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politique israelienne

La reconnaissance du Somaliland et le retour d'Israël en Afrique

January 14 2026, 09:57am

Posted by Pierre Lurçat

le ministre israélien des Affaires étrangères, avec Abdirahman Mohamed Abdullahi, le président de la république du Somaliland

le ministre israélien des Affaires étrangères, avec Abdirahman Mohamed Abdullahi, le président de la république du Somaliland

 

Il fut un temps où la diplomatie du jeune État juif tentait de contourner l’hostilité du monde arabo-musulman et de gagner des alliés dans le concert des Nations, notamment en développant ses relations avec l’Afrique. Dans les années 1960, Israël était dans le peloton de tête des pays possédant le plus grand nombre de représentations diplomatiques en Afrique. Tout changea avec la guerre de Kippour et la rupture des relations avec Israël par la plupart des États africains. La récente décision israélienne de reconnaître le Somaliland, au-delà du coup d’éclat diplomatique et de son intérêt stratégique et militaire évident pour l’État juif, face à la menace des Houthistes du Yémen, constitue aussi un retour vers la politique africaine d’Israël, dont l’âge d’or remonte aux années 1950 et 1960.

 

Pour comprendre la signification et la portée de la reconnaissance du Somaliland par Israël, j’ai interrogé un diplomate israélien qui connaît bien l’Afrique et a été ambassadeur dans plusieurs pays du continent noir. Étant encore en poste, il a tenu à conserver l’anonymat. Il m’explique d’abord le moment choisi par l’État hébreu pour prendre cette décision, qui a été longuement mûrie et préparée. En diplomatie, tout est affaire de timing. En l’occurrence, le timing était on ne peut plus propice : alors qu’Israël a déjà éliminé ou affaibli les régimes de “l’Axe du mal” pro-iranien en Syrie et au Liban (Hezbollah) et que l’Iran lui-même se débat avec des problèmes intérieurs graves, l’instauration de relations étroites avec le Somaliland apporte à Israël une position stratégique clé, juste en face des côtes du Yémen, dont le régime des Houthistes constitue le dernier pion de l’axe pro-iranien qui n’a pas encore été significativement affaibli depuis le 7-Octobre 2023.

 

Voilà pour l’aspect militaire et stratégique, qui est évidemment crucial. Mais ce n’est pas le seul élément expliquant le timing de la décision israélienne de reconnaître – premier État membre de l’ONU au monde à le faire – le Somaliland. Du point de vue de la diplomatie et de la politique internationale, cette décision audacieuse intervient quelques mois après la reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays occidentaux, dont la France. Cela a été aux yeux du Premier ministre israélien l’élément déclencheur de la décision de reconnaître le Somaliland, m’explique mon interlocuteur au ministère des Affaires étrangères.

 

Auparavant, Israël pouvait en effet craindre une reconnaissance de la Palestine à titre de “représailles”, risque qui n’existe plus aujourd’hui. Par ailleurs, l’accusation lancée contre Israël d’avoir enfreint un principe essentiel des relations internationales (celui de ne pas porter atteinte à la souveraineté d’un autre État) est largement inopérante, dès lors que de nombreux pays ont eux-mêmes fait fi des grands principes, en reconnaissant un “État de Palestine” qui ne répond pas aux critères généralement admis pour devenir un État indépendant.

 

Outre son intérêt stratégique, la reconnaissance par Israël du Somaliland a également des implications économiques importantes. Le détroit de Bab Al-Mandab, qui relie la mer Rouge au Golfe d’Aden, est une des routes commerciales les plus importantes au monde, et l’instauration de relations étroites entre le Somaliland et Israël modifie la donne géopolitique dans cette région du monde sensible. Elle permettra de sécuriser le commerce maritime, mis en danger au début de la guerre à Gaza, lorsque les Houthistes avaient attaqué plusieurs navires au large des côtes du Yémen.

 

Israël pourrait ainsi apporter au Somaliland les moyens technologiques et militaires pour protéger le port de Berbera. En janvier 2024, l’Éthiopie s’était engagée par un mémorandum d’accord à reconnaître le Somaliland, en échange d’un accès au port de Berbera, qui aurait permis de désenclaver le second plus grand pays au monde qui ne dispose pas d’accès à la mer. Cet accord était finalement resté lettre morte, après les protestations du régime de Mogadiscio.

 

Vers un grand retour d’Israël en Afrique ?

 

La reconnaissance par Israël du Somaliland s’inscrit aussi dans l’histoire plus ancienne des relations entre l’État juif et l’Afrique, qui remonte aux tous débuts du sionisme politique. “Il y a un peuple dont l’histoire est encore plus tragique que celle du peuple Juif, c’est le peuple noir”. Cette phrase qu’aimait à citer Golda Meir est tirée du Journal du fondateur du mouvement sioniste, Theodor Herzl. Au-delà des aspects politiques et économiques, la dimension humaine est en effet un élément clé des relations entre l’État hébreu et le continent africain. Comme le souligne mon interlocuteur, les relations entre États ne se réduisent pas à leur aspect institutionnel : elles reposent en fin de compte sur celles qui se nouent entre les peuples. Il cite pour exemple le musée du génocide des Tutsis au Rwanda, inspiré de celui de Yad Vashem à Jérusalem. “Le peuple somali aime Israël”, m’explique-t-il, car “il se voit un peu comme Israël, un petit peuple entouré d’ennemis”.

 

Lorsque la politique africaine d’Israël a été initiée par Ben Gourion, l’État juif était encore un pays en développement, qui se voyait ainsi l’interlocuteur naturel des pays africains auxquels il apportait sa technologie en matière d’agriculture et d’irrigation. Aujourd’hui, Israël est une puissance régionale tant sur le plan économique que politique, et la décision de reconnaître le Somaliland marque aussi un tournant dans la politique étrangère de l’État juif, qui a gagné en maturité et en audace, surtout depuis ses victoires militaires de l’après 7-Octobre.

 

Après le choc terrible du 7-Octobre, Israël a ainsi montré sa capacité de modifier l’ordre régional, en défendant de manière intrépide et inventive ses intérêts sur l’échiquier complexe moyen-oriental. C’est dans ce cadre que s’inscrit la décision de reconnaître le Somaliland, qui augure peut-être d’une nouvelle percée israélienne sur le continent africain et – pourquoi pas – d’un retour à l’âge d’or des relations Israël-Afrique.

P. Lurçat

 

 

* Dernier livre paru : Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, Chroniques 2023-2025. Éditions de l’éléphant 2025.

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Ephraim Demri: “L’establishment judiciaire, mu par sa haine de Nétanyahou, est prêt à tout sacrifier pour lui porter atteinte"

November 2 2025, 12:34pm

Posted by Pierre Lurçat

Avec Me Ephraim Demri, photo P. Lurçat / Israël Magazine

Avec Me Ephraim Demri, photo P. Lurçat / Israël Magazine

 

L’affaire des soldats de Sdé Teiman, injustement accusés d’avoir “violé” un terroriste du 7-Octobre par le procureur militaire, expose au grand jour les turpitudes de l’establishment judiciaire israélien, mu par son idéologie post-sioniste et par sa haine abyssale contre Nétanyahou. J’ai interviewé il y a quelques mois l’avocat Ephraim Demri, qui représente les soldats injustement poursuivis, pour Israël Magazine. Dans les lignes suivantes, il explique les derssous de l’affaire.

Ma rencontre avec Me Ephraim Demri se déroule dans les salons de l’hôtel du Théâtre à Jérusalem. Il a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois, étant au cœur de nombreuses affaires très médiatisées qui ont défrayé la chronique. Celle des soldats de Sde Teiman, accusés à tort d’avoir “violé” un terroriste arabe du 7-Octobre, ou celle du “Meraguel”, le mystérieux espion arrêté au cœur d’une base ultrasecrète de Tsahal quelques semaines après le 7-Octobre, dans des circonstances mystérieuses.

Homme affable et volubile, il a grandi à Tibériade, au sein d’une famille juive tunisienne passée par Marseille, avant de “monter” en Israël en 1958. Son cabinet s’occupe de droit pénal et a notamment défendu le rabbin Eliezer Berland, ou des escrocs franco-israéliens dont il préfère ne pas donner le nom. Sa clientèle comporte aussi des hommes politiques de tous bords. Nous évoquons tout d’abord l’affaire des soldats poursuivis pour “violences” contre des terroristes du Hamas.

Pierre Lurçat : Comment trouvez-vous le temps de défendre pro bono des soldats de Tsahal ?

Ephraim Demri : Les soldats passent avant tout. Si un soldat me téléphone maintenant et qu’il a besoin d’être défendu, je quitte tout pour m’occuper de lui. Lorsque la femme d’un des soldats arrêtés à Sde Teiman est venue me voir, elle m’a dit qu’elle voulait que je sois son avocat. J’ai représenté cinq des dix soldats interpellés. Deux ont été inculpés.

P.L. Tous les soldats ont été libérés depuis ?

E.D. Oui. Cinq soldats ont été accusés de violences sexuelles envers des terroristes du 7-Octobre. Par la suite il s’est avéré que le film vidéo qui les incriminait était fabriqué…

P.L. Au début, le tribunal pensait que le film était authentique ?

E.D. Oui, et je vais vous expliquer pourquoi. Les juges militaires font confiance au procureur militaire, car 90 pour cent d’entre eux viennent du cabinet du procureur militaire. Ils partent du présupposé que ce que dit le procureur est vrai. Durant l’arrestation d’un des soldats, le représentant du procureur a expliqué qu’il détenait des preuves confidentielles. Les parents du soldat se sont approchés de moi et m’ont montré le film qui venait d’être diffusé à la télévision ! J’ai montré le film aux soldats, qui m’ont immédiatement dit que c’était un faux. J’ai demandé au juge d’ouvrir une enquête pour savoir comment cet élément de preuve soi-disant confidentiel avait été transmis aux médias… Or les principaux suspects sont les enquêteurs et les membres du cabinet du procureur militaire eux-mêmes !

P.L. Ce film a été diffusé dans le monde entier ?

E.D. Oui. Il a causé un préjudice incalculable à l’Etat d’Israël, à Tsahal et aux Juifs du monde entier.

P.L. Dans quel but a-t-il été diffusé ?

E.D. L’objectif était de plaire au tribunal de La Haye, à Biden, etc.

P.L. Il s’agissait en fait de se protéger eux-mêmes ?

E.D. Au moment de l’arrestation des soldats à Sde Teiman, le pays tout entier était en ébullition, y compris des gens de gauche qui ont des enfants dans l’armée et sont venus manifester avec nous. Au tribunal militaire de Bet Lid également. La justice militaire a compris qu’elle avait un problème, car elle était en train de perdre le soutien du public. La justice militaire et le procureur devaient justifier ces mesures très impopulaires. C’est la raison pour laquelle le film a été diffusé !

P.L. C’est eux qui l’ont diffusé ?

E.D. Il ne pouvait provenir que de l’intérieur de la justice militaire… Il est parvenu uniquement à la chaîne 12.

P.L. Ayala Hasson est la seule journaliste qui a dénoncé ce film comme étant fabriqué ?

E.D. Oui, la seule ! Elle a affirmé qu’on poursuivait nos soldats sur la base d’un “fake”. Nos soldats ont été qualifiés de violeurs. Dès le premier jour, j’ai déclaré que les soldats étaient innocents. J’ai engagé des procédures pour diffamation contre Guy Peled et contre Kan.

(Extrait de mon nouveau livre, Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël. Editions l’éléphant, disponible sur Amazon)

______________________________________________

 

Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                    Jacques Dewitte

 

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

 

Ephraim Demri: “L’establishment judiciaire, mu par sa haine de Nétanyahou, est prêt à tout sacrifier pour lui porter atteinte"

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Lettre ouverte à Alain Finkielkraut qui a “honte d’Israël” et soutient le projet chimérique et dangereux d’E. Macron

September 30 2025, 08:17am

Posted by Pierre Lurçat

Lettre ouverte à Alain Finkielkraut  qui a “honte d’Israël” et soutient le projet chimérique et dangereux d’E. Macron

“Je ne peux pas me contenter d’être en colère [contre le gouvernement israélien]... Je suis compromis, je suis sali, je suis souillé en tant que Juif!”                               

A. Finkielkraut sur France Info, 21 septembre 2025

Cher Alain Finkielkraut,

 

Votre radotage incessant concernant la ‘solution à deux Etats” aura fini par porter ses fruits. Non certes, que M. Macron ait eu besoin de vous pour le convaincre qu’il fallait que la France se place en tête d’une nouvelle croisade anti-israélienne (et antisémite, disons-le)! Non, Macron n’écoute pas la voix des intellectuels et des conseillers juifs, qui lui servent tout au plus de dérisoire “feuille de vigne” médiatique, pour dissimuler le fait évident que sa politique est dictée par la rue arabe en France et par les bailleurs de fonds qataris… Mais vous devez tout de même être fier de savoir qu’un président français a octroyé – le jour même du Nouvel An juif – le plus beau cadeau que les ennemis d’Israël pouvaient espérer après le 7-Octobre: la reconnaissance d’un “Etat palestinien”.

 

C’est une belle “victoire” pour vous, qui affirmez sans cesse que “le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”, et qui répétez comme un mantra, depuis quatre décennies, qu’il faut “mettre fin à l’occupation” en optant pour la “solution à deux Etats”’… Peu importe de savoir si la “solution à deux Etats” ressemble beaucoup, dans l’esprit de ces Palestiniens que vous soutenez avec une telle constance, à la “solution finale” de la question juive à laquelle le père fondateur du nationalisme palestinien, Hadj Amin al-Husseini, a tant contribué… Après tout, les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

 

Je fais partie de ceux qui déplorent depuis longtemps votre aveuglement concernant Israël et la dissonance cognitive qui vous permet de vous flatter d’appartenir depuis 40 ans au “camp de la paix” israélien (sinistre expression qui remonte à l’ex-Union soviétique, et qui aurait sans doute fait honte à votre ami Milan Kundera), et au camp anti-Bibi aujourd’hui, tout en adoptant en France des positions plus proches de la droite de la droite que de la gauche bien-pensante… J’ai longtemps cru, comme d’autres, que cet entêtement (ce radotage pour employer vos propres termes[1]) tenait avant tout à un manque d’information.

 

Car l’Etat d’Israël que vous connaissez et que vous chérissez, celui d’Itshak Rabin et d’Amos Oz, ressemble aux belles photos noir et blanc des années 1980 de Didier Ben Loulou… Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Jourdain depuis et l’image d’Epinal que vous cultivez d’Itshak Rabin, le “héros de la paix assassiné par un extrémiste juif”, ne décrit pas la complexité d’Israël. De manière générale, votre vision d’Israël est marquée par des simplifications extrêmes et par des oppositions binaires et manichéennes.

 

Mais voilà que votre cécité sur la réalité d’Israël et de ses ennemis vous conduit à vous faire l’avocat du pire président qu’a connue votre pays, la France, depuis les débuts de la 5e République. Celui qui a transformé les Juifs (vous y compris) en parias dans leur propre pays, celui qui a réinstauré en France un boycott d’Israël et un “Statut des Juifs”, qu’on croyait aboli en 1945, et celui qui prétend offrir un Etat aux terroristes du Hamas et du Fatah, devient dans votre bouche digne de respect et de soutien ! Preuve qu’on ne peut être aveugle concernant Israël et lucide concernant la France et sa politique.

 

Votre récent cri du cœur sur France Info, dans lequel vous affirmez être “compromis, sali et souillé (sic) en tant que Juif” par la politique israélienne, montre à quel point votre détestation du camp national et religieux en Israël relève d’une véritable phobie, presque pathologique et largement irrationnelle. Car qu’est-ce qui peut objectivement justifier ce sentiment de “salissure”? J’ai récemment tenté d’analyser la posture des Juifs qui se distancient d’Israël, et votre cas aurait mérité de longs développements. Cette “salissure” que vous dites ressentir à cause du gouvernement israélien relève visiblement de cette “haine de soi juive”, magistralement analysée par Theodor Lessing il y a un siècle.

 

Charles Rozjman a raison d’évoquer (au sujet de Delphine Horvilleur) un “judaïsme qui rêve de pureté dans un monde qui ne lui a jamais accordé le droit d’exister”. Mais ce rêve de pureté est illusoire et dangereux. Plusieurs penseurs sionistes ont relevé depuis longtemps le paradoxe d’un “judaïsme aux mains propres”... mais qui n’a pas de mains. Aujourd’hui, Israël se défend et se bat pour sa survie ! J’ajoute que nous n’avons nullement à rougir, nous Juifs d’Israël, ni de la manière dont Tsahal nous défend, ni de la politique de notre gouvernement. Non seulement Israël ne commet aucun “crime de guerre”, mais il révèle au monde entier une nouvelle manière de faire la guerre, plus juste et plus humaine.

 

Cher Alain Finkielkraut, en cette veille de Yom Kippour, j’ai envie de vous dire : cessez d’admonester notre gouvernement et notre Etat, que vous affirmez “aimer”. Revenez vers notre peuple, vers votre peuple ! Oubliez votre “souillure”, qui est en réalité celle de l’existence juive en Galout et de ses compromissions quotidiennes et venez vous tremper dans le mikvé de la terre d’Israël et de sa Torah que vous méconnaissez. Venez rencontrer le peuple d’Israël, dans toute sa diversité et sa richesse humaine, au lieu de fréquenter uniquement ces universitaires kaplanistes qui vous abreuvent de leur fiel. Et venez aussi rencontrer les pionniers juifs de Judée-Samarie, au lieu de les calomnier dans les médias français ! Vous finirez peut-être par comprendre combien Israël est beau et pur, comme un tallith immaculé ! Gmar Hatima tova.

Pierre Lurçat

NB Mon nouveau livre, Jusqu'à la victoire! La plus longue guerre d'Israël - Chroniques 2023-2025 paraîtra courant octobre.

 

 

 

[1]Je plaide depuis bientôt quarante ans pour la fin de l’occupation et la solution de deux Etats. Et je reviens inlassablement à la charge, je prends même le risque du radotage…” (A. Finkielkraut, A la première personne, p. 47).

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“Coup d’Etat des juges” : la situation en Israël bien pire que celle de la France

April 4 2025, 12:03pm

Posted by Pierre Lurçat

La Knesset : dans une démocratie, le seul maître est le peuple.

La Knesset : dans une démocratie, le seul maître est le peuple.

Ivan Rioufol a raison de dénoncer – dans les colonnes de Causeur – le “coup d’Etat des juges”, qui font fi du processus électoral démocratique. De son côté, Elisabeth Lévy se demande s’il faut “avoir peur de la Justice en expliquant que les hommes politiques ne doivent pas être jugés plus sévèrement que les autres. En tant qu’Israélien observant de loin la vie politique française, je ne peux que lui donner raison. Mais j’ajoute que la situation en Israël est encore bien plus grave.

 

La justice israélienne est en effet allée plus loin qu’aucune autre démocratie occidentale, en confisquant le pouvoir du peuple pour instaurer une véritable “juristocratie”. La Cour suprême, en particulier depuis l’époque du juge Aharon Barak, est ainsi devenue la plus activiste au monde. Elle s’autorise aujourd’hui à annuler non seulement les actes de l’administration et les décisions gouvernementales ou sécuritaires (en restreignant la capacité de l’armée de combattre le terrorisme), mais également à retoquer les lois, y compris les lois fondamentales au statut supra-législatif.

 

Cette évolution est commune à l’ensemble des pays démocratiques. Mais ce qui rend la situation plus préoccupante encore en Israël est le fait que nous n’avons pas de véritable Constitution. Or, c’est précisément en abusant de ce vide juridique et constitutionnel que le juge Barak a prétendu “créer” de toutes pièces une “Constitution”, en se fondant sur deux lois fondamentales votées en catimini par la Knesset en 1992, dont il a prétendu qu’elles devaient servir à exercer un contrôle de constitutionnalité le plus étendu[1]. “C’est l’unique Constitution au monde qui est née de la décision d’un tribunal”, avait alors ironisé le juge Moshe Landau, ajoutant : “Elle est sortie du tribunal comme une déesse grecque, Pallas Athéna, est sortie du front de Zeus”.

 

Depuis lors, le pouvoir exorbitant de la Cour suprême et des pouvoirs non élus en général n’a fait que croître, au détriment de celui de l’exécutif et du législatif, réduit à une véritable peau de chagrin. “Il nous est interdit d’empiéter sur le domaine du législateur”, avait déclaré le premier Président de la Cour suprême, Moshe Zamoura, en 1948. Aharon Barak a fait exactement le contraire, donnant naissance à une “monstruosité” juridique : une Cour suprême exerçant le contrôle de constitutionnalité le plus étendu au monde, en l’absence de Constitution véritable.

 

Le pouvoir sans limite de la Cour suprême la plus activiste au monde relève en fait, comme l’avait observé Pierre Manent, d’un véritable “pouvoir spirituel” (que le politologue israélien Menahem Mautner a qualifié quant à lui de “fondamentalisme laïc”). C’est ce pouvoir exorbitant que beaucoup souhaitent aujourd’hui limiter en Israël, pour rappeler aux juges et à tous ceux qui l’auraient oublié que dans une démocratie, le seul maître est le peuple.

P. Lurçat

 

NB Cet article a été proposé au site Causeur qui a refusé de le publier, son rédacteur en chef étant un « anti-Bibi » résolu qui ne supporte pas la contradiction. La devise du magazine – auquel je contribue depuis plusieurs années – « Surtout si vous n’êtes pas d’accord », ne veut donc rien dire, hélas, quand il est question de la politique israélienne !

 

[1] Je renvoie à mon livre Quelle démocratie pour Israël ? Gouvernement du peuple ou gouvernement des juges ? Editions l’éléphant 2023 pour un exposé plus complet de ce processus.

“Coup d’Etat des juges” : la situation en Israël bien pire que celle de la France

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Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

April 3 2025, 11:56am

Posted by Pierre Lurçat

Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

A lire dans le dernier numéro d'Israël Magazine qui vient de paraître: l'entretien exclusif que m'a accordé Me Ephraim Demri, l'avocat qui est au coeur des affaires les plus brûlantes de l’actualité! Affaire Feldstein, défaillances du Shin-Beth avant et après le 7 octobre, haine de Nétanyahou qui aveugle les dirigeants des services de sécurité et de l’armée, etc. Extraits:

Ma rencontre avec Me Ephraim Demri se déroule dans les salons de l’hôtel du Théâtre à Jérusalem. Il a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois, étant au cœur de nombreuses affaires très médiatisées qui ont défrayé la chronique. Celle des soldats de Sde Teiman, accusés à tort d’avoir “violé” un terroriste arabe du 7 octobre, ou celle du “Meraguel”, le mystérieux espion arrêté au cœur d’une base ultrasecrète de Tsahal quelques semaines après le 7 octobre, dans des circonstances mystérieuses.

Homme affable et volubile, il a grandi à Tibériade, au sein d’une famille juive tunisienne passée par Marseille, avant de “monter” en Israël en 1958. Son cabinet s’occupe de droit pénal et a notamment défendu le rabbin Eliezer Berland, ou des escrocs franco-israéliens dont il préfère ne pas donner le nom. Sa clientèle comporte aussi des hommes politiques de tous bords. Nous évoquons tout d’abord l’affaire des soldats poursuivis pour “violences” contre des terroristes du Hamas.

Pierre Lurçat : Comment trouvez-vous le temps de défendre pro bono* des soldats de Tsahal ?

Ephraim Demri : Les soldats passent avant tout. Si un soldat me téléphone maintenant et qu’il a besoin d’être défendu, je quitte tout pour m’occuper de lui. Lorsque la femme d’un des soldats arrêtés à Sde Teiman est venue me voir, elle m’a dit qu’elle voulait que je sois son avocat. J’ai représenté cinq des dix soldats interpellés. Deux ont été inculpés.

P.L. Tous les soldats ont été libérés depuis ?

E.D. Oui. Cinq soldats ont été accusés de violences sexuelles envers des terroristes du 7 octobre. Par la suite il s’est avéré que le film vidéo qui les incriminait était fabriqué…

P.L. Au début, le tribunal pensait que le film était authentique ?

E.D. Oui, et je vais vous expliquer pourquoi. Les juges militaires font confiance au procureur militaire, car 90% d’entre eux viennent du cabinet du procureur militaire. Ils partent du présupposé que ce que dit le procureur est vrai. Durant l’arrestation d’un des soldats, le représentant du procureur a expliqué qu’il détenait des preuves confidentielles.

La suite dans le prochain numéro d'Israel Magazine

https://israelmagazine.co.il/

Photo : PL Pierre Lurcat

 

 
Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

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Pouvoir du peuple ou pouvoir des élites ? La question centrale du débat politique israélien

March 16 2025, 17:18pm

Posted by Pierre Lurçat

Ronen Bar et B. Nétanyahou

Ronen Bar et B. Nétanyahou

En marge de la destitution annoncée du chef du Shin-Beth Ronen Bar par le gouvernement, c’est la question fondamentale de savoir à qui appartient le pouvoir de décision ultime en démocratie qui ressurgit de nouveau. Premier volet d’une série d’articles sur la « question centrale du débat politique israélien ».

 

Dans l’affaire de la conseillère juridique du gouvernement Gali Baharav-Myara, comme dans celle du chef du Shin-Beth Ronen Bar, c’est toujours la même question qui est posée et qui revient sans cesse, depuis des mois et des années. Bien plus que de savoir si le gouvernement détient la compétence – qui semble aller de soi aux yeux de certains et qui pose problème aux yeux des autres – de destituer la conseillère ou le chef du Shabak, c’est une question bien plus fondamentale qui est posée : celle de la nature de la démocratie israélienne, et de la démocratie en général.

 

Que nous disent en effet ceux qui contestent au gouvernement élu cette compétence, sinon que le pouvoir des élus met en danger des valeurs bien plus importantes à leurs yeux que la notion de pouvoir du peuple, à laquelle s’est résumé pendant des siècles le concept de démocratie ? Pour comprendre leur raisonnement, il faut revenir au moment fondateur de la “Révolution constitutionnelle” menée par le juge Aharon Barak, celui de l’arrêt de la Cour suprême "Bank Mizrahi" de 1995.

 

Une démocratie de la majorité seule, qui ne s’accompagne pas d’une démocratie de valeurs, n’est qu’une démocratie formelle et statistique. La démocratie authentique limite le pouvoir de la majorité afin de protéger les valeurs de la société”. Ces quelques mots tirés de l’arrêt Bank Mizrahi définissent la quintessence de la doctrine d’Aharon Barak, au nom de laquelle il a mené sa « Révolution constitutionnelle » en octroyant à la Cour suprême – et à travers elle, à tout un ensemble de pouvoirs non élus, judiciaires, militaires et sécuritaires – un pouvoir exorbitant, sans précédent et sans équivalent dans aucune démocratie occidentale[1]. Pour la résumer de manière très succincte, cette doctrine contient deux éléments essentiels.

 

Démocratie “formelle” ou démocratie “substantielle”?

 

Le premier est la suprématie de la “démocratie substantielle” (demokratia mahoutit) sur la “démocratie formelle” (demokratia formalit). Cet argument, récemment réitéré par Aharon Barak dans son dernier livre, L’Etat d’Israël comme Etat juif et démocratique, pourrait être acceptable par tous s’il était utilisé à bon escient et de manière raisonnable. Mais c’est tout le problème : au nom de la “démocratie substantielle”, les tenants de la Révolution constitutionnelle du juge Barak ont vidé de tout sens la “démocratie formelle” et le pouvoir des élus, dont ils ont fait un épouvantail et qu’ils s’emploient depuis plusieurs décennies à vider de son contenu.

 

Le second élément de la doctrine Barak est en effet l’idée qu’il faudrait sans cesse “limiter le pouvoir de la majorité”, qui serait par principe même un danger pour les droits des minorités (idée elle aussi acceptable dans une certaine mesure) et même un danger pour la démocratie elle-même ! C’est sur ce sophisme (“le pouvoir du peuple met en danger la démocratie”) que repose toute l’entreprise du juge Barak et de ses partisans, qui a ainsi abouti au résultat paradoxal et totalement illogique, que les “défenseurs de la démocratie” (substantielle) sont devenus les pourfendeurs de tous les organes de la démocratie (formelle): gouvernement, Knesset, et pouvoir des élus en général.

 

C’est ainsi qu’il faut comprendre le débat actuel sur le limogeage de la conseillère juridique du gouvernement ou du patron du Shin Beth. Aux yeux des partisans de la “démocratie substantielle” théorisée par le juge Barak, il est interdit au gouvernement élu de destituer des fonctionnaires non élus, qui incarnent selon eux le dernier rempart de la “démocratie” contre le soi-disant "danger" que représente le pouvoir du peuple. Derrière cette affirmation – en elle-même scandaleuse – se cachent, comme nous le verrons, plusieurs motivations encore plus scandaleuses, qui vont du refus du principe de la majorité au mépris pour le “peuple” et pour tous ceux qui représentent autre chose que l’ancienne élite laïque ashkénaze de gauche. (à suivre…)

P. Lurçat

 

[1] Je renvoie à mon livre Quelle démocratie pour Israël ? pour un exposé de la Révolution constitutionnelle de 1992.

Pouvoir du peuple ou pouvoir des élites ? La question centrale du débat politique israélien

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Quand Alain Finkielkraut Invoque Levinas pour défendre les “civils innocents” de Gaza

January 16 2025, 11:48am

Posted by Pierre Lurçat

Quand Alain Finkielkraut Invoque Levinas pour défendre les “civils innocents” de Gaza

Le titre de cet article pourra susciter l’étonnement du lecteur. Quel rapport, en effet, entre le philosophe juif décédé il y a 30 ans et la guerre à Gaza, déclenchée le 7 octobre 2023 par le Hamas ? Cet étonnement fut aussi le mien, en écoutant la dernière émission Répliques sur France Culture. Alain Finkielkraut y recevait deux jeunes philosophes juifs français, qui viennent tous deux de publier des livres consacrés à Emmanuel Levinas. Le premier, David Haziza, est l’auteur de Mythes juifs, le retour du sacré. Le second, Dan Arbib, est notamment le maître d'œuvre (avec Danièle Cohen-Levinas) du quatrième tome des œuvres complètes de Levinas qui vient de paraître chez Grasset.

 

Dans la présentation de son émission, Alain Finkielkraut explique que Levinas a “fait entrer les traités vermoulus du judaïsme dans la pensée contemporaine…”, citant les Lectures talmudiques, Totalité et Infini ou Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. “Le judaïsme et pas seulement la question juive”, précise Finkielkraut. Hélas, cette entrée en matière alléchante s'avère rapidement être une tromperie : car du judaïsme et de la philosophie ou de l’apport d’Emmanuel Levinas à la pensée contemporaine, il ne fut pratiquement pas question au cours de l’émission.

 

La scandaleuse accusation de “suprémacisme juif”

 

Au lieu de cela, les cinquante minutes de l’émission ont été principalement consacrées à des considérations et à des échanges sur des sujets aussi éloignés de Levinas que les “civils innocents” de Gaza, l’usage de la force par Israël ou encore… “Ben Gvir et Smotrich” (sic) et le “danger du messianisme”. Le premier à ouvrir le feu a été David Haziza, qui a expliqué comment le “mythe de l’élection” du peuple Juif avait donné lieu à des “dérives”, dont il prend pour exemple “Ben Gvir, Baruch Goldstein et Meir Kahana”, ou encore Yigal Amir. Par la suite, Haziza reprend à son compte le concept de “suprémacisme juif”, concept fallacieux dont un spécialiste des médias français avait montré il y a quelques années qu’il avait été inventé par l’antisémite américain David Duke.

 

Dans la suite de l’émission, le second invité, Dan Arbib, est revenu sur le sujet de l’élection en expliquant comment, chez Levinas, “l’essence de la subjectivité est l’élection”. A. Finkielkraut cita de son côté la conception lévinassienne du visage d’autrui et expliqua comment Levinas “fait entrer des catégories juives dans la philosophie”. David Haziza revient à la charge, en affirmant que “l’essence du judaïsme c’est l’éthique” et que même s’il “peut y avoir des débordements suprémacistes du judaïsme”, ce sont des “corruptions du judaïsme”. A. Finkielkraut abonda dans son sens en affirmant (s’appuyant sur le député israélien de gauche Gilad Kariv) que “certains en Israël sont en train de trahir la Torah”.

 

De son côté, Dan Arbib invoqua Levinas pour affirmer qu’”être Messie c’est porter secours à autrui et endosser les souffrances d’autrui”. Finkielkraut surenchérit en citant lui aussi Levinas, parlant du “fait de ne pas se dérober à la charge qu’impose la souffrance des autres…” La souffrance de qui ? Des otages et des victimes du Hamas ? Non ! Celle des “civils innocents de Gaza”... Misère de la philosophie ! Ce n’est qu’à la seizième minute de l’émission que fut rappelé le fait crucial de l’attaque abominable du 7 octobre 2023. Comme s’il s’agissait d’un « détail », pour reprendre l’expression d’un dirigeant politique français récemment décédé, adulé par un média français dont Finkielkraut est le maître à penser. Cette impression désagréable m’a d’ailleurs accompagné tout au long de l’émission : les trois intellectuels dissertaient doctement de Levinas, de la souffrance des « autres » et de l’humanité des Palestiniens, comme si rien ne s’était passé le 7 octobre 2023.

 

Levinas détourné pour attaquer Israël…

 

            Au-delà même de l’utilisation du concept scandaleux de “suprémacisme juif”, mentionné par David Haziza et repris à son compte sans la moindre réserve par Alain Finkielkraut, cette émission est donc doublement scandaleuse. D’abord, parce que Finkielkraut s’est paré de l’aura d’Emmanuel Levinas pour porter des appréciations politiques et des accusations sans fondement contre la politique et contre le gouvernement israélien. Mais aussi – et surtout – parce que l’attitude des trois intervenants de l’émission était à mille lieues de celle de Levinas lui-même à l’égard d’Israël. “Je ne me permets pas de critiquer Israël, n’ayant pas choisi de courir cette noble aventure”, avait dit en substance le philosophe. A l’encontre de cette sage modestie, Finkielkraut et ses deux invités n’ont eu cesse de porter leurs jugements à l’emporte-pièce, pour attaquer et diffamer le gouvernement israélien.

 

            Le fait même de reprocher à des ministres israéliens d’avoir affirmé qu’il n’y a pas de civils innocents à Gaza témoigne d’une totale incompréhension de la guerre qui dure depuis 15 mois. Car cette affirmation n’est nullement – comme l’ont prétendu Finkielkraut et ses invités – le fruit d’un positionnement idéologique (“les Palestiniens sont a priori coupables”), mais bien au contraire celui d’un constat empirique, qui a été celui de tous les soldats israéliens – toutes tendances politiques confondues – revenant de Gaza. Ce sont nos soldats qui ont vu de leurs propres yeux la réalité du fanatisme dans chaque maison, la présence de drapeaux du Hamas et de caches d’armes dans les lits de bébés. Dans l’Allemagne nazie, des Allemands se sont révoltés et ont tenté d’assassiner Hitler. A Gaza, le Hamas n’a fait l’objet d’aucune contestation et d’aucune tentative de révolte.

 

            Judith Butler, la “papesse” de la théorie du genre, avait jadis pris à parti Emmanuel Levinas en l’accusant – sur la base d’une citation tronquée – d’avoir prétendu que les Palestiniens n’avaient pas de visage (“faceless”). Alain Finkielkraut et David Haziza ont eux aussi détourné la pensée de Levinas en l’utilisant pour appuyer leurs opinions politiques et pour défendre la soi-disant “humanité” des habitants de Gaza, ceux qui détiennent depuis quinze mois des civils israéliens – femmes, enfants, bébés et vieillards – et qui ont commis les crimes atroces que l’on sait. En conclusion, cette émission était triplement scandaleuse. En prétendant invoquer la mémoire de Levinas pour défendre “l’humanité” des Gazaouis, Finkielkraut a insulté non seulement la vérité et diffamé les Israéliens, mais il a aussi insulté la mémoire du grand philosophe auquel il prétendait rendre hommage.

Pierre Lurçat

 

NB Le premier tome des Ecrits sionistes de Jabotinsky vient de paraître en français à la Bibliothèque sioniste, éditions l’éléphant. Disponible sur Amazon et bientôt en librairie !

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Le huitième front de la guerre (I) Le « Deep State » contre la démocratie israélienne

December 5 2024, 10:12am

Posted by Pierre Lurçat

Moshe Yahalon

Moshe Yahalon

Les propos délirants de l'ancien chef d'état major Moshe Yahalon ont une fois de plus mis en lumière le phénomène inquiétant de ces "gatekeepers" devenus des contempteurs de leur propre armée et de leur propre État, et ce alors qu'Israël est plongé dans une guerre existentielle sur sept fronts… Ce phénomène ne concerne pas seulement l'avant 7 octobre – car ce sont ces gatekeepers qui ont ouvert les portes aux terroristes du Hamas – mais il interroge aussi l'avenir de l'état d'Israël. Premier volet d'un article consacré au huitième front de la guerre.

 

Le "huitième front" de la guerre actuelle pourrait ainsi être défini comme celui qui oppose d'un côté le pouvoir élu démocratiquement et, de l'autre celui du « Deep State », c’est-à-dire des anciennes élites qui refusent obstinément de céder leur pouvoir et de renoncer à leurs privilèges. Ce qui rend cette situation – qui dure déjà depuis plusieurs décennies – inédite et dangereuse est le fait que les représentants du « Deep State » et, au premier plan, les "gatekeepers" qui en sont devenus les porte-parole attitrés, ne reculent devant aucun moyen dans leur tentative pour faire tomber le gouvernement élu.

 

Après avoir échoué à cinq reprises à gagner le pouvoir par les urnes et après avoir intenté plusieurs procès contre le Premier ministre pour des raisons futiles, ils ont franchi une nouvelle étape dans leur combat sans merci en utilisant le Shin-Beth, le service de sécurité intérieure, comme un bras armé et comme une véritable police politique au service de leurs intérêts étroits…

 

Cette guerre intestine pourrait se transformer en une véritable guerre civile, si elle opposait deux camps aussi déterminés d'en découdre l'un que l'autre. Elle ne l'est pas devenue pour une seule raison : aujourd'hui comme hier (de la “Saison” à l’Altalena), le camp de la droite dans son immense majorité, refuse toute guerre intestine et prône l'unité face aux ennemis extérieurs.

 

La gauche de son côté, fidèle à l'héritage de ses pères fondateurs qui n'ont jamais totalement accepté la légitimité du camp sioniste révisionniste, affirme sans relâche que l'ennemi principal n'est ni le Hamas ni le Hezbollah mais qu'il est .. B. Netanyahou! Or il ne s'agit pas seulement d'un slogan – stupide et criminel – des manifestants de Kaplan et d'ailleurs, mais bien d'une conviction profonde et solidement ancrée dans l'éthos antidémocratique du camp des "tout sauf Bibi".

 

Cette affirmation en elle-même dangereuse est devenue pour ainsi dire l'unique leitmotiv d'une gauche qui a perdu tout espoir de regagner le pouvoir par les urnes. Dans la suite de cet article nous verrons comment la récente affaire Feldstein permet de comprendre la responsabilité immense des gatekeepers  et du « Deep State » dans le 7 octobre.

P. Lurçat

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Azmi Bishara et la politique de l’identité arabe en Israël : une fable politique moderne

November 12 2024, 16:14pm

Posted by Pierre Lurçat

Azmi Bishara

Azmi Bishara

 

Comment le député arabe soutien du Hezbollah s’est introduit dans les cercles intellectuels israéliens de la gauche “post-coloniale”

 

Plus de 20 000 citoyens juifs israéliens auraient voté pour la Liste arabe unifiée aux dernières élections. L’itinéraire de l’intellectuel et militant Azmi Bishara permet de comprendre les raisons profondes de ce vote, et au-delà, du radicalisme politique arabe et de ses soutiens au sein de la société civile et des institutions israéliennes. De Bir Zeit au Qatar et de l’establishment culturel post-sioniste israélien jusqu’au soutien avéré au Hezbollah et aux autres ennemis de l’Etat d’Israël, l’itinéraire de Bashara ressemble à une fable politique moderne. Histoire d’une trahison.

 

Du marxisme au post-modernisme et au militantisme arabe

 

Bishara a étudié la philosophie en Allemagne, et soutenu en 1986 sa thèse à l’université Humboldt de Berlin, sur le sujet “Méthodologie du Capital de Marx : le mythe de l’unité entre logique et histoire”. Il enseigne ensuite à l’université de Bir Zeit, avant d’être élu à la Knesset sur la liste du parti Balad, dont il est un des fondateurs. Soupçonné d’espionnage en faveur du Hezbollah en pleine guerre du Liban, il quitte Israël et se réfugie à Doha, dont l’émir de l’époque, Al-Thani, est un ami personnel de Bishara, qui l’a rencontré à Paris, chez Maxim’s. (Cela ne s’invente pas…)

 

Au-delà de l’itinéraire mouvementé d’Azmi Bishara et de son évolution idéologique (ancien marxiste devenu le chantre de la diplomatie des pétro (et gazo) dollars qataris), l’aspect le plus intéressant pour notre sujet est le capital de sympathie que ce nationaliste arabe a su cumuler en Israël, dans les franges les plus radicales et les plus prestigieuses de l’establishment culturel post-sioniste et antisioniste. L’étudiant en philosophie de l’université berlinoise (où il a étudié aux frais du parti communiste israélien), est rapidement devenu la coqueluche des médias israéliens, qui voyaient en lui un intellectuel brillant parlant le même langage qu’eux.

 

Lisons le portrait que dressait de lui le journaliste Nahum Barnéa, dans le quotidien Yediot Aharonot[1] : “Il était devenu le gourou des cercles intellectuels... comme l’institut Van Leer de Jérusalem. A leurs yeux, il était un philosophe combattant. Les femmes tombaient amoureuses de lui. Les hommes lui ouvraient les portes de l’académie…”. Selon Barnéa, journaliste bien connu de la gauche israélienne, Bishara s’est servi du cheval de bataille du “rapprochement judéo-arabe” et de “l’État de tous ses citoyens” pour pénétrer les cercles d’influence, alors qu’il n’a en fait jamais renoncé à son credo politique nationaliste arabe.

 

Bishara et l’establishment culturel israélien

 

En 1987, Bishara adhère au groupe de “La 21e année”, fondé pour combattre “l’occupation des territoires”, à l’occasion du début de la Première Intifada. A ses côtés se trouve notamment Adi Ophir, philosophe aux idées politiques radicales, qui prône le retour aux frontières de 1947 et la partition de Jérusalem. Adi Ophir est un membre éminent de cette coterie d’intellectuels israéliens que j’ai désignée[2] par l’appellation de “communauté d’opprobre” (concept emprunté au philosophe Elhanan Yakira). Spécialiste de philosophie contemporaine – française notamment – et de la “théorie critique”, il a fondé la revue Teoria u’Bikoret (Théorie et critique), publiée par l’institut Van Leer de Jérusalem. Pour comprendre ce qu’est cette institution, remarquons que le professeur Amos Goldberg, qui a accusé Israël de “génocide” après le 7 octobre, fait partie du corps professoral de l’institut Van Leer.

 

Depuis son apparition en 1991, cette dernière revue est devenue le lieu d’expression le plus influent de la pensée post-sioniste en Israël, laquelle a été à l’origine de la véritable “Révolution culturelle” des années 1990. Celles-ci ont en effet vu, avec la signature des Accords d’Oslo et la “Révolution constitutionnelle” quasi-concomitante, l’arrivée au pouvoir des idées post-sionistes, tant dans l’échelon politique (avec le gouvernement Rabin-Pérès) qu’à la Cour suprême, devenue à cette époque un des premiers centres de pouvoir en Israël.

 

Pour avoir un avant-goût des thématiques abordées dans ce fleuron de l’intelligentsia universitaire post-sioniste israélienne, examinons rapidement le contenu du numéro que la revue Théorie et critique a publié pour le cinquantième anniversaire de l’État d’Israël. Après avoir expliqué en introduction pourquoi cet anniversaire n’était pas l’occasion d’une quelconque célébration, Adi Ophir explique que l’objet de ce numéro du Jubilé est de “présenter tout ce qui incarne la critique de ‘l’ordre existant’, qui refuse celui-ci et exprime la résistance ouverte et la subversion”. C’est ainsi que la revue donne la parole à tous ceux qui considèrent l’État hébreu comme un régime colonialiste, “ethno-centriste” et oppressif, en utilisant les concepts clés de la théorie du genre et de la pensée post-colonialiste.

 

Un exemple particulièrement parlant est l’article du sociologue tel-avivien Yehuda Shenhav, qui explique que les Juifs des pays arabes n’ont pas quitté leur patrie en raison des souffrances endurées en tant que juifs, mais en conséquence des “manipulations orchestrées par les sionistes d’origine européenne, qui ont créé une ‘psychose de l’émigration’ chez les Juifs d’Irak”. Nous sommes ici au cœur de l’inversion victimaire : l’exode des Juifs des pays arabes ne serait pas la conséquence de l’antisémitisme musulman, mais de “manipulations sionistes”... 

 

La fascination exercée par l’ex-député arabe sur les cercles les plus influents de la gauche post-colonialiste israélienne permet de comprendre, avec le recul, l’aveuglement d’une grande partie de l’establishment culturel et politique de gauche, qui est un des éléments de la fameuse “Conceptsia” ayant mené au 7 octobre.

 P. Lurçat

 

 

[2] Dans mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éd. de l’éléphant 2022.

Amos Goldberg: "Israël coupable de génocide"

Amos Goldberg: "Israël coupable de génocide"

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Le fantasme de la sécession et de la guerre civile au cœur de la culture israélienne

June 23 2024, 11:56am

Posted by Pierre Lurçat

Le fantasme de la sécession et de la guerre civile au cœur de la culture israélienne

 

Pour comprendre la poursuite des appels à la guerre civile et au renversement du gouvernement par tous les moyens – au milieu d’une guerre existentielle dont l’enjeu est la survie de notre Etat – il faut se pencher sur le fantasme de la « sécession », qui habite la culture et la politique israélienne depuis 1948. Article paru dans Israël Magazine, avant la guerre du 7 octobre. P.L.

 

« Chaque religion parle de ce qui lui fait défaut », faisait remarquer le rabbin Léon Ashkénazi, à propos du désir d’unité au sein du peuple Juif. En réalité, tout autant que le souhait de rester un peuple uni, c’est souvent la volonté contraire qui est exprimée aujourd’hui dans le débat public israélien : celle d’une séparation entre deux États, un État juif laïc autour de Tel-Aviv et un État juif religieux autour de Jérusalem. Mais cette idée fantasmatique n’a pas été inventée par les cerveaux des publicitaires et des généraux en retraite qui dirigent l’actuel mouvement de protestation. Elle court en réalité comme un fil rouge à travers la culture israélienne depuis 1948 et même avant. Un des premiers qui a exprimé l’idée de la séparation fut Amos Kenan, dans son livre La route d’Ein Harod, paru en 1984, qui décrivait un Israël en proie à la guerre civile.

 

Dans ce roman dystopique, un coup d’État amenait au pouvoir une junte militaire, qui expulsait du pays la minorité arabe, tandis qu’une poignée de rebelles résistait au nouveau pouvoir dans le nord du pays. Le roman relatait le périple d’un habitant de Tel-Aviv soumise au pouvoir militaire, pour rejoindre Ein Harod en Galilée. Trois décennies plus tard, le thème de la sécession et de la guerre civile est au cœur de la série Autonomies, écrite par Yonathan Indurski et Ori Elon (auteurs de Shtisel) et diffusée en 2019. Cette fois-ci, la guerre civile a triomphé et donné lieu à une véritable scission entre un État séculier autour de Tel-Aviv et un autre religieux autour de Jérusalem.

 

Plus récemment, Yishaï Sarid a publié un roman intitulé Troisième Temple, qui décrit un Israël en guerre, dans lequel un officier juif lève une armée pour reconquérir le pays dévasté par les Amalécites, après la reconstruction du Temple de Jérusalem. Dans le roman de Sarid, paru en 2015, la Cour suprême est supprimée par décret royal et remplacée par le Sanhédrin. Ce dernier a notamment pour tâche de juger les dirigeants rebelles de Tel-Aviv, condamnés pour avoir préconisé la suppression du shabbat et de la circoncision. Il n’est pas anodin que l’auteur soit le fils de l’ancien député et ministre Yossi Sarid, ancien dirigeant du parti Meretz.

 

Ces trois exemples montrent que l'idée d'une séparation entre deux Israël est présente depuis longtemps dans l'imaginaire et dans l'ethos collectif de l'État juif. Plus encore que le fantasme d'un nouveau schisme – qui rejouerait l'épisode historique traumatique de la séparation entre le royaume d'Israël et celui de Juda – cette thématique illustre la tentation, omniprésente au cœur même du mouvement de renaissance nationale juive, d'une séparation entre le destin israélien et le destin juif, vécu comme une malédiction.


La contradiction inhérente au sionisme politique

 

Citons encore une fois le rabbin Ashkénazi, observant que certains Israéliens étaient venus ici pour ne plus être Juifs, tandis que d'autres souhaitaient au contraire y devenir plus Juifs... Cette contradiction inhérente au projet sioniste rejaillit aujourd'hui avec une violente décuplée, au sein du mouvement d’opposition au gouvernement, accusé d'être le « plus à droite de l'histoire d'Israël ». Dans cette opposition se fait jour un autre reproche, beaucoup plus profond : celui de vouloir réinscrire l'histoire d'Israël-État dans celle d'Israël-peuple et de confondre le destin israélien avec la vocation juive.

 

C'est ce reproche fondamental qui permet de comprendre le fantasme récurrent d'une séparation et d'un nouveau schisme. Faire sécession d'un État juif englobant les provinces historiques de Judée et de Samarie en se repliant sur « l'État de Tel Aviv » – synonyme de liberté et de modernisme – pour échapper à Jérusalem, à ses vieilles pierres (le fameux « Vatican » auquel Moshe Dayan était impatient de renoncer, après la victoire miraculeuse de juin 1967) et à sa tradition millénaire. C'est dans ce contexte que prend tout son sens le slogan des manifestants « Hofshi beArtsenou » (« libre sur notre terre »), qui oblitère délibérément la fin de la citation de notre hymne national : « la terre de Sion et de Jérusalem ».

 

Mais ce fantasme récurrent de la sécession est voué à l'échec, car jamais le peuple juif n'est parvenu à échapper à sa vocation. Son seul choix est de l'assumer librement et fièrement, ou au contraire de la supporter comme un destin non choisi et malheureux. Dans cette perspective, les événements des derniers mois s’apparentent à une nouvelle crise d’identité, ou plus précisément à une nouvelle phase de la « mutation d’identité » que vit le peuple Juif, en passe de redevenir Hébreu sur sa terre retrouvée.

P. Lurçat

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