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La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

March 3 2026, 10:03am

Posted by Pierre Lurçat

La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

 

La géopolitique est largement incapable de décrire les événements actuels, parce qu'elle s'en tient aux apparences, de manière souvent simpliste, voire caricaturale. Ceux qui s'obstinent à décrire Donald Trump comme un idiot et à croire que la France est une "grande puissance" montrent non seulement qu'ils n'ont rien compris au monde actuel, mais aussi que leur grille de lecture des événements est fondamentalement déficiente. De même pour les contempteurs de Netanyahou, qui refusent de voir l'évidence qui crève les yeux de tout Israélien lucide et de tout observateur honnête. C'est Binyamin Nétanyahou qui a transformé Israël après le 7-octobre, pour en faire une puissance capable de remodeler la carte du Moyen-Orient et de changer l'avenir de toute la région et du monde.

 

Israël sous Netanyahou n'est pas seulement devenu une puissance régionale et mondiale. Il est littéralement devenu ce "lion rugissant", qui est capable de vaincre ses ennemis d'un coup de "patte" et de faire tomber leurs têtes les uns après les autres. Israël, sous la direction de Benjamin Netanyahou, n'est plus un acteur de second plan, ni le vassal de grandes puissances, étrangères (comme s’obstine à le faire croire le journal Ha’aretz, qui le présente comme “le valet de Trump”, dans la meilleure tradition de l’antisionisme soviétique d’antan).

 

Israël est devenu une puissance régionale, dont la puissance ne se mesure pas seulement à son PIB, à sa force militaire ou technologique. La puissance d'Israël, comme l'ont bien compris les deux dirigeants qui sont en train de remodeler le visage du monde entier, Donald Trump et B. Nétanyahou, se mesure à l'aune d'un critère que les experts en géopolitique sont incapables de mesurer et d'apprécier. Ce critère largement occulté relève en effet d'une autre dimension, que les dirigeants actuels d'Israël et des Etats Unis ont bien comprise, mais qui échappe à la plupart des dirigeants et commentateurs de l'actualité internationale.

 

Comme je l’écrivais dans ces colonnes il y a cinq ans, Donald Trump est le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique sur lequel elle est fondée, et le premier dirigeant à avoir donné à l’Etat juif son statut véritable de peuple spécial (Am Segoula), c’est-à-dire de peuple “par lequel sont bénies toutes les nations du monde”. Les accomplissements de Trump s’inscrivent en réalité dans le temps long de l’histoire, et plus précisément, dans le temps spécifique à l’histoire juive et à l’histoire d’Israël, c’est-à-dire dans le temps des Toledot, concept hébraïque qui désigne, selon l’enseignement de Manitou, l’histoire des engendrements et le développement de l’identité humaine, et pas seulement l’histoire événementielle[1].

 

C’est dans cette perspective qu'on peut comprendre la dimension invisible de la géopolitique, à savoir la dimension spirituelle et morale incarnée par Israël, dont la destinée ne relève pas des "lois" de l'histoire, ni des règles habituelles auxquelles sont soumis les États. La dimension invisible de la géopolitique est celle du Nom divin qui ne figure pas dans la Meguilat Esther, celle du Maître d'œuvre du grand "Pourimspiel", qui dirige le monde. Pourim Saméakh !

 

P. Lurçat

 

 

[1] Voir le commentaire du Rav Manitou-Askénazi sur la parachat Toledot, Leçons sur la Torah, Albin Michel.

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

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Iran / Amalek: Trois réflexions au lendemain de Shabbat Zakhor - Quand l'histoire immédiate rejoint la mémoire intemporelle du peuple d'Israël

March 1 2026, 14:27pm

Posted by Pierre Lurçat

Iran / Amalek: Trois réflexions au lendemain de Shabbat Zakhor - Quand l'histoire immédiate rejoint la mémoire intemporelle du peuple d'Israël

 

1.

 

Le déclenchement de la nouvelle phase de la guerre contre l'Iran et la liquidation de l'ayatollah Khamenei samedi matin, le shabbat où nous lisons la parashat Zakhor (l'épisode de la Bible contenant le verset "Souviens-toi de ce que t'a fait Amalek"), interroge la conscience juive et suscite la réflexion. De toute évidence, que l'on y voit une simple coïncidence ou le signe de la Providence divine, cette concomitance est riche de signification. Elle veut dire que l'histoire immédiate d'Israël s'inscrit de manière évidente – et pour ainsi dire palpable – dans le temps long de l'histoire juive, temps long que nous commémorons régulièrement à travers les différentes étapes du calendrier juif.

 

Mais cette évidence, que chaque membre du peuple d'Israël est capable de percevoir ("la dernière des servantes mieux que le prophète Ezechiel...", selon les mots du Midrash) amène à s'interroger sur le sens véritable de l'impératif du souvenir, formulé dans le verbe “Zakhor”. S'agit-il d'un simple rappel d'un événement du passé, ou bien de la réitération symbolique de celui-ci, dans le temps renouvelé du cycle de l'année juive ? L'historien Yosef Haim Yerushalmi avait jadis développé, dans son livre passionnant Zakhor, l'idée paradoxale selon laquelle le peuple juif compenserait par un "trop plein de mémoire" l'absence d'un sens historique véritable.

 

2.

 

On peut soutenir à l'inverse que l'impératif de se souvenir des évènements passés viendrait pallier une tendance à l'oubli, propre à l'être humain en général et à l’être juif en particulier… Dans cette perspective, l'impératif du “Zakhor” nous appelle à nous remémorer sans cesse une réalité dérangeante, à laquelle nous aurions naturellement tendance à vouloir échapper. L'impératif de se souvenir d'Amalek nous invite ainsi à garder en mémoire la haine irrationnelle et irréductible de nos ennemis, et au-delà encore, le fait essentiel de l’existence du Mal dans toute sa radicalité et l’impératif de le combattre sans relâche.

 

Plus exactement, comme l'explique le Rambam dans son ouvrage Mishné Torah, le commandement de "Zakhor ète-Amalek" nous appelle à nous souvenir de la cruauté de nos ennemis (Mishné Torah, Hilkhot Melakhim ou Milhamot). Commentant ce passage, le rabbin Yohaï Makbili explique que le peuple Juif, caractérisé par une miséricorde et une générosité profondément enracinées dans sa culture nationale et dans la Torah, est enclin à croire que nos ennemis partagent les mêmes qualités (comme nous l’avons vu avant le 7-Octobre, lorsque des habitants du pourtour de Gaza emmenaient les gazaouis subir des soins dans les hôpitaux en Israël…)

 

3.

 

En quoi cela nous importe-t-il aujourd'hui, alors que “l'axe du mal” incarné par l’Iran et ses proxies s'effondre progressivement, sous les coups de boutoir de l'armée d'Israël et de son allié américain ? La tendance à occulter ou à minimiser le mal est bien présente au sein du peuple juif, y compris depuis le 7-octobre, malgré les prouesses de l'armée israélienne et les miracles auxquels nous assistons depuis plus de deux ans. On en donnera deux exemples récents et significatifs, celui de l'écrivain David Grossman qui accusait son pays de "génocide" à Gaza, dans le quotidien italien La Republicca. Ou celui de l'essayiste A. Finkielkraut, qui proclame avoir « honte d’Israël » et reproche aux otages revenus de Gaza de témoigner de l'absence de toute trace d'humanité à Gaza.

 

Dans les deux cas, ces intellectuels enfreignent l'injonction du “Zakhor”, en travestissant la vérité (Grossman) ou en refusant d'écouter les témoins de la journée de Shoah que représente le 7-Octobre (Finkielkraut). Leur attitude procède d'un véritable négationnisme des crimes du Hamas, qu'on peut décrire comme une nouvelle forme de négation de la Shoah, ou de refus persistant d'assumer l'impératif de Zakhor. “Souviens-toi d'Amalek” est donc, au-delà du rituel et du calendrier juif, un impératif moral, qui nous permet de lire les évènements et de ne pas tomber dans ces nouvelles formes de négationnisme. Pourim Sameakh, “Ad ha-Nitsahon!” *

P. Lurçat

* Jusqu’à la victoire !

 

Un négationniste du 7-Octobre? A. Finkielkraut

Un négationniste du 7-Octobre? A. Finkielkraut

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Autopsie d'un mensonge : Leila Shahid, le mythe de la Palestine et les idiots utiles du palestinisme

February 25 2026, 12:01pm

Posted by Pierre Lurçat

Shahid, au milieu, entre Chirac et Arafat (yma'h shemo)

Shahid, au milieu, entre Chirac et Arafat (yma'h shemo)

 

Comme l’observait Eliezer Cherki au lendemain du 7-octobre, un mur de mensonges s'est effondré dans le fracas et l'horreur du plus grand pogrome commis depuis la Shoah. "Le mensonge n'a pas de jambes" dit le dicton hébraïque, c'est pourquoi il est voué à s'effondrer tôt ou tard. C'est bien ce qui arrive au grand mensonge de la Palestine, tissé depuis près d'un siècle par des générations de diplomates, de journalistes et de propagandistes de tout poil… Leila Shahid occupait une place de choix parmi ceux-ci.

 

Première femme à représenter la "Palestine" en France, selon sa biographie officielle, elle avait pour particularité, entre autres, d'être devenue l'ambassadrice d'un pays qui n'existe que dans l'esprit fertile et maléfique des fonctionnaires du quai d'Orsay. La "Palestine" qu'elle prétendait incarner dans les médias français et ailleurs était le produit monstrueux du seul mouvement national porté sur les fonts baptismaux par les trois grands totalitarismes meurtriers du vingtième siècle : le nazi, le communiste et celui des frères musulmans.

 

S'agissant du premier, Shahid avait un lien familial étroit avec le nazisme puisqu'elle était la petite nièce du grand Mufti pronazi Hadj Amine al Husseini, de sinistre mémoire… Un des indéniables talents de Leïla Shahid, durant sa longue carrière de diplomate au service du mensonge palestinien, fut de nouer des relations avec de nombreux intellectuels et figures publiques, y compris - hélas - de nombreux Juifs. Ceux-ci remplirent une fonction importante dans le succès planétaire du mensonge de la "Palestine" arabe.

 

J'analyse dans mon livre Les mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain les éléments essentiels de ce mensonge et je m'interroge, dans la nouvelle édition du livre à paraître, sur le paradoxe de la victoire de la propagande du Hamas concomitante à sa défaite militaire depuis le 7-Octobre. Il ne fait aucun doute qu'un des symptômes, mais aussi une des causes de cette victoire paradoxale est le fait que la cause palestinienne ait pu mobiliser d'innombrables "idiots utiles", y compris des Juifs, depuis l'époque d'Arafat et jusqu'à aujourd'hui.

 

Il suffit pour s'en convaincre de lire les messages de condoléances adressés par ces idiots utiles à l'occasion du décès de Shahid, qui ne faisait pas mystère de son hostilité irréductible pour l'État d'Israël. Parmi les derniers exemples en date de ces idiots utiles de la cause palestinienne, figurent en bonne place ceux de la rabbine Delphine Horvilleur et de l'académicien Alain Finkielkraut qui ont apporté leur soutien à la reconnaissance de la Palestine par Emmanuel Macron.

 

Leur responsabilité est lourde, devant l'histoire et devant l’impératif suprême de garantir la sécurité du peuple Juif. Mais comme tous les mensonges, celui de la Palestine est en train de s'écrouler dans les ruines de Gaza, comme le mensonge nazi s'est effondré dans les ruines de Berlin.

Pierre Lurçat

 

NB Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! la plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

Idiots utiles: Shahid avec Esther Benbassa et son mari

Idiots utiles: Shahid avec Esther Benbassa et son mari

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Attention danger ! Le Ramadan a commencé... La violence et le sacré dans l’islam

February 18 2026, 13:21pm

Posted by Pierre Lurçat

Attention danger ! Le Ramadan a commencé... La violence et le sacré dans l’islam

 

Avec le début du mois du Ramadan, marqué comme chaque année par une nouvelle vague de violences en Israël et partout dans le monde, il est utile de s’interroger sur le sujet, largement tabou, du lien entre Islam et violence. 

 

Dans l’islam, le sacré a quelque chose à voir avec la violence… L’attaque meurtrière du 7-Octobre a été dénommée “Déluge d’Al Aqsa”, non pas pour désigner un objectif militaire (Jérusalem), dont le Hamas n’a que faire (après tout, les cibles de ses attaques étaient des habitants de kibboutz laïques de gauche, pas des Juifs religieux de Jérusalem), mais pour signifier à un niveau plus profond qu’aux yeux du Hamas, la violence et la guerre ont un rapport intime avec la sacralité musulmane et avec les “lieux saints” de l’islam (Al Aqsa).

 

Pour comprendre ce lien paradoxal, il faut s’interroger sur les rapports entre le sacré et la violence depuis les origines de l’islam et jusqu’à nos jours. Ma première hypothèse, lorsque j’ai publié mes deux livres sur l’islam, le premier sur les Frères musulmans (Le sabre et le Coran, publié en 2005) et le second sur les convertis à l’islam radical (Pour Allah jusqu’à la mort, paru en 2008), était que cette violence était une “dérive” politique radicale des mouvements islamistes contemporains… Hypothèse que j’ai empruntée à de nombreux auteurs, experts du sujet et auteurs d’ouvrages de référence sur les Frères musulmans et sur l’islam radical.

 

Mais depuis lors, et surtout depuis le 7-Octobre, j’ai dû me rendre à l’évidence : la violence est intrinsèque à l’islam, car elle découle de sa vision la plus enracinée et la plus authentique du sacré, et non d’une quelconque dérive contemporaine… La meilleure “preuve” (si besoin était) est le fait terrible – et quasiment occulté par les médias occidentaux – que les horreurs du 7-Octobre ont été commises principalement par des civils de Gaza, ces mêmes civils que leurs voisins juifs habitant les kibboutz frontaliers emmenaient en Israël pour y bénéficier de soins médicaux… Humains, trop humains!

 

A cet égard, Abdelwahab Meddeb s’est trompé : l’islamisme n’est pas la “maladie de l’islam”, mais bien la forme contemporaine de l’islam le plus authentique, tel qu’il s’est développé depuis les origines. Comment comprendre ce rapport étroit entre violence et sacré ? Pour tenter d’apporter une réponse à cette question cruciale, il faut se souvenir que dans l’islam, comme cela a été rappelé depuis le 7-Octobre, il n’existe pas de valeurs autonomes et universelles, et pas d’impératif moral catégorique, philosophique ou religieux. Tout musulman doit se conforter aux préceptes et à l’exemple du Prophète… Or, c’est là que le bât blesse, le Prophète n’était pas – comme Moïse ou Jésus – un homme de paix ou un simple prédicateur, mais avant tout un chef de guerre, cruel et barbare.

 

Deuxième rappel historique, l’islam – comme l’a bien montré Dominique Urvoy – est traversé par une ambivalence fondamentale, entre un narratif triomphant (celui du Coran de Médine) et un narratif victimaire (celui de La Mecque). Or ce “double discours” persiste jusqu’à nos jours. Quand le Hamas attaque Israël, il prétend se “défendre” (tout comme Hitler affirmait se “défendre” contre le soi-disant “péril juif”). Et la porte-parole du Hamas en France, Rima Hassan, explique elle aussi que les exactions et les crimes du Hamas sont “conformes au droit international”, puisque celui-ci autorise les peuples colonisés à “se défendre”...

P. Lurçat

 

NB Extrait de mon dernier livre, Jusqu'à la victoire! La plus longue guerre d'Israël. Il est disponible sur Amazon, à la librairie du foyer à Tel-Aviv et au centre Begin à Jérusalem!

 

Mes livres en vente à la boutique du centre Begin

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Mon premier livre sur l'islam, paru en 2005

Mon premier livre sur l'islam, paru en 2005

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1942-2026 : Yaïr Stern, le poète combattant du Léhi, par Pierre Lurçat

February 13 2026, 10:52am

Posted by Pierre Lurçat

 

Il y a tout juste 84 ans, Avraham Stern – plus connu sous le nom de guerre de « Yaïr » - mourait à Tel-Aviv, abattu par la police britannique dans l’appartement du quartier de Florentine où il se cachait. Le chef du Léhi n’était pas seulement un combattant et un dirigeant de l’ombre : c’était avant tout un poète, qui avait étudié les lettres classiques à l’université hébraïque et auquel un brillant avenir était promis… Mais Yaïr ne voulait pas devenir professeur. Il avait fait vœu de donner sa vie à la lutte pour l’indépendance d’Israël : « Tu m’es consacrée, ô ma patrie », écrivait-il dans un poème fameux. Il refusa pendant de longues années de convoler en justes noces avec sa compagne, Roni, sachant qu’elle n’aurait pas la chance d’être son épouse pour très longtemps… Le 12 février 1942, Stern tombait sous les balles anglaises, et « Yaïr » entrait dans la légende. Retour sur une figure héroïque et méconnue.

Né le 23 décembre 1907 à Souwalki, en Pologne, Avraham est le fils de Mordehaï Stern, dentiste et de Léa, sage-femme. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, son père reste en Pologne, prisonnier des Allemands, tandis que sa mère s’enfuit avec ses enfants en Russie, où ils passeront plusieurs années. Le jeune Avraham va ainsi s’imprégner de l’atmosphère particulière de la « patrie du socialisme », en pleine Révolution, et il sera membre d’un groupe de pionniers communistes. Lorsqu’il rentre en Pologne, en 1921, il maîtrise la langue russe, en plus de l’hébreu et du polonais, dans lequel il lit les poètes de la littérature romantique polonaise. Mais l’adolescent juif épris de lettres est déjà habité par une autre passion, dévorante, qui va l’emmener loin des paysages d’Europe orientale dans lesquels il a grandi : le sionisme. C’est ainsi qu’à dix-huit ans, il émigre en Eretz-Israël et s’installe à Jérusalem.

A cette époque, en 1925, l’université hébraïque est encore une institution modeste, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes sur le mont Scopus. C’est là qu’Avraham entame ses études de lettres classiques (grecques et latines). Très vite, il est remarqué par ses professeurs, excellant en toutes les matières. Dénué de moyens, il vit d’une modeste bourse et de cours privés qu’il donne à des lycéens. Mais, loin de s’enfermer dans la tour d’ivoire des études, Stern rejoint une association étudiante sioniste, « Houlda ». En 1929, alors que les émeutes arabes viennent d’éclater, il s’enrôle dans la Haganah et prend part à la défense de Jérusalem. Lors de la scission au sein de la Haganah, en 1931, il s’engage dans les rangs de l’Irgoun, aux côtés de David Raziel. Yaïr dirige l’organe du mouvement clandestin, Hametsouda, où il publie ses premiers poèmes et notamment le fameux « Soldats anonymes » qui deviendra après sa mort l’hymne du Léhi.

 

Yair et sa femme Roni

Devenir professeur, ou mourir en combattant ?

En 1932, Stern achève ses études à Jérusalem et part à Florence pour y faire un doctorat sur « Eros dans la poésie grecque ». Comme Jabotinsky, son aîné, il subit l’influence des dirigeants italiens du Risorgimento. Mais la beauté de l’Italie ne lui fait pas oublier Sion ! Ainsi, lorsque sa compagne, Roni, lui fait part de l’offre alléchante de l’université hébraïque, qui lui propose de devenir professeur à Jérusalem, il refuse sans hésiter, déclarant qu’il préfère « mourir comme soldat anonyme que devenir un professeur fameux pendant cinquante ans… » Prémonition ou prophétie ? Dès cette époque, les poèmes de « Yaïr » sont marqués par une vision saisissante de la catastrophe qui approche, mais aussi de son destin personnel. « Aujourd’hui j’écris avec le stylo, demain avec l’épée - Aujourd’hui avec l’encre, demain avec mon sang  - Aujourd’hui sur le papier, demain – sur le dos de l’homme ». Comme Jabotinsky et d’autres, il pressent la Shoah. A la demande de David Raziel, commandant de l’Irgoun, il se rend à Varsovie pour acheter des armes.

 

Lorsqu’il rentre en Eretz-Israël, en 1934, il renonce définitivement à sa carrière littéraire pour se vouer corps et âme au combat pour l’indépendance d’Israël. Pourtant, il continue d’écrire des poèmes, se considérant comme un poète-combattant, comme il l’écrit dans ces lignes : « Les Cieux nous ont donné le Livre et l’épée – Le destin a tranché : Soldat et poète ». En 1938, il retourne en Pologne pour organiser des cellules secrètes de l’Irgoun, embryon d’une future armée juive qui devra libérer la Palestine mandataire du joug anglais, conformément au projet du mouvement sioniste révisionniste, dont l’Irgoun est la branche militaire. Mais la guerre va bouleverser tous ces plans… La publication du « Livre blanc » de mai 1939, par lequel l’Angleterre interdit toute émigration juive en Eretz-Israël, convainc une grande partie des militants de l’Irgoun que l’alliance avec la Grande-Bretagne a définitivement pris fin. Aussi après la mort de « Jabo » (août 1940), alors que le Betar et l’Irgoun se trouvent orphelins, Yaïr publie les « Onze Principes de la Renaissance », document constitutif d’une nouvelle organisation, les Combattants pour la Liberté d’Israël, plus connue sous son acronyme, Léhi. Le dernier des 18 principes est la reconstitution du Temple de Jérusalem. 

 

Contrairement à l’Irgoun et à la Haganah, qui ont conclu une trêve avec l’Angleterre au nom de la lutte contre l’Allemagne nazie, le Léhi considère que la libération de la patrie passe avant le combat contre le nazisme. Cette attitude jusqu’au-boutiste vaudra aux hommes du Léhi la haine féroce des autres mouvements clandestins, qui iront jusqu’à dénoncer les soldats de Yaïr aux autorités anglaises. Lorsque le Léhi abat trois membres de la police britannique, en janvier 1942, les Anglais lancent une chasse à l’homme contre Yaïr, dont la tête a été mise à prix. Le 12 février, l’ennemi public numéro 1 est cerné, dans l’appartement de la rue Mizrahi à Tel-Aviv, et un inspecteur de police anglais l’abat à bout portant en prétendant qu’il aurait tenté de s’enfuir… Avraham Stern est mort, le mouvement qu’il a créé est décapité et ses hommes sont pourchassés et dénoncés aux Anglais. Mais la légende de « Yaïr » est bien vivante ! 

 

  Le fils de Yair, qui porte son nom, entouré d’I. Shamir et de N. Yellin Mor, lors de la première  hazkara publique de son pèreen 1949

 

Un musée perpétue aujourd’hui la figure de Yaïr, à Tel-Aviv, dans la maison même où il a trouvé la mort (rebaptisée rue Stern), en plein quartier de Florentine. Par une curieuse ironie de l’histoire, le poète qui avait renoncé à ses études gréco-latines dans la ville de Florence est tombé en combattant à Tel-Aviv, dans un quartier portant le nom de David Florentine, Juif grec qui avait acheté le terrain…  Deux ans après la mort de Yaïr, le Léhi est reconstitué sous la direction d’un triumvirat (Nathan Yelin-Mor, Israël Eldad et Itshak Shamir, futur Premier ministre d’Israël), et le combat reprend contre l’occupant anglais, sans répit et sans pitié… L’assassinat de Lord Moyne au Caire en 1944 et les autres actions d’éclat menées par le Léhi jusqu’en 1948 joueront un rôle essentiel dans la fin du mandat britannique. Le reste appartient à l’histoire d’Israël.

Pierre Lurçat
 

DECOUVREZ LA BIBLIOTHEQUE SIONISTE!

Les grands textes des pères fondateurs du sionisme politique, inédits ou épuisés en français, mis à la disposition du public francophone.

DEJA PARUS

JABOTINSKY, La rédemption sociale. Eléments de philosophie sociale de la Bible hébraïque.

JABOTINSKY, Questions autour de la tradition juive. Etat et religion dans la pensée du Rosh Betar.

GOLDA MEIR, La maison de mon père, fragments autobiographiques.

 

A PARAITRE :

JABOTINSKY, Les Arabes et nous, le mur de fer.

NORDAU. Textes sionistes.

Etc.

 

EN VENTE SUR AMAZON et dans les librairies françaises d’Israël, 

ou après de l’éditeur editionslelephant@gmail.com

 

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Face aux négationnistes juifs du 7-Octobre: Trois raisons de lire “Otage” d'Eli Sharabi

February 8 2026, 15:35pm

Posted by Pierre Lurçat

Face aux négationnistes juifs du 7-Octobre: Trois raisons de lire “Otage” d'Eli Sharabi

Les réseaux sociaux et autres nouveaux médias nous laissent de moins en moins de temps pour lire... Profitant d'une semaine de vacances, j'ai emmené avec moi le livre d'Eli Sharabi, Otage, sous-titré 491 jours aux mains du Hamas.

 

1. La première raison de lire Otage d'Eli Sharabi est qu'il s'agit d'un livre captivant. Écrit avec à sobriété et intelligence, son récit nous fait découvrir la réalité terrible de la captivité dans les tunnels de Gaza. On y apprend beaucoup de choses tant sur la psychologie des ravisseurs et des membres du Hamas que sur les qualités humaines des captifs dont les noms font aujourd'hui partie de nos vies. Outre Sharabi lui-même, on rencontre ainsi Hersh Goldberg Polin, Ori Danino, Almog Serousi, etc

 

2. La deuxième raison de lire ce livre est qu'il nous apporte un témoignage inestimable sur les évènements survenus depuis le 7-Octobre, qu'aucune médiation, journalistique ou autre, ne permet de saisir. De même qu'il n'est pas possible d'appréhender la réalité de la Shoah sans lire les livres des grands témoins, de Primo Levi à Aharon Appelfeld et tant d'autres, de même la lecture des témoignages du 7-octobre et de la captivité à Gaza est irremplaçable pour tenter de comprendre la réalité de cette guerre.

 

3. Ce qui m'amène à la troisième raison. Depuis le 7-octobre, il s'est mis en place un véritable négationnisme des crimes du Hamas, dont la récente décision française de poursuivre Nili Naouri Kupfer et Rahel Touitou n'est que le dernier épisode. Les accusations de génocide à l'encontre d'Israël sont évidemment l'aspect le plus pernicieux de ce nouveau négationnisme, mais ce n'est pas le seul.

 

Mais le plus incroyable est que certains intellectuels et figures publiques juives et Israéliennes participent de ce négationnisme ! J'en donnerai trois exemples : celui de l'écrivain David Grossman, qui a accusé Israël de génocide dans les colonnes de La Repubblica le 1er août 2025. Celui de la rabbine Delphine Horvilleur qui n'a pas contesté les propos de D. Grossman, en affirmant qu'il "appartenait aux juristes de déterminer" si Israël avait commis un génocide !

 

Et, last but not least, celui d'Alain Finkielkraut, qui a accusé l'otage Mia Shem de propos extrémistes parce qu'elle avait "osé" déclarer ne pas avoir rencontré de civils innocents à Gaza… Je me suis publiquement opposé à Finkielkraut sur de multiples sujets, mais je considère que le plus grave dans ses propos est son attitude envers les témoins du 7-octobre. Remettre en cause la véracité de leurs témoignages est une marque de mépris et une insulte aux survivants du plus grand crime contre le peuple Juif commis depuis la Shoah.

 

Il faut écouter les témoignages des otages revenus de Gaza. Il faut écouter leur parole et ne pas la disqualifier, comme l’a fait Finkielkraut. Il faut lire et faire lire le livre d'Eli Sharabi.

P. Lurçat

 

NB Continuez de signer ma lettre-ouverte / pétition adressée à A. Finkielkraut, ici :

https://c.org/PPtgZz8rhS

 

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Alain Finkielkraut et la victoire de la pensée magique contre Israël

January 19 2026, 09:07am

Posted by Pierre Lurçat

Alain Finkielkraut et la victoire de la pensée magique contre Israël

 

1.

 

Quel rapport entre le manuel d'histoire rappelé par l'éditeur Hachette, et le dernier livre de l'académicien Alain Finkielkraut? Aucun en apparence. Et pourtant. D'un côté, l'accusation terrible portée contre les victimes du 7-Octobre d'être des "colons", et partant, de mériter leur sort…("En octobre 2023, à la suite de la mort de plus de 1200 colons juifs lors d’une série d’attaques du Hamas, Israël décide d’envahir une grande partie de la Bande de Gaza"). De l'autre, la vieille antienne mensongère des médias et d'une certaine gauche, y compris en Israël, sur la violence des "colons" dans les “territoires” de Judée-Samarie. 

Interviewé sur son nouveau livre, Finkielkraut déclare ainsi: “je ne veux pas non plus oublier ce qui se passe aujourd'hui en Israël : les attaques quotidiennes perpétrées par les colons de Cisjordanie contre les paysans et les éleveurs palestiniens, le saccage des champs d’oliviers… Cela me bouleverse”. Le mot "colon" dans les deux cas est certes employé de manière différente. Dans le premier cas, c'est tout Israël qui est une colonie. Dans le second, seule la Judée-Samarie (rebaptisée pour l'occasion Cisjordanie) mérite ce qualificatif infâmant.  Mais à la réflexion, c'est le même processus de délégitimation qui est à l'œuvre, chez l'éditeur scolaire (qui a tardivement reconnu sa faute) et chez l'intellectuel juif (qui persiste dans l'erreur depuis des lustres, comme il l'avoue lui-même en ces termes: "je radote"[1])

 

2.

 

Jabotinsky avait jadis montré l'absurdité de l’attitude de ceux qui, au sein du peuple juif, prétendent négocier avec nos ennemis sur la propriété de la terre d'Israël, tout en renonçant par avance à la moitié de celle-ci. Mais le phénomène auquel on assiste aujourd'hui est encore plus grave. Car l'erreur de ceux qui prétendent créer de toutes pièces un "État palestinien" au cœur d'Israël n'est pas seulement une faille du raisonnement logique et une faute morale et politique. En réalité, les propos d’A. Finkielkraut accusant les "colons" de Judée Samarie d'exactions envers les Palestiniens ne relèvent nullement d’un raisonnement logique, comme cela ressort parfaitement de sa phrase sur la "consolation de l'innocence" (voir ci-dessous le verbatim de ses propos).

 

Finkielkraut, qui connaît très mal Israël aujourd'hui, se complaît dans l'évocation d'un Israël d'antan qui ressemble aux belles photos sépia de Didier Ben Loulou. Mais cette image d'Épinal ne résiste pas à l'examen des faits. Itshak Rabin, son héros, n’était pas un saint et avait lui aussi (tout comme Ben Gourion) ses facettes sombres. Quant à l'affirmation selon laquelle le gouvernement actuel représenterait les héritiers de l'assassin de Rabin, elle abaisse le débat politique au niveau du mensonge et de la calomnie les plus éhontés. L'innocence mythique d’un Israël “idéal” d’avant 1967, porté aux nues par le philosophe parisien, relève en fait d’un type de pensée archaïque. Israël n'a jamais été "innocent" au sens où l'entend Alain Finkielkraut et il n'est jamais devenu “coupable”, au sens où celui-ci dénonce les “colons” de Judée-Samarie… Tout ce discours sur la culpabilité et l’innocence consiste en définitive à faire d’une partie des Israéliens (les “colons”) des boucs émissaires, en croyant ainsi “sauver” les autres Israéliens (et les Juifs de diaspora) de la vindicte antisémite.

 

3.

 

En débattant avec lui sur la chaîne Mosaïque, j'avais fondé le frêle espoir de faire bouger, ne serait-ce que d’un centimètre, Alain Finkielkraut de ses positions. J'ai réalisé depuis que cet espoir était vain. L'intellectuel juif français reste vissé à sa pensée magique, reposant sur l'opposition binaire entre un Israël fantasmé totalement innocent et un Israël tout aussi fantasmatique, entièrement coupable, celui des “colons” ou de Benjamin Nétanyahou (au sujet duquel Finkielkraut affirme régulièrement que le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”).

 

C'est le cœur lourd que j'assiste, comme beaucoup d’amis d’Israël, à la défaite de la pensée de l'auteur du Juif imaginaire et de la Réprobation d'Israël. Au-delà de l’aspect personnel et anecdotique, il y a là un phénomène grave : celui d’intellectuels juifs qui font défection alors qu’Israël combat pour sa survie. Ceux qui joignent leurs voix, fut-ce à contrecœur ou “le cœur lourd”, à celles des ennemis d’Israël en cette heure critique participent eux aussi à la victoire de la pensée magique et à la vague planétaire de détestation d’Israël.

 

P. Lurçat

 

NB Je donnerai une conférence à Bordeaux le mardi 27 janvier et présenterai à cette occasion mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël. (voir détails ci-dessous)

 

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VERBATIM

Alain Finkielkraut nous parle de son livre Le Cœur lourd | Gallimard

 

D'un côté, je vois l’antisémitisme monter, notamment dans les universités occidentales. Un antisémitisme qui prend prétexte d'Israël pour nazifier les juifs par l’accusation de génocide. Je ne veux rien concéder à cet antisémitisme.

D’un autre côté, je ne veux pas non plus oublier ce qui se passe aujourd'hui en Israël : les attaques quotidiennes perpétrées par les colons de Cisjordanie contre les paysans et les éleveurs palestiniens, le saccage des champs d’oliviers… Cela me bouleverse.

Face à cet antisionisme virulent qui tourne à l'antisémitisme, je suis solidaire d'Israël. Mais de quel Israël ? Entre les héritiers d'Yitzhak Rabin et les disciples de son meurtrier, je ne peux pas ne pas choisir. C’est encore cela, « le cœur lourd ». Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence.

 

 

[1]  “Je plaide depuis bientôt quarante ans pour la fin de l’occupation et la solution de deux Etats. Et je reviens inlassablement à la charge, je prends même le risque du radotage…” (A. Finkielkraut, A la première personne, p. 47).

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La reconnaissance du Somaliland et le retour d'Israël en Afrique

January 14 2026, 09:57am

Posted by Pierre Lurçat

le ministre israélien des Affaires étrangères, avec Abdirahman Mohamed Abdullahi, le président de la république du Somaliland

le ministre israélien des Affaires étrangères, avec Abdirahman Mohamed Abdullahi, le président de la république du Somaliland

 

Il fut un temps où la diplomatie du jeune État juif tentait de contourner l’hostilité du monde arabo-musulman et de gagner des alliés dans le concert des Nations, notamment en développant ses relations avec l’Afrique. Dans les années 1960, Israël était dans le peloton de tête des pays possédant le plus grand nombre de représentations diplomatiques en Afrique. Tout changea avec la guerre de Kippour et la rupture des relations avec Israël par la plupart des États africains. La récente décision israélienne de reconnaître le Somaliland, au-delà du coup d’éclat diplomatique et de son intérêt stratégique et militaire évident pour l’État juif, face à la menace des Houthistes du Yémen, constitue aussi un retour vers la politique africaine d’Israël, dont l’âge d’or remonte aux années 1950 et 1960.

 

Pour comprendre la signification et la portée de la reconnaissance du Somaliland par Israël, j’ai interrogé un diplomate israélien qui connaît bien l’Afrique et a été ambassadeur dans plusieurs pays du continent noir. Étant encore en poste, il a tenu à conserver l’anonymat. Il m’explique d’abord le moment choisi par l’État hébreu pour prendre cette décision, qui a été longuement mûrie et préparée. En diplomatie, tout est affaire de timing. En l’occurrence, le timing était on ne peut plus propice : alors qu’Israël a déjà éliminé ou affaibli les régimes de “l’Axe du mal” pro-iranien en Syrie et au Liban (Hezbollah) et que l’Iran lui-même se débat avec des problèmes intérieurs graves, l’instauration de relations étroites avec le Somaliland apporte à Israël une position stratégique clé, juste en face des côtes du Yémen, dont le régime des Houthistes constitue le dernier pion de l’axe pro-iranien qui n’a pas encore été significativement affaibli depuis le 7-Octobre 2023.

 

Voilà pour l’aspect militaire et stratégique, qui est évidemment crucial. Mais ce n’est pas le seul élément expliquant le timing de la décision israélienne de reconnaître – premier État membre de l’ONU au monde à le faire – le Somaliland. Du point de vue de la diplomatie et de la politique internationale, cette décision audacieuse intervient quelques mois après la reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays occidentaux, dont la France. Cela a été aux yeux du Premier ministre israélien l’élément déclencheur de la décision de reconnaître le Somaliland, m’explique mon interlocuteur au ministère des Affaires étrangères.

 

Auparavant, Israël pouvait en effet craindre une reconnaissance de la Palestine à titre de “représailles”, risque qui n’existe plus aujourd’hui. Par ailleurs, l’accusation lancée contre Israël d’avoir enfreint un principe essentiel des relations internationales (celui de ne pas porter atteinte à la souveraineté d’un autre État) est largement inopérante, dès lors que de nombreux pays ont eux-mêmes fait fi des grands principes, en reconnaissant un “État de Palestine” qui ne répond pas aux critères généralement admis pour devenir un État indépendant.

 

Outre son intérêt stratégique, la reconnaissance par Israël du Somaliland a également des implications économiques importantes. Le détroit de Bab Al-Mandab, qui relie la mer Rouge au Golfe d’Aden, est une des routes commerciales les plus importantes au monde, et l’instauration de relations étroites entre le Somaliland et Israël modifie la donne géopolitique dans cette région du monde sensible. Elle permettra de sécuriser le commerce maritime, mis en danger au début de la guerre à Gaza, lorsque les Houthistes avaient attaqué plusieurs navires au large des côtes du Yémen.

 

Israël pourrait ainsi apporter au Somaliland les moyens technologiques et militaires pour protéger le port de Berbera. En janvier 2024, l’Éthiopie s’était engagée par un mémorandum d’accord à reconnaître le Somaliland, en échange d’un accès au port de Berbera, qui aurait permis de désenclaver le second plus grand pays au monde qui ne dispose pas d’accès à la mer. Cet accord était finalement resté lettre morte, après les protestations du régime de Mogadiscio.

 

Vers un grand retour d’Israël en Afrique ?

 

La reconnaissance par Israël du Somaliland s’inscrit aussi dans l’histoire plus ancienne des relations entre l’État juif et l’Afrique, qui remonte aux tous débuts du sionisme politique. “Il y a un peuple dont l’histoire est encore plus tragique que celle du peuple Juif, c’est le peuple noir”. Cette phrase qu’aimait à citer Golda Meir est tirée du Journal du fondateur du mouvement sioniste, Theodor Herzl. Au-delà des aspects politiques et économiques, la dimension humaine est en effet un élément clé des relations entre l’État hébreu et le continent africain. Comme le souligne mon interlocuteur, les relations entre États ne se réduisent pas à leur aspect institutionnel : elles reposent en fin de compte sur celles qui se nouent entre les peuples. Il cite pour exemple le musée du génocide des Tutsis au Rwanda, inspiré de celui de Yad Vashem à Jérusalem. “Le peuple somali aime Israël”, m’explique-t-il, car “il se voit un peu comme Israël, un petit peuple entouré d’ennemis”.

 

Lorsque la politique africaine d’Israël a été initiée par Ben Gourion, l’État juif était encore un pays en développement, qui se voyait ainsi l’interlocuteur naturel des pays africains auxquels il apportait sa technologie en matière d’agriculture et d’irrigation. Aujourd’hui, Israël est une puissance régionale tant sur le plan économique que politique, et la décision de reconnaître le Somaliland marque aussi un tournant dans la politique étrangère de l’État juif, qui a gagné en maturité et en audace, surtout depuis ses victoires militaires de l’après 7-Octobre.

 

Après le choc terrible du 7-Octobre, Israël a ainsi montré sa capacité de modifier l’ordre régional, en défendant de manière intrépide et inventive ses intérêts sur l’échiquier complexe moyen-oriental. C’est dans ce cadre que s’inscrit la décision de reconnaître le Somaliland, qui augure peut-être d’une nouvelle percée israélienne sur le continent africain et – pourquoi pas – d’un retour à l’âge d’or des relations Israël-Afrique.

P. Lurçat

 

 

* Dernier livre paru : Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, Chroniques 2023-2025. Éditions de l’éléphant 2025.

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L’annulation de la jurisprudence Apropim: Un revers pour le gouvernement des juges et une victoire pour la liberté

January 11 2026, 09:17am

Posted by Pierre Lurçat

L’annulation de la jurisprudence Apropim:  Un revers pour le gouvernement des juges et une victoire pour la liberté

L’information est passée largement inaperçue du grand public: lundi dernier, par un vote en 2e et 3e lecture d’un amendement à la Loi sur les contrats, la Knesset a aboli la fameuse “jurisprudence Apropim”, élément central de l’activisme judiciaire et de la “Révolution constitutionnelle” du juge Aharon Barak. C’est en effet – comme je l’ai relaté dans un livre sur le sujet* – dans ce domaine technique du droit des contrats, très éloigné de l’intérêt du grand public, que le juge Aharon Barak a accompli l’un des bouleversements majeurs de la jurisprudence de la Cour suprême, dont les conséquences ont affecté de nombreux domaines du droit israélien. L’arrêt Etat d’Israël c. Apropim Ltd. rendu en avril 1995, portait sur la question de l’interprétation des contrats.

La société Apropim Ltd. avait conclu un contrat-cadre avec le ministère du Logement au début des années 1990. Ce dernier avait diminué le prix versé à la société en raison d’un retard dans l’achèvement des travaux, en se fondant sur un article du contrat. Le litige portait sur l’article du contrat prévoyant une sanction en cas de retard. L’article 25 de la loi sur les contrats dispose que la principale source d’interprétation d’un contrat est « l’intention des parties ». Dans la théorie classique de l’interprétation, le juge se contente de rechercher l’intention des parties et il n’intervient que si la langue du contrat n’est pas claire. Mais dans l’arrêt Apropim, la Cour suprême a écarté la première étape en jugeant qu’elle était compétente pour se substituer aux parties, en se fondant sur une « interprétation finaliste du contrat ».

En d’autres termes, la Cour suprême a décidé qu’elle était « plus intelligente » que les parties au contrat et qu’elle savait mieux que celles-ci ce qu’elles avaient voulu dire dans le contrat, même lorsque celui-ci est clair… Une telle conception du rôle du juge est contraire à la notion même de la liberté contractuelle, car dans la théorie juridique classique, le contrat « est la loi des parties ». Mais dans l’esprit du juge Aharon Barak, aucune liberté ne peut prévaloir face au pouvoir souverain du juge…

Les conséquences de cette décision – qui a suscité de nombreuses critiques de la part des professionnels du droit – sont incalculables. Elle a en effet aboli toute sécurité juridique, élément essentiel de la vie commerciale et professionnelle. Dès lors qu’on ne peut pas savoir comment un tribunal interprètera un contrat, il devient impossible de tabler sur l’issue d’un litige contractuel. Cette nouvelle réalité a amené de nombreuses sociétés israéliennes à se soustraire à la compétence des tribunaux israéliens, par le biais d’une clause d’attribution de compétence, afin d’échapper à l’incertitude juridique entraînée par l’arrêt Apropim. En d’autres termes, les sociétés israéliennes ne peuvent plus faire confiance aux tribunaux de leur propre pays, devant lesquels un contrat peut à tout moment être privé de son sens évident pour être interprété par un juge de manière imprévisible…

L’arrêt Apropim, même s’il ne concerne que le domaine du droit des contrats, a donc été lourd de conséquences pour la vie économique de l’Etat d’Israël. Il est également très révélateur de l’état d’esprit des juges de la Cour suprême depuis la Révolution constitutionnelle. Son annulation par un vote de la Knesset la semaine dernière est un revers pour la doctrine de l’activisme judiciaire du juge Barak et une victoire pour la liberté contractuelle et, au-delà, pour la liberté et la démocratie.

P. Lurçat

 

*NB L’exposé de l’arrêt Apropim est extrait de mon livre Quelle démocratie pour Israël ? Gouvernement du peuple ou gouvernement des juges ? Editions de l’éléphant 2023. Disponible sur Amazon, B.O.D. et à la librairie du Foyer de Tel-Aviv.

 

L’annulation de la jurisprudence Apropim:  Un revers pour le gouvernement des juges et une victoire pour la liberté

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Le prix des appartements à Jérusalem augmente à contre-courant de la tendance nationale

January 8 2026, 10:41am

Posted by Pierre Lurçat et Globes

Le prix des appartements à Jérusalem augmente à contre-courant de la tendance nationale

 

L'afflux de résidents étrangers dans les quartiers centraux de Jérusalem fait grimper les prix dans toute la ville. "Globes" enquête.

 

« Un Juif français, résident étranger, a acheté une maison à Givat Hamivtar il y a deux ans pour 2 millions de NIS au-dessus du prix du marché. Lorsque je lui ai demandé pourquoi il avait payé un prix aussi élevé, il a expliqué que dans un an ou deux, les prix atteindraient de toute façon ce niveau, et qu'en offrant un prix aussi élevé, il se libérait essentiellement de la concurrence. Avec le recul, il avait raison, et les prix ont rapidement atteint ce niveau. La raison ? L'arrivée de résidents étrangers à Givat Hamivtar a fait exploser les prix. Et c'est ainsi dans de nombreux autres quartiers de Jérusalem aujourd'hui », déclare Kobi Bier, expert en évaluation immobilière, spécialisé dans le marché immobilier de Jérusalem.

 

Bier considère les achats par des résidents étrangers comme une explication de la raison pour laquelle les prix dans la capitale continuent d'augmenter, alors qu'ils baissent presque partout ailleurs dans le pays, ou du moins ne montent pas. Il dit : « Je ne vois pas d'autre explication à cela. Les résidents étrangers achètent de plus en plus de propriétés en Israël depuis le Covid. La guerre et l'antisémitisme dans le monde ont renforcé ce phénomène, et les populations religieuses cherchent naturellement Jérusalem, et si c’est à Jérusalem - princpalement dans les anciens quartiers : Rehavia, Talbiya, Baka, Katamon. Et en effet, nous constatons une augmentation des prix principalement dans ces quartiers, et cela fait grimper le marché. Ils ont probablement suffisamment de poids pour provoquer une augmentation générale des prix dans la ville. »

 

Les chiffres le reflètent bien. Le principal économiste du ministère des Finances rapporte que, au cours des quatre derniers mois, environ la moitié de tous les achats effectués par des résidents étrangers en Israël se situaient à Jérusalem et dans ses environs. Le taux le plus élevé a été enregistré en septembre - 54 %. De plus, le total des achats effectués par des résidents étrangers à Jérusalem au premier trimestre 2025 représentait environ 10 % de tous les achats à Jérusalem, tandis qu’à l’échelle nationale, ce taux n’était que de 2 %.

 

Les données du Bureau central des statistiques montrent que le district de Jérusalem est le seul district en Israël dans lequel une augmentation continue des prix a été enregistrée au cours des cinq derniers mois, avec une hausse cumulative de 3,6 %. Depuis novembre 2024, il n’y a eu qu’un seul mois où une baisse des prix a été observée – mai 2025 avec une chute de 0,9 %.

 

« Il y a plusieurs facteurs à l’augmentation des prix, mais le chiffre le plus significatif est que les résidents étrangers, principalement d’Amérique du Nord et d’Europe, sont encore plus intéressés par l’achat de propriétés à Jérusalem qu’auparavant », déclare Yechiel Gamliel, directeur du marketing et des ventes du groupe Beit Yerushalmi (BY). « Jérusalem a toujours été considérée comme une ville ayant une valeur sentimentale, et ces dernières années, avec les changements politiques et les incidents d’antisémitisme, beaucoup s’intéressent à l’achat d’une propriété là-bas qu’ils pourraient occuper si nécessaire. Récemment, l’intérêt des résidents étrangers est en augmentation, en particulier dans les quartiers du centre-ville. »

 

"La forte demande des résidents étrangers a donné un énorme coup de pouce aux prix dans la ville," ajoute Zohar Shriki, associé et directeur de la région de Jérusalem chez Magma, une entreprise spécialisée dans le marketing immobilier et le renouvellement urbain. "La ville est restée la destination préférée pour la plupart d'entre eux, surtout récemment. Ils cherchent un refuge et une ancre, et en plus de vouloir être en Israël, ils veulent vraiment vivre à Jérusalem."

 

"Jérusalem est différente de la plupart des villes du pays," dit Alyssa Friedland, courtier chez RE/MAX Vision qui opère à Jérusalem depuis des années, principalement sur le marché du luxe. "Dans d'autres villes, il y a suffisamment d'inventaire pour répondre aux besoins des intéressés, mais à Jérusalem la situation est différente car il n'y a pas de terrain disponible, surtout dans les endroits où les résidents étrangers recherchent des appartements, et récemment nous avons vu de plus en plus d'intérêt de leur part."

 

« Les résidents étrangers confortables cherchent le centre de Jérusalem, Ramat Eshkol, French Hill, Baka, Rehavia, Talbiya, la colonie allemande, Katamon – ils préfèrent y vivre principalement, près du Mur occidental, de la Grande Synagogue et des grandes communautés qui y sont déjà. Dans ces endroits, il y a de nouvelles constructions ici et là, mais pas assez. L’offre ne rattrape pas la demande, ce qui fait grimper les prix. Un vendeur qui possède un appartement à distance de marche du Mur occidental sait qu’il a un petit diamant en main. »

 

« Il n’y a pas une seule maison à vendre au centre de Rehavia »

 

La question de l’offre versus la demande joue un autre rôle important dans la hausse des prix, expliquent les experts. Bien que Jérusalem connaisse un boom de la construction qu’elle n’a pas connu depuis de nombreuses années – entre octobre 2024 et septembre 2025, par exemple, la construction de 7 046 appartements a commencé dans la ville, selon le Bureau central des statistiques – mais tout cela, du moins pour l’instant, ne suffit pas, et certainement pas sur le marché du haut de gamme. Le résultat est l’augmentation des prix que l’on observe actuellement.

 

« Nous avons le sentiment qu’il n’y a toujours pas d’offre excédentaire dans le secteur résidentiel à Jérusalem, et il y a certainement une pénurie en ce moment », déclare Bier. « Elle existe principalement sur le marché du luxe. Là, les résidents étrangers cherchent encore des appartements anciens et spéciaux, au design oriental, le genre que l’on ne trouve que dans des zones spécifiques et l’offre de ce type de biens est très limitée. »

 

« Les résidents étrangers recherchent des appartements très spécifiques : un penthouse spacieux, une maison arabe, des propriétés particulières », explique Friedland, « et la pénurie à cet égard est grande. Il n’y a pas de maison à vendre au centre de Rehavia, il n’y en a tout simplement aucune. Cela n’existe presque pas, donc lorsqu’ils trouvent quelque chose comme ça, ils sont prêts à payer un prix élevé pour l’obtenir. »

 

LIRE LA SUITE SUR GLOBES:

Jerusalem home price rises buck national trend - Globes

Pierre Lurçat, votre agent chez Century21 Jérusalem

Pierre Lurçat, votre agent chez Century21 Jérusalem

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