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De la fascination pour le christianisme à la honte d’Israël : Le naufrage d’Alain Finkielkraut

February 15 2026, 18:50pm

Posted by Pierre Lurçat

De la fascination pour le christianisme à la honte d’Israël : Le naufrage d’Alain Finkielkraut

 

Le positionnement d'Alain Finkielkraut envers Israël depuis le 7-octobre ne laisse pas de susciter l'incompréhension et l'indignation de la communauté juive et des amis d'Israël. Voilà un intellectuel français d'origine juive, qui a souvent pris dans le passé des positions courageuses contre l'antisémitisme et l'antisionisme (notamment dans les rangs de l'extrême gauche française) et qui clame aujourd’hui publiquement sa détestation du gouvernement israélien, allant jusqu'à proclamer ces dernières semaines avoir "honte d'Israël !". Analyse.

 

De manière paradoxale et scandaleuse, Alain Finkielkraut – figure reconnue de l'intelligentsia française – assume des positions proches de l'extrême gauche en Israël, tout en défendant des opinions conservatrices (souvent qualifiées de "réactionnaires") en France. En bref, il s'agit comme l’a relevé un site internet, d'un "vieux Réac" qui se donne le luxe d'être de gauche en Israël… Ayant consacré de nombreux articles aux errements de Finkielkraut et ayant débattu avec lui il y a six mois au micro d'Antoine Mercier, je voudrais ici aborder ce sujet sous un angle nouveau, celui du "tropisme" chrétien (ou christianisant) d'Alain Finkielkraut.

 

Une ignorance abyssale du judaïsme

 

D'autres que moi l'ont relevé, le dernier en date étant le journaliste Nicolas Birnbaum, qui parle dans Le Monde des livres de son "faible pour le christianisme’’. Mais laissons parler l'intéressé lui-même. En 2022 déjà, Alain Finkielkraut, qui se présente comme un "Juif athée", expression en soi problématique, se disait "fasciné par la proposition chrétienne" et par "le fait que le Christ a dit sur la Croix, 'mon Dieu mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné?" A l'époque j'avais raillé l'ignorance du philosophe, qui attribuait au génie du christianisme des paroles tirées des Psaumes du Roi David. Dans une lettre ouverte, je dénonçais l'étendue insondable de l'assimilation juive en France et son corollaire, l'ignorance.

 

Mais ce qui m'est apparu en lisant le dernier livre d'Alain Finkielkraut, c'est le lien étroit entre cette ignorance abyssale du judaïsme et ses positions concernant Israël. L'admiration de Finkielkraut pour la Pietà de Michel-Ange, pour le cardinal Lustiger et pour les "descentes de Croix" n'est pas anodine. On ne peut impunément être Juif en France, ignorer tout ou presque de la Tradition juive, tout en défendant une vision "enracinée" de la culture française et se permettre de critiquer la "guerre atroce" que mènerait soi-disant Israël à Gaza…

 

Un intellectuel juif fasciné par la Vierge Marie

 

L'étrange compassion de Finkielkraut pour les "civils innocents de Gaza" et son refus persistant d'entendre les témoignages des otages revenus de Gaza sur ce sujet se comprennent beaucoup mieux à la lecture des pages scandaleuses de son livre (pour un lecteur juif), dans lesquelles il évoque avec pathos les paroles bouleversantes du Christ ou "l’inconsolable Vierge Marie"... J’ajoute que plusieurs Juifs érudits se sont évertués à inculquer à Finkielkraut des notions de judaïsme, comme Benny Lévy, ou comme un ancien grand-rabbin de France. Mais leurs efforts furent vains.

 

En mai 2025, j'analysais la campagne de propagande du Hamas sur le thème des "enfants affamés de Gaza" comme une "nouvelle Passion" renvoyant à la Passion du Christ tout téléspectateur de culture chrétienne. Je comprends aujourd'hui que la propagande du Hamas touche un public encore plus large que le public occidental chrétien ou postchrétien. Elle fait également mouche dans l'esprit et le cœur alourdi d'un philosophe d'origine juive, ignorant tout de la tradition d'Israël.

 

J’ajoute qu’Alain Finkielkraut caricature le judaïsme de Benny Levy tout comme il caricature les propos du rabbin Oury Cherki ou les miens concernant Israël…[1]  Et il ne s'agit pas là d'un simple défaut rhétorique dû à l'ardeur de la polémique, mais d’une véritable forme de malhonnêteté intellectuelle, devenue une seconde habitude chez l’intellectuel médiatique, habitué des plateaux de télévision.

 

Alain Finkielkraut a fait sienne la vision chrétienne d'Israël dans ce qu'elle a de plus réducteur et de plus déformant, notamment lorsqu’il dénonce le "messianisme" de certains ministres ou lorsqu’il se dit "sali" par la politique israélienne. Sa polémique contre l’Etat d’Israël, son gouvernement et son armée (accusée de mener une "guerre atroce"... sic !) n'est pas, comme il le prétend, un débat judéo-juif. Car sa vision caricaturale des "deux Israël" – d'un Israël entièrement innocent et d'un autre entièrement coupable – est fondamentalement "unjewish" (pour citer un adjectif qu'il aime utiliser). Oui, Finkielkraut est devenu (ou est resté) un intellectuel français ignorant du judaïsme, qui porte sur Israël le regard simplificateur et déformant de la polémique chrétienne.

Pierre Lurçat

NB Continuez de signer et faire signer la pétition : « Nous sommes fiers d’Israël ! »
 

 

Comment A. Finkielkraut déforme mes propos sur Israël, et ceux des autres…

 

Lors d'un débat sur la chaîne Mosaïque, je me suis opposé à Alain Finkielkraut sur la question des témoignages des otages revenus de Gaza, concernant la présence de "civils innocents" à Gaza. Mon propos consistait à prendre au sérieux les témoignages unanimes des survivants, affirmant ne pas avoir rencontré la moindre trace d'humanité à Gaza, et avoir été protégés par leurs geôliers du Hamas contre la foule gazaouie qui voulait les lyncher. Le sens de mon propos était donc de dire que nos otages n’ont pas rencontré un seul Juste à Gaza… De son côté, Alain Finkielkraut s'est dit scandalisé par le témoignage de l’ex-otage Mia Shem, qualifiant ses propos d'extrémistes et les comparant à ceux de Houra Bouteldja affirmant que tous les Israéliens sont coupables.

 

Depuis lors, de manière répétée et presque quotidienne depuis la parution de son dernier livre, M. Finkielkraut clame sur tous les médias que j'aurais affirmé qu'il n'y a pas de civils innocents à Gaza en me citant nommément et va jusqu'à reprendre cette accusation mensongère dans son dernier livre, en m’attribuant de manière calomnieuse la phrase : "Tapez dans le tas ce sera toujours dans le mille". Je tiens à m'élever publiquement contre le procédé malhonnête consistant à caricaturer mon propos, pour mieux asseoir son argumentation. J'ajoute qu'il a utilisé le même procédé malhonnête à l'encontre du rabbin Oury Cherki de Jérusalem, lequel a usé de son droit de réponse sur la chaîne Mosaïque.

 

P.L.

 

 

 

[1] Voir encadré ci-dessous.

 

De la fascination pour le christianisme à la honte d’Israël : Le naufrage d’Alain Finkielkraut

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Pétition : « Nous sommes fiers d’Israël ! » + Lettre ouverte à Alain Finkielkraut qui a “honte d’Israël”

January 27 2026, 09:27am

Posted by Pierre Lurçat

Pétition : « Nous sommes fiers d’Israël ! » + Lettre ouverte à Alain Finkielkraut qui a “honte d’Israël”

SIGNEZ LA PETITION ICI

https://c.org/B5xjKXMhKx

 

Les soussignés expriment haut et fort leur soutien indéfectible à l’Etat et au peuple d’Israël, à son gouvernement et à son armée. Ils déclarent être fiers d’Israël et rejettent les accusations infondées propagées par Alain Finkielkraut à l’encontre d’Israël, de Tsahal et des valeureux habitants de Judée-Samarie. Am Israël Haï !

 

 

Monsieur Finkielkraut,

 

Depuis la parution de votre dernier livre (Le cœur lourd), dont vous faites actuellement la promotion dans les médias français, vous criez sur tous les toits avoir “honte d’Israël”... En vous écoutant proclamer urbi et orbi votre honte d'Israël, j’ai repensé au livre écrit il y a un siècle déjà par le philosophe juif allemand Theodor Lessing. Analysant les cas d'intellectuels et d'hommes de lettres de son époque, Juifs assimilés qui avaient comme vous "honte" de leur peuple, Lessing avait forgé le concept toujours pertinent de "Jüdischer Selbsthass" – la fameuse haine de soi juive.

 

Bien entendu, à vous voir pérorer sur les plateaux de télévision et dans les émissions de radio à grande écoute, on n'a pas l'impression que vous soyez atteint de “haine de soi”... Vous paraissez au contraire vous aimer, et même vous aimer beaucoup, même si c'est avec le "cœur lourd"... Mais ce qui vous fait honte et vous accable, c'est comme vous le dites incessamment, ce que fait Israël. Vous n’hésitez pas à parler de “cruauté” israélienne (sic) et dénoncez inlassablement les “répugnants fanatiques” au sein du gouvernement de Binyamin Nétanyahou, que vous accusez de “mener une guerre atroce” (sic).

 

Juif assimilé, fier de vos accomplissements et de votre statut d'intellectuel médiatique et d'académicien, vous avez “honte” d'Israël, de son gouvernement et de sa politique, qui viennent perturber votre existence et troubler votre quiétude parisienne. Lorsqu'un antisémite vous insulte en marge d'une manifestation, vous êtes évidemment affecté et vous vous défendez et contre-attaquez, mais lorsqu’Israël se défend, c'est Israël qui vous fait honte ! Voilà bien le paradoxe du Juif assimilé, confronté à la haine d'Israël décuplée depuis le 7-octobre.

 

Au lieu de faire corps avec le peuple d'Israël attaqué de toutes parts et d'afficher une solidarité sans faille avec Israël, son gouvernement et son armée, vous choisissez délibérément d'accuser le gouvernement israélien et les "colons" de Judée Samarie, que vous transformez ce faisant en boucs émissaires. Comme le rappelait récemment le rabbin Oury Cherki, vous n'avez pas hésité à prendre pour argent comptant la calomnie moyenâgeuse selon laquelle les "colons" israéliens en Judée-Samarie empoisonneraient les puits des "Palestiniens", vieille accusation antisémite remise au goût du jour par la propagande palestinienne.

 

En prétendant instaurer une distinction artificielle entre deux Israël, entre un Israël "coupable" et un Israël "innocent", tous deux largement fantasmés, vous désignez à la vindicte le "mauvais Israël", duquel vous croyez vous dissocier. Croyant échapper à la haine antisémite en vous mettant à part comme le "bon Juif", innocent des soi-disant “crimes” d'Israël (de son armée ou de ses "colons"), vous ignorez ce faisant une loi d'airain de l'histoire juive. Car la distinction largement arbitraire que vous prétendez faire entre “deux” Israël n'est qu'une vue de l'esprit et une dérisoire tentative d'échapper au destin juif.

 

Votre piètre tentative de sauver votre statut médiatique en dénonçant Israel est un geste de lâcheté et de défection, au moment où Israël a besoin du soutien de tous. Heureusement, l’immense majorité des Juifs de France ne sont pas représentés par vos propos, ils sont fiers d’Israël, de son armée et de son peuple. Si votre cœur intelligent a fait place à un cœur lourd, cher Alain Finkielkraut, c'est parce que D.ieu, comme pour Pharaon, vous l'a endurci et "alourdi"... Priez donc pour qu'il éclaire vos yeux, allège votre cœur et "remplace votre cœur de pierre par un cœur de chair".

P.Lurçat

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Acheter un bien immobilier en Israël et en France: les différences essentielles, Pierre Lurçat

May 22 2025, 13:35pm

Posted by Pierre Lurcat

Acheter un bien immobilier en Israël et en France: les différences essentielles, Pierre Lurçat

L’achat d’un bien immobilier est le plus souvent un processus long et complexe. C’est aussi une transaction qui revêt une importance particulière, tant sur le plan financier que psychologique. Dans les lignes qui suivent, nous voudrions souligner les différences essentielles entre le processus d’acquisition en Israël et en France, pour permettre aux acquéreurs francophones venus de France de comprendre les méandres de la procédure d’achat en Israël.

 

Les étapes de l’acquisition en France et en Israël:

 

La procédure d’achat immobilier en France comporte le plus souvent 5 étapes distinctes, résumées ci-dessous[1].

 

1. Définition du projet immobilier (capacité d’emprunt, plan de financement, critères de recherche, etc.)

2. Recherche du bien (consultation d’annonces, recours à un agent, examen des diagnostics, etc.)

3. Rédaction et transmission d’une offre d’achat.

4. Signature d’une promesse de vente.

5. Signature de l’acte de vente.

 

En Israël, les étapes 3 à 5 sont marquées par des différences notables, que nous allons exposer succinctement.

 

L’offre d’achat en France et en Israël

 

La rédaction de l’offre d’achat (étape 3) est beaucoup moins formaliste qu’en France.

 

Tableau 1 - L’Offre d’achat en France et en Israël

 

FRANCE

ISRAEL

Offre écrite, précisant le prix d’acquisition

Idem (peut être faite par un simple message par SMS ou WhatsApp)

Délai de validité (entre 1 et 2 semaines en général)

Facultatif : l’offre sera valable pendant un délai raisonnable selon les principes généraux du droit des contrats.

En cas d’acceptation, on passe à l’étape 4 (Promesse de vente)

En cas d’acceptation, on passe à la dernière étape (négociation et signature du contrat définitif)

 

La promesse de vente (étape 4 en France)

 

En France, la promesse de vente est une étape quasiment indispensable de la procédure d’acquisition immobilière. Elle permet en effet de “sécuriser” la transaction, en formalisant l’accord des parties dans l’attente de la préparation de l’acte de vente définitif, dont l’établissement n’est jamais immédiat, compte-tenu des nombreux documents, démarches et vérifications nécessaires.

 

La promesse de vente peut être unilatérale (engage le vendeur uniquement) ou synallagmatique (on parle alors de compromis de vente, qui engage les deux parties). Elle peut aussi être soumise à des clauses suspensives (d’obtention d’un prêt, d’un permis de construire ou de réalisation de travaux par le vendeur, etc.) Elle comporte nécessairement un délai de rétractation légal de 10 jours (art. L271-1 du Code de la construction et de l’habitation). Elle peut aussi comporter des mécanismes d’indemnisation ou d’astreinte.

 

Et en Israël ?

 

Il n’existe pas, dans l’immense majorité des cas, d’étape 4 ni de promesse de vente, unilatérale ou synallagmatique. Dès que l’offre est acceptée par le vendeur, on passe directement à l’étape finale (négociation et signature du contrat définitif). Cette différence essentielle s’explique principalement par le fait qu’il n’y a pas en Israël de “réitération” d’un acte privé par un acte authentique (devant notaire).

 

De cette différence fondamentale découlent plusieurs conséquences importantes pour l’acheteur : l’inexistence de clauses suspensives (qui peuvent éventuellement être stipulées par les parties dans le contrat de vente, mais qui n’existent pas de plein droit, même en cas de financement par un prêt). C’est la raison pour laquelle l’acheteur qui finance son projet au moyen d’un prêt devra demander à sa banque à “accord de principe” (Ichour ekroni) qu’il présentera lors de la signature du contrat de vente, avant même d’avoir obtenu son prêt immobilier (lequel sera obtenu une fois le contrat signé).

 

Il n’existe pas non plus de délai légal de rétractation au bénéfice de l’acheteur : celui-ci s’engage définitivement par la signature du contrat de vente.

 

L’acte de vente (étape 5 en France)


La cinquième et dernière étape en France consiste en la signature de l’acte de vente authentique devant notaire, qui “réitère” l’acte sous seing privé établi à l’étape 4 (promesse de vente). (À suivre…)

 

N’hésitez pas à me contacter pour me demander un conseil, ou pour me confier votre projet d’achat/ de vente à Jérusalem !

Pierre Lurçat

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April 10 2026, 07:24am

Posted by Pierre Lurçat

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Chers lecteurs, chers signataires de la pétition!

Vous me lisez depuis longtemps ici, ou sur les nombreux sites qui reprennent mes articles.

A partir d'aujourd'hui, mes articles seront publiés en exclusivité sur mon nouveau blog, Le Substack de Pierre | Substack

Je vous invite à vous y abonner pour continuer de me lire régulièrement. Vous bénéficierez de mes analyses et points de vue, publiés désormais sur mon nouveau blog.

Votre soutien est un geste fort exprimant votre intérêt pour mes publications et votre soutien à la vision d'Israël qu'elles expriment.

Shabbat shalom et à bientôt sur Le Substack de Pierre | Substack!

NB Les 10 premiers abonnés payants recevront gratuitement mon dernier livre, ou de mes précédents livres!

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G. Araud, F. Encel, D. Moïsi: la géopolitique au service de l'anti-américanisme

April 6 2026, 07:38am

Posted by Pierre Lurçat

Frédéric Encel

Frédéric Encel

(article paru sur Causeur.fr sous le titre "Anti-américanisme et détestation d’Israël : une petite musique familière…")

 

 

Il y a quelques années, la sociologue franco-israélienne Eva Illouz publiait un livre intitulé Les émotions contre la démocratie. Elle y soutenait la thèse, qui pourrait être intéressante, si elle n’était pas d’emblée biaisée, selon laquelle les opinions politiques populistes seraient largement dictées par les émotions, et notamment par la peur, le dégoût et le ressentiment. Cette thèse – à vrai dire pas très originale – prend un sens nouveau à l’ère des réseaux sociaux, qui jouent comme on le sait sur les émotions de chacun d’entre nous. Le “hic” est que Mme Illouz prenait pour seul exemple, pour étayer sa thèse, celui des électeurs qu’elle qualifie de “populistes”, lesquels seraient exclusivement situés selon elle à la droite de l’échiquier politique…

 

Le géo-politologue Dominique Moïsi vient de publier un livre qui s’inscrit dans la même veine que celui d’Eva Illouz, au titre évocateur : Le triangle des passions du monde (qui fait suite à son précédent livre, La géopolitique de l’émotion). Chez Moïsi, comme chez Illouz, un habillage intellectuel parfois pédant peine à dissimuler une thèse simpliste : la politique de Donald Trump (ou celle de B. Netanyahou) sont dictées par les émotions, tandis que celle d’Emmanuel Macron est fondée sur la raison.

 

Un autre géo-politologue, Frédéric Encel, dit à peu près la même chose que son collègue Moïsi, en expliquant sur tous les plateaux de télévision que Trump est un “mercantiliste”, qui obéit uniquement à ses intérêts. Lorsque le journaliste de France Culture pose la question de savoir si “l’Iran était réellement une menace pour Israël?”, l’ancien ambassadeur de France Gérard Araud et le géo-politologue Frédéric Encel ont des réponses étonnamment similaires. Même ceux qui dans le passé défendaient Israël - comme Encel - ne peuvent s’empêcher de ressasser les poncifs anti-Trump et de faire l’éloge de la “puissance” française, tout en reprochant à Israël sa politique “hégémonique”.

 

Cette petite musique anti-américaine – et par ricochet, anti-israélienne – règne aujourd’hui sans partage, dans quasiment tous les médias français. “L’Amérique d’Omaha Beach n’existe plus!”, s’exclame ainsi Moïsi dans Ouest France, en imaginant “Donald Trump se promenant sur les plages de Normandie [qui] aurait réagi avec un mélange de cynisme, de vulgarité, de brutalité, en disant : mais pourquoi avons-nous sacrifié le sang des Américains pour ce continent décadent, aux principes obsolètes, qui nous trahit dès qu’il en a l’occasion” ? En vérité, cette description d’un Trump cynique et brutal en dit tout autant sur les passions qui animent le géo-politologue français et ses collègues, au Quai d’Orsay et dans les grands médias, que sur l’objet de leur détestation.

 

Car – et c’est sans doute le défaut principal de toutes ces analyses simplistes – rien n’est mieux partagé que les passions humaines et les intérêts. Si les électeurs populistes de droite sont mus par leurs émotions, alors il en va de même pour leurs équivalents de gauche. Et si les Etats-Unis de Donald Trump obéissent à leurs intérêts, c’est parce que les Etats, comme chacun sait, n’ont que des intérêts… Ce qui n’empêche pas Trump d’avoir pris le risque de mettre en péril l’économie américaine, pour tenter avec détermination de mettre fin au régime des Mollahs tandis qu’Emmanuel Macron tenait à assurer les Mollahs dès le 28 février qu’il n’était pas au courant de l’opération israélo-américaine… par courage certainement.

 

La France a d’ailleurs fini par se ranger, nolens volens, à l’avis de Donald Trump, sans le dire évidemment. Le 17 mars, E. Macron martelait encore que “jamais la France ne prendra part aux opérations d’ouverture du détroit d’Ormuz”. Quelques jours plus tard, la France annonçait participer aux efforts d’une coalition visant à “rétablir la liberté de navigation” dans le détroit d’Ormuz… Preuve est faite, si besoin était, que les Etats n’ont que des intérêts, et que ceux de la France, en l’occurrence, coïncident avec ceux des Etats-Unis et d’Israël. Mais cette convergence d’intérêts n’empêchera pas les géo-politologues de continuer à gausser la “vulgarité” et la “brutalité” de Trump, animés par leur passion anti-américaine et par leur détestation du président des Etats-Unis et du Premier ministre israélien.

 

Pierre Lurçat (essayiste)* & Philippe Karsenty (porte-parole du Comité Trump France)

 

* Dernier livre paru : Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, éditions l’éléphant.

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Dans la tête d'un Juif sublime : le combat pour l'âme d'Israël (et pour les petits fours)

April 3 2026, 08:37am

Posted by Pierre Lurçat

Sauver leur accès aux garden-party à l'Élysée: D. Horvilleur et Macron

Sauver leur accès aux garden-party à l'Élysée: D. Horvilleur et Macron

 

Nos frères Juifs de diaspora traversent des jours difficiles en France… Je ne parle pas de ceux qui habitent dans le 93, le 95 ou les autres banlieues chaudes, où l'existence juive est menacée jour après jour par un lot quotidien d'insultes, d'incivilités et d'agressions antisémites. Non, je pense à ces Juifs "sublimes"*, qui habitent les beaux quartiers du cinquième arrondissement de Paris et fréquentent régulièrement les studios de radio et de télévision français, bien plus assidûment que les synagogues.

 

On a peine à imaginer les difficultés de leur existence paisible de Juifs parvenus, vivant dans les quartiers les plus agréables de Paris, mais qui doivent quotidiennement répondre des "crimes" d'Israël… On les interpelle à chaque instant et il faut avouer que l'État juif ne leur facilite pas la vie, avec sa manie de se défendre contre ses ennemis sans tendre l'autre joue et de remporter victoire sur victoire, ce qui complique beaucoup l'existence des Juifs sublimes!

 

Lorsque leur existence médiatique est en danger, ils n'ont plus d'autre choix que de montrer patte blanche, en rappelant jour après jour, inlassablement et avec une endurance qui force l’admiration, qu'ils sont de bons Juifs républicains, démocrates et progressistes… Pendant que nous courons d'abri en abri, de miklat en mamad, sous le blitz iranien, eux courent de studio en studio, pour faire la promotion de leurs derniers livres, en proclamant leur "cœur lourd" et leur honte d'Israël.

 

Leur vie n’est certes pas menacée, mais leur réputation est en péril et ils se réveillent chaque matin avec l'angoisse au ventre, ignorant s'ils seront encore invités sur France Culture, ou si leur fidèle lectorat ne va pas les délaisser… Pris entre le marteau et l'enclume, entre Mélenchon et Macron (qu'ils soutiennent coûte que coûte, pour sauver leur accès aux garden-party à l'Élysée), ils endurent les blessures d’amour propre et les tourments du Juif de l'exil, et résistent avec courage aux appels de leurs cousins d'Israël qui les incitent à quitter les palais de l'exil pour les rejoindre et participer à l'aventure de l'État juif…

 

Assaillis, accusés, salis et même "souillés" (selon le témoignage de première main recueilli auprès de l'académicien Alain Finkielkraut), ils sont contraints de se défendre pied à pied. Non, pas en se montrant solidaires d'Israël, ce pays qui les empêche de dormir et qu’ils défendent de plus en plus mollement… Ce sont les « marmites de viande de l’Egypte », c’est leur bifteck qu'ils défendent! Opiniâtrement, ils gardent la tête haute et le cœur lourd et s'efforcent de tenir bon, en se remémorant les souffrances (authentiques celles-ci) de leurs ancêtres en Pologne ou ailleurs, pour se donner du courage.

 

Parfois, quand la Knesset vote une loi particulièrement révoltante prévoyant la peine de mort pour les terroristes du Hamas, ils ont envie de renoncer, d'abandonner le combat pour l'âme d'Israël et de devenir chrétiens (religion qui les fascine, comme l'avoue Finkielkraut avec une franchise déroutante) ou, à D. ne plaise, de déserter la galout pour rejoindre le confort d'Israël en guerre...

 

Mais résistant à leur mauvais penchant, ils se ressaisissent et, loin de sombrer dans le désespoir, ils envoient courageusement un article au vitriol au journal Le Monde, ou signent une pétition contre le danger du fascisme israélien. Puis, avec le sentiment du devoir accompli, ils s'accordent un moment de répit, lisant la dernière BD de Johann Sfar en sirotant un bon vin de Bourgogne ou de Loire, avant de reprendre le dur combat quotidien du Juif sublime pour l'âme d'Israël et pour les petits fours.

P. Lurçat

 

* L'expression "Juifs sublimes" a été forgée par Daniel Sibony, pour décrire des figures comme celle de Delphine Horvilleur. Georges Bensoussan l'a reprise à son compte en citant D. Sibony dans un article paru dans Causeur en juin 2025.

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Horvilleur, Finkielkraut et cie. Ces Juifs parvenus qui attaquent Israël en pleine guerre, Pierre Lurçat

March 30 2026, 05:58am

Posted by Pierre Lurçat

D. Horvilleur avec Emmanuel Macron

D. Horvilleur avec Emmanuel Macron

NB J'ai commenté la guerre en Iran sur l'excellente chaîne Lilmod,  Le secret de la puissance militaire d'israel? Pierre Lurçat et Yohan Botbol

Alors qu’Israël mène la guerre sa plus longue et la plus difficile depuis 1948, un nouveau front s’est ouvert depuis plusieurs mois, à l’intérieur même du peuple Juif. Des voix minoritaires, mais bien organisées, expriment au grand jour leurs dissensions et leurs critiques radicales envers le gouvernement, l’armée et le peuple d’Israël, tout en bénéficiant d’une résonance médiatique disproportionnée. Ce phénomène grave ne constitue pas seulement une nouvelle illustration du manque de loyauté et de patriotisme de certains membres de notre peuple, en pleine guerre : il s’agit d’une véritable défection.

 

Georges Bensoussan a raison de parler, à propos de ces dirigeants et notables juifs qui critiquent Israël en pleine guerre, d’une “posture sociale et d’une imposture morale”. Il s’agit bien d’une posture sociale, et plus précisément, d’une prise de position motivée par l’intérêt social, c’est-à-dire par l’intérêt d’une caste qui entend protéger avant tout ses privilèges (Marx aurait dit : ses “intérêts de classe”…).

 

Il suffit de lire la liste des signataires de la “Lettre ouverte de leaders juifs du monde entier au Président Herzog” pour s’apercevoir que ce qui réunit les signataires ne relève pas tant de la politique, ni d’un quelconque engagement communautaire ou juif, que de l’appartenance et de la position sociale. Tous font tous partie d’une certaine caste : ils sont rabbins (réformés en général), professeurs, ambassadeurs… Ils habitent aux Etats-Unis, en Angleterre, (Delphine Horvilleur est une des rares signataires en France). Certains exhibent leurs décorations et leurs “médailles”: ils sont sir, chevalier de la Légion d’honneur, ou “Commandeur de l’Ordre de Saint‐Michel et Saint‐Georges”.

 

Leur positionnement est bien ainsi celui de Juifs “parvenus” (pour reprendre l’expression rendue fameuse par Hannah Arendt), et leurs critiques visent en réalité des Juifs qu’ils considèrent comme des “parias”: les habitants juifs de Judée-Samarie. La plupart des signataires n’ont sans doute jamais mis les pieds en Judée et en Samarie, dans les localités juives où vivent les meilleures familles de notre petit-grand peuple, celles qui ont payé le plus lourd tribut à la guerre existentielle que mène Israël pour sa survie.

 

Pendant que des jeunes Israéliens de vingt ans combattent et sacrifient leur jeunesse, et parfois leur vie pour défendre leur pays, ces Juifs parvenus au sommet de leur carrière font cause commune avec les ennemis d’Israël pour défendre leur statut, leur notoriété médiatique (ainsi d’Alain Finkielkraut, qui est interviewé chaque semaine et qui proclame urbi et orbi avoir “honte d’Israël”), leurs relations (tel ce grand-rabbin de France qui a été décoré, en pleine guerre, par le président français avec lequel il entretient des relations amicales, ce même président qui incite à la haine d’Israël, en plein dimanche des Rameaux).

 

Ces Juifs parvenus sont, au demeurant, des gens d’apparence très respectable. Certains ont écrit des livres intelligents (d’autres moins). La plupart ont réussi sur le plan professionnel, social, médiatique, etc. En les écoutant s’exprimer, en les regardant pérorer dans les médias, je repense à cette phrase du philosophe juif Theodor Lessing, phrase qui m’avait jadis encouragé à faire mon alyah : “Honte à tous ces fils qui préfèrent embrasser une carrière académique, ou “entrer en littérature”, dans le luxe et le confort des grandes villes d’Occident, au lieu de porter les pierres sur la grande route de Yeroushalayim”.

 

Oui, honte à tous ces Juifs parvenus qui joignent leurs voix au chœur de nos ennemis, pendant que nous nous battons pour notre survie ! Honte à ces Juifs de l’arrière qui soignent leur image et s’inquiètent de leur réputation, pendant que le peuple de Sion est soumis au blitz iranien et vit dans les abris. L’histoire juive se souviendra de tous nos fils et nos frères, tombés pour que vive Israël. Elle oubliera les noms de ces parvenus, Juifs honteux, Erev rav, Juifs de cour (peu importe le nom qu’on leur donne…) Hag Herout Saméakh!

P. Lurçat

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Une étincelle d’hébreu: Oferet, de l’écrivain combattant à l’écrivain qui retourne sa plume contre son pays

March 29 2026, 07:29am

Posted by Pierre Lurçat

Combattants du ghetto de Vilna

Combattants du ghetto de Vilna

 

Le journaliste David Lazer, récipiendaire du prestigieux Prix Sokolov, était correspondant de guerre en 1948, pendant la Guerre d’Indépendance, guerre la plus longue et la plus difficile avant celle qu’Israël vit aujourd’hui. Il raconte, dans le premier numéro du journal Yediot Maariv paru en février 1948, l’anecdote suivante. Rencontrant des soldats dans un des quartiers limitrophes de Jérusalem, séparant la ville juive de la partie occupée par l’armée jordanienne, il répondit ainsi à leurs questions sur le rôle du journaliste en temps de guerre.

 

Le lien entre nous et vous est plus étroit que vous ne le pensez… Nous accomplissons tous les deux la même mission sacrée de travail du plomb (melekhet ha-Oferet)… Votre plomb est celui des balles, le nôtre, celui du linotype, grâce auquel nous créons notre arme essentielle : le mot combattant”. Un des soldats l’interrogea sur la portée de son “arme”, et Lazer lui répondit sans se démonter : “Le peuple tout entier, sans distinction de classe et de statut. C’est lui que nous guidons dans notre combat fatidique, à la vie et à la mort”. Et Lazer rapporta au soldat le récit fait par Avraham Zutskever, héros du ghetto de Vilna, racontant comment les combattants du ghetto, à court de munitions, avaient utilisé les plombs de l’imprimerie Re’em, qui imprimait le Talmud et d’autres livres saints, pour fondre des balles. “Ainsi”, conclut Lazer, “les mots sacrés se sont transformés, littéralement, en balles, pour atteindre l’ennemi”.

 

Le journaliste Kalman Liebskind, auquel j’emprunte ce récit, conclut en s’interrogeant pour savoir qui partage encore cette vision d’un journaliste – et plus généralement – d’une plume combattante? Question que j’ai souvent posée dans ces colonnes. Je me la posais encore il y a quelques jours, en lisant l’affligeante tribune signée par Zeruya Shalev, une des écrivaines israéliennes les plus lues à l’étranger, parue à quelques jours d’intervalle dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung  allemand et dans Le Monde français. Shalev, que j’avais interviewée il y a déjà longtemps au sujet de la fonction de l’écrivain, m’avait jadis expliqué sa vision patriotique de son activité de femme de lettres :

 

“Le rôle de l’écrivain est de montrer la complexité et l’ambivalence de la réalité... Lorsque je suis à l’étranger, je m’efforce de présenter une opinion patriote mais non politique”. Hélas, Zeruya Shalev a depuis lors troqué cette vision courageuse contre une conception bien moins exigeante… Elle s’est livrée, dans la presse européenne, à une attaque au vitriol contre son gouvernement, allant jusqu’à écrire : “je dois admettre que Netanyahou me fait bien plus peur que les roquettes iraniennes. Nous avons les moyens de nous défendre contre l’Iran. Nous les avons encore. Mais contre un Premier ministre psychopathe, sans conscience morale ni inhibitions, nous n’avons malheureusement pas assez de recours”.

 

Ce discours pathologique d’écrivains qui n’hésitent pas à retourner leur arme contre leur propre pays, pour reprendre l’image parlante de David Lazer, est malheureusement plus répandu qu’on croit au sein de l’intelligentsia de gauche en Israël. J’en ai analysé les racines dans un livre paru il y a dix ans[1]. Mais je crois fermement que c’est une survivance du passé, une maladie de l’exil qui finira par disparaître, avec la nouvelle génération d’écrivains qui sortira de la guerre actuelle, “Mil’hemet ha-Tekouma”, notre guerre de Renaissance. Ad hanitsahon! Jusqu’à la victoire! *

P. Lurçat

 

* Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer de Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

[1] La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

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Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

March 23 2026, 15:24pm

Posted by Pierre Lurçat

Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

J’ai trois choses à leur dire : Il faut qu’ils amassent du fer,

Qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

V. Jabotinsky, Samson

 

 

Alors qu’Israël est plongé dans sa guerre la plus longue et la plus difficile depuis 1948, il peut sembler paradoxal, voire provocateur de faire l'éloge de la guerre… Pour comprendre ce titre paradoxal, il faut se rappeler quel est le prix que le peuple Juif a payé durant sa longue histoire pour avoir été privé du droit (et du privilège) de pouvoir se défendre par les armes. Le philosophe Michaël Bar-Zvi avait écrit il y a quelques années un essai qui portait précisément sur ce thème, intitulé “Eloge de la guerre après la Shoah”. Son beau livre portait en exergue les mots de Jabotinsky, mis dans la bouche de son héros Samson, qui constituent en vérité le testament du “Rosh Betar”, fondateur de l’aile droite du mouvement sioniste : “Il faut qu’ils amassent du fer, qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

C’est en effet la dimension militaire que Jabotinsky ajouta au sionisme de Herzl, chez qui elle était totalement absente. Ce n’est donc pas un hasard si c’est l’hériter de Jabotinsky qui est aujourd’hui en train de mener Israël à ses plus grandes victoires militaires depuis 1967. Au regard de l’histoire du sionisme politique, il était dans l’ordre des choses que Benjamin Nétanyahou achève la “deuxième étape” du sionisme, envisagée par Jabotinsky dans son fameux article programmatique de 1926, le “Mur de fer”. Le véritable paradoxe est plutôt que Nétanyahou ait pratiqué pendant plusieurs décennies une politique de retenue à Gaza (dans la meilleure tradition de la “havlaga” prônée par le sionisme travailliste avant 1948), politique qui a abouti in fine à la catastrophe du 7-Octobre.

 

Les causes de ce paradoxe sont nombreuses. Citons, pêle-mêle, le traumatisme familial vécu par Nétanyahou lors de la mort de son frère Yoni, tombé à Entebbe, comme il le relate dans son autobiographie; le fait que sa farouche détermination concernant l’Iran ait été longtemps entravée par les chefs des différents organes de sécurité, notamment le Mossad; et enfin (et surtout) le fait que l’establishment politique et militaire israélien tout entier ait été pendant trois décennies intoxiqué par l’idéologie post-sioniste, dont j’ai retracé ailleurs les racines[1], et qui a abouti aux retraits désastreux de Judée-Samarie et de la bande de Gaza, directement responsables du 7-Octobre.

 

La fin de la parenthèse post-sioniste

 

Nous vivons depuis le 7-Octobre la fin de la parenthèse post-sioniste. Elle se manifeste par le retour aux valeurs fondatrices de Tsahal : porter la guerre sur le territoire de l’ennemi, mener des attaques préventives, éliminer les têtes de l’ennemi, etc. Mais ce retour aux valeurs fondatrices s’accompagne en réalité d’une montée en puissance et d’un changement de paradigme, et pour ainsi dire de statut. L’Israël de l’après 7-Octobre n’est pas celui d’avant : il est devenu plus fort, plus audacieux, plus conscient de son identité et de sa force  (et du lien consubstantiel entre son identité et sa force). Israël est devenu littéralement, de manière saisissante et presque miraculeuse, un “lion rugissant”. Son armée de l’air règne sans conteste dans le ciel de Téhéran, de Beyrouth et de Damas, faisant l’admiration du monde entier et notamment des Etats-Unis, dont il est devenu le meilleur (et le seul) allié militaire. Et son infanterie et ses blindés entrent au Liban sans peur et sans aucune retenue, détruisant les ponts du Litani, qui pourrait bientôt devenir la nouvelle frontière au Nord d’Israël, au moins sur le plan sécuritaire.

 

Pour comprendre l’étendue de ce changement et sa signification véritable, il faut se rappeler ce qu’était la doctrine stratégique d’Israël pendant les décennies de post-sionisme (qui s’étendent grosso modo entre l’après 1973 et le 7-Octobre). Elle reposait sur le paradigme mensonger des “territoires contre la paix” et de la retenue (“sheket tmourat sheket”, le “calme répondra au calme”). Elle se traduisait par une timidité assumée de Tsahal et par une vision purement défensive, exprimée dans la prouesse technologique du Kippa Barzel (dôme d’acier), dont la signification militaire, comme je l’ai souvent écrit depuis une quinzaine d’années, était en fait une dissuasion du faible au fort. Tsahal était en effet dissuadé d’attaquer et de détruire les missiles accumulés à Gaza (depuis le retrait désastreux de 2005) et en Iran (depuis 1979).

 

Faiblesse militaire et morale fallacieuse

 

Cette faiblesse militaire s’accompagnait d’une prétention “morale” fallacieuse, incarnée dans le fameux “Code éthique de Tsahal”, rédigé par un philosophe enfermé dans sa tour d’ivoire, Assa Kacher, qui était entièrement coupé des nécessités de la guerre et de la survie dans un environnement hostile. Le code éthique de Tsahal traduisait en termes militaires ce que le président de la Cour suprême, Aharon Barak, inspirateur de la “Révolution constitutionnelle” et de la judiciarisation de l’armée et de la vie publique tout entière, avait exprimé par la fameuse métaphore : “Tsahal se bat avec une main dans le dos”.

 

Cette terrible métaphore signifiait qu’aux yeux de Barak, comme à ceux des autres partisans de l’éthos progressiste d’inspiration occidentale, il était non seulement nécessaire de brider les mains de notre armée face à nos ennemis, mais que cela était bien ! Cette conception funeste fut responsable de bien des défaites militaires, et de morts inutiles de soldats de Tsahal exposés au feu de l’ennemi pour sauver à tout prix les “valeurs morales” d’inspiration non-juive, comme l’a bien montré le rabbin Eliaou Zini dans un article paru en 2006. (à suivre…)

Pierre Lurçat

 

* Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

[1] Voir notamment mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

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Une étincelle d’hébreu: pikoud ha-ôref, l’arrière d’acier et la force d’Israël

March 20 2026, 10:25am

Posted by Pierre Lurçat

André Neher avec Manitou (Léon Aschkénazi), Eliane Amado Lévi-Valensi, et le grand-rabbin Albert Hazan

André Neher avec Manitou (Léon Aschkénazi), Eliane Amado Lévi-Valensi, et le grand-rabbin Albert Hazan

 

Le 4 juin 1967, “aux heures de suprême angoisse pour Israël”, le regretté André Neher prononçait les mots qui suivent devant l’Assemblée générale du judaïsme français, convoquée de toute urgence. “Am qeshé ôref, le peuple à la nuque d’acier : c’est la définition biblique du peuple juif. Or, en hébreu moderne, ôref, ce n’est pas la nuque, mais l’arrière, l’arrière d’un front de combat. Je traduis donc : le peuple Juif de la diaspora est l’arrière du front d’Israël… un arrière d’acier[1].

 

Le "Hiddoush" sémantique fait par Neher est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’alors. En hébreu moderne, le “pikoud ha-Ôref” désigne le “commandement de l’arrière”, ce département de Tsahal qui a la mission cruciale de faire en sorte que la population civile soit disciplinée et obéisse aux consignes pour minimiser le nombre de victimes des missiles iraniens et libanais. Mission largement atteinte, le peuple d’Israël sachant lorsqu’il le faut faire preuve de discipline !

 

Le “Ôref” désigne donc à la fois l’arrière du front en Israël même, et comme l’écrivait Neher, l’arrière du front d’Israël en diaspora. A la même époque où il prononçait ce discours, un autre Juif courageux, le rabbin Jacob Kaplan, affrontait publiquement le président De Gaulle, après ses propos scandaleux sur les Juifs “peuple d’élite, sûr de lui et dominateur”. Autres temps, autres rabbins… hélas ! Le grand-rabbin Korsia n’a pas eu le courage du grand-rabbin Kaplan.

 

Face à un président français qui a depuis longtemps dépassé tous ses prédécesseurs en matière de détestation d’Israël, Haïm Korsia n’a non seulement pas un mot de protestation, mais il accepte en pleine guerre d’être fait “commandeur de la Légion d’honneur” à l’Elysée, des mains mêmes d’Emmanuel Macron, qui n’a de cesse d’attaquer Israël, en se faisant l’allié objectif du Hezbollah libanais et de l’Iran.

Cet exemple malencontreux de défection de l’arrière d’Israël ne représente toutefois aucunement l’ensemble de la diaspora juive, qui est majoritairement et inconditionnellement unie derrière Israël, son armée et son gouvernement. Am qeshé ôref, le peuple à la nuque raide a la tête haute et se tient droit et fier, jusqu’à la victoire ! Shabbat shalom et Hodesh tov !

P. Lurçat

 

[1] Discours repris dans le beau livre d’André Neher, Dans tes portes, Jérusalem, Albin Michel 1972.

Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! (E. Satie)

Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! (E. Satie)

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