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Autopsie d'un mensonge : Leila Shahid, le mythe de la Palestine et les idiots utiles du palestinisme

February 25 2026, 12:01pm

Posted by Pierre Lurçat

Shahid, au milieu, entre Chirac et Arafat (yma'h shemo)

Shahid, au milieu, entre Chirac et Arafat (yma'h shemo)

 

Comme l’observait Eliezer Cherki au lendemain du 7-octobre, un mur de mensonges s'est effondré dans le fracas et l'horreur du plus grand pogrome commis depuis la Shoah. "Le mensonge n'a pas de jambes" dit le dicton hébraïque, c'est pourquoi il est voué à s'effondrer tôt ou tard. C'est bien ce qui arrive au grand mensonge de la Palestine, tissé depuis près d'un siècle par des générations de diplomates, de journalistes et de propagandistes de tout poil… Leila Shahid occupait une place de choix parmi ceux-ci.

 

Première femme à représenter la "Palestine" en France, selon sa biographie officielle, elle avait pour particularité, entre autres, d'être devenue l'ambassadrice d'un pays qui n'existe que dans l'esprit fertile et maléfique des fonctionnaires du quai d'Orsay. La "Palestine" qu'elle prétendait incarner dans les médias français et ailleurs était le produit monstrueux du seul mouvement national porté sur les fonts baptismaux par les trois grands totalitarismes meurtriers du vingtième siècle : le nazi, le communiste et celui des frères musulmans.

 

S'agissant du premier, Shahid avait un lien familial étroit avec le nazisme puisqu'elle était la petite nièce du grand Mufti pronazi Hadj Amine al Husseini, de sinistre mémoire… Un des indéniables talents de Leïla Shahid, durant sa longue carrière de diplomate au service du mensonge palestinien, fut de nouer des relations avec de nombreux intellectuels et figures publiques, y compris - hélas - de nombreux Juifs. Ceux-ci remplirent une fonction importante dans le succès planétaire du mensonge de la "Palestine" arabe.

 

J'analyse dans mon livre Les mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain les éléments essentiels de ce mensonge et je m'interroge, dans la nouvelle édition du livre à paraître, sur le paradoxe de la victoire de la propagande du Hamas concomitante à sa défaite militaire depuis le 7-Octobre. Il ne fait aucun doute qu'un des symptômes, mais aussi une des causes de cette victoire paradoxale est le fait que la cause palestinienne ait pu mobiliser d'innombrables "idiots utiles", y compris des Juifs, depuis l'époque d'Arafat et jusqu'à aujourd'hui.

 

Il suffit pour s'en convaincre de lire les messages de condoléances adressés par ces idiots utiles à l'occasion du décès de Shahid, qui ne faisait pas mystère de son hostilité irréductible pour l'État d'Israël. Parmi les derniers exemples en date de ces idiots utiles de la cause palestinienne, figurent en bonne place ceux de la rabbine Delphine Horvilleur et de l'académicien Alain Finkielkraut qui ont apporté leur soutien à la reconnaissance de la Palestine par Emmanuel Macron.

 

Leur responsabilité est lourde, devant l'histoire et devant l’impératif suprême de garantir la sécurité du peuple Juif. Mais comme tous les mensonges, celui de la Palestine est en train de s'écrouler dans les ruines de Gaza, comme le mensonge nazi s'est effondré dans les ruines de Berlin.

Pierre Lurçat

 

NB Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! la plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

Idiots utiles: Shahid avec Esther Benbassa et son mari

Idiots utiles: Shahid avec Esther Benbassa et son mari

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Appel à BHL et Alain Finkielkraut: démarquez vous publiquement des propos de David Grossman!

August 18 2025, 15:40pm

Posted by Pierre Lurçat

Alain Finkielkraut et BHL aux côtés de Benny Lévy z.l

Alain Finkielkraut et BHL aux côtés de Benny Lévy z.l

 

Il faut lire l’entretien stupéfiant avec David Grossman dans le Monde des Livres la semaine dernière, pour tenter de comprendre l’état d’esprit de l’écrivain – qui a récemment joint sa voix à la campagne de propagande du Hamas accusant Israël de “génocide” à Gaza – et à travers lui, l’état d’esprit de toutes ces vieilles élites israéliennes, qui considèrent que le combat contre le gouvernement Nétanyahou a priorité sur la guerre contre le Hamas. “Lorsque « Le Monde des livres » l’a interrogé à distance", écrit Nicolas Weill, "il se trouvait justement au cœur d’une tempête soulevée par ses propos tenus à l’occasion d’une interview accordée au quotidien italien La Repubblica (1er août), qualifiant de « génocide » la situation actuelle dans la bande de Gaza. Sans éviter le sujet, il s’est avoué désormais fatigué de répondre à des questions politiques et heureux de parler plutôt de son travail littéraire…

 

Oui, vous avez bien lu ! L’écrivain iconique des lettres israéliennes qui, parvenu au faîte de sa renommée internationale, a délibérément choisi de joindre sa voix à celles des ennemis d’Israël en accusant son pays de “génocide”, se dit “fatigué” de répondre aux questions sur ses propos scandaleux, et préfère parler de son travail littéraire… Dans une émission diffusée il y a une dizaine d’années par la télévision israélienne, on pouvait voir Grossman entouré de ses traducteurs en plusieurs langues, réunis dans une somptueuse villa pour les besoins de l’émission, répondant aux questions sur son œuvre et sur ses multiples traductions. On comprenait en l’écoutant combien il jouissait de ce statut d’écrivain traduit, adulé par les médias occidentaux qui ont fait de lui la “voix d’Israël”...

 

Au-delà de la question légitime de savoir quelle part les opinions radicales de Grossman sur la scène politique israélienne jouent dans son aura internationale[1], on peut s’interroger sur cette “fatigue” de l’écrivain, qui après avoir allumé un incendie par ses propos au quotidien italien La Republicca, ne daigne même pas répondre aux critiques légitimes et à la polémique qu’il a sciemment déclenchée… Outre l’incroyable orgueil et la pusillanimité que cette attitude révèle, elle atteste aussi d’une réalité plus profonde, caractéristique de cette gauche israélienne (et juive) qui a depuis longtemps fait sécession et se considère bien plus comme une partie de l’establishment culturel international que du peuple d’Israël…

 

            La gravité des propos de David Grossman est d’autant plus lourde que l’argument moral est aujourd’hui au cœur de la campagne de haine d’Israël lancée par le Hamas et ses soutiens en Occident : il s’agit d’un “antisémitisme moral”, comme l’a récemment fait remarquer Antoine Mercier sur sa chaîne Mosaïque. Dans ce contexte, les prises de position d’intellectuels ou d’hommes de plume israéliens ou Juifs se désolidarisant de leur Etat, de leur armée et de leur peuple en invoquant leur “conscience morale” sont une arme idéologique redoutable aux mains du Hamas et des ennemis d’Israël.

 

            Dès le mois de mars 2024, je m’interrogeais dans ces colonnes, au sujet de Delphine Horvilleur et de Bruno Karsenti: comment ces intellectuels juifs peuvent-ils prétendre défendre Israël contre ceux qui l’accusent de “génocide” ou d’épuration ethnique, dès lors qu’eux-mêmes accusent Israël (ou son gouvernement) de ne pas faire assez pour protéger les civils (D. Horvilleur) ou d’aspirer à une épuration ethnique des Palestiniens (B. Karsenti)? Dix-huit mois plus tard, la boucle est bouclée: Horvilleur a rejoint le camp de ceux qui accusent Israël de génocide, en prenant la défense de David Grossman, dans un plaidoyer pitoyable sur le site de la revue Tenoua.

 

Face à cette débâcle intellectuelle et morale, dont j’ai tenté d’analyser les ressorts psychologiques, je continue d’espérer qu’il se trouvera un intellectuel juif honnête et courageux pour dire que le roi est nu et que David Grossman déraille. J’appelle ici solennellement Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut – qui ont souvent exprimé leur admiration envers Grossman l’écrivain – à se démarquer des propos scandaleux de Grossman et à réaffirmer publiquement qu’Israël ne commet aucun génocide à Gaza. L’auteur de La réprobation d’Israël ne peut rester muet face à la terrible calomnie à laquelle Grossman a prêté sa plume et sa notoriété.

Pierre Lurçat

 

 

 

[1] Question que j’aborde dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

David Grossman

David Grossman

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Dans la tête d’un lecteur d’Ha'aretz (III) : Quand la gauche israélienne recycle les pires accusations antisémites

June 30 2025, 07:12am

Posted by Pierre Lurçat

Amira Haas à Ramallah, 2001

Amira Haas à Ramallah, 2001

 

Dans les 2 premiers volets de cette série d’articles, nous avons vu comment Ha’aretz accusait Tsahal de commettre un génocide à Gaza et comment sa compassion pour les « civils innocents » de Gaza s’accompagnait d’une détestation pour les Juifs. Dans ce troisième volet, nous allons voir comment cette détestation – en particulier pour les Juifs habitant en Judée-Samarie – a contribué à l’aveuglement qui a mené au 7 octobre.

 

Dans la tête d’un lecteur d’Ha'aretz (I): Gaza, “génocide” ou “extermination”? Pierre Lurçat - VudeJerusalem.over-blog.com

Dans la tête d’un lecteur d’Ha'aretz (II) : Compassion pour Gaza et détestation des Juifs, Pierre Lurçat - VudeJerusalem.over-blog.com

 

Rencontrant un célèbre intellectuel juif français, un rabbin sioniste religieux bien connu eut la surprise de l’entendre affirmer que les “colons empoisonnaient les puits des Palestiniens” en Judée-Samarie. L’accusation n’est pas nouvelle : elle a été proférée par Mahmoud Abbas (que certains s’entêtent à qualifier de “modéré”) en juin 2016. Or cette accusation n’est pas seulement un fake-news, utilisé par le vieux leader de l’Autorité palestinienne dans sa guerre idéologique contre Israël. Il s’agit aussi de la remise au goût du jour d’un poncif de l’antisémitisme séculaire.

 

C’est en effet le thème ancien et très répandu au Moyen-Age des “Juifs empoisonneurs”, qui est réapparu au 16e siècle sous la plume féconde de Martin Luther, puis au 20e siècle lors de l’affaire du “complot des blouses blanches” en URSS. On constate donc que l’antisionisme contemporain n’invente rien : il se contente de recycler les poncifs éculés de l’antisémitisme à travers les siècles, en les remettant au “goût du jour”. La propagande contemporaine contre Israël puise sans cesse dans l’imaginaire collectif occidental et dans l’arsenal de la propagande antisémite[1].

 

Mais cela n’explique pas comment notre intellectuel juif français pouvait croire à ce mensonge éhonté de la propagande palestinienne. La réponse est que les mensonges palestiniens sont jour après jour repris par le journal Ha’aretz, qui s’est donné pour mission de calomnier de manière quotidienne – à travers la thématique mensongère de la “violence des colons” – les habitants juifs de Judée-Samarie, devenus sous la plume d’Amira Hass, de Gideon Levy et d’autres journalistes de Ha’aretz les nouveaux ennemis du genre humain.

 

Ce travail de sape quotidien dans l’organe de presse des élites israéliennes explique pourquoi, après le 7 octobre (!), un officier supérieur de Tsahal pouvait organiser un exercice simulant l’enlèvement d’un Palestinien par des “colons” juifs… Il explique aussi pourquoi les dirigeants actuels et passés du Shin-Beth – les fameux “Gatekeepers” qui n’ont pas vu venir le 7 octobre en dépit de tous les signes avant-coureurs – sont obnubilés par la “menace” fantasmatique que constituent à leurs yeux les habitants juifs de Judée-Samarie, devenus leur obsession, au point qu’ils font passer au second plan la menace – bien réelle – du terrorisme arabe en Judée-Samarie, à Gaza et ailleurs.

 

La lecture du journal Ha’aretz permet donc de répondre à une des questions les plus obsédantes, que des millions d’Israéliens se posent ces derniers mois, et encore plus depuis l’attaque réussie contre l’Iran. Comment Israël a-t-il pu remporter une victoire aussi éclatante contre l’Iran des Mollahs et sa menace nucléaire, et s’être laissé surprendre par le Hamas, milice terroriste renforcée par les supplétifs “civils” de Gaza montés sur de simples scooters ?

 

Une des réponses à cette question obsédante – qui comporte évidemment d’autres dimensions, qui relèvent aussi du plan spirituel, voir du “nistar” (la dimension cachée de la Torah) – est que le Shin-Beth, responsable de Gaza (alors que l’Iran relève du Mossad et d’Aman) est dirigé par des Israéliens de gauche et d’extrême-gauche, formatés par la lecture quotidienne d’Ha’aretz. La propagande pernicieuse du quotidien post-sioniste a fini par aveugler les responsables de la sécurité intérieure, avec les conséquences dramatiques que l’on sait.

Pierre Lurçat

 

NB Après avoir accusé injustement Israël « d’affamer les enfants de Gaza », la rabbin Delphine Horvilleur n’est pas revenue sur ses propos mensongers et incendiaires. J’invite donc mes lecteurs à continuer de signer et faire signer la pétition – lettre ouverte que je lui ai adressée, ici : https://chng.it/nKbYJ9zmFm

 

[1] J’ai développé cette analyse dans mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éditions l’éléphant 2022, réédition 2024.

Dans la tête d’un lecteur d’Ha'aretz (III) :  Quand la gauche israélienne recycle les pires accusations antisémites

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Emmanuel Macron, Delphine Horvilleur et la politique de l'émotion

May 14 2025, 09:58am

Posted by Pierre Lurçat

Delphine Horvilleur et les époux Macron

Delphine Horvilleur et les époux Macron

“La situation télévisuelle favorise l’attitude de croire plutôt que d’analyser et de chercher à comprendre. L’image porte en elle sa propre crédibilité, sans que la référence à une quelconque réalité extérieure soit nécessaire. La distinction entre le réel et l’imaginaire, entre le vrai et le faux s’estompe”.

Liliane Lurçat[1]

 

1.

Il faut réécouter les propos du président français hier soir (mardi) s'emportant en direct contre Israël et son Premier ministre avec une violence inouïe… “Ce que fait le gouvernement israélien à Gaza est inacceptable !” On comprend en écoutant Macron que l'excès qui caractérise notre époque n'est plus confiné depuis longtemps aux seuls internautes et aux commentaires en ligne. Les propos du président de la République française ne sont en définitive pas très différents de ceux de l'animateur de télé Thierry Ardisson, dans sa manière de transformer Israël en bouc émissaire coupable de tous les maux de la région.

 

Que fait en effet Emmanuel Macron – en réagissant à chaud et sous le coup de l'émotion au témoignage d'un urgentiste de Gaza – sinon exposer au grand jour ses émotions intimes qui auraient dû rester dans le secret de son cœur ? (« C’est terrible. Il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de médicaments. On ne peut plus sortir les blessés », s’est ému le chef de l’Etat). D'un dirigeant politique, on peut en effet attendre qu'il contrôle ses affects et qu'il parle de manière réfléchie et contrôlée. Seulement voilà : l'époque est entièrement sous la domination des images, des émotions et des élans du cœur qu'elles suscitent…

 

2.

"ולא תתורו אחרי עינכם ואחרי לבבכם אשר אתם זונים אחרהם"

Le verset du “Chema Israël” que tout Juif dit au moins une fois dans sa vie n'a jamais été aussi actuel qu'aujourd'hui. Il décrit parfaitement le monde de l'image où nous vivons, comme me l'avait jadis enseigné le regretté Haïm Aszes dans un séminaire de hasbara (contre-propagande), au moment de la “Première Intifada”.

 

Or, c'est précisément le reproche principal qu'on peut faire à Delphine Horvilleur. Dans ses propos très critiques envers Israël, son gouvernement et son armée, elle a cédé elle aussi, tout comme Emmanuel Macron ou Thierry Ardisson, au langage de l'émotion, au lieu de parler celui de la raison. On peut s'opposer à la politique du gouvernement israélien sans tomber dans la calomnie et sans donner d'armes aux ennemis d'Israël. Or dans la guerre terrible déclenchée par le Hamas et l'Iran contre l'État juif, les mots sont des armes…

 

Même si elle pense que les civils de Gaza sont innocents, ce que démentent les témoignages unanimes de tous les otages libérés de Gaza, Delphine Horvilleur ne peut pas sérieusement accuser Israël d'affamer des innocents et des enfants (accusation terrible sur laquelle elle n’est pas revenue dans sa réponse aux critiques que ses propos ont suscitées, intitulée de manière démagogique « Répondre à la haine »).

 

3.

Le monde de l'image dans lequel nous vivons est celui de l'asservissement de la raison aux émotions, et de l'annihilation qui en découle de la réflexion critique. Ce problème essentiel, qui avait été analysé il y a plusieurs décennies par la psychologue Liliane Lurçat citée en exergue, est crucial dans la guerre d'Israël pour sa survie.

 

Face à des ennemis qui utilisent des images trompeuses, des “hoax” et des mensonges médiatiques immédiatement répercutés par les médias du monde entier, le juste combat d’Israël passe par une réfutation permanente de la propagande du Hamas. Dans ce contexte, on ne peut pas prétendre défendre Israël, tout en prenant pour argent comptant les accusations mensongères d’affamer la population de Gaza.

 

La moindre des choses qu’on peut attendre d’un dirigeant juif, a fortiori d’un rabbin, est qu’il prenne au sérieux les mots de la Bible, qui nous enjoint de ne pas nous laisser séduire par les images, employant le même verbe (זנה) qu’elle utilise à propos de l’idolâtrie. (J’observe au passage que Delphine Horvilleur détourne de son sens obvie le fameux verset d’Isaïe « Pour Sion je ne me tairai pas », qu’elle interprète abusivement pour justifier sa critique contre Israël, alors que le prophète parle au contraire de justifier Israël contre ses ennemis[1]). La défense d’Israël fait aussi partie de ce combat plus vaste contre l’idolâtrie des images et des émotions. Vaste et exigeant programme !

Pierre Lurçat

 

[1] Sens obvie qui est notamment celui donné par Rashi, le Malbim, Metsoudat David, etc. Je remercie le rabbin Moshé Cahn de la synagogue Hildesheimer à Jérusalem pour ses remarques éclairantes et Judith A. pour ses intuitions fulgurantes.

 

[1] La manipulation des enfants par la télévision et l’ordinateur, F.X de Guibert 2008, p. 93.

Le monde de l'image : "famine" à Gaza

Le monde de l'image : "famine" à Gaza

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Gaza : qui utilise l'arme de la faim ? Réponse à Delphine Horvilleur et à d’autres Juifs égarés

May 9 2025, 11:24am

Posted by Pierre Lurçat

Gaza : qui utilise l'arme de la faim ?  Réponse à Delphine Horvilleur et à d’autres Juifs égarés

 

Une enquête du quotidien Israel Hayom révèle que, contrairement aux accusations portées contre Israël par de nombreuses ONG et relayées par les médias occidentaux, l'aide humanitaire continue d'entrer à Gaza. Le Hamas ne se prive pas, de son côté, d'utiliser "l’arme de la faim", en s'appropriant depuis le début de la guerre l'aide humanitaire qu'il exploite cyniquement pour asseoir son pouvoir sur la population de Gaza, tout en refusant obstinément de libérer les civils israéliens pris en otage il y a plus de 18 mois.

 

Cette réalité largement occultée ne doit pas nous empêcher de poser la question : est-il légitime pour une démocratie, en guerre contre un ennemi aussi implacable que le Hamas, de vouloir contrôler l'aide humanitaire ? Israël est-il moralement fondé à ne pas laisser l'aide humanitaire parvenir aux mains de l'organisation islamiste radicale ? Pour répondre à cette question, il faut se répartir du regard simpliste et manichéen que posent trop souvent les médias sur la guerre à Gaza et sur ses conséquences pour la population civile

 

Comme l'avait dit jadis Golda Meir, si les Arabes déposaient les armes, il y aurait la paix. Mais si Israël dépose les armes, il cessera d’exister. Cela est d'autant plus vrai s'agissant du Hamas, qui porte l'entière responsabilité de la guerre actuelle et de la situation à Gaza. Chaque fois que l'on mentionne la question de l'aide humanitaire et de l'approvisionnement de Gaza, il faut rappeler cette vérité essentielle : il suffirait que le Hamas libère les otages (cruellement privés de nourriture et de traitements médicaux, en contravention avec toutes les règles du droit humanitaire, sans que les ONG ne s'en émeuvent) pour que la situation actuelle prenne fin.

 

Il est regrettable que des organisations juives comme JCall reprennent à leur compte le narratif mensonger du Hamas, en accusant Israël d'affamer la population de Gaza et en faisant porter la responsabilité de la situation actuelle au gouvernement israélien. Cette attitude est d’autant plus condamnable lorsqu’elle émane de personnalités juives qui prétendent exercer un magistère moral, à l’instar du rabbin Delphine Horvilleur qui accuse elle aussi Israël « d’affamer des innocents et de condamner des enfants » (sic). Comment espérer que le monde civilisé comprenne et soutienne Israël, si des personnalités juives reprennent à leur compte les pires calomnies de la propagande anti-israélienne ?

 

Le journaliste Guillaume Erner tombe dans le même travers lorsqu'il oppose, dans un récent billet d'humeur sur France Culture, l’idéal sioniste de la génération de Golda Meir au radicalisme du gouvernement israélien actuel. En réalité, la "dame de fer" d'Israël avait été elle aussi confrontée à un dilemme similaire à celui que le Hamas a imposé à Israël, dans la guerre cruelle qu’il a déclenchée le 7 octobre 2023.

 

C’était lors de la guerre de Kippour. Après le choc initial et la surprise de l’attaque conjointe syro-égyptienne, lancée le jour le plus sacré du calendrier juif, Israël se ressaisit et parvint à encercler la Troisième Armée égyptienne dans le désert du Sinaï. Celle-ci se trouva alors à court de provisions d’eau. Face aux demandes incessantes des Américains, pour qu’Israël laisse passer un ravitaillement pour les soldats égyptiens, Golda rétorqua : “Qu’ils nous rendent d’abord nos soldats prisonniers !” Et elle eut gain de cause.

 

Ce rappel historique montre que la réalité de la guerre est plus complexe que les raccourcis trompeurs des éditorialistes. Ceux qui prétendent s’inquiéter d’un “affaissement moral” ou qui dénoncent une “forme aseptisée de barbarie” soi-disant pratiquée par Israël se trompent et trompent leurs lecteurs. Car la guerre terrible dans laquelle le Hamas a entraîné Israël sur l'instigation de l'Iran, est la plus longue mais aussi la plus juste des guerres qu'Israël mène pour sa survie depuis 1948.

Pierre Lurçat

 

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Une étincelle d’hébreu - Désinformation contre Israël : une simple erreur de traduction?

November 29 2024, 09:05am

Posted by Pierre Lurcat

Menteur professionnel: Charles Enderlin

Menteur professionnel: Charles Enderlin

 

La lecture des médias français (et étrangers en général) est toujours déconcertante et le plus souvent décevante. Comme l’avait montré jadis Michel Legris, dans un ouvrage devenu un classique de l’analyse de la désinformation[1], les journalistes mentent comme ils respirent… Ou plutôt, ils mentent comme Monsieur Jourdain fait de la prose, sans même s’en apercevoir !

 

Des exemples ? Lorsque le correspondant du Monde en Israël retranscrit le discours prononcé hier soir par le Premier ministre Nétanyahou[2], il commet au moins deux erreurs de traduction. La première est presque anodine : parlant des sept fronts de la guerre actuelle, le journaliste écrit que “le plus important d’entre eux est celui qui oppose l’Etat hébreu à la République islamique, la « pieuvre », comme [B. Nétanyahou] l’appelle”. Or l’expression employée par le Premier ministre - et par d’autres observateurs israéliens - est “la tête de la pieuvre”.

 

La différence n’est pas négligeable : désigner son ennemi principal comme la “tête de la pieuvre” est une image tout aussi parlante en français qu’en hébreu. Or le travail du traducteur consiste précisément à rendre accessible la pensée de la langue source dans la langue cible… C’est précisément ce que ne fait pas le journaliste du Monde, dans un autre exemple encore plus flagrant, en écrivant que Nétanyahou “a coutume de qualifier le conflit dans lequel Israël est engagé depuis le 7-Octobre de « guerre de rédemption ».

 

Cette fois-ci, l’erreur de traduction est grossière : l’expression employée par notre Premier ministre n’est pas “guerre de rédemption” mais guerre de renaissance (mil’mehet ha-Tekouma). La différence est de taille et n’est pas fortuite. En traduisant l’expression par “guerre de rédemption”, le journaliste accrédite la thèse (qui est celle de son article, intitulé “La guerre, horizon indépassable de Benyamin Nétanyahou’) selon laquelle la guerre menée par Israël poursuivrait à la fois des objectifs militaires, religieux et quasi-eschatologiques…

 

En d’autres termes, dans le narratif mensonger du correspondant du Monde, ce seraient les Israéliens (et par extension les Juifs) qui envisageraient le conflit dans une perspective religieuse (la “rédemption”) et pas les musulmans !  Charles Enderlin, auteur d’un des plus graves mensonges médiatiques contre Israël qui vient d’être interviewé de manière très complaisante sur le site Akadem, reprend ce mensonge dans un de ses livres récemment réédités, en faisant croire que le “messianisme” juif serait la cause principale du conflit israélo-arabe. Enderlin, correspondant en Israël depuis plusieurs décennies, n’a même pas l’excuse d’ignorer l’hébreu. (à suivre…)

P. Lurçat

 

[1] M. Legris, Le Monde tel qu’il est, Plon 1976.

Une étincelle d’hébreu - Désinformation contre Israël : une simple erreur de traduction?

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Après Rafah: comment défendre Israël à l’ère de la post-vérité?* Pierre Lurçat

May 30 2024, 13:01pm

Posted by Pierre Lurçat

La propagande du Hamas est d'ordre ontologique

La propagande du Hamas est d'ordre ontologique

 

Il faut regarder la minutieuse enquête consacrée par l’émission de David Pujadas sur LCI aux événements de Rafah et au soi-disant “massacre de civils” perpétré par Israël. Pujadas, journaliste chevronné, fait figure d’exception dans le paysage médiatique français. Pourquoi ? Parce qu’il croit encore aux faits… La plupart de ses confrères ne se soucient guère des “faits” (si tant est qu’ils y aient jamais cru), préférant “faire le buzz” en s’attachant aux “événements”. Rappelons la différence essentielle entre “fait” et “événement”, telle que l’expliquait Eric Marty[1] à propos de Sabra et Chatila : l’événement est le contraire d’un fait, car il comporte une dimension métaphysique.

 

Ainsi, à Sabra et Chatila, comme l’avait alors dit Arik Sharon, des chrétiens ont tué des musulmans (fait), mais le monde a accusé les Juifs (événement). (Notons au passage la pusillanimité d’un Denis Charbit qui, sur France Inter, n’a pas hésité à établir une comparaison entre Rafah et Sabra et Chatila! Avec de tels défenseurs, Israël n’a pas besoin d’ennemis…) De la même manière aujourd’hui, dans les faits, Israël s’efforce de protéger les civils. Mais l’événement créé par les médias, s’appuyant sur la propagande du Hamas, consiste à accuser Israël de tuer des civils.

 

A l’ère de l’information-spectacle instantanée sur les réseaux, alors que l’émotion règne sans partage et que le mot d’ordre universel est “indignez-vous!” (vous vous souvenez de ce vieillard indigne, précurseur de la haine anti-israélienne actuelle, qui avait acquis son heure de gloire en lançant ce slogan?), il est encore possible, démontre Pujadas, de faire du journalisme autrement. Pour comprendre les raisons de cet engouement universel et de ce triomphe de l’émotion, il faut laisser de côté un instant le conflit à Gaza et prendre un peu de recul.

 

2.

 

L’époque que nous vivons est celle de la post-vérité. Tout le monde le sait, chacun de nous a entendu parler de cette notion, mais que désigne-t-elle exactement ? Je citerai deux définitions de la post-vérité. La première, celle du dictionnaire d’Oxford en 2016, “Qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles

 

La seconde, celle donnée par nos sages dans une discussion citée par le rabbin Léon Ashkénazi : Rabbi Yéhouda a enseigné : dans la génération où viendra le fils de David, la vérité aura disparu (ne’ederet). On a enseigné au nom de l’école de Rav : cela signifie qu’elle sera divisée en “troupeaux” (adarim) et disparaîtra”. On constate que le Talmud avait ainsi annoncé, il y a deux mille ans, l’avènement de l’ère de la post-vérité.

 

Alors comment défendre Israël à l’ère de la post-vérité? Je n’ai pas de réponse miraculeuse à proposer. Ma suggestion est de tenter modestement de mener un combat simultané sur deux fronts, comme Israël le fait actuellement sur le terrain militaire ; celui de la Vérité et celui des émotions.

 

3

 

Contrairement à ce qu’on entend souvent dire, Israël n’est pas “nul en hasbara”. Au contraire! Le défaut d’Israël (comme de ceux qui répandent cette idée) est la tendance juive à s’auto-accuser, au lieu d’accuser systématiquement l’ennemi comme le fait le Hamas. Dans l’affaire de Rafah, on aurait pu dire d’emblée: “Nous ne sommes pas coupables”, c’est le Hamas qui est coupable, au lieu de déplorer l’incident, ce qui n’a nullement rendu service à Israël.

 

            Deuxième idée en matière de “hasbara”: ne pas s’en tenir aux faits (c’est-à-dire à la réalité), dans un monde qui sacralise l’événement (c’est-à-dire la vérité - et le mensonge - métaphysique). Face au mensonge palestinien, mensonge de nature ontologique, métaphysique ou religieuse, Israël doit assumer sa vérité métaphysique. Ou pour dire les choses autrement, le peuple qui sanctifie la vie et la morale, en lutte contre ceux qui sanctifient la mort et le mensonge, doit revendiquer son identité collective !

 

Comme l’écrit Richard Prasquier dans Causeur, à qui je laisserai le mot de la fin: N’oublions pas que cette guerre des mots ne vise pas seulement Benjamin Netanyahu, Israël ni même les Juifs. Elle met en cause l’aptitude à utiliser le langage pour exprimer la vérité du monde dans ses nuances et sa complexité. Il s’agit d’un vrai combat de civilisation et ce combat n’est pas gagné…

P. Lurçat

 

* Je renvoie également à la conférence sur le même sujet donnée dans le cadre de l’O.S.M. Comment défendre Israël à l’ère de la post vérité ? Pierre Lurçat (youtube.com)

 

[1] Voir Eric Marty, Bref séjour à Jérusalem, Gallimard 2003.

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De “Beyrouth-Varsovie” à Gaza, en passant par Deir Yassin et Djénine : variations autour du mythe du génocide du peuple palestinien

January 10 2024, 16:48pm

Posted by Pierre Lurçat

De “Beyrouth-Varsovie” à Gaza, en passant par Deir Yassin et Djénine : variations autour du mythe du génocide du peuple palestinien

(Extrait de P. Lurçat, Les Mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éditions l’éléphant 2021. En vente sur Amazon et B.O.D.).

La Première Guerre du Liban, en 1982, marque une étape importante dans le développement du discours antisioniste contemporain et dans l’élaboration du mythe du “génocide du peuple palestinien”. Comme l’écrivait alors Léon Poliakov, dans un petit livre publié en 1983[1], “la guerre du Liban fit passer Israël et plus généralement les Juifs au premier plan de l’actualité. L’invasion israélienne fournit aux médias la possibilité de déchaîner des passions jusque-là tenues en laisse, ou simplement inexistantes. C’est dans ces conditions qu’un climat s’instaura dans les sphères gouvernementales (occidentales), qui poussait M. Pierre Mauroy (alors Premier ministre) à déclarer, dès le 18 juin 1982 : “Ce n’est pas en détruisant le peuple palestinien qu’on réduira le terrorisme”.

 

Poliakov estime que “le principal responsable de cette désinformation fut la télévision française”. De son côté, l’ancien ministre Pierre Mendès-France pouvait écrire alors, dans les colonnes du Nouvel Observateur, que “le spectateur qui voit les images projetées (à la télévision) est naturellement enclin à penser que c’est toute une nation qui est écrasée sous les bombes… On parle de Juifs tueurs d’enfants, de génocide, d’holocauste… comme si c’était l’objectif même du gouvernement israélien de massacrer délibérément des civils et des enfants[2].

 

Le diagnostic porté par Mendès-France (et par Poliakov, qui le reprend à son compte) a tendance à faire porter la responsabilité de la vague d’antisémitisme, concomitante à la guerre du Liban, aux seules images diffusées par la télévision française. Près de quarante ans plus tard, dans un contexte assez similaire, non plus au Liban mais à Gaza, Pierre-André Taguieff portera un diagnostic tout aussi sévère à l’égard de la responsabilité des médias dans la diffusion du discours et des mythes antisionistes, écrivant [3]:

 

La mise en accusation quasi-planétaire d’Israël est moins le résultat de la propagande palestino-islamiste, qu’un effet du fonctionnement du système médiatique. La condamnation unanime d’Israël, avant toute enquête et indépendamment de toute analyse des faits, témoigne d’abord du mode de formation et de diffusion de l’information journalistique…”. En effet, poursuit-il : “les médias choisissent de privilégier les récits allant dans le sens des présupposés de la culture politique majoritaire dans le monde professionnel des journalistes. Or, l’anti-israélisme et le pro-palestinisme, depuis les années 1990, se sont inscrits dans la doxa journalistique, reflétant le parti-pris “antisioniste” partagé, avec plus ou moins de virulence, par toutes les gauches”.


              Quand le Premier ministre Mauroy parle de “détruire le peuple palestinien” (à propos du siège de Beyrouth par l’armée israélienne), il montre la perméabilité de la classe politique française au discours antisioniste radical, jusque dans ses accusations les plus insensées. Citons à ce sujet la remarque faite dans un contexte différent par Éric Marty, professeur de littérature française, au sujet de la visite d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple en octobre 2000 : “Que les Palestiniens jouent du symbole, du mythe, de la mystification, c’est de bonne guerre. Que les médias français, que les hommes politiques et les plus grands responsables comme le Président de la République, soient les canaux passifs de cette propagande laisse rêveur quant à  la maturité politique et intellectuelle de la France[4].

Sabra et Chatila – événement historique ou événement mythique ?

L’outrance manifestée dans le récit médiatique du siège de Beyrouth, devenue Varsovie assiégée sous la plume de nombreux journalistes occidentaux, sera encore dépassée lors de l’épisode de Sabra et Chatila. Rappelons brièvement les faits : entre le 16 et le 18 septembre 1982, des centaines de réfugiés palestiniens étaient massacrés par des milices chrétiennes phalangistes dans la banlieue de Beyrouth, sur l’instigation du chef des services secrets libanais, Elie Hobeika. Paul Giniewski, auteur de plusieurs ouvrages sur l’antisionisme, note à ce sujet qu’aucun des grands thèmes de la démonisation d’Israël n’a occupé l’avant-scène avec une permanence sans faille, autant que le massacre de Sabra et Chatila et le rôle prêté à Ariel Sharon, alors ministre de la Défense.

 

On mesure à quel point le thème de Sabra et Chatila est demeuré vivace, dans la propagande palestinienne et dans ses relais occidentaux, à l’aune des innombrables textes, films, reportages et œuvres d’art qui lui sont consacrés jusqu’à ce jour. Citons à titre d’exemple, un remake du Guernica de Picasso, intitulé sobrement “Le massacre de Sabra et Chatila”, exposé au Tate Modern de Londres[5]. La véritable logorrhée verbale, médiatique, artistique et intellectuelle, autour du massacre de Sabra et Chatila et de la prétendue responsabilité israélienne prouve, si besoin était, la véracité du constat fait par l’écrivain Paul Giniewski [6]:

 

Quatre des plus grands journaux américains y avaient consacré davantage d’espace qu’aux dix plus grands massacres qui avaient marqué la décennie 1972-1982, et qui comprenaient celui de  l’Ouganda sous Idi amine, les 20 000 civils massacrés à Hama en Syrie, la boucherie de 2,5 millions de Cambodgiens par leurs compatriotes. Trois ans après les faits, un autre massacre eut lieu dans les mêmes camps, alors sous contrôle des Libanais chiites, faisant plus de 500 morts”. Et Giniewski de poursuivre : “Les mêmes quatre quotidiens américains y consacrèrent dix fois moins d’espace qu’au Sabra et Chatila “enjuivé”. En 1982, ce vrai, cet unique Sabra et Chatila digne de mobiliser la conscience universelle avait produit 10 000 mots sur 7 pages dans le même numéro de l’un des grands quotidiens : davantage que l’espace mérité par le débarquement allié en Normandie pendant la Deuxième Guerre mondiale”.

 

Autre exemple de cette disproportion et de cette logorrhée médiatique : le fameux texte de l’écrivain Jean Genet, “Quatre heures à Chatila”, auquel il doit une partie non négligeable de sa célébrité. Ce texte a donné lieu à d’innombrables commentaires, mises en scène, et jusqu’à un récent spectacle de danse[7]. L’écrivain français au passé trouble, (qui se présentait lui-même par les mots “Jean Genet, voleur” à ses compagnons de cellule, pendant la Deuxième guerre mondiale[8]), n’a jamais été autant apprécié et célébré que lorsqu’il a écrit ce texte et qu’il est devenu ainsi le “porte-parole” des Palestiniens, auxquels il a consacré de nombreux autres textes. Lisons à ce sujet l’analyse éclairante d’Éric Marty, dans son livre Bref séjour à Jérusalem [9]:

 

Sabra et Chatila n’est jamais apparu comme un événement au sens purement historique du terme – tel Austerlitz qui n’efface pas Wagram et qui n’est pas éclipsé par Waterloo -, il est apparu comme un surévènement, en tant qu’il rend inaudible le nom de tous les autres, en tant que les trois jours qu’il dura effacent les sept ou huit ans de guerre civile et de massacre qui le précédèrent et les huit ans de tueries qui suivirent ; il est apparu comme événement en tant qu’il est devenu l’unique événement par lequel l’on se remémore un très long épisode historique.

 

Cette analyse d’Éric Marty décrit très précisément le processus par lequel Sabra et Chatila, en tant qu'élément du mythe plus large du “génocide du peuple palestinien” - devient un événement mythique, qui efface toute la réalité historique de la guerre civile au Liban et de ses innombrables crimes, commis par des factions tellement diverses et variées, qu’il est difficile de s’y retrouver… Mais dans la version mythifiée, tout devient très simple : il ne reste plus qu’un seul crime, celui des Juifs. “Des goyim ont tué d’autres goyim, et ce sont les Juifs qu’on accuse” – la fameuse expression d’Ariel Sharon - lui-même transformé en accusé principal - dit très bien, de manière lapidaire, ce que Marty analyse sous un angle littéraire.

 

La lecture par Éric Marty du récit de Sabra et Chatila fait par Jean Genet lui permet d’établir une distinction - essentielle pour notre compréhension du discours et des mythes antisionistes – entre le fait et l’événement : “Grâce à Genet, nous avons compris… ce qu’était un événement, nous avons compris qu’un événement était tout le contraire d’un fait, nous avons compris que pour qu’un événement soit, il suppose de porter en lui une dimension métaphysique - il doit, comme phénomène, toucher à l’essence de ce qu’il représente[10].

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain – Éditions L’éléphant.

Mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain vient d’être réédité aux éditions B.O.D. et peut désormais être commandé dans toutes les librairies.


[1] De Moscou à Beyrouth. Essai sur la désinformation, Paris, Calmann-Lévy, 1983.

[2] Le Nouvel Observateur, 14-20.8.1982, cité par Poliakov, op. cit. p. 164.

[3] Israël et la question juive, Les provinciales 2011, p. 177.

[4] Éric Marty, “L’angélisme progressiste des belle âmes”, Le Monde 11 octobre 2000, repris dans Bref séjour à Jérusalem, op. cit.

[6] P. Giniewski, Antisionisme, le nouvel antisémitisme, Cheminement 2005, p. 84.

[7] Voir le site de la ville de Créteil https://www.ville-creteil.fr/danse-sabra-et-chatila

[8] Témoignage rapporté par mon grand-père, l’architecte André Lurçat, emprisonné à la prison des Tourelles pour faits de résistance.

[9] Éric Marty. Bref séjour à Jérusalem, Gallimard 2002, p.175.

[10] Éric Marty. Bref séjour à Jérusalem, op. cit, p.175

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L’objectivité selon Le Monde (et d’autres médias français) : “Cinq minutes pour Hitler, cinq minutes pour les Juifs” ?

December 5 2023, 08:04am

Posted by Pierre Lurçat

L’objectivité selon Le Monde (et d’autres médias français) :  “Cinq minutes pour Hitler, cinq minutes pour les Juifs” ?

 

La “Une” du journal Le Monde du 4 décembre est éloquente : “Des frappes meurtrières écrasent un quartier de Gaza”. L’article, signé par la journaliste-militante Clothilde Mraffko, porte le “chapeau” suivant : “Une série de bombardements a détruit près d’une cinquantaine d’immeubles d’habitation, l’un des pires massacres depuis le début de la guerre à Gaza. L’armée israélienne a déclaré avoir éliminé un cadre du Hamas visé”. La suite de l’article est à l’avenant : Samedi 2 décembre à Chadjaya, un quartier de la ville de Gaza, l’armée israélienne a rasé un bloc entier d’habitations entier pour éliminer un cadre du Hamas, causant un carnage parmi la population. Selon la protection civile de l’enclave palestinienne, le bilan de cette opération se compte en centaines de morts, ce qui en fait, possiblement, le bombardement le plus meurtrier en près de deux mois de guerre.

 

Mais contrairement à ce que laisse entendre l’article du Monde, qui se fonde sur les chiffres invérifiables du Hamas, il ne s’agit ni d’un “massacre” ni d’un “carnage” (deux mots qui indiquent une intention criminelle) mais simplement de victimes collatérales d’un bombardement visant un dirigeant du Hamas. Comme l’a rappelé aujourd’hui Emmanuel Navon sur l’excellente chaîne Mosaïque, les victimes civiles tuées lors d’attaques contre des cibles militaires ne constituent aucunement un “crime de guerre”. Au contraire, c’est le fait d’utiliser sciemment des civils pour se dissimuler, comme le font systématiquement les dirigeants du Hamas, qui est proscrit par le droit de la guerre et par le droit international ! Petit rappel que devrait lire le président Macron, apparemment très mal informé sur le sujet…

 

Il faut ouvrir le journal pour avoir une vision un tant soit peu plus équilibrée sur le conflit : en pages intérieures, on peut ainsi lire en page de gauche un grand article intitulé “Chadjaya écrasé sous les frappes d’Israël”, et en page de droite un grand article intitulé “A Sdérot, la ville voisine de Gaza, figée dans la terreur du 7 octobre”. Au-delà du contenu même des deux articles, qui mériterait un long développement, c’est leur superposition qui interroge. Remarquons tout d’abord que le titre de l’article sur Gaza est en caractères gras, bien plus gros que celui de l’article sur Sdérot. Le premier article est précédé de quatre photos en couleur montrant les décombres d’immeubles à Gaza (il s’agit en fait d’images tirées du reportage d’un journaliste d’Al-Jazira, la chaîne qatarie pro-Hamas). L’article sur Sdérot ne comporte aucune photo.


            Mais au-delà même de ces procédés journalistiques cousus de fil blanc, admettons que le parallèle entre les deux articles soit parfait. Que signifie la symétrie établie par Le Monde entre Gaza et Sdérot? Imagine-t-on une double d’un journal français en pleine Deuxième Guerre mondiale, comportant un article consacré à Oradour sur Glane d’un côté, et un autre consacré à Dresde de l’autre ? La comparaison fait frémir… C’est pourtant précisément ce que fait Le Monde concernant la guerre à Gaza. L’objectivité journalistique selon Le Monde, c’est, comme disait Jean-Luc Godard (qui n’était pas un ami d’Israël), “cinq minutes pour Hitler (le Hamas), cinq minutes pour les Juifs”.

P. Lurçat

 

Je donnerai une conférence en ligne le 14.12 à 19h00 (Paris), dans le cadre de l’O.S.M,

sur le thème “Comment défendre Israël à l’ère de la post-vérité ?

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La religion progressiste contre la Torah d’Israël (III) Qui sont les “grands-prêtres” de la nouvelle religion progressiste israélienne? Pierre Lurçat

August 9 2023, 13:56pm

Posted by Pierre Lurçat

"Crime Minister" : exemple de slogan de la propagande actuelle

"Crime Minister" : exemple de slogan de la propagande actuelle

 

            Dans le premier volet de cette série d’articles, nous faisions le constat que, dans l’esprit des adeptes de la religion progressiste, il n’y a de place pour le moindre doute. Leur religion leur enjoint de combattre le gouvernement démocratiquement élu d’Israël par tous les moyens, y compris violents… Et nous posions in fine la question de savoir qui sont les nouveaux prêtres de la “religion progressiste” israélienne ? C’est à cette question que nous allons tenter de répondre.

 

Première hypothèse : les écrivains et les intellectuels

 

            Durant les sept premières décennies de l’existence de l’Etat d’Israël (et auparavant déjà), les intellectuels, et les écrivains en particulier, ont rempli un rôle de premier plan dans le débat public. Ils ont incarné, pour le meilleur et parfois pour le pire, le visage de “nouveaux prêtres” de la culture laïque israélienne en devenir et ont marqué de leur empreinte les débats autour des questions cruciales de l’identité, de la politique et de l’avenir d’Israël. Citons, parmi tant d’autres, les noms de Nathan Alterman, d’Amos Oz ou de David Grossman.

 

            Or, de manière flagrante, ces mêmes écrivains sont aujourd’hui largement absents du débat public et ne participent plus aux événements qu’en tant que spectateurs. Le “mythe de l’écrivain engagé”, déjà largement écorné depuis la période des accords d’Oslo, est aujourd’hui remisé aux oubliettes. On en donnera pour illustration le fait que, dans les Haggadot rédigées par les adeptes de la religion progressiste, les écrivains n’occupent qu’une place mineure, aux côtés d’autres figures de proue des mouvements d’opposition.

 

Deuxième hypothèse : les dirigeants politiques et militaires

 

            La présence massive, au sein des manifestations quasi hebdomadaires qui se déroulent depuis huit mois en Israël, des dirigeants de l’opposition et celle de plusieurs anciens chefs d’état-major, pourrait faire croire que ce sont eux qui “tirent les ficelles” et qui animent le débat public. A certains égards, on peut effectivement dire que le “quarteron de généraux” omniprésent dans les manifestations de l’opposition dirige celles-ci. Mais sont-ils pour autant les “prêtres” de la religion progressiste ? On peut en douter.

 

            Leur fonction semble plutôt être celle d’une direction tactique et d’un contrôle idéologique que celle d’une véritable direction spirituelle… A écouter les propos incendiaires d’un Ehoud Barak ou d’un Ehoud Olmert, on a plutôt l’impression que leur rôle est de jeter de l'huile sur le feu, chaque fois que celui-ci semble s’éteindre.

 

Troisième hypothèse : les publicitaires

 

            L'hypothèse que nous formulons ici est que les véritables “prêtres” de la religion progressiste israélienne sont ceux qui élaborent les slogans des manifestations et les innombrables instruments visuels, graphiques ou autres, qui tiennent lieu de discours et de “rituels”, pour les manifestants adeptes de la religion progressiste. Ce sont eux en effet qui parviennent à “nourrir” les grandes messes hebdomadaires qui se déroulent rue Kaplan à Tel-Aviv, devant la résidence du Président à Jérusalem et ailleurs dans le pays…

 

            Le rôle crucial rempli par des agences de publicité dans la campagne de propagande anti-gouvernementale actuelle s’explique par un constat qui a été fait depuis plusieurs décennies, aux Etats-Unis et ailleurs : celui du lien étroit entre publicité, propagande et politique. Comme l’observe la psychologue Liliane Lurçat dans son étude de la manipulation, il n’y a “pas de différence entre les démarches utilisées en persuasion politique et en persuasion publicitaire, elles sont sensiblement les mêmes[1]. C’est précisément ces méthodes de persuasion politico-publicitaire auxquelles nous assistons en Israël et qui permettent de comprendre l’engouement d’un vaste public pour des slogans simplistes, véhiculant des opinions tranchées et souvent extrémistes.

 

Ce que montre le mouvement de protestation anti-gouvernemental, dirigé par un petit groupe d’hommes politiques et d’anciens chefs militaires aux ressources financières considérables et nourri de slogans simplistes et mensongers, c’est que les techniques de la persuasion politique, utilisées à mauvais escient, mettent en danger la pérennité d’un gouvernement démocratiquement élu. Dans cette lutte d’influence pour convaincre l’opinion, les publicitaires sont bien devenus les “grands-prêtres” de cette grande messe progressiste qui se déroule semaine après semaine dans les rues et sur les places d’Israël.

Pierre Lurçat

Mon livre Quelle démocratie pour Israël ? est publié aux éditions l’éléphant, disponible sur B.o.D, Amazon, à la librairie du Temple à Paris, à la librairie française de Tel-Aviv et auprès de l’éditeur (editionslelephant@gmail.com)

 

[1] L. Lurçat, La manipulation des enfants par la télévision et l’ordinateur, F.X de Guibert 2008.

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