorique.

 

En effet, si l’islamisme est une hérésie et une déviance par rapport à l’islam authentique, il peut être combattu par tous ceux qui s’opposent à son projet dominateur, en Occident comme au sein des sociétés musulmanes. Et la guerre contre l’islam radical a de bonnes chances de s’achever par une victoire à plus ou moins long terme, comme celles menées contre le fascisme et le nazisme au 20e siècle. Mais s’il exprime l’islam authentique, alors nous sommes véritablement plongés dans un conflit de civilisation, qui peut durer encore pendant des décennies, voir des siècles, et dont l’issue demeure incertaine.

 

            Le nouveau livre de Marie-Thérèse Urvoy apporte des réponses informées à cette question cruciale. Intitulé “Islam et islamisme, frères et ennemis ou frères siamois”, il va chercher la réponse au cœur du texte fondateur de l’islam, le Coran, marqué par une “ambiguïté initiale” que l’auteur qualifie de “tension interne au Coran entre visée spirituelle et ambition d’emprise sur le monde”. La vie même du Prophète permet de comprendre cette dualité. En effet, dans sa période mecquoise, celui-ci est persécuté et se considère comme victime, ce qui l’amène à prêcher la patience et le pardon des offenses. Plus tard, devenu un chef de guerre victorieux, il appelle au djihad physique contre les mécréants, proclamés ennemis de l’islam. L’orientation guerrière du texte coranique apparaît ainsi dans la fameuse Sourate 9, qui appelle au “combat dans le Sentier de Dieu”, expression promise à un brillant (et sanglant) avenir…

 

            Cette transformation s’accompagne de celle d’une religion (dont le livre n’aborde pas la question, fort intéressante, des liens avec le judaïsme, que Mohammad a connu à la Mecque) en un “système juridico-politique militant”. Cette transformation est acceptée par tous, et la violence initiale est admise comme un “mal nécessaire”. L’islam se définissant dès l’origine comme une “communauté” (la fameuse Oumma), se pose la question de savoir qui en fait partie. Dès l’époque du Prophète, des tendances concurrentes se font jour au sein de la nouvelle religion. Ainsi, note l’auteur, apparaissent d’emblée l’opposition entre extrémistes et modérés et la compétence que s’octroient les premiers de proclamer “infidèles” ceux qui refusent de suivre le Prophète dans son hégire, le takfir. “La théorie islamique de la rébellion”, explique l’auteur, “essaie de concilier l’impératif de la communauté et celui de l’ordre”.

 

Dans un chapitre  particulièrement instructif consacré à l’idée de réforme de l’islam, l’auteur montre comment la notion islamique de tajdid fait  à la fois référence au renouveau (au sens de réforme) et à la restauration. Ce double sens paradoxal tient au fait que dans “selon la conception islamique de l’histoire, exprimée dès le Coran, tout l’essentiel pour l’homme a été donné d’emblée et l’histoire n’apporte jamais du nouveau que sous l’aspect d’une dégradation de cette plénitude initiale”. On comprend dès lors l’ambiguïté fondamentale, qui réside au cœur même du projet de “réforme islamique”, mené au tournant du 20e siècle par des penseurs comme Al-Afghani ou Abduh. Ceux-ci, loin d’avoir remis en question les dogmes fondamentaux de l’islam, lui ont simplement permis de s’adapter à la modernité et ont préparé le terrain pour l’apparition du mouvement des Frères musulmans et de ses différents épigones. Une autre différence essentielle tient à l’absence de magistère en islam, contrairement au christianisme. On comprend dès lors comment des musulmans, parfois de fraîche date, peuvent s’instaurer eux-mêmes comme “autorités” et prononcer des fatwas ou appeler au djihad.

 

            “Violence de l’islamisme ou de l’islam lui-même ?”, interroge Urvoy. Le Coran lui-même comporte des versets guerriers et d’autres plus pacifiques, qui correspondent grosso modo aux deux périodes de la vie du Prophète évoquées ci-dessus. Mais la supériorité de l’islam est un pilier essentiel de la croyance musulmane. Un autre problème inhérent à l’islam est le fait qu’il n’admet pas la neutralité, et ne connaît guère l’esprit critique… Cela explique pourquoi les dissidents au sein du monde musulman actuel sont obligés d’abandonner leur foi, devenant ainsi des apostats.

 

Au terme de son analyse érudite et minutieuse, l’auteur répond à la question centrale du livre, en partant du constat que “islamistes et musulmans ordinaires ont le même appareil de références”. Elle rejette la notion d’un “islam des Lumières” – citant au passage les esprits les plus éclairés comme Averroès, partisan avéré du régime almohade fanatique, ou Ibn Khaldum, qui se fait l’apôtre de la terreur. Marie-Thérèse Urvoy ne propose pas de “solution”, mais son diagnostic est sans appel : “L’Occident [est] consumé par le doute sur les valeurs de sa civilisation, ravagé par ses divisions, dévasté par les idéologies d’importation et par celles cultivées par ses propres élites, avide de mythes exotiques – du bon sauvage hier au bon migrant aujourd’hui –, enfin miné par le multiculturalisme obsessionnel”. La force de l'islam/isme est aussi et avant tout la conséquence de la faiblesse de l'Occident.

 

            Pierre Lurçat

 

Islam et islamisme, frères ennemis ou frères siamois, de Marie-Thérèse Urvoy, Artège 2021

 

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Après le discours de Pithiviers : Un psychodrame français, Pierre Lurçat

July 18 2022, 18:13pm

Posted by Pierre Lurçat

Après le discours de Pithiviers : Un psychodrame français, Pierre Lurçat

Article paru sur Causeur.fr

 

En regardant les images de la commémoration de Pithiviers, ce dimanche 17 juillet, on ne pouvait s’empêcher de penser à ce que Shmuel Trigano désignait, dans un livre paru en 2005, comme le « psychodrame français » (1). Il y avait en effet, dans cette commémoration menée de main de maître par Emmanuel Macron – très à l’aise dans sa fonction de grand ordonnateur de cérémonie mémorielle – quelque chose d’un jeu de rôles et d’un théâtre bien huilé, dans lequel chacun tenait sa place, le Président, les époux Klarsfeld, les notables juifs, et jusqu’aux anciens déportés.

Il y avait aussi, osons-le dire, quelque chose d’indécent à entendre Emmanuel Macron se dire « très heureux » (sic) d’être là et parler, avec une émotion et une emphase dignes d’un grand acteur, de la déportation des Juifs de France, devant un parterre conquis d’avance. Non certes, que son émotion soit simulée. Non, l’indécence n’était pas celle du Président, ni celle des notables juifs, ces « grands prêtres de la nouvelle sacralité » (Trigano). Elle tenait à une réalité politique objective, qui se perpétue depuis plusieurs décennies, cette réalité politique qu’on désigne comme le « devoir de mémoire » ou de « vigilance » et que Trigano avait analysée comme « l’assignation victimaire des juifs découlant du devoir de mémoire ».

Le nouvel antisémitisme et l’ensauvagement de la France

Emmanuel Macron a en effet beau jeu de dénoncer l’antisémitisme qui « persiste, s’obstine et revient », citant Zola à peu de frais. Car en réalité, que fait la France et que font ses dirigeants contre l’antisémitisme ? Ils ne font même pas le minimum, qui consisterait à le dénoncer nommément, en identifiant ses auteurs véritables, et à le réprimer efficacement. Au-delà des « effets d’annonce grandiloquents » (pour lesquels Macron est particulièrement doué, reconnaissons-le), rien n’est fait contre cet « antisémitisme nouveau qui insulte et blesse et qui, lorsqu’il tue, s’épargne les assises et appelle à la haine sur les réseaux sociaux », comme l’écrit très justement Georges Bensoussan (2). Si ce « nouvel antisémitisme » s’épargne les assises, c’est parce qu’il jouit en France d’une totale impunité.

 

G. Bensoussan

G. Bensoussan

Mais cette impunité ne tient pas, comme on le croit parfois, à l’identité des victimes, mais bien plutôt à celle des assassins. Car les crimes contre  des Français non-Juifs sont tout autant passés sous silence, comme le rappelle utilement le dernier numéro du magazine Causeur. Il est plus facile pour les dirigeants de cette France ensauvagée de venir étaler leur émotion à Pithiviers, que de lutter contre la vague d’attaques au couteau qui frappe tous les Français, Juifs ou non. Il est plus facile de faire de Vichy un enjeu électoral et politique, avec la contribution d’une députée de LFI, que de reconnaître que ce débat historique n’a aucune importance pour la situation réelle des Juifs dans la France d’aujourd’hui et pour la situation des Français en général

La France et Israël

L’hypocrisie et l’indécence ne s’arrêtent pas là. Elles concernent un autre sujet, tout aussi essentiel. Celui du terrorisme palestinien, de l’incitation à la haine antijuive dans les manuels scolaires palestiniens et du négationnisme palestinien (3), que la diplomatie française finance et qu’elle encourage. Macron a beau jeu de citer Jacques Chirac, qu’il imite non seulement à Pithiviers, mais aussi à Jérusalem, lorsqu’il suscite un faux esclandre pour plaire à ses bailleurs de fonds arabes. Oui, la France d’Emmanuel Macron est tout aussi hypocrite que celle de Jacques Chirac et que celle de François Mitterrand, quand elle encense les Juifs morts, tout en soutenant à bout de bras Mahmoud Abbas et en menant sa politique hostile à Israël, sous couvert de soutenir le “processus de paix”. La diplomatie française demeure, quoi qu’en dise Emmanuel Macron, hostile au peuple Juif vivant à Sion et à Jérusalem, capitale d’Israël contre laquelle elle mène une nouvelle « croisade », aujourd’hui comme hier.

Pierre Lurçat

1. S. Trigano, Les frontières d’Auschwitz, Librairie générale française 2005.

2. G. Bensoussan, Le Figaro 16.7.2022.

3. Rappelons que Mahmoud Abbas est l’auteur d’une thèse de doctorat intitulée “La connexion secrète entre le sionisme et le nazisme”, dans laquelle il remet en cause l’existence des chambres à gaz.

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Le Conseil d’Etat et l’antisionisme : un nouveau Statut des Juifs en France ? Pierre Lurçat

May 10 2022, 07:38am

Logo du “Comité Palestine Vaincra”, affiché sur son site

Logo du “Comité Palestine Vaincra”, affiché sur son site

Une version abrégée de cet article est parue sur Causeur.fr

 

Dans l’actualité des lendemains d’élection présidentielle, la nouvelle est passée quasiment inaperçue : le Conseil d’État, statuant en référé, a invalidé vendredi 29 avril la décision du Ministère de l’Intérieur de dissoudre deux associations propalestiniennes radicales, le “Collectif Palestine Vaincra” et le “Comité Action Palestine”. Au-delà de son aspect purement judiciaire, cette décision illustre le double discours de la France au sujet du conflit israélo-arabe et de ses retombées en France.

 

 

C’était le 25 février dernier : à quelques heures du traditionnel dîner du CRIF, le ministre de l’Intérieur annonçait sa décision de dissoudre deux associations propalestiniennes radicales, en raison de leurs appels “à la haine, à la discrimination et à la violence” et de leur soutien affiché à des actes terroristes. Un rapide coup d’œil sur le site Internet du Collectif Palestine Vaincra permet de comprendre que la décision du ministre Darmanin était pleinement justifiée sur le plan des faits.

 

Celui-ci affirme en effet soutenir “la lutte du peuple palestinien contre le sionisme, l’impérialisme et les régimes réactionnaires arabes pour la libération de toute la Palestine de la mer au Jourdain (ce qui est confirmé par le logo sur lequel l’État d’Israël est entièrement effacé) et soutenir “la Résistance qui est le seul moyen pour le peuple palestinien de reconquérir ses droits historiques et légitimes. Nous la soutenons sous toutes les formes qu’elle juge nécessaire et légitime, y compris armée”.

 

On ne saurait être plus explicite. Ce soutien sans faille et sans tabou s’accompagne de campagnes menées sur le territoire français en faveur du boycott d’Israël, de la libération de terroristes condamnés et emprisonnés en Israël et de la cause palestinienne en général. La rhétorique du Comité Action Palestine est largement similaire, avec des communiqués mettant en cause la politique de la France “aux ordres de ses maîtres sionistes" et autres déclarations du même acabit. Parmi les “partenaires” du Collectif figure en bonne place le mouvement terroriste FPLP, branche de l’OLP d’obédience marxiste dont la phraséologie du Collectif s’inspire manifestement.

 

Dans ces circonstances, la décision du Conseil d’État s’apparente à un blanc-seing offert aux associations propalestiniennes les plus radicales, pour poursuivre leurs activités sur le sol français, au nom de la “liberté d’expression”. La lecture des deux décisions en référé est instructive. On y apprend notamment que le Collectif a prétendu devant le Conseil d’État que sa charte “faisait état de son soutien à la cause palestinienne sans prôner la violence ou la lutte armée”, alors même que cette charte affirme soutenir la “résistance” palestiniennesous toutes les formes qu’elle juge nécessaire et légitime, y compris armée”.

 

On reste sidéré qu’un mensonge aussi flagrant ait pu convaincre les membres éminents de la plus haute juridiction administrative française. Les juges du Conseil d’État savent-ils lire ? La position du Conseil d’État est exactement à l’opposé de celle que défend le ministre de l’Intérieur, mais également le président de la République Emmanuel Macron, qui a régulièrement affirmé que l’antisionisme était une forme d’antisémitisme.

 

La même dissonance se retrouve à l’égard de l’appel au boycott d’Israël, que le Conseil d’Etat considère comme légitime, affirmant que « l’appel au boycott, en ce qu’il traduit l’expression d’une opinion protestataire, constitue une modalité particulière d’exercice de la liberté d’expression et ne saurait par lui-même, sauf circonstances particulières établissant le contraire, être regardé comme une provocation ou une contribution à la discrimination, à la haine ou à la violence envers un groupe de personnes ». Cette affirmation contredit des dispositions de loi très claires qui font de l’appel au boycott une infraction pénale, comme le rappelait récemment le CRIF.

Comment comprendre dès lors ce double discours des autorités politiques et judiciaires françaises sur ce sujet ? Comme le rappelle Yves Mamou dans un livre récent (Le grand abandon, Les élites françaises et l’islamisme), ce sont les élites - et notamment les grands corps de l’État - qui sont le plus en pointe pour soutenir l’islamisme et pour laisser émerger sur le territoire français une “nation musulmane”, dont les valeurs sont contraires à celles de la République. La décision du Conseil d’État corrobore cette analyse.

 

Comme dans l’affaire Sarah Halimi, la justice française, jusque dans ses plus hautes instances, s’avère être le “maillon faible” dans la lutte contre l’antisionisme et l’antisémitisme, et pour le respect des principes républicains et de l’État de droit menacé par l’islam radical et ses soutiens. Les belles proclamations dans le sens contraire du président Macron ne modifient en rien cette triste réalité. La décision du Conseil d’Etat dans cette affaire confirme l’impression donnée par la Cour de cassation dans l’affaire Halimi : aux yeux des plus hautes instances de la justice française – dans sa branche judiciaire comme dans sa branche administrative – l’antisionisme/antisémitisme ne sont plus aujourd’hui une circonstance aggravante, mais bien une circonstance atténuante ! Cette sinistre réalité qui émerge sous nos yeux ressemble de plus en plus à un nouveau « Statut des Juifs » en France.

P. Lurçat

Manifestation contre Israël (source : site du Collectif Palestine vaincra)

Manifestation contre Israël (source : site du Collectif Palestine vaincra)

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