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Horvilleur, Finkielkraut et cie. Ces Juifs parvenus qui attaquent Israël en pleine guerre, Pierre Lurçat

March 30 2026, 05:58am

Posted by Pierre Lurçat

D. Horvilleur avec Emmanuel Macron

D. Horvilleur avec Emmanuel Macron

NB J'ai commenté la guerre en Iran sur l'excellente chaîne Lilmod,  Le secret de la puissance militaire d'israel? Pierre Lurçat et Yohan Botbol

Alors qu’Israël mène la guerre sa plus longue et la plus difficile depuis 1948, un nouveau front s’est ouvert depuis plusieurs mois, à l’intérieur même du peuple Juif. Des voix minoritaires, mais bien organisées, expriment au grand jour leurs dissensions et leurs critiques radicales envers le gouvernement, l’armée et le peuple d’Israël, tout en bénéficiant d’une résonance médiatique disproportionnée. Ce phénomène grave ne constitue pas seulement une nouvelle illustration du manque de loyauté et de patriotisme de certains membres de notre peuple, en pleine guerre : il s’agit d’une véritable défection.

 

Georges Bensoussan a raison de parler, à propos de ces dirigeants et notables juifs qui critiquent Israël en pleine guerre, d’une “posture sociale et d’une imposture morale”. Il s’agit bien d’une posture sociale, et plus précisément, d’une prise de position motivée par l’intérêt social, c’est-à-dire par l’intérêt d’une caste qui entend protéger avant tout ses privilèges (Marx aurait dit : ses “intérêts de classe”…).

 

Il suffit de lire la liste des signataires de la “Lettre ouverte de leaders juifs du monde entier au Président Herzog” pour s’apercevoir que ce qui réunit les signataires ne relève pas tant de la politique, ni d’un quelconque engagement communautaire ou juif, que de l’appartenance et de la position sociale. Tous font tous partie d’une certaine caste : ils sont rabbins (réformés en général), professeurs, ambassadeurs… Ils habitent aux Etats-Unis, en Angleterre, (Delphine Horvilleur est une des rares signataires en France). Certains exhibent leurs décorations et leurs “médailles”: ils sont sir, chevalier de la Légion d’honneur, ou “Commandeur de l’Ordre de Saint‐Michel et Saint‐Georges”.

 

Leur positionnement est bien ainsi celui de Juifs “parvenus” (pour reprendre l’expression rendue fameuse par Hannah Arendt), et leurs critiques visent en réalité des Juifs qu’ils considèrent comme des “parias”: les habitants juifs de Judée-Samarie. La plupart des signataires n’ont sans doute jamais mis les pieds en Judée et en Samarie, dans les localités juives où vivent les meilleures familles de notre petit-grand peuple, celles qui ont payé le plus lourd tribut à la guerre existentielle que mène Israël pour sa survie.

 

Pendant que des jeunes Israéliens de vingt ans combattent et sacrifient leur jeunesse, et parfois leur vie pour défendre leur pays, ces Juifs parvenus au sommet de leur carrière font cause commune avec les ennemis d’Israël pour défendre leur statut, leur notoriété médiatique (ainsi d’Alain Finkielkraut, qui est interviewé chaque semaine et qui proclame urbi et orbi avoir “honte d’Israël”), leurs relations (tel ce grand-rabbin de France qui a été décoré, en pleine guerre, par le président français avec lequel il entretient des relations amicales, ce même président qui incite à la haine d’Israël, en plein dimanche des Rameaux).

 

Ces Juifs parvenus sont, au demeurant, des gens d’apparence très respectable. Certains ont écrit des livres intelligents (d’autres moins). La plupart ont réussi sur le plan professionnel, social, médiatique, etc. En les écoutant s’exprimer, en les regardant pérorer dans les médias, je repense à cette phrase du philosophe juif Theodor Lessing, phrase qui m’avait jadis encouragé à faire mon alyah : “Honte à tous ces fils qui préfèrent embrasser une carrière académique, ou “entrer en littérature”, dans le luxe et le confort des grandes villes d’Occident, au lieu de porter les pierres sur la grande route de Yeroushalayim”.

 

Oui, honte à tous ces Juifs parvenus qui joignent leurs voix au chœur de nos ennemis, pendant que nous nous battons pour notre survie ! Honte à ces Juifs de l’arrière qui soignent leur image et s’inquiètent de leur réputation, pendant que le peuple de Sion est soumis au blitz iranien et vit dans les abris. L’histoire juive se souviendra de tous nos fils et nos frères, tombés pour que vive Israël. Elle oubliera les noms de ces parvenus, Juifs honteux, Erev rav, Juifs de cour (peu importe le nom qu’on leur donne…) Hag Herout Saméakh!

P. Lurçat

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Une étincelle d’hébreu: Oferet, de l’écrivain combattant à l’écrivain qui retourne sa plume contre son pays

March 29 2026, 07:29am

Posted by Pierre Lurçat

Combattants du ghetto de Vilna

Combattants du ghetto de Vilna

 

Le journaliste David Lazer, récipiendaire du prestigieux Prix Sokolov, était correspondant de guerre en 1948, pendant la Guerre d’Indépendance, guerre la plus longue et la plus difficile avant celle qu’Israël vit aujourd’hui. Il raconte, dans le premier numéro du journal Yediot Maariv paru en février 1948, l’anecdote suivante. Rencontrant des soldats dans un des quartiers limitrophes de Jérusalem, séparant la ville juive de la partie occupée par l’armée jordanienne, il répondit ainsi à leurs questions sur le rôle du journaliste en temps de guerre.

 

Le lien entre nous et vous est plus étroit que vous ne le pensez… Nous accomplissons tous les deux la même mission sacrée de travail du plomb (melekhet ha-Oferet)… Votre plomb est celui des balles, le nôtre, celui du linotype, grâce auquel nous créons notre arme essentielle : le mot combattant”. Un des soldats l’interrogea sur la portée de son “arme”, et Lazer lui répondit sans se démonter : “Le peuple tout entier, sans distinction de classe et de statut. C’est lui que nous guidons dans notre combat fatidique, à la vie et à la mort”. Et Lazer rapporta au soldat le récit fait par Avraham Zutskever, héros du ghetto de Vilna, racontant comment les combattants du ghetto, à court de munitions, avaient utilisé les plombs de l’imprimerie Re’em, qui imprimait le Talmud et d’autres livres saints, pour fondre des balles. “Ainsi”, conclut Lazer, “les mots sacrés se sont transformés, littéralement, en balles, pour atteindre l’ennemi”.

 

Le journaliste Kalman Liebskind, auquel j’emprunte ce récit, conclut en s’interrogeant pour savoir qui partage encore cette vision d’un journaliste – et plus généralement – d’une plume combattante? Question que j’ai souvent posée dans ces colonnes. Je me la posais encore il y a quelques jours, en lisant l’affligeante tribune signée par Zeruya Shalev, une des écrivaines israéliennes les plus lues à l’étranger, parue à quelques jours d’intervalle dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung  allemand et dans Le Monde français. Shalev, que j’avais interviewée il y a déjà longtemps au sujet de la fonction de l’écrivain, m’avait jadis expliqué sa vision patriotique de son activité de femme de lettres :

 

“Le rôle de l’écrivain est de montrer la complexité et l’ambivalence de la réalité... Lorsque je suis à l’étranger, je m’efforce de présenter une opinion patriote mais non politique”. Hélas, Zeruya Shalev a depuis lors troqué cette vision courageuse contre une conception bien moins exigeante… Elle s’est livrée, dans la presse européenne, à une attaque au vitriol contre son gouvernement, allant jusqu’à écrire : “je dois admettre que Netanyahou me fait bien plus peur que les roquettes iraniennes. Nous avons les moyens de nous défendre contre l’Iran. Nous les avons encore. Mais contre un Premier ministre psychopathe, sans conscience morale ni inhibitions, nous n’avons malheureusement pas assez de recours”.

 

Ce discours pathologique d’écrivains qui n’hésitent pas à retourner leur arme contre leur propre pays, pour reprendre l’image parlante de David Lazer, est malheureusement plus répandu qu’on croit au sein de l’intelligentsia de gauche en Israël. J’en ai analysé les racines dans un livre paru il y a dix ans[1]. Mais je crois fermement que c’est une survivance du passé, une maladie de l’exil qui finira par disparaître, avec la nouvelle génération d’écrivains qui sortira de la guerre actuelle, “Mil’hemet ha-Tekouma”, notre guerre de Renaissance. Ad hanitsahon! Jusqu’à la victoire! *

P. Lurçat

 

* Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer de Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

[1] La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

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Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

March 23 2026, 15:24pm

Posted by Pierre Lurçat

Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

J’ai trois choses à leur dire : Il faut qu’ils amassent du fer,

Qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

V. Jabotinsky, Samson

 

 

Alors qu’Israël est plongé dans sa guerre la plus longue et la plus difficile depuis 1948, il peut sembler paradoxal, voire provocateur de faire l'éloge de la guerre… Pour comprendre ce titre paradoxal, il faut se rappeler quel est le prix que le peuple Juif a payé durant sa longue histoire pour avoir été privé du droit (et du privilège) de pouvoir se défendre par les armes. Le philosophe Michaël Bar-Zvi avait écrit il y a quelques années un essai qui portait précisément sur ce thème, intitulé “Eloge de la guerre après la Shoah”. Son beau livre portait en exergue les mots de Jabotinsky, mis dans la bouche de son héros Samson, qui constituent en vérité le testament du “Rosh Betar”, fondateur de l’aile droite du mouvement sioniste : “Il faut qu’ils amassent du fer, qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

C’est en effet la dimension militaire que Jabotinsky ajouta au sionisme de Herzl, chez qui elle était totalement absente. Ce n’est donc pas un hasard si c’est l’hériter de Jabotinsky qui est aujourd’hui en train de mener Israël à ses plus grandes victoires militaires depuis 1967. Au regard de l’histoire du sionisme politique, il était dans l’ordre des choses que Benjamin Nétanyahou achève la “deuxième étape” du sionisme, envisagée par Jabotinsky dans son fameux article programmatique de 1926, le “Mur de fer”. Le véritable paradoxe est plutôt que Nétanyahou ait pratiqué pendant plusieurs décennies une politique de retenue à Gaza (dans la meilleure tradition de la “havlaga” prônée par le sionisme travailliste avant 1948), politique qui a abouti in fine à la catastrophe du 7-Octobre.

 

Les causes de ce paradoxe sont nombreuses. Citons, pêle-mêle, le traumatisme familial vécu par Nétanyahou lors de la mort de son frère Yoni, tombé à Entebbe, comme il le relate dans son autobiographie; le fait que sa farouche détermination concernant l’Iran ait été longtemps entravée par les chefs des différents organes de sécurité, notamment le Mossad; et enfin (et surtout) le fait que l’establishment politique et militaire israélien tout entier ait été pendant trois décennies intoxiqué par l’idéologie post-sioniste, dont j’ai retracé ailleurs les racines[1], et qui a abouti aux retraits désastreux de Judée-Samarie et de la bande de Gaza, directement responsables du 7-Octobre.

 

La fin de la parenthèse post-sioniste

 

Nous vivons depuis le 7-Octobre la fin de la parenthèse post-sioniste. Elle se manifeste par le retour aux valeurs fondatrices de Tsahal : porter la guerre sur le territoire de l’ennemi, mener des attaques préventives, éliminer les têtes de l’ennemi, etc. Mais ce retour aux valeurs fondatrices s’accompagne en réalité d’une montée en puissance et d’un changement de paradigme, et pour ainsi dire de statut. L’Israël de l’après 7-Octobre n’est pas celui d’avant : il est devenu plus fort, plus audacieux, plus conscient de son identité et de sa force  (et du lien consubstantiel entre son identité et sa force). Israël est devenu littéralement, de manière saisissante et presque miraculeuse, un “lion rugissant”. Son armée de l’air règne sans conteste dans le ciel de Téhéran, de Beyrouth et de Damas, faisant l’admiration du monde entier et notamment des Etats-Unis, dont il est devenu le meilleur (et le seul) allié militaire. Et son infanterie et ses blindés entrent au Liban sans peur et sans aucune retenue, détruisant les ponts du Litani, qui pourrait bientôt devenir la nouvelle frontière au Nord d’Israël, au moins sur le plan sécuritaire.

 

Pour comprendre l’étendue de ce changement et sa signification véritable, il faut se rappeler ce qu’était la doctrine stratégique d’Israël pendant les décennies de post-sionisme (qui s’étendent grosso modo entre l’après 1973 et le 7-Octobre). Elle reposait sur le paradigme mensonger des “territoires contre la paix” et de la retenue (“sheket tmourat sheket”, le “calme répondra au calme”). Elle se traduisait par une timidité assumée de Tsahal et par une vision purement défensive, exprimée dans la prouesse technologique du Kippa Barzel (dôme d’acier), dont la signification militaire, comme je l’ai souvent écrit depuis une quinzaine d’années, était en fait une dissuasion du faible au fort. Tsahal était en effet dissuadé d’attaquer et de détruire les missiles accumulés à Gaza (depuis le retrait désastreux de 2005) et en Iran (depuis 1979).

 

Faiblesse militaire et morale fallacieuse

 

Cette faiblesse militaire s’accompagnait d’une prétention “morale” fallacieuse, incarnée dans le fameux “Code éthique de Tsahal”, rédigé par un philosophe enfermé dans sa tour d’ivoire, Assa Kacher, qui était entièrement coupé des nécessités de la guerre et de la survie dans un environnement hostile. Le code éthique de Tsahal traduisait en termes militaires ce que le président de la Cour suprême, Aharon Barak, inspirateur de la “Révolution constitutionnelle” et de la judiciarisation de l’armée et de la vie publique tout entière, avait exprimé par la fameuse métaphore : “Tsahal se bat avec une main dans le dos”.

 

Cette terrible métaphore signifiait qu’aux yeux de Barak, comme à ceux des autres partisans de l’éthos progressiste d’inspiration occidentale, il était non seulement nécessaire de brider les mains de notre armée face à nos ennemis, mais que cela était bien ! Cette conception funeste fut responsable de bien des défaites militaires, et de morts inutiles de soldats de Tsahal exposés au feu de l’ennemi pour sauver à tout prix les “valeurs morales” d’inspiration non-juive, comme l’a bien montré le rabbin Eliaou Zini dans un article paru en 2006. (à suivre…)

Pierre Lurçat

 

* Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

[1] Voir notamment mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

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Une étincelle d’hébreu: pikoud ha-ôref, l’arrière d’acier et la force d’Israël

March 20 2026, 10:25am

Posted by Pierre Lurçat

André Neher avec Manitou (Léon Aschkénazi), Eliane Amado Lévi-Valensi, et le grand-rabbin Albert Hazan

André Neher avec Manitou (Léon Aschkénazi), Eliane Amado Lévi-Valensi, et le grand-rabbin Albert Hazan

 

Le 4 juin 1967, “aux heures de suprême angoisse pour Israël”, le regretté André Neher prononçait les mots qui suivent devant l’Assemblée générale du judaïsme français, convoquée de toute urgence. “Am qeshé ôref, le peuple à la nuque d’acier : c’est la définition biblique du peuple juif. Or, en hébreu moderne, ôref, ce n’est pas la nuque, mais l’arrière, l’arrière d’un front de combat. Je traduis donc : le peuple Juif de la diaspora est l’arrière du front d’Israël… un arrière d’acier[1].

 

Le "Hiddoush" sémantique fait par Neher est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’alors. En hébreu moderne, le “pikoud ha-Ôref” désigne le “commandement de l’arrière”, ce département de Tsahal qui a la mission cruciale de faire en sorte que la population civile soit disciplinée et obéisse aux consignes pour minimiser le nombre de victimes des missiles iraniens et libanais. Mission largement atteinte, le peuple d’Israël sachant lorsqu’il le faut faire preuve de discipline !

 

Le “Ôref” désigne donc à la fois l’arrière du front en Israël même, et comme l’écrivait Neher, l’arrière du front d’Israël en diaspora. A la même époque où il prononçait ce discours, un autre Juif courageux, le rabbin Jacob Kaplan, affrontait publiquement le président De Gaulle, après ses propos scandaleux sur les Juifs “peuple d’élite, sûr de lui et dominateur”. Autres temps, autres rabbins… hélas ! Le grand-rabbin Korsia n’a pas eu le courage du grand-rabbin Kaplan.

 

Face à un président français qui a depuis longtemps dépassé tous ses prédécesseurs en matière de détestation d’Israël, Haïm Korsia n’a non seulement pas un mot de protestation, mais il accepte en pleine guerre d’être fait “commandeur de la Légion d’honneur” à l’Elysée, des mains mêmes d’Emmanuel Macron, qui n’a de cesse d’attaquer Israël, en se faisant l’allié objectif du Hezbollah libanais et de l’Iran.

Cet exemple malencontreux de défection de l’arrière d’Israël ne représente toutefois aucunement l’ensemble de la diaspora juive, qui est majoritairement et inconditionnellement unie derrière Israël, son armée et son gouvernement. Am qeshé ôref, le peuple à la nuque raide a la tête haute et se tient droit et fier, jusqu’à la victoire ! Shabbat shalom et Hodesh tov !

P. Lurçat

 

[1] Discours repris dans le beau livre d’André Neher, Dans tes portes, Jérusalem, Albin Michel 1972.

Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! (E. Satie)

Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! (E. Satie)

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“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

March 17 2026, 13:57pm

Posted by Pierre Lurçat

“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

 

 

1.

 

A travers le refus européen unanime d’aider à garantir la liberté de circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, c’est un sinistre remake de l’histoire qui se joue. On pense évidemment à la fermeture du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Egypte, qui déclencha la guerre des Six Jours. Et comment ne pas penser, aussi et surtout, au fameux “Mourir pour Dantzig?”, titre de l’éditorial du pacifiste et collaborationniste Marcel Déat, le 4 mai 1939. La demande américaine adressée aux “alliés” européens est ainsi le révélateur d'une lâcheté politique qui demeure aujourd’hui le seul ciment d’une Europe divisée sur bien des sujets, mais unanime dans son refus d’aider les Etats-Unis et Israël dans leur juste guerre contre le régime iranien sanguinaire.

 

Les Européens refusent d’être entraînés par Donald Trump dans sa guerre contre l’Iran”, titre Le Monde, et ce titre a lui aussi des résonnances sinistres…. “SA guerre contre l’Iran" ? Comme s'il s'agissait de la lubie personnelle de Trump, que les médias et les chancelleries européennes se complaisent à décrire (dans le meilleur des cas) comme un excentrique, “imprévisible” et “mercantiliste” (selon F. Encel). L’anti-américanisme européen est un bien mince paravent à la détestation d’Israël.

 

2.

 

Israël qui s’avère dans cette guerre, comme l’a reconnu le président américain lui-même, le seul allié fiable et sérieux des Etats-Unis face à l’Iran. Après la reculade britannique suite à l’attaque contre la base militaire de Chypre et après les innombrables lâchetés de Macron, qu’on ne compte plus (la dernière en date étant son appel répété à Israël pour ne pas attaquer le Hezbollah sur le sol libanais), voici que l’Allemagne elle-même se range dans le camp de la couardise et du déshonneur, par la voix de son ministre de la Défense :

 

“Ce n’est pas notre guerre, nous ne l’avons pas déclenchée. » a déclaré Boris Pistorius, disant tout haut ce que pensent tout bas Macron et consorts. Comment ces mêmes pays pourront-ils demander demain aux Etats-Unis de les protéger contre une menace à leur propre sécurité, venant de la Russie ou d’ailleurs ? Leur lâcheté face à l’Iran les aveugle tellement, qu’ils perdent de vue leurs propres intérêts géopolitiques.

 

3.

 

Mais l’essentiel n’est sans doute pas là. Dans le monde redessiné par l’attaque préventive (on ne cessera de le répéter) contre la menace nucléaire iranienne, Israël sous la direction de B. Nétanyahou et les Etats-Unis de Donald Trump apparaissent comme les deux seuls phares d’un Occident qui a renoncé au courage de sa propre survie. C’est sans doute le phénomène le plus marquant de la recomposition du monde après le 7-octobre : Israël est devenue une puissance régionale incontournable – et certains disent même, une puissance internationale – tandis que l’Axe du mal se délite et court à sa perte.

 

L’Europe (et la France) ne comptent plus sur la scène internationale et les États-Unis sont redevenus la première (et pour ainsi dire la seule) grande puissance, avec l’aide d’Israël. “Make America great again” et “Make Israël Great again !”: les promesses respectives des deux grands dirigeants que sont Donald Trump et Benjamin Nétanyahou sont en voie d’être tenues. Pour le plus grand bien de leurs peuples respectifs, du peuple iranien et de tous les peuples épris de liberté. Ad hanitsahon! *

P. Lurçat

* « Jusqu’à la victoire ! » Slogan apparu pendant la guerre déclenchée le 7-Octobre. C’est le titre de mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! la plus longue guerre d’Israël, disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

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Israël-Iran: l’“au-delà” de la géopolitique, ou comment comprendre les événements ?

March 10 2026, 14:08pm

Posted by Pierre Lurçat

Israël-Iran: l’“au-delà” de la géopolitique, ou comment comprendre les événements ?

 

La dimension invisible de la géopolitique (II):

L’“au-delà” du politique ou comment comprendre les événements ?

 

1.

 

Je connais Alexandre Del Valle depuis plus de 25 ans. Juste après le 11-septembre, alors que je me trouvais en France, nous avions créé avec quelques amis une “Association des amis d’Alexandre Del Valle” pour le défendre contre une campagne de diffamation lancée à son encontre par le journal Le Monde (à l’époque pro-palestinien tendance Fatah, depuis il a viré pro-Hamas…). Ce petit préambule pour dire que j’apprécie l’homme et son parcours. Cela ne m’empêche pas d’avoir éprouvé une certaine insatisfaction en écoutant sa dernière intervention sur l’excellente chaîne Mosaique.

 

Si je devais résumer en une phrase mon sentiment, je dirais que la géopolitique n’a pas grand-chose de profond à nous dire des événements actuels, parce qu’elle s’en tient, comme je l’écrivais récemment, aux apparences et aux réalités “objectives”. Or, depuis le 7-Octobre, nous vivons en Israël des événements qui dépassent de très loin (et de très haut) le domaine de la politique, de la géopolitique ou même de l’histoire dans son acception courante. Comme me l’écrivait Steve Ohana (dont je recommande au passage les commentaires hebdomadaires de la parasha), en réaction à mon article, “nous vivons un moment méta-historique”.

 

Bien entendu, il est difficile d’expliquer à quelqu’un qui ne vit pas ici – même s’il est un ami d’Israël et un observateur avisé de la scène internationale – ce que signifie la “méta-histoire” d’Israël, ou ce que veut dire la “émouna” (foi) juive, clé de notre compréhension du monde et des événements actuels.  Pour tenter néanmoins de partager cette vision juive du monde, je dirais qu’elle repose sur l’idée fondamentale que la puissance d’un pays ne relève pas que de critères objectifs, économiques ou militaires. Ceux qui s’obstinent à vouloir “mesurer” la puissance des différents acteurs en termes de PIB, ou de nombre d’armes conventionnelles ou non, sont incapables de comprendre la portée des événements actuels. (Une preuve, parmi tant d’autres : la France, puissance nucléaire et membre du Conseil de sécurité de l’ONU, est devenue sous Macron (et avant déjà) un nain politique, dont l’(in)action n’a aucune prise sur le cours des événements…)[1]

 

2.

 

La “dimension invisible” de la géopolitique dont il est ici question relève à la fois de la morale et de l’esprit. Dans un article publié en 1920, Jabotinsky critiquait la vision juive traditionnelle, exprimée par le verset du prophète Zacharie : ‘Ni par la puissance, ni par la force, mais par mon esprit[2]. Selon cette conception, expliquait-il, “La force spirituelle est la force véritable. La tradition du judaïsme est une tradition de l’esprit, et non de la force physique”. Je ne partage pas cette conception. Nous possédons tant la tradition de l’esprit que celle de la force physique”.

Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Jourdain depuis lors, et la vision de Jabotinsky a inspiré la doctrine du “Mur de fer”, devenue le pilier de la stratégie de défense d’Israël. Mais elle a parfois été réduite à sa seule dimension militaire, en oubliant que la force de Tsahal seule ne suffit pas à affronter nos ennemis, lorsqu’elle procède d’un oubli de notre identité et de notre vocation, comme nous l’avons constaté tragiquement le 7-Octobre. Or, et c’est le point crucial négligé par la plupart des observateurs, tant Nétanyahou que Trump sont bien conscients de cet aspect essentiel. Un autre exemple frappant de cette cécité de la géopolitique est celui du spécialiste français no. 1 de l’islam, Gilles Kepel, qui avait parlé en 2001 de "dilution de l'islamisme dans l'économie de marché", et dont le grand livre Jihad, paru avant le 11-Septembre, portait en sous-titre: « expansion et déclin de l’islamisme », annonçant bien avant l’heure un « déclin » qu’on attend toujours !

La guerre des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran est inspirée par une conviction profonde, partagée par les deux dirigeants, conviction qui s’exprime en termes de morale et de croyances religieuses, et non en termes purement politiques. Il s’agit bien à leurs yeux de “combattre le Mal”, objectif que les chancelleries européennes, de Madrid à Paris et Londres, sont incapables de comprendre, car elles s’accommodent très bien de l’existence du mal et s’en font aujourd’hui les complices… Face à “l’axe du Mal” et à “l’empire du mal” iranien, c’est la conviction profonde de la justesse de notre cause qui est la clé de notre victoire. Cela est d’autant plus important à rappeler que certaines voix, en Israël même, émettent à présent des doutes sur le bien-fondé de la guerre.

 

3.

 

Dans ce contexte, Bernard-Henri Lévy a évidemment raison de rappeler que la guerre contre l’Iran est une “guerre juste”, en s’appuyant sur les différentes théories de la “guerre juste”, d’Augustin jusqu’à Michael Walzer. A propos de ce dernier, je ne peux oublier qu’il avait donné une interview en octobre 2023 au magazine Philosophie[3] (quelques jours après le pogrome du Hamas!) où il s’interrogeait déjà sur la légitimité de la riposte israélienne, se donnant le luxe (et l’outrecuidance) de déclarer que “la justice exige la défaite du Hamas, pas la vengeance” et expliquant encore être “très préoccupé par la décision de lancer un siège total de Gaza et peut-être de partir à la conquête de ce territoire…” Les rédacteurs de la revue-K n’avaient rien trouvé à redire à ces propos consternants.

 

Mais là où BHL se trompe, c’est lorsqu’il qualifie de “ruse de la raison” (concept hégélien) le fait que cette guerre juste soit menée précisément par Donald Trump (qu’il abhorre comme tant d’autres). Ce n’est pas un hasard, ni une “ruse de la raison” si ce sont Donald Trump et Binyamin Nétanyahou qui sont en train de réaliser ce qu’aucun autre dirigeant occidental avant eux n’a été capable de faire. Leurs accomplissements à ce jour, quelle que soit l’issue et la durée de la guerre en cours, en font d’ores et déjà les dignes héritiers de Roosevelt et de Churchill. Ad Hanitsahon!

Pierre Lurçat

[1] Quoi qu’en pense Frédéric Encel, chantre de la “puissance” française et porte-parole non officiel du quai d’Orsay.

[2] Zacharie, 4-6.

[3] Michael Walzer : « La justice exige la défaite du Hamas, pas la vengeance contre les Palestiniens » - K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle

NB Je présenterai mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël et évoquerai l’actualité brûlante dimanche 15 mars à 19h00 chez Alex et Brigitte Bliah, à Jérusalem (adresse et inscription auprès de Brigitte 050-22 40 861).

Israël-Iran: l’“au-delà” de la géopolitique, ou comment comprendre les événements ?

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Aux origines de l'alliance USA-Israël : Le tropisme américain du sionisme révisionniste de Jabotinsky à Netanyahou (I)

March 8 2026, 13:58pm

Posted by Pierre Lurçat

Aux origines de l'alliance USA-Israël : Le tropisme américain du sionisme révisionniste de Jabotinsky à Netanyahou (I)

 

Premier volet: Jabotinsky et le mythe américain de la "Frontière"

 

Si le "tropisme américain" de Benjamin Netanyahou est un sujet connu et souvent abordé, de manière parfois superficielle ou caricaturale, bien moins connu est le fait que le sionisme révisionniste a toujours entretenu des liens étroits avec la politique et avec la culture américaine, depuis l'époque de son fondateur, Vladimir Zeev Jabotinsky. A l'heure où une page de l'histoire d'Israël et du monde est écrite par les efforts conjoints de B. Netanyahou et de Donald Trump, c'est sur cette histoire méconnue que nous voudrions porter notre l'attention.

 

Comme presque tous les pères fondateurs du sionisme politique, Jabotinsky avait lu La case de l'oncle Tom, qu'il qualifiait de livre "qui a le plus directement influé sur l'histoire du monde". Le fameux roman de Stowe était aussi un des rares romans figurant dans la bibliothèque – pourtant très riche – de David Ben Gourion. Quant à Golda Meir, elle évoque l'influence de ce roman dans ses souvenirs de jeunesse.

 

Mais à la différence de Ben Gourion, dont l'univers culturel et politique était plutôt européen, Jabotinsky avait trouvé dans l'histoire américaine des références et des modèles d'identification dès sa jeunesse. Parmi ses héros de jeunesse figurait ainsi Abraham Lincoln, qu'il décrit comme "l'homme d'État le plus droit, le plus noble, le plus honnête au monde". Lincoln, écrivait encore "Jabo", était quelqu'un qui, à l'instar de Garibaldi (un autre de ses héros de jeunesse) et de Victor Hugo, "croyait à la bonté naturelle de l'homme" et qui était prêt à se battre pour ses principes.

 

Mais la liste des présidents américains pour lesquels Jabotinsky éprouvait de l'admiration incluait aussi Theodor Roosevelt, "homme sobre à l'esprit simple" qui était aussi un "fameux chasseur de lions", comme le relate dans un livre (qui fut en son temps un immense bestseller) le colonel Jonathan Patterson, lui aussi chasseur de lions et ami personnel de Jabotinsky et de Bentsion Netanyahou (c’est en son honneur que ce dernier nomma son fils Jonathan, le héros d’Entebbe).

 

Aux yeux du jeune Jabotinsky, Roosevelt incarnait le rêve américain d'aventure et le mythe de la "frontière", tout comme les écrivains favoris de son enfance qu'il évoque dans l'Histoire de ma vie, James Fenimore Cooper et Bret Harte. C'est précisément cet esprit d'aventure, qu'il conserva vivant dans son cœur toute sa vie durant, dont il trouvait la quintessence dans l'esprit pionnier américain.

 

Un pionnier, écrivait “Jabo” en 1935 dans le Morgen Journal de New York, est "une personne qui n'accepte pas les frontières" et qui "désire continuer d'avancer, de rechercher et d'expérimenter la création divine depuis l'autre côté de la frontière". Cet esprit était à ses yeux ce qui caractérise les Etats-Unis d'Amérique. Dans un article en yiddish intitulé "Nous autres Américains" (Mir Amerikaner), Jabo affirmait ainsi que les récits d'aventure sous les mers et dans l'espace de Jules Verne étaient "américains".

 

Son panthéon littéraire contenait aussi les noms d'Edgar Allan Poe (dont il avait traduit Le corbeau en hébreu et en russe) et de Mark Twain. Jabotinsky n'était pourtant pas, comme cette énumération pourrait le faire croire, un admirateur aveugle de la culture américaine, dont il avait – comme beaucoup de Juifs de son époque – compris l'ambivalence et décrit les aspects les plus sombres.

 

Dans son fameux article “Homo homini lupus”, Jabotinsky pouvait ainsi écrire que aucun pays du monde civilisé, pas même la Russie ou la Roumanie, n'avait pratiqué "la forme d'inégalité que l'Amérique démocratique" a imposé à sa population noire. Les violences raciales aux Etats Unis lui inspiraient un dégoût tel qu'il qualifia les scènes de lynch après le match de boxe Johnson - Jeffries en 1910 de "pires que les pogroms de Kichinev"!

 

Le regard que Jabotinsky portait sur l'Amérique et sa culture politique avant même d'y effectuer son premier voyage était ainsi plus complexe que son enthousiasme d'adolescent pour les écrivains de la "Frontière". C'est ainsi qu'il aborda le continent américain en 1921, pour effectuer sa première mission de collecte au profit du Keren Hayesod. (à suivre...)

 

Pierre Lurçat

 

NB Je présenterai mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël et évoquerai l’actualité brûlante dimanche 15 mars à 19h00 chez Alex et Brigitte Bliah, à Jérusalem (adresse et inscription auprès de Brigitte 050-22 40 861).

Aux origines de l'alliance USA-Israël : Le tropisme américain du sionisme révisionniste de Jabotinsky à Netanyahou (I)

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Hamas, Iran, Israël: Une Victoire Historique ? Pierre Lurçat et Yohan Botbol

March 5 2026, 10:45am

Posted by Pierre Lurçat

Hamas, Iran, Israël: Une Victoire Historique ? Pierre Lurçat et Yohan Botbol

La guerre actuelle d’Israël est-elle la plus longue et la plus déterminante de son histoire moderne?

Hamas, Iran, Israël: Une Victoire Historique ? Pierre Lurçat et Yohan Botbol - YouTube

Dans cette interview, Pierre Lurçat, auteur du livre "Jusqu'à la victoire! La guerre la plus longue d'Israël - chroniques 2023-2025" analyse le combat d’Israël face au Hamas, à l’Iran et à leurs alliés. Son livre propose une lecture engagée du conflit, mêlant géopolitique, vision sioniste et références aux textes juifs, pour comprendre pourquoi cette guerre pourrait mener à une victoire historique. L’interview aborde également plusieurs sujets sensibles et très débattus dans la société israélienne et dans le monde juif :

  • la question du mont du Temple et sa place dans la conscience nationale et spirituelle d’Israël
  • le clivage entre droite et gauche israéliennes face à la conduite de la guerre
  • les débats et controverses suscités les prises de position d’Alain Finkielkraut sur Israël et le conflit actuel

Entre analyse géopolitique, réflexion historique et références aux sources juives, cette interview propose une lecture profonde d’une guerre qui pourrait marquer durablement l’histoire d’Israël et du Monde.

 

https://youtu.be/ll_WZO8Ve74

 

 

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La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

March 3 2026, 10:03am

Posted by Pierre Lurçat

La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

 

La géopolitique est largement incapable de décrire les événements actuels, parce qu'elle s'en tient aux apparences, de manière souvent simpliste, voire caricaturale. Ceux qui s'obstinent à décrire Donald Trump comme un idiot et à croire que la France est une "grande puissance" montrent non seulement qu'ils n'ont rien compris au monde actuel, mais aussi que leur grille de lecture des événements est fondamentalement déficiente. De même pour les contempteurs de Netanyahou, qui refusent de voir l'évidence qui crève les yeux de tout Israélien lucide et de tout observateur honnête. C'est Binyamin Nétanyahou qui a transformé Israël après le 7-octobre, pour en faire une puissance capable de remodeler la carte du Moyen-Orient et de changer l'avenir de toute la région et du monde.

 

Israël sous Netanyahou n'est pas seulement devenu une puissance régionale et mondiale. Il est littéralement devenu ce "lion rugissant", qui est capable de vaincre ses ennemis d'un coup de "patte" et de faire tomber leurs têtes les uns après les autres. Israël, sous la direction de Benjamin Netanyahou, n'est plus un acteur de second plan, ni le vassal de grandes puissances, étrangères (comme s’obstine à le faire croire le journal Ha’aretz, qui le présente comme “le valet de Trump”, dans la meilleure tradition de l’antisionisme soviétique d’antan).

 

Israël est devenu une puissance régionale, dont la puissance ne se mesure pas seulement à son PIB, à sa force militaire ou technologique. La puissance d'Israël, comme l'ont bien compris les deux dirigeants qui sont en train de remodeler le visage du monde entier, Donald Trump et B. Nétanyahou, se mesure à l'aune d'un critère que les experts en géopolitique sont incapables de mesurer et d'apprécier. Ce critère largement occulté relève en effet d'une autre dimension, que les dirigeants actuels d'Israël et des Etats Unis ont bien comprise, mais qui échappe à la plupart des dirigeants et commentateurs de l'actualité internationale.

 

Comme je l’écrivais dans ces colonnes il y a cinq ans, Donald Trump est le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique sur lequel elle est fondée, et le premier dirigeant à avoir donné à l’Etat juif son statut véritable de peuple spécial (Am Segoula), c’est-à-dire de peuple “par lequel sont bénies toutes les nations du monde”. Les accomplissements de Trump s’inscrivent en réalité dans le temps long de l’histoire, et plus précisément, dans le temps spécifique à l’histoire juive et à l’histoire d’Israël, c’est-à-dire dans le temps des Toledot, concept hébraïque qui désigne, selon l’enseignement de Manitou, l’histoire des engendrements et le développement de l’identité humaine, et pas seulement l’histoire événementielle[1].

 

C’est dans cette perspective qu'on peut comprendre la dimension invisible de la géopolitique, à savoir la dimension spirituelle et morale incarnée par Israël, dont la destinée ne relève pas des "lois" de l'histoire, ni des règles habituelles auxquelles sont soumis les États. La dimension invisible de la géopolitique est celle du Nom divin qui ne figure pas dans la Meguilat Esther, celle du Maître d'œuvre du grand "Pourimspiel", qui dirige le monde. Pourim Saméakh !

 

P. Lurçat

 

 

[1] Voir le commentaire du Rav Manitou-Askénazi sur la parachat Toledot, Leçons sur la Torah, Albin Michel.

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

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Iran / Amalek: Trois réflexions au lendemain de Shabbat Zakhor - Quand l'histoire immédiate rejoint la mémoire intemporelle du peuple d'Israël

March 1 2026, 14:27pm

Posted by Pierre Lurçat

Iran / Amalek: Trois réflexions au lendemain de Shabbat Zakhor - Quand l'histoire immédiate rejoint la mémoire intemporelle du peuple d'Israël

 

1.

 

Le déclenchement de la nouvelle phase de la guerre contre l'Iran et la liquidation de l'ayatollah Khamenei samedi matin, le shabbat où nous lisons la parashat Zakhor (l'épisode de la Bible contenant le verset "Souviens-toi de ce que t'a fait Amalek"), interroge la conscience juive et suscite la réflexion. De toute évidence, que l'on y voit une simple coïncidence ou le signe de la Providence divine, cette concomitance est riche de signification. Elle veut dire que l'histoire immédiate d'Israël s'inscrit de manière évidente – et pour ainsi dire palpable – dans le temps long de l'histoire juive, temps long que nous commémorons régulièrement à travers les différentes étapes du calendrier juif.

 

Mais cette évidence, que chaque membre du peuple d'Israël est capable de percevoir ("la dernière des servantes mieux que le prophète Ezechiel...", selon les mots du Midrash) amène à s'interroger sur le sens véritable de l'impératif du souvenir, formulé dans le verbe “Zakhor”. S'agit-il d'un simple rappel d'un événement du passé, ou bien de la réitération symbolique de celui-ci, dans le temps renouvelé du cycle de l'année juive ? L'historien Yosef Haim Yerushalmi avait jadis développé, dans son livre passionnant Zakhor, l'idée paradoxale selon laquelle le peuple juif compenserait par un "trop plein de mémoire" l'absence d'un sens historique véritable.

 

2.

 

On peut soutenir à l'inverse que l'impératif de se souvenir des évènements passés viendrait pallier une tendance à l'oubli, propre à l'être humain en général et à l’être juif en particulier… Dans cette perspective, l'impératif du “Zakhor” nous appelle à nous remémorer sans cesse une réalité dérangeante, à laquelle nous aurions naturellement tendance à vouloir échapper. L'impératif de se souvenir d'Amalek nous invite ainsi à garder en mémoire la haine irrationnelle et irréductible de nos ennemis, et au-delà encore, le fait essentiel de l’existence du Mal dans toute sa radicalité et l’impératif de le combattre sans relâche.

 

Plus exactement, comme l'explique le Rambam dans son ouvrage Mishné Torah, le commandement de "Zakhor ète-Amalek" nous appelle à nous souvenir de la cruauté de nos ennemis (Mishné Torah, Hilkhot Melakhim ou Milhamot). Commentant ce passage, le rabbin Yohaï Makbili explique que le peuple Juif, caractérisé par une miséricorde et une générosité profondément enracinées dans sa culture nationale et dans la Torah, est enclin à croire que nos ennemis partagent les mêmes qualités (comme nous l’avons vu avant le 7-Octobre, lorsque des habitants du pourtour de Gaza emmenaient les gazaouis subir des soins dans les hôpitaux en Israël…)

 

3.

 

En quoi cela nous importe-t-il aujourd'hui, alors que “l'axe du mal” incarné par l’Iran et ses proxies s'effondre progressivement, sous les coups de boutoir de l'armée d'Israël et de son allié américain ? La tendance à occulter ou à minimiser le mal est bien présente au sein du peuple juif, y compris depuis le 7-octobre, malgré les prouesses de l'armée israélienne et les miracles auxquels nous assistons depuis plus de deux ans. On en donnera deux exemples récents et significatifs, celui de l'écrivain David Grossman qui accusait son pays de "génocide" à Gaza, dans le quotidien italien La Republicca. Ou celui de l'essayiste A. Finkielkraut, qui proclame avoir « honte d’Israël » et reproche aux otages revenus de Gaza de témoigner de l'absence de toute trace d'humanité à Gaza.

 

Dans les deux cas, ces intellectuels enfreignent l'injonction du “Zakhor”, en travestissant la vérité (Grossman) ou en refusant d'écouter les témoins de la journée de Shoah que représente le 7-Octobre (Finkielkraut). Leur attitude procède d'un véritable négationnisme des crimes du Hamas, qu'on peut décrire comme une nouvelle forme de négation de la Shoah, ou de refus persistant d'assumer l'impératif de Zakhor. “Souviens-toi d'Amalek” est donc, au-delà du rituel et du calendrier juif, un impératif moral, qui nous permet de lire les évènements et de ne pas tomber dans ces nouvelles formes de négationnisme. Pourim Sameakh, “Ad ha-Nitsahon!” *

P. Lurçat

* Jusqu’à la victoire !

 

Un négationniste du 7-Octobre? A. Finkielkraut

Un négationniste du 7-Octobre? A. Finkielkraut

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