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guerre israel-iran

G. Araud, F. Encel, D. Moïsi: la géopolitique au service de l'anti-américanisme

April 6 2026, 07:38am

Posted by Pierre Lurçat

Frédéric Encel

Frédéric Encel

(article paru sur Causeur.fr sous le titre "Anti-américanisme et détestation d’Israël : une petite musique familière…")

 

 

Il y a quelques années, la sociologue franco-israélienne Eva Illouz publiait un livre intitulé Les émotions contre la démocratie. Elle y soutenait la thèse, qui pourrait être intéressante, si elle n’était pas d’emblée biaisée, selon laquelle les opinions politiques populistes seraient largement dictées par les émotions, et notamment par la peur, le dégoût et le ressentiment. Cette thèse – à vrai dire pas très originale – prend un sens nouveau à l’ère des réseaux sociaux, qui jouent comme on le sait sur les émotions de chacun d’entre nous. Le “hic” est que Mme Illouz prenait pour seul exemple, pour étayer sa thèse, celui des électeurs qu’elle qualifie de “populistes”, lesquels seraient exclusivement situés selon elle à la droite de l’échiquier politique…

 

Le géo-politologue Dominique Moïsi vient de publier un livre qui s’inscrit dans la même veine que celui d’Eva Illouz, au titre évocateur : Le triangle des passions du monde (qui fait suite à son précédent livre, La géopolitique de l’émotion). Chez Moïsi, comme chez Illouz, un habillage intellectuel parfois pédant peine à dissimuler une thèse simpliste : la politique de Donald Trump (ou celle de B. Netanyahou) sont dictées par les émotions, tandis que celle d’Emmanuel Macron est fondée sur la raison.

 

Un autre géo-politologue, Frédéric Encel, dit à peu près la même chose que son collègue Moïsi, en expliquant sur tous les plateaux de télévision que Trump est un “mercantiliste”, qui obéit uniquement à ses intérêts. Lorsque le journaliste de France Culture pose la question de savoir si “l’Iran était réellement une menace pour Israël?”, l’ancien ambassadeur de France Gérard Araud et le géo-politologue Frédéric Encel ont des réponses étonnamment similaires. Même ceux qui dans le passé défendaient Israël - comme Encel - ne peuvent s’empêcher de ressasser les poncifs anti-Trump et de faire l’éloge de la “puissance” française, tout en reprochant à Israël sa politique “hégémonique”.

 

Cette petite musique anti-américaine – et par ricochet, anti-israélienne – règne aujourd’hui sans partage, dans quasiment tous les médias français. “L’Amérique d’Omaha Beach n’existe plus!”, s’exclame ainsi Moïsi dans Ouest France, en imaginant “Donald Trump se promenant sur les plages de Normandie [qui] aurait réagi avec un mélange de cynisme, de vulgarité, de brutalité, en disant : mais pourquoi avons-nous sacrifié le sang des Américains pour ce continent décadent, aux principes obsolètes, qui nous trahit dès qu’il en a l’occasion” ? En vérité, cette description d’un Trump cynique et brutal en dit tout autant sur les passions qui animent le géo-politologue français et ses collègues, au Quai d’Orsay et dans les grands médias, que sur l’objet de leur détestation.

 

Car – et c’est sans doute le défaut principal de toutes ces analyses simplistes – rien n’est mieux partagé que les passions humaines et les intérêts. Si les électeurs populistes de droite sont mus par leurs émotions, alors il en va de même pour leurs équivalents de gauche. Et si les Etats-Unis de Donald Trump obéissent à leurs intérêts, c’est parce que les Etats, comme chacun sait, n’ont que des intérêts… Ce qui n’empêche pas Trump d’avoir pris le risque de mettre en péril l’économie américaine, pour tenter avec détermination de mettre fin au régime des Mollahs tandis qu’Emmanuel Macron tenait à assurer les Mollahs dès le 28 février qu’il n’était pas au courant de l’opération israélo-américaine… par courage certainement.

 

La France a d’ailleurs fini par se ranger, nolens volens, à l’avis de Donald Trump, sans le dire évidemment. Le 17 mars, E. Macron martelait encore que “jamais la France ne prendra part aux opérations d’ouverture du détroit d’Ormuz”. Quelques jours plus tard, la France annonçait participer aux efforts d’une coalition visant à “rétablir la liberté de navigation” dans le détroit d’Ormuz… Preuve est faite, si besoin était, que les Etats n’ont que des intérêts, et que ceux de la France, en l’occurrence, coïncident avec ceux des Etats-Unis et d’Israël. Mais cette convergence d’intérêts n’empêchera pas les géo-politologues de continuer à gausser la “vulgarité” et la “brutalité” de Trump, animés par leur passion anti-américaine et par leur détestation du président des Etats-Unis et du Premier ministre israélien.

 

Pierre Lurçat (essayiste)* & Philippe Karsenty (porte-parole du Comité Trump France)

 

* Dernier livre paru : Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, éditions l’éléphant.

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Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

March 23 2026, 15:24pm

Posted by Pierre Lurçat

Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

J’ai trois choses à leur dire : Il faut qu’ils amassent du fer,

Qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

V. Jabotinsky, Samson

 

 

Alors qu’Israël est plongé dans sa guerre la plus longue et la plus difficile depuis 1948, il peut sembler paradoxal, voire provocateur de faire l'éloge de la guerre… Pour comprendre ce titre paradoxal, il faut se rappeler quel est le prix que le peuple Juif a payé durant sa longue histoire pour avoir été privé du droit (et du privilège) de pouvoir se défendre par les armes. Le philosophe Michaël Bar-Zvi avait écrit il y a quelques années un essai qui portait précisément sur ce thème, intitulé “Eloge de la guerre après la Shoah”. Son beau livre portait en exergue les mots de Jabotinsky, mis dans la bouche de son héros Samson, qui constituent en vérité le testament du “Rosh Betar”, fondateur de l’aile droite du mouvement sioniste : “Il faut qu’ils amassent du fer, qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

C’est en effet la dimension militaire que Jabotinsky ajouta au sionisme de Herzl, chez qui elle était totalement absente. Ce n’est donc pas un hasard si c’est l’hériter de Jabotinsky qui est aujourd’hui en train de mener Israël à ses plus grandes victoires militaires depuis 1967. Au regard de l’histoire du sionisme politique, il était dans l’ordre des choses que Benjamin Nétanyahou achève la “deuxième étape” du sionisme, envisagée par Jabotinsky dans son fameux article programmatique de 1926, le “Mur de fer”. Le véritable paradoxe est plutôt que Nétanyahou ait pratiqué pendant plusieurs décennies une politique de retenue à Gaza (dans la meilleure tradition de la “havlaga” prônée par le sionisme travailliste avant 1948), politique qui a abouti in fine à la catastrophe du 7-Octobre.

 

Les causes de ce paradoxe sont nombreuses. Citons, pêle-mêle, le traumatisme familial vécu par Nétanyahou lors de la mort de son frère Yoni, tombé à Entebbe, comme il le relate dans son autobiographie; le fait que sa farouche détermination concernant l’Iran ait été longtemps entravée par les chefs des différents organes de sécurité, notamment le Mossad; et enfin (et surtout) le fait que l’establishment politique et militaire israélien tout entier ait été pendant trois décennies intoxiqué par l’idéologie post-sioniste, dont j’ai retracé ailleurs les racines[1], et qui a abouti aux retraits désastreux de Judée-Samarie et de la bande de Gaza, directement responsables du 7-Octobre.

 

La fin de la parenthèse post-sioniste

 

Nous vivons depuis le 7-Octobre la fin de la parenthèse post-sioniste. Elle se manifeste par le retour aux valeurs fondatrices de Tsahal : porter la guerre sur le territoire de l’ennemi, mener des attaques préventives, éliminer les têtes de l’ennemi, etc. Mais ce retour aux valeurs fondatrices s’accompagne en réalité d’une montée en puissance et d’un changement de paradigme, et pour ainsi dire de statut. L’Israël de l’après 7-Octobre n’est pas celui d’avant : il est devenu plus fort, plus audacieux, plus conscient de son identité et de sa force  (et du lien consubstantiel entre son identité et sa force). Israël est devenu littéralement, de manière saisissante et presque miraculeuse, un “lion rugissant”. Son armée de l’air règne sans conteste dans le ciel de Téhéran, de Beyrouth et de Damas, faisant l’admiration du monde entier et notamment des Etats-Unis, dont il est devenu le meilleur (et le seul) allié militaire. Et son infanterie et ses blindés entrent au Liban sans peur et sans aucune retenue, détruisant les ponts du Litani, qui pourrait bientôt devenir la nouvelle frontière au Nord d’Israël, au moins sur le plan sécuritaire.

 

Pour comprendre l’étendue de ce changement et sa signification véritable, il faut se rappeler ce qu’était la doctrine stratégique d’Israël pendant les décennies de post-sionisme (qui s’étendent grosso modo entre l’après 1973 et le 7-Octobre). Elle reposait sur le paradigme mensonger des “territoires contre la paix” et de la retenue (“sheket tmourat sheket”, le “calme répondra au calme”). Elle se traduisait par une timidité assumée de Tsahal et par une vision purement défensive, exprimée dans la prouesse technologique du Kippa Barzel (dôme d’acier), dont la signification militaire, comme je l’ai souvent écrit depuis une quinzaine d’années, était en fait une dissuasion du faible au fort. Tsahal était en effet dissuadé d’attaquer et de détruire les missiles accumulés à Gaza (depuis le retrait désastreux de 2005) et en Iran (depuis 1979).

 

Faiblesse militaire et morale fallacieuse

 

Cette faiblesse militaire s’accompagnait d’une prétention “morale” fallacieuse, incarnée dans le fameux “Code éthique de Tsahal”, rédigé par un philosophe enfermé dans sa tour d’ivoire, Assa Kacher, qui était entièrement coupé des nécessités de la guerre et de la survie dans un environnement hostile. Le code éthique de Tsahal traduisait en termes militaires ce que le président de la Cour suprême, Aharon Barak, inspirateur de la “Révolution constitutionnelle” et de la judiciarisation de l’armée et de la vie publique tout entière, avait exprimé par la fameuse métaphore : “Tsahal se bat avec une main dans le dos”.

 

Cette terrible métaphore signifiait qu’aux yeux de Barak, comme à ceux des autres partisans de l’éthos progressiste d’inspiration occidentale, il était non seulement nécessaire de brider les mains de notre armée face à nos ennemis, mais que cela était bien ! Cette conception funeste fut responsable de bien des défaites militaires, et de morts inutiles de soldats de Tsahal exposés au feu de l’ennemi pour sauver à tout prix les “valeurs morales” d’inspiration non-juive, comme l’a bien montré le rabbin Eliaou Zini dans un article paru en 2006. (à suivre…)

Pierre Lurçat

 

* Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

[1] Voir notamment mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

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Une étincelle d’hébreu: pikoud ha-ôref, l’arrière d’acier et la force d’Israël

March 20 2026, 10:25am

Posted by Pierre Lurçat

André Neher avec Manitou (Léon Aschkénazi), Eliane Amado Lévi-Valensi, et le grand-rabbin Albert Hazan

André Neher avec Manitou (Léon Aschkénazi), Eliane Amado Lévi-Valensi, et le grand-rabbin Albert Hazan

 

Le 4 juin 1967, “aux heures de suprême angoisse pour Israël”, le regretté André Neher prononçait les mots qui suivent devant l’Assemblée générale du judaïsme français, convoquée de toute urgence. “Am qeshé ôref, le peuple à la nuque d’acier : c’est la définition biblique du peuple juif. Or, en hébreu moderne, ôref, ce n’est pas la nuque, mais l’arrière, l’arrière d’un front de combat. Je traduis donc : le peuple Juif de la diaspora est l’arrière du front d’Israël… un arrière d’acier[1].

 

Le "Hiddoush" sémantique fait par Neher est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’alors. En hébreu moderne, le “pikoud ha-Ôref” désigne le “commandement de l’arrière”, ce département de Tsahal qui a la mission cruciale de faire en sorte que la population civile soit disciplinée et obéisse aux consignes pour minimiser le nombre de victimes des missiles iraniens et libanais. Mission largement atteinte, le peuple d’Israël sachant lorsqu’il le faut faire preuve de discipline !

 

Le “Ôref” désigne donc à la fois l’arrière du front en Israël même, et comme l’écrivait Neher, l’arrière du front d’Israël en diaspora. A la même époque où il prononçait ce discours, un autre Juif courageux, le rabbin Jacob Kaplan, affrontait publiquement le président De Gaulle, après ses propos scandaleux sur les Juifs “peuple d’élite, sûr de lui et dominateur”. Autres temps, autres rabbins… hélas ! Le grand-rabbin Korsia n’a pas eu le courage du grand-rabbin Kaplan.

 

Face à un président français qui a depuis longtemps dépassé tous ses prédécesseurs en matière de détestation d’Israël, Haïm Korsia n’a non seulement pas un mot de protestation, mais il accepte en pleine guerre d’être fait “commandeur de la Légion d’honneur” à l’Elysée, des mains mêmes d’Emmanuel Macron, qui n’a de cesse d’attaquer Israël, en se faisant l’allié objectif du Hezbollah libanais et de l’Iran.

Cet exemple malencontreux de défection de l’arrière d’Israël ne représente toutefois aucunement l’ensemble de la diaspora juive, qui est majoritairement et inconditionnellement unie derrière Israël, son armée et son gouvernement. Am qeshé ôref, le peuple à la nuque raide a la tête haute et se tient droit et fier, jusqu’à la victoire ! Shabbat shalom et Hodesh tov !

P. Lurçat

 

[1] Discours repris dans le beau livre d’André Neher, Dans tes portes, Jérusalem, Albin Michel 1972.

Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! (E. Satie)

Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! (E. Satie)

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“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

March 17 2026, 13:57pm

Posted by Pierre Lurçat

“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

 

 

1.

 

A travers le refus européen unanime d’aider à garantir la liberté de circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, c’est un sinistre remake de l’histoire qui se joue. On pense évidemment à la fermeture du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Egypte, qui déclencha la guerre des Six Jours. Et comment ne pas penser, aussi et surtout, au fameux “Mourir pour Dantzig?”, titre de l’éditorial du pacifiste et collaborationniste Marcel Déat, le 4 mai 1939. La demande américaine adressée aux “alliés” européens est ainsi le révélateur d'une lâcheté politique qui demeure aujourd’hui le seul ciment d’une Europe divisée sur bien des sujets, mais unanime dans son refus d’aider les Etats-Unis et Israël dans leur juste guerre contre le régime iranien sanguinaire.

 

Les Européens refusent d’être entraînés par Donald Trump dans sa guerre contre l’Iran”, titre Le Monde, et ce titre a lui aussi des résonnances sinistres…. “SA guerre contre l’Iran" ? Comme s'il s'agissait de la lubie personnelle de Trump, que les médias et les chancelleries européennes se complaisent à décrire (dans le meilleur des cas) comme un excentrique, “imprévisible” et “mercantiliste” (selon F. Encel). L’anti-américanisme européen est un bien mince paravent à la détestation d’Israël.

 

2.

 

Israël qui s’avère dans cette guerre, comme l’a reconnu le président américain lui-même, le seul allié fiable et sérieux des Etats-Unis face à l’Iran. Après la reculade britannique suite à l’attaque contre la base militaire de Chypre et après les innombrables lâchetés de Macron, qu’on ne compte plus (la dernière en date étant son appel répété à Israël pour ne pas attaquer le Hezbollah sur le sol libanais), voici que l’Allemagne elle-même se range dans le camp de la couardise et du déshonneur, par la voix de son ministre de la Défense :

 

“Ce n’est pas notre guerre, nous ne l’avons pas déclenchée. » a déclaré Boris Pistorius, disant tout haut ce que pensent tout bas Macron et consorts. Comment ces mêmes pays pourront-ils demander demain aux Etats-Unis de les protéger contre une menace à leur propre sécurité, venant de la Russie ou d’ailleurs ? Leur lâcheté face à l’Iran les aveugle tellement, qu’ils perdent de vue leurs propres intérêts géopolitiques.

 

3.

 

Mais l’essentiel n’est sans doute pas là. Dans le monde redessiné par l’attaque préventive (on ne cessera de le répéter) contre la menace nucléaire iranienne, Israël sous la direction de B. Nétanyahou et les Etats-Unis de Donald Trump apparaissent comme les deux seuls phares d’un Occident qui a renoncé au courage de sa propre survie. C’est sans doute le phénomène le plus marquant de la recomposition du monde après le 7-octobre : Israël est devenue une puissance régionale incontournable – et certains disent même, une puissance internationale – tandis que l’Axe du mal se délite et court à sa perte.

 

L’Europe (et la France) ne comptent plus sur la scène internationale et les États-Unis sont redevenus la première (et pour ainsi dire la seule) grande puissance, avec l’aide d’Israël. “Make America great again” et “Make Israël Great again !”: les promesses respectives des deux grands dirigeants que sont Donald Trump et Benjamin Nétanyahou sont en voie d’être tenues. Pour le plus grand bien de leurs peuples respectifs, du peuple iranien et de tous les peuples épris de liberté. Ad hanitsahon! *

P. Lurçat

* « Jusqu’à la victoire ! » Slogan apparu pendant la guerre déclenchée le 7-Octobre. C’est le titre de mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! la plus longue guerre d’Israël, disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

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La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

March 3 2026, 10:03am

Posted by Pierre Lurçat

La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

 

La géopolitique est largement incapable de décrire les événements actuels, parce qu'elle s'en tient aux apparences, de manière souvent simpliste, voire caricaturale. Ceux qui s'obstinent à décrire Donald Trump comme un idiot et à croire que la France est une "grande puissance" montrent non seulement qu'ils n'ont rien compris au monde actuel, mais aussi que leur grille de lecture des événements est fondamentalement déficiente. De même pour les contempteurs de Netanyahou, qui refusent de voir l'évidence qui crève les yeux de tout Israélien lucide et de tout observateur honnête. C'est Binyamin Nétanyahou qui a transformé Israël après le 7-octobre, pour en faire une puissance capable de remodeler la carte du Moyen-Orient et de changer l'avenir de toute la région et du monde.

 

Israël sous Netanyahou n'est pas seulement devenu une puissance régionale et mondiale. Il est littéralement devenu ce "lion rugissant", qui est capable de vaincre ses ennemis d'un coup de "patte" et de faire tomber leurs têtes les uns après les autres. Israël, sous la direction de Benjamin Netanyahou, n'est plus un acteur de second plan, ni le vassal de grandes puissances, étrangères (comme s’obstine à le faire croire le journal Ha’aretz, qui le présente comme “le valet de Trump”, dans la meilleure tradition de l’antisionisme soviétique d’antan).

 

Israël est devenu une puissance régionale, dont la puissance ne se mesure pas seulement à son PIB, à sa force militaire ou technologique. La puissance d'Israël, comme l'ont bien compris les deux dirigeants qui sont en train de remodeler le visage du monde entier, Donald Trump et B. Nétanyahou, se mesure à l'aune d'un critère que les experts en géopolitique sont incapables de mesurer et d'apprécier. Ce critère largement occulté relève en effet d'une autre dimension, que les dirigeants actuels d'Israël et des Etats Unis ont bien comprise, mais qui échappe à la plupart des dirigeants et commentateurs de l'actualité internationale.

 

Comme je l’écrivais dans ces colonnes il y a cinq ans, Donald Trump est le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique sur lequel elle est fondée, et le premier dirigeant à avoir donné à l’Etat juif son statut véritable de peuple spécial (Am Segoula), c’est-à-dire de peuple “par lequel sont bénies toutes les nations du monde”. Les accomplissements de Trump s’inscrivent en réalité dans le temps long de l’histoire, et plus précisément, dans le temps spécifique à l’histoire juive et à l’histoire d’Israël, c’est-à-dire dans le temps des Toledot, concept hébraïque qui désigne, selon l’enseignement de Manitou, l’histoire des engendrements et le développement de l’identité humaine, et pas seulement l’histoire événementielle[1].

 

C’est dans cette perspective qu'on peut comprendre la dimension invisible de la géopolitique, à savoir la dimension spirituelle et morale incarnée par Israël, dont la destinée ne relève pas des "lois" de l'histoire, ni des règles habituelles auxquelles sont soumis les États. La dimension invisible de la géopolitique est celle du Nom divin qui ne figure pas dans la Meguilat Esther, celle du Maître d'œuvre du grand "Pourimspiel", qui dirige le monde. Pourim Saméakh !

 

P. Lurçat

 

 

[1] Voir le commentaire du Rav Manitou-Askénazi sur la parachat Toledot, Leçons sur la Torah, Albin Michel.

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

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Iran / Amalek: Trois réflexions au lendemain de Shabbat Zakhor - Quand l'histoire immédiate rejoint la mémoire intemporelle du peuple d'Israël

March 1 2026, 14:27pm

Posted by Pierre Lurçat

Iran / Amalek: Trois réflexions au lendemain de Shabbat Zakhor - Quand l'histoire immédiate rejoint la mémoire intemporelle du peuple d'Israël

 

1.

 

Le déclenchement de la nouvelle phase de la guerre contre l'Iran et la liquidation de l'ayatollah Khamenei samedi matin, le shabbat où nous lisons la parashat Zakhor (l'épisode de la Bible contenant le verset "Souviens-toi de ce que t'a fait Amalek"), interroge la conscience juive et suscite la réflexion. De toute évidence, que l'on y voit une simple coïncidence ou le signe de la Providence divine, cette concomitance est riche de signification. Elle veut dire que l'histoire immédiate d'Israël s'inscrit de manière évidente – et pour ainsi dire palpable – dans le temps long de l'histoire juive, temps long que nous commémorons régulièrement à travers les différentes étapes du calendrier juif.

 

Mais cette évidence, que chaque membre du peuple d'Israël est capable de percevoir ("la dernière des servantes mieux que le prophète Ezechiel...", selon les mots du Midrash) amène à s'interroger sur le sens véritable de l'impératif du souvenir, formulé dans le verbe “Zakhor”. S'agit-il d'un simple rappel d'un événement du passé, ou bien de la réitération symbolique de celui-ci, dans le temps renouvelé du cycle de l'année juive ? L'historien Yosef Haim Yerushalmi avait jadis développé, dans son livre passionnant Zakhor, l'idée paradoxale selon laquelle le peuple juif compenserait par un "trop plein de mémoire" l'absence d'un sens historique véritable.

 

2.

 

On peut soutenir à l'inverse que l'impératif de se souvenir des évènements passés viendrait pallier une tendance à l'oubli, propre à l'être humain en général et à l’être juif en particulier… Dans cette perspective, l'impératif du “Zakhor” nous appelle à nous remémorer sans cesse une réalité dérangeante, à laquelle nous aurions naturellement tendance à vouloir échapper. L'impératif de se souvenir d'Amalek nous invite ainsi à garder en mémoire la haine irrationnelle et irréductible de nos ennemis, et au-delà encore, le fait essentiel de l’existence du Mal dans toute sa radicalité et l’impératif de le combattre sans relâche.

 

Plus exactement, comme l'explique le Rambam dans son ouvrage Mishné Torah, le commandement de "Zakhor ète-Amalek" nous appelle à nous souvenir de la cruauté de nos ennemis (Mishné Torah, Hilkhot Melakhim ou Milhamot). Commentant ce passage, le rabbin Yohaï Makbili explique que le peuple Juif, caractérisé par une miséricorde et une générosité profondément enracinées dans sa culture nationale et dans la Torah, est enclin à croire que nos ennemis partagent les mêmes qualités (comme nous l’avons vu avant le 7-Octobre, lorsque des habitants du pourtour de Gaza emmenaient les gazaouis subir des soins dans les hôpitaux en Israël…)

 

3.

 

En quoi cela nous importe-t-il aujourd'hui, alors que “l'axe du mal” incarné par l’Iran et ses proxies s'effondre progressivement, sous les coups de boutoir de l'armée d'Israël et de son allié américain ? La tendance à occulter ou à minimiser le mal est bien présente au sein du peuple juif, y compris depuis le 7-octobre, malgré les prouesses de l'armée israélienne et les miracles auxquels nous assistons depuis plus de deux ans. On en donnera deux exemples récents et significatifs, celui de l'écrivain David Grossman qui accusait son pays de "génocide" à Gaza, dans le quotidien italien La Republicca. Ou celui de l'essayiste A. Finkielkraut, qui proclame avoir « honte d’Israël » et reproche aux otages revenus de Gaza de témoigner de l'absence de toute trace d'humanité à Gaza.

 

Dans les deux cas, ces intellectuels enfreignent l'injonction du “Zakhor”, en travestissant la vérité (Grossman) ou en refusant d'écouter les témoins de la journée de Shoah que représente le 7-Octobre (Finkielkraut). Leur attitude procède d'un véritable négationnisme des crimes du Hamas, qu'on peut décrire comme une nouvelle forme de négation de la Shoah, ou de refus persistant d'assumer l'impératif de Zakhor. “Souviens-toi d'Amalek” est donc, au-delà du rituel et du calendrier juif, un impératif moral, qui nous permet de lire les évènements et de ne pas tomber dans ces nouvelles formes de négationnisme. Pourim Sameakh, “Ad ha-Nitsahon!” *

P. Lurçat

* Jusqu’à la victoire !

 

Un négationniste du 7-Octobre? A. Finkielkraut

Un négationniste du 7-Octobre? A. Finkielkraut

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Quand les intellectuels de la gauche israélienne dénonçaient le projet d’attaque des centrales nucléaires de l’Iran, P. Lurçat

June 24 2025, 15:14pm

Posted by Pierre Lurçat

D. Grossmann avec Amos Oz et A.B. Yehoshua

D. Grossmann avec Amos Oz et A.B. Yehoshua

 

Alors que le peuple d’Israël tout entier applaudit – dans une rare et louable unanimité – la destruction des centrales nucléaires de l’Iran par Tsahal avec l’aide des Etats-Unis, il convient de rappeler que cette unanimité n’a pas toujours été de mise. Il y a 13 ans, en 2012, l’écrivain David Grossman avait pris publiquement position contre le projet (qui était déjà celui du Premier ministre de l’époque, B. Nétanyahou) de frapper les centrales en Iran. Il faut le relire aujourd’hui pour mesurer combien la haine de Nétanyahou a aveuglé depuis des lustres les porte-parole de la gauche israélienne. Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël P.L

 

Quand Günter Grass accuse Israël de « menacer la paix mondiale » et de vouloir « l’éradication du peuple iranien », il recourt au procédé de l’inversion, consistant à accuser Israël des crimes de ses ennemis, procédé devenu très courant dans la vulgate politique européenne, ces dernières décennies, au moins depuis la Première Guerre du Liban (quand Beyrouth assiégée par les soldats de Tsahal était devenue Varsovie, aux yeux d’une certaine presse). Les condamnations presque unanimes des propos de Grass tiennent sans doute largement au fait que l’écrivain avait dévoilé publiquement, il y a quelques années, son appartenance aux Waffen-SS dans sa jeunesse, devenant de ce fait indéfendable.

 

Mais curieusement, ceux-là mêmes qui ont dénoncé justement les propos de Günter Grass ont applaudi des deux mains à un article de David Grossman sur le même sujet[1], aboutissant à une conclusion similaire, même si le ton employé est très différent. S’interrogeant sur la légitimité et l’opportunité d’une attaque préventive israélienne contre l’Iran, Grossman accuse en effet le premier ministre Nétanyahou de recourir à une « rhétorique apocalyptique » et d’être prêt à sacrifier des civils iraniens innocents et à déclencher une « catastrophe immédiate et annoncée » pour éviter un risque hypothétique…

 

Le débat sur l’opportunité d’une attaque contre l’Iran qui se poursuit en Israël depuis déjà plusieurs années (on se souvient de l’intervention fracassante de l’ancien chef du Mossad, Meir Dagan il y a quelques années) est légitime. Ce qui est moins légitime, c’est la manière dont Grossman justifie son opposition à une attaque israélienne contre l’Iran. Tout d’abord, parce qu’il choisit de s’exprimer dans un quotidien français, au lieu de présenter ses arguments au public israélien, premier concerné. Ensuite, parce qu’il accuse Nétanyahou d’utiliser une rhétorique apocalyptique et de faire des « références constantes à la Shoah » (accusation récurrente de la gauche israélienne qui l’employait déjà contre Menahem Begin à l’époque du bombardement de la centrale irakienne d’Osirak). Cette accusation est d’autant moins fondée qu’Israël fait face à l’Iran d’Ahmadinejad, qui est, pour le coup, le maître de la rhétorique apocalyptique… On retrouve ici – sous la plume de Grossman – le procédé de l’inversion utilisé par Günter Grass.

 

 

Or, si on peut parler de « rhétorique apocalyptique » dans le discours politique israélien, c’est plutôt du côté de la gauche, toujours prompte à menacer de catastrophes imminentes si Israël ne fait pas de concessions territoriales et n’accepte pas les exigences de ses ennemis… L'histoire récente d’Israël est parsemée de prévisions apocalyptiques de la part des tenants du « camp de la paix », depuis la menace démographique (à l’époque du processus d’Oslo) et jusqu’au « tsunami politique » promis en septembre dernier si le gouvernement n’acceptait pas tous les diktats palestiniens pour retourner à la table des « négociations »…

 

La haine envers Nétanyahou

 

Grossman est représentatif de cette gauche israélienne, devenue depuis longtemps ultra-minoritaire dans l’opinion israélienne, qui se tourne exclusivement vers le public occidental, européen ou américain, pour trouver une oreille attentive à ses propos acerbes contre le gouvernement israélien, surtout lorsqu’il est de droite… La haine envers Nétanyahou qui règne dans une large partie de l’establishment culturel et politique de gauche israélien n’a rien à envier à celle que lui vouent beaucoup de journalistes en Europe et ailleurs.

 

Pour apprécier à leur juste valeur les propos de Grossman concernant l’Iran, il faut se souvenir qu’il appartient à un mouvement politique (La Paix maintenant), financé par l’Union européenne, qui s’est régulièrement trompé depuis trois décennies… Les intellectuels et artistes comme Grossman ou Amos Gitaï doivent une grande partie de leur notoriété en Europe à leurs attaques contre le gouvernement de leur pays (il y a quelques années, Grossman s’interrogeait publiquement sur son désir de quitter le pays et des centaines – voire des milliers – d’Israéliens d’extrême-gauche ont déjà franchi le pas et sont aujourd’hui résidents d’Europe ou d’Amérique, où on les retrouve souvent aux premiers rangs des appels au boycott d’Israël…)

 

On peut se demander si les prises de position d’Amos Oz ou de David Grossman – comme l’opposition de ce dernier à une attaque israélienne contre l’Iran – ne sont pas en définitive la contrepartie, ou le tribut versé par ceux-ci, pour « mériter » les prix reçus en Europe. Car les dons reçus, en tant que Prix, de la Fondation Günter Grass et d’autres organismes allemands, sont peut-être le prix à payer, pour David Grossman comme pour les autres écrivains-pacifistes adulés des médias européens, est de continuer encore et toujours à accuser le gouvernement et l’Etat d’Israël, et à s’opposer à toute action militaire de Tsahal, à Gaza ou en Iran, fut-ce contre des ennemis voués à notre destruction.

P. Lurçat

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, La Maison d'édition, 2016)

 

Gunter Grass : « La puissance nucléaire d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile. »
Gunter Grass : « La puissance nucléaire d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile. »

Gunter Grass : « La puissance nucléaire d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile. »

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Israël-Etats-Unis / Iran: Le vent de l'Histoire et ses détritus

June 22 2025, 17:19pm

Posted by Pierre Lurçat

Israël-Etats-Unis / Iran:  Le vent de l'Histoire et ses détritus
Israël tout entier a senti une fois de plus passer dimanche matin le vent de l'Histoire. Les événements que nous traversons ces jours-ci sont en passe de changer la face de notre région et du monde entier. Alors que les missiles iraniens destructeurs continuent de pleuvoir sur le sol israélien, où ils frappent exclusivement des victimes civiles, il fallait entendre ce matin (dimanche) la double déclaration du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien, le premier bénissant Israël et son peuple et le second bénissant l'Amérique, pour saisir la dimension biblique et pour ainsi dire religieuse des évènements que nous vivons.
C'est précisément cet esprit "religieux" qui réunit les deux grandes nations que sont Israël et l'Amérique, peut-être plus encore que les valeurs démocratiques et l'esprit de liberté qu'Israël a légués à l'humanité tout entière il y a quatre mille ans et dont les Etats-Unis d'Amérique se sont fait les champions depuis trois siècles. Cet esprit religieux, qui repose sur le socle de la Bible commun aux deux pays, est sans doute une des causes de l'incompréhension que manifeste la France (et d'autres pays d'Europe) envers Israël et envers son grand allié américain.
Quand l'éditorialiste du Monde écrit dimanche matin que "les bombardements américains sur les sites nucléaires iraniens obscurcissent l'horizon au lieu de l'éclairer", ou quand le président Emmanuel Macron prétend "donner une chance" à la diplomatie pour éviter la guerre que l'Iran a déclenchée contre Israël, ils font preuve en effet d'une incompréhension totale, qui dépasse largement le seul domaine de la politique internationale. La volonté française d'éviter la guerre à tout prix, même à celui de la soumission et de la lâcheté face à l'Iran des Ayatollahs, n'est pas seulement une preuve d'incompétence.
L'invocation incantatoire d'un "droit international" et d'une morale largement inexistante dans les rapports entre nations, surtout au Moyen Orient, n'est pas seulement comme l'explique bien Gil Mihaeli, le propre des petits pays qui n'ont plus d'influence sur les affaires du monde. Elle atteste aussi d'une cécité morale qui fait confondre l'agresseur et l'agressé, les victimes civiles collatérales de la guerre défensive d'Israël et les victimes civiles délibérément visées par l'Iran. La France officielle (qu'il ne faut jamais confondre avec la France réelle) se range une fois de plus du mauvais côté de l'Histoire.
Pierre Lurçat, Jérusalem
 
Cécité morale: Emmanuel Macron avec Delphine Horvilleur

Cécité morale: Emmanuel Macron avec Delphine Horvilleur

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Benjamin Nétanyahou, le Churchill d’Israël face au blitz iranien, Pierre Lurçat

June 16 2025, 08:29am

Posted by Pierre Lurçat

Benjamin Nétanyahou, le Churchill d’Israël face au blitz iranien, Pierre Lurçat

 

לבנותיי, לביאות ישראל

 

Tout homme naît et se forme pour une grande heure de sa vie.

Sa plus belle heure a été la plus belle de l’Angleterre. Dans le granit des âges et l’amour des générations, il apparaîtra prophète d’Angleterre, prophète de la plus belle heure d’Angleterre, Churchill d’Angleterre.

Albert Cohen[1]

 

1.

 

L’immeuble où habite ma fille à Tel-Aviv a été endommagé cette nuit par le souffle de l’explosion déclenchée par un missile iranien. En face, des immeubles ont été sévèrement atteints. Comme me le disait ce shabbat mon ami Robin Twite, diplomate britannique qui a passé plus de la moitié de sa vie en Israël, la guerre actuelle ressemble au blitz allemand contre Londres. L’évocation du “Blitz” par ce vieil anglais né près de Coventry il y a plus de 90 ans, alors que nous nous trouvions dans l’abri souterrain de l’immeuble où nous étions invités pour le repas du vendredi soir à Jérusalem, était évidemment très parlante.

 

Mais, dans cette atmosphère de guerre terrible, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel. L’essentiel aujourd’hui pour Israël, face à l’ennemi iranien et face à l’ennemi de Gaza, c’est de savoir que nous sommes sur le chemin de la victoire. Celle-ci prendra encore des semaines, des mois et peut-être plus encore, mais nous sommes en bon chemin. Ne pas douter, continuer de serrer les dents en sachant que notre peuple, notre armée et notre gouvernement sont en train de remodeler le visage du Moyen-Orient et du monde pour en faire un endroit plus sûr pour le peuple Juif et pour l’humanité tout entière !

 

2.

 

Nous avons naturellement tendance à croire que le destin de Churchill était tracé d’avance, du palais de Blenheim où il est né en 1874, jusqu’au palais de Westminster et au 10 Downing Street… Cette illusion rétrospective, propre à celui qui contemple l’histoire, nous fait oublier qu’aucun homme n’est d’emblée lui-même ; le drame de la vie est précisément, comme le dit lumineusement Ortega Y Gasset, cette “lutte frénétique avec les choses pour obtenir d’être effectivement celui que nous sommes en projet[2]. Si Churchill a réussi à devenir Churchill, ce fut au prix de cette “lutte frénétique”, qui l’opposa non seulement à l’opinion publique – au début hostile à la guerre, comme celle des Etats-Unis – et à la classe politique, où il faisait figure d’outsider et d’excentrique, jusque dans les rangs de son propre parti – mais aussi au War Cabinet qui était très largement acquis aux thèses pacifistes de Lord Halifax.

 

Entre Neville Chamberlain, qui promettait à ses compatriotes “la paix pour notre temps”, et Churchill qui ne leur offrait que “du sang et des larmes”, l’histoire a donné raison au second, et cette leçon est aussi valable aujourd’hui qu’hier. Le testament politique de Winston Churchill peut se résumer ainsi : on ne négocie pas avec un régime voué à votre destruction, ou pour reprendre son langage imagé : “On ne peut pas négocier avec un tigre, lorsqu’on a la tête enfoncée entre ses mâchoires”. Cela valait pour l’Angleterre face à l’Allemagne nazie en 1940, et cela vaut tout autant pour Israël aujourd’hui, face à l’Iran des ayatollahs, au Hamas ou à l’Autorité palestinienne.

 

3.

 

Comme l’écrivait un homme politique israélien en septembre 1993 – à la veille de la signature des accords d’Oslo – dans les colonnes du New York Times, “Neville Chamberlain avait cru acheter la ‘paix pour notre temps’ en cédant la Tchécoslovaquie à Hitler, dans un accord fondé sur la “paix contre les territoires”. Le gouvernement d’Itshak Rabin et de Shimon Pérès a lui aussi cru acheter la paix en édifiant un état-OLP au coeur d’Israël, “menaçant les villes d’Israël”. Les accords d’Oslo, “au lieu de donner une chance à la paix, sont une garantie de tension accrue, de terrorisme à venir et, en fin de compte, de guerre”.

 

Le dirigeant qui écrivait ces lignes prémonitoires en 1993 s’appelle Benjamin Nétanyahou. L’avenir lui a donné entièrement raison (ce qui ne l’a pas empêché de manquer succomber lui aussi, à certains moments de son parcours politique, aux sirènes de la “paix pour notre temps” – notamment lors des accords de Hébron en janvier 1997). Mais le Nétanyahou de 2025 n’est pas celui de 1997. Il a gagné en maturité, en lucidité et aussi en profondeur de vue. Celui que les médias s’obstinent avec malice à décrire comme un Premier ministre avide de pouvoir et corrompu est en réalité un dirigeant obsédé par le bien de son pays et par les dangers qui le menacent. C’est de son père, l’historien Bentsion Nétanyahou, qu’il a hérité cet engagement.

 

La constance avec laquelle Benjamin Nétanyahou dénonce le péril iranien depuis plusieurs décennies n’a d’égal que celle avec laquelle Churchill dénonçait Hitler en 1940, à une époque où nul ne connaissait encore les horreurs de la Shoah. Les temps ont certes changé à bien des égards, mais le danger du totalitarisme demeure tout aussi actuel. Israël a depuis trop longtemps suivi la politique des concessions à ses ennemis et de la “paix en notre temps” initiée à Olso et avant. Mais les illusions mortelles du pacifisme se sont dissipées dans le fracas de la guerre terrible déclenchée le 7 octobre 2023. Et Benjamin Nétanyahou, qui vit aujourd’hui la “grande heure de sa vie”, pour reprendre l’expression d’Albert Cohen, est bien l’homme de la situation, le Churchill d’Israël.

Pierre Lurçat

 

[1] Churchill d’Angleterre, Lieu commun 1985.

[2] José Ortega y Gasset, Le Spectateur, Rvages Poche 1992.

Benjamin Nétanyahou, le Churchill d’Israël face au blitz iranien, Pierre Lurçat

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Quand Alain Finkielkraut Invoque Levinas pour défendre les “civils innocents” de Gaza

January 16 2025, 11:48am

Posted by Pierre Lurçat

Quand Alain Finkielkraut Invoque Levinas pour défendre les “civils innocents” de Gaza

Le titre de cet article pourra susciter l’étonnement du lecteur. Quel rapport, en effet, entre le philosophe juif décédé il y a 30 ans et la guerre à Gaza, déclenchée le 7 octobre 2023 par le Hamas ? Cet étonnement fut aussi le mien, en écoutant la dernière émission Répliques sur France Culture. Alain Finkielkraut y recevait deux jeunes philosophes juifs français, qui viennent tous deux de publier des livres consacrés à Emmanuel Levinas. Le premier, David Haziza, est l’auteur de Mythes juifs, le retour du sacré. Le second, Dan Arbib, est notamment le maître d'œuvre (avec Danièle Cohen-Levinas) du quatrième tome des œuvres complètes de Levinas qui vient de paraître chez Grasset.

 

Dans la présentation de son émission, Alain Finkielkraut explique que Levinas a “fait entrer les traités vermoulus du judaïsme dans la pensée contemporaine…”, citant les Lectures talmudiques, Totalité et Infini ou Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. “Le judaïsme et pas seulement la question juive”, précise Finkielkraut. Hélas, cette entrée en matière alléchante s'avère rapidement être une tromperie : car du judaïsme et de la philosophie ou de l’apport d’Emmanuel Levinas à la pensée contemporaine, il ne fut pratiquement pas question au cours de l’émission.

 

La scandaleuse accusation de “suprémacisme juif”

 

Au lieu de cela, les cinquante minutes de l’émission ont été principalement consacrées à des considérations et à des échanges sur des sujets aussi éloignés de Levinas que les “civils innocents” de Gaza, l’usage de la force par Israël ou encore… “Ben Gvir et Smotrich” (sic) et le “danger du messianisme”. Le premier à ouvrir le feu a été David Haziza, qui a expliqué comment le “mythe de l’élection” du peuple Juif avait donné lieu à des “dérives”, dont il prend pour exemple “Ben Gvir, Baruch Goldstein et Meir Kahana”, ou encore Yigal Amir. Par la suite, Haziza reprend à son compte le concept de “suprémacisme juif”, concept fallacieux dont un spécialiste des médias français avait montré il y a quelques années qu’il avait été inventé par l’antisémite américain David Duke.

 

Dans la suite de l’émission, le second invité, Dan Arbib, est revenu sur le sujet de l’élection en expliquant comment, chez Levinas, “l’essence de la subjectivité est l’élection”. A. Finkielkraut cita de son côté la conception lévinassienne du visage d’autrui et expliqua comment Levinas “fait entrer des catégories juives dans la philosophie”. David Haziza revient à la charge, en affirmant que “l’essence du judaïsme c’est l’éthique” et que même s’il “peut y avoir des débordements suprémacistes du judaïsme”, ce sont des “corruptions du judaïsme”. A. Finkielkraut abonda dans son sens en affirmant (s’appuyant sur le député israélien de gauche Gilad Kariv) que “certains en Israël sont en train de trahir la Torah”.

 

De son côté, Dan Arbib invoqua Levinas pour affirmer qu’”être Messie c’est porter secours à autrui et endosser les souffrances d’autrui”. Finkielkraut surenchérit en citant lui aussi Levinas, parlant du “fait de ne pas se dérober à la charge qu’impose la souffrance des autres…” La souffrance de qui ? Des otages et des victimes du Hamas ? Non ! Celle des “civils innocents de Gaza”... Misère de la philosophie ! Ce n’est qu’à la seizième minute de l’émission que fut rappelé le fait crucial de l’attaque abominable du 7 octobre 2023. Comme s’il s’agissait d’un « détail », pour reprendre l’expression d’un dirigeant politique français récemment décédé, adulé par un média français dont Finkielkraut est le maître à penser. Cette impression désagréable m’a d’ailleurs accompagné tout au long de l’émission : les trois intellectuels dissertaient doctement de Levinas, de la souffrance des « autres » et de l’humanité des Palestiniens, comme si rien ne s’était passé le 7 octobre 2023.

 

Levinas détourné pour attaquer Israël…

 

            Au-delà même de l’utilisation du concept scandaleux de “suprémacisme juif”, mentionné par David Haziza et repris à son compte sans la moindre réserve par Alain Finkielkraut, cette émission est donc doublement scandaleuse. D’abord, parce que Finkielkraut s’est paré de l’aura d’Emmanuel Levinas pour porter des appréciations politiques et des accusations sans fondement contre la politique et contre le gouvernement israélien. Mais aussi – et surtout – parce que l’attitude des trois intervenants de l’émission était à mille lieues de celle de Levinas lui-même à l’égard d’Israël. “Je ne me permets pas de critiquer Israël, n’ayant pas choisi de courir cette noble aventure”, avait dit en substance le philosophe. A l’encontre de cette sage modestie, Finkielkraut et ses deux invités n’ont eu cesse de porter leurs jugements à l’emporte-pièce, pour attaquer et diffamer le gouvernement israélien.

 

            Le fait même de reprocher à des ministres israéliens d’avoir affirmé qu’il n’y a pas de civils innocents à Gaza témoigne d’une totale incompréhension de la guerre qui dure depuis 15 mois. Car cette affirmation n’est nullement – comme l’ont prétendu Finkielkraut et ses invités – le fruit d’un positionnement idéologique (“les Palestiniens sont a priori coupables”), mais bien au contraire celui d’un constat empirique, qui a été celui de tous les soldats israéliens – toutes tendances politiques confondues – revenant de Gaza. Ce sont nos soldats qui ont vu de leurs propres yeux la réalité du fanatisme dans chaque maison, la présence de drapeaux du Hamas et de caches d’armes dans les lits de bébés. Dans l’Allemagne nazie, des Allemands se sont révoltés et ont tenté d’assassiner Hitler. A Gaza, le Hamas n’a fait l’objet d’aucune contestation et d’aucune tentative de révolte.

 

            Judith Butler, la “papesse” de la théorie du genre, avait jadis pris à parti Emmanuel Levinas en l’accusant – sur la base d’une citation tronquée – d’avoir prétendu que les Palestiniens n’avaient pas de visage (“faceless”). Alain Finkielkraut et David Haziza ont eux aussi détourné la pensée de Levinas en l’utilisant pour appuyer leurs opinions politiques et pour défendre la soi-disant “humanité” des habitants de Gaza, ceux qui détiennent depuis quinze mois des civils israéliens – femmes, enfants, bébés et vieillards – et qui ont commis les crimes atroces que l’on sait. En conclusion, cette émission était triplement scandaleuse. En prétendant invoquer la mémoire de Levinas pour défendre “l’humanité” des Gazaouis, Finkielkraut a insulté non seulement la vérité et diffamé les Israéliens, mais il a aussi insulté la mémoire du grand philosophe auquel il prétendait rendre hommage.

Pierre Lurçat

 

NB Le premier tome des Ecrits sionistes de Jabotinsky vient de paraître en français à la Bibliothèque sioniste, éditions l’éléphant. Disponible sur Amazon et bientôt en librairie !

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