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Une étincelle d’hébreu : Timroun, les manœuvres terrestres et le retour de l’infanterie

November 27 2023, 08:21am

Posted by Pierre Lurçat

Une étincelle d’hébreu : Timroun, les manœuvres terrestres et le retour de l’infanterie

 

Depuis six semaines, les médias et le discours public israélien sont évidemment remplis de vocabulaire lié à la guerre. Parmi les mots les plus souvent entendus ces derniers jours (avant la trêve), figure en bonne place celui de “Timroun”, les manœuvres. Comme l’observait un commentateur, cette guerre voit le grand retour des blindés (shirion), quelque peu oubliés depuis la guerre de Kippour.

 

Mais en réalité, cette guerre voit surtout le retour en force de l’infanterie (Heyl raglayim) qui avait été délaissée depuis plusieurs décennies, au profit de l’armée de l’air notamment. Alors que le “dôme d’acier” et le développement technologique avaient pu faire croire à l’illusion d’une guerre menée de haut – ou de loin – la guerre de Simhat Torah démontre que l’on ne peut vaincre l’ennemi sans être présent sur le terrain, avec des divisions d’infanterie soutenues par l’artillerie (tot’hanim) et accompagnées par les blindés et par le génie civil (heyl ha-handassa).

 

Le mot même de guerre avait quasiment disparu du discours public depuis vingt ans, remplacé par celui de “mivtsa” ou de “péoula” (opération). Avec le retour de la guerre à grande échelle (un des commandants se trouvant à Gaza déclarait hier sur la chaîne 14 que le Hamas avait été surpris par la puissance de feu de Tsahal, laquelle l’avait étonné lui-même…), c’est surtout le mot de victoire (Nitsa’hon) qui fait son grand come-back dans le vocabulaire de Tsahal.

 

Finis les atermoiements sur la “dissuasion” et sur la nécessité d’écourter les opérations pour préserver le “retour au calme”... Les chefs de Tsahal, tout comme ceux du gouvernement d’union nationale, savent aujourd’hui que le peuple d’Israël ne se satisfera pas de moins que la victoire. “Yahad nénatsea’h !” (Unis nous vaincrons) est devenu le slogan de tout un peuple. Mais Israël a aussi redécouvert un secret qui l’accompagne depuis les débuts de son histoire : la victoire appartient à D.ieu. Que D. guide nos dirigeants, qu’Il protège nos soldats et nos civils et qu’Il nous donne la victoire !

P. Lurçat

Une étincelle d’hébreu : Timroun, les manœuvres terrestres et le retour de l’infanterie

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Arik Einstein et la liturgie laïque d'un peuple en prière, Pierre Lurçat

November 26 2023, 09:05am

Posted by Pierre Lurçat

« Ses chansons étaient des prières » :

« Ses chansons étaient des prières » :

Les chansons d’Einstein appartiennent non seulement au folklore israélien, mais aussi au rituel presque sacré du jour qui est le plus fédérateur de toute l’année, celui du Souvenir des soldats. Plus généralement, elles appartiennent au cœur de l’expérience vécue par les Israéliens, dont beaucoup considèrent ces chansons comme une forme de prières (car Israël, même lorsqu’il ne respecte pas toutes les mitsvot, reste un peuple qui prie ! Dixième anniversaire du décès d'Arik Einstein.

 

 


 

Lors de mon premier séjour en Israël, à l’âge de 17 ans, un des tout premiers disques que j’ai achetés était celui d’Arik Einstein, « Reguel po, reguel sham » (« Sitting on the Fence » en anglais). A l’époque, je ne comprenais presque rien des paroles de ses chansons, mais elles me parlaient quand même et trouvaient une résonance intime en moi (de même que j’ai su que ce pays était le mien, bien avant d’avoir compris que j’étais sioniste…). Ce souvenir personnel, qui ressemble sans doute à ceux de beaucoup d’olim, traduit à mes yeux le secret de l’affection que je portais – que nous portons – au chanteur qui vient de s’éteindre : ses chansons exprimaient, avec tant d’autres et peut-être plus encore que les autres, la quintessence de l’être israélien. Quel était son secret, et quel est le secret de cet « être israélien » ?

 

Répondre à cette question, c’est tenter de définir ce qui constitue le cœur de la culture israélienne. Né à Tel-Aviv en 1939, Einstein appartient à la « génération de l’Etat », celle des sabras qui n’ont pas connu l’exil. Son père faisait partie du théâtre Ohel, troupe d’inspiration socialiste fondée en 1925 (dont un des plus grands succès fut l’interprétation du « Brave Soldat Schweik »). La carrière musicale d’Arik Einstein est impressionnante : sa discographie s’étend du début des années 1960 à la fin des années 2000, soit un demi-siècle de création et d’interprétation musicale (outre sa carrière d’acteur).

 

 

Il est souvent considéré comme le fondateur du rock israélien (avec Shalom Hanoch) et comme celui dont l’œuvre a fait le lien entre les chansons hébraïques de l’époque d’avant l’Etat et la musique israélienne contemporaine. Mais dire que ses chansons figurent parmi les plus connues, et les plus jouées à la radio – jusqu’à ce jour, ce qui est remarquable pour un artiste de sa génération – ne suffit pas à décrire l’apport d’Einstein à la vie musicale et culturelle israélienne, et à la vie israélienne tout court. Comme l’écrivait Hemi Shalev dans Ha’aretz, Arik Einstein était « la voix d’Israël », et il incarnait ce « nouvel Israël, libéral (au sens américain) et séculier que nous pensions autrefois devenir… ». On ne saurait mieux définir tout ce qu’il représentait et représente aux yeux d’une large fraction du public israélien. Cet homme discret et modeste, qui n’aimait pas monter sur scène et détestait l’aspect commercial du métier d’artiste, incarnait en effet un visage d’Israël que beaucoup regardent aujourd’hui avec nostalgie et évoquent avec un sentiment quasi-religieux.

 

Le projet culturel sioniste et la musique israélienne

Ce visage d’Israël est étroitement lié au projet culturel, aussi ancien que le mouvement sioniste lui-même, et qui a engendré certaines des crises politiques les plus graves tout au long de l’histoire du mouvement sioniste, puis de l’Etat d’Israël, de l’époque d’Herzl 1 et jusqu’à nos jours. Pour le résumer en une phrase, on peut dire qu’il s’agit de créer une culture israélienne ou hébraïque profane, capable de rivaliser avec la vieille culture juive religieuse ou sacrée…

 

On pourrait dire, pour simplifier les choses et employer une forme de raccourci journalistique, que l’Israël qui pleure aujourd’hui Arik Einstein est celui qui n’a pas pleuré lors des monumentales funérailles du rav Ovadia Yossef, il y a quelques semaines. Mais la réalité est plus complexe, car ces « deux Israël » se recoupent dans une certaine mesure, jusque dans la famille d’Arik Einstein – dont les deux filles sont devenues ‘harédi en épousant les fils d’Ouri Zohar 2, son vieux camarade devenu un Juif orthodoxe – et beaucoup d’Israéliens vivent à la frontière entre les deux, « un pied d’un côté et un pied de l’autre » (pour citer une chanson d’Arik Einstein…).

Arik Einstein, avec Uri Zohar

 

On entend souvent dire que la culture israélienne laïque est en recul et on parle beaucoup du retour aux racines juives et à la tradition, qui touche le monde culturel et aussi la musique israélienne contemporaine. Mais ce n’est qu’un aspect de la réalité. Car de manière concomitante à ce retour aux sources, la culture israélienne laïque vit et se développe. Le projet culturel israélien – celui de fonder une culture laïque largement coupée des racines juives – n’a certes pas entièrement réussi, comme en témoigne le retour à la tradition d’une large partie du monde culturel et de la société israélienne dans son ensemble, mais il n’a pas totalement échoué non plus. On en donnera pour preuve le fait que les jours les plus marquants du calendrier israélien sont deux dates dont le cérémonial et la « liturgie » sont largement laïques : Yom Ha’atsmaout (Journée de l’Indépendance), et Yom Hazikaron  (Jour du Souvenir des soldats).

 

Ce dernier jour, en particulier, est pour la plupart des habitants d’Israël indissociablement lié aux chansons qui passent en boucle à la radio pendant toute la journée, et dont beaucoup ont été écrites ou chantées par Arik Einstein. De ce point de vue, on peut dire que les chansons d’Einstein appartiennent non seulement au folklore israélien, mais aussi au rituel presque sacré du jour qui est le plus fédérateur de toute l’année, celui du Souvenir des soldats (et aussi de certains jours tristes comme ceux d’attentats particulièrement tragiques ou celui de l’assassinat d’Itshak Rabin, dont on a vécu une sorte de « remake » lors du décès d’Einstein).

 

Plus généralement, elles appartiennent au cœur de l’expérience vécue par les Israéliens, dont beaucoup considèrent ces chansons comme une forme de prières (car Israël, même lorsqu’il ne respecte pas toutes les mitsvot, reste un peuple qui prie !) ; et elles contribuent à définir ce qui constituera sans doute un jour un élément central de l’histoire moderne d’Israël – histoire tout à la fois sacrée et profane – une sorte de « Méguilat Ha’Atsmaout » qui s’écrit sous nos yeux, dans la joie et dans les larmes.


 

1. L’opposition des rabbins à Herzl provenait essentiellement du projet sioniste de fonder une culture juive profane, soutenu par Herzl au début.

2. L’histoire de Zohar et Einstein – deux amis séparés par le « retour » du premier, mais dont les enfants se sont doublement unis par le mariage – est éminemment symbolique des rapports conflictuels mais néanmoins fraternels entre les différents secteurs de la société israélienne.

 

Extrait de mon livre, Israël, le rêve inachevé, éditions de Paris/Max Chaleil. P.L.

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Une étincelle d’hébreu : Hashem Ish mil'hama, L’Eternel est un soldat

November 22 2023, 08:41am

Posted by Pierre Lurçat

Une étincelle d’hébreu : Hashem Ish mil'hama, L’Eternel est un soldat

La guerre qui a commencé le jour de Simhat Torah est l’occasion de relire nos textes fondateurs et d’y trouver un sens nouveau. La « Shirat ha-Yam », le Cantique de la mer que nous lisons tous les matins dans la prière quotidienne contient cette expression mystérieuse, tirée du livre de l’Exode : « L’Eternel est le maître des batailles, l’Eternel est son nom ». Que signifie cette expression, Ish mil’hama, en quoi l’Eternel peut-il être qualifié de « Ish » et comment son Nom est-il lié à la guerre ?

 

            A ces questions d’ordre théologique, nous avons reçu une réponse éclatante depuis le début de la guerre. Comme l’explique le rav Yoav Ouriel, dans un cours de Torah diffusé depuis le front où il actuellement mobilisé, « le peuple d’Israël a découvert un nouveau Nom de Dieu… Découvrir un nouveau Nom de Dieu, c’est comme expérimenter une nouvelle Création ! Il y a des facettes du Créateur que nous ne connaissions pas jusqu’à ce jour. ‘’L’Eternel maître des batailles” est un nouveau Nom de Dieu ».

 

            Mais en réalité, l’expression Ish mil’hama signifie autre chose que la traduction qu’en donne la Bible du rabbinat français, sous la direction du grand-rabbin Zadoc Kahn, de « maître des batailles ». Ish mil’hama veut dire littéralement un « homme de guerre », c’est-à-dire un soldat. Cette expression, ce nouveau Nom de D.ieu, comme l’explique le rav Yoav Ouriel, signifie que D.ieu combat avec nos soldats, Il est bien présent sur le champ de bataille de Gaza, comme en ont attesté des dizaines de soldats et d’officiers qui combattent en ces moments mêmes contre l’ennemi.

 

            Après le grand Hilloul Hashem, la « profanation du Nom » du 7 octobre, et ce que certains ont voulu interpréter comme un « Hester Panim », un voilement de la face de D.ieu, nous assistons à présent au grand dévoilement de la présence divine, d’un D.ieu qui combat avec Son peuple, contre Ses ennemis. Oui, « Hashem Ish mil’hama, Hashem Shemo ! »

           

P. Lurçat

NB Mon nouveau livre, Face à l’opacité du monde, paraît ces jours-ci aux éditions l’éléphant. Il est disponible sur Amazon, B.O.D et dans les bonnes librairies. Je l’ai évoqué à l’antenne d’Antoine Mercier sur sa chaîne Youtube Mosaïque.

Une étincelle d’hébreu : Hashem Ish mil'hama, L’Eternel est un soldat

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Quelques différences fondamentales entre l’immobilier en Israël et en France, Pierre Lurçat

November 21 2023, 09:14am

Posted by Pierre Lurçat

Quelques différences fondamentales entre l’immobilier en Israël et en France, Pierre Lurçat

Ce que tout le monde devrait savoir avant d'acheter un bien en Israël (I)

Quelques différences fondamentales entre l’immobilier en Israël et en France

 

La nouvelle vague d’antisémitisme en France et la difficulté croissante d’assumer son judaïsme en dehors d’Israël incitent de nombreux Juifs à se poser la question de l’alyah. Dans ce contexte, les projets d’achat d’un bien immobilier en Israël sont de plus en plus actuels, d’autant que les prévisions d’une vague d’alyah sans précédent au lendemain de la guerre vont exercer une pression à la hausse sur les prix de l’immobilier.

Dans l’article qui suis, je donne des conseils de base à tous ceux qui envisagent de réaliser leur premier achat immobilier en Israël. Je précise que j’ai exercé le métier d’avocat en Israël et enseigné le droit immobilier pendant une quinzaine d’années, avant de devenir moi-même agent au sein du réseau international Century 21 à Jérusalem.

La première chose à savoir, pour un acheteur venant de France, est que les terres constructibles appartiennent en Israël à l’Etat dans près de 90 pour cent des cas. Cela signifie que l’acheteur n’acquiert pas la propriété de la terre – qui est légalement incessible – mais seulement un droit de bail de longue durée. Concrètement, cela ne change pas fondamentalement les droits du propriétaire, qui possède son appartement, en a la jouissance exclusive et peut le céder à son gré.

La deuxième différence est sans doute plus essentielle encore pour l’acheteur venu de France. Elle tient à la manière dont sont mesurées les superficies. En Israël, point de Loi Carrez ! Les choses sont donc bien moins… carrées qu’en France ! En effet, pour chaque appartement, on compte pas moins de deux, voire trois superficies officielles différentes, selon qu’on consulte l’extrait du cadastre (Tabou), l’attestation des impôts locaux (Arnona) ou encore le contrat de bail signé avec le promoteur…

Comment savoir, dans ces circonstances, quelle est la superficie réelle de votre appartement avant de l’acheter ? La première règle est de ne pas vous fier aux chiffres publiés sur les annonces immobilières. Même si le vendeur est de bonne foi, il peut publier un chiffre officiel qui s’avère inexact. Le deuxième conseil est de procéder à votre propre mesure, au moyen d’un appareil spécialisé ou d’un simple mètre déroulant. Enfin, sachez que les prix au mètre carré ne sont pas toujours significatifs en Israël (du fait précisément de l’imprécision qui entoure les superficies) et que le prix dépend tout autant d’autres facteurs (nombre de pièces, environnement, état de l’immeuble, etc.)

Dans un prochain article, nous verrons plus en détail où sont inscrits les biens immobiliers et comment trouver les informations essentielles sur le sujet. N’hésitez pas à me contacter pour me demander un conseil, ou pour me confier votre projet d’achat/ de vente à Jérusalem !

 

Pierre Lurçat

Century21

5 rehov Marcus, Talbieh, Jérusalem

Quelques différences fondamentales entre l’immobilier en Israël et en France, Pierre Lurçat

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Selon Esther Duflo, Israël “encourage le massacre de tout un peuple, hommes, femmes et enfants” au nom de la Bible

November 20 2023, 19:56pm

Posted by Pierre Lurçat

Esther Duflo

Esther Duflo

 

Entendu ce matin sur France Culture, au micro de Guillaume Erner, la prix Nobel d’économie Esther Duflo, proférer les paroles suivantes: 

En plus d’être d’une insoutenable violence physique, la guerre entre Israël et le Hamas est aussi d’une incroyable violence verbale… Ainsi, le ministre de la Défense, Yoav Galant, parle d’un ‘combat contre des bêtes humaines’. En reprenant le verset biblique sur le massacre des Akamélites (sic) par le roi Saul, ‘Vous devez vous souvenir de ce qu’Amalek vous a fait’, Benjamin Nétanyahou encourage implicitement le massacre de tout un peuple, hommes, femmes et enfants…”

Cette accusation est d’autant plus grave que, comme l’a montré l’historien de l’antisémitisme Pierre-André Taguieff, le mythe du “génocide du peuple palestinien” s’inscrit dans le droit fil de l’accusation de crime rituel, qu’il reprend à son compte et auquel il donne des formes nouvelles (*). Il est évidemment regrettable que les propos scandaleux d’Esther Duflo n’aient pas été relevés et contredits par Guillaume Erner, qui les a pris pour argent comptant. 

Cerise sur le gâteau : cette émission est un podcast régulier de Mme Duflo sur France-Culture, qui la présente dans ces termes flatteurs: “l’économiste et professeure au Collège de France Esther Duflo, qui a reçu le Prix Nobel en 2019 (...) aborde avec pédagogie une question qui fait l’actualité”.

Si Esther Duflo connaissait un tant soit peu la Bible et l’histoire juive, elle saurait que le verset biblique en question n’est nullement un appel au génocide, mais une injonction à se souvenir du mal que nos ennemis nous ont fait. Injonction d’actualité, au lendemain du massacre commis par le Hamas, dont Israël avait cru - erreur tragique - qu’on pouvait l’amadouer avec de l’argent qatari… 

Les propos scandaleux de Mme Duflo montrent au moins deux choses. La première, c’est qu’on peut enseigner au Collège de France et avoir reçu un Prix Nobel d’économie, tout en étant d’une ignorance totale sur le sujet du judaïsme et en colportant d’anciens préjugés antijuifs séculaires concernant Israël. La seconde, c’est qu’il est de bon ton sur la radio publique française aujourd’hui de renvoyer dos-à-dos le Hamas et Israël, au nom d’un pacifisme et d’un “refus de choisir son camp” qui a toujours fait le lit des régimes totalitaires.

P. Lurçat

(*) Je renvoie à mon cours sur le “Mythe du génocide du peuple palestinien”, donné dans le cadre de l’université populaire du judaïsme et publié sur Akadem et repris dans mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éd. de l’éléphant 2021.

Le Biais d'Esther Duflo : podcast et émission en replay | France Culture (radiofrance.fr)

 

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Frédéric Encel est-il le nouveau porte-parole du Quai d'Orsay?

November 19 2023, 06:31am

Posted by Philippe Karsenty et Pierre Lurçat

F. Encel recevant un prix du ministère des Affaires étrangères français, 2021

F. Encel recevant un prix du ministère des Affaires étrangères français, 2021

Il se passe des choses stupéfiantes en France.  Un « humoriste » antisémite, qui traite le Premier Ministre israélien de « nazi sans prépuce », ne reçoit qu’un simple avertissement de la direction de France Inter.  Un autre « humoriste » sert de conseiller au président français et lui recommande de ne pas aller manifester contre l’antisémitisme pour ne pas enflammer les banlieues.  Une exposition intitulée « Ce que la Palestine apporte au monde » est prolongée en raison de son succès, et l’antisémitisme atteint de nouveaux sommets. Mais le plus désolant est sans doute de voir un commentateur médiatique juif, qui depuis trente ans se fait passer pour « pro-Israélien », défendre bec et ongles la politique arabe de la France et l’attitude de plus en plus hostile du président Macron envers Israël.

 

            Alors que la position de la France dans la guerre lancée par le Hamas contre Israël suscite l’indignation générale, il faut écouter l’interview très révélatrice qu’a donnée Frédéric Encel sur Radio France Internationale. Il s’y livre à un plaidoyer pro-Macron et pro-Quai d’Orsay, qui n’étonnera que ceux qui croyaient encore que F. Encel défendait des valeurs proches de celles d’Israël. Plutôt que de longs commentaires, mieux vaut livrer au lecteur la transcription des moments clés de cette interview, intitulée sobrement « Dans le discours diplomatique français, il y a une volonté d’originalité ».

 

Verbatim :

 

F. Encel. « Le discours diplomatique français a évolué de manière relativement logique… Je m’inscris en faux par rapport à beaucoup d’observateurs qui considèrent que la politique d’Emmanuel Macron est erratique… En réalité il y a une volonté d’originalité, avec deux faits marquants qui ont paru contradictoires mais qui me paraissent assez cohérents. Le premier c’est la proposition française d’une coalition internationale contre le Hamas, façon Daech. Même Biden ne l’a pas proposé. Et puis la demande assez originale d’un cessez-le-feu… Ce cessez-le-feu correspond finalement après cinq semaines de guerre à quelque chose d’assez banal… Il y a une quête d’originalité, quant à l’efficacité des propositions françaises, c’est difficile de préjuger de leur succès

 

RFI : La France a appelé à une trêve humanitaire à Gaza, puis à un cessez-le-feu, c’est quand même un changement de position ?

F.E. Oui, vous avez raison… Mais c’est un changement qui paraît cohérent avec la durée, l’ampleur et la nature de la guerre. Une trêve humanitaire, cela signifie laisser souffler la plus grande partie de la population civile palestinienne, qui évidemment n’est pour rien dans les massacres du 7 octobre.

RFI. Ces changements de sémantique que vous estimez logiques, Frédéric Encel, ne sont-ils pas dus à la peur d’une importation du conflit sur le territoire français ?

F.E. Je vais vous dire quelque chose d’assez fort, avec beaucoup de vigueur… La France est un Etat souverain, c’est en principe une puissance considérable. L’instrumentalisation de la cause palestinienne c’est juste intolérable ! (...) Je ne pense pas pour l’instant qu’Emmanuel Macron joue la partition de la France au Proche-Orient en fonction de la paix civile sur le sol de la République…

RFI. Mais est-ce que la position de la France dans ce dossier est vraiment si différente de celle des alliés occidentaux de la France ?

F.E. Eh bien non, non seulement elle n’est pas très différente, mais elle n’est pas différente de celle qui prévalait depuis 1967… En réalité, le Quai d’Orsay et l’Elysée ont maintenu systématiquement la même position française depuis 1967, qui d’ailleurs est une position onusienne, c’est la solution des deux Etats, moyennant une sécurité et des frontières sûres et reconnues pour Israël… Il n’y a rien de nouveau. On le dit peut-être avec moins de conviction. La France comme d’autres Etats ont considéré avec raison que ce conflit était devenu un simple contentieux local… »

 

Mais le meilleur est pour la fin (In cauda venenum !) :

RFI. Frédéric Encel, on apprend ce matin que plusieurs ambassadeurs de France au Moyen-Orient disent regretter le virage pro-israélien d’Emmanuel Macron dans ce dossier, c’est quelque chose de nouveau ?

F.E.  Oui, c’est vrai… Le Quai d’Orsay n’est pas, contrairement à ce que fantasment beaucoup de gens, super pro-arabe... Il tient compte des réalités. Il y a 22 Etats arabes, il y a un Etat juif c’est Israël et on considère chez ces diplomates que la France est en train de perdre une partie de son influence dans le monde arabe ».

 

Non, M. Encel, la politique étrangère d’Emmanuel Macron n’est ni logique, ni originale, ni cohérente et le Quai d’Orsay ne tient pas « compte des réalités ». Non, M. Encel, la population civile de Gaza n’est pas innocente des crimes du Hamas, nombreux sont ceux qui y ont participé et encore plus s’en sont réjouis, à Gaza comme à Ramallah. Oui, M. Encel, « Emmanuel Macron joue la partition de la France au Proche-Orient en fonction de la paix civile sur le sol de la République », c’est son conseiller banlieues, Yassine Bellatar, qui l’a confirmé.

 

Si le Quai d’Orsay a trahi l’amitié franco-israélienne depuis des lustres, cela ne rend pas sa politique plus respectable. Quand Israël se bat pour sa survie, chacun a le droit d’espérer que les démocrates du monde entier se rangent aux côtés de l’Etat d’Israël qui défend les valeurs que tous devraient promouvoir. Aujourd’hui, défendre la politique étrangère d’Emmanuel Macron au Proche-Orient n’est pas seulement une erreur politique. C’est une faute morale.

 

Après avoir écouté Frédéric Encel encenser la politique étrangère française et flatter Charles Enderlin sur BFM TV, reste à se demander ce qu’il attend de ses flagorneries. Un poste au Quai d’Orsay ? Une ambassade ? Des contrats bien rémunérés ? Se réconcilier avec Pascal Boniface ? Ah, qu’il est loin le temps où Frédéric Encel signait ses messages par « Salutations Jabotinskiennes »

Pierre Lurçat et Philippe Karsenty

Article paru initialement sur Dreuz.info

 

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"Tehilim Neged Tilim” : Le livre qui parle à chaque Juif pendant la guerre

November 17 2023, 09:04am

Posted by Pierre Lurçat

"Tehilim Neged Tilim” : Le livre qui parle à chaque Juif pendant la guerre

Tehilim Neged Tilim” : Le livre qui parle à chaque Juif pendant la guerre

 

La guerre qui entre dans sa sixième semaine est l’occasion pour chaque Israélien (et pour chaque Juif) de réviser son attitude sur de multiples sujets, et notamment sur celui de ses rapports avec le judaïsme et avec les textes sacrés. Or, parmi les textes de notre Tradition, il en est un qui a accompagné le peuple Juif dans toutes ses pérégrinations depuis trois mille ans, et qui parle plus que tout autre aux cœurs des Juifs lorsqu’ils sont dans l’épreuve… Il s’agit évidemment du livre des Psaumes, le Sefer Tehilim attribué au Roi David.

 

Comme l’écrit Behel Sarloyi dans les colonnes de Makor Rishon, il n’existe aucun autre livre au monde qui, 3000 ans après sa rédaction, parle ainsi à ses lecteurs, Juifs et non Juifs, dans le monde entier. Elle relate que la traduction en polonais des Psaumes par Czesław Miłosz eut plus d’un million de lecteurs après la chute de l’URSS. En Israël, c’est le livre vers lequel chaque Juif se tourne dans les moments difficiles, individuels ou collectifs. L’expression « Tehilim neged tilim » (« des psaumes contre des missiles ») a été forgée pour dire que les Psaumes étaient eux aussi, une arme contre les missiles de nos ennemis.

 

Sur la photo ci-dessous, prise pendant l’opération de Karamé en 1968, on peut voir le rabbin Shlomo Goren, entouré des généraux Rehavaam Zevi H.y.d et Ariel Sharon, lisant tous trois des Psaumes. Bien entendu, les mots éternels du roi David ne sont pas des formules magiques… Pour que nos prières soient entendues, il faut aussi que l’intention soit pure. Ariel Sharon, le vainqueur de la guerre de Kippour, s’est ensuite transformé en bulldozer destructeur lors du retrait du Goush Katif, dont nous payons le prix terrible jusqu’à ce jour. Mais en regardant cette photo, je préfère penser au Sharon d’alors, et à tout ce que cette photo signifie quant à l’unité et à la force de notre peuple, Am ha-Netsah, le peuple éternel. Shabbat shalom!

 

"Tehilim Neged Tilim” : Le livre qui parle à chaque Juif pendant la guerre

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Face à la guerre en Israël : Les préjugés persistants du monde (post-)chrétien envers les Juifs

November 16 2023, 15:55pm

Posted by Pierre Lurçat

BHL et Arielle Dombasle : le "visage du Christ"?

BHL et Arielle Dombasle : le "visage du Christ"?

 

1.

« J’ai tout de suite vu le visage du Christ et quelque chose de sombre comme de la cendre dans les yeux », relate Arielle Dombasle en évoquant sa rencontre avec Bernard Henri Lévy. L’anecdote relève de la presse « People », mais elle en dit long sur le regard que les chrétiens portent sur les Juifs. Or celui-ci a des conséquences qui vont bien au-delà des relations interpersonnelles, et qui concernent la politique et la géopolitique. Le « visage du Christ » ne désigne pas seulement à cet égard la manière dont le Juif est perçu physiquement, encore aujourd’hui, mais également celle dont est perçu l’Etat d’Israël et dont ses actions sont appréciées, et soutenues ou critiquées dans l’ensemble du monde occidental, chrétien et post-chrétien.

 

Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter l’interview sidérante donnée par le président français Emmanuel Macron à la BCC le 11 novembre, dans laquelle il « exhortait Israël » à « cesser de bombarder des civils » à Gaza. Au-delà de la versatilité et de l’hypocrisie du discours, déjà relevées dans ces colonnes et largement condamnées, il y a ici la manifestation d’une incapacité de juger l’événement autrement qu’à travers le regard du téléspectateur, c’est-à-dire du spectateur abreuvé d’images, qui ne peut que « condamner », « réprouver » ou « s’indigner », sous le coup de l’émotion, sans être capable de s’extraire de ce jugement émotionnel à l’emporte-pièce pour analyser l’événement.

 

2.

C’est précisément cette propension de l’homme contemporain à ne juger l’événement qu’à travers des images et les émotions qu’elles suscitent qui permet au Hamas de marquer des points dans l’opinion publique et de capitaliser sur chaque mort de civil à Gaza. Paradoxalement, c’est donc le Hamas qui a intérêt à maximiser le nombre de victimes civiles dans la population de Gaza, alors qu’Israël a intérêt à minimiser le nombre de victimes civiles (et fait tout son possible pour). Ce paradoxe tient aussi au fait que le Hamas (comme les autres organisations djihadistes) sanctifie la mort, alors qu’Israël sanctifie la vie.

 

Et le monde chrétien ? Il est apparemment encore et toujours tenté de porter sur Israël un regard déformé par deux mille ans de préjugés et « d'enseignement du mépris », comme disait Jules Isaac. Comment expliquer autrement l'attitude d'un Jospin, évoquant la « Loi du Talion » pour décrire la riposte israélienne, ignorant apparemment que la loi du Talion est en réalité une règle de proportionnalité (la fameuse proportionnalité!), qui a représenté un immense progrès par rapport aux habitudes de vengeance sans limite qui avaient cours dans le monde avoisinant de l’Israël antique, et qui sont encore usitées chez les ennemis d’Israël[1]. On reproche ainsi à Israël sa propension à la « vengeance » et au « Talion », au lieu d’apprécier son sens de la justice et de la retenue jusque dans la guerre.

 

3.

La persistance d’un regard chrétien déformé sur les Juifs dans un monde largement laïcisé montre que les préjugés ont la vie dure. Le fameux « dialogue judéo-chrétien » aurait-il échoué ? Cinquante ans après le décès de Jules Isaac, dont l’anniversaire est célébré ces jours-ci, la question mérite d'être posée. Mais en vérité, la réponse à cette question appartient aux chrétiens bien plus qu'aux Juifs. Car la question cruciale qui se pose aujourd'hui à Israël n'est pas celle de nos relations avec le monde chrétien (ou encore avec le monde musulman opposé à l'axe du Mal Iran-Hamas). Elle est celle de savoir qui nous sommes et pourquoi nous combattons.

 

            Or ces deux questions sont liées. C’est précisément lorsqu’Israël se refuse à assumer sa propre identité, celle du peuple de Dieu combattant pour la justice et pour le bien absolu, que les chrétiens et les musulmans contestent son identité et son droit sur la terre d’Israël. Quand Israël aura pleinement assumé – comme il commence à le faire ces dernières semaines – sa vocation de « Peuple Saint » et de « Peuple de Dieu », alors les autres peuples finiront par le reconnaître, et selon la prophétie d’Isaïe, « La montagne de la maison du Seigneur sera affermie sur la cime des montagnes et toutes les nations y afflueront ».

 

P. Lurçat

 

NB Mon nouveau livre, Face à l’opacité du monde, paraît ces jours-ci aux éditions l’éléphant. Il est disponible sur Amazon, B.O.D et dans les bonnes librairies. Je l’ai évoqué à l’antenne d’Antoine Mercier sur sa chaîne Youtube Mosaïque.

 

[1] Sur la déformation de la Loi du Talion dans l’Occident chrétien, voir Rafael Drai, Le mythe de la loi du Talion, éditions Hermann.

 
Face à la guerre en Israël :   Les préjugés persistants du monde (post-)chrétien envers les Juifs

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Une étincelle d’hébreu : “Shok Al-Yarekh”, à plate couture

November 15 2023, 08:43am

Posted by Pierre Lurçat

Une étincelle d’hébreu : “Shok Al-Yarekh”, à plate couture

“Nous allons vaincre le Hamas à plate couture”. De telles déclarations abondent dans les médias israéliens depuis le 7 octobre. L’expression employée en hébreu, “Shok al-yarekh”, mérite qu’on s’y arrête. On la trouve pour la première fois au Livre des Juges (15-9), dans le récit de la guerre menée par Samson contre les Philistins. “Et il les battit dos et ventre” (Shok al-Yarekh). La traduction du rabbinat rend de manière plaisante l’original, qui signifie mot à mot “cuisse sur le jarret”.

 

D’où vient cette expression ? Selon de nombreux commentateurs, elle signifie que les cavaliers (désignés de manière métaphorique par la cuisse) triomphent des fantassins (désignés par le jarret). Nous n’avons plus de cavaliers aujourd’hui, pourtant l’expression est demeurée bien vivante. Mais pour qu’Israël batte le Hamas et ses autres ennemis à plate couture, il ne suffit pas de faire montre de sa force militaire.

 

Comme l’a dit hier soir le ministre de la Défense, Yoav Galant, qui porte le prénom d’un chef de l’armée du roi David, “nous vaincrons avec l’aide de D.”. Il est frappant de constater que des soldats, des officiers et des dirigeants de plus en plus nombreux prennent aujourd’hui conscience de ce “secret” qui accompagne le peuple Juif depuis les débuts de son histoire : la victoire appartient à l’Eternel. Que l’Eternel protège nos soldats et qu’il nous donne la victoire, “Shok al-Yarekh”!

P. Lurçat

NB J'ai donné une interview à Antoine Mercier sur la chaîne Mosaïque, sur le sujet "La guerre du bien absolu contre le mal absolu".

 

Pierre Lurçat - Israël face à l'opacité du monde - La guerre du bien absolu contre le mal absolu - YouTube

 

Une étincelle d’hébreu : “Shok Al-Yarekh”, à plate couture

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Pourquoi combattons-nous ? (II): Rétablir la souveraineté juive sur le Mont du Temple

November 12 2023, 09:16am

Posted by Pierre Lurçat

Pourquoi combattons-nous ? (II): Rétablir la souveraineté juive sur le Mont du Temple

Pourquoi combattons-nous ? (I) : La deuxième Guerre d’Indépendance d'Israël, par Pierre Lurçat - VudeJerusalem.over-blog.com

Dans le supplément Shabbat du journal Makor Rishon, Ronen Shoval livre une analyse intéressante, sous le titre « Retour à 1948 ». Partant du constat que les événements de Simhat Torah sont de portée biblique, il explique pourquoi il convient d’abandonner la morale d’Oslo et du retrait de Gaza pour retrouver la morale de 1948, celle de Ben Gourion et de la génération de la Guerre d’Indépendance. L’analyse est intéressante, mais elle ne suffit pas. En effet, si le 7 octobre marque un tournant majeur de notre histoire nationale, il doit aussi signifier une nouvelle étape dans l’édification de notre État, et pas seulement un retour au sionisme de 1948. 

Une fois que la guerre à Gaza sera gagnée, nous devrons passer à la seconde étape du sionisme. Le but ne sera pas seulement cette fois-ci d’assurer la sécurité de notre État (objectif initial du sionisme politique), mais d’ajouter un nouvel étage au projet initial. Passer d’un sionisme de subsistance (Tsionout shel Kiyoum) à un sionisme de vocation (Tsionout shel Yioud). Quelle est notre vocation ? Comme beaucoup d’Israéliens – civils et soldats – l’ont compris depuis le 7 octobre, la meilleure réponse à l’attaque du Hamas est l’instauration d’un État plus juif – dans l’esprit de la tradition de nos Prophètes – et plus conforme à notre vocation de « peuple Saint ». 

Une réponse adaptée à l’attaque meurtrière, lancée sous le slogan « Déluge d’Al-Aqsa », aurait ainsi pu consister à restreindre l’accès des musulmans au Mont du Temple, tant que les otages ne seront pas libérés. Israël aurait ainsi signifié qu’il se battait lui aussi pour Jérusalem et pour le Temple. Ce geste symbolique n’aurait pas seulement permis de répondre à la provocation du Hamas, mais aussi de réaffirmer notre souveraineté sur le lieu le plus saint du peuple Juif, qui a été malheureusement délaissé et quasiment livré à l’ennemi en 1967, lorsque Moshé Dayan a déclaré que nous n’avions « que faire de ce Vatican » (sic). 

Comme je l’écrivais en 2017, l’attitude d’Israël sur le Mont du Temple est une double erreur, psychologique et politique. Psychologiquement, elle renforce les musulmans dans leur complexe de supériorité, en les confortant dans l’idée que l’islam est destiné à dominer les autres religions et que ces dernières ne peuvent exercer leur culte qu’avec l’autorisation et sous le contrôle des musulmans, c’est-à-dire en étant des « dhimmis ». Politiquement, elle confirme le sentiment paranoïaque de menace existentielle que l’islam croit déceler dans toute manifestation d’indépendance et de liberté de ces mêmes dhimmis à l’intérieur du monde musulman. 

Paradoxalement, la souveraineté juive à Jérusalem est perçue comme une menace pour l’islam précisément en raison de son caractère incomplet et partiel : les Juifs sont d’autant plus considérés comme des intrus sur le Mont du Temple, qu’ils n’y sont pas présents à demeure et qu’ils y viennent toujours sous bonne escorte, comme des envahisseurs potentiels.

“Celui qui contrôle le Mont du Temple contrôle le pays”

L’alternative à cette situation inextricable et mortifère consisterait, comme l’avait bien vu l’écrivain et poète Ouri Zvi Greenberg, à asseoir notre souveraineté entière et sans partage sur le Mont du Temple, car « celui qui contrôle le Mont contrôle le pays ». Ce faisant, Israël signifierait au monde musulman que sa présence sur sa terre est permanente et non pas provisoire, et que les Juifs revenus sur leur terre ne sont pas des « croisés », destinés à être chassés à plus ou moins longue échéance : ils sont les maîtres et les souverains à Jérusalem, comme à Hébron et ailleurs, et ils sont là pour y rester. 

Une telle attitude pourrait libérer les musulmans de leur complexe d’infériorité-supériorité en leur signifiant que Jérusalem est hors de portée pour leurs aspirations de faire renaître un hypothétique Califat et que leur seul choix est d’accepter la coexistence pacifique avec un Israël fort et souverain. Ce faisant, Israël montrerait à l’ensemble du monde musulman que nous ne sommes plus des dhimmis (comme a pu le croire le Hamas, lorsqu’Israël a cru « acheter sa sécurité » en laissant passer à Gaza l’argent du Qatar), mais des Juifs fiers et sûrs de leurs droits, revenus sur leur terre pour édifier un Etat souverain et fort. Le « Mur de fer » préconisé par Jabotinsky passe par le Mont du Temple.

P. Lurçat

Mon nouveau livre, Face à l’opacité du monde, est disponible sur Amazon, B.O.D et dans les bonnes librairies.
 

Pourquoi combattons-nous ? (II): Rétablir la souveraineté juive sur le Mont du Temple

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