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andre neher

Une étincelle d’hébreu: pikoud ha-ôref, l’arrière d’acier et la force d’Israël

March 20 2026, 10:25am

Posted by Pierre Lurçat

André Neher avec Manitou (Léon Aschkénazi), Eliane Amado Lévi-Valensi, et le grand-rabbin Albert Hazan

André Neher avec Manitou (Léon Aschkénazi), Eliane Amado Lévi-Valensi, et le grand-rabbin Albert Hazan

 

Le 4 juin 1967, “aux heures de suprême angoisse pour Israël”, le regretté André Neher prononçait les mots qui suivent devant l’Assemblée générale du judaïsme français, convoquée de toute urgence. “Am qeshé ôref, le peuple à la nuque d’acier : c’est la définition biblique du peuple juif. Or, en hébreu moderne, ôref, ce n’est pas la nuque, mais l’arrière, l’arrière d’un front de combat. Je traduis donc : le peuple Juif de la diaspora est l’arrière du front d’Israël… un arrière d’acier[1].

 

Le "Hiddoush" sémantique fait par Neher est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’alors. En hébreu moderne, le “pikoud ha-Ôref” désigne le “commandement de l’arrière”, ce département de Tsahal qui a la mission cruciale de faire en sorte que la population civile soit disciplinée et obéisse aux consignes pour minimiser le nombre de victimes des missiles iraniens et libanais. Mission largement atteinte, le peuple d’Israël sachant lorsqu’il le faut faire preuve de discipline !

 

Le “Ôref” désigne donc à la fois l’arrière du front en Israël même, et comme l’écrivait Neher, l’arrière du front d’Israël en diaspora. A la même époque où il prononçait ce discours, un autre Juif courageux, le rabbin Jacob Kaplan, affrontait publiquement le président De Gaulle, après ses propos scandaleux sur les Juifs “peuple d’élite, sûr de lui et dominateur”. Autres temps, autres rabbins… hélas ! Le grand-rabbin Korsia n’a pas eu le courage du grand-rabbin Kaplan.

 

Face à un président français qui a depuis longtemps dépassé tous ses prédécesseurs en matière de détestation d’Israël, Haïm Korsia n’a non seulement pas un mot de protestation, mais il accepte en pleine guerre d’être fait “commandeur de la Légion d’honneur” à l’Elysée, des mains mêmes d’Emmanuel Macron, qui n’a de cesse d’attaquer Israël, en se faisant l’allié objectif du Hezbollah libanais et de l’Iran.

Cet exemple malencontreux de défection de l’arrière d’Israël ne représente toutefois aucunement l’ensemble de la diaspora juive, qui est majoritairement et inconditionnellement unie derrière Israël, son armée et son gouvernement. Am qeshé ôref, le peuple à la nuque raide a la tête haute et se tient droit et fier, jusqu’à la victoire ! Shabbat shalom et Hodesh tov !

P. Lurçat

 

[1] Discours repris dans le beau livre d’André Neher, Dans tes portes, Jérusalem, Albin Michel 1972.

Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! (E. Satie)

Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! (E. Satie)

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Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (I) : le serment solennel d’André Neher

October 19 2023, 09:20am

André Neher (1914-1988)

André Neher (1914-1988)

Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (I) : le serment solennel d’André Neher

 

 

            Le 4 juin 1967, alors que le peuple d’Israël vivait des heures d’angoisse face à la menace arabe qui se faisait chaque jour plus pressante, André Neher prononçait les mots suivants, qui résonnent aujourd’hui avec une force particulière, devant l’Assemblée générale du judaïsme français réunie à Paris. Le serment solennel qu’il prononçait est tout aussi valable aujourd’hui qu’alors, pour nos frères juifs de diaspora, et en particulier pour les intellectuels juifs. Espérons qu’ils seront eux aussi – comme Neher et d’autres à l’époque – un « arrière d’acier » pour Israël qui se bat pour sa survie, pour notre survie. P. L.

 

 

« Am qeshé ôref, le peuple à la nuque d’acier : c’est la définition biblique du peuple juif. Or, en hébreu moderne, ôref, ce n’est pas la nuque, mais l’arrière, l’arrière d’un front de combat. Je traduis donc : le peuple juif de la Diaspora est l’arrière du front d’Israël, pas un arrière de repli ou d’embuscade, n’est-ce pas ? mais un arrière de potentiel et de réserves inépuisables, où se forgent les armes morales et matérielles de la lutte d’Israël pour sa vie, un arrière d’acier.

 

Hier encore, je menais avec les hommes les combats des hommes pour les plus nobles valeurs humaines, pour la vérité, pour la paix, pour la justice. Aujourd’hui, je mène l’unique lutte pour Israël, car elle ramasse en elle toutes les autres, les résume et les retrempe dans le creuset d’une épreuve décisive. Oui, c’est la décision entre deux mondes et deux langages, entre ceux qui croient à l’innocence de l’innocent et les fanatiques totalitaires du bouc émissaire juif. Et je dis à mes camarades des luttes d’hier : venez avec moi car la lutte pour Israël est aujourd’hui la lutte humaine par excellente. Si, analysant, hésitant, tergiversant, vous ne venez pas, eh bien ! nous lutterons seuls. De nouveau, nous serons comme Abraham, seuls d’un côté, et le monde entier de l’autre. Et, dans la lutte pour Israël, nous ferons à nouveau, comme l’avait fait Abraham pour le monde entier, le réapprentissage de la justice.

 

Hier encore, je l’avoue, et je le regrette, je ne consacrais qu’une fraction de moi-même à Israël. Aujourd’hui, c’est le tout de ma pensée, de mon action, de ma personne qui s’identifie avec Israël, avec sa lutte, corps et âme, en résolution d’acier, en disponibilité de jour et de nuit…

 

Les hommes juifs des pays libres, les juifs de France en 1939, les Juifs des Etats-Unis en 1943, ne savaient pas. Les uns ne savaient pas qu’Auschwitz était possible. Les autres ne savaient pas qu’Auschwitz était Auschwitz. Nous, nous savons. Alors, en 1939, en 1943, la lutte était défensive. Aujourd’hui, elle est offensive…

 

Le moment pathétique est venu de mettre en pratique le lancinant « souviens-toi » qui nous hante depuis bientôt vingt-cinq ans…

 

Je fais le serment solennel de ne pas sortir du cercle de mes responsabilités avant d’avoir épuisé les infinies ressources dont nous disposons pour faire passer du niveau du souhait à celui de la réalité les trois mots qui, désormais, nous fascinent et nous habitent : AM ISRAEL HAY - ISRAEL, TU VIVRAS !”

 

(Texte publié dans le livre de Neher Dans tes portes, Jérusalem, Albin Michel 1972).

Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (I) : le serment solennel d’André Neher

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