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geopolitique

G. Araud, F. Encel, D. Moïsi: la géopolitique au service de l'anti-américanisme

April 6 2026, 07:38am

Posted by Pierre Lurçat

Frédéric Encel

Frédéric Encel

(article paru sur Causeur.fr sous le titre "Anti-américanisme et détestation d’Israël : une petite musique familière…")

 

 

Il y a quelques années, la sociologue franco-israélienne Eva Illouz publiait un livre intitulé Les émotions contre la démocratie. Elle y soutenait la thèse, qui pourrait être intéressante, si elle n’était pas d’emblée biaisée, selon laquelle les opinions politiques populistes seraient largement dictées par les émotions, et notamment par la peur, le dégoût et le ressentiment. Cette thèse – à vrai dire pas très originale – prend un sens nouveau à l’ère des réseaux sociaux, qui jouent comme on le sait sur les émotions de chacun d’entre nous. Le “hic” est que Mme Illouz prenait pour seul exemple, pour étayer sa thèse, celui des électeurs qu’elle qualifie de “populistes”, lesquels seraient exclusivement situés selon elle à la droite de l’échiquier politique…

 

Le géo-politologue Dominique Moïsi vient de publier un livre qui s’inscrit dans la même veine que celui d’Eva Illouz, au titre évocateur : Le triangle des passions du monde (qui fait suite à son précédent livre, La géopolitique de l’émotion). Chez Moïsi, comme chez Illouz, un habillage intellectuel parfois pédant peine à dissimuler une thèse simpliste : la politique de Donald Trump (ou celle de B. Netanyahou) sont dictées par les émotions, tandis que celle d’Emmanuel Macron est fondée sur la raison.

 

Un autre géo-politologue, Frédéric Encel, dit à peu près la même chose que son collègue Moïsi, en expliquant sur tous les plateaux de télévision que Trump est un “mercantiliste”, qui obéit uniquement à ses intérêts. Lorsque le journaliste de France Culture pose la question de savoir si “l’Iran était réellement une menace pour Israël?”, l’ancien ambassadeur de France Gérard Araud et le géo-politologue Frédéric Encel ont des réponses étonnamment similaires. Même ceux qui dans le passé défendaient Israël - comme Encel - ne peuvent s’empêcher de ressasser les poncifs anti-Trump et de faire l’éloge de la “puissance” française, tout en reprochant à Israël sa politique “hégémonique”.

 

Cette petite musique anti-américaine – et par ricochet, anti-israélienne – règne aujourd’hui sans partage, dans quasiment tous les médias français. “L’Amérique d’Omaha Beach n’existe plus!”, s’exclame ainsi Moïsi dans Ouest France, en imaginant “Donald Trump se promenant sur les plages de Normandie [qui] aurait réagi avec un mélange de cynisme, de vulgarité, de brutalité, en disant : mais pourquoi avons-nous sacrifié le sang des Américains pour ce continent décadent, aux principes obsolètes, qui nous trahit dès qu’il en a l’occasion” ? En vérité, cette description d’un Trump cynique et brutal en dit tout autant sur les passions qui animent le géo-politologue français et ses collègues, au Quai d’Orsay et dans les grands médias, que sur l’objet de leur détestation.

 

Car – et c’est sans doute le défaut principal de toutes ces analyses simplistes – rien n’est mieux partagé que les passions humaines et les intérêts. Si les électeurs populistes de droite sont mus par leurs émotions, alors il en va de même pour leurs équivalents de gauche. Et si les Etats-Unis de Donald Trump obéissent à leurs intérêts, c’est parce que les Etats, comme chacun sait, n’ont que des intérêts… Ce qui n’empêche pas Trump d’avoir pris le risque de mettre en péril l’économie américaine, pour tenter avec détermination de mettre fin au régime des Mollahs tandis qu’Emmanuel Macron tenait à assurer les Mollahs dès le 28 février qu’il n’était pas au courant de l’opération israélo-américaine… par courage certainement.

 

La France a d’ailleurs fini par se ranger, nolens volens, à l’avis de Donald Trump, sans le dire évidemment. Le 17 mars, E. Macron martelait encore que “jamais la France ne prendra part aux opérations d’ouverture du détroit d’Ormuz”. Quelques jours plus tard, la France annonçait participer aux efforts d’une coalition visant à “rétablir la liberté de navigation” dans le détroit d’Ormuz… Preuve est faite, si besoin était, que les Etats n’ont que des intérêts, et que ceux de la France, en l’occurrence, coïncident avec ceux des Etats-Unis et d’Israël. Mais cette convergence d’intérêts n’empêchera pas les géo-politologues de continuer à gausser la “vulgarité” et la “brutalité” de Trump, animés par leur passion anti-américaine et par leur détestation du président des Etats-Unis et du Premier ministre israélien.

 

Pierre Lurçat (essayiste)* & Philippe Karsenty (porte-parole du Comité Trump France)

 

* Dernier livre paru : Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, éditions l’éléphant.

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La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

March 3 2026, 10:03am

Posted by Pierre Lurçat

La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

 

La géopolitique est largement incapable de décrire les événements actuels, parce qu'elle s'en tient aux apparences, de manière souvent simpliste, voire caricaturale. Ceux qui s'obstinent à décrire Donald Trump comme un idiot et à croire que la France est une "grande puissance" montrent non seulement qu'ils n'ont rien compris au monde actuel, mais aussi que leur grille de lecture des événements est fondamentalement déficiente. De même pour les contempteurs de Netanyahou, qui refusent de voir l'évidence qui crève les yeux de tout Israélien lucide et de tout observateur honnête. C'est Binyamin Nétanyahou qui a transformé Israël après le 7-octobre, pour en faire une puissance capable de remodeler la carte du Moyen-Orient et de changer l'avenir de toute la région et du monde.

 

Israël sous Netanyahou n'est pas seulement devenu une puissance régionale et mondiale. Il est littéralement devenu ce "lion rugissant", qui est capable de vaincre ses ennemis d'un coup de "patte" et de faire tomber leurs têtes les uns après les autres. Israël, sous la direction de Benjamin Netanyahou, n'est plus un acteur de second plan, ni le vassal de grandes puissances, étrangères (comme s’obstine à le faire croire le journal Ha’aretz, qui le présente comme “le valet de Trump”, dans la meilleure tradition de l’antisionisme soviétique d’antan).

 

Israël est devenu une puissance régionale, dont la puissance ne se mesure pas seulement à son PIB, à sa force militaire ou technologique. La puissance d'Israël, comme l'ont bien compris les deux dirigeants qui sont en train de remodeler le visage du monde entier, Donald Trump et B. Nétanyahou, se mesure à l'aune d'un critère que les experts en géopolitique sont incapables de mesurer et d'apprécier. Ce critère largement occulté relève en effet d'une autre dimension, que les dirigeants actuels d'Israël et des Etats Unis ont bien comprise, mais qui échappe à la plupart des dirigeants et commentateurs de l'actualité internationale.

 

Comme je l’écrivais dans ces colonnes il y a cinq ans, Donald Trump est le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique sur lequel elle est fondée, et le premier dirigeant à avoir donné à l’Etat juif son statut véritable de peuple spécial (Am Segoula), c’est-à-dire de peuple “par lequel sont bénies toutes les nations du monde”. Les accomplissements de Trump s’inscrivent en réalité dans le temps long de l’histoire, et plus précisément, dans le temps spécifique à l’histoire juive et à l’histoire d’Israël, c’est-à-dire dans le temps des Toledot, concept hébraïque qui désigne, selon l’enseignement de Manitou, l’histoire des engendrements et le développement de l’identité humaine, et pas seulement l’histoire événementielle[1].

 

C’est dans cette perspective qu'on peut comprendre la dimension invisible de la géopolitique, à savoir la dimension spirituelle et morale incarnée par Israël, dont la destinée ne relève pas des "lois" de l'histoire, ni des règles habituelles auxquelles sont soumis les États. La dimension invisible de la géopolitique est celle du Nom divin qui ne figure pas dans la Meguilat Esther, celle du Maître d'œuvre du grand "Pourimspiel", qui dirige le monde. Pourim Saméakh !

 

P. Lurçat

 

 

[1] Voir le commentaire du Rav Manitou-Askénazi sur la parachat Toledot, Leçons sur la Torah, Albin Michel.

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

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La reconnaissance du Somaliland et le retour d'Israël en Afrique

January 14 2026, 09:57am

Posted by Pierre Lurçat

le ministre israélien des Affaires étrangères, avec Abdirahman Mohamed Abdullahi, le président de la république du Somaliland

le ministre israélien des Affaires étrangères, avec Abdirahman Mohamed Abdullahi, le président de la république du Somaliland

 

Il fut un temps où la diplomatie du jeune État juif tentait de contourner l’hostilité du monde arabo-musulman et de gagner des alliés dans le concert des Nations, notamment en développant ses relations avec l’Afrique. Dans les années 1960, Israël était dans le peloton de tête des pays possédant le plus grand nombre de représentations diplomatiques en Afrique. Tout changea avec la guerre de Kippour et la rupture des relations avec Israël par la plupart des États africains. La récente décision israélienne de reconnaître le Somaliland, au-delà du coup d’éclat diplomatique et de son intérêt stratégique et militaire évident pour l’État juif, face à la menace des Houthistes du Yémen, constitue aussi un retour vers la politique africaine d’Israël, dont l’âge d’or remonte aux années 1950 et 1960.

 

Pour comprendre la signification et la portée de la reconnaissance du Somaliland par Israël, j’ai interrogé un diplomate israélien qui connaît bien l’Afrique et a été ambassadeur dans plusieurs pays du continent noir. Étant encore en poste, il a tenu à conserver l’anonymat. Il m’explique d’abord le moment choisi par l’État hébreu pour prendre cette décision, qui a été longuement mûrie et préparée. En diplomatie, tout est affaire de timing. En l’occurrence, le timing était on ne peut plus propice : alors qu’Israël a déjà éliminé ou affaibli les régimes de “l’Axe du mal” pro-iranien en Syrie et au Liban (Hezbollah) et que l’Iran lui-même se débat avec des problèmes intérieurs graves, l’instauration de relations étroites avec le Somaliland apporte à Israël une position stratégique clé, juste en face des côtes du Yémen, dont le régime des Houthistes constitue le dernier pion de l’axe pro-iranien qui n’a pas encore été significativement affaibli depuis le 7-Octobre 2023.

 

Voilà pour l’aspect militaire et stratégique, qui est évidemment crucial. Mais ce n’est pas le seul élément expliquant le timing de la décision israélienne de reconnaître – premier État membre de l’ONU au monde à le faire – le Somaliland. Du point de vue de la diplomatie et de la politique internationale, cette décision audacieuse intervient quelques mois après la reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays occidentaux, dont la France. Cela a été aux yeux du Premier ministre israélien l’élément déclencheur de la décision de reconnaître le Somaliland, m’explique mon interlocuteur au ministère des Affaires étrangères.

 

Auparavant, Israël pouvait en effet craindre une reconnaissance de la Palestine à titre de “représailles”, risque qui n’existe plus aujourd’hui. Par ailleurs, l’accusation lancée contre Israël d’avoir enfreint un principe essentiel des relations internationales (celui de ne pas porter atteinte à la souveraineté d’un autre État) est largement inopérante, dès lors que de nombreux pays ont eux-mêmes fait fi des grands principes, en reconnaissant un “État de Palestine” qui ne répond pas aux critères généralement admis pour devenir un État indépendant.

 

Outre son intérêt stratégique, la reconnaissance par Israël du Somaliland a également des implications économiques importantes. Le détroit de Bab Al-Mandab, qui relie la mer Rouge au Golfe d’Aden, est une des routes commerciales les plus importantes au monde, et l’instauration de relations étroites entre le Somaliland et Israël modifie la donne géopolitique dans cette région du monde sensible. Elle permettra de sécuriser le commerce maritime, mis en danger au début de la guerre à Gaza, lorsque les Houthistes avaient attaqué plusieurs navires au large des côtes du Yémen.

 

Israël pourrait ainsi apporter au Somaliland les moyens technologiques et militaires pour protéger le port de Berbera. En janvier 2024, l’Éthiopie s’était engagée par un mémorandum d’accord à reconnaître le Somaliland, en échange d’un accès au port de Berbera, qui aurait permis de désenclaver le second plus grand pays au monde qui ne dispose pas d’accès à la mer. Cet accord était finalement resté lettre morte, après les protestations du régime de Mogadiscio.

 

Vers un grand retour d’Israël en Afrique ?

 

La reconnaissance par Israël du Somaliland s’inscrit aussi dans l’histoire plus ancienne des relations entre l’État juif et l’Afrique, qui remonte aux tous débuts du sionisme politique. “Il y a un peuple dont l’histoire est encore plus tragique que celle du peuple Juif, c’est le peuple noir”. Cette phrase qu’aimait à citer Golda Meir est tirée du Journal du fondateur du mouvement sioniste, Theodor Herzl. Au-delà des aspects politiques et économiques, la dimension humaine est en effet un élément clé des relations entre l’État hébreu et le continent africain. Comme le souligne mon interlocuteur, les relations entre États ne se réduisent pas à leur aspect institutionnel : elles reposent en fin de compte sur celles qui se nouent entre les peuples. Il cite pour exemple le musée du génocide des Tutsis au Rwanda, inspiré de celui de Yad Vashem à Jérusalem. “Le peuple somali aime Israël”, m’explique-t-il, car “il se voit un peu comme Israël, un petit peuple entouré d’ennemis”.

 

Lorsque la politique africaine d’Israël a été initiée par Ben Gourion, l’État juif était encore un pays en développement, qui se voyait ainsi l’interlocuteur naturel des pays africains auxquels il apportait sa technologie en matière d’agriculture et d’irrigation. Aujourd’hui, Israël est une puissance régionale tant sur le plan économique que politique, et la décision de reconnaître le Somaliland marque aussi un tournant dans la politique étrangère de l’État juif, qui a gagné en maturité et en audace, surtout depuis ses victoires militaires de l’après 7-Octobre.

 

Après le choc terrible du 7-Octobre, Israël a ainsi montré sa capacité de modifier l’ordre régional, en défendant de manière intrépide et inventive ses intérêts sur l’échiquier complexe moyen-oriental. C’est dans ce cadre que s’inscrit la décision de reconnaître le Somaliland, qui augure peut-être d’une nouvelle percée israélienne sur le continent africain et – pourquoi pas – d’un retour à l’âge d’or des relations Israël-Afrique.

P. Lurçat

 

 

* Dernier livre paru : Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, Chroniques 2023-2025. Éditions de l’éléphant 2025.

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Israël-Etats-Unis / Iran: Le vent de l'Histoire et ses détritus

June 22 2025, 17:19pm

Posted by Pierre Lurçat

Israël-Etats-Unis / Iran:  Le vent de l'Histoire et ses détritus
Israël tout entier a senti une fois de plus passer dimanche matin le vent de l'Histoire. Les événements que nous traversons ces jours-ci sont en passe de changer la face de notre région et du monde entier. Alors que les missiles iraniens destructeurs continuent de pleuvoir sur le sol israélien, où ils frappent exclusivement des victimes civiles, il fallait entendre ce matin (dimanche) la double déclaration du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien, le premier bénissant Israël et son peuple et le second bénissant l'Amérique, pour saisir la dimension biblique et pour ainsi dire religieuse des évènements que nous vivons.
C'est précisément cet esprit "religieux" qui réunit les deux grandes nations que sont Israël et l'Amérique, peut-être plus encore que les valeurs démocratiques et l'esprit de liberté qu'Israël a légués à l'humanité tout entière il y a quatre mille ans et dont les Etats-Unis d'Amérique se sont fait les champions depuis trois siècles. Cet esprit religieux, qui repose sur le socle de la Bible commun aux deux pays, est sans doute une des causes de l'incompréhension que manifeste la France (et d'autres pays d'Europe) envers Israël et envers son grand allié américain.
Quand l'éditorialiste du Monde écrit dimanche matin que "les bombardements américains sur les sites nucléaires iraniens obscurcissent l'horizon au lieu de l'éclairer", ou quand le président Emmanuel Macron prétend "donner une chance" à la diplomatie pour éviter la guerre que l'Iran a déclenchée contre Israël, ils font preuve en effet d'une incompréhension totale, qui dépasse largement le seul domaine de la politique internationale. La volonté française d'éviter la guerre à tout prix, même à celui de la soumission et de la lâcheté face à l'Iran des Ayatollahs, n'est pas seulement une preuve d'incompétence.
L'invocation incantatoire d'un "droit international" et d'une morale largement inexistante dans les rapports entre nations, surtout au Moyen Orient, n'est pas seulement comme l'explique bien Gil Mihaeli, le propre des petits pays qui n'ont plus d'influence sur les affaires du monde. Elle atteste aussi d'une cécité morale qui fait confondre l'agresseur et l'agressé, les victimes civiles collatérales de la guerre défensive d'Israël et les victimes civiles délibérément visées par l'Iran. La France officielle (qu'il ne faut jamais confondre avec la France réelle) se range une fois de plus du mauvais côté de l'Histoire.
Pierre Lurçat, Jérusalem
 
Cécité morale: Emmanuel Macron avec Delphine Horvilleur

Cécité morale: Emmanuel Macron avec Delphine Horvilleur

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Comment définir la puissance militaire ? Entretien avec Michel Gurfinkiel

December 2 2024, 08:18am

Posted by Pierre Lurçat/Israël Magazine

Comment définir la puissance militaire ? Entretien avec Michel Gurfinkiel

Rédacteur en chef à Valeurs actuelles, fin observateur de l'actualité française, israélienne et internationale, Michel Gurfinkiel est aussi féru d'histoire militaire. Dans un entretien passionnant qui est paru dans la dernière livraison d'Israel Magazine, il m'a livré sa définition de la puissance militaire. Extraits:

Pierre Lurçat: On pourrait définir la force militaire d’un pays par sa capacité de reprendre le dessus après avoir essuyé un revers ?

Michel Gurfinkiel: Absolument. L’après 7 octobre est un retournement prodigieux sur le plan militaire ! Toutes les armées du monde observent avec fascination ce qu’Israël est en train de faire. Lorsque je discutais avant le 7 octobre avec les experts militaires, il y avait un débat très virulent sur les capacités militaires d’Israël.

I.M. Est-ce que la dissuasion israélienne a été restaurée depuis le 7 octobre ?

M.G. Très largement, mais il ne faut pas perdre de vue le fait que nous sommes un petit pays vulnérable. Pour que les Arabes ne soient pas tentés de nous attaquer, comme me l’avait expliqué jadis Youval Neeman, il faut faire une piqûre de rappel, en leur infligeant régulièrement une défaite militaire.

La puissance d’un pays, selon le général Eisenhower, se mesure par trois facteurs : la force militaire, l’économie et le moral. Si un seul manque, la puissance est affectée.

I.M. Que pensez-vous de la dépendance d’Israël sur le plan de l’armement ?

M.G. Aucune armée du monde occidental ne contrôle entièrement sa chaîne de production d’armement.

I.M. Face au Hamas, la supériorité technologique d’Israël s’est-elle avérée impuissante ?

M.G. On ne peut pas du tout dire ça. Aucun des concepteurs de la “barrière intelligente” ne pensait qu’elle pouvait à elle seule arrêter l’intrusion d’ennemis. Tous avaient lancé l’alerte avant le 7 octobre !

Comment expliquer que le même pays peut frapper à Téhéran et se faire prendre par surprise à la frontière de Gaza ? Je n’ai pas de réponse.

I.M. La réponse est peut-être dans l’élément moral dont parlait Eisenhower ?

M.G. Cela faisait 20 ans que le Hamas évoquait le scénario du 7 octobre ! Tout cela était accessible et publié dans les médias israéliens… D’où les théories du complot qui pullulent sur ce sujet.

Nous savons que l’armée en Israël est un “Etat dans l’Etat”, qui rend très peu de comptes. Le Premier ministre ne peut rien faire, sans faire confiance aux analyses qu’il reçoit de l’armée. Aujourd’hui tout le monde comprend que la responsabilité principale du 7 octobre se trouve au sein de l’armée. Pourtant, l’état-major actuel mène très bien la guerre actuelle.

I.M. Quel bilan dressez-vous d’un an de guerre ?

M.G. Le bilan est que nous avons anéanti le Hamas. La mort de Sinwar signifie que le Hamas en tant que structure est anéanti. Depuis un an, on s’aperçoit qu’Israël a de la ressource. Tsahal a été capable de repousser à 80 % toutes les attaques de missiles, y compris les attaques massives venues d’Iran. L’Iran a envoyé le 13 avril plus de missiles contre Israël que l’ensemble des pays européens n’en possèdent !

Lire la suite dans Israël Magazine

 

Comment définir la puissance militaire ? Entretien avec Michel Gurfinkiel

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