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7 octobre 2023

Les 3 décennies de B. Nétanyahou au pouvoir et la métamorphose d’Israël : 1996-2026 : Un anniversaire lourd de sens

May 28 2026, 07:36am

Posted by Pierre Lurçat

Les 3 décennies de B. Nétanyahou au pouvoir et la métamorphose d’Israël : 1996-2026 : Un anniversaire lourd de sens

Israël marque cette semaine un anniversaire lourd de signification, celui des trente années au pouvoir (avec plusieurs interruptions) de Benjamin Netanyahou. L’évolution de la vision du monde et de la politique du dirigeant israélien qui a le plus marqué son pays depuis l’époque de David Ben Gourion est à l’image de la métamorphose qu’a connue notre pays en trois décennies. A certains égards, c’est Netanyahou qui a lui-même été le moteur de cette métamorphose, qui le dépasse pourtant à d’autres égards.

Dans un article publié la semaine dernière dans le quotidien Israël Hayom, le journaliste Zvi Hauser distingue trois périodes dans la carrière de B. Netanyahou en tant que Premier ministre, ou même “trois Netanyahou”. Selon lui, Netanyahou présente “trois visages”, dont chacun possède “sa propre logique intérieure et même – de manière difficilement compréhensible – sa propre vision du monde, toutes trois différentes”. Pour comprendre cet apparent paradoxe, il faut le replacer dans l’histoire d’Israël durant les trois dernières décennies.

La première période est celle qui s’étend de 1996 à 2016, durant laquelle Netanyahou a axé sa politique, selon Hauser, sur le principe de prudence, voire sur une volonté d’immobilisme. Hauser donne plusieurs exemples concrets de l’application de ce principe, tant en matière de politique étrangère et de sécurité que de politique intérieure, notamment à l’égard du “pouvoir judiciaire”, que Netanyahou s’est abstenu d’affronter[1]. Durant la deuxième période, qui couvre les années 2016-2024, Netanyahou maintient dans une large mesure son immobilisme en matière de sécurité et de défense, tout en abandonnant celui-ci en matière intérieure, pour s’opposer ouvertement au “pouvoir judiciaire”.

Sans partager entièrement cette analyse, je considère qu’elle permet de comprendre un des grands paradoxes de la politique sécuritaire de Netanyahou : son combat de toute une vie contre la menace d’un Iran nucléaire, et son aveuglement concomitant à l’égard du Hamas à Gaza.

La troisième période, celle qui commence après le 7-octobre 2023, est la plus fascinante, tant pour la compréhension de la figure de Netanyahou que pour celle de la métamorphose qu’a subie Israël depuis le pogrome sanglant commis par le Hamas et la guerre menée par Israël sur sept fronts depuis cette date. A de nombreux égards, la “guerre de renaissance” (mil’hemet ha-tequma) que traverse Israël depuis trois ans est également une renaissance personnelle pour le dirigeant le plus honni et le plus décrié de l’histoire moderne d’Israël.

De l’immobilisme à la guerre

Cette période très éprouvante pour Israël est en effet pour Netanyahou la plus difficile, mais aussi la plus gratifiante de sa longue carrière politique. Pour la première fois en effet, il a pu employer ses talents multiples et donner toute la mesure de ses capacités exceptionnelles, tant sur le plan des relations internationales que sur celui de la gestion de la guerre elle-même. C’est comme si l’après 7-octobre avait servi de révélateur pour Netanyahou, qui s’est soudain transformé, par la force des évènements, en un véritable chef de guerre, dont personne n’avait soupçonné auparavant la capacité à diriger Israël dans la guerre la plus longue et la plus difficile depuis 1948. (Un article de Gideon Levi avait un jour fait l’éloge de Nétanyahou dans Ha’aretz (!), comme étant le Premier ministre le plus soucieux d’épargner la vie des soldats israéliens).

Celui à qui beaucoup – tant parmi ses partisans que ses opposants – reprochaient son immobilisme, s’est ainsi transformé en un dirigeant qui a montré une incroyable capacité de décision en temps de crise et a dans le même temps élevé Israël au rang de partenaire stratégique de premier plan pour les Etats-Unis et de puissance régionale incontournable, capable de remodeler la région tout entière. Cette métamorphose d’Israël est sans doute, quelles que soient l’évolution de la guerre et son issue, que nul ne peut prévoir aujourd’hui, un processus irréversible.

Israël a en effet montré au monde entier depuis trois ans une incroyable résilience et une cohésion sociale retrouvée, sans équivalent dans le monde occidental. Il a aussi démontré qu’il était capable de mener une guerre longue et qu’il n’avait pas peur de la guerre. C’est sans doute la victoire la plus importante, qui est déjà acquise : celle qu’Israël et Netanyahou ont remportée contre eux-mêmes. Netanyahou a surmonté ses propres carences et son manque de ‘émounah’, devenant le “Churchill d’Israël”, tandis qu’Israël tout entier a refermé définitivement la parenthèse post-sioniste, pour devenir littéralement “Am kalavi“, le lion évoqué par la Bible.

Pierre Lurçat

NB Je donnerai une conférence dimanche 31 mai à 19h30 dans le cadre de la Midreshet Yehouda Manitou, sur le thème : “AM KALAVI : La métamorphose du peuple d’Israël après le 7-Octobre”.

Chez Brigitte et Alex Bliah à Jérusalem. - Inscription obligatoire au 050-22 40 661

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J’invite mes lecteurs à découvrir mon nouveau blog et à souscrire un abonnement payant. Les 100 premiers abonnés payants recevront en cadeau de bienvenue mon dernier livre paru, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël et un autre de mes livres précédents de leur choix. Abonnez-vous en utilisant le mot de passe : « cadeau ». Substack Home - Le Substack de Pierre


[1] Sur la notion de “pouvoir judiciaire” en Israël, je renvoie à mon livre Quelle démocratie pour Israël ?

Les 3 décennies de B. Nétanyahou au pouvoir et la métamorphose d’Israël : 1996-2026 : Un anniversaire lourd de sens

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Attention danger ! Le Ramadan a commencé... La violence et le sacré dans l’islam

February 18 2026, 13:21pm

Posted by Pierre Lurçat

Attention danger ! Le Ramadan a commencé... La violence et le sacré dans l’islam

 

Avec le début du mois du Ramadan, marqué comme chaque année par une nouvelle vague de violences en Israël et partout dans le monde, il est utile de s’interroger sur le sujet, largement tabou, du lien entre Islam et violence. 

 

Dans l’islam, le sacré a quelque chose à voir avec la violence… L’attaque meurtrière du 7-Octobre a été dénommée “Déluge d’Al Aqsa”, non pas pour désigner un objectif militaire (Jérusalem), dont le Hamas n’a que faire (après tout, les cibles de ses attaques étaient des habitants de kibboutz laïques de gauche, pas des Juifs religieux de Jérusalem), mais pour signifier à un niveau plus profond qu’aux yeux du Hamas, la violence et la guerre ont un rapport intime avec la sacralité musulmane et avec les “lieux saints” de l’islam (Al Aqsa).

 

Pour comprendre ce lien paradoxal, il faut s’interroger sur les rapports entre le sacré et la violence depuis les origines de l’islam et jusqu’à nos jours. Ma première hypothèse, lorsque j’ai publié mes deux livres sur l’islam, le premier sur les Frères musulmans (Le sabre et le Coran, publié en 2005) et le second sur les convertis à l’islam radical (Pour Allah jusqu’à la mort, paru en 2008), était que cette violence était une “dérive” politique radicale des mouvements islamistes contemporains… Hypothèse que j’ai empruntée à de nombreux auteurs, experts du sujet et auteurs d’ouvrages de référence sur les Frères musulmans et sur l’islam radical.

 

Mais depuis lors, et surtout depuis le 7-Octobre, j’ai dû me rendre à l’évidence : la violence est intrinsèque à l’islam, car elle découle de sa vision la plus enracinée et la plus authentique du sacré, et non d’une quelconque dérive contemporaine… La meilleure “preuve” (si besoin était) est le fait terrible – et quasiment occulté par les médias occidentaux – que les horreurs du 7-Octobre ont été commises principalement par des civils de Gaza, ces mêmes civils que leurs voisins juifs habitant les kibboutz frontaliers emmenaient en Israël pour y bénéficier de soins médicaux… Humains, trop humains!

 

A cet égard, Abdelwahab Meddeb s’est trompé : l’islamisme n’est pas la “maladie de l’islam”, mais bien la forme contemporaine de l’islam le plus authentique, tel qu’il s’est développé depuis les origines. Comment comprendre ce rapport étroit entre violence et sacré ? Pour tenter d’apporter une réponse à cette question cruciale, il faut se souvenir que dans l’islam, comme cela a été rappelé depuis le 7-Octobre, il n’existe pas de valeurs autonomes et universelles, et pas d’impératif moral catégorique, philosophique ou religieux. Tout musulman doit se conforter aux préceptes et à l’exemple du Prophète… Or, c’est là que le bât blesse, le Prophète n’était pas – comme Moïse ou Jésus – un homme de paix ou un simple prédicateur, mais avant tout un chef de guerre, cruel et barbare.

 

Deuxième rappel historique, l’islam – comme l’a bien montré Dominique Urvoy – est traversé par une ambivalence fondamentale, entre un narratif triomphant (celui du Coran de Médine) et un narratif victimaire (celui de La Mecque). Or ce “double discours” persiste jusqu’à nos jours. Quand le Hamas attaque Israël, il prétend se “défendre” (tout comme Hitler affirmait se “défendre” contre le soi-disant “péril juif”). Et la porte-parole du Hamas en France, Rima Hassan, explique elle aussi que les exactions et les crimes du Hamas sont “conformes au droit international”, puisque celui-ci autorise les peuples colonisés à “se défendre”...

P. Lurçat

 

NB Extrait de mon dernier livre, Jusqu'à la victoire! La plus longue guerre d'Israël. Il est disponible sur Amazon, à la librairie du foyer à Tel-Aviv et au centre Begin à Jérusalem!

 

Mes livres en vente à la boutique du centre Begin

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Mon premier livre sur l'islam, paru en 2005

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Dans la tête d’un écrivain israélien pacifiste : Au ras du sol de Dror Mishani, P. Lurçat

November 27 2025, 15:30pm

Posted by Pierre Lurçat

Dans la tête d’un écrivain israélien pacifiste : Au ras du sol de Dror Mishani, P. Lurçat

 

De passage en France pour y faire la promotion de mon nouveau livre*, je découvre celui de l’écrivain israélien Dror Mishani, publié en 2024 en Israël et traduit chez Gallimard, dont l’exemplaire, reçu en service de presse, m’attendait patiemment depuis mon dernier séjour parisien. J’ai lu et apprécié, comme beaucoup, les romans policiers de Mishani, qui fait partie de la “deuxième génération” des auteurs de ce genre longtemps négligé par la littérature israélienne (dans la première génération, mentionnons les noms de Shulamit Lapid et de Batya Gour).

 

Mishani est notamment le créateur du personnage de l’inspecteur Avraham Avraham, policier solitaire et introverti. Il est aussi enseignant de littérature et spécialiste de l’histoire du roman policier. Mais c’est un autre visage de Dror Mishani qui est révélé au public dans Au ras du sol, sous-titré Journal d’un écrivain en temps de guerre. On y découvre en effet, racontée avec une grande franchise, la vie quotidienne de l’écrivain dans les semaines suivant le 7-Octobre.

 

Le livre de Mishani a pour point de départ un reportage publié dans le magazine suisse allemand Das Magazin, qui s’est prolongé dans un livre paru en juillet 2024 en Israël et en Allemagne, et traduit en France en 2025. Mishani, comme d’autres écrivains, a donc publié ce Journal de guerre dès les premiers mois de l’offensive militaire israélienne, après le massacre du 7-Octobre. Son livre est souvent intéressant, mêlant la vie quotidienne, les réflexions politiques et la description d’un milieu israélien bien particulier, celui des écrivains et artistes.

 

Ce qui m’a le plus intéressé dans le livre de Mishani, c’est de comprendre à travers son récit le vécu et l’ethos politique d’un écrivain israélien pacifiste. Dès les premières pages du livre, et dès le lendemain du 7-Octobre, l’écrivain est en effet hanté par une seule peur : celle de voir Israël riposter et se lancer dans une véritable guerre à Gaza. Alors qu’il se trouve encore à Toulouse, invité d’un festival de littérature, Mishani commence déjà à rédiger un article contre la guerre (!), qui sera envoyé au journal Ha’aretz. “Ne pas raser, ne pas écraser, ne pas se venger”, explique-t-il, car “transférer le malheur sur Gaza et ses habitants ne fera que l’entretenir…

 

L’éthos pacifiste de Mishani est révélateur de l’état d’esprit d’une grande partie de ces élites israéliennes qui ont occupé des postes de direction au sein des institutions culturelles, médiatiques, mais aussi sécuritaires de l’Etat d’Israël. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les ex-patrons du Shin-Beth et de l’armée qui commentent l’actualité sur les plateaux de télévision depuis le 7-Octobre. Tous partagent cet état d’esprit pacifiste, défaitiste et hostile au gouvernement (à l’exception des voix dissidentes, qu’on n’entend que sur la chaîne 14).

 

Pour comprendre cet éthos bien particulier, il faut s’attacher à la personnalité et au vécu familial de Mishani, qui est très révélateur. Marié à une femme catholique polonaise, rencontrée sur le campus de Cambridge, il raconte comment sa fille Sarah l’a très jeune interrogé sur sa double identité : “Pour la première fois de sa vie, elle t’a demandé si elle était juive ou pas. Tu as commencé par bredouiller, tu lui as dit que oui, elle était les deux, et quand elle a insisté,tu as été obligé d’admettre que non, pour l’Etat d’Israël, elle ne l’était pas. Alors je le suis pour qui? a-t-elle voulu savoir, et tu as répondu : pour Hitler”.

 

Cet échange poignant est révélateur du problème d’identité de cette gauche israélienne pacifiste, qui vit écartelée entre son amour du pays (bien présent chez Mishani) et son ambition d’être reconnue et admirée à l’étranger (en lisant son livre, je me suis demandé à chaque page s’il écrivait pour ses compatriotes d’Israël, ou pour ses lecteurs suisses allemands…). La “double-appartenance” et la question de l’identité juive sont en effet tout autant celles de l’écrivain que de sa fille, née d’une mère catholique polonaise et d’un père juif israélien.

 

            Lorsque l’actrice iconique du Septième Art israélien, Gila Almagor, est accusée de manquer de patriotisme, elle réagit avec force en affirmant son soutien à la “merveilleuse armée d’Israël” et en rejetant les accusations de “crimes de guerre”, portées par l’ONG radicale Betselem. Mishani, lui, est révolté par les propos d’Almagor… Il est incapable de s’identifier à son pays et à son armée sans arrière-pensée. Tiraillé entre ses attaches et ses loyautés multiples, l’auteur talentueux de romans policiers à succès, traducteur de Roland Barthes en hébreu, est intimement persuadé, dès le mois d’octobre 2023, qu’Israël est responsable de la situation et des crimes du Hamas.

 

            Les états d’âme de Mishani ne peuvent être négligés ou méprisés, car ils sont ceux d’une large frange de l’intelligentsia progressiste, en Israël et ailleurs dans le monde juif. En mettant sur le même plan la souffrance des victimes juives et celle des morts de Gaza, l’écrivain israélien n’est pas différent de ses collègues juifs français, D. Horvilleur ou A. Finkielkraut. Son livre éclaire les errements politiques et moraux d’une intelligentsia juive qui n’a pas réussi à sortir des ornières du pacifisme et à penser véritablement l’événement du 7-Octobre, dans toute sa radicalité et sa nouveauté.

P. Lurçat

 

Dror Mishani, Au ras du sol, Journal d’un écrivain en temps de guerre. Gallimard 2025.

 

* Je donnerai une conférence à Paris dimanche 30 novembre, sous l’égide du Mouvement des Etudiants Juifs et du département de l’alyah de l’OSM. Inscription : https://forms.gle/zhVo3pogdsrZR7DN9

 

Dans la tête d’un écrivain israélien pacifiste : Au ras du sol de Dror Mishani, P. Lurçat

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Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

April 3 2025, 11:56am

Posted by Pierre Lurçat

Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

A lire dans le dernier numéro d'Israël Magazine qui vient de paraître: l'entretien exclusif que m'a accordé Me Ephraim Demri, l'avocat qui est au coeur des affaires les plus brûlantes de l’actualité! Affaire Feldstein, défaillances du Shin-Beth avant et après le 7 octobre, haine de Nétanyahou qui aveugle les dirigeants des services de sécurité et de l’armée, etc. Extraits:

Ma rencontre avec Me Ephraim Demri se déroule dans les salons de l’hôtel du Théâtre à Jérusalem. Il a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois, étant au cœur de nombreuses affaires très médiatisées qui ont défrayé la chronique. Celle des soldats de Sde Teiman, accusés à tort d’avoir “violé” un terroriste arabe du 7 octobre, ou celle du “Meraguel”, le mystérieux espion arrêté au cœur d’une base ultrasecrète de Tsahal quelques semaines après le 7 octobre, dans des circonstances mystérieuses.

Homme affable et volubile, il a grandi à Tibériade, au sein d’une famille juive tunisienne passée par Marseille, avant de “monter” en Israël en 1958. Son cabinet s’occupe de droit pénal et a notamment défendu le rabbin Eliezer Berland, ou des escrocs franco-israéliens dont il préfère ne pas donner le nom. Sa clientèle comporte aussi des hommes politiques de tous bords. Nous évoquons tout d’abord l’affaire des soldats poursuivis pour “violences” contre des terroristes du Hamas.

Pierre Lurçat : Comment trouvez-vous le temps de défendre pro bono* des soldats de Tsahal ?

Ephraim Demri : Les soldats passent avant tout. Si un soldat me téléphone maintenant et qu’il a besoin d’être défendu, je quitte tout pour m’occuper de lui. Lorsque la femme d’un des soldats arrêtés à Sde Teiman est venue me voir, elle m’a dit qu’elle voulait que je sois son avocat. J’ai représenté cinq des dix soldats interpellés. Deux ont été inculpés.

P.L. Tous les soldats ont été libérés depuis ?

E.D. Oui. Cinq soldats ont été accusés de violences sexuelles envers des terroristes du 7 octobre. Par la suite il s’est avéré que le film vidéo qui les incriminait était fabriqué…

P.L. Au début, le tribunal pensait que le film était authentique ?

E.D. Oui, et je vais vous expliquer pourquoi. Les juges militaires font confiance au procureur militaire, car 90% d’entre eux viennent du cabinet du procureur militaire. Ils partent du présupposé que ce que dit le procureur est vrai. Durant l’arrestation d’un des soldats, le représentant du procureur a expliqué qu’il détenait des preuves confidentielles.

La suite dans le prochain numéro d'Israel Magazine

https://israelmagazine.co.il/

Photo : PL Pierre Lurcat

 

 
Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

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Le Rav Avraham Zerbib, juge rabbinique et combattant : “J’ai détruit cinquante immeubles par jour à Gaza”

January 30 2025, 11:50am

Posted by Pierre Lurçat

Le Rav Avraham Zerbib, juge rabbinique et combattant :  “J’ai détruit cinquante immeubles par jour à Gaza”

Le rabbin Avraham Zerbib incarne à lui seul la métamorphose du peuple Juif vivant en Israël au lendemain du 7 octobre. Jusqu’au 7 octobre, il était rabbin et dayan au tribunal rabbinique de Tel-Aviv. Le 8 octobre, sa vie a basculé, comme celle de très nombreux Israéliens, et il s’est transformé en soldat. Il a passé depuis lors la majeure partie de son temps à Gaza – laissant derrière lui femme et enfants, Kollel et son travail au Beth Din – pour devenir un soldat et un combattant.

 

Le trait le plus marquant de la personnalité du rav Avraham Zerbib, tel qu’il apparaît dans les nombreuses interviews qu’il a données depuis lors, est ce mélange d’humour et de modestie propre aux grands talmidé hakhamim (Sages de la Torah). Comme il l’expliquait avec un large sourire sur la chaîne 14, répondant à Yinon Magal, qui s’étonnait de voir un homme de la cinquantaine, rabbin qui plus est, en première ligne à Gaza, “je suis devenu un habitant de Khan Younès”.

 

Zerbib fait partie intégrante de la “Sayeret Givati” (unité d’élite du corps de fantassins Givati) depuis 30 ans. A ses yeux, il était donc naturel d’accompagner son unité sur le front. Habitant de Beth-El en Samarie, il avait l’habitude de commencer sa journée – avant le 7 octobre – par un bain de mer à Tel-Aviv, avant d’entamer sa journée de juge rabbinique. Mais au-delà de la forme physique, indispensable pour un combattant de tout âge, c’est son optimisme débordant qui frappe en l’écoutant.

 

C’est d’ailleurs cet optimisme qu’on retrouve chaque soir dans l’émission “Les patriotes” (et qui tranche avec le défaitisme des médias israéliens mainstream), qui explique le succès grandissant de la chaîne 14, vers laquelle le public israélien se tourne de plus en plus. Une interview récente du rabbin Zerbib sur la 14 a fait le “buzz” sur les médias et forums anti-israéliens du monde entier : on y voit le rabbin-combattant raconter son quotidien de soldat et de conducteur de bulldozer, en expliquant qu’il a détruit une cinquantaine de bâtiments tous les jours à Gaza.

 

Aux yeux du public algérien ou mélenchonien en France, de tels propos sont révoltants. C’est d’ailleurs le “scandale” que ces propos ont suscité chez les ennemis d’Israël qui a fait découvrir la figure charismatique du rabbin Zerbib aux grands médias israéliens, qui l’avaient ignoré jusque-là. A tous ceux qui ne l’ont pas encore entendu et vu, je recommande de chercher ses interviews sur le Net. Le rabbin Zerbib est l’incarnation du “Nouveau Juif” et de cette “race fière et cruelle” à laquelle aspirait Jabotinsky. Face à des ennemis assoiffés de sang juif, nous devons prendre exemple sur lui et sur tous ceux qui savent qu’il n’y a pas de “civils innocents” à Gaza. Hodesh tov !

P. Lurçat

Le "tribunal rabbinique" de Khan Younès

Le "tribunal rabbinique" de Khan Younès

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La dimension occultée - Généalogie d’une erreur : un conflit politique et religieux

September 19 2024, 08:15am

Posted by Pierre Lurçat

La dimension occultée -  Généalogie d’une erreur : un conflit politique et religieux

Dans son beau livre Mythes politiques arabes, l’islamologue israélien Emmanuel Sivan, récemment décédé, relate un épisode largement oublié de l’histoire intellectuelle et politique du Yishouv. En 1929, à la suite des émeutes antijuives qui firent des dizaines de victimes à Hébron notamment, le gouvernement britannique créa une commission, sous l’égide de la Ligue des nations, chargée d’examiner les droits respectifs des Juifs et des musulmans sur le Kottel, le Mur occidental de Jérusalem. La direction du Yishouv demanda à Gershom Scholem d’appuyer les revendications juives en leur apportant une caution scientifique, fondée sur les sources juives.

 

Scholem, alors âgé de 32 ans et installé à Jérusalem depuis 1923, leur opposa un refus catégorique. En effet, relate E. Sivan, “notre jeune savant refusa tout net de collaborer avec la commission. Il refusa même de prêter le moindre ouvrage de sa précieuse bibliothèque… Selon lui, une telle question ne pouvait être tranchée à coups d’arguments juridiques, mais devait faire l’objet d’une négociation politique”. “Son sionisme”, conclut Sivan, “était un sionisme politique et laïque. Les conflits entre Juifs et Arabes ne pouvaient trouver leur dénouement que sur un plan politique et non religieux”.

 

Plus encore qu’elle ne nous apprend de Gershom Scholem, l’anecdote est révélatrice d’un aspect fondamental de la politique d’Israël face aux revendications arabes sur Jérusalem, et face à l'islam en général. Le refus de Scholem de considérer la dimension religieuse du conflit est en effet devenu depuis lors un leitmotiv du discours public israélien et juif, qu’on retrouve à chaque génération, répété comme un mantra. C’est au nom de cette occultation de la dimension religieuse du conflit que des générations de dirigeants politiques et militaires ont fermé les yeux sur le discours musulman radical et ont été aveugles à la montée en puissance de l’islam[1].

 

C’est également au nom de ce refus d’aborder la dimension religieuse du sionisme que Scholem s’opposa – avec d’autres intellectuels de l’université hébraïque de Jérusalem, tous sympathisants du mouvement pacifiste Brith Shalom – à la conception sioniste de David Ben Gourion, qui voyait dans la croyance messianique le fondement et le cœur du sionisme politique. “Je réfute absolument que le sionisme soit un mouvement messianique et qu’il s’arroge le droit d’utiliser une terminologie religieuse à des fins politiques”, écrivait Scholem en 1929[2]. Or, il existe apparemment un lien direct entre la signification que Scholem et les autres membres du Brith Shalom donnaient au sionisme et leur appréhension du conflit.

En effet, ceux qui refusent de voir la dimension religieuse du sionisme sont souvent les mêmes qui refusent de voir la dimension religieuse du conflit israélo-arabe. Ce lien consubstantiel – qui remonte à un siècle, donc aux tout débuts du sionisme politique – permet de comprendre un aspect essentiel de la fameuse “Conceptsia” qui a conduit au 7 octobre. Le refus d’appréhender la dimension religieuse du conflit peut en effet s’expliquer par des raisons diverses (politiques, sociologiques, etc.), mais il tient en fin de compte à un refus d’assumer notre identité. Comme si la peur du conflit avec l'islam était en définitive le masque d'une peur encore plus profonde, celle d’assumer notre identité collective… (à suivre).

P. Lurçat

 

NB La vision sioniste de D. Ben Gourion et sa dimension messianiste sont le thème du cinquième volume de la Bibliothèque sioniste qui vient de paraître, En faveur du messianisme, l’Etat d’Israël et l’avenir du peuple Juif.

 

 

[1] Je renvoie à l’entretien très instructif donné par Eliezer Cherki sur Shofar, où il aborde ce sujet.

[2] In “Sur les trois crimes du Brith Shalom, réponse à Yehuda Burla. Repris dans Le prix d’Israël, écrits politiques 1917-1974, éditions L’éclat 2017.

La dimension occultée -  Généalogie d’une erreur : un conflit politique et religieux

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Comment l’establishment judiciaire a rendu possible le 7 octobre (III): La Cour suprême, cheval de Troie des ennemis d’Israël ?

August 15 2024, 07:43am

Posted by Pierre Lurçat

Comment l’establishment judiciaire a rendu possible le 7 octobre (III): La Cour suprême, cheval de Troie des ennemis d’Israël ?

Un spectacle inhabituel s’est déroulé la semaine dernière devant la Cour suprême. J’avais relaté dans ces colonnes, il y a deux ans, une audience à la Cour suprême concernant un recours contre la démolition d’une maison de terroristes. J’y décrivais la machine bien huilée permettant aux familles des terroristes, défendues par des avocats payés par des ONG israéliennes, de plaider en toute quiétude devant les juges, tandis que les familles des victimes juives du terroriste arabe n’avaient aucun statut devant la Cour ! A l’époque, j’étais venu accompagner une poignée de militants de l’association Im Tirtsu, qui venaient soutenir les familles des victimes et les encourager.

 

Depuis lors, bien des choses ont changé en Israël… Et le spectacle auquel on a assisté la semaine dernière à Jérusalem en est l’illustration. Certes, la Cour suprême demeure identique à elle-même et fidèle à ses valeurs perverties (voir le second volet de cette série d’articles), qui n’ont rien à voir avec la morale juive et avec l’impératif de justice qui est au cœur de notre Tradition. Mais une chose cruciale a changé : le peuple d’Israël. Oui, notre peuple a changé, car il a pris conscience de sa force et il a décidé de dire au monde entier sa vérité, notre vérité et de crier que le Roi était nu.

 

Le peuple d’Israël – dans son immense majorité – n’accepte plus la réalité insupportable dans laquelle l’Autorité palestinienne (qui n’a jamais condamné les atrocités du 7 octobre) a le droit d’intenter un recours devant la Cour suprême d’Israël, pour améliorer les “conditions de détention” des terroristes de la Nouhba. C’est ce que sont venues dire la semaine dernière des dizaines de familles de soldats et de victimes du 7 octobre devant les juges, qui étaient médusés. Pour la première fois de leur carrière, comme l’ont fait remarquer plusieurs commentateurs, les juges de la Cour suprême étaient confrontés au peuple d’Israël ! Et la machine judiciaire bien huilée, qui rend une justice très partisane et orientée, a pour la première fois depuis des décennies, été empêchée de fonctionner, pendant la durée d’une audience.

 

Pour comprendre comment nous en sommes arrivés à cette situation kafkaïenne et à cette summa injuria, il faut retracer brièvement l’évolution de la jurisprudence de la Cour suprême. Jusqu’aux années 1980, une distinction claire était faite entre les domaines du droit et de la politique, les juges s’interdisant “d’entraîner la Cour dans un débat public et politique sur des sujets sensibles ou controversés”, selon les mots du juge Haïm Cohen dans le premier arrêt Ressler datant des années 1970. Vingt ans plus tard, dans l’arrêt Ressler de 1986, le juge Aharon Barak exposa sa conception totalitaire d’un droit omniprésent, en abolissant toute distinction entre droit et politique: “Il n’existe aucune action à laquelle le droit ne s’applique pas… Toute action peut être ‘enfermée’ dans une norme juridique… La nature de l’action en question n’a aucune incidence, qu’elle soit politique ou non[1].

 

Concrètement, l’extension du domaine d’intervention de la Cour suprême se fit en élargissant les portes du tribunal à toutes sortes d’associations (ONG) à l’agenda radical, qui étaient jadis privées de la possibilité de recourir en raison des règles strictes de la qualité à agir. Désormais, la Cour ouvre grand ses portes à n’importe quelle ONG prétendant défendre les “droits de l’homme”, dans une optique bien particulière : il s’agit toujours des droits des Palestiniens, érigés en “peuple-victime”, selon la vision du monde antisioniste que nous connaissons bien.

 

Ces ONG aux conceptions radicales sont financées par l’Union européenne, la Fondation Soros et d’autres acteurs hostiles à Israël, ce qui n’empêche pas les juges de les écouter complaisamment et de leur donner trop souvent raison. Ainsi, depuis quatre décennies, la Cour suprême est devenue un véritable cheval de Troie pour les ennemis d’Israël, qui contestent régulièrement les décisions du gouvernement, de la Knesset ou de l’armée devant “Bagatz” et obtiennent régulièrement gain de cause. Le peuple d’Israël a été ainsi privé progressivement du pouvoir de décider de son destin, au profit de ses ennemis, qui sont autorisés “légalement” à contester n’importe quelle décision. (à suivre…)

 

[1] Les deux citations sont tirées de mon livre Quelle démocratie pour Israël? Gouvernement du peuple ou gouvernement des juges? Editions l’éléphant 2023.

Comment l’establishment judiciaire a rendu possible le 7 octobre (III): La Cour suprême, cheval de Troie des ennemis d’Israël ?

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Une étincelle d’hébreu: du Hourban au Hazon - Entre destruction et vision prophétique

August 11 2024, 14:37pm

Posted by Pierre Lurçat

Une étincelle d’hébreu: du Hourban au Hazon - Entre destruction et vision prophétique

La haftara lue le shabbat précédant Tisha be-Av commence par les mots fameux “Hazon Yeshayahou ben-Amotz”, que la traduction du rabbinat français rend par “Oracle d’Isaïe, fils d’Amos”. Le mot “Hazon” signifie plus généralement “vision” et il a gardé ce sens dans l’hébreu moderne. Quel rapport entre la “vision” prophétique et le “Hourban”, la destruction du Temple que nous allons commémorer cette semaine ?

 

Le rabbin Haïm Navon observe justement, dans sa chronique hebdomadaire publiée dans le journal Makor Rishon, que personne cette année ne se posera la question devenue rituelle de savoir pourquoi nous devons prendre le deuil du Temple et prononcer des Lamentations sur “Jérusalem, assise solitaire”, alors que le nombre d’habitants juifs de Jérusalem n’a jamais été aussi grand depuis que la ville a été fondée… Non, cette année, chaque Juif en Israël et dans le monde comprend intuitivement la signification du “Hourban”, dont nous avons vécu une sorte de répétition en miniature le 7 octobre…

 

Le rabbin Avraham Stav, dans les colonnes du même journal, explique que “nous sommes un peuple qui porte en lui la dimension fondamentale du Hourban, de la destruction”. En quoi cela nous aide-t-il à comprendre les événements dramatiques que nous vivons depuis Simhat Torah ? La réponse que je propose est d’examiner le lien entre le Hourban et le Hazon, entre la destruction du Temple et la vision prophétique.

 

Comme l’avait bien compris David Ben Gourion, premier dirigeant de l’Etat et fondateur de l’armée de défense d’Israël, la sécurité de l’Etat juif ne repose pas seulement sur l’armée. Lecteur assidu de la Bible, il savait bien que c’est en définitive l’esprit qui décide de la destinée des peuples… C’est ainsi qu’il faut comprendre le rôle du “Hazon” – de la vision prophétique – qui animait Ben Gourion et qui fait cruellement défaut aux dirigeants de l’establishment sécuritaire et militaire actuels, responsables de l’échec colossal du 7 octobre.

 

Si l’on cherche à remonter à la racine de la “Conceptsia” animant ceux de nos dirigeants qui ont mené à l’effondrement du 7 octobre – depuis Itshak Rabin à l’époque des accords d’Oslo et jusqu’à Ehoud Barak et Ariel Sharon, responsables des retraits du Sud Liban et de Gaza, qui ont permis au Hamas et au Hezbollah de s’installer aux frontières d’Israël – on constate qu’ils partagent tous le même manque de vision prophétique. Le cas le plus flagrant, pour remonter encore un peu plus loin dans l’histoire contemporaine, est celui de Moshé Dayan, lui aussi valeureux soldat couvert de gloire, qui a rendu les clefs du Mont du Temple au Wakf musulman, après la guerre des Six Jours, en déclarant “Nous n’avons que faire de ce Vatican!”...

 

Si le Hamas a pu mener son attaque meurtrière au nom d’Al-Aqsa et de Jérusalem, c’est aussi parce que nous avions quasiment renoncé à asseoir notre souveraineté sur le Mont du Temple. Or, comme l’avait prédit le poète Uri Zvi Grinberg, animé de la vision prophétique qui faisait défaut à Dayan, “celui qui contrôle le Mont du Temple contrôle le pays”. Ces mots visionnaires restent toujours actuels aujourd’hui, alors que la souveraineté israélienne n’a jamais été aussi menacée depuis 1948. Contrairement à ce que pensent les ‘’Gatekeepers’’ – tellement obnubilés par le ‘’danger du messianisme juif’’ qu’ils ont négligé le danger bien réel du Hamas – le Mont du Temple n’est pas un ‘’baril de poudre’’… Il est la clé de notre souveraineté, et donc de notre sécurité. La sécurité d’Israël, au Nord comme au Sud, passe par le Har Habayit, lieu de notre Temple à reconstruire…

P. Lurçat

 

Le cinquième volume de la Bibliothèque sioniste paraît ces jours-ci aux éditions de l’éléphant.

Une étincelle d’hébreu: du Hourban au Hazon - Entre destruction et vision prophétique

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A la racine de la “Conceptsia” (II) : Ces orientalistes israéliens qui n'ont rien compris à l'islam

May 16 2024, 13:05pm

Posted by Pierre Lurçat

A la racine de la “Conceptsia” (II) :  Ces orientalistes israéliens qui n'ont rien compris à l'islam

Dans la première partie de cet article, nous nous interrogions sur ce spécialiste du Hamas qui prétendait – après le 7 octobre ! – que “les membres du Hamas sont des êtres humains comme nous”. Pour tenter de comprendre plus précisément encore son attitude et de savoir quelle a été l’erreur de ces orientalistes qui n’ont rien compris au Hamas, nous voudrions décrire leur erreur fondamentale, celle qui est à la base de tout l’édifice idéologique et intellectuel qui sous-tend la “Conceptsia”, la fameuse doctrine erronée qui a mené au 7 octobre.

 

Une enquête passionnante du journaliste Yaniv Kobovitz, récemment publiée dans Ha’aretz, cherche à comprendre comment les Renseignements militaires ont échoué à déchiffrer les intentions du Hamas avant le 7 octobre. Une des conclusions de cette longue enquête est que les dirigeants du département d’Aman (les Renseignements militaires) chargé du front Sud et de Gaza ne se préoccupaient plus, depuis 2021, de surveiller les faits et gestes des dirigeants du Hamas, étant entièrement obnubilés par les capacités strictement militaires du mouvement islamiste et par ses capacités de tirs de roquettes notamment.

 

Au-delà de cette explication très concrète, le fait est que les experts militaires ont – dans leur grande majorité – échoué à décrypter les intentions de l’ennemi à Gaza, en se focalisant sur des aspects purement techniques et opérationnels, au lieu de voir l’ensemble du tableau… Dans ce tableau général qu’ils ont négligé, un élément essentiel a particulièrement fait défaut : celui de l’idéologie et des croyances religieuses du Hamas. Paradoxalement ; c’est en effet la dimension religieuse du Hamas qui a largement échappé aux orientalistes experts du mouvement au sein de Tsahal.

 

Le soi-disant “pragmatisme” du Hamas : une illusion mortelle

 

Lorsqu’on relit aujourd’hui le livre consacré au Hamas par Avraham Sella, ancien analyste des Renseignements militaires, on est étonné (et accablé) de trouver à maintes reprises les adjectifs “pragmatique” ou “réaliste” pour décrire l’attitude des dirigeants du mouvement islamiste palestinien. Tout se passe comme si cet expert – qui n'est évidemment pas le seul dans ce cas – avait projeté sur les dirigeants du Hamas sa propre vision du monde et ses propres valeurs (rationalité, pragmatisme, poursuite d'intérêts économiques, etc.), au lieu de chercher à pénétrer dans la tête du Hamas.

 

Cette erreur capitale est très répandue. Elle repose sur une attitude commune à chacun de nous. Confrontés à d'autres hommes qui ne partagent pas notre culture, nous avons tendance à croire qu'ils ont néanmoins en commun avec nous certaines valeurs fondamentales, comme le respect de la vie ou l'amour de la paix. S'agissant du Hamas et de l'islam, cette croyance est totalement erronée. Ce n'est pas seulement que les terroristes de la Nou’hba et leurs chefs n'ont aucun respect pour la vie des civils israéliens, y compris les femmes et les enfants, mais ils n'en ont pas plus pour la vie de leurs propres concitoyens à Gaza…

 

C'est précisément cet écart culturel et moral incommensurable entre les valeurs de l'Occident et celles de l'islam qui rend difficile, voire quasiment impossible, toute négociation avec le Hamas sur les otages détenus à Gaza. Et c'est l'incapacité de ces experts à appréhender la culture de l'ennemi qui a rendu possible la surprise du 7 octobre, alors que “l'inscription était sur le mur”... Le refus d'aborder l'islam pour ce qu'il est, à savoir une culture mortifère et rétrograde, a empêché ces experts de faire leur travail et de donner à Israël les moyens d'anticiper l'attaque meurtrière du 7 octobre.

 

Comme l’explique le Dr. Michael Milstein, ancien des Renseignements militaires qui est un des voix discordantes dans la communauté des “orientalistes” israéliens, “celui qui se demande pourquoi le Hamas a déclenché l’attaque du 7 octobre et mis ainsi en péril son propre pouvoir démontre qu’il n’a rien compris au Hamas, qui est un mouvement religieux messianiste”. Dans la suite de cet article, nous tenterons de comprendre pourquoi c’est précisément cette dimension religieuse et messianiste du Hamas qui a échappé aux experts israéliens. (à suivre…)

Pierre Lurçat

 

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Une étincelle d’hébreu : “Hitpak’hout”, retrouver la vue et renoncer à ses illusions

March 13 2024, 09:32am

Posted by Pierre Lurçat

Une étincelle d’hébreu :  “Hitpak’hout”, retrouver la vue et renoncer à ses illusions

Parmi les mots d’hébreu qui ont connu un regain d’actualité depuis le 7 octobre, celui d’Hitpakhout mérite qu’on s’y arrête un instant. Marc Cohn, dans le dictionnaire Larousse, le définit simplement par son sens originel, “recouvrement de la vue” ou de l’ouïe, et par le sens figuré : “fait de devenir plus sage”. C’est ce dernier sens qui lui a donné sa signification très actuelle, celle de renoncer à des illusions et à des espoirs infondés. Les illusions, en l’occurrence, sont les illusions mortelles de l’avant 7 octobre, qui ont conduit aux événements tragiques qu’Israël a connus.

 

Pour illustrer ce dernier sens, nous prendrons un des exemples les plus marquants, celui du secrétaire du mouvement kibboutzique, Nir Meir. Interviewé dans Ha’aretz le 16 février dernier, il a donné à Meirav Moran des réponses étonnantes de sincérité. “Est-ce que vous vous définissez encore comme un homme de gauche ?” lui a-t-elle demandé? “Non, je me définis comme un homme qui sait dans quel environnement il vit”. Et d’ajouter : “Les habitants des implantations ne se trompent pas. La droite a raison : la méthode (des Arabes) est de conquérir des territoires. Et elle a raison d’affirmer que seule l’implantation permet d’asseoir notre souveraineté…

 

Lorsque la journaliste lui demande ce qu’il pense de l’Autorité palestinienne, il répond sans hésiter : “Il n’y aura pas de paix avec les Palestiniens. Je ne me raconte pas d’histoires”. Et quand elle l’interroge pour savoir si ses opinions reflètent celles du mouvement kibboutzique, il rétorque que “les avis concernant le conflit ont été modifiés de fond en comble depuis le 7 octobre. La plupart des habitants des kibboutz qui ont vécu le 7 octobre ne peuvent plus entendre un mot d’arabe, et souhaitent que Gaza soit rasée…” Autre exemple de hitpak’hout, tout aussi marquant: celle du YIVO, la vénérable institut d’études juives créé à Vilna et basé à New-York, qui a récemment annoncé une série de conférences sur les liens entre le Hamas et le nazisme.

           

En lisant les propos de Nir Meir, on comprend la signification très actuelle du mot Hitpak’hout. Il s’agit bien de retrouver la vue, dans son acception la plus large. Pendant des décennies, la gauche israélienne a en effet refusé de voir l’évidence : nos ennemis ne nous ont toujours pas accepté. Les habitants des kibboutz frontaliers de la bande de Gaza ont ainsi cru se faire “amis” des Gazaouis en leur donnant du travail ou en les emmenant dans les hôpitaux israéliens subir des traitements médicaux… On connaît la suite.

 

            Il faut saluer la clairvoyance, tardive mais bienvenue, de Nir Meir et des autres représentants de cette gauche qui s’est si longtemps trompée. Tout comme les anciens communistes devenus les plus lucides critiques de l’URSS, ces kibboutnikim doivent aujourd’hui jouer le rôle de lanceurs d’alerte et d’éveilleurs des consciences en Israël et à l’étranger. Leur hitpak’hout doit inspirer tous ceux qui, en Israël comme ailleurs, continuent de penser selon les schémas dépassés de l’avant 7 octobre. Après le 7.10.23, le mot d’ordre doit être : “Titpak’hou!” Recouvrez la vue !

 

P. Lurçat

           

NB A l’occasion du début du Ramadan, j’analyse au micro de Daniel Haïk la question occultée de la violence de l’islam.

La légitimation de la violence est imprégnée dans l'Islam L'invité de la rédac - YouTube

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