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Dans la tête d’un écrivain israélien pacifiste : Au ras du sol de Dror Mishani, P. Lurçat

November 27 2025, 15:30pm

Posted by Pierre Lurçat

Dans la tête d’un écrivain israélien pacifiste : Au ras du sol de Dror Mishani, P. Lurçat

 

De passage en France pour y faire la promotion de mon nouveau livre*, je découvre celui de l’écrivain israélien Dror Mishani, publié en 2024 en Israël et traduit chez Gallimard, dont l’exemplaire, reçu en service de presse, m’attendait patiemment depuis mon dernier séjour parisien. J’ai lu et apprécié, comme beaucoup, les romans policiers de Mishani, qui fait partie de la “deuxième génération” des auteurs de ce genre longtemps négligé par la littérature israélienne (dans la première génération, mentionnons les noms de Shulamit Lapid et de Batya Gour).

 

Mishani est notamment le créateur du personnage de l’inspecteur Avraham Avraham, policier solitaire et introverti. Il est aussi enseignant de littérature et spécialiste de l’histoire du roman policier. Mais c’est un autre visage de Dror Mishani qui est révélé au public dans Au ras du sol, sous-titré Journal d’un écrivain en temps de guerre. On y découvre en effet, racontée avec une grande franchise, la vie quotidienne de l’écrivain dans les semaines suivant le 7-Octobre.

 

Le livre de Mishani a pour point de départ un reportage publié dans le magazine suisse allemand Das Magazin, qui s’est prolongé dans un livre paru en juillet 2024 en Israël et en Allemagne, et traduit en France en 2025. Mishani, comme d’autres écrivains, a donc publié ce Journal de guerre dès les premiers mois de l’offensive militaire israélienne, après le massacre du 7-Octobre. Son livre est souvent intéressant, mêlant la vie quotidienne, les réflexions politiques et la description d’un milieu israélien bien particulier, celui des écrivains et artistes.

 

Ce qui m’a le plus intéressé dans le livre de Mishani, c’est de comprendre à travers son récit le vécu et l’ethos politique d’un écrivain israélien pacifiste. Dès les premières pages du livre, et dès le lendemain du 7-Octobre, l’écrivain est en effet hanté par une seule peur : celle de voir Israël riposter et se lancer dans une véritable guerre à Gaza. Alors qu’il se trouve encore à Toulouse, invité d’un festival de littérature, Mishani commence déjà à rédiger un article contre la guerre (!), qui sera envoyé au journal Ha’aretz. “Ne pas raser, ne pas écraser, ne pas se venger”, explique-t-il, car “transférer le malheur sur Gaza et ses habitants ne fera que l’entretenir…

 

L’éthos pacifiste de Mishani est révélateur de l’état d’esprit d’une grande partie de ces élites israéliennes qui ont occupé des postes de direction au sein des institutions culturelles, médiatiques, mais aussi sécuritaires de l’Etat d’Israël. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les ex-patrons du Shin-Beth et de l’armée qui commentent l’actualité sur les plateaux de télévision depuis le 7-Octobre. Tous partagent cet état d’esprit pacifiste, défaitiste et hostile au gouvernement (à l’exception des voix dissidentes, qu’on n’entend que sur la chaîne 14).

 

Pour comprendre cet éthos bien particulier, il faut s’attacher à la personnalité et au vécu familial de Mishani, qui est très révélateur. Marié à une femme catholique polonaise, rencontrée sur le campus de Cambridge, il raconte comment sa fille Sarah l’a très jeune interrogé sur sa double identité : “Pour la première fois de sa vie, elle t’a demandé si elle était juive ou pas. Tu as commencé par bredouiller, tu lui as dit que oui, elle était les deux, et quand elle a insisté,tu as été obligé d’admettre que non, pour l’Etat d’Israël, elle ne l’était pas. Alors je le suis pour qui? a-t-elle voulu savoir, et tu as répondu : pour Hitler”.

 

Cet échange poignant est révélateur du problème d’identité de cette gauche israélienne pacifiste, qui vit écartelée entre son amour du pays (bien présent chez Mishani) et son ambition d’être reconnue et admirée à l’étranger (en lisant son livre, je me suis demandé à chaque page s’il écrivait pour ses compatriotes d’Israël, ou pour ses lecteurs suisses allemands…). La “double-appartenance” et la question de l’identité juive sont en effet tout autant celles de l’écrivain que de sa fille, née d’une mère catholique polonaise et d’un père juif israélien.

 

            Lorsque l’actrice iconique du Septième Art israélien, Gila Almagor, est accusée de manquer de patriotisme, elle réagit avec force en affirmant son soutien à la “merveilleuse armée d’Israël” et en rejetant les accusations de “crimes de guerre”, portées par l’ONG radicale Betselem. Mishani, lui, est révolté par les propos d’Almagor… Il est incapable de s’identifier à son pays et à son armée sans arrière-pensée. Tiraillé entre ses attaches et ses loyautés multiples, l’auteur talentueux de romans policiers à succès, traducteur de Roland Barthes en hébreu, est intimement persuadé, dès le mois d’octobre 2023, qu’Israël est responsable de la situation et des crimes du Hamas.

 

            Les états d’âme de Mishani ne peuvent être négligés ou méprisés, car ils sont ceux d’une large frange de l’intelligentsia progressiste, en Israël et ailleurs dans le monde juif. En mettant sur le même plan la souffrance des victimes juives et celle des morts de Gaza, l’écrivain israélien n’est pas différent de ses collègues juifs français, D. Horvilleur ou A. Finkielkraut. Son livre éclaire les errements politiques et moraux d’une intelligentsia juive qui n’a pas réussi à sortir des ornières du pacifisme et à penser véritablement l’événement du 7-Octobre, dans toute sa radicalité et sa nouveauté.

P. Lurçat

 

Dror Mishani, Au ras du sol, Journal d’un écrivain en temps de guerre. Gallimard 2025.

 

* Je donnerai une conférence à Paris dimanche 30 novembre, sous l’égide du Mouvement des Etudiants Juifs et du département de l’alyah de l’OSM. Inscription : https://forms.gle/zhVo3pogdsrZR7DN9

 

Dans la tête d’un écrivain israélien pacifiste : Au ras du sol de Dror Mishani, P. Lurçat

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Face à la guerre: La France, Israël et le poison mortel de l’idéologie progressiste

November 23 2025, 15:56pm

Posted by Pierre Lurçat

Le général Mandon

Le général Mandon

Des officiers supérieurs représentant 20 pays ont participé à un séminaire militaire en Israël pour tirer les leçons de deux ans de guerre. Canada, république tchèque, Etats Unis, etc... Un grand pays occidental était absent : la France. Au même moment, le chef d'état-major français, le général Mandon, faisait une déclaration fracassante devant le congrès des maires de France, affirmant notamment que la France devait se préparer à une guerre de haute intensité contre la Russie d’ici trois à quatre ans, et appelant la nation à être prête à « perdre ses enfants » et à supporter de lourds sacrifices économiques pour protéger ses intérêts. Ces propos inhabituels ont suscité une vive polémique en France.

 

Les déclarations du chef d'état-major français et le scandale qu'elles ont suscité dans certains milieux et médias en disent long sur l'état d'esprit qui règne aujourd’hui en France. Qu'a dit en effet de scandaleux le chef d'état-major, sinon que la France devait se préparer à la guerre ? Mais l'élément le plus intéressant de son diagnostic est sans doute que la force militaire ne suffit pas, si elle n'est pas accompagnée de la "force d'âme"... Ce qui nous ramène à Israël.

 

Pendant plusieurs décennies, notre pays a été rongé de l'intérieur par une maladie pernicieuse, celle de l'idéologie progressiste et pacifiste du post-sionisme. C'est au nom de cette idéologie que l'état-major israélien avait rayé de son vocabulaire le mot victoire et qu'il avait diminué dangereusement les effectifs et les budgets de l'armée de terre, misant tout sur la seule puissance de “Hayl Haavir”, l'armée de l'air qui était aux abonnés absents le jour fatidique du 7-octobre, comme je l’explique dans mon dernier livre*.

 

Au nom du progressisme pacifiste, Tsahal avait perdu de vue sa mission capitale de défendre les frontières d'Israël, pour se consacrer à des choses aussi éloignées de son objectif vital que le réchauffement climatique, ou l'égalité hommes femmes dans les unités combattantes… Le 7-octobre a signifié à cet égard un coup de semonce et une piqûre de rappel terrible pour une armée et pour un establishment sécuritaire atteints de cécité et malades de l'idéologie progressiste. Après le terrible échec de l'avant 7-octobre, le réveil du peuple d'Israël a été à la hauteur de la menace existentielle  pesant sur notre pays. 

Souhaitons que la France suive l’exemple d’Israël et se réveille elle aussi de la torpeur mortelle du progressisme et du pacifisme. Ce n'est pas un hasard si le premier à dénoncer les déclarations  du général Mandon a été Jean Luc Mélenchon... Entre l'alliance avec les frères musulmans et Israël, le choix est clair. Pour survivre, la France doit devenir un peu Israël, comme l'a bien compris le chef d'état-major des armées Mandon

P. Lurçat

 

* Je donnerai une série de conférences en France pour présenter mon dernier livre et parler de la “victoire du sionisme après le 7-Octobre”. Je serai dimanche 30 novembre à Paris, lundi 1er décembre à Marseille, mardi 2 décembre à Toulon et mercredi 3 décembre à Monaco. J’aurai plaisir à vous y rencontrer!

INSCRIPTIONS :

Paris https://lnkd.in/dFmcrqKB

Marseille https://lnkd.in/dxWzzYJM

Toulon https://lnkd.in/dJZ_34qY

Monaco SUR INVITATION

 

 

“Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel”

Jacques Dewitte

 

“Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique”.

Daniel Horowitz

“Lurçat va droit au centre du séisme. Son livre le démontre : le 7 octobre n’était pas imprévisible, il était annoncé”.

Serge Siksik

 

“Un livre lumineux et essentiel pour comprendre ce qui se passe en Israël comme en France”

Christine Tassin

Face à la guerre: La France, Israël et le poison mortel de l’idéologie progressiste

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Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël - Tournée de conférences en France

November 20 2025, 10:44am

Posted by Pierre Lurçat

Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël  - Tournée de conférences en France

 

Je donnerai une série de conférences en France pour présenter mon dernier livre et parler de la “victoire du sionisme après le 7-Octobre”. Je serai dimanche 30 novembre à Paris, lundi 1er décembre à Marseille, mardi 2 décembre à Toulon et mercredi 3 décembre à Monaco.

 

INSCRIPTIONS :

Paris  https://forms.gle/zhVo3pogdsrZR7DN9

Marseille https://form.jotform.com/253222949693366

Toulon https://form.jotform.com/253222767098363

Monaco SUR INVITATION

J’aurai plaisir à vous y  rencontrer!

 

Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel” 

Jacques Dewitte

 

“Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique”.

Daniel Horowitz

 

Un livre lumineux et essentiel  pour comprendre ce qui se passe en Israël comme en France”.

Christine Tassin

 

Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël  - Tournée de conférences en France

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Une même horreur, deux regards, par Fiodor

November 18 2025, 10:26am

Posted by Fiodor



 

Une même horreur, deux regards, par Fiodor

Une fois n'est pas coutume, je reproduis ci-dessous la double recension consacrée à mon dernier livre et à celui de l'animateur Arthur par le blog Unidiotattentif. L'auteur, Fiodor, est spécialiste de Dostoïevski (ce qui explique le titre du blog et son pseudonyme). P.L.

 

Israël dans l'imaginaire médiatisé


 

 

 

Dans une bonne partie du monde occidental, l’horreur suscitée par les événements du 7 octobre 2023 n’a pas duré. Très vite, par un invraisemblable tour de passe-passe moral (ou plutôt immoral), la victime a été transformée en coupable et les tueurs en victimes, libérant aussitôt une flambée d’antisémitisme décomplexé. Dans le même temps, les Juifs, en Israël et dans la diaspora, demeuraient tétanisés par ce qui était le pire déchaînement de violence antisémite depuis la Shoah. Cette terre ancestrale retrouvée, où les Juifs pensaient pouvoir enfin vivre à l’abri des persécutions, était devenue le théâtre d’un pogrome d’une violence inimaginable. Le peuple juif, partagé entre des opinions très diverses et même antagonistes, éprouvait dans la douleur son unité et sa vitalité indestructible. Mais comment fallait-il répondre à cette entreprise clairement génocidaire qu’il venait de subir ? Là encore, l’extrême diversité des points de vue s’est manifestée. Ne dit-on pas : « Deux Juifs, trois opinions » ?

 


Je viens de lire deux ouvrages qui, dans des registres littéraires très différents, témoignent de cette diversité de regards. Le premier (1), celui d’Arthur, le célèbre animateur TV, est un cri, l’expression d’une douleur que vient redoubler la haine antisémite devant laquelle s’effondrent les dispositifs protecteurs et les privilèges de l’homme public. Le second (2), de Pierre Lurçat, est une chronique, distanciée, raisonnée, sans concessions au politiquement correct. Si l’on veut se plier aux simplifications journalistiques, on dira qu’Arthur est un homme de gauche et Lurçat, un homme de droite. Les confronter oblige à réaliser combien le conflit interminable dans lequel Israël est entraîné, malgré lui, depuis des décennies, est complexe, et combien, prétendre en juger, à distance, requiert prudence, respect, bienveillance. Que disent, en substance, les deux livres que j’évoque ici ? 

 

Arthur exprime l’horreur trop vite relativisée, « contextualisée », oubliée… du massacre du 7 octobre, ces actes d’une barbarie atroce, accomplis dans la jubilation, filmés par leurs auteurs et salués à Gaza par des chants et des distributions de friandises. Les images de cette horreur, et les événements des jours qui ont suivi, le hantent et l’anéantissent. « Blotti sur le canapé, en position fœtale, les yeux rivés sur l’écran de la télé, le portable à la main, je fais défiler les news en boucle sans jamais respirer. Planté devant les chaînes d’info, sursautant à chaque alerte, les pupilles brûlées à force de revoir les mêmes images. Il m’arrive de pleurer, sans prévenir. A n’importe quel moment de la journée. Des larmes libres, incontrôlables. Je passe par toutes les émotions… » Cet homme public, pleinement intégré dans le Paris mondain, retrouve alors sa judéité et éprouve sa solitude: « A la radio, j’ai dit ‘’je’’. Et j’ai dit ‘’Juif’’ ». A mesure que le temps passe, Arthur va se mobiliser, en particulier face au déferlement d’antisémitisme, assumé ou voilé, que connaît la France, comme bien d’autres pays d’Europe. Son livre raconte, décrit, clame… ces mois de combat, en particulier pour les otages toujours détenus par le Hamas. Un combat souvent solitaire, parfois soutenu par un réseau d’amis. Au passage, on note que le soutien total qu’Arthur apporte à Israël en guerre ne l’empêche pas d’exprimer de la compassion pour la population civile de Gaza, elle aussi otage du Hamas. Il dit aussi le peu d’estime qu’il porte au gouvernement d’Israël, qu’il s’abstient pourtant de critiquer tant que dure la guerre. Au total, un livre sensible, plein d’émotion, de générosité, de douleur. 

 


Toute autre est l’approche de Pierre Lurçat. Alors qu’Arthur vit à Paris, il vit à Jérusalem, immergé dans le concret de cette guerre, longue et difficile. Son point de vue est marqué par la lucidité, certains diront par la froideur. Pour Lurçat, en effet, cette guerre est nécessaire, elle est juste et doit être menée jusqu’au bout. Ces chroniques, qui couvrent la période qui va du 10 octobre 2023 au 9 septembre 2025, se veulent être le reflet «de l’état d’esprit et de l’opinion publique d’Israël, à la fois dans ses divisions et dans l’unité fondamentale de l’après 7-Octobre ». Dans son ample préface, le philosophe Jacques Dewitte, montre que la «conceptsia» (3) qui a permis que les événements du 7 octobre se produisent est le fruit d’un « aveuglement (…) empêchant de ‘’voir’’ ce qui se préparait, mais qui pourtant n’était quasiment pas dissimulé ». Un aveuglement consistant, pour les Israéliens, à prêter à l’adversaire – on devrait dire à l’ennemi – des valeurs, des sentiments, des principes, similaires aux leurs. Un aveuglement qui rendait impensable le fait que ces ennemis n’étaient « pas comme nous ». Je renvoie, sur cette question au billet que j’ai publié ici, il y a quelques semaines. Dans ses chroniques, Pierre Lurçat, qui est un Juif religieux, n’hésite pas à évoquer le Dieu d’Israël et les traditions du judaïsme, convaincu qu’Israël n’est pas seulement une réalité politique. C’est ainsi qu’il écrit, dans la conclusion de son ouvrage : « … la victoire d’Israël ne sera pas seulement une victoire militaire et stratégique, qui est déjà en passe de remodeler la région tout entière. Cette victoire sera également une victoire morale et spirituelle, et pour ainsi dire métaphysique : victoire du judaïsme, qui éclaire et embellit notre monde, sur les barbares de l’islam le plus rétrograde, victoire du peuple qui sanctifie la vie contre ceux qui sanctifient la mort (…) La victoire d’Israël contre le Hamas et ses alliés inaugurera peut-être, comme je l’espère avec beaucoup d’autres, une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité ». On s’en doute, Lurçat n’est pas prêt à accepter l’idée d’un État palestinien, mais ne donne pas d’indications sur le sort à venir des « territoires », en particulier la Judée-Samarie qui, pour lui, font de toute évidence partie d’Israël. Un ton rude qui ne ménage pas les critiques à l’encontre de la gauche et du « Deep State » de son pays. On pourra évidemment être en désaccord avec au moins certaines idées défendues par Pierre Lurçat, mais son livre donne à réfléchir et constitue un nécessaire contrepoids à ce que nos médias s’efforcent de nous faire avaler au sujet de cette guerre dans laquelle Israël défend son existence. 

 

Fiodor

Une même horreur, deux regards | Un idiot attentif

(1) Arthur Essebag, J’ai perdu un Bédouin dans Paris, Grasset, 2025, 336 p.

(2) Pierre Lurçat, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël. Chroniques 2023-2025, Ed. de l’Eléphant, 2025, 316 p. 

(3) On désigne ainsi la fausse assurance qui prévalait dans la plupart des milieux responsables de l’Etat devant la menace, estimée facile à contenir, du Hamas et des autres factions djihadistes de Gaza.

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Ce que m’avait dit le père du soldat Hadar Goldin détenu à Gaza, Pierre Lurçat

November 16 2025, 10:49am

Posted by Pierre Lurçat

Avec Simha Goldin

Avec Simha Goldin

J’ai rencontré Simha Goldin en septembre 2022. Les propos qu’il m’a tenus – publiés à l’époque dans Israël Magazine – prennent aujourd’hui un sens nouveau, à la lumière de la guerre dans laquelle Israël est plongé. Goldin fait partie des “lanceurs d’alerte” qui ont tenté de faire changer la “Conceptsia”, depuis 2014. J’ajoute que j’ai retiré de l’interview tout ce qui pourrait porter atteinte au moral du pays aujourd’hui. P.L

 

Simha Goldin m’a donné rendez-vous dans le modeste bureau qu’il occupe provisoirement à l’université hébraïque à Givat Ram, à Jérusalem. Comme tous les Israéliens, je connais son nom et je l’ai croisé lors d’une manifestation au Mont Herzl, quelques semaines avant notre rencontre, où il était venu, avec sa femme et son fils Tsur accompagnés de quelques dizaines de militants, réclamer le retour de la dépouille mortelle de son fils Hadar, toujours détenue par le Hamas à Gaza, 8 ans après sa capture en août 2014… (...)

 

Je l’interroge tout d’abord sur la mitsva de ramener en terre d’Israël les dépouilles de Hadar et d’Oron. “Il s’agit du commandement le plus important du judaïsme”, m’explique-t-il, “mais cela dépasse le cadre strict de la loi juive”. Il me rappelle qu’une bénédiction a été ajoutée dans le “Birkat Hamazon” après que les soldats de Bar Kohba eurent été inhumés en terre d’Israël. En réalité, la loi juive rejoint sur ce point l’éthos sioniste laïc, qui a fait de cette obligation un élément fondamental de la doctrine de Tsahal.

 

Comment en sommes-nous arrivés à la situation où les corps de deux soldats israéliens sont aux mains du Hamas depuis huit ans ? Pour le comprendre, il faut revenir en arrière, à l’enlèvement de Gilad Shalit en 2006. Après son échange contre plus de 1000 terroristes, explique Goldin, “est apparue toute une conception politique, selon laquelle il n’est plus impératif de ramener les corps des soldats”. (...)

 

Lors de leur première rencontre avec Nétanyahou, juste après l’enlèvement de leur fils, les époux Goldin lui ont dit : “Nous voulons réparer le préjudice causé par l’affaire Shalit., c’est-à-dire l’accord conclu entre Israël et le Hamas. Essayons une autre méthode : au lieu de libérer des terroristes, faisons pression sur le Hamas”. Les moyens de pression ne manquent pas, aujourd’hui comme hier. Israël laisse en effet entrer dans la bande de Gaza des tonnes de matériaux de construction, de produits de base, sans parler des millions de dollars transférés par le Qatar, dans des valises qui sont acheminées jusqu’à la frontière par… l’armée israélienne. “Faisons comprendre au Hamas que chaque enlèvement de soldats lui coûte cher”. (...)

 

Simha Goldin aborde un autre point douloureux, et tout aussi important pour l’avenir de Tsahal. “Jusqu’à l’enlèvement de Hadar, tout soldat capturé était défini comme “Missing in Action”. Hadar est le premier a avoir été déclaré “tombé au combat” avant même la fin des combats!” Cette décision scandaleuse a été prise par les échelons les plus élevés de Tsahal en collaboration avec le rabbinat militaire (dirigé alors par Rafi Peretz). Simha mentionne le fait que plusieurs objets appartenant à son fils ont été retrouvés par Tsahal dans le tunnel où il a été capturé, et notamment le livre Mesilat Yesharim qu’il portait toujours sur lui (et sur lequel il avait rédigé un commentaire que ses parents ont publié depuis).

 

Simha me rappelle le cas d’Ehud Goldwasser, qu’il a bien connu quand il était officier du corps médical Tsahal. Sa femme, Karnit, avait insisté pour qu’il soit considéré comme vivant, alors même qu’elle était de ce fait prisonnière du statut de “femme aguna”… Dès lors que l’armée s’autorise à définir un soldat comme “tombé au combat”, les efforts pour le récupérer sont bien moins importants, même si cela est contraire à l’éthos et aux valeurs fondatrices de Tsahal. “Si l’on ne s’efforce plus de ramener les soldats tombés au combat, alors on ne ramènera pas non plus les blessés, et pas même les soldats vivants”. C’est cela qu’il faut corriger”.

 

Nous ne voulons pas seulement ramener Hadar, mais le ramener dans des circonstances telles que les terroristes ne voudront plus enlever nos soldats”. Cet aspect est essentiel, à la fois sur le plan des valeurs et sur celui de la dissuasion face à nos ennemis.

 

P.L. “Autrefois, c’était une valeur essentielle de Tsahal de ne pas laisser de soldat sur le champ de bataille… Comment a-t-on pu l’oublier ?

S.G. “Je pense que c’est à cause de la peur du Hamas. Nos dirigeants ont peur du Hamas ! Je l’ai même dit à Nétanyahou lors d’une de nos rencontres…. Je lui ai dit: regarde comment tu te comportes avec Nasrallah, qui n’ose pas sortir de son trou, alors que les dirigeants du Hamas se promènent librement à Gaza. C’est une question post-traumatique… Il y a eu l’affaire Gilad Shalit, puis le désengagement du Goush Katif, l’opération “Raisins de la colère”, “Plomb durci”... Aujourd’hui ils ont peur”.

P.S. En relisant ce qu’il me disait alors, je réalise que la guerre a déjà atteint un objectif - crucial - : nous n’avons plus peur du Hamas.

P. Lurçat

Extrait de mon nouveau livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël - Chroniques 2023-2025. disponible sur Amazon et à la boutique du centre Begin à Jérusalem.

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Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                           Jacques Dewitte

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

Hadar Goldin z.l.

Hadar Goldin z.l.

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De Nuremberg à Gaza : La peine de mort et la victoire morale d’Israël, Pierre Lurçat

November 13 2025, 10:01am

Posted by Pierre Lurçat

De Nuremberg à Gaza :  La peine de mort et la victoire morale d’Israël, Pierre Lurçat

“Nuremberg”, le film de James Vanderbilt actuellement sur les écrans en Israël, est un film ambitieux, dérangeant et talentueux. Basé sur le roman de Jack El-Hai, The nazi and the psychiatrist, il aborde le procès des dirigeants nazis à Nuremberg sous l’angle de l’affrontement psychologique entre Hermann Goering (interprété par Russel Crowe) et le psychiatre militaire Douglas Kelley. L’angle choisi par le réalisateur américain donne sans doute la part trop belle à la dimension psychologique et le film pêche parfois par une trop grande “humanisation” du dirigeant nazi, numéro deux de Hitler. Mais c’est un film captivant qui donne à réfléchir, à l’heure où Israël continue d’affronter le mal absolu incarné par le Hamas, lequel n’a pas encore capitulé à Gaza, au bout de deux ans de guerre.

 

Comment juger les criminels du Hamas, et quelles doivent être les peines infligées ? Ces questions sont redevenues d’actualité avec le retour des derniers otages détenus vivants et avec le vote en première lecture, cette semaine à la Knesset, du projet de loi sur la peine de mort pour les terroristes du 7-Octobre. Pendant de longues années, Israël s’est abstenu d’infliger la peine de mort, que la législation israélienne avait prévue dès les années 1950 à l’encontre des criminels nazis et qui existe ailleurs dans le code pénal israélien. Mais au-delà des questions juridiques posées par l’application de la peine de mort (qui n’a pas été utilisée en Israël depuis le lointain procès Eichmann), celle-ci pose surtout une question morale.

 

Il s’agit en effet de savoir si Israël, victime du plus grand pogrome antijuif depuis la Shoah, possède encore aujourd’hui la force morale et politique pour réaffirmer à la face du monde entier que ceux qui s’en prennent à ses citoyens – femmes et enfants, vieillards et bébés – et qui ont commis les crimes atroces du 7-Octobre ne peuvent connaître aucun autre sort que la peine capitale. La réponse ne devrait faire aucun doute, et notre pays a démontré au cours des deux années écoulées sa capacité de résistance, de contre-attaque et de vaincre. Cependant, comme l’a prouvé le dernier rebondissement dans l’affaire des accusations calomnieuses contre les soldats de Sdé Teiman, le “Deep Sate” israélien, de son côté, est loin de démontrer la même force et surtout la même clarté morale que celle de nos soldats. Bien au contraire !

 

L’affaire Sdé Teiman illustre les normes perverties de la justice israélienne, que j’ai analysées dans un récent livre*, au nom desquelles celle-ci est capable de porter des accusations mensongères contre des soldats de Tsahal, tout en faisant preuve de clémence envers les pires tortionnaires du peuple Juif depuis la Shoah ! “La pitié pour le méchant fait tort au Juste”, avait énoncé le Talmud. Cette institution judiciaire, dont on commence à révéler les turpitudes, relève plus de la “justice de Sodome” dont nous parle la Bible que d’une justice hébraïque authentique, inspirée par le “Tsedek ou Mishpat”. Comme le faisait remarquer le professeur Henri Baruk, “le pardon inconditionnel des méchants est très dangereux, car il encourage les méchants à persévérer… et à massacrer et à torturer les justes. On l’a vu avec Hitler et les terroristes modernes[1]. Lignes prémonitoires, écrites bien avant l’apparition du Hamas !

 

            Ainsi, la question de la peine de mort pour les terroristes du Hamas est une question cruciale pour la victoire d’Israël contre le Hamas, car elle a précisément à voir avec l’affirmation au monde entier du bien-fondé de notre cause. Ce n’est nullement un hasard si le grand scandale concernant les institutions judiciaires israéliennes qui vient d’éclater au grand jour, concerne lui aussi les fondements moraux de la guerre d’Israël. L’Etat hébreu ne pourra en définitive triompher du mal absolu incarné par le Hamas qu’en procédant à un profond remaniement de ses institutions (armée, justice, médias, etc.) inspiré par l’esprit de justice de la Torah et des Prophètes. Ad Hanitsa’hon! Jusqu’à la victoire !

 

P. Lurçat

 

* Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël - Chroniques 2023-2025. disponible sur Amazon et à la boutique du centre Begin à Jérusalem.

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Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                           Jacques Dewitte

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

 

 

[1] H. Baruk, Le message des patriarches hébreux, éd. Colbo 1990, p. 32.

De Nuremberg à Gaza :  La peine de mort et la victoire morale d’Israël, Pierre Lurçat

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1995-2025 : De l’affaire Raviv à l’affaire Sdé Teiman - Vers la fin du Deep State israélien ?

November 5 2025, 09:11am

Posted by Pierre Lurçat

Image tirée du film "Incitement"

Image tirée du film "Incitement"

 

 

1.

 

Le nom d'Avishaï Raviv ne dit pas grand-chose à ceux qui n'étaient pas nés en 1995. A l'époque, dans les semaines qui ont suivi la soirée fatidique du 5 novembre 1995, ce nom (et le surnom qu'il portait au sein des services de sécurité intérieure, « Champagne ») sont devenus synonymes, aux yeux de nombreux Israéliens, de la part d'ombre et de scandale politique qui entourait l'assassinat du Premier ministre Itshak Rabin par Yigal Amir. Comment le Shin Beth avait-il pu laisser les coudées franches à son agent pour mener des actions provocatrices, telles que l'impression du fameux poster de Rabin en uniforme nazi, les appels au meurtre et les innombrables manifestations anti arabes ? Et surtout, comment Raviv avait-il pu être en contact étroit avec Yigal Amir, l'incitant et le poussant à commettre l'irréparable, et tout cela au vu et au su de sa hiérarchie et avec son approbation ?

 

En écoutant hier soir Avishaï Raviv, invité du programme phare de la chaîne 14 « Les patriotes », j'ai surtout été frappé par l'indigence intellectuelle et morale qui se dégageait de ses propos. On ne pouvait se départir de l'impression, en le regardant et en l'écoutant, que Raviv avait été choisi pour être infiltré dans les rangs de l'extrême droite radicale non en raison de qualités spéciales, mais bien plutôt de l'absence chez lui de toute qualité… L’agent provocateur est apparu hier, trente ans après l’assassinat dans lequel il a joué un rôle qui ne sera sans doute jamais totalement élucidé, comme un personnage falot, misérable et inspirant une sorte de dégoût mêlé de pitié.

 

2.

 

Les régimes qui ont recours à ce genre de personnage sont généralement très éloignés du modèle de la démocratie occidentale. Raviv fait penser à un agent de la police secrète dans un roman de Balzac, et il n'aurait pas dépareillé un service de sécurité de l'ex URSS ou de la RDA… Or, c'est là que l'histoire rejoint l'actualité la plus brûlante. L’affaire Raviv a en effet révélé au grand jour la toute-puissance des services de sécurité intérieure (Shin-Beth) et l’existence d’un véritable « Etat dans l’Etat », ce qu’on appelle aujourd’hui le « Deep State » israélien.

Contrairement au mythe tenace du « héros de la paix assassiné par un fanatique juif », Itshak Rabin z.l. incarne plutôt le représentant du sionisme d’antan, victime du Deep State et de l’idéologie post-sioniste à laquelle il n’a jamais vraiment adhéré. A trois reprises, il en a été la victime tragique : la première, lors de l’affaire du « compte en dollars », quand le pouvoir judiciaire émergent l’a contraint à démissionner. La seconde, lorsque les architectes des accords d’Oslo l’ont entraîné contre son gré sur la voie fatale de la « paix » sanglante d’Oslo. Et la troisième, lorsqu’il est tombé sous les balles d’Yigal Amir.

 

 

3.

 

Trente ans plus tard, l’affaire Sdé Teiman et l’arrestation fracassante de la procureure militaire – soupçonnée d’avoir fait fuiter la vidéo fabriquée calomniant les soldats de Tsahal – montrent à la fois le sentiment de toute puissance des membres de ce Deep State, et les débuts de la fin de leur pouvoir illégitime. Aujourd’hui comme il y a trente ans, les serviteurs du Deep State – et parmi eux, des membres haut-placés de l’establishment judiciaire et sécuritaire israélien – se croient à l’abri de toute sanction, exerçant leur pouvoir sans le moindre contrôle et l’utilisant dans des buts politiques ou personnels. Ils ont vécu pendant des décennies au-dessus de toute loi.

 

Le 7-Octobre a fait voler en éclats la « Conceptsia » et les nombreux mensonges sur lesquels elle reposait. Parmi ceux-ci, le mensonge des « Gatekeepers » que j’analyse dans mon dernier livre, et celui du Deep State qui agite en permanence la menace fantasmatique de la « violence des colons » pour mieux dissimuler ses impérities dans la lutte contre le terrorisme arabe. L’affaire Sdé Teiman marque sans doute le début de la fin pour ceux qui pensaient que l’Etat était leur domaine privé et que tout leur était permis. Le point commun entre l'affaire Raviv et l'affaire Sde Teiman est que dans les deux cas, leurs instigateurs ont sacrifié toute morale sur l'autel de leurs conceptions dévoyées et antidémocratiques. Leur erreur fatale sera sans doute d'avoir négligé la force intrinsèque de la vérité.

 

Pierre Lurçat

 

* Mon nouveau livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël. Editions l’éléphant, est disponible sur AmazonOn peut aussi le trouver à la boutique du centre Begin à Jérusalem.

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Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                          Jacques Dewitte

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

1995-2025 : De l’affaire Raviv à l’affaire Sdé Teiman - Vers la fin du Deep State israélien ?

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Ephraim Demri: “L’establishment judiciaire, mu par sa haine de Nétanyahou, est prêt à tout sacrifier pour lui porter atteinte"

November 2 2025, 12:34pm

Posted by Pierre Lurçat

Avec Me Ephraim Demri, photo P. Lurçat / Israël Magazine

Avec Me Ephraim Demri, photo P. Lurçat / Israël Magazine

 

L’affaire des soldats de Sdé Teiman, injustement accusés d’avoir “violé” un terroriste du 7-Octobre par le procureur militaire, expose au grand jour les turpitudes de l’establishment judiciaire israélien, mu par son idéologie post-sioniste et par sa haine abyssale contre Nétanyahou. J’ai interviewé il y a quelques mois l’avocat Ephraim Demri, qui représente les soldats injustement poursuivis, pour Israël Magazine. Dans les lignes suivantes, il explique les derssous de l’affaire.

Ma rencontre avec Me Ephraim Demri se déroule dans les salons de l’hôtel du Théâtre à Jérusalem. Il a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois, étant au cœur de nombreuses affaires très médiatisées qui ont défrayé la chronique. Celle des soldats de Sde Teiman, accusés à tort d’avoir “violé” un terroriste arabe du 7-Octobre, ou celle du “Meraguel”, le mystérieux espion arrêté au cœur d’une base ultrasecrète de Tsahal quelques semaines après le 7-Octobre, dans des circonstances mystérieuses.

Homme affable et volubile, il a grandi à Tibériade, au sein d’une famille juive tunisienne passée par Marseille, avant de “monter” en Israël en 1958. Son cabinet s’occupe de droit pénal et a notamment défendu le rabbin Eliezer Berland, ou des escrocs franco-israéliens dont il préfère ne pas donner le nom. Sa clientèle comporte aussi des hommes politiques de tous bords. Nous évoquons tout d’abord l’affaire des soldats poursuivis pour “violences” contre des terroristes du Hamas.

Pierre Lurçat : Comment trouvez-vous le temps de défendre pro bono des soldats de Tsahal ?

Ephraim Demri : Les soldats passent avant tout. Si un soldat me téléphone maintenant et qu’il a besoin d’être défendu, je quitte tout pour m’occuper de lui. Lorsque la femme d’un des soldats arrêtés à Sde Teiman est venue me voir, elle m’a dit qu’elle voulait que je sois son avocat. J’ai représenté cinq des dix soldats interpellés. Deux ont été inculpés.

P.L. Tous les soldats ont été libérés depuis ?

E.D. Oui. Cinq soldats ont été accusés de violences sexuelles envers des terroristes du 7-Octobre. Par la suite il s’est avéré que le film vidéo qui les incriminait était fabriqué…

P.L. Au début, le tribunal pensait que le film était authentique ?

E.D. Oui, et je vais vous expliquer pourquoi. Les juges militaires font confiance au procureur militaire, car 90 pour cent d’entre eux viennent du cabinet du procureur militaire. Ils partent du présupposé que ce que dit le procureur est vrai. Durant l’arrestation d’un des soldats, le représentant du procureur a expliqué qu’il détenait des preuves confidentielles. Les parents du soldat se sont approchés de moi et m’ont montré le film qui venait d’être diffusé à la télévision ! J’ai montré le film aux soldats, qui m’ont immédiatement dit que c’était un faux. J’ai demandé au juge d’ouvrir une enquête pour savoir comment cet élément de preuve soi-disant confidentiel avait été transmis aux médias… Or les principaux suspects sont les enquêteurs et les membres du cabinet du procureur militaire eux-mêmes !

P.L. Ce film a été diffusé dans le monde entier ?

E.D. Oui. Il a causé un préjudice incalculable à l’Etat d’Israël, à Tsahal et aux Juifs du monde entier.

P.L. Dans quel but a-t-il été diffusé ?

E.D. L’objectif était de plaire au tribunal de La Haye, à Biden, etc.

P.L. Il s’agissait en fait de se protéger eux-mêmes ?

E.D. Au moment de l’arrestation des soldats à Sde Teiman, le pays tout entier était en ébullition, y compris des gens de gauche qui ont des enfants dans l’armée et sont venus manifester avec nous. Au tribunal militaire de Bet Lid également. La justice militaire a compris qu’elle avait un problème, car elle était en train de perdre le soutien du public. La justice militaire et le procureur devaient justifier ces mesures très impopulaires. C’est la raison pour laquelle le film a été diffusé !

P.L. C’est eux qui l’ont diffusé ?

E.D. Il ne pouvait provenir que de l’intérieur de la justice militaire… Il est parvenu uniquement à la chaîne 12.

P.L. Ayala Hasson est la seule journaliste qui a dénoncé ce film comme étant fabriqué ?

E.D. Oui, la seule ! Elle a affirmé qu’on poursuivait nos soldats sur la base d’un “fake”. Nos soldats ont été qualifiés de violeurs. Dès le premier jour, j’ai déclaré que les soldats étaient innocents. J’ai engagé des procédures pour diffamation contre Guy Peled et contre Kan.

(Extrait de mon nouveau livre, Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël. Editions l’éléphant, disponible sur Amazon)

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Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                    Jacques Dewitte

 

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

 

Ephraim Demri: “L’establishment judiciaire, mu par sa haine de Nétanyahou, est prêt à tout sacrifier pour lui porter atteinte"

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