Overblog All blogs Top blogs Politics
Follow this blog Administration + Create my blog
MENU
VudeJerusalem.over-blog.com

Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël - Tournée de conférences en France

November 20 2025, 10:44am

Posted by Pierre Lurçat

Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël  - Tournée de conférences en France

 

Je donnerai une série de conférences en France pour présenter mon dernier livre et parler de la “victoire du sionisme après le 7-Octobre”. Je serai dimanche 30 novembre à Paris, lundi 1er décembre à Marseille, mardi 2 décembre à Toulon et mercredi 3 décembre à Monaco.

 

INSCRIPTIONS :

Paris  https://forms.gle/zhVo3pogdsrZR7DN9

Marseille https://form.jotform.com/253222949693366

Toulon https://form.jotform.com/253222767098363

Monaco SUR INVITATION

J’aurai plaisir à vous y  rencontrer!

 

Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel” 

Jacques Dewitte

 

“Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique”.

Daniel Horowitz

 

Un livre lumineux et essentiel  pour comprendre ce qui se passe en Israël comme en France”.

Christine Tassin

 

Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël  - Tournée de conférences en France

See comments

Une même horreur, deux regards, par Fiodor

November 18 2025, 10:26am

Posted by Fiodor



 

Une même horreur, deux regards, par Fiodor

Une fois n'est pas coutume, je reproduis ci-dessous la double recension consacrée à mon dernier livre et à celui de l'animateur Arthur par le blog Unidiotattentif. L'auteur, Fiodor, est spécialiste de Dostoïevski (ce qui explique le titre du blog et son pseudonyme). P.L.

 

Israël dans l'imaginaire médiatisé


 

 

 

Dans une bonne partie du monde occidental, l’horreur suscitée par les événements du 7 octobre 2023 n’a pas duré. Très vite, par un invraisemblable tour de passe-passe moral (ou plutôt immoral), la victime a été transformée en coupable et les tueurs en victimes, libérant aussitôt une flambée d’antisémitisme décomplexé. Dans le même temps, les Juifs, en Israël et dans la diaspora, demeuraient tétanisés par ce qui était le pire déchaînement de violence antisémite depuis la Shoah. Cette terre ancestrale retrouvée, où les Juifs pensaient pouvoir enfin vivre à l’abri des persécutions, était devenue le théâtre d’un pogrome d’une violence inimaginable. Le peuple juif, partagé entre des opinions très diverses et même antagonistes, éprouvait dans la douleur son unité et sa vitalité indestructible. Mais comment fallait-il répondre à cette entreprise clairement génocidaire qu’il venait de subir ? Là encore, l’extrême diversité des points de vue s’est manifestée. Ne dit-on pas : « Deux Juifs, trois opinions » ?

 


Je viens de lire deux ouvrages qui, dans des registres littéraires très différents, témoignent de cette diversité de regards. Le premier (1), celui d’Arthur, le célèbre animateur TV, est un cri, l’expression d’une douleur que vient redoubler la haine antisémite devant laquelle s’effondrent les dispositifs protecteurs et les privilèges de l’homme public. Le second (2), de Pierre Lurçat, est une chronique, distanciée, raisonnée, sans concessions au politiquement correct. Si l’on veut se plier aux simplifications journalistiques, on dira qu’Arthur est un homme de gauche et Lurçat, un homme de droite. Les confronter oblige à réaliser combien le conflit interminable dans lequel Israël est entraîné, malgré lui, depuis des décennies, est complexe, et combien, prétendre en juger, à distance, requiert prudence, respect, bienveillance. Que disent, en substance, les deux livres que j’évoque ici ? 

 

Arthur exprime l’horreur trop vite relativisée, « contextualisée », oubliée… du massacre du 7 octobre, ces actes d’une barbarie atroce, accomplis dans la jubilation, filmés par leurs auteurs et salués à Gaza par des chants et des distributions de friandises. Les images de cette horreur, et les événements des jours qui ont suivi, le hantent et l’anéantissent. « Blotti sur le canapé, en position fœtale, les yeux rivés sur l’écran de la télé, le portable à la main, je fais défiler les news en boucle sans jamais respirer. Planté devant les chaînes d’info, sursautant à chaque alerte, les pupilles brûlées à force de revoir les mêmes images. Il m’arrive de pleurer, sans prévenir. A n’importe quel moment de la journée. Des larmes libres, incontrôlables. Je passe par toutes les émotions… » Cet homme public, pleinement intégré dans le Paris mondain, retrouve alors sa judéité et éprouve sa solitude: « A la radio, j’ai dit ‘’je’’. Et j’ai dit ‘’Juif’’ ». A mesure que le temps passe, Arthur va se mobiliser, en particulier face au déferlement d’antisémitisme, assumé ou voilé, que connaît la France, comme bien d’autres pays d’Europe. Son livre raconte, décrit, clame… ces mois de combat, en particulier pour les otages toujours détenus par le Hamas. Un combat souvent solitaire, parfois soutenu par un réseau d’amis. Au passage, on note que le soutien total qu’Arthur apporte à Israël en guerre ne l’empêche pas d’exprimer de la compassion pour la population civile de Gaza, elle aussi otage du Hamas. Il dit aussi le peu d’estime qu’il porte au gouvernement d’Israël, qu’il s’abstient pourtant de critiquer tant que dure la guerre. Au total, un livre sensible, plein d’émotion, de générosité, de douleur. 

 


Toute autre est l’approche de Pierre Lurçat. Alors qu’Arthur vit à Paris, il vit à Jérusalem, immergé dans le concret de cette guerre, longue et difficile. Son point de vue est marqué par la lucidité, certains diront par la froideur. Pour Lurçat, en effet, cette guerre est nécessaire, elle est juste et doit être menée jusqu’au bout. Ces chroniques, qui couvrent la période qui va du 10 octobre 2023 au 9 septembre 2025, se veulent être le reflet «de l’état d’esprit et de l’opinion publique d’Israël, à la fois dans ses divisions et dans l’unité fondamentale de l’après 7-Octobre ». Dans son ample préface, le philosophe Jacques Dewitte, montre que la «conceptsia» (3) qui a permis que les événements du 7 octobre se produisent est le fruit d’un « aveuglement (…) empêchant de ‘’voir’’ ce qui se préparait, mais qui pourtant n’était quasiment pas dissimulé ». Un aveuglement consistant, pour les Israéliens, à prêter à l’adversaire – on devrait dire à l’ennemi – des valeurs, des sentiments, des principes, similaires aux leurs. Un aveuglement qui rendait impensable le fait que ces ennemis n’étaient « pas comme nous ». Je renvoie, sur cette question au billet que j’ai publié ici, il y a quelques semaines. Dans ses chroniques, Pierre Lurçat, qui est un Juif religieux, n’hésite pas à évoquer le Dieu d’Israël et les traditions du judaïsme, convaincu qu’Israël n’est pas seulement une réalité politique. C’est ainsi qu’il écrit, dans la conclusion de son ouvrage : « … la victoire d’Israël ne sera pas seulement une victoire militaire et stratégique, qui est déjà en passe de remodeler la région tout entière. Cette victoire sera également une victoire morale et spirituelle, et pour ainsi dire métaphysique : victoire du judaïsme, qui éclaire et embellit notre monde, sur les barbares de l’islam le plus rétrograde, victoire du peuple qui sanctifie la vie contre ceux qui sanctifient la mort (…) La victoire d’Israël contre le Hamas et ses alliés inaugurera peut-être, comme je l’espère avec beaucoup d’autres, une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité ». On s’en doute, Lurçat n’est pas prêt à accepter l’idée d’un État palestinien, mais ne donne pas d’indications sur le sort à venir des « territoires », en particulier la Judée-Samarie qui, pour lui, font de toute évidence partie d’Israël. Un ton rude qui ne ménage pas les critiques à l’encontre de la gauche et du « Deep State » de son pays. On pourra évidemment être en désaccord avec au moins certaines idées défendues par Pierre Lurçat, mais son livre donne à réfléchir et constitue un nécessaire contrepoids à ce que nos médias s’efforcent de nous faire avaler au sujet de cette guerre dans laquelle Israël défend son existence. 

 

Fiodor

Une même horreur, deux regards | Un idiot attentif

(1) Arthur Essebag, J’ai perdu un Bédouin dans Paris, Grasset, 2025, 336 p.

(2) Pierre Lurçat, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël. Chroniques 2023-2025, Ed. de l’Eléphant, 2025, 316 p. 

(3) On désigne ainsi la fausse assurance qui prévalait dans la plupart des milieux responsables de l’Etat devant la menace, estimée facile à contenir, du Hamas et des autres factions djihadistes de Gaza.

See comments

Ce que m’avait dit le père du soldat Hadar Goldin détenu à Gaza, Pierre Lurçat

November 16 2025, 10:49am

Posted by Pierre Lurçat

Avec Simha Goldin

Avec Simha Goldin

J’ai rencontré Simha Goldin en septembre 2022. Les propos qu’il m’a tenus – publiés à l’époque dans Israël Magazine – prennent aujourd’hui un sens nouveau, à la lumière de la guerre dans laquelle Israël est plongé. Goldin fait partie des “lanceurs d’alerte” qui ont tenté de faire changer la “Conceptsia”, depuis 2014. J’ajoute que j’ai retiré de l’interview tout ce qui pourrait porter atteinte au moral du pays aujourd’hui. P.L

 

Simha Goldin m’a donné rendez-vous dans le modeste bureau qu’il occupe provisoirement à l’université hébraïque à Givat Ram, à Jérusalem. Comme tous les Israéliens, je connais son nom et je l’ai croisé lors d’une manifestation au Mont Herzl, quelques semaines avant notre rencontre, où il était venu, avec sa femme et son fils Tsur accompagnés de quelques dizaines de militants, réclamer le retour de la dépouille mortelle de son fils Hadar, toujours détenue par le Hamas à Gaza, 8 ans après sa capture en août 2014… (...)

 

Je l’interroge tout d’abord sur la mitsva de ramener en terre d’Israël les dépouilles de Hadar et d’Oron. “Il s’agit du commandement le plus important du judaïsme”, m’explique-t-il, “mais cela dépasse le cadre strict de la loi juive”. Il me rappelle qu’une bénédiction a été ajoutée dans le “Birkat Hamazon” après que les soldats de Bar Kohba eurent été inhumés en terre d’Israël. En réalité, la loi juive rejoint sur ce point l’éthos sioniste laïc, qui a fait de cette obligation un élément fondamental de la doctrine de Tsahal.

 

Comment en sommes-nous arrivés à la situation où les corps de deux soldats israéliens sont aux mains du Hamas depuis huit ans ? Pour le comprendre, il faut revenir en arrière, à l’enlèvement de Gilad Shalit en 2006. Après son échange contre plus de 1000 terroristes, explique Goldin, “est apparue toute une conception politique, selon laquelle il n’est plus impératif de ramener les corps des soldats”. (...)

 

Lors de leur première rencontre avec Nétanyahou, juste après l’enlèvement de leur fils, les époux Goldin lui ont dit : “Nous voulons réparer le préjudice causé par l’affaire Shalit., c’est-à-dire l’accord conclu entre Israël et le Hamas. Essayons une autre méthode : au lieu de libérer des terroristes, faisons pression sur le Hamas”. Les moyens de pression ne manquent pas, aujourd’hui comme hier. Israël laisse en effet entrer dans la bande de Gaza des tonnes de matériaux de construction, de produits de base, sans parler des millions de dollars transférés par le Qatar, dans des valises qui sont acheminées jusqu’à la frontière par… l’armée israélienne. “Faisons comprendre au Hamas que chaque enlèvement de soldats lui coûte cher”. (...)

 

Simha Goldin aborde un autre point douloureux, et tout aussi important pour l’avenir de Tsahal. “Jusqu’à l’enlèvement de Hadar, tout soldat capturé était défini comme “Missing in Action”. Hadar est le premier a avoir été déclaré “tombé au combat” avant même la fin des combats!” Cette décision scandaleuse a été prise par les échelons les plus élevés de Tsahal en collaboration avec le rabbinat militaire (dirigé alors par Rafi Peretz). Simha mentionne le fait que plusieurs objets appartenant à son fils ont été retrouvés par Tsahal dans le tunnel où il a été capturé, et notamment le livre Mesilat Yesharim qu’il portait toujours sur lui (et sur lequel il avait rédigé un commentaire que ses parents ont publié depuis).

 

Simha me rappelle le cas d’Ehud Goldwasser, qu’il a bien connu quand il était officier du corps médical Tsahal. Sa femme, Karnit, avait insisté pour qu’il soit considéré comme vivant, alors même qu’elle était de ce fait prisonnière du statut de “femme aguna”… Dès lors que l’armée s’autorise à définir un soldat comme “tombé au combat”, les efforts pour le récupérer sont bien moins importants, même si cela est contraire à l’éthos et aux valeurs fondatrices de Tsahal. “Si l’on ne s’efforce plus de ramener les soldats tombés au combat, alors on ne ramènera pas non plus les blessés, et pas même les soldats vivants”. C’est cela qu’il faut corriger”.

 

Nous ne voulons pas seulement ramener Hadar, mais le ramener dans des circonstances telles que les terroristes ne voudront plus enlever nos soldats”. Cet aspect est essentiel, à la fois sur le plan des valeurs et sur celui de la dissuasion face à nos ennemis.

 

P.L. “Autrefois, c’était une valeur essentielle de Tsahal de ne pas laisser de soldat sur le champ de bataille… Comment a-t-on pu l’oublier ?

S.G. “Je pense que c’est à cause de la peur du Hamas. Nos dirigeants ont peur du Hamas ! Je l’ai même dit à Nétanyahou lors d’une de nos rencontres…. Je lui ai dit: regarde comment tu te comportes avec Nasrallah, qui n’ose pas sortir de son trou, alors que les dirigeants du Hamas se promènent librement à Gaza. C’est une question post-traumatique… Il y a eu l’affaire Gilad Shalit, puis le désengagement du Goush Katif, l’opération “Raisins de la colère”, “Plomb durci”... Aujourd’hui ils ont peur”.

P.S. En relisant ce qu’il me disait alors, je réalise que la guerre a déjà atteint un objectif - crucial - : nous n’avons plus peur du Hamas.

P. Lurçat

Extrait de mon nouveau livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël - Chroniques 2023-2025. disponible sur Amazon et à la boutique du centre Begin à Jérusalem.

______________________________________________

Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                           Jacques Dewitte

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

Hadar Goldin z.l.

Hadar Goldin z.l.

See comments

De Nuremberg à Gaza : La peine de mort et la victoire morale d’Israël, Pierre Lurçat

November 13 2025, 10:01am

Posted by Pierre Lurçat

De Nuremberg à Gaza :  La peine de mort et la victoire morale d’Israël, Pierre Lurçat

“Nuremberg”, le film de James Vanderbilt actuellement sur les écrans en Israël, est un film ambitieux, dérangeant et talentueux. Basé sur le roman de Jack El-Hai, The nazi and the psychiatrist, il aborde le procès des dirigeants nazis à Nuremberg sous l’angle de l’affrontement psychologique entre Hermann Goering (interprété par Russel Crowe) et le psychiatre militaire Douglas Kelley. L’angle choisi par le réalisateur américain donne sans doute la part trop belle à la dimension psychologique et le film pêche parfois par une trop grande “humanisation” du dirigeant nazi, numéro deux de Hitler. Mais c’est un film captivant qui donne à réfléchir, à l’heure où Israël continue d’affronter le mal absolu incarné par le Hamas, lequel n’a pas encore capitulé à Gaza, au bout de deux ans de guerre.

 

Comment juger les criminels du Hamas, et quelles doivent être les peines infligées ? Ces questions sont redevenues d’actualité avec le retour des derniers otages détenus vivants et avec le vote en première lecture, cette semaine à la Knesset, du projet de loi sur la peine de mort pour les terroristes du 7-Octobre. Pendant de longues années, Israël s’est abstenu d’infliger la peine de mort, que la législation israélienne avait prévue dès les années 1950 à l’encontre des criminels nazis et qui existe ailleurs dans le code pénal israélien. Mais au-delà des questions juridiques posées par l’application de la peine de mort (qui n’a pas été utilisée en Israël depuis le lointain procès Eichmann), celle-ci pose surtout une question morale.

 

Il s’agit en effet de savoir si Israël, victime du plus grand pogrome antijuif depuis la Shoah, possède encore aujourd’hui la force morale et politique pour réaffirmer à la face du monde entier que ceux qui s’en prennent à ses citoyens – femmes et enfants, vieillards et bébés – et qui ont commis les crimes atroces du 7-Octobre ne peuvent connaître aucun autre sort que la peine capitale. La réponse ne devrait faire aucun doute, et notre pays a démontré au cours des deux années écoulées sa capacité de résistance, de contre-attaque et de vaincre. Cependant, comme l’a prouvé le dernier rebondissement dans l’affaire des accusations calomnieuses contre les soldats de Sdé Teiman, le “Deep Sate” israélien, de son côté, est loin de démontrer la même force et surtout la même clarté morale que celle de nos soldats. Bien au contraire !

 

L’affaire Sdé Teiman illustre les normes perverties de la justice israélienne, que j’ai analysées dans un récent livre*, au nom desquelles celle-ci est capable de porter des accusations mensongères contre des soldats de Tsahal, tout en faisant preuve de clémence envers les pires tortionnaires du peuple Juif depuis la Shoah ! “La pitié pour le méchant fait tort au Juste”, avait énoncé le Talmud. Cette institution judiciaire, dont on commence à révéler les turpitudes, relève plus de la “justice de Sodome” dont nous parle la Bible que d’une justice hébraïque authentique, inspirée par le “Tsedek ou Mishpat”. Comme le faisait remarquer le professeur Henri Baruk, “le pardon inconditionnel des méchants est très dangereux, car il encourage les méchants à persévérer… et à massacrer et à torturer les justes. On l’a vu avec Hitler et les terroristes modernes[1]. Lignes prémonitoires, écrites bien avant l’apparition du Hamas !

 

            Ainsi, la question de la peine de mort pour les terroristes du Hamas est une question cruciale pour la victoire d’Israël contre le Hamas, car elle a précisément à voir avec l’affirmation au monde entier du bien-fondé de notre cause. Ce n’est nullement un hasard si le grand scandale concernant les institutions judiciaires israéliennes qui vient d’éclater au grand jour, concerne lui aussi les fondements moraux de la guerre d’Israël. L’Etat hébreu ne pourra en définitive triompher du mal absolu incarné par le Hamas qu’en procédant à un profond remaniement de ses institutions (armée, justice, médias, etc.) inspiré par l’esprit de justice de la Torah et des Prophètes. Ad Hanitsa’hon! Jusqu’à la victoire !

 

P. Lurçat

 

* Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël - Chroniques 2023-2025. disponible sur Amazon et à la boutique du centre Begin à Jérusalem.

______________________________________________

Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                           Jacques Dewitte

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

 

 

[1] H. Baruk, Le message des patriarches hébreux, éd. Colbo 1990, p. 32.

De Nuremberg à Gaza :  La peine de mort et la victoire morale d’Israël, Pierre Lurçat

See comments

1995-2025 : De l’affaire Raviv à l’affaire Sdé Teiman - Vers la fin du Deep State israélien ?

November 5 2025, 09:11am

Posted by Pierre Lurçat

Image tirée du film "Incitement"

Image tirée du film "Incitement"

 

 

1.

 

Le nom d'Avishaï Raviv ne dit pas grand-chose à ceux qui n'étaient pas nés en 1995. A l'époque, dans les semaines qui ont suivi la soirée fatidique du 5 novembre 1995, ce nom (et le surnom qu'il portait au sein des services de sécurité intérieure, « Champagne ») sont devenus synonymes, aux yeux de nombreux Israéliens, de la part d'ombre et de scandale politique qui entourait l'assassinat du Premier ministre Itshak Rabin par Yigal Amir. Comment le Shin Beth avait-il pu laisser les coudées franches à son agent pour mener des actions provocatrices, telles que l'impression du fameux poster de Rabin en uniforme nazi, les appels au meurtre et les innombrables manifestations anti arabes ? Et surtout, comment Raviv avait-il pu être en contact étroit avec Yigal Amir, l'incitant et le poussant à commettre l'irréparable, et tout cela au vu et au su de sa hiérarchie et avec son approbation ?

 

En écoutant hier soir Avishaï Raviv, invité du programme phare de la chaîne 14 « Les patriotes », j'ai surtout été frappé par l'indigence intellectuelle et morale qui se dégageait de ses propos. On ne pouvait se départir de l'impression, en le regardant et en l'écoutant, que Raviv avait été choisi pour être infiltré dans les rangs de l'extrême droite radicale non en raison de qualités spéciales, mais bien plutôt de l'absence chez lui de toute qualité… L’agent provocateur est apparu hier, trente ans après l’assassinat dans lequel il a joué un rôle qui ne sera sans doute jamais totalement élucidé, comme un personnage falot, misérable et inspirant une sorte de dégoût mêlé de pitié.

 

2.

 

Les régimes qui ont recours à ce genre de personnage sont généralement très éloignés du modèle de la démocratie occidentale. Raviv fait penser à un agent de la police secrète dans un roman de Balzac, et il n'aurait pas dépareillé un service de sécurité de l'ex URSS ou de la RDA… Or, c'est là que l'histoire rejoint l'actualité la plus brûlante. L’affaire Raviv a en effet révélé au grand jour la toute-puissance des services de sécurité intérieure (Shin-Beth) et l’existence d’un véritable « Etat dans l’Etat », ce qu’on appelle aujourd’hui le « Deep State » israélien.

Contrairement au mythe tenace du « héros de la paix assassiné par un fanatique juif », Itshak Rabin z.l. incarne plutôt le représentant du sionisme d’antan, victime du Deep State et de l’idéologie post-sioniste à laquelle il n’a jamais vraiment adhéré. A trois reprises, il en a été la victime tragique : la première, lors de l’affaire du « compte en dollars », quand le pouvoir judiciaire émergent l’a contraint à démissionner. La seconde, lorsque les architectes des accords d’Oslo l’ont entraîné contre son gré sur la voie fatale de la « paix » sanglante d’Oslo. Et la troisième, lorsqu’il est tombé sous les balles d’Yigal Amir.

 

 

3.

 

Trente ans plus tard, l’affaire Sdé Teiman et l’arrestation fracassante de la procureure militaire – soupçonnée d’avoir fait fuiter la vidéo fabriquée calomniant les soldats de Tsahal – montrent à la fois le sentiment de toute puissance des membres de ce Deep State, et les débuts de la fin de leur pouvoir illégitime. Aujourd’hui comme il y a trente ans, les serviteurs du Deep State – et parmi eux, des membres haut-placés de l’establishment judiciaire et sécuritaire israélien – se croient à l’abri de toute sanction, exerçant leur pouvoir sans le moindre contrôle et l’utilisant dans des buts politiques ou personnels. Ils ont vécu pendant des décennies au-dessus de toute loi.

 

Le 7-Octobre a fait voler en éclats la « Conceptsia » et les nombreux mensonges sur lesquels elle reposait. Parmi ceux-ci, le mensonge des « Gatekeepers » que j’analyse dans mon dernier livre, et celui du Deep State qui agite en permanence la menace fantasmatique de la « violence des colons » pour mieux dissimuler ses impérities dans la lutte contre le terrorisme arabe. L’affaire Sdé Teiman marque sans doute le début de la fin pour ceux qui pensaient que l’Etat était leur domaine privé et que tout leur était permis. Le point commun entre l'affaire Raviv et l'affaire Sde Teiman est que dans les deux cas, leurs instigateurs ont sacrifié toute morale sur l'autel de leurs conceptions dévoyées et antidémocratiques. Leur erreur fatale sera sans doute d'avoir négligé la force intrinsèque de la vérité.

 

Pierre Lurçat

 

* Mon nouveau livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël. Editions l’éléphant, est disponible sur AmazonOn peut aussi le trouver à la boutique du centre Begin à Jérusalem.

______________________________________________

Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                          Jacques Dewitte

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

1995-2025 : De l’affaire Raviv à l’affaire Sdé Teiman - Vers la fin du Deep State israélien ?

See comments

Ephraim Demri: “L’establishment judiciaire, mu par sa haine de Nétanyahou, est prêt à tout sacrifier pour lui porter atteinte"

November 2 2025, 12:34pm

Posted by Pierre Lurçat

Avec Me Ephraim Demri, photo P. Lurçat / Israël Magazine

Avec Me Ephraim Demri, photo P. Lurçat / Israël Magazine

 

L’affaire des soldats de Sdé Teiman, injustement accusés d’avoir “violé” un terroriste du 7-Octobre par le procureur militaire, expose au grand jour les turpitudes de l’establishment judiciaire israélien, mu par son idéologie post-sioniste et par sa haine abyssale contre Nétanyahou. J’ai interviewé il y a quelques mois l’avocat Ephraim Demri, qui représente les soldats injustement poursuivis, pour Israël Magazine. Dans les lignes suivantes, il explique les derssous de l’affaire.

Ma rencontre avec Me Ephraim Demri se déroule dans les salons de l’hôtel du Théâtre à Jérusalem. Il a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois, étant au cœur de nombreuses affaires très médiatisées qui ont défrayé la chronique. Celle des soldats de Sde Teiman, accusés à tort d’avoir “violé” un terroriste arabe du 7-Octobre, ou celle du “Meraguel”, le mystérieux espion arrêté au cœur d’une base ultrasecrète de Tsahal quelques semaines après le 7-Octobre, dans des circonstances mystérieuses.

Homme affable et volubile, il a grandi à Tibériade, au sein d’une famille juive tunisienne passée par Marseille, avant de “monter” en Israël en 1958. Son cabinet s’occupe de droit pénal et a notamment défendu le rabbin Eliezer Berland, ou des escrocs franco-israéliens dont il préfère ne pas donner le nom. Sa clientèle comporte aussi des hommes politiques de tous bords. Nous évoquons tout d’abord l’affaire des soldats poursuivis pour “violences” contre des terroristes du Hamas.

Pierre Lurçat : Comment trouvez-vous le temps de défendre pro bono des soldats de Tsahal ?

Ephraim Demri : Les soldats passent avant tout. Si un soldat me téléphone maintenant et qu’il a besoin d’être défendu, je quitte tout pour m’occuper de lui. Lorsque la femme d’un des soldats arrêtés à Sde Teiman est venue me voir, elle m’a dit qu’elle voulait que je sois son avocat. J’ai représenté cinq des dix soldats interpellés. Deux ont été inculpés.

P.L. Tous les soldats ont été libérés depuis ?

E.D. Oui. Cinq soldats ont été accusés de violences sexuelles envers des terroristes du 7-Octobre. Par la suite il s’est avéré que le film vidéo qui les incriminait était fabriqué…

P.L. Au début, le tribunal pensait que le film était authentique ?

E.D. Oui, et je vais vous expliquer pourquoi. Les juges militaires font confiance au procureur militaire, car 90 pour cent d’entre eux viennent du cabinet du procureur militaire. Ils partent du présupposé que ce que dit le procureur est vrai. Durant l’arrestation d’un des soldats, le représentant du procureur a expliqué qu’il détenait des preuves confidentielles. Les parents du soldat se sont approchés de moi et m’ont montré le film qui venait d’être diffusé à la télévision ! J’ai montré le film aux soldats, qui m’ont immédiatement dit que c’était un faux. J’ai demandé au juge d’ouvrir une enquête pour savoir comment cet élément de preuve soi-disant confidentiel avait été transmis aux médias… Or les principaux suspects sont les enquêteurs et les membres du cabinet du procureur militaire eux-mêmes !

P.L. Ce film a été diffusé dans le monde entier ?

E.D. Oui. Il a causé un préjudice incalculable à l’Etat d’Israël, à Tsahal et aux Juifs du monde entier.

P.L. Dans quel but a-t-il été diffusé ?

E.D. L’objectif était de plaire au tribunal de La Haye, à Biden, etc.

P.L. Il s’agissait en fait de se protéger eux-mêmes ?

E.D. Au moment de l’arrestation des soldats à Sde Teiman, le pays tout entier était en ébullition, y compris des gens de gauche qui ont des enfants dans l’armée et sont venus manifester avec nous. Au tribunal militaire de Bet Lid également. La justice militaire a compris qu’elle avait un problème, car elle était en train de perdre le soutien du public. La justice militaire et le procureur devaient justifier ces mesures très impopulaires. C’est la raison pour laquelle le film a été diffusé !

P.L. C’est eux qui l’ont diffusé ?

E.D. Il ne pouvait provenir que de l’intérieur de la justice militaire… Il est parvenu uniquement à la chaîne 12.

P.L. Ayala Hasson est la seule journaliste qui a dénoncé ce film comme étant fabriqué ?

E.D. Oui, la seule ! Elle a affirmé qu’on poursuivait nos soldats sur la base d’un “fake”. Nos soldats ont été qualifiés de violeurs. Dès le premier jour, j’ai déclaré que les soldats étaient innocents. J’ai engagé des procédures pour diffamation contre Guy Peled et contre Kan.

(Extrait de mon nouveau livre, Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël. Editions l’éléphant, disponible sur Amazon)

______________________________________________

 

Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel.

                                                    Jacques Dewitte

 

Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique.

Daniel Horowitz

 

Ephraim Demri: “L’establishment judiciaire, mu par sa haine de Nétanyahou, est prêt à tout sacrifier pour lui porter atteinte"

See comments

Le mythe du “génocide du peuple palestinien”, Pierre Lurçat

October 29 2025, 09:30am

Posted by Pierre Lurçat

Le mythe du “génocide du peuple palestinien”, Pierre Lurçat

 

NB J'interviendrai cet après-midi au colloque de Schibboleth à Jérusalem et parlerai du "mythe du génocide à Gaza". Le colloque sera disponible en replay sur la chaîne Youtube du centre Begin en français. PL

Je publie ici un extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, consacré au mythe du “génocide du peuple palestinien”. A travers les accusations récurrentes de génocide portées contre Israël et son armée, c’est en effet le discours mythique de l’antisémitisme séculaire qui se perpétue. P.L.

 

 

La présentation constante d’Israël et de son armée comme “tuant des Palestiniens” n’est pas une simple accusation polémique. Derrière l’accusation de meurtre délibéré, de “crimes de guerre” et de “génocide”, il y a un véritable discours mythique. Lisons à ce propos les remarques éclairantes de Pierre-André Taguieff, au sujet de l’affaire Al-Dura[1] :

 

Dans la construction du sionisme comme une entreprise génocidaire, les propagandistes font feu de tout bois : après avoir transformé les Palestiniens en symboles des pauvres, des humiliés et des offensés, puis en victimes de “l’impérialisme d’Israël”, ou plus largement d’un “complot américano-sioniste”, ils leur donnent le visage de prétendus “enfants-martyrs”. C’est en effet par assimilation avec la légende du crime rituel juif “que s’est opérée l’exploitation internationale, par toutes les propagandes antisionistes, du prétendu “assassinat par l’armée israélienne du jeune Palestinien Mohammed Al-Dura”.

 

Cette analyse relie de manière très significative l’affaire du petit Mohammed Al-Dura à l’accusation séculaire du “crime rituel”, qui est une des thématiques les plus anciennes de l’antisémitisme. La propagande contemporaine n’a en l’occurrence rien inventé : elle ne fait que recycler constamment des thèmes anciens, qu’elle puise dans l’imaginaire collectif et dans l’arsenal de la propagande antisémite, développé au cours des siècles.

 

Ajoutons qu’on ne saurait comprendre l’acharnement avec lequel les médias français et occidentaux présentent chaque Palestinien tué dans un “affrontement” (le plus souvent alors qu’il était lui-même l’assaillant) comme une “victime innocente”, si on ne tient pas compte de ce ‘subtexte’, ou fondement sous-jacent - conscient ou non - du mythe du crime rituel, à travers le prisme duquel le conflit israélo-arabe est constamment présenté. Ce mythe ancien est apparemment resté présent dans l’inconscient collectif occidental. C’est en faisant cette hypothèse et en gardant à l’esprit ces remarques préliminaires, que nous allons analyser le mythe du “génocide du peuple palestinien”. (...)

 

La filiation historique entre l’antisionisme et l’antijudaïsme

 

En réalité, ce mécanisme d’inversion permanent consistant à vouloir détruire l’adversaire tout en l’accusant de ses propres intentions n’a rien de nouveau. L’historien Georges Bensoussan écrit à ce propos que “tout discours meurtrier impute en effet à sa victime le dessein qu’il nourrit à son endroit[2]”. Pierre André Taguieff analyse également ce mécanisme, auquel il a donné le nom, que nous lui empruntons, d’inversion victimaire, dans ses “trois grands moments historiques”[3] : celui de l’antijudaïsme antique et médiéval, celui de l’antisémitisme moderne, et enfin celui de l’antisionisme contemporain. Cette perspective historique plus large nous permet de comprendre comment le mythe du “génocide du peuple palestinien” s’inscrit dans le droit fil de l’accusation de crime rituel, qu’il reprend à son compte et auquel il donne des formes nouvelles.

 

Un élément essentiel à la compréhension du mythe du génocide et des autres mythes de l’antisionisme contemporain est en effet celui de la filiation historique qui relie ce dernier à l’antisémitisme moderne et à l’antijudaïsme de l’Antiquité et du Moyen-Âge. Ce n’est pas par hasard que les analyses les plus éclairantes de l’antisionisme contemporain ont été faites par des historiens, comme Pierre-André Taguieff, souvent cité dans le cadre de notre ouvrage, et l’historien de l’antisémitisme Léon Poliakov, dont il poursuit les travaux. Un exemple récent nous est donné par le discours de Mahmoud Abbas en décembre 2019, dans lequel il a accusé Israël d’être responsable de la diffusion de drogues au sein de la société palestinienne[4]. En juin 2016, Abbas avait déjà accusé Israël d’empoisonner les puits et l’eau potable bue par les Palestiniens[5].

 

 
Le mythe du “génocide du peuple palestinien”, Pierre Lurçat

Cette accusation était de toute évidence la remise au goût du jour d’un thème antisémite ancien, largement répandu au Moyen-Age. La légende des “Juifs empoisonneurs” réapparaît ensuite au 16e siècle, sous la plume de Martin Luther, qui affirmait que “si les Juifs pouvaient nous tuer tous, ils le feraient volontiers, certes, spécialement ceux qui exercent la médecine[6]. Plus tard, cette accusation revient sur le devant de la scène à l’époque contemporaine, lors de la tristement célèbre affaire du “complot des Blouses blanches”, orchestré par Staline en janvier 1953. Plus récemment encore, l’accusation d’empoisonnement est formulée à l’encontre d’Israël, lors du décès de Yasser Arafat en novembre 2004, dans un hôpital français.

 

Cet exemple - parmi beaucoup d’autres - permet de comprendre comment fonctionne le discours antisioniste, et plus précisément comment il s’alimente à la source de l’antijudaïsme antique et de l’antisémitisme moderne. Il le fait en puisant dans l’éventail de stéréotypes négatifs concernant les Juifs, qui s’est constitué depuis des siècles. Le discours antisioniste radical, comme le discours antisémite “classique”, fait feu de tout bois : il puise indistinctement dans les accusations antijuives d’origine religieuse, chrétienne notamment. Citons encore Taguieff : “La sécularisation des accusations contre les Juifs, à l’exception de celle de déicide, n’a nullement interrompu, à partir du 18e siècle, le processus de transmission de leurs formes religieuses”[7].

 

De même, pourrait-on dire en extrapolant cette remarque, la sécularisation des accusations contre Israël dans l’antisionisme contemporain n’a pas interrompu le processus de transmission de thèmes antijuifs anciens, comme on le voit dans le discours d’un Mahmoud Abbas accusant Israël (et les rabbins) d’empoisonner les puits des Palestiniens.

 

(Extrait de P. Lurçat, Les Mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éditions l’éléphant 2021. En vente sur Amazon).

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain – Éditions L’éléphant

 

 

[1] La Judéophobie des Modernes, op. cit. p. 300. Le 30 septembre 2000, la chaîne France 2 diffusait des images d’un échange de tirs au carrefour Netsarim, dans la bande de Gaza. Le correspondant Charles Enderlin affirmait que le jeune Mohammed Al-Dura avait été tué par des tirs israéliens. Cette affirmation qui ne reposait sur aucun élément incontestable donna lieu à des accusations contre Tsahal d’avoir délibérément tué Al-Dura. 

[2] In “Antisémitisme et négationnisme dans le monde musulman”, Revue d’histoire de la Shoah no. 180, janv-juin 2004. p. 12.

[3] Pierre-André Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées », Argumentation et Analyse du Discours [En ligne] 18/10/2019. http://journals.openedition.org/aad/3500

[4]Abbas accuse Israël d'être à l'origine de la corruption chez les Palestiniens”, i24news.tv, 20/12/2019

https://www.i24news.tv/fr/actu/international/moyen-orient/1576834118-abbas-accuse-israel-d-etre-a-l-origine-de-la-corruption-chez-les-palestiniens

[6] Trachtenberg, Joshua. 1983 [1943]. The Devil and the Jews : The Medieval Conception of the Jew and Its Relation to Modern Antisemitism (New Haven : Yale U. P.) Cité par Taguieff 2019.

[7] Pierre-André Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées », 2019 https://journals.openedition.org/aad/3500#bodyftn11

See comments

Dans la bibliothèque de mon père (VI) : Vassili Grossman et le secret de l’âme russe. A propos de Vie et Destin

October 20 2025, 07:46am

Posted by Pierre Lurçat

Vassili Grossman correspondant de guerre

Vassili Grossman correspondant de guerre

A la mémoire de mon père

Niftar le 28 Tichri 5773

« Sérioja, qui, toute sa vie, avait vécu dans un milieu d’intellectuels, se rendait compte maintenant que sa grand-mère avait raison quand elle affirmait que les gens simples, les ouvriers étaient des gens bien ».

 

 

Dans la présentation de son dernier livre, De la science à l’ignorance, publié en 2003, mon père explicitait le fil conducteur de sa réflexion comme étant celui de la “science et [du] totalitarisme”. Il y indiquait l’idée la plus dangereuse à ses yeux, à laquelle ont conduit les sciences contemporaines : celle de la négation de l’humain, défendue par des biologistes comme par des physiciens. Et il reliait explicitement cette conception à celle des nazis, en citant un passage du grand livre de Vassili Grossman, Vie et Destin, celui où l’écrivain soviétique décrit l’arrivée des prisonniers juifs à Auschwitz et leurs derniers instants dans les chambres à gaz.

 

            J’ai déjà mentionné dans ces colonnes une phrase de Vie et Destin, qui relie précisément le thème de la science à celui du totalitarisme : “Le siècle d’Einstein et de Planck était aussi le siècle d’Hitler… Il y a une ressemblance hideuse entre les principes du fascisme et les principes de la physique moderne”. En y repensant aujourd’hui, je me dis que ce “fil conducteur” n’était pas seulement celui du dernier livre de mon père, mais également celui de toute la réflexion menée pendant plusieurs décennies de sa vie adulte, depuis qu’il s’était éloigné du communisme (dans des circonstances qu’il faudrait un jour raconter) et qu’il avait entamé progressivement sa réflexion philosophique et sa critique de la science, à laquelle il allait consacrer le restant de sa vie.

 

            Or, ce fil conducteur est justement un élément important dans le grand roman de Vassili Grossman, où il apparait à travers la figure du physicien Strum. Personnage principal du roman, Victor Pavlovitch Strum est sans doute l’alter ego de Grossman lui-même. C’est d’ailleurs un des aspects les plus intéressants du roman, dans lequel Vassili Grossman a mis beaucoup de lui-même, de ses déconvenues et de ses réflexions concernant l’histoire de l’URSS et la nature de son régime politique…

 

A l’époque où mon père me parlait de Vie et destin, je n’avais pas lu le grand roman et ce n’est que bien plus tard, des années après le décès de mon père, que je l’ai découvert. Je n’ai pas de souvenir précis de ce que mon père m’en disait, dans ses lettres ou dans nos conversations de vive voix, et je n’ai pas non plus conservé l’exemplaire du livre annoté de sa main, ni en français, ni en russe. Il ne me reste donc qu’à tenter de comprendre par moi-même, en lisant et en relisant le livre de Vassili Grossman, les raisons multiples pour lesquelles mon père l’affectionnait tellement.

 

Un séjour à Moscou en 1937

 

            Le thème principal tout d’abord : mon père était né en 1927, et était donc adolescent pendant la guerre. Certains des événements décrits dans Vie et destin étaient donc pour lui un élément du grand puzzle de sa propre existence, et pas seulement une page d’histoire, tragique et héroïque… Il avait sans doute gardé des souvenirs – même imprécis et fragmentaires – du siège de Stalingrad, ou des autres épisodes de la “grande guerre patriotique” décrits dans le roman de Grossman. Mais ces événements et les personnages du livre n’éveillaient pas seulement en lui les souvenirs de la période de la guerre, qui avait marqué son adolescence (mon grand-père avait été interné pour faits de résistance). Ils suscitaient aussi de toute évidence d’autres souvenirs plus anciens, datant de son séjour à Moscou dans les années 1930, où il avait accompagné ses parents.

 

André Lurçat, mon grand-père, avait été invité à Moscou en 1934, en tant qu’architecte sympathisant du parti communiste et son séjour avait duré trois ans, jusqu’en 1937. Pour mon père, ces années moscovites furent une expérience enrichissante, dont il garda le souvenir toute sa vie durant. Il les a relatées dans un texte que j’ai publié dans ces colonnes, où il évoque avec humour et émotion ces trois années pleines de découvertes. Pour l’enfant de la bourgeoisie intellectuelle parisienne, ce séjour moscovite fut l’occasion inespérée de sortir du cocon d’une enfance choyée et d’apprendre bien des choses sur la vie… Même s’il ignorait tout, étant âgé de 7 à 10 ans, du contexte politique plus vaste et ne pouvait soupçonner tout l’arrière-plan tragique de ses aventures d’enfant parisien exilé à Moscou.

 

L’envers du décor soviétique et la bêtise des intellectuels

 

            Ce n’est que bien plus tard, ayant entretemps épousé ma mère et découvert à la fois les horreurs du communisme et “l’aspect juif” des fréquentations de ses parents à Moscou, que mon père entrevit pleinement l’envers du décor de ce séjour en Union soviétique. Lorsqu’il lut les Entretiens avec Anna Akhmatova de Lydia Tchoukovskaïa, mon père découvrit ainsi que l’auteur du livre sur les rayons X pour lequel il s’était passionné lors de son séjour à Moscou était un physicien juif, Matvei Bronstein, qui sera fusillé en 1937 (l’année où mon père rentra à Paris).  “Merci, Mitia Bronstein, d’avoir écrit ces livres généreux. Merci, Lydia Tchoukovskaïa, d’avoir préparé le manuscrit avec tant de compétence, d’avoir (j’imagine) corrigé les épreuves avec tant de soin : il me semble bien qu’il n’y a aucune faute. Et veuillez nous pardonner notre bêtise, vous deux et tant d’autres”.

 

            Dans ces lignes écrites par mon père à plusieurs décennies de distance (sans doute dans les années 1970), je trouve une des clés de son attachement pour Vassili Grossman : celle de la “bêtise” des intellectuels qui furent un temps séduits par le communisme, comme lui, avant d’en comprendre toute l’horreur et les crimes. Il ne fait aucun doute à mes yeux que mon père s’identifia dans une certaine mesure au personnage de Strum, physicien communiste qui prend progressivement conscience de l’horreur du régime soviétique (et qui est, comme je l’ai dit, l’alter ego de Grossman lui-même).

 

            Mais il serait réducteur d’expliquer l’affection particulière que mon père vouait à Vie et destin par ces seuls aspects politiques, aussi importants soient-ils. Car le roman de Vassili Grossman est d’une telle richesse qu’il l’avait de toute évidence séduit pour d’autres raisons également. La langue tout d’abord : mon père l’avait lu en russe (ainsi qu’en français) et c’était un des rares livres – aux côtés de recueils de poésie et d’ouvrages de physique – qu’il lisait dans cette langue apprise dans l’enfance. Je ne reprendrai pas à mon compte le poncif qui veut que la traduction n’égale jamais l’original, car je sais bien que certains traducteurs sont aussi doués que les écrivains qu’ils traduisent (voir dans ces colonnes l’exemple de Madeleine Neige, traductrice de David Shahar). Mais j’imagine le plaisir tout particulier que mon père trouvait, alors qu’il était un adulte déjà avancé dans la vie, à retrouver sous la plume de Grossman la langue russe qu’il avait chérie étant enfant.

 

Le petit peuple russe et la beauté de la vie militaire

 

            Un autre élément, qui découle de celui-ci, fut sans doute la redécouverte de cette “âme russe” à laquelle mon père avait goûté étant enfant à Moscou, et aussi de ce petit peuple qui est un des “héros” du livre de Grossman. “Sérioja, qui, toute sa vie, avait vécu dans un milieu d’intellectuels, se rendait compte maintenant que sa grand-mère avait raison quand elle affirmait que les gens simples, les ouvriers étaient des gens bien”. Ces phrases tirées de Vie et destin parlaient sans doute à mon père, qui avait grandi dans une famille d’intellectuels et d’artistes, avait étudié à l’école normale supérieure et fait toute sa carrière professionnelle au CNRS, mais dont un des meilleurs amis de jeunesse était un paysan viticulteur, à qui il rendait visite régulièrement en ramenant à chaque visite des pots de miel de plusieurs kilos.

 

            Dans Vie et destin, ces gens simples dont la grand-mère de Sérioja loue les qualités morales sont des ouvriers et simples soldats. A travers la description qu’en donne Grossman transparaît un autre thème important, auquel mon père avait sans doute été sensible : celui de la camaraderie masculine, qui est un aspect important de la vie militaire. Mon père l’évoquait parfois lorsqu’il me parlait de son service militaire dans les Transmissions, en France et en Allemagne. Pour en donner une idée, tirée de la plume d’un auteur bien différent, je citerai ces lignes de Vladimir Jabotinsky : “En vérité, seule la guerre est laide. La vie militaire, en tant que telle, possède de nombreux très beaux aspects, pour lesquels on éprouve généralement de la nostalgie, sans être hélas capables de les réaliser entièrement. Il y a tout d’abord, la camaraderie des soldats, la simplicité spartiate, l’égalité entre les riches et les pauvres[1].

 

            Cette beauté de la vie militaire, qui contraste avec la laideur de la guerre, apparaît à de nombreux endroits du roman de Grossman, tout comme l’égalité entre riches et pauvres mentionnée par Jabotinsky. Mon père, qui avait connu la camaraderie des soldats, la simplicité spartiate de la vie militaire et l’égalité entre riches et pauvres (thème auquel il n’était pas moins sensible que Jabotinsky), avait sans nul doute retrouvé dans la lecture de Vie et destin ces éléments de la vie soviétique qu’il avait connue à Moscou, étant enfant. Ainsi, la lecture du grand roman de Vassili Grossman lui permit de retrouver à la fois – de manière paradoxale – la beauté de cette âme russe qui subsistait dans l’Union soviétique où il avait vécu pendant la pire période du stalinisme triomphant, et la séduction mensongère du communisme auquel il avait adhéré bien plus tard, avant d’en comprendre les dangers et les crimes.

Pierre Lurçat

 

 

Dans la bibliothèque de mon père (V): José Ortega y Gasset et la question de la liberté - VudeJerusalem.over-blog.com

Dans la bibliothèque de mon père (IV) : Niels Bohr et l’intelligibilité du monde - VudeJerusalem.over-blog.com

Dans la bibliothèque de mon père (III) : Emmanuel Lévinas et le bilan du vingtième siècle - VudeJerusalem.over-blog.com

David Shahar, le conteur qui nous parle de l’âme humaine - VudeJerusalem.over-blog.com

Dans la bibliothèque de mon père : La poésie et l’éclat du monde - à propos de Philippe Jaccottet - VudeJerusalem.over-blog.com

 

 

[1] Extrait de “Militarisme”, article publié originellement en yiddish dans le Haynt, Varsovie, 25 janvier 1929. Traduction depuis la version en hébreu publiée par Y. Nedava.

François Lurçat z.l. (1927-2012)

François Lurçat z.l. (1927-2012)

See comments

Le “jugement de Gaza” ou la victoire métaphysique d’Israël - Pierre Lurçat

October 16 2025, 10:58am

Posted by Pierre Lurcat

Le “jugement de Gaza” ou la victoire métaphysique d’Israël - Pierre Lurçat

 

Comme l’écrivait Emmanuel Shiloh dans les colonnes de Besheva le mois dernier, “L’année 5786 sera celle du jugement de Gaza… Si nous n’asséchons pas jusqu’au bout le marécage empoisonné de Gaza, il continuera d’engendrer de nombreux moustiques agressifs et dangereux. Si ceux qui ont commis à notre encontre le massacre terrible du 7-Octobre parviennent à rester debout au terme de deux ans de guerre, cela sera un signe pour tous ceux qui nous veulent du mal de préparer le prochain massacre. Gaza, qui a amené sur Israël la plus grande catastrophe de son histoire, doit devenir un exemple, un avertissement de la fin attendue pour tous ceux qui fomentent de nous attaquer et de nous anéantir”. Oui, tout comme Carthage selon les mots de Caton l’ancien, « Delenda est Gaza », Gaza doit être détruite, pour que nos ennemis sachent à quoi s’en tenir à l’avenir s’ils s’avisaient de réitérer leurs crimes !

La guerre terrible déclenchée par le Hamas il y a deux ans signifie aussi, comme l’a observé le rabbin Oury Cherki, l’irruption d’un événement biblique en pleine modernité. C’est d’ailleurs l’une des raisons de l’incompréhension fondamentale d’une partie des “élites” occidentales envers la politique israélienne depuis le 7-Octobre : Israël se bat non seulement pour gagner la guerre, mais aussi pour réintroduire dans la vie politique internationale des normes morales, qui en sont aujourd’hui largement absentes. Israël affronte en effet “l’axe du mal”, et cette expression n’est nullement une figure de style ou une métaphore.

Elle désigne très exactement ceux qui voient en Israël un ennemi à éradiquer et qui – de Gaza à Téhéran et du Yémen au Liban – tentent par tous les moyens de mettre à exécution leurs sinistres desseins. Face à cet axe du mal, et face au Mal absolu incarné par le Hamas et ses alliés, Israël représente le Bien absolu et le phare d’une humanité qui doute d’elle-même et de ses valeurs. C’est pourquoi la victoire d’Israël ne sera pas seulement une victoire militaire et stratégique, qui est déjà en passe de remodeler la région tout entière.

Une victoire métaphysique

Cette victoire sera également une victoire morale et spirituelle, et pour ainsi dire métaphysique : victoire du judaïsme, qui éclaire et embellit notre monde, sur les barbares de l’islam le plus rétrograde, victoire du peuple qui sanctifie la vie contre ceux qui sanctifient la mort, victoire de l’esprit et du D.ieu d’Israël contre le “Dieu” maléfique de ceux qui s’en sont pris de manière abominable au peuple Juif, porteur de l’Alliance et de la Parole divine. La victoire d’Israël contre le Hamas et ses alliés inaugurera peut-être, comme je l’espère avec beaucoup d’autres, une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité.

Elle pourrait ainsi signifier que la voix d’Israël – porteuse du message biblique et du Décalogue tellement bafoué au cours des siècles – serait désormais à même d’être mieux écoutée et d’être entendue… L’instauration d’un véritable sanctuaire et d’une sécurité authentique pour les Juifs sur leur terre retrouvée serait ainsi concomitante du retour de la Parole divine – et de la parole en général – dans un monde soumis au règne mensonger de l’image, comme l’explique bien Jacques Dewitte dans sa belle préface à ce livre.

Alors que le monde entre dans l’année 5786 du calendrier juif, souhaitons que cette nouvelle année soit celle de la victoire d’Israël sur ses ennemis et du rétablissement de la souveraineté israélienne sur tout l’espace compris entre la Mer Méditerranée et le Jourdain (qui ne représente qu’une des deux rives de la Palestine mandataire historique, promise aux seuls Juifs par la Déclaration Balfour), prélude à la reconstruction du Temple de Jérusalem, qui sera une bénédiction pour tous les peuples de la terre. Jusqu’à la victoire, Ad Hanitsa’hon !

Jérusalem, octobre 2025/Tichri 5786

 

Extrait de mon nouveau livre Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël - Chroniques 2023-2025, qui vient de paraître aux éditions l’éléphant. Préface de Jacques Dewitte. Disponible pour l’instant sur Amazon uniquement.

______________________________________________________

 Avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel” 

Jacques Dewitte 

 

Le “jugement de Gaza” ou la victoire métaphysique d’Israël - Pierre Lurçat

See comments

Mitterrand-Bousquet : Le théâtre du mensonge et de l’oubli de Robert Badinter, Pierre Lurçat

October 9 2025, 12:40pm

Posted by Pierre Lurçat

NB Je republie cet article à l'occasion de la "panthéonisation" de Robert Badinter. Quoi que l'on pense de l'abolition et des autres domaines de son action, l'affaire du Vel d'Hiv relatée ci-dessous restera à mes yeux une tache indélébile sur la statue du grand homme, ce qui ne justifie évidemment pas l'acte imbécile des profanateurs de sa tombe. J'invite mes lecteurs à écouter l'excellente interview de Michel Onfray qui évoque lui aussi le Vel d'Hiv. Merci M. Onfray de votre lucidité et de votre courage! P.L.

 

A l’âge canonique de 93 ans, Robert Badinter fait de nouveau parler de lui ces jours-ci. Infatigable, il vient de publier un recueil de théâtre, incluant une pièce intitulée “Cellule 107”, dans laquelle il imagine un dialogue entre Pierre Laval et René Bousquet, l’organisateur de la rafle du Vel d’Hiv. “Robert Badinter fait parler des fantômes”, écrit l’Express, donnant la parole à l’ancien garde des Sceaux, qui déclare que “le théâtre est une leçon d’humilité”... J’ai vainement cherché dans les nombreux échos médiatiques de “Cellule 107” la trace d’une quelconque humilité, et surtout celle d’un autre fantôme, que Robert Badinter semble avoir enterré dans l’oubli le plus total… Celui de François Mitterrand, qui fut à la fois - à des époques différentes - l’ami de Badinter et celui de Bousquet.

 

J’ai déjà raconté, il y a quelque temps, comment le “cri de colère” de Badinter contre l’antisémitisme m’avait remémoré un autre “cri de colère” de Robert Badinter, auquel j’avais assisté en première ligne. 

 

Le “cri de colère” de Robert Badinter contre les Juifs

 

C’était en juillet 1992. J’étais alors un jeune Juif de 25 ans, et je dirigeais le mouvement des étudiants sionistes Tagar, tout en préparant mon alyah. Ce jour-là, nous étions venus au Vel d’Hiv, lieu de sinistre mémoire, pour interpeller le président de la République, François Mitterrand. Nous avions distribué un tract, en pointant l’ambiguïté de la position de Mitterrand vis-à-vis du régime de Vichy et son refus de reconnaître la responsabilité de l’État français (et, accessoirement, de mettre fin à la tradition de dépôt d’une gerbe sur la tombe du maréchal Pétain, à l’île d’Yeu). A nos yeux, comme à ceux des anciens déportés et survivants de la Shoah qui étaient venus se recueillir en ce lieu symbolique, il était scandaleux que le président de la République puisse venir au Vel d’Hiv dans ces conditions.

 

Quand François Mitterrand est arrivé sur les lieux, il a été accueilli par des huées, des sifflets et des cris : “Mitterrand à Vichy!”. Robert Badinter, le visage contorsionné par un rictus de haine, a alors prononcé un discours d’une extrême violence, tout entier dirigé contre… les militants juifs, qui lui avaient “fait honte”! A la sortie de la manifestation, j’ai été interpellé par deux policiers en civil, et j’ai passé la  nuit au poste, accusé “d’insulte au président de l’État”. Si je relate aujourd’hui ce souvenir, c’est parce qu’il me semble significatif de cette période de l’histoire de France et des Juifs en France, et qu’il est important de ne pas déformer la mémoire de cette période.

 

Au-delà de la personne de Robert Badinter, qui n’importe guère, c’est en effet le bilan d’une époque historique et d’une politique qui sont en jeu. Les années Mitterrand resteront, dans l’histoire des Juifs de France comme dans l’histoire française en général, celles d’une grande confusion morale et politique. Celui qui a su s’entourer de nombreux ministres et amis juifs était resté également fidèle à ses amitiés de jeunesse, tissées à l’époque du régime de Vichy, ayant “conservé sa sympathie à René Bousquet”, comme il l’avoua sans honte à Pierre Péan (1). Or, si le procès de Vichy a depuis longtemps été fait en France, notamment grâce aux efforts incessants des époux Klarsfeld et des FFDJF, mais aussi d’autres militants juifs de la mémoire, il reste à écrire l’histoire d’une période cruciale pour comprendre le déclin de la France (et celui de la communauté juive française).

 

Robert Badinter et François Mitterrand 

 

Beaucoup des éléments essentiels de ce déclin se sont mis en place pendant les années Mitterrand. Ainsi, le “Nouvel antisémitisme”, apparu sur le devant de la scène publique lors de “l’Intifada des banlieues”, au début des années 2000, a été décrit dans deux livres importants : La nouvelle judéophobie, de Pierre-André Taguieff, et Les territoires perdus de la République de Georges Bensoussan. Si l’on prend la peine de relire les témoignages de professeurs réunis par ce dernier, on constatera que les phénomènes qu’ils décrivent sont apparus au début des années 1990, pendant le deuxième mandat de François Mitterrand. C’est en effet à cette époque - celle de SOS Racisme et de l’idéologie antiraciste triomphante - qu’a émergé cette configuration monstrueuse qu’Alain Finkielkraut devait décrire, bien plus tard, comme un “antiracisme antisémite”. 

 

Pour comprendre comment la France est devenue ce qu’elle est aujourd’hui, pour comprendre l’assassinat de Sarah Halimi et l’attitude de la justice française à son égard (justice dont Badinter prétend aujourd’hui qu’elle est “incorruptible”...), pour comprendre comment l’antisémitisme a pu ressurgir avec une telle intensité et une telle violence, il faut aussi se rappeler qui était vraiment François Mitterrand, l’ami fidèle de René Bousquet, qui s’est entouré de Juifs et d’anciens vichyssois. Car c’est dans la confusion morale et politique des années Mitterrand qu’est né le Nouvel antisémitisme actuel.



 

Le “Nouvel antisémitisme”, fruit tardif des années Mitterrand

 

Et Robert Badinter? Il a crié sa honte face aux militants juifs de la mémoire, mais il n’a jamais eu honte des fréquentations de Mitterrand, de la francisque et de la gerbe déposée chaque année à l’île d’Yeu, sur la tombe du maréchal Pétain. Au contraire, il s’est obstiné jusqu’à tout récemment à nier l’évidence  - l’amitié entre Mitterrand et Bousquet - pour sauver le souvenir de sa propre amitié avec François Mitterrand (2). Il n’est pas le seul dans ce cas : la plupart des “Juifs de cour” qui entouraient Mitterrand ont, à des degrés divers, préféré sauver le souvenir de leur amitié et ne pas se dédire, plutôt que d’affronter leurs erreurs et celles de leur mentor et ami. Je ne citerai pas leurs noms, connus de tous. Mais leur responsabilité est grande, face à l’histoire du judaïsme français et face à son inquiétante situation actuelle. 

 

 

Dans un petit livre tiré d’une émission de télévision intitulé Mitterrand à Vichy, Serge Moati donne ainsi la parole à Pierre Moscovici, qui rappelle l’ostracisme dont il a été victime au Parti socialiste, après avoir dit son écoeurement en apprenant les révélations du passé vichyssois de Mitterrand. Robert Badinter, de son côté, fait la promotion de son nouveau livre, en évitant soigneusement de mentionner le nom de son ancien mentor, celui qui fut “l’ami” des Juifs de Cour tout en gardant intacte jusqu’à son dernier jour son amitié à René Bousquet, l’ordonnateur de la grande Rafle du Vel d’Hiv. L’ancien garde des Sceaux cultive ainsi un oubli bien utile, en prétendant faire “oeuvre de mémoire”... La mémoire de M. Badinter est, en l’occurrence, très sélective.

Pierre Lurçat

 

(1) Auteur du livre qui déclencha le scandale, Une jeunesse française, paru chez Fayard en 1994.

(2) Voir “François Mitterrand n’entretenait pas de relation avec Bousquet à Vichy”, interview donnée au journal Le Monde 11.5.2011 https://www.lemonde.fr/idees/article/2011/05/05/robert-badinter-il-n-entretenait-pas-de-relations-avec-bousquet-a-vichy_1517403_3232.html




 

Mitterrand (à droite) et le maréchal Pétain, octobre 1942

 

 

See comments

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 > >>