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PARUTION DU LIVRE : “JUSQU’A LA VICTOIRE!” La plus longue guerre d’Israël - Chroniques 2023-2025

October 6 2025, 09:11am

Posted by Pierre Lurçat

PARUTION DU LIVRE : “JUSQU’A LA VICTOIRE!” La plus longue guerre d’Israël - Chroniques 2023-2025
Chers amis, 
 
J'ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon nouveau livre,
 
Hag Saméakh!
 
 
 

Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel” 

Jacques Dewitte


La plus juste des guerres imposées à Israël par ses ennemis est aussi la plus longue et la plus difficile. Ces chroniques, parues entre octobre 2023 et septembre 2025, tentent de refléter aussi fidèlement que possible l'état d'esprit et l'opinion publique d'Israël, tant dans ses divisions que dans l'unité fondamentale de l'après 7-Octobre. Elles n'éludent aucune question: ni celle des responsabilités du terrible échec du 7-Octobre, ni celle de la folie auto-accusatrice du camp "Tout sauf Bibi", qui sape les fondements de l'unité nationale retrouvée dans le sang et les larmes. Mais elles expriment surtout l'optimisme et la vitalité incroyables d'une société qui sait pourquoi elle combat et qui est prête à payer le prix de sa survie et de sa victoire nécessaire. Cette combativité que bien des pays occidentaux lui envient est le secret de sa résilience. 

 

Préface de Jacques Dewitte.


Disponible sur Amazon et bientôt dans toutes les bonnes librairies!
 

_____________________________________________________________________________

 

Éditeur ‏ : ‎ L'éléphant/B.O.D

Date de publication ‏ : ‎ 3 octobre 2025

Langue ‏ : ‎ Français

Nombre de pages de l'édition imprimée  ‏ : ‎ 382 pages

ISBN-10 ‏ : ‎ 2322637564

ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2322637560

Poids de l'article ‏ : ‎ 649 g

Dimensions ‏ : ‎ 15.24 x 2.21 x 22.86 cm


 

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Lettre ouverte à Alain Finkielkraut qui a “honte d’Israël” et soutient le projet chimérique et dangereux d’E. Macron

September 30 2025, 08:17am

Posted by Pierre Lurçat

Lettre ouverte à Alain Finkielkraut  qui a “honte d’Israël” et soutient le projet chimérique et dangereux d’E. Macron

“Je ne peux pas me contenter d’être en colère [contre le gouvernement israélien]... Je suis compromis, je suis sali, je suis souillé en tant que Juif!”                               

A. Finkielkraut sur France Info, 21 septembre 2025

Cher Alain Finkielkraut,

 

Votre radotage incessant concernant la ‘solution à deux Etats” aura fini par porter ses fruits. Non certes, que M. Macron ait eu besoin de vous pour le convaincre qu’il fallait que la France se place en tête d’une nouvelle croisade anti-israélienne (et antisémite, disons-le)! Non, Macron n’écoute pas la voix des intellectuels et des conseillers juifs, qui lui servent tout au plus de dérisoire “feuille de vigne” médiatique, pour dissimuler le fait évident que sa politique est dictée par la rue arabe en France et par les bailleurs de fonds qataris… Mais vous devez tout de même être fier de savoir qu’un président français a octroyé – le jour même du Nouvel An juif – le plus beau cadeau que les ennemis d’Israël pouvaient espérer après le 7-Octobre: la reconnaissance d’un “Etat palestinien”.

 

C’est une belle “victoire” pour vous, qui affirmez sans cesse que “le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”, et qui répétez comme un mantra, depuis quatre décennies, qu’il faut “mettre fin à l’occupation” en optant pour la “solution à deux Etats”’… Peu importe de savoir si la “solution à deux Etats” ressemble beaucoup, dans l’esprit de ces Palestiniens que vous soutenez avec une telle constance, à la “solution finale” de la question juive à laquelle le père fondateur du nationalisme palestinien, Hadj Amin al-Husseini, a tant contribué… Après tout, les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

 

Je fais partie de ceux qui déplorent depuis longtemps votre aveuglement concernant Israël et la dissonance cognitive qui vous permet de vous flatter d’appartenir depuis 40 ans au “camp de la paix” israélien (sinistre expression qui remonte à l’ex-Union soviétique, et qui aurait sans doute fait honte à votre ami Milan Kundera), et au camp anti-Bibi aujourd’hui, tout en adoptant en France des positions plus proches de la droite de la droite que de la gauche bien-pensante… J’ai longtemps cru, comme d’autres, que cet entêtement (ce radotage pour employer vos propres termes[1]) tenait avant tout à un manque d’information.

 

Car l’Etat d’Israël que vous connaissez et que vous chérissez, celui d’Itshak Rabin et d’Amos Oz, ressemble aux belles photos noir et blanc des années 1980 de Didier Ben Loulou… Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Jourdain depuis et l’image d’Epinal que vous cultivez d’Itshak Rabin, le “héros de la paix assassiné par un extrémiste juif”, ne décrit pas la complexité d’Israël. De manière générale, votre vision d’Israël est marquée par des simplifications extrêmes et par des oppositions binaires et manichéennes.

 

Mais voilà que votre cécité sur la réalité d’Israël et de ses ennemis vous conduit à vous faire l’avocat du pire président qu’a connue votre pays, la France, depuis les débuts de la 5e République. Celui qui a transformé les Juifs (vous y compris) en parias dans leur propre pays, celui qui a réinstauré en France un boycott d’Israël et un “Statut des Juifs”, qu’on croyait aboli en 1945, et celui qui prétend offrir un Etat aux terroristes du Hamas et du Fatah, devient dans votre bouche digne de respect et de soutien ! Preuve qu’on ne peut être aveugle concernant Israël et lucide concernant la France et sa politique.

 

Votre récent cri du cœur sur France Info, dans lequel vous affirmez être “compromis, sali et souillé (sic) en tant que Juif” par la politique israélienne, montre à quel point votre détestation du camp national et religieux en Israël relève d’une véritable phobie, presque pathologique et largement irrationnelle. Car qu’est-ce qui peut objectivement justifier ce sentiment de “salissure”? J’ai récemment tenté d’analyser la posture des Juifs qui se distancient d’Israël, et votre cas aurait mérité de longs développements. Cette “salissure” que vous dites ressentir à cause du gouvernement israélien relève visiblement de cette “haine de soi juive”, magistralement analysée par Theodor Lessing il y a un siècle.

 

Charles Rozjman a raison d’évoquer (au sujet de Delphine Horvilleur) un “judaïsme qui rêve de pureté dans un monde qui ne lui a jamais accordé le droit d’exister”. Mais ce rêve de pureté est illusoire et dangereux. Plusieurs penseurs sionistes ont relevé depuis longtemps le paradoxe d’un “judaïsme aux mains propres”... mais qui n’a pas de mains. Aujourd’hui, Israël se défend et se bat pour sa survie ! J’ajoute que nous n’avons nullement à rougir, nous Juifs d’Israël, ni de la manière dont Tsahal nous défend, ni de la politique de notre gouvernement. Non seulement Israël ne commet aucun “crime de guerre”, mais il révèle au monde entier une nouvelle manière de faire la guerre, plus juste et plus humaine.

 

Cher Alain Finkielkraut, en cette veille de Yom Kippour, j’ai envie de vous dire : cessez d’admonester notre gouvernement et notre Etat, que vous affirmez “aimer”. Revenez vers notre peuple, vers votre peuple ! Oubliez votre “souillure”, qui est en réalité celle de l’existence juive en Galout et de ses compromissions quotidiennes et venez vous tremper dans le mikvé de la terre d’Israël et de sa Torah que vous méconnaissez. Venez rencontrer le peuple d’Israël, dans toute sa diversité et sa richesse humaine, au lieu de fréquenter uniquement ces universitaires kaplanistes qui vous abreuvent de leur fiel. Et venez aussi rencontrer les pionniers juifs de Judée-Samarie, au lieu de les calomnier dans les médias français ! Vous finirez peut-être par comprendre combien Israël est beau et pur, comme un tallith immaculé ! Gmar Hatima tova.

Pierre Lurçat

NB Mon nouveau livre, Jusqu'à la victoire! La plus longue guerre d'Israël - Chroniques 2023-2025 paraîtra courant octobre.

 

 

 

[1]Je plaide depuis bientôt quarante ans pour la fin de l’occupation et la solution de deux Etats. Et je reviens inlassablement à la charge, je prends même le risque du radotage…” (A. Finkielkraut, A la première personne, p. 47).

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CHANA TOVA! Très bonne année 5786 à mes lecteurs!

September 21 2025, 08:16am

Posted by Pierre Lurçat

CHANA TOVA! Très bonne année 5786 à mes lecteurs!

J'adresse à tous les lecteurs de VuDeJérusalem mes voeux de "Chana Tova", une bonne année 5786, pleine de bonheur et de joies pour vous et votre famille! 

לשנה טובה תכתבו

Que cette année soit celle de la Victoire pour Israël!

CHANA TOVA! Très bonne année 5786 à mes lecteurs!

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Un "génocide" à Gaza? - Analyse socio-politique de la posture morale des Juifs qui se dissocient d’Israël

September 18 2025, 13:45pm

Posted by Pierre Lurçat

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

Je publie ici de larges extraits de mon intervention au colloque organisé par Shmuel Trigano au centre Begin de Jérusalem mardi dernier. L'ensemble des interventions seront prochainement publiées sous forme de livre numérique. On peut également écouter mon intervention (et les autres) sur la chaîne Youtube du centre Begin, ici : « Génocide » à Gaza ? Analyse socio-politique des Juifs se dissociant d’Israël | Pierre Lurçat

 

Depuis le 7-Octobre 2023, on assiste à un double phénomène parmi les intellectuels juifs de gauche, qu’on pourrait décrire comme à la fois comme une radicalisation et comme un effacement progressif des frontières entre la gauche sioniste et l'extrême gauche antisioniste. Pour illustrer ce phénomène nouveau, je prendrai pour exemples des figures juives et israéliennes qui parlent "de l'intérieur": Horvilleur, Grossman, Finkielkraut, etc.  Ce faisant, je les distinguerai de ceux que nous avions étudiés dans un numéro de la revue Controverses paru en 2007, consacré aux “Alterjuifs”.

 

Sans entrer dans le détail de l’analyse, disons que les Alterjuifs parlent “de l’extérieur”, en revendiquant publiquement leur non-appartenance au Klal Israël (ils sont comme le fils dont parle la Haggada qui s’exclut du Klal…). Ces Alterjuifs ont depuis toujours critiqué et condamné l’Etat d’Israël, bien avant le 7-Octobre. Pour illustrer la différence entre les 2 catégories/postures, je citerai ce post du cinéaste israélien Eyal Sivan, après l’interview de David Grossman dans La Republica: “Business as usual. À l’ombre du génocide à Gaza, M. Nicolas Weill, commissaire aux affaires juives du journal Le Monde, discute poliment littérature avec M. David Grossman, mascotte tortueuse de la gauche sioniste. Ça doit être ça la vraie civilisation…” Aux yeux d’un alterjuif comme Sivan, David Grossman reste un méchant ‘sioniste’ même quand il accuse Israël de génocide !

 

La nouveauté sur laquelle je voudrais ce soir attirer l’attention est donc celle des Juifs de l’intérieur qui en viennent à se désolidariser d’Israël et à l’accuser des pires abjections. Comment ces Juifs “de l’intérieur” arrivent-ils à parler de génocide” (Grossman), à soutenir que le problème d'Israël n'est pas le Hamas mais Netanyahou (Finkielkraut) ou à défendre la reconnaissance d'un Etat palestinien par Emmanuel Macron (Horvilleur, F. Encel, Finkielkraut)?

 

Une explication sociologique


            Contrairement aux alterjuifs qui parlent de l'extérieur, ces intellectuels juifs qu’on pourrait qualifier d’"organiques" ou d’institutionnels ont une forme de loyauté envers le collectif juif et/ou israélien… Or, leur positionnement est devenu plus compliqué depuis le 7-octobre. Ils doivent se montrer solidaires d'Israël, tout en préservant leur statut social et symbolique de membres d'une "élite" juive reconnue, ou d'un etablishment culturel ou médiatique… Cette problématique n'est certes pas entièrement nouvelle, et j’en donnerai pour premier exemple le cas de l’écrivain israélien David Grossman, auquel je me suis intéressé depuis longtemps.

 

Le cas David Grossman

 

Comme j'avais tenté de le montrer il y a une dizaine d'années, Grossmann n'est pas libre de ses opinions... Il doit verser le tribut de sa reconnaissance médiatique et de la place qu'il a accepté d'occuper… J’avais à l’époque analysé sa prise de position très virulente contre le projet israélien d’attaquer les centrales nucléaires iraniennes (on a un peu de mal à imaginer aujourd’hui que le “gratin” intellectuel et sécuritaire israélien était contre à l’époque…). Le plus scandaleux dans ces propos de Grossman était leur concomitance avec des déclarations presque similaires de l’écrivain allemand Günther Grass, accusant Israël de “menacer la paix mondiale” et de vouloir “l’éradication du peuple iranien”.

 

A l’époque, les propos de Grass avaient fait scandale, notamment en raison du fait que celui-ci avait publiquement révélé, quelques années plus tôt, son appartenance aux Waffen-SS dans sa jeunesse. Mais les propos similaires de Grossman avaient bénéficié, eux, d’une totale indulgence… Grossman accusait pourtant le premier ministre Nétanyahou de recourir à une « rhétorique apocalyptique » et d’être prêt à sacrifier des civils iraniens innocents et à déclencher une « catastrophe immédiate et annoncée » pour éviter un risque hypothétique… Comme je le rappelle dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, la fondation Günter Grass avait en effet accordé à Grossman le prix Albatros en 2008. Ce n’était pas le premier prix allemand décerné à l’écrivain israélien, qui avait déjà obtenu le « Buxtehuder Bulle », et il est également Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

 

D’autres écrivains israéliens ont reçu des prix en Europe, et notamment en Allemagne, comme Amos Oz, titulaire du Prix Goethe. On peut y voir une simple marque d’estime et de reconnaissance pour leur talent d’écrivain. Mais ce serait une erreur à mon avis. Car ces prix prestigieux, parfois dotés de montants considérables, créent des liens de dépendance et d’allégeance entre les écrivains israéliens et les pays européens, connus pour leur hostilité à la politique israélienne… Le prix à payer, pour David Grossman comme pour les autres écrivains-pacifistes adulés des médias européens, est de continuer encore et toujours à accuser le gouvernement et l’Etat d’Israël, et à s’opposer à toute action militaire de Tsahal, à Gaza ou en Iran, fut-ce contre des ennemis voués à notre destruction.

 

Je n’ai rien à modifier à cette analyse datant de 2014, sinon que la pression exercée sur les écrivains israéliens pacifistes par leur public européen et par les institutions qui les invitent, les récompensent et les choyent est devenue encore plus intense et irrésistible depuis le 7-Octobre… On voit même des intellectuels/artistes proclamer en vain leur “soutien à la paix” et à un Etat palestinien et être malgré tout boycottés (comme le chorégraphe Ohad Naharin). Tout cela ressemble de plus en plus à l’atmosphère des Procès antijuifs sous Staline !

 

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

 

Idem de Delphine Horvilleur qui doit ménager à la fois son public juif et sioniste et son aura médiatique... Ce n’est pas facile ! D'où ses exercices de contorsionniste et ses acrobaties intellectuelles, dans la revue Tenoua qu'elle dirige, pour exprimer à la fois sa compassion pour les otages et sa solidarité avec Israël, et sa compassion pour les civils de Gaza...  Dans un entretien sur Akadem début 2024, Delphine Horvilleur trouvait ainsi “abject” et révoltant le fait que l’armée israélienne “tue tellement de Palestiniens” à Gaza. Et Ruben Honigman qui l’interviewait abondait dans son sens.

 

Dans cette position de funambule souvent pathétique et de moins en moins crédible, on reconnaît le fameux « en même temps » macronien dont Horvilleur se réclame expressément : “Il leur faut constamment « en même temps » rappeler la légitimité absolue de la réponse militaire au 7 octobre contre les terroristes islamistes du Hamas et leur projet d’extermination et dénoncer la poursuite d’une guerre, dont les buts sont devenus flous aujourd’hui, les propos déshumanisants de membres fanatisés d’un gouvernement et leurs projets d’occupation ou d’annexion qui garantiront une guerre sans fin.

 

Bien entendu je ne prétends pas excuser cette posture en montrant tout ce qu'elle a de difficile à tenir et de quasiment intenable… Pour me résumer et conclure sur cette 1ere explication, je dirais qu’il y a une forme de corruption “passive” dans cette attitude des intellectuels ou des écrivains juifs et Israéliens… Ils acceptent de payer le prix politique et idéologique exigé pour conserver leur statut social/symbolique/médiatique...

 

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

 

Idem de Delphine Horvilleur qui doit ménager à la fois son public juif et sioniste et son aura médiatique... Ce n’est pas facile ! D'où ses exercices de contorsionniste et ses acrobaties intellectuelles, dans la revue Tenoua qu'elle dirige, pour exprimer à la fois sa compassion pour les otages et sa solidarité avec Israël, et sa compassion pour les civils de Gaza...  Dans un entretien sur Akadem début 2024, Delphine Horvilleur trouvait ainsi “abject” et révoltant le fait que l’armée israélienne “tue tellement de Palestiniens” à Gaza. Et Ruben Honigman qui l’interviewait abondait dans son sens.

 

Dans cette position de funambule souvent pathétique et de moins en moins crédible, on reconnaît le fameux « en même temps » macronien dont Horvilleur se réclame expressément : “Il leur faut constamment « en même temps » rappeler la légitimité absolue de la réponse militaire au 7 octobre contre les terroristes islamistes du Hamas et leur projet d’extermination et dénoncer la poursuite d’une guerre, dont les buts sont devenus flous aujourd’hui, les propos déshumanisants de membres fanatisés d’un gouvernement et leurs projets d’occupation ou d’annexion qui garantiront une guerre sans fin.

 

Bien entendu je ne prétends pas excuser cette posture en montrant tout ce qu'elle a de difficile à tenir et de quasiment intenable… Pour me résumer et conclure sur cette 1ere explication, je dirais qu’il y a une forme de corruption “passive” dans cette attitude des intellectuels ou des écrivains juifs et Israéliens… Ils acceptent de payer le prix politique et idéologique exigé pour conserver leur statut social/symbolique/médiatique.

 

La dimension psychologique : La “haine de soi juive” revisitée

 

J'en viens à la deuxième explication qui fait appel au fameux concept développé par Théodore Lessing dans son livre La haine de soi juive publié à Berlin en 1930. Lessing a d’autant mieux compris et analysé le phénomène qu’il en a été lui-même victime, se convertisseur en 1920 au luthéranisme, avant de “refaire son âme” en revenant à son peuple, comme le rappelle André Neher dans son beau livre Jérusalem, vécu juif et message. Neher rappelle aussi, dans ce livre paru après la Première Guerre du Liban, que le dramaturge israélien Yehoshua Sobol avait porté à la scène la figure tragique d’Otto Weininger (un des cas étudiés par Th. Lessing), et que le jeune public israélien de l’époque trouvait des échos de leurs propres inquiétudes dans la figure de Weininger…

 

Le concept de la haine de soi juive (jüdische Selbsthass) est bien connu mais parfois mal compris. Il est vrai que les études de cas réunies par Lessing n'ont pas grand-chose à voir à première vue avec les intellectuels et figures médiatiques dont je parle ce soir. Est-ce que Delphine Horvilleur souffre de haine de soi ? Non de toute évidence. C'est une Juive qui s'aime beaucoup ! Beaucoup trop sans doute… Mais Lessing ne parle pas de Juifs qui se détestent, mais qui détestent une partie d'eux, de leur identité et de leur appartenance collective…

 

Quand David Grossman accuse son pays, son peuple et son armée de génocide à Gaza, il s'agit bien de haine de soi. D. Horvilleur a beau jeu de prétendre, dans un exercice de funambulisme intellectuel comme elle en est coutumière, que Grossman dit autre chose, ou qu'il dit une chose et son contraire. Elle réussit le tour de force de ne pas dire qu’il ne s’agit pas d’un génocide : l’avenir dira, par la voix des juristes et du droit, quel nom porte ce qui arrive aujourd’hui à Gaza, et plus largement au Proche-Orient. Mais l’urgence est ailleurs et devrait être absolue pour tous : faire que l’horreur s’arrête pour les uns et les autres, que les otages soient libérés, que les enfants soient nourris, que les innocents soient protégés, qu’une solution politique interrompe enfin le cycle infini de ces violences.”

 

J’avais publiquement interpellé Delphine Horvilleur quelques mois avant qu’elle ne soutienne la position de D Grossman, alors qu’elle avait accusé Tsahal d’affamer les enfants de Gaza et dénoncé la “faillite morale” d’Israël (citation d’Horvilleur: “C’est donc précisément par amour d’Israël que je parle aujourd’hui. Par la force de ce qui me relie à ce pays qui m’est si proche, et où vivent tant de mes prochains. Par la douleur de le voir s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale. Par la tragédie endurée par les Gazaouis, et le traumatisme de toute une région…”)

P. Lurçat

Un "génocide" à Gaza? -  Analyse socio-politique de la posture morale des Juifs qui se dissocient d’Israël

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« L’attaque mondiale contre le Peuple juif ». Un Colloque sous la direction de Shmuel Trigano le 16/9

September 12 2025, 08:28am

« L’attaque mondiale contre le Peuple juif ». Un Colloque sous la direction de Shmuel Trigano le 16/9

Le Centre Begin et l’Université Populaire du Judaïsme sont heureux de vous convier à un colloque exceptionnel dirigé par le Pr Shmuel Trigano , dans le contexte de la vague de reconnaissance de l’État de Palestine par plusieurs pays lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre :

L’ATTAQUE MONDIALE CONTRE LE PEUPLE JUIF   

Un événement pour analyser la résurgence de la haine anti-juive post-7 octobre, ses manifestations mondiales et son impact sur l’identité juive et israélienne. 

Programme :

17h00-18h35 : L’État d’Israël au ban des nations
Interventions de Shmuel Trigano, Richard Darmon, Me Michel Calvo, Léon Rozenbaum, Denis Elkoubi.

Collation 

18h50-19h50 : L’impact israélien : la crise identitaire
Interventions de Pierre Lurçat, Shmuel Trigano, Rav Oury Cherki.

19h50-20h00 : Débat ouvert 

Intervenants : Experts en géopolitique, droit international, pensée juive et sionisme.

Mardi 16 septembre

Dès 16h30

Au Centre Begin:  Sh.A. Nakhon St 6, Jerusalem, 9411014

PAF: 40₪

 Programme complet et réservations:
https://did.li/Colloque-16-9 


 Réservez dès maintenant! Venez nombreux pour un débat éclairant !

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Au lendemain de l’attentat de Jérusalem : le peuple ‘harédi en armes ?

September 9 2025, 08:16am

Posted by Pierre Lurçat

Un soldat de l'unité Hashmonayim, photo O. Fitoussi

Un soldat de l'unité Hashmonayim, photo O. Fitoussi

 

Comme je l’écrivais il y a tout juste un an, la “bonne nouvelle” de l’après 7-Octobre est qu'Israël n’a pas oublié le métier des armes, malgré trois décennies de lavage de cerveau post-sioniste, et qu’il est prêt à s’engager jusqu’au sacrifice suprême pour défendre sa terre et son peuple. Or, au lendemain du terrible attentat de Ramot à Jérusalem qui a coûté la vie à six Israéliens, il s’avère que cette bonne nouvelle concerne tout le peuple d’Israël, y compris la population ultra-orthodoxe, qu’on a trop facilement tendance à exclure du collectif israélien.

 

C’est ce que signifie le fait crucial que ce sont deux jeunes Juifs orthodoxes armés qui se sont les premiers portés au secours des passagers de l’autobus et ont liquidé les 2 terroristes : le premier, un soldat de l’unité orthodoxe Hashmonayim, et le second, un civil étudiant de yeshiva qui détenait un port d’arme. Ainsi, malgré le fait que le public orthodoxe ne porte pas encore – dans sa grande majorité – le fardeau de la défense de notre pays et de ses frontières, les signes du changement tant attendu se font déjà sentir.

 

Ce changement est le fruit des profonds bouleversements que traverse la société juive orthodoxe depuis plusieurs décennies, et qui se sont accélérés depuis le 7-Octobre. A cet égard, les manifestations contre la conscription sont un combat d’arrière-garde de la direction du public orthodoxe, qui comprend parfaitement que les choses sont en train d'évoluer… Mais ce changement est également le fruit d’une politique clairvoyante qui concerne à la fois les civils et les militaires.

 

A cet égard, l’unité orthodoxe Hashmonayim (“Hasmonéens”) est un premier succès vers la création d’unités adaptées au public orthodoxe, à ses besoins spécifiques et à ses valeurs. Mais il faut également saluer la politique du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir. C’est grâce à lui que des dizaines de milliers de citoyens sont aujourd’hui armés et sont souvent les premiers à arriver sur le lieu des attentats et à neutraliser les terroristes, comme l’a fait hier cet étudiant de yeshiva courageux.

 

“Le peuple en armes”: cette expression décrit parfaitement la réalité nouvelle de l’après 7-Octobre, et le secret de la résilience d’Israël après deux ans de guerre. Le jour n'est plus très loin où le public orthodoxe s'engagera lui aussi tout entier dans l'Armée de Défense d'Israël. Ce jour-là, Tsahal n’obéira plus au code éthique de Tsahal et à ses valeurs obsolètes inspirées par l'idéologie progressiste, mais aux valeurs authentiques de la Torah d'Israël. Ad ha-Nitshahon! Jusqu’à la victoire !

P. Lurçat

 

* Mon livre “Am Kalavi, la plus longue guerre d’Israël” paraîtra en octobre aux éditions L’éléphant.

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Les “idiots utiles” du Hamas: Les intellectuels sont-ils le maillon faible du peuple Juif?

September 4 2025, 12:09pm

Posted by Pierre Lurçat

"Une imposture": Delphine Horvilleur

"Une imposture": Delphine Horvilleur

 

1.

Je ne sais pas si BHL a lu l’appel que je lui avais adressé, à lui et à Alain Finkielkraut, après les propos scandaleux de l’écrivain David Grossman évoquant un “génocide” à Gaza. Toujours est-il qu’il s’est finalement démarqué de Grossman, dans son dernier bloc-notes du Point, dans un article intitulé “Les idiots utiles du Hamas” et dans les termes suivants :  “Une ineptie peut être répétée soir et matin. Relayée par de hautes autorités internationales. Validée par de respectables ONG, parmi lesquelles Action contre la faim que j’ai contribué à fonder. Elle peut être reprise, « le cœur brisé », par l’un de mes amis, David Grossman...  Elle n'en reste pas moins une ineptie”.

 

De son côté, Alain Finkielkraut m’a répondu en privé (réponse que je me fais un devoir de publier), disant qu’il était “totalement en désaccord total avec David Grossman”, ajoutant toutefois “je soutiens sans réserve les centaines de milliers de grévistes qui manifestent contre la guerre effrayante que Netanyahou mène à Gaza. Ils sont l’honneur d’israël”. Dont acte. BHL et Finkielkraut ont donc tous les deux pris leurs distances à l’égard de l’écrivain israélien, comme je l’espérais.

 

2.

 

De son côté, Delphine Horvilleur a choisi de ne pas se démarquer des propos de Grossman, se livrant dans la revue Tenoua qu’elle dirige à un laborieux “pilpoul”, dans lequel elle dit en substance deux choses : 1. Que Grossman a raison. 2. Qu’il appartient aux “juristes” de déterminer s’il y a un “génocide à Gaza”. En effet, écrit-elle : "l’avenir dira, par la voix des juristes et du droit, quel nom porte ce qui arrive aujourd’hui à Gaza, et plus largement au Proche-Orient. Mais l’urgence est ailleurs et devrait être absolue pour tous : faire que l’horreur s’arrête pour les uns et les autres, que les otages soient libérés, que les enfants soient nourris, que les innocents soient protégés, qu’une solution politique interrompe enfin le cycle infini de ces violences".

 

L’observateur attentif de l’actualité constatera que la posture adoptée par Horvilleur sur la question du soi-disant “génocide” à Gaza est identique à celle d’Emmanuel Macron, qui a prétendu de son côté que c’était aux historiens qu’il “appartenait de décider” s’il y avait un génocide à Gaza… On ne peut qu’être frappé par la similarité des formulations, Horvilleur réservant aux juristes et Macron aux historiens la responsabilité de trancher sur le soi-disant « génocide » à Gaza.

 

3.

 

Paradoxalement, un de ceux qui ont le mieux caractérisé la posture et la manière de raisonner de la rabbine Horvilleur et sa relation au judaïsme n’est autre qu’Alain Finkielkraut lui-même, qui écrivait à son sujet il y  a quelques années: “Delphine Horvilleur invente un judaïsme tout entier dressé contre le destin juif. Elle réussit le prodige de judaïser le procès du juif charnel. C’est pour moi une imposture, et même une impiété. Tendre à l’hyper modernité, en guise de judaïsme, un miroir où elle rit de se voir si mélangée, ce tour de force me met hors de moi”.

 

Comme l’a bien compris A. Finkielkraut, le judaïsme d’Horvilleur a plus à voir avec le rejet contemporain de l’identité qu’avec la Tradition. Quel rapport avec l’accusation de “génocide” que la rabbine médiatique a reprise sans sourciller à David Grossman ? Je tenterai de répondre à cette question lors du prochain colloque organisé par Shmuel Trigano à Jérusalem le 16 septembre*, en analysant la “posture morale” des Juifs qui Se dissocient d’Israël. Cette posture moralisante repose en fait sur l’invocation constante d’une “conscience morale” individuelle qui n’a rien à voir avec la morale juive authentique, qui repose sur la Loi révélée au Sinaï. Shabbat shalom!

Pierre Lurçat

*INSCRIPTIONS: https://begincenter.smarticket.co.il/en/L_attaque_mondiale_contre_le_Peuple_Juif?id=53516

Les “idiots utiles” du Hamas:  Les intellectuels sont-ils le maillon faible du peuple Juif?

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Ces courtisans juifs qui soutiennent Macron dans sa guerre contre Israël, par P. Lurçat (I)

August 28 2025, 11:30am

Posted by Philippe Karsenty et Pierre Lurçat

Delphine Horvilleur et le couple Macron

Delphine Horvilleur et le couple Macron

 

Emmanuel Macron a déclaré la guerre à Israël. Cela est aujourd’hui évident pour tout observateur lucide et honnête. Certes, pas une guerre au sens militaire classique, mais une guerre idéologique, politique, diplomatique et économique. Il l’a prouvé à maintes reprises ces dernières années, depuis ses multiples interventions contre Israël, dans les médias, en France et dans les instances internationales, en passant par le boycott d’Israël à Eurosatory et jusqu’à la récente initiative pour reconnaître “l’Etat palestinien”, dans laquelle la France a pris la tête d’une nouvelle croisade contre Israël.

 

Ce faisant, Emmanuel Macron a été plus loin dans l’hostilité à Israël que tous ses prédécesseurs. Aucun président français n’a été aussi radicalement hostile à Israël dans sa politique, depuis 1967 et avant même. En réalité, la politique d’E. Macron à l’égard d’Israël et des Juifs restera comme une marque d’infamie dans l’histoire de France. Car cette politique d’hostilité ouverte envers Israël a évidemment des conséquences concrètes pour les Juifs de France, qui sont devenus ces dernières années des parias dans leur propre pays. C’est ce qu’a voulu dire le Premier ministre israélien, lorsqu’il a accusé Macron d’alimenter par sa politique la vague d’antisémitisme qui frappe la France.

 

Le plus stupéfiant dans ce contexte est l’attitude d’une poignée de courtisans juifs, qui prennent systématiquement la défense d’Emmanuel Macron et de sa politique. L’un des derniers en date, et non le moindre, est Frédéric Encel. S’exprimant sur X au-lendemain de la nouvelle polémique franco-israélienne autour des propos de Benjamin Nétanyahou, Encel a écrit que “la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France ne crée ni n’encourage l’antisémitisme ! Cette accusation est historiquement infondée, moralement injuste et politiquement grave qui galvaude et atténue le réel antisémitisme de l’extrême-gauche et de ses idiots-utiles”.

 

En réalité, ce sont les propos de F. Encel qui sont à la fois une erreur politique et une faute morale. Sur le plan politique, Encel occulte en effet le lien évident entre la politique arabe de la France (largement destinée à apaiser les “banlieues”) et l’antisémitisme. Sur le plan moral, il légitime le coup bas porté par Macron à Israël en prétendant offrir un Etat aux Palestiniens pour les “récompenser” du 7-Octobre.

 

Les “Juifs de Macron”: téléguidés ou volontaires ?

 

Récemment, une autre personnalité juive de France a été accusée d’avoir été utilisée par le président Macron : Delphine Horvilleur. En réponse à Charles Rozjman, qui avançait l’hypothèse que les récentes prises de position d’Horvilleur aient été “téléguidées” par l’Elysée, celle-ci a ironisé sur l’immense pouvoir du président capable de “commanditer sa parole” (sic). Mais la réalité est que les courtisans juifs n’ont même pas besoin d’être téléguidés, commandités ou de recevoir des consignes de l’Elysée ! C’est d’ailleurs précisément à cela qu’on les reconnaît : ils devancent l’appel et sont toujours volontaires pour défendre les actions du président de la République, même quand celui-ci a déclaré la guerre à Israël…

 

Les courtisans juifs trouvent toujours des excuses au pouvoir français et réservent leurs reproches et leurs critiques au seul gouvernement israélien ! Dernier exemple en date : celui du rabbin Haïm Korsia, qui prétend que “personne ne peut être d’accord avec Nétanyahou” sur le sujet de l’antisémitisme en France. Si le rabbin Korsia était un peu moins déconnecté de la réalité où vivent les Juifs de France (et l’ensemble des Français), il constaterait au contraire que la majorité des Juifs de France (et aussi des amis d’Israël non Juifs) sont tout à fait d’accord avec le Premier ministre israélien, et qu’à l’encontre de ses propos déconnectés de la réalité, “personne ne peut être d’accord avec Macron”. Encore faudrait-il qu’il sorte de sa bulle médiatique et des palais lambrissés où évoluent les Juifs de cour…(à suivre)

P. Lurçat

 

 

D. Horvilleur et F. Encel

D. Horvilleur et F. Encel

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Littérature, politique et sainteté : Réflexions à l’occasion du Yahrzeit du grand-rabbin Kook

August 25 2025, 08:05am

Posted by Pierre Lurçat

Littérature, politique et sainteté :  Réflexions à l’occasion du Yahrzeit du grand-rabbin Kook

 

Le 90e anniversaire du décès du rabbin Avraham Itshak Hacohen Kook, grand-rabbin de la Palestine mandataire et figure tutélaire du sionisme religieux, est l’occasion de nous pencher sur un aspect important et peu connu de la pensée du rav Kook. Je veux parler de sa conception très particulière de l’art en général et de la littérature en particulier. Avraham Kook est en effet un des rares penseurs religieux juifs de son temps qui a élaboré une pensée abordant les grandes questions de la philosophie. La place qu’occupe l’esthétique dans sa pensée est à cet égard bien moins connue que celle de l’éthique ou de l’herméneutique juive.

 

L’attitude du Rav envers la création artistique en général est marquée d’emblée par un a priori positif : il valorise tout ce qui élève le sentiment du beau. Mais il ne s’agit jamais de “l‘art pour l’art” : car dans sa vision exigeante de l’activité artistique et du sentiment esthétique en général, le Rav attend que l’art élève l’homme vers la sainteté. “Le renforcement du sentiment esthétique en l’homme le prépare à recevoir des lumières supérieures, un trésor spirituel plus élevé qui se donne sans cesse et veut croître avec intensité là où l’on se dispose à le recevoir”.

 

Il convient donc de développer le sentiment artistique, par les créations de la littérature moderne également, “même si elle traite de sujets profanes, parfois de manière très impure[1]. Cette affirmation étonnante repose sur la conviction ancrée chez le rabbin Kook que “la sainteté se révèlera également à partir de la libre poésie” et “qu’une brillante réponse sortira de la littérature profane”. La positivité de l’art – et de la littérature en particulier – n’est donc pas gratuite et absolue : elle est conditionnée par l’espoir qu’il fonde sur lui d’une révélation de la sainteté au sein même de la littérature profane…

 

Une littérature du rabaissement et du désespoir

 

Au regard de cet espoir élevé, quel diagnostic peut-on porter aujourd’hui sur la littérature et sur l’art israélien, 90 ans après la disparition du rabbin Kook ? Force est de constater que les espoirs fondés par le Rav ont été pour l’instant largement déçus. Plus précisément, on peut dire de la littérature israélienne en général qu’elle a trahi l’espoir d’élévation, en se cantonnant le plus souvent au réalisme le plus terre-à-terre et au pessimisme le plus noir, voire à l’abaissement de tout ce qu’il y a de beau, de bon et de sacré en Israël. Qu’on pense simplement aux livres de certains des écrivains les plus choyés de la littérature contemporaine que sont Amos Oz, Yaakov Shabtaï, Ishai Sarid ou Zeruya Shalev, pour ne citer que quatre noms.

 

Chez aucun d’eux, la tendance souhaitée par le Rav de révélation de la sainteté n’apparaît : pis encore, ils se complaisent à exalter des sentiments impurs ou négatifs (Shabtaï, Shalev), ou à tourner en ridicule tout ce qui est sacré pour les Juifs (Sarid). Une autre tendance très présente dans la littérature israélienne, à laquelle j’ai consacré plusieurs analyses depuis une vingtaine d’années, est celle de la transformation des écrivains en chantres politiques – toujours dans le même sens, hostile au sionisme réalisateur et au judaïsme traditionnel – à travers le mythe de “l’écrivain engagé”[2]. Les récents propos de l’écrivain David Grossman, accusant Israël et son armée de “génocide” à Gaza, ne sont que l’illustration la plus extrême d’un phénomène déjà ancien, qu’on pourrait définir comme l’enrôlement des écrivains au service des ennemis de leur propre peuple.

 

Dans ces circonstances, il faut hélas constater que seules de rares voix des lettres israéliennes – pour certaines déjà anciennes – ont confirmé l’espoir que formulait le Rav. Citons notamment Samuel Joseph Agnon, ou encore David Shahar. Pour les autres, on ne peut qu’attendre des générations futures qu’elles finissent par donner naissance à de grands écrivains qui glorifieront le peuple d’Israël, son armée et sa terre, et qui finiront par donner raison à l’espérance prophétique du rabbin Kook de mémoire bénie.

Pierre Lurçat

 

NB Concernant les propos scandaleux de David Grossman, je porte à la connaissance de mes lecteurs la réponse que m’a envoyée Alain Finkielkraut après mon appel public à  se désolidariser de Grossman: “Je suis en désaccord total avec David Grossman et je soutiens sans réserve les centaines de milliers de grévistes qui manifestent contre la guerre effrayante que Netanyahou mène à Gaza. Ils sont l’honneur d’Israël”. Donc acte.

 

[1] Cette citation et les autres sont reprises du beau livre de Yosef ben Shlomo, Introduction à la pensée du Rav Kook, Cerf 1992. Celui-ci ne donne pas la source des citations.

[2] Sur le mythe de “l’écrivain engagé”, je renvoie à mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

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Appel à BHL et Alain Finkielkraut: démarquez vous publiquement des propos de David Grossman!

August 18 2025, 15:40pm

Posted by Pierre Lurçat

Alain Finkielkraut et BHL aux côtés de Benny Lévy z.l

Alain Finkielkraut et BHL aux côtés de Benny Lévy z.l

 

Il faut lire l’entretien stupéfiant avec David Grossman dans le Monde des Livres la semaine dernière, pour tenter de comprendre l’état d’esprit de l’écrivain – qui a récemment joint sa voix à la campagne de propagande du Hamas accusant Israël de “génocide” à Gaza – et à travers lui, l’état d’esprit de toutes ces vieilles élites israéliennes, qui considèrent que le combat contre le gouvernement Nétanyahou a priorité sur la guerre contre le Hamas. “Lorsque « Le Monde des livres » l’a interrogé à distance", écrit Nicolas Weill, "il se trouvait justement au cœur d’une tempête soulevée par ses propos tenus à l’occasion d’une interview accordée au quotidien italien La Repubblica (1er août), qualifiant de « génocide » la situation actuelle dans la bande de Gaza. Sans éviter le sujet, il s’est avoué désormais fatigué de répondre à des questions politiques et heureux de parler plutôt de son travail littéraire…

 

Oui, vous avez bien lu ! L’écrivain iconique des lettres israéliennes qui, parvenu au faîte de sa renommée internationale, a délibérément choisi de joindre sa voix à celles des ennemis d’Israël en accusant son pays de “génocide”, se dit “fatigué” de répondre aux questions sur ses propos scandaleux, et préfère parler de son travail littéraire… Dans une émission diffusée il y a une dizaine d’années par la télévision israélienne, on pouvait voir Grossman entouré de ses traducteurs en plusieurs langues, réunis dans une somptueuse villa pour les besoins de l’émission, répondant aux questions sur son œuvre et sur ses multiples traductions. On comprenait en l’écoutant combien il jouissait de ce statut d’écrivain traduit, adulé par les médias occidentaux qui ont fait de lui la “voix d’Israël”...

 

Au-delà de la question légitime de savoir quelle part les opinions radicales de Grossman sur la scène politique israélienne jouent dans son aura internationale[1], on peut s’interroger sur cette “fatigue” de l’écrivain, qui après avoir allumé un incendie par ses propos au quotidien italien La Republicca, ne daigne même pas répondre aux critiques légitimes et à la polémique qu’il a sciemment déclenchée… Outre l’incroyable orgueil et la pusillanimité que cette attitude révèle, elle atteste aussi d’une réalité plus profonde, caractéristique de cette gauche israélienne (et juive) qui a depuis longtemps fait sécession et se considère bien plus comme une partie de l’establishment culturel international que du peuple d’Israël…

 

            La gravité des propos de David Grossman est d’autant plus lourde que l’argument moral est aujourd’hui au cœur de la campagne de haine d’Israël lancée par le Hamas et ses soutiens en Occident : il s’agit d’un “antisémitisme moral”, comme l’a récemment fait remarquer Antoine Mercier sur sa chaîne Mosaïque. Dans ce contexte, les prises de position d’intellectuels ou d’hommes de plume israéliens ou Juifs se désolidarisant de leur Etat, de leur armée et de leur peuple en invoquant leur “conscience morale” sont une arme idéologique redoutable aux mains du Hamas et des ennemis d’Israël.

 

            Dès le mois de mars 2024, je m’interrogeais dans ces colonnes, au sujet de Delphine Horvilleur et de Bruno Karsenti: comment ces intellectuels juifs peuvent-ils prétendre défendre Israël contre ceux qui l’accusent de “génocide” ou d’épuration ethnique, dès lors qu’eux-mêmes accusent Israël (ou son gouvernement) de ne pas faire assez pour protéger les civils (D. Horvilleur) ou d’aspirer à une épuration ethnique des Palestiniens (B. Karsenti)? Dix-huit mois plus tard, la boucle est bouclée: Horvilleur a rejoint le camp de ceux qui accusent Israël de génocide, en prenant la défense de David Grossman, dans un plaidoyer pitoyable sur le site de la revue Tenoua.

 

Face à cette débâcle intellectuelle et morale, dont j’ai tenté d’analyser les ressorts psychologiques, je continue d’espérer qu’il se trouvera un intellectuel juif honnête et courageux pour dire que le roi est nu et que David Grossman déraille. J’appelle ici solennellement Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut – qui ont souvent exprimé leur admiration envers Grossman l’écrivain – à se démarquer des propos scandaleux de Grossman et à réaffirmer publiquement qu’Israël ne commet aucun génocide à Gaza. L’auteur de La réprobation d’Israël ne peut rester muet face à la terrible calomnie à laquelle Grossman a prêté sa plume et sa notoriété.

Pierre Lurçat

 

 

 

[1] Question que j’aborde dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

David Grossman

David Grossman

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