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Pétition : « Nous sommes fiers d’Israël ! » + Lettre ouverte à Alain Finkielkraut qui a “honte d’Israël”

January 27 2026, 09:27am

Posted by Pierre Lurçat

Pétition : « Nous sommes fiers d’Israël ! » + Lettre ouverte à Alain Finkielkraut qui a “honte d’Israël”

SIGNEZ LA PETITION ICI

https://c.org/B5xjKXMhKx

 

Les soussignés expriment haut et fort leur soutien indéfectible à l’Etat et au peuple d’Israël, à son gouvernement et à son armée. Ils déclarent être fiers d’Israël et rejettent les accusations infondées propagées par Alain Finkielkraut à l’encontre d’Israël, de Tsahal et des valeureux habitants de Judée-Samarie. Am Israël Haï !

 

 

Monsieur Finkielkraut,

 

Depuis la parution de votre dernier livre (Le cœur lourd), dont vous faites actuellement la promotion dans les médias français, vous criez sur tous les toits avoir “honte d’Israël”... En vous écoutant proclamer urbi et orbi votre honte d'Israël, j’ai repensé au livre écrit il y a un siècle déjà par le philosophe juif allemand Theodor Lessing. Analysant les cas d'intellectuels et d'hommes de lettres de son époque, Juifs assimilés qui avaient comme vous "honte" de leur peuple, Lessing avait forgé le concept toujours pertinent de "Jüdischer Selbsthass" – la fameuse haine de soi juive.

 

Bien entendu, à vous voir pérorer sur les plateaux de télévision et dans les émissions de radio à grande écoute, on n'a pas l'impression que vous soyez atteint de “haine de soi”... Vous paraissez au contraire vous aimer, et même vous aimer beaucoup, même si c'est avec le "cœur lourd"... Mais ce qui vous fait honte et vous accable, c'est comme vous le dites incessamment, ce que fait Israël. Vous n’hésitez pas à parler de “cruauté” israélienne (sic) et dénoncez inlassablement les “répugnants fanatiques” au sein du gouvernement de Binyamin Nétanyahou, que vous accusez de “mener une guerre atroce” (sic).

 

Juif assimilé, fier de vos accomplissements et de votre statut d'intellectuel médiatique et d'académicien, vous avez “honte” d'Israël, de son gouvernement et de sa politique, qui viennent perturber votre existence et troubler votre quiétude parisienne. Lorsqu'un antisémite vous insulte en marge d'une manifestation, vous êtes évidemment affecté et vous vous défendez et contre-attaquez, mais lorsqu’Israël se défend, c'est Israël qui vous fait honte ! Voilà bien le paradoxe du Juif assimilé, confronté à la haine d'Israël décuplée depuis le 7-octobre.

 

Au lieu de faire corps avec le peuple d'Israël attaqué de toutes parts et d'afficher une solidarité sans faille avec Israël, son gouvernement et son armée, vous choisissez délibérément d'accuser le gouvernement israélien et les "colons" de Judée Samarie, que vous transformez ce faisant en boucs émissaires. Comme le rappelait récemment le rabbin Oury Cherki, vous n'avez pas hésité à prendre pour argent comptant la calomnie moyenâgeuse selon laquelle les "colons" israéliens en Judée-Samarie empoisonneraient les puits des "Palestiniens", vieille accusation antisémite remise au goût du jour par la propagande palestinienne.

 

En prétendant instaurer une distinction artificielle entre deux Israël, entre un Israël "coupable" et un Israël "innocent", tous deux largement fantasmés, vous désignez à la vindicte le "mauvais Israël", duquel vous croyez vous dissocier. Croyant échapper à la haine antisémite en vous mettant à part comme le "bon Juif", innocent des soi-disant “crimes” d'Israël (de son armée ou de ses "colons"), vous ignorez ce faisant une loi d'airain de l'histoire juive. Car la distinction largement arbitraire que vous prétendez faire entre “deux” Israël n'est qu'une vue de l'esprit et une dérisoire tentative d'échapper au destin juif.

 

Votre piètre tentative de sauver votre statut médiatique en dénonçant Israel est un geste de lâcheté et de défection, au moment où Israël a besoin du soutien de tous. Heureusement, l’immense majorité des Juifs de France ne sont pas représentés par vos propos, ils sont fiers d’Israël, de son armée et de son peuple. Si votre cœur intelligent a fait place à un cœur lourd, cher Alain Finkielkraut, c'est parce que D.ieu, comme pour Pharaon, vous l'a endurci et "alourdi"... Priez donc pour qu'il éclaire vos yeux, allège votre cœur et "remplace votre cœur de pierre par un cœur de chair".

P.Lurçat

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Alain Finkielkraut et la victoire de la pensée magique contre Israël

January 19 2026, 09:07am

Posted by Pierre Lurçat

Alain Finkielkraut et la victoire de la pensée magique contre Israël

 

1.

 

Quel rapport entre le manuel d'histoire rappelé par l'éditeur Hachette, et le dernier livre de l'académicien Alain Finkielkraut? Aucun en apparence. Et pourtant. D'un côté, l'accusation terrible portée contre les victimes du 7-Octobre d'être des "colons", et partant, de mériter leur sort…("En octobre 2023, à la suite de la mort de plus de 1200 colons juifs lors d’une série d’attaques du Hamas, Israël décide d’envahir une grande partie de la Bande de Gaza"). De l'autre, la vieille antienne mensongère des médias et d'une certaine gauche, y compris en Israël, sur la violence des "colons" dans les “territoires” de Judée-Samarie. 

Interviewé sur son nouveau livre, Finkielkraut déclare ainsi: “je ne veux pas non plus oublier ce qui se passe aujourd'hui en Israël : les attaques quotidiennes perpétrées par les colons de Cisjordanie contre les paysans et les éleveurs palestiniens, le saccage des champs d’oliviers… Cela me bouleverse”. Le mot "colon" dans les deux cas est certes employé de manière différente. Dans le premier cas, c'est tout Israël qui est une colonie. Dans le second, seule la Judée-Samarie (rebaptisée pour l'occasion Cisjordanie) mérite ce qualificatif infâmant.  Mais à la réflexion, c'est le même processus de délégitimation qui est à l'œuvre, chez l'éditeur scolaire (qui a tardivement reconnu sa faute) et chez l'intellectuel juif (qui persiste dans l'erreur depuis des lustres, comme il l'avoue lui-même en ces termes: "je radote"[1])

 

2.

 

Jabotinsky avait jadis montré l'absurdité de l’attitude de ceux qui, au sein du peuple juif, prétendent négocier avec nos ennemis sur la propriété de la terre d'Israël, tout en renonçant par avance à la moitié de celle-ci. Mais le phénomène auquel on assiste aujourd'hui est encore plus grave. Car l'erreur de ceux qui prétendent créer de toutes pièces un "État palestinien" au cœur d'Israël n'est pas seulement une faille du raisonnement logique et une faute morale et politique. En réalité, les propos d’A. Finkielkraut accusant les "colons" de Judée Samarie d'exactions envers les Palestiniens ne relèvent nullement d’un raisonnement logique, comme cela ressort parfaitement de sa phrase sur la "consolation de l'innocence" (voir ci-dessous le verbatim de ses propos).

 

Finkielkraut, qui connaît très mal Israël aujourd'hui, se complaît dans l'évocation d'un Israël d'antan qui ressemble aux belles photos sépia de Didier Ben Loulou. Mais cette image d'Épinal ne résiste pas à l'examen des faits. Itshak Rabin, son héros, n’était pas un saint et avait lui aussi (tout comme Ben Gourion) ses facettes sombres. Quant à l'affirmation selon laquelle le gouvernement actuel représenterait les héritiers de l'assassin de Rabin, elle abaisse le débat politique au niveau du mensonge et de la calomnie les plus éhontés. L'innocence mythique d’un Israël “idéal” d’avant 1967, porté aux nues par le philosophe parisien, relève en fait d’un type de pensée archaïque. Israël n'a jamais été "innocent" au sens où l'entend Alain Finkielkraut et il n'est jamais devenu “coupable”, au sens où celui-ci dénonce les “colons” de Judée-Samarie… Tout ce discours sur la culpabilité et l’innocence consiste en définitive à faire d’une partie des Israéliens (les “colons”) des boucs émissaires, en croyant ainsi “sauver” les autres Israéliens (et les Juifs de diaspora) de la vindicte antisémite.

 

3.

 

En débattant avec lui sur la chaîne Mosaïque, j'avais fondé le frêle espoir de faire bouger, ne serait-ce que d’un centimètre, Alain Finkielkraut de ses positions. J'ai réalisé depuis que cet espoir était vain. L'intellectuel juif français reste vissé à sa pensée magique, reposant sur l'opposition binaire entre un Israël fantasmé totalement innocent et un Israël tout aussi fantasmatique, entièrement coupable, celui des “colons” ou de Benjamin Nétanyahou (au sujet duquel Finkielkraut affirme régulièrement que le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”).

 

C'est le cœur lourd que j'assiste, comme beaucoup d’amis d’Israël, à la défaite de la pensée de l'auteur du Juif imaginaire et de la Réprobation d'Israël. Au-delà de l’aspect personnel et anecdotique, il y a là un phénomène grave : celui d’intellectuels juifs qui font défection alors qu’Israël combat pour sa survie. Ceux qui joignent leurs voix, fut-ce à contrecœur ou “le cœur lourd”, à celles des ennemis d’Israël en cette heure critique participent eux aussi à la victoire de la pensée magique et à la vague planétaire de détestation d’Israël.

 

P. Lurçat

 

NB Je donnerai une conférence à Bordeaux le mardi 27 janvier et présenterai à cette occasion mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël. (voir détails ci-dessous)

 

_______________________________________________

VERBATIM

Alain Finkielkraut nous parle de son livre Le Cœur lourd | Gallimard

 

D'un côté, je vois l’antisémitisme monter, notamment dans les universités occidentales. Un antisémitisme qui prend prétexte d'Israël pour nazifier les juifs par l’accusation de génocide. Je ne veux rien concéder à cet antisémitisme.

D’un autre côté, je ne veux pas non plus oublier ce qui se passe aujourd'hui en Israël : les attaques quotidiennes perpétrées par les colons de Cisjordanie contre les paysans et les éleveurs palestiniens, le saccage des champs d’oliviers… Cela me bouleverse.

Face à cet antisionisme virulent qui tourne à l'antisémitisme, je suis solidaire d'Israël. Mais de quel Israël ? Entre les héritiers d'Yitzhak Rabin et les disciples de son meurtrier, je ne peux pas ne pas choisir. C’est encore cela, « le cœur lourd ». Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence.

 

 

[1]  “Je plaide depuis bientôt quarante ans pour la fin de l’occupation et la solution de deux Etats. Et je reviens inlassablement à la charge, je prends même le risque du radotage…” (A. Finkielkraut, A la première personne, p. 47).

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La reconnaissance du Somaliland et le retour d'Israël en Afrique

January 14 2026, 09:57am

Posted by Pierre Lurçat

le ministre israélien des Affaires étrangères, avec Abdirahman Mohamed Abdullahi, le président de la république du Somaliland

le ministre israélien des Affaires étrangères, avec Abdirahman Mohamed Abdullahi, le président de la république du Somaliland

 

Il fut un temps où la diplomatie du jeune État juif tentait de contourner l’hostilité du monde arabo-musulman et de gagner des alliés dans le concert des Nations, notamment en développant ses relations avec l’Afrique. Dans les années 1960, Israël était dans le peloton de tête des pays possédant le plus grand nombre de représentations diplomatiques en Afrique. Tout changea avec la guerre de Kippour et la rupture des relations avec Israël par la plupart des États africains. La récente décision israélienne de reconnaître le Somaliland, au-delà du coup d’éclat diplomatique et de son intérêt stratégique et militaire évident pour l’État juif, face à la menace des Houthistes du Yémen, constitue aussi un retour vers la politique africaine d’Israël, dont l’âge d’or remonte aux années 1950 et 1960.

 

Pour comprendre la signification et la portée de la reconnaissance du Somaliland par Israël, j’ai interrogé un diplomate israélien qui connaît bien l’Afrique et a été ambassadeur dans plusieurs pays du continent noir. Étant encore en poste, il a tenu à conserver l’anonymat. Il m’explique d’abord le moment choisi par l’État hébreu pour prendre cette décision, qui a été longuement mûrie et préparée. En diplomatie, tout est affaire de timing. En l’occurrence, le timing était on ne peut plus propice : alors qu’Israël a déjà éliminé ou affaibli les régimes de “l’Axe du mal” pro-iranien en Syrie et au Liban (Hezbollah) et que l’Iran lui-même se débat avec des problèmes intérieurs graves, l’instauration de relations étroites avec le Somaliland apporte à Israël une position stratégique clé, juste en face des côtes du Yémen, dont le régime des Houthistes constitue le dernier pion de l’axe pro-iranien qui n’a pas encore été significativement affaibli depuis le 7-Octobre 2023.

 

Voilà pour l’aspect militaire et stratégique, qui est évidemment crucial. Mais ce n’est pas le seul élément expliquant le timing de la décision israélienne de reconnaître – premier État membre de l’ONU au monde à le faire – le Somaliland. Du point de vue de la diplomatie et de la politique internationale, cette décision audacieuse intervient quelques mois après la reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays occidentaux, dont la France. Cela a été aux yeux du Premier ministre israélien l’élément déclencheur de la décision de reconnaître le Somaliland, m’explique mon interlocuteur au ministère des Affaires étrangères.

 

Auparavant, Israël pouvait en effet craindre une reconnaissance de la Palestine à titre de “représailles”, risque qui n’existe plus aujourd’hui. Par ailleurs, l’accusation lancée contre Israël d’avoir enfreint un principe essentiel des relations internationales (celui de ne pas porter atteinte à la souveraineté d’un autre État) est largement inopérante, dès lors que de nombreux pays ont eux-mêmes fait fi des grands principes, en reconnaissant un “État de Palestine” qui ne répond pas aux critères généralement admis pour devenir un État indépendant.

 

Outre son intérêt stratégique, la reconnaissance par Israël du Somaliland a également des implications économiques importantes. Le détroit de Bab Al-Mandab, qui relie la mer Rouge au Golfe d’Aden, est une des routes commerciales les plus importantes au monde, et l’instauration de relations étroites entre le Somaliland et Israël modifie la donne géopolitique dans cette région du monde sensible. Elle permettra de sécuriser le commerce maritime, mis en danger au début de la guerre à Gaza, lorsque les Houthistes avaient attaqué plusieurs navires au large des côtes du Yémen.

 

Israël pourrait ainsi apporter au Somaliland les moyens technologiques et militaires pour protéger le port de Berbera. En janvier 2024, l’Éthiopie s’était engagée par un mémorandum d’accord à reconnaître le Somaliland, en échange d’un accès au port de Berbera, qui aurait permis de désenclaver le second plus grand pays au monde qui ne dispose pas d’accès à la mer. Cet accord était finalement resté lettre morte, après les protestations du régime de Mogadiscio.

 

Vers un grand retour d’Israël en Afrique ?

 

La reconnaissance par Israël du Somaliland s’inscrit aussi dans l’histoire plus ancienne des relations entre l’État juif et l’Afrique, qui remonte aux tous débuts du sionisme politique. “Il y a un peuple dont l’histoire est encore plus tragique que celle du peuple Juif, c’est le peuple noir”. Cette phrase qu’aimait à citer Golda Meir est tirée du Journal du fondateur du mouvement sioniste, Theodor Herzl. Au-delà des aspects politiques et économiques, la dimension humaine est en effet un élément clé des relations entre l’État hébreu et le continent africain. Comme le souligne mon interlocuteur, les relations entre États ne se réduisent pas à leur aspect institutionnel : elles reposent en fin de compte sur celles qui se nouent entre les peuples. Il cite pour exemple le musée du génocide des Tutsis au Rwanda, inspiré de celui de Yad Vashem à Jérusalem. “Le peuple somali aime Israël”, m’explique-t-il, car “il se voit un peu comme Israël, un petit peuple entouré d’ennemis”.

 

Lorsque la politique africaine d’Israël a été initiée par Ben Gourion, l’État juif était encore un pays en développement, qui se voyait ainsi l’interlocuteur naturel des pays africains auxquels il apportait sa technologie en matière d’agriculture et d’irrigation. Aujourd’hui, Israël est une puissance régionale tant sur le plan économique que politique, et la décision de reconnaître le Somaliland marque aussi un tournant dans la politique étrangère de l’État juif, qui a gagné en maturité et en audace, surtout depuis ses victoires militaires de l’après 7-Octobre.

 

Après le choc terrible du 7-Octobre, Israël a ainsi montré sa capacité de modifier l’ordre régional, en défendant de manière intrépide et inventive ses intérêts sur l’échiquier complexe moyen-oriental. C’est dans ce cadre que s’inscrit la décision de reconnaître le Somaliland, qui augure peut-être d’une nouvelle percée israélienne sur le continent africain et – pourquoi pas – d’un retour à l’âge d’or des relations Israël-Afrique.

P. Lurçat

 

 

* Dernier livre paru : Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, Chroniques 2023-2025. Éditions de l’éléphant 2025.

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L’annulation de la jurisprudence Apropim: Un revers pour le gouvernement des juges et une victoire pour la liberté

January 11 2026, 09:17am

Posted by Pierre Lurçat

L’annulation de la jurisprudence Apropim:  Un revers pour le gouvernement des juges et une victoire pour la liberté

L’information est passée largement inaperçue du grand public: lundi dernier, par un vote en 2e et 3e lecture d’un amendement à la Loi sur les contrats, la Knesset a aboli la fameuse “jurisprudence Apropim”, élément central de l’activisme judiciaire et de la “Révolution constitutionnelle” du juge Aharon Barak. C’est en effet – comme je l’ai relaté dans un livre sur le sujet* – dans ce domaine technique du droit des contrats, très éloigné de l’intérêt du grand public, que le juge Aharon Barak a accompli l’un des bouleversements majeurs de la jurisprudence de la Cour suprême, dont les conséquences ont affecté de nombreux domaines du droit israélien. L’arrêt Etat d’Israël c. Apropim Ltd. rendu en avril 1995, portait sur la question de l’interprétation des contrats.

La société Apropim Ltd. avait conclu un contrat-cadre avec le ministère du Logement au début des années 1990. Ce dernier avait diminué le prix versé à la société en raison d’un retard dans l’achèvement des travaux, en se fondant sur un article du contrat. Le litige portait sur l’article du contrat prévoyant une sanction en cas de retard. L’article 25 de la loi sur les contrats dispose que la principale source d’interprétation d’un contrat est « l’intention des parties ». Dans la théorie classique de l’interprétation, le juge se contente de rechercher l’intention des parties et il n’intervient que si la langue du contrat n’est pas claire. Mais dans l’arrêt Apropim, la Cour suprême a écarté la première étape en jugeant qu’elle était compétente pour se substituer aux parties, en se fondant sur une « interprétation finaliste du contrat ».

En d’autres termes, la Cour suprême a décidé qu’elle était « plus intelligente » que les parties au contrat et qu’elle savait mieux que celles-ci ce qu’elles avaient voulu dire dans le contrat, même lorsque celui-ci est clair… Une telle conception du rôle du juge est contraire à la notion même de la liberté contractuelle, car dans la théorie juridique classique, le contrat « est la loi des parties ». Mais dans l’esprit du juge Aharon Barak, aucune liberté ne peut prévaloir face au pouvoir souverain du juge…

Les conséquences de cette décision – qui a suscité de nombreuses critiques de la part des professionnels du droit – sont incalculables. Elle a en effet aboli toute sécurité juridique, élément essentiel de la vie commerciale et professionnelle. Dès lors qu’on ne peut pas savoir comment un tribunal interprètera un contrat, il devient impossible de tabler sur l’issue d’un litige contractuel. Cette nouvelle réalité a amené de nombreuses sociétés israéliennes à se soustraire à la compétence des tribunaux israéliens, par le biais d’une clause d’attribution de compétence, afin d’échapper à l’incertitude juridique entraînée par l’arrêt Apropim. En d’autres termes, les sociétés israéliennes ne peuvent plus faire confiance aux tribunaux de leur propre pays, devant lesquels un contrat peut à tout moment être privé de son sens évident pour être interprété par un juge de manière imprévisible…

L’arrêt Apropim, même s’il ne concerne que le domaine du droit des contrats, a donc été lourd de conséquences pour la vie économique de l’Etat d’Israël. Il est également très révélateur de l’état d’esprit des juges de la Cour suprême depuis la Révolution constitutionnelle. Son annulation par un vote de la Knesset la semaine dernière est un revers pour la doctrine de l’activisme judiciaire du juge Barak et une victoire pour la liberté contractuelle et, au-delà, pour la liberté et la démocratie.

P. Lurçat

 

*NB L’exposé de l’arrêt Apropim est extrait de mon livre Quelle démocratie pour Israël ? Gouvernement du peuple ou gouvernement des juges ? Editions de l’éléphant 2023. Disponible sur Amazon, B.O.D. et à la librairie du Foyer de Tel-Aviv.

 

L’annulation de la jurisprudence Apropim:  Un revers pour le gouvernement des juges et une victoire pour la liberté

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Le prix des appartements à Jérusalem augmente à contre-courant de la tendance nationale

January 8 2026, 10:41am

Posted by Pierre Lurçat et Globes

Le prix des appartements à Jérusalem augmente à contre-courant de la tendance nationale

 

L'afflux de résidents étrangers dans les quartiers centraux de Jérusalem fait grimper les prix dans toute la ville. "Globes" enquête.

 

« Un Juif français, résident étranger, a acheté une maison à Givat Hamivtar il y a deux ans pour 2 millions de NIS au-dessus du prix du marché. Lorsque je lui ai demandé pourquoi il avait payé un prix aussi élevé, il a expliqué que dans un an ou deux, les prix atteindraient de toute façon ce niveau, et qu'en offrant un prix aussi élevé, il se libérait essentiellement de la concurrence. Avec le recul, il avait raison, et les prix ont rapidement atteint ce niveau. La raison ? L'arrivée de résidents étrangers à Givat Hamivtar a fait exploser les prix. Et c'est ainsi dans de nombreux autres quartiers de Jérusalem aujourd'hui », déclare Kobi Bier, expert en évaluation immobilière, spécialisé dans le marché immobilier de Jérusalem.

 

Bier considère les achats par des résidents étrangers comme une explication de la raison pour laquelle les prix dans la capitale continuent d'augmenter, alors qu'ils baissent presque partout ailleurs dans le pays, ou du moins ne montent pas. Il dit : « Je ne vois pas d'autre explication à cela. Les résidents étrangers achètent de plus en plus de propriétés en Israël depuis le Covid. La guerre et l'antisémitisme dans le monde ont renforcé ce phénomène, et les populations religieuses cherchent naturellement Jérusalem, et si c’est à Jérusalem - princpalement dans les anciens quartiers : Rehavia, Talbiya, Baka, Katamon. Et en effet, nous constatons une augmentation des prix principalement dans ces quartiers, et cela fait grimper le marché. Ils ont probablement suffisamment de poids pour provoquer une augmentation générale des prix dans la ville. »

 

Les chiffres le reflètent bien. Le principal économiste du ministère des Finances rapporte que, au cours des quatre derniers mois, environ la moitié de tous les achats effectués par des résidents étrangers en Israël se situaient à Jérusalem et dans ses environs. Le taux le plus élevé a été enregistré en septembre - 54 %. De plus, le total des achats effectués par des résidents étrangers à Jérusalem au premier trimestre 2025 représentait environ 10 % de tous les achats à Jérusalem, tandis qu’à l’échelle nationale, ce taux n’était que de 2 %.

 

Les données du Bureau central des statistiques montrent que le district de Jérusalem est le seul district en Israël dans lequel une augmentation continue des prix a été enregistrée au cours des cinq derniers mois, avec une hausse cumulative de 3,6 %. Depuis novembre 2024, il n’y a eu qu’un seul mois où une baisse des prix a été observée – mai 2025 avec une chute de 0,9 %.

 

« Il y a plusieurs facteurs à l’augmentation des prix, mais le chiffre le plus significatif est que les résidents étrangers, principalement d’Amérique du Nord et d’Europe, sont encore plus intéressés par l’achat de propriétés à Jérusalem qu’auparavant », déclare Yechiel Gamliel, directeur du marketing et des ventes du groupe Beit Yerushalmi (BY). « Jérusalem a toujours été considérée comme une ville ayant une valeur sentimentale, et ces dernières années, avec les changements politiques et les incidents d’antisémitisme, beaucoup s’intéressent à l’achat d’une propriété là-bas qu’ils pourraient occuper si nécessaire. Récemment, l’intérêt des résidents étrangers est en augmentation, en particulier dans les quartiers du centre-ville. »

 

"La forte demande des résidents étrangers a donné un énorme coup de pouce aux prix dans la ville," ajoute Zohar Shriki, associé et directeur de la région de Jérusalem chez Magma, une entreprise spécialisée dans le marketing immobilier et le renouvellement urbain. "La ville est restée la destination préférée pour la plupart d'entre eux, surtout récemment. Ils cherchent un refuge et une ancre, et en plus de vouloir être en Israël, ils veulent vraiment vivre à Jérusalem."

 

"Jérusalem est différente de la plupart des villes du pays," dit Alyssa Friedland, courtier chez RE/MAX Vision qui opère à Jérusalem depuis des années, principalement sur le marché du luxe. "Dans d'autres villes, il y a suffisamment d'inventaire pour répondre aux besoins des intéressés, mais à Jérusalem la situation est différente car il n'y a pas de terrain disponible, surtout dans les endroits où les résidents étrangers recherchent des appartements, et récemment nous avons vu de plus en plus d'intérêt de leur part."

 

« Les résidents étrangers confortables cherchent le centre de Jérusalem, Ramat Eshkol, French Hill, Baka, Rehavia, Talbiya, la colonie allemande, Katamon – ils préfèrent y vivre principalement, près du Mur occidental, de la Grande Synagogue et des grandes communautés qui y sont déjà. Dans ces endroits, il y a de nouvelles constructions ici et là, mais pas assez. L’offre ne rattrape pas la demande, ce qui fait grimper les prix. Un vendeur qui possède un appartement à distance de marche du Mur occidental sait qu’il a un petit diamant en main. »

 

« Il n’y a pas une seule maison à vendre au centre de Rehavia »

 

La question de l’offre versus la demande joue un autre rôle important dans la hausse des prix, expliquent les experts. Bien que Jérusalem connaisse un boom de la construction qu’elle n’a pas connu depuis de nombreuses années – entre octobre 2024 et septembre 2025, par exemple, la construction de 7 046 appartements a commencé dans la ville, selon le Bureau central des statistiques – mais tout cela, du moins pour l’instant, ne suffit pas, et certainement pas sur le marché du haut de gamme. Le résultat est l’augmentation des prix que l’on observe actuellement.

 

« Nous avons le sentiment qu’il n’y a toujours pas d’offre excédentaire dans le secteur résidentiel à Jérusalem, et il y a certainement une pénurie en ce moment », déclare Bier. « Elle existe principalement sur le marché du luxe. Là, les résidents étrangers cherchent encore des appartements anciens et spéciaux, au design oriental, le genre que l’on ne trouve que dans des zones spécifiques et l’offre de ce type de biens est très limitée. »

 

« Les résidents étrangers recherchent des appartements très spécifiques : un penthouse spacieux, une maison arabe, des propriétés particulières », explique Friedland, « et la pénurie à cet égard est grande. Il n’y a pas de maison à vendre au centre de Rehavia, il n’y en a tout simplement aucune. Cela n’existe presque pas, donc lorsqu’ils trouvent quelque chose comme ça, ils sont prêts à payer un prix élevé pour l’obtenir. »

 

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Jerusalem home price rises buck national trend - Globes

Pierre Lurçat, votre agent chez Century21 Jérusalem

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Aharon Barak contre le pouvoir démocratique: une vision totalitaire du droit (I) Pierre Lurçat

January 5 2026, 13:03pm

Posted by Pierre Lurçat

Aharon Barak contre le pouvoir démocratique: une vision totalitaire du droit (I) Pierre Lurçat


 

Pour comprendre les propos du juge Aharon Barak affirmant qu’Israël n’est plus une démocratie libérale et appelant le peuple à se soulever contre le gouvernement élu (!), il faut revenir préalablement sur sa conception bien particulière de la démocratie. Dans les lignes ci-dessous, je retrace sa vision radicale de l’activisme judiciaire, socle conceptuel de sa conception de la “démocratie libérale”.

Qu’est-ce que l’activisme judiciaire?

Le concept d’activisme judiciaire dans son acception actuelle est apparu aux États-Unis dans les années de l’après-guerre. Un des premiers à l’utiliser à l’époque contemporaine fut Arthur Schlesinger, dans un article publié dans la revue Fortune en 1947, à propos d’un jugement de la Cour suprême concernant la politique du « New Deal ». Décrivant les positions antagonistes des juges, l’auteur opposait l’activisme judiciaire (judicial activism) de certains à la retenue judiciaire (judicial restraint) des autres. Le premier groupe, expliquait-il, « estime que la Cour suprême peut jouer un rôle positif pour promouvoir la protection sociale, tandis que le second revendique une politique de retenue[1] ». Les juges activistes, expliquait encore Schlesinger, effacent la distinction entre droit et politique, en estimant que leurs décisions doivent être orientées vers le résultat.

 

           Dans l’histoire récente de la Cour suprême américaine, l’activisme judiciaire a connu des hauts et des bas, et les juges ont toujours été partagés entre juges activistes d’une part, et juges anti-activistes de l’autre. Ainsi, l’activisme des uns était contrebalancé par la retenue judiciaire des autres, indépendamment de leurs orientations politiques. A partir des années 1970 toutefois, l’activisme judiciaire est devenu largement synonyme de progressisme, notamment à travers la figure emblématique de Ruth Bader-Ginsburg. Celle-ci, en tant que membre de l’American Civil Liberties Union, a pris pour cibles des lois discriminatoires contre les femmes et a fait de la Cour suprême un instrument d’émancipation et d’amélioration de la condition féminine. Plus récemment, la nomination de juges conservateurs par le président Donald Trump a donné lieu selon certains à une forme d’activisme judiciaire, dans un sens politiquement opposé.

 

           Dans une interview donnée à la radio israélienne en septembre 2020, le juge Aharon Barak a déclaré que la juge Bader Ginsburg « admirait beaucoup la Cour suprême israélienne » et qu’elle « partageait avec lui la même conception du rôle du juge pour interpréter la loi ». De fait, Bader Ginsburg et Barak partagent les mêmes conceptions d’une Cour suprême hyperactiviste, qui serait un instrument de transformation sociétale, et d’un juge qui n’est pas – pour reprendre les termes du second – un simple « technicien du droit », mais un « architecte du changement social [2]».

 

           Les propos d’Aharon Barak à ce sujet méritent d’être cités in extenso, tant ils sont révélateurs de sa conception du droit et du rôle du juge : « En tant que juristes, nous ne sommes pas limités à l’interprétation et à l’application du droit existant… Nous sommes les architectes du changement social. Nous avons les aptitudes nécessaires pour construire un système juridique meilleur et plus juste. Nous ne voyons pas notre rôle comme se limitant à la technique juridique, mais comme incluant celui de politique juridique ».

 

           Ces propos qui datent de 1975 attestent d’une conception activiste radicale, que le juge Barak (qui était à l’époque professeur de droit) a mise en application par la suite, en transformant de fond en comble la fonction de la juridiction suprême d’Israël et en ébranlant ainsi l’équilibre des pouvoirs et des institutions au sein de la société israélienne. Pour mesurer l’écart qui sépare Aharon Barak de ses prédécesseurs, rappelons les mots déjà cités du premier président de la Cour suprême, le juge Zamoura, en 1948: « Il nous est interdit d’empiéter sur le domaine du législateur ». Aux yeux d’Aharon Barak, non seulement un tel empiètement est autorisé et légitime, mais il est même nécessaire.

 Une conception hyper-activiste du droit

           C’est donc une conception hyper-activiste que celui-ci a réussi à imposer au sein de la Cour suprême, au début des années 1990, et qui perdure jusqu’à ce jour, malgré l’opposition de plusieurs de ses collègues – le plus souvent minoritaires – comme Moshé Landau ou Menahem Elon. Contrairement à la Cour suprême des États-Unis – où l’alternance politique et l’équilibre assez constant entre juges activistes et juges anti-activistes et entre les camps « progressiste » et conservateur permettent de contrebalancer les tendances politiques d’un camp, en empêchant une tendance de l’emporter sur l’autre de manière définitive – une telle alternance est inexistante en Israël. La Cour suprême est ainsi devenue, pendant la présidence du juge Barak, un bastion de l’activisme progressiste et du camp laïc de gauche. La nomination récente de certains juges réputés « conservateurs » ou anti-activistes n’a pas modifié fondamentalement cet état de fait. (à suivre…)

(Extrait de mon livre Quelle démocratie pour Israël? Gouvernement du peuple ou gouvernement des Juges? Editions l’éléphant 2023.

 


[1] Arthur M. Schlesinger, Jr., “The Supreme Court: 1947” Fortune, Janvier 1947.

[2] A. Barak,”Shilton ha-Hok”, cité par S. Rothman, Pourquoi le peuple choisirait-il ses juges? [hébreu], Sella Meir 2023, p. 26.

 

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