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Le blog de Pierre Lurçat, essayiste, écrivain et traducteur. L'actualité vue de Jérusalem, avec un accent particulier sur l'histoire d'Israël et du sionisme.

Les Juifs de France entre Djihad et dhimmitude

À Bat Ye'or, la "fille du Fleuve"

À ma question de savoir pourquoi aucune manifestation de soutien à Israël n’avait été organisée à Paris, une amie venue de France juste après la fin de la guerre de Gaza me répondait qu’il y avait eu une très grande manifestation… contre la décision de la Cour de cassation dans l’affaire Sarah Halimi. Repensant après coup à cette réponse évasive, j’ai compris qu’elle était tout à fait significative de la situation des Juifs de France aujourd’hui. Plongée dans un état de déréliction sans précédent depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et encore sous le choc de l’impunité offerte à l’assassin de Sarah Halimi par les plus hautes instances judiciaires françaises, la communauté juive est totalement incapable de penser à exprimer sa solidarité avec Israël. L’absence de manifestation publique de soutien à l’État juif frappé par les missiles du Hamas n’est pas tant un signe de manque de solidarité, qu’un témoignage criant de la situation dramatique dans laquelle se trouve aujourd’hui le judaïsme français.

Pour décrire cette situation et la qualifier politiquement, j’emploierai le concept forgé par l’historienne Bat Ye’or, auteur de travaux importants sur la condition des minorités juives et chrétiennes sous l’islam : la dhimmitude. Ce concept permet en effet de comprendre la situation actuelle du judaïsme français, et en particulier son incapacité de réagir efficacement aux attaques dont il est victime et d’affirmer sa solidarité de destin avec Israël. Les « voix autorisées » du judaïsme français – qui continuent de se penser comme membres à part entière de la communauté nationale – tiennent un discours largement déconnecté de la nouvelle réalité apparue à l’aube des années 2000. Cette réalité peut être décrite comme la mise à l’écart progressive des Juifs et leur stigmatisation par les médias et par une partie de la classe politique française, au nom de l’antisionisme largement partagé et du soutien au « peuple palestinien ».

Comme l’observe Shmuel Trigano, à propos de la récente déclaration du ministre des Affaires étrangères français, évoquant un « risque d’apartheid » en Israël1,

« la France franchit un pas dans l’adoption du discours de la cause palestinienne et des tenants du BDS, c’est-à-dire du boycott de tout ce qui est israélien, en vue de faire d’Israël le paria des nations »2.

Or, quelle a été la réaction des dirigeants de la communauté juive à cette déclaration, d’une gravité sans précédent ? Quasiment nulle. Sur le site du CRIF, censé représenter politiquement le judaïsme de France, on ne trouve aucune réaction officielle, mis à part une analyse pertinente des implications de cette déclaration, signée du président du Bnai Brith, Philippe Meyer (crif.org)3. Mais aucun communiqué du CRIF ne dénonce cette déclaration d’une gravité sans précédent. Silence également du côté du Grand Rabbin de France, candidat à sa réélection. (Quant au rabbin Michaël Journo, lui aussi candidat au grand rabbinat, il déclarait récemment :

« Je suis là pour donner de l’espérance aux membres de ma communauté et leur donner l’envie de continuer à s’épanouir sur la terre de France »).

Bat Ye’or (photo : Pierre Lurçat)

Ce silence et ce discours déconnecté de la réalité sans précédent à laquelle sont confrontés les Juifs de France sont symptomatiques. Au-delà de la personnalité des dirigeants du judaïsme français, dont les qualités ne sont pas en cause, c’est une situation objective qui est ici décrite. Face au djihad mené depuis de nombreuses années sur le territoire français, qui a fait de nombreuses victimes en leur sein, les Juifs de France ont vainement attendu et espéré être protégés par la République. Reproduisant le schéma traditionnel analysé par l’historien Yosef Haïm Yeroushalmi4 (4), la communauté juive de France a toujours cherché protection auprès des dirigeants français, et notamment du Président de la République, considéré comme incarnant l’amitié pour lsraël et les Juifs, au contraire du Quai d’Orsay. C’est ainsi que le Grand Rabbin de France, Haim Korsia a tenu les propos suivants dans le Midi libre :

« Je n’ai pas vocation à dire autre chose que ce qu’a dit le Président de la République : il y a un agresseur, le Hamas, et un pays qui répond ».

Or, après l’offensive du Hamas contre Israël et ses répercussions en France, où une frange de la population musulmane a pris fait et cause publiquement pour le Hamas, les dirigeants français ont dans le meilleur cas renvoyé dos-à-dos l’agresseur et l’agressé, et dans le pire, pris position contre Israël. Non seulement la France d’Emmanuel Macron n’a pas affirmé clairement son soutien à Israël, mais elle a en fait été en pointe dans le camp anti-israélien, tant par la couverture médiatique très partiale (Infoéquitable) des événements que par son action diplomatique pour obtenir un cessez-le-feu favorable au Hamas, avant la fin de l’opération de Tsahal. La France – qui n’est plus depuis très longtemps un « ami d’Israël » – a adopté aujourd’hui la politique conforme à sa réalité démographique. Ou pour dire les choses de manière plus explicite : elle se comporte comme un pays membre de « ce nouveau continent en train d’émerger », auquel Bat Ye’or a donné le nom d’Eurabia5 (5).

Les Juifs de France éprouvent aujourd’hui dans leur chair – même s’ils peinent à le reconnaître parfois – leur solitude extrême, la solitude d’Israël… Ils sont renvoyés, à leur corps défendant souvent, au destin d’Israël, alors qu’ils voudraient encore se bercer des illusions mortelles du franco-judaïsme et de l’assimilation/intégration au récit national français. Dans ce contexte, les dirigeants du judaïsme français ont en fait adopté la position caractéristique de la situation des dhimmis en terre d’islam. Ils font profil bas, s’abstiennent de manifester publiquement leur soutien à Israël et se préoccupent avant tout de leur survie et de leur sécurité (ce que le rabbin Journo appelle, de manière poétique, « s’épanouir sur la terre de France »). Cela fait longtemps, hélas, que les Juifs de France ne s’épanouissent plus sur la terre de France, devenue dans de nombreux quartiers et banlieues une terre d’islam.

Entre djihad et dhimmitude, l’avenir du judaïsme français est aujourd’hui bien sombre. PL♦

Pierre LurçatMABATIM.INFO

NB : Je donnerai une conférence en ligne sur « L’État juif selon Jabotinsky« , JEUDI 3 JUIN à 19h00 dans le cadre de l’Organisation Sioniste mondiale. Inscription en ligne https://form.jotformeu.com/211493084035350

1 Le 23 mai 2021, Jean-Yves Le Drian a déclaré, lors de l’émission du Grand Jury RTL LCI Le Figaro : « Pour la première fois, on a pu constater une conflictualité dans les localités israéliennes. Les communautés se sont affrontées. Le risque d’apartheid est fort si on continue à aller dans une logique à un État ou du statu quo. »
2 Shmuel Trigano, chronique sur Radio J, 25 mai 2021.
3 La seule expression publique de soutien à Israël organisée par le CRIF a été un appel à envoyer des messages de solidarité en ligne… c’est-à-dire un soutien virtuel.
4 Dans son livre Serviteurs des rois et non serviteurs des serviteurs, Allia 2011.
5 Interview au Jerusalem Post, 2 janvier 2017 (Observatoire Islam Europe).

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Jean-Marc Lévy 06/04/2021 15:55

Cher Pierre Lurçat,

Vous avez mille fois raison ! Je fais partie d'une association : Israël Is Forever Alsace (créée en 2016 sous les auspices du regretté Jacques Kupfer) qui est sioniste et qui peut être fière de compter en son sein des membres protestants évangélistes pro-israéliens. Nous n'acceptons pas en effet le discours défaitiste de nos dirigeants et guides spirituels qui n'ont qu'un but maintenant : faire de leurs coreligionnaires des dhimmis dans leur propre pays. Notre association a relayé et soutenu l'appel de Nili Naouri-Kupfer pour aider les soldats de Tsahal. Hélas, notre voix a énormément de mal à se faire entendre au sein du judaïsme français : par exemple, à Strasbourg, nous sommes depuis deux ans interdits par le Consistoire au Centre Communautaire de la Synagogue de la Paix : notre défense inconditionnelle d'Israël n'est pas politiquement correcte aux yeux de ceux qui préfèrent les petits arrangements et les grandes compromissions, et qui se soucient plus de ne pas déplaire à Shalom Archav et aux islamo-gauchistes que de soutenir Israël. Notre courant de pensée (sioniste religeux) ne peut s'exprimer librement au sein du judaïsme français.

A titre d'exemple, voici l'article que j'avais écrit au moment où le Consistoire du Bas-Rhin a donné quitus à la Maire de Strasbourg , alors qu'elle a voté contre la résolution sur la définition de l'antisémitisme de l'IHRA :


La récupération politique infâme de Yom HaShoah par le maire islamo-gauchiste de Strasbourg,
par Jean-Marc Lévy, vice-Président d'Israël Is Forever Alsace


En l'espace de trois semaines, c'est donc deux camouflets successifs que le maire islamo-gauchiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian a infligé à la communauté juive locale.

On se souvient en effet qu'il y a trois semaines, concomitamment au vote d'une subvention de 2,5 millions d'euros à l'antenne française de l'association turque Milli Gorus ("Vision Nationale"), proche des frères musulmans et maître d'ouvrage d'une nouvelle mosquée à Strasbourg, le maire EELV de Strasbourg avait refusé d'adopter la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) lors du Conseil municipal du 22 mars 2021. La semaine dernière, Jeanne Barseghian et sa majorité municipale en ont rajouté une couche, en commémorant Yom Hashoah sans représentants du Consistoire Israélite du Bas-Rhin ni du CRIF Alsace, pourtant traditionnellement à l'origine de cette manifestation, et qui avait été annulée par ses initiateurs en raison de la crise sanitaire.

Pour mémoire, Yom Hashoah est la Journée du Souvenir pour la Shoah et l'héroïsme instituée dès 1951 par l'Etat d'Israël, et dont l'objectif est le souvenir et la transmission de la mémoire, la célébration de l'héroïsme (ghetto de Varsovie,...) et qui est également l'occasion de dresser un bilan annuel de la prévalence de l'antisémitisme dans le monde. Cette journée solennelle est commémorée également hors d'Israël, et elle est devenue traditionnelle pour les communautés en Galout, qui y associent toujours les pouvoirs publics locaux.

Or, cette commémoration en catimini par la majorité municipale islamo-gauchiste - excluant les représentants de la communauté juive et les autres sensibilités du conseil municipal - est un geste politique qui, loin d'être une maladresse ou une erreur, ne peut être interprété que comme une récupération politique infâme.

En effet, empêtrés dans leur schizophrénie prétendument antiraciste, comprenant selon eux la lutte contre l'antisémitisme, mais aussi la possibilité de critiquer l'Etat d'Israël dans tous ses aspects, il s'agit pour le maire de Strasbourg et sa majorité municipale d'une opération de communication politique destinée à donner des gages sur la lutte contre l'antisémitisme voire l'antisionisme, après le refus d'adopter la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (incluant l'antisionisme), qui fait pourtant consensus à l’échelle internationale. C'est en effet la contradiction cardinale des écologistes, des communistes, de la gauche du parti socialiste et de l'extrême-gauche depuis trente ans : à la fois le respect empathique pour les morts de la Shoah et en-même-temps le mépris des Juifs vivants et le droit à la délégitimation de l'Etat d'Israël tant pour les individus que pour les biens ou les services. Cette contradiction totale nourrit en permanence depuis vingt ans le nouvel antisémitisme et est un fondement idéologique de l'islamo-gauchisme. Or, il ne faut jamais cesser de le répéter : la critique de l'Etat d'Israël n'est pas un problème en soi ; ce qui est problématique, c'est la critique systématique : l'Israël bashing propagée par cette partie de l'échiquier politique et les medias mainsteam de gauche pour délégitimer l'Etat d'Israël, idéologie qui se nourrit de la haine d'Israël, de l'appel au boycott et qui a abouti depuis 2006 au meurtre de quinze personnes, hommes, femmes et enfants assassinés parce que juifs. Et c'est très exactement cette contradiction et le mantra traditionnel de la gauche : l'excuse sociale pour les délinquants et les criminels, qui ont infusé au sein des pouvoirs exécutifs et législatifs, ainsi que de l'autorité judiciaire, qui empêchent de combattre efficacement l'antisémitisme, qui ne cesse de progresser.

Or, le plus étonnant n'est pas qu'une municipalité et des responsables politiques islamo-gauchistes déroulent leur agenda militant séparatiste. Le plus étonnant est que les responsables juifs strasbourgeois s'en étonnent ! Il faut en effet singulièrement manquer du sens politique le plus élémentaire pour être encore, vingt ans après la conférence de Durban (sept 2001), dans le déni de ce qu'est devenu l'antiracisme, dont l'antisémitisme et l'antisionisme ne sont que les dommages collatéraux, et pour refuser de voir l'alliance objective entre une certaine gauche (extrême-gauche, LFI, EELV, gauche du PS) et l'islamisme, pour ne désigner l'ennemi qu'à l'extrême-droite. Il faut également être pétri d'une grande dose d'ingénuité pour croire ou espérer un revirement du maire de Strasbourg. Car comment espérer combattre l'antisémitisme quand on n'arrive même pas à s'accorder sur une définition commune qui fait consensus à l'échelle internationale ? D'ailleurs quelle valeur aurait un hypothétique revirement de la part de cette municipalité islamo-gauchiste ? Au lieu de constater le désaccord, de pointer les contradictions et de mettre en doute la volonté du maire de Strasbourg de lutter contre l'antisémitisme, les responsables du judaïsme local, une fois encore, choisissent d'être les dupes de service. Le courrier du Président du Consistoire Israélite du Bas-Rhin au maire de Strasbourg en réaction au vote du Conseil Municipal du 22 mars 2021 rejetant la définition IHRA de l'antisémitisme est une reddition en rase campagne. Le fond du propos, le ton employé et l'apostrophe amicale au maire islamo-gauchiste de Strasbourg témoignent d'une servilité et d'une pusillanimité désormais courantes, et qui ne peuvent qu'inspirer un profond dégoût. On peut penser que le Président du Consistoire Israélite du Bas-Rhin qui a fait la tournée des oratoires pour tenter de justifier cette ignominie qui passe mal auprès des fidèles aura utilisé la rhétorique du numéro bien rôdé du peuple à la nuque raide, mais chacun aura bien compris qu'effectivement on a la nuque bien raide quand on s'est définitivement aplati !
(texte publié le 14 avril dernier)



Quant au Grand-Rabbin de France, il est plus un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur qu'un guide spirituel ; voici la lettre ouverte que je lui avais adressée en février dernier, en réponse à la tribune scandaleuse qu'il avait publiée dans Actualité Juive du 21/01/2021, lettre ouverte qu'il a bien reçue et à laquelle il n'a pas répondu : pourquoi en effet se donner la peine de répondre aux Juifs de base du moment qu'ils cotisent... ?

Voici donc cette lettre ouverte :


Lettre ouverte au Grand-Rabbin de France,
Monsieur Haïm Korsia



Monsieur le Grand Rabbin,

La récente tribune que vous avez fait paraître dans Actualité Juive ne peut laisser indifférent ; elle interpelle forcément car au-delà de la prise de position, c'est aussi la profession de foi d'un Juif de France qui s'affirme heureux en Galout. Comment pourrait-on a priori vous en tenir rigueur, lorsque l'on sait ce que les Juifs de France doivent à la France : "Heureux comme un Juif en France" était devenue la marque proverbiale de l'attachement viscéral, séculaire et patriotique des Juifs de France à la nation qui avait su, malgré les vicissitudes de l'Histoire, malgré l'affaire Dreyfus, malgré Vichy, en faire un modèle d'intégration citoyenne.

Or, votre défense inconditionnelle de la France d'aujourd'hui fait hélas l'impasse sur une réalité que les Juifs de France vivent depuis plus de vingt ans : celle des conséquences d'un antisémitisme issu des banlieues islamisées prenant corps depuis plusieurs années sous forme d'antisémitisme ou d'antisionisme institutionnel, et qui s'est installé à bas bruit mais durablement dans les medias, la politique, la justice et certains corps intermédiaires.

Faut-il rappeler ici la responsabilité écrasante des medias dans la résurgence de cet antisémitisme attisé par une partie non négligeable de la gauche française qui, tout en brandissant l’étendard de l’antiracisme, ont joué sur les émotions et sur les plus bas instincts des masses par le mensonge, la manipulation, la falsification et le révisionnisme historiques, permettant sous couvert d’une critique soi-disant objective d’Israël mais en fait d’un antisionisme virulent – c’est-à-dire de la négation du droit des Juifs à vivre sur leur terre ancestrale – de restaurer un antijudaïsme décomplexé qui ne s’était plus exprimé de la sorte depuis les années quarante ?

Faut-il rappeler ici le parti-pris systématiquement anti-israélien, donc anti-juif, des medias mainstream français et de certains partis politiques qui utilisent la transmission de la mémoire de la Shoah, si importante pour nous, comme profession de foi antiraciste et serment d'objectivité, alors qu'ils ont armé idéologiquement les assassins de Juifs ?

Faut-il rappeler ici les "mort-aux-Juifs" scandés dans les manifestations soi-disant populaires avec l’approbation tacite des pouvoirs publics, puisque ces appels au meurtre – considérés comme une forme de liberté d’expression – sont assurés de n’être ni poursuivis ni réprimés ? Faut-il rappeler ici que l'ancien ministre de l'Intérieur M. Bernard Cazeneuve, avait affirmé, en juillet 2014, en marge d’une manifestation pro-Gaza qu’il avait lui-même interdite et où ont été scandés des propos antisémites, qu’il aurait manifesté s’il n’avait pas été ministre ? Faut-il rappeler ici la faillite de l'institution judiciaire, dont le parti-pris idéologique considère l'antisémitisme comme une maladie psychiatrique, et qui n'arrive plus ou ne veut plus reconnaître son caractère aggravant dans les meurtres de Juifs ?

Faut-il rappeler ici que 40 % des signataires des pétitions du BDS sont des professeurs d'université et des directeurs de recherche, ce qui en dit long sur l'infiltration de l'antisémitisme dans ces milieux depuis longtemps déjà et sur le danger de la transmission par le dévoiement des droits de l’homme de cette idéologie raciste aux jeunes générations ?

Faut-il rappeler ici que l'antisémitisme, devenu le dommage collatéral de l'antiracisme, ne sera jamais, dans les faits, une cause nationale en France, la résolution n°2403 (non contraignante) présentée en 2019 par l'Assemblée Nationale ayant été adoptée alors même que 53% des députés avaient jugé bon de déserter l'hémicycle ?

Faut-il rappeler ici que la France apporte systématiquement son vote aux résolutions révisionnistes de l'ONU ou de l'UNESCO niant la présence juive dans l'Israël biblique et sur ses lieux les plus sacrés, en dépit des preuves historiques et archéologiques ?

Faut-il rappeler ici qu'au premier tour des dernières élections présidentielles, les suffrages de nos concitoyens se sont portés à 40 % sur les partis d'extrême-gauche et d'extrême-droite ?


Monsieur le Grand Rabbin,

La vision hémiplégique développée dans votre tribune n'est pas seulement consternante, elle est tout simplement scandaleuse ! Elle prolonge en effet malheureusement si bien cette phrase prononcée au lendemain de la profanation du cimetière juif de Quatzenheim, par un de nos rabbins, affirmant dans un discours : "Les Juifs sont les spectateurs impuissants d’une situation qui ne cesse de se dégrader" et qui est devenue le symbole du renoncement et du défaitisme d'un judaïsme servile porté par des dirigeants pusillanimes.

En effet, nous ne sommes "impuissants" que parce que les dirigeants du judaïsme français ont choisi de l'être !

Comment comprendre sinon le silence assourdissant des dirigeants du judaïsme institutionnel qui tolèrent, depuis des années, la remise en cause récurrente de la cacherout ou de la circoncision, sans jamais protester ?

Comment comprendre sinon le silence assourdissant des dirigeants du judaïsme français s’accommodant du double discours et de la falsification de l’histoire par les pouvoirs publics qui ne sont jamais dénoncés ou contredits ? On se souviendra particulièrement avec quelle pusillanimité les dirigeants du judaïsme français acceptèrent sans broncher le raccourci saisissant, véritable contre-vérité historique, du Président Macron dans son discours d’inauguration du Centre Européen du Judaïsme (29 octobre 2019) : « malgré leur statut de dhimmi les Juifs ont rayonné » ; en somme le statut humiliant et discriminatoire du dhimmi, sa condition obligatoire d’infériorité et d’extrême vulnérabilité, ce n’était pas si mal, semblait dire le Président de la République, sans qu’aucun représentant juif n’y trouve à redire.


Monsieur le Grand-Rabbin,

Les Juifs n'ont pas besoin d’être aimés ; ils ont besoin d'être respectés ! Encore faudrait-il qu’ils se respectent eux-mêmes !

Mais comment le pourraient-ils lorsque leurs dirigeants eux-mêmes ont honte d’afficher les symboles de l’identité juive et de déployer le drapeau d'Israël dans des manifestations en France alors que celui-ci flotte fièrement sur les places de Baden-Baden, de Venise, de tant de lieux dans le monde et est arboré tous les jours par des visiteurs à Auschwitz ?

Comment le pourraient-ils lorsque les dirigeants d’un consistoire ont accepté que deux de ses membres s’inclinent devant le mausolée du terroriste Arafat à Ramallah, au cours d’un voyage avec le Maire de Strasbourg ?

Comment le pourraient-ils lorsque l’establishment juif préféra lâcher Georges Bensoussan et le faire taire sous l’accusation fallacieuse d’islamophobie, pour promouvoir le mythe de l’idylle entre Juifs et musulmans d’Afrique du Nord, alors que le million de Juifs spoliés et chassés des pays arabo-musulmans entre 1947 et 1970 et leurs descendants savent très bien ce qu’ils doivent à l’antisémitisme musulman !

Comment le pourraient-ils enfin lorsque l’antisémitisme n’est pas réellement combattu, en dépit de la proximité affichée de nos responsables avec les pouvoirs publics, en dépit de tous les discours, tous les vœux pieux, toutes les incantations « plus-jamais-çà », toutes les belles promesses et les bonnes résolutions qui permettent de soulager à bon compte les consciences des responsables publics et qui restent invariablement sans suites ?


Monsieur le Grand-Rabbin,

La richesse de la vie juive en France et sa grande diversité ne sauraient masquer ni sa désunion ni les choix désastreux du judaïsme institutionnel français :

Historiquement, empathique et solidaire vis-à-vis de l’Etat d’Israël, il est néanmoins toujours resté hermétique aux valeurs du sionisme ;

Dans les années 1990, en réaction au communautarisme musulman, le judaïsme institutionnel français a fait le choix du communautarisme et du repli identitaire au lieu de défendre la laïcité qui a toujours été un gros mot. Dans votre tribune, vous affirmez votre attachement à la laïcité, mais tout dans nos rues, dans nos communautés et surtout dans nos écoles prouve le contraire. La laïcité protégeait les religions minoritaires qu’elle considérait à égalité ; le communautarisme, c’est la loi du nombre… ;

Ainsi, depuis plus de trente ans, la voix médiane et intellectuelle du judaïsme français a disparu pour ne laisser aux fidèles que le choix entre la voie libérale et l’ultra-orthodoxie ; (cette voie médiane pourrait tout à fait se régénérer dans un sionisme religieux).

De plus, durant cette période de résurgence de l’antisémitisme, le judaïsme institutionnel n’a eu qu’une réponse à l’antisémitisme : ce sont toujours les mêmes consternations, les mêmes indignations, les mêmes tristesses, les mêmes effarements, les mêmes nausées, les mêmes écœurements, les mêmes discours, et parfois les mêmes dénis de ceux qui sont toujours prompts à dénoncer l’antisémitisme d’extrême-droite et qui ne veulent pas voir l’antisémitisme musulman ou celui issu de l’extrême-gauche soi-disant progressiste. Ce sont aussi toujours les mêmes marches silencieuses et les mêmes allumages de bougies, symboles forts de dignité s’il en est, mais dont on voit bien qu’ils ne produisent pas l’effet escompté dans la société, et qui ne peuvent être interprétés dans le contexte actuel que comme une marque de faiblesse et de résignation.


Monsieur le Grand-Rabbin,

Depuis presque dix ans maintenant, 50000 Juifs (10 % des Juifs de France) qui ne manquent pas de courage, ont choisi de quitter la France pour Israël, non par peur, mais parce qu’ils sont arrivés à la conclusion logique d’une analyse que vous refusez de faire : celle de la dégradation irréversible d’une situation qui ne s’améliorera pas, du fait du laxisme et de l’ambiguïté des pouvoirs publics, dégradation d’une situation dont les candidats à l’alya ne veulent plus être les « spectateurs impuissants ».

Faire son alya ou ne pas la faire est un choix personnel éminemment respectable. Mais il y a aussi une dimension collective dans l’alya et je constate hélas que le judaïsme institutionnel français n’avait rien à dire aux 50000 Juifs qui sont partis et qu’il n’a toujours rien à dire ni à proposer aux 30% à 50% (pandémie oblige !) qui l’envisagent. Les responsables actuels reproduisent l’erreur de leurs aînés d’il y a 80 ans, qui étaient totalement opposés à la démarche sioniste et qui méprisaient les juifs sionistes. Depuis vingt ans, non seulement, le judaïsme institutionnel n’arrive pas à obtenir des progrès sur le combat contre l’antisémitisme, mais il s’obstine à ancrer les Juifs en France dans une unité de façade et incarne si bien les dix explorateurs qui, arrivés aux bornes d'Eretz Israël, ne voulaient pas y entrer.

Alors serait-ce simplement trop demander que le judaïsme institutionnel ait un peu de considération pour 30 % à 50 % de coreligionnaires, candidats à l’alya ? Une alya réussie se prépare et j’aimerais beaucoup qu’il y ait, à l’instar des rabbins pour la jeunesse ou des aumôniers, des rabbins qui consacrent une partie de leur temps et de leur énergie à une préparation pratique et spirituelle des candidats à l’alya (langue, démarches administratives, recherche d’emploi,…), ce qui ne nécessite pas des moyens financiers extraordinaires. Concernant l’apprentissage de l’ivrit, je note hélas que le parti-pris de l’éducation religieuse juive en France (écoles et talmuds-torah) a toujours donné la priorité au ‘Houmach, à la Michna ou à la Guemara, plutôt qu’à la langue permettant de comprendre et de s’approprier le texte, qui est aussi la langue vivante du peuple juif.


Monsieur le Grand-Rabbin,

Comme vous, je suis profondément attaché à nos racines séculaires, aux racines de la France, à la culture, à l’histoire, à la littérature françaises, bref au génie français. Comme vous, je suis attaché à la France et à notre mode de vie. Mais pas à n’importe quel prix ! Nous Juifs, plus que d’autres sans doute, avons un devoir de vigilance.

Votre tribune qui reflète parfaitement la position des dhimmis heureux en Galout et ma réponse sont les éléments d’une controverse clivant le judaïsme français, et qui ne sera pas réglée : votre message « jusqu’ici tout va bien… » ne peut être en effet une réponse valable pour tous ceux qui vous demandent - ce que je fais maintenant - où se situe la ligne rouge et si elle n'est pas déjà dépassée... J'y ajouterai une question supplémentaire : rétrospectivement, à la lumière de l’Histoire, doit-on considérer que les Juifs allemands et les Juifs d’Europe auraient dû quitter leurs pays en 1933, en 1935, en 1938 ou pas du tout ?


Monsieur le Grand-Rabbin,

« Liquidez la Galout ou la Galout vous liquidera » avait prédit Jabotinsky. La Galout a déjà fait son œuvre, aussi bien dans l'assimilation galopante que dans la résurgence d'un antisémitisme qui tue nos coreligionnaires, assassinés parce que Juifs.

Nous Juifs, plus que d'autres, savons que l'Histoire est déterministe : nos textes ne nous enseignent pas seulement le passé, mais nous dévoilent aussi en filigrane des pans de l'avenir, et notamment la fin de la Galout.

Le sens de l'Histoire, c'est que les promesses divines faites aux patriarches ont été réalisées par une minorité courageuse et confiante, alors que 80% des Hébreux se satisfaisaient d'une routine confortable en Egypte et y sont restés !

Le sens de l’Histoire, c’est qu’aux propos antisémites succèdent invariablement des actes antisémites !

Le sens de l'Histoire, c'est que le sionisme est la seule réponse à l'antisémitisme !

Le sens de l'Histoire, c’est que les pessimistes qui se sont défiés d’un pays où prévalait une idéologie antisémite et où s’effondraient la démocratie et la civilisation, ont perpétué leur identité et leur spécificité juives ailleurs, tandis que les optimistes ont fini à Auschwitz !

Le sens de l'Histoire, c'est la réalité de l'existence de l'Etat d'Israël sur sa terre historique.

Le sens de l'Histoire dont vous refusez l'évidence, c'est qu'Israël est le passé, le présent et l'avenir du peuple juif !


Je vous prie de recevoir, Monsieur le Grand-Rabbin de France, mes salutations sionistes et mon cordial chalom.

Jean-Marc Lévy (jmlstbg@yahoo.fr)
Docteur ès Sciences
Vice-Président d'Israël Is Forever Alsace


Donc avec l'antisionisme ambiant de nos dirigeants, les forces sionistes ne sont pas reconnues et a fortiori ne bénéficient d'aucune aide. On n'est pas sorti de l'auberge... !
Salutations M. Lurçat et bravo !

Jean-Marc Lévy (jmlstbg@yahoo.fr)
Vice-Président d'Israël Is Forever Alsace
Inscription à la Newsletter d'IIF-Alsace : iif.sxb@gmail.com

Amos Zot 06/02/2021 17:17

Excellente description de la situation des Juifs français mais qui est compréhensible vu les dangers physiques. Ce qui par contre, est incompréhensible; le fait que les Israéliens ne se sont pas encore organisés pour lutter efficacement contre l'antisémitisme dont le double standard à l'encontre d'Israël et de ses politiciens. Antisémitisme venant des Israéliens juifs et non-juifs qui devrait être sanctionné par des peines de prison fermes.

Husselstein Dorah 06/01/2021 11:22

Ce que j'ai trouve encore plus regrettable c'est la participation aux manifestations pro-palestiniennes a STRASBOURG de personnes impliquees dans l'interreligieux et croyez moi ils n"etaient pas la en tant qu'observateur. Je vis en Alsace du Nord dans un milieu protestant particulierement pro-palestinien. Nous avons a cote de nous le president des amis de SABEEL organisme que vous connaissez certainement pour sa theologie de la liberation de la Palestine

06/01/2021 15:05

Chère Mme Husselstein
Très intéressant.