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Réponse à Frédéric Encel, qui accuse Israël d’être une « voyoucratie » et au CRIF qui cautionne ses propos

January 12 2023, 17:10pm

Posted by Pierre Lurçat

F. Encel recevant un Prix du Ministère français des Affaires étrangères : géopoliticien ou politicien?

F. Encel recevant un Prix du Ministère français des Affaires étrangères : géopoliticien ou politicien?

 

Cher Frédéric,

 

Tu me permettras de te tutoyer, en souvenir de notre ancienne amitié, lorsque nous étions étudiants à Paris et que tu n’avais pas encore entamé ton brillant parcours à l’institut de sciences politiques de Grenoble. A l’époque, nous partagions la même passion pour Israël et pour le sionisme, qui nous paraissait alors un idéal lointain. Trois décennies et demie plus tard, nos chemins ont divergé ; tu as mené ta carrière en France, qui t’a mené aux « sommets » de la géopolitique française, tandis que j’ai fait mon alyah et vis à Jérusalem depuis 30 ans.

 

Si je t’écris aujourd’hui publiquement, c’est parce que tu viens de publier sur le site du CRIF une interview dans laquelle – tout en revendiquant une « géopolitique humaniste » (sic) et en prônant une « Europe puissante » – tu qualifies Israël de « voyoucratie ». Je ne remets pas en question tes compétences de géopoliticien, que tu as prouvées en publiant plusieurs livres intéressants, depuis ta Géopolitique de Jérusalem que j’avais lue autrefois. Non, cher Frédéric, ce qui m’attriste et me choque, c’est la manière dont tu disqualifies le nouveau gouvernement israélien et voues aux gémonies notre petit pays, dans des termes qui conviendraient mieux au Monde diplomatique ou à L’Humanité qu’à un site communautaire juif (lequel aurait été mieux inspiré de ne pas laisser passer ces propos outranciers et insultants).

 

Car vois-tu, « voyoucratie » signifie, selon le Larousse, le « Pouvoir exercé par des voyous », ou le « gouvernement des voyous ». Est-ce vraiment ainsi que tu considères notre pays, la seule démocratie du Moyen-Orient, comme nous le proclamions alors, lorsque nous militions ensemble dans les rangs du Tagar, mouvement des étudiants juifs de France ? J’ai du mal à le croire. Je préfère penser que tu es, toi aussi, désinformé, à force de lire Le Monde et les autres médias français et que tu devrais venir plus souvent ici, au lieu d’asséner tes jugements à l’emporte-pièce depuis Paris.

 

Si l’envie te prenait de nous rendre visite, je pourrais te faire rencontrer Betsalel Smotrich, qui n’a selon toi « rien à faire au sein du gouvernement d’un État de droit » (depuis quand es-tu devenu l’autorité morale, habilitée à décider qui a le droit de siéger au gouvernement d’Israël ?) Tu constaterais que c’est un homme très intelligent et qui pourra sans aucun doute t’en apprendre beaucoup sur notre pays et sur notre Etat, que tu crois connaître. On peut certes ne pas partager ses opinions ou celles d’Itamar Ben Gvir, c’est ton droit le plus strict. Moi-même, en tant que traducteur et disciple de Jabotinsky, je peux comprendre ceux qui préféraient le Likoud d’autrefois à celui d’aujourd’hui. Mais je ne m’autoriserai jamais à insulter le gouvernement israélien comme tu le fais aujourd’hui.

 

Quant aux « actes tout à fait répréhensibles aux yeux de la loi israélienne » qu’auraient commis « Smotrich et Ben Gvir » selon toi, je te rappellerai ici quelques faits de notre jeunesse militante, puisque tu te permets de juger et de condamner sans appel les ministres du gouvernement de notre Etat. Quand nous étions tous deux militants du Tagar, branche étudiante du Betar, certains notables de la communauté nous qualifiaient aussi de « voyous ». A l’époque, tu savais bien que la justice était de notre côté, quand nous sifflions Robert Badinter au Vel D’Hiv, quand nous taguions « Arafat assassin » sur les murs, ou quand nous défilions fièrement avec le drapeau d’Israël dans les rues de Paris. Cela faisait-il de nous des « voyous » ?

 

Mais sans doute cette lettre est vaine, car tu évolues aujourd’hui dans des sphères bien différentes de celles que nous fréquentions jadis. Peut-être est-ce pour cela que tu te crois désormais autorisé à décider qui doit siéger dans le gouvernement israélien… et qui a la « compétence dans les domaines sécuritaires et/ou militaires » (quelles sont les tiennes pour écrire cela ?) J’ai appris que tu avais été nommé Chevalier de l’ordre du mérite et que tu avais reçu un « Grand Prix de géopolitique » décerné par le ministère des Affaires étrangères et que t’a remis le ministre en personne ! Je me suis laissé dire que tu entretenais des relations très amicales avec M. Le Drian, ce même ministre du quai d’Orsay qui « mettait en garde Israël contre le risque d’apartheid” » (« Oï a broch » aurait dit ma grand-mère).

 

Bien entendu, ceci ne justifie pas cela. On peut faire carrière en France, sans pour autant renoncer à ses convictions et à son passé. Il n’est plus nécessaire, comme à l’époque de Heine, de se convertir ou de renoncer à son identité pour être un bon Français. Qualifier Israël de « voyoucratie » ne t’apportera aucune distinction et aucun honneur (à moins que tu ne brigues le poste de ministre des Affaires étrangères ?) Je te prie donc, cher Frédéric, au nom de nos engagements et de notre lointaine amitié, de relire tes propos et de réfléchir à leur sens. L’erreur est humaine, mais comme tu le sais bien, « perseverare diabolicum ». Je terminerai par le salut traditionnel du Betar, dont tu n’as peut-être pas oublié le sens, celui de Yossef Trumpeldor, de Jabotinsky et des autres héros de notre jeunesse, Tel-Haï !


Pierre Lurçat

 

PS A Monsieur Yonathan Arfi, président du CRIF,

 

Est-ce vraiment le rôle du CRIF de publier des propos qui incriminent Israël et son gouvernement, surtout lorsqu’ils sont ceux d’un géopoliticien juif, considéré (à tort ?) comme pro-israélien ? Comment pourrez-vous encore protester quand les médias français insultent Israël et le qualifient de « démocratie illibérale » ou de « démocratie illusoire », si le CRIF lui-même cautionne le qualificatif de « Voyoucratie » apposé à l’Etat juif ? Et comment pensez-vous être accueilli par un ministre du gouvernement d’Israël lorsqu’il saura ce que vous publiez sur votre site ?

 

 

VERBATIM – LES PROPOS DE F. ENCEL SUR LE SITE DU CRIF

 

« Sur l’État hébreu, ce qui me préoccupe plus que la droitisation et le nationalisme – après tout, un nationaliste fervent, Begin, fit la paix avec l’Égypte, et un autre, Sharon, évacua toute la bande de Gaza – c’est la voyoucratie. Smotrich et Ben Gvir ont tenu des propos et commis des actes tout à fait répréhensibles aux yeux de la loi israélienne et, en outre, n’ont strictement aucune compétence dans les domaines sécuritaires et/ou militaires qu’ils prétendent révolutionner. Ces individus objectivement extrémistes n’ont à mon sens rien à faire au sein du gouvernement d’un État de droit, et pas davantage un Arié Derhy déjà lourdement condamné dans l’exercice de ses fonctions ministérielles et à nouveau mis en examen ! Jamais nulle part la voyoucratie n’est positive. »

L'entretien du Crif - Frédéric Encel, géopolitologue et essayiste : "Aux Européens d’avancer vers l’Europe puissance !" | Crif - Conseil Représentatif des Institutions Juives de France

F. Encel à la tribune d'une conférence du Tagar, 1992

F. Encel à la tribune d'une conférence du Tagar, 1992

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Le juge Aharon Barak contre la démocratie, Pierre Lurçat

January 8 2023, 10:12am

Posted by Pierre Lurçat

Le juge Aharon Barak contre la démocratie, Pierre Lurçat

 

Aharon Barak a une conception bien particulière de la démocratie, du rôle du juge et de la Cour suprême israélienne. Dans l’expression « Révolution constitutionnelle », qui a été forgée par A. Barak lui-même, on oublie souvent de commenter le premier terme. Ce n’est pas un hasard s’il a été choisi par Barak pour décrire cette réalité juridique et politique, dont il a été à la fois le théoricien et le principal maître d’œuvre.

Sa biographe Naomi Levitsky, qui ne tarit pas d’éloges sur lui, observe cependant que Barak « sans être révolutionnaire de caractère, possède un instinct révolutionnaire pour tout ce qui concerne son travail juridique, au point d’avoir transformé de fond en comble chaque poste qu’il a occupé ». On ne peut qu’abonder dans son sens. En tant que procureur de l’État, Barak a effectivement transformé cette fonction, autrefois assez anonyme, pour en faire un personnage redoutable, capable d’inculper un Premier ministre en exercice et de pousser au suicide un ministre soupçonné de corruption.

À l’instar de la juge américaine Ruth Bader-Ginsburg, devenue une icône de la gauche et des médias américains, le juge Barak est un partisan de l’activisme judiciaire au service de la transformation sociétale : à ses yeux, la Cour suprême israélienne est un laboratoire de transformation de la société et de la politique israélienne. C’est ainsi que la Cour suprême est devenue un véritable pouvoir politique (le « pouvoir judiciaire »), ce qui est une aberration dans la théorie classique de la séparation des pouvoirs. Selon Montesquieu, en effet, il importe que le judiciaire devienne un véritable pouvoir dans le régime monarchique, pour empêcher de tomber dans la tyrannie. Dans un régime démocratique au contraire, le judiciaire doit s’effacer, sous peine de tomber dans le gouvernement des juges…

Or c’est bien ce qui est arrivé avec la Révolution constitutionnelle. La Cour suprême israélienne est devenue non seulement un pouvoir judiciaire, mais elle exerce aussi ce pouvoir sans aucun contre-pouvoir, et donc sans aucune limite.

 

Le langage du droit au service d’une oligarchie

La grande supercherie des tenants de la Révolution constitutionnelle consiste à parler sans cesse le langage du droit. Ils n’ont que ce mot à la bouche : l’État de droit (Shilton ha-Hok). Que veut dire au juste cette expression ? Selon Naomi Levitsky, « aux yeux de Barak, les dirigeants n’ont pas de pouvoir en eux-mêmes, ils ne l’acquièrent que du peuple et de la loi. Les dirigeants sont au service du peuple dans les limites de la loi ». Mais comme toujours, il faut lire entre les lignes ce que Barak ne dit pas.

En réalité, le peuple n’a pas de légitimité dans la conception juridico-politique de Barak. Seule la loi est légitime. Mais encore faut-il qu’elle soit interprétée par le juge qui seul est capable de la comprendre et de la « dire » au peuple ignorant… Comme il l’explicite dans ses écrits sur le rôle du juge en démocratie, le juge ne doit pas seulement appliquer ou interpréter la loi. Il est créateur de droit… En vérité, dans la conception  du droit de Barak, le juge a le dernier mot en matière d’interprétation, d’application de la loi et même en matière de législation, puisque la Cour suprême israélienne s’est arrogé le pouvoir exorbitant (qui ne lui a jamais été conféré légalement) d’annuler toute loi de la Knesset, y compris des Lois fondamentales (affaire en cours concernant la Loi sur l’État nation).

 

La régression antidémocratique de la Révolution constitutionnelle

Dans une démocratie, la loi exprime la volonté populaire et la souveraineté du peuple. Dans la conception de Barak, au contraire, la loi reste l’apanage d’une minorité « éclairée », seule capable et méritoire de l’interpréter et de la comprendre. Il y a là une immense régression anti-démocratique, passée inaperçue en 1992 et dont nous voyons aujourd’hui les fruits. Ce n’est pas seulement que la loi soit devenue trop « technique », comme on l’entend souvent dire dans les pays occidentaux, c’est aussique le peuple est par nature incapable de comprendre et de faire la loi!

On mesure ici combien la Loi juive, révélée par Moïse au peuple tout entier, est infiniment plus démocratique que le droit israélien réinterprété par Aharon Barak lors de la Révolution constitutionnelle : la loi révélée au Sinaï était accessible au plus élevé des Prophètes comme à la dernière des servantes, comme l’enseigne la Tradition juive. Chez Barak et ses partisans, au contraire, seul le « juge éclairé » est capable de comprendre la Loi…

Aharon Barak est, on le voit, le contraire d’un démocrate. Il revendique ouvertement une conception élitiste et oligarchique, et presque monarchique de la politique. À ses yeux, un « souverain éclairé » vaut mieux qu’une majorité aveugle (En cela, il a été un précurseur… Que nous disent en effet aujourd’hui les manifestants anti-Nétanyahou, avec leur slogan « Tout sauf Bibi », sinon que la majorité se trompe et qu’elle n’a pas le droit d’imposer ses vues à une minorité éclairée ?).

 

(Extrait de mon article “Comment la Cour suprême est devenue le premier pouvoir en Israël, paru dans la revue Pardès, no. 67 2021).

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Israël et le Mont du Temple : une double erreur politique et psychologique

January 3 2023, 11:44am

Posted by Pierre Lurçat

 

A l’occasion de la montée “surprise” du ministre Ben Gvir sur le Mont du Temple ce matin que j'ai évoquée au micro de Daniel Haïk sur Studio Qualita, je publie ici un extrait de mon livre Israël, le rêve inachevé portant sur ce sujet crucial.

50 ans après la libération et la réunification de la ville par les parachutistes de Tsahal en juin 1967, le cri de Motta Gur, “Har habayit bé-yadénou” (le Mont est entre nos mains) reste encore lettre morte.

Au-delà des raisons historiques et politiques qui ont engendré la situation actuelle sur le lieu le plus sacré du judaïsme, celle-ci résulte aussi d’un présupposé psychologique, largement erroné, qui est emblématique de l’attitude d’Israël envers l’islam.

L’erreur de Moshé Dayan et de ses successeurs

En remettant les clés du Mont du Temple au Waqf jordanien, Moshé Dayan pensait éviter un conflit ouvert avec le monde musulman et désamorcer le “baril de poudre” que représentait à ses yeux ce lieu sacré.

Moshé Dayan sur le Mont du Temple, juin 1967

Moshé Dayan sur le Mont du Temple, juin 1967

Cette conception est demeurée inchangée jusqu’à ce jour, et elle est partagée grosso modo par tous les dirigeants israéliens qui se sont succédé depuis 50 ans.

Or cette conception des rapports entre Israël et le monde musulman est fausse, car elle repose sur un présupposé erroné, qu’on pourrait résumer ainsi : si nous renonçons à asseoir notre souveraineté pleine et entière sur le Mont du Temple, les musulmans comprendront que nos intentions sont pacifiques et nous laisseront tranquilles.

C’est un présupposé similaire qui est à la base de la (fausse) conception selon laquelle Israël pourrait parvenir à la paix avec les Arabes en leur “restituant” des territoires (“les territoires contre la paix”).

Or, l’expérience des 30 dernières années montre que c’est précisément le contraire qui s’est produit. Le monde arabe et musulman n’a pas exprimé sa reconnaissance à Israël pour sa générosité (retraits du Sinaï, du Sud-Liban, de larges parties de la Cisjordanie et de Gaza) et pour la liberté de culte dont jouissent les fidèles musulmans sur le Mont du Temple.

Bien au contraire, il a fait de la question de Jérusalem et des Lieux saints un point de discorde et un prétexte pour enflammer régulièrement la rue arabe, le slogan mensonger des Frères musulmans “Al-Aqsa est en danger” étant devenu un leitmotiv de la politique palestinienne* et un prétexte employé par de nombreux dirigeants arabes pour détourner la colère de leurs peuples des problèmes internes et la diriger contre Israël.

La haine que nourrissent de nombreux musulmans à l’encontre d’Israël et des Juifs n’est en effet pas nourrie, comme on l’entend souvent dire, par leur soi-disant humiliation, mais tout autant et plus encore par celle qu’ils infligent aux Juifs, qui alimente leur complexe de supériorité envers les “Infidèles”.

Le Coran est lui-même traversé par cette relation ambivalente de l’islam envers les non-musulmans**. D’un côté, ils sont les représentants des religions qui persistent dans l’erreur, en refusant le message de Mahomet, et qu’il convient donc de rabaisser, pour les punir de leur obstination ; de l’autre, ils sont ceux qui “complotent contre l’islam” depuis ses débuts, et dont il faut se méfier.

Ils sont à la fois méprisables et redoutables. Les musulmans sont certes “la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes” (Coran 3-110), mais ce sentiment de supériorité (qui n’a rien à voir avec l’idée juive d’élection, entendue comme un supplément de responsabilité), s’accompagne toujours d’une peur maladive des infidèles et des sombres desseins qu’ils sont supposés nourrir envers l’islam.

Dans ce contexte, l’attitude d’Israël sur le Mont du Temple est une double erreur, psychologique et politique.

Psychologiquement, elle renforce les musulmans dans leur complexe de supériorité, en les confortant dans l’idée que l’islam est destiné à dominer les autres religions et que ces dernières ne peuvent exercer leur culte qu’avec l’autorisation et sous le contrôle des musulmans, c’est-à-dire en étant des “dhimmis”.

Politiquement, elle confirme le sentiment paranoïaque de menace existentielle que l’islam croit déceler dans toute manifestation d’indépendance et de liberté de ces mêmes dhimmis à l’intérieur du monde musulman.

Paradoxalement, la souveraineté juive à Jérusalem est perçue comme une menace pour l’islam précisément de par son caractère incomplet et partiel : les Juifs sont d’autant plus considérés comme des intrus sur le Mont du Temple, qu’ils n’y sont pas présents à demeure et qu’ils y viennent toujours sous bonne escorte, comme des envahisseurs potentiels.

L’alternative à cette situation inextricable et mortifère consisterait, comme l’avait bien vu l’écrivain et poète Ouri Zvi Greenberg, à asseoir notre souveraineté entière et sans partage sur le Mont du Temple, car “celui qui contrôle le Mont contrôle le pays”.

Ce faisant, Israël signifierait au monde musulman que sa présence sur sa terre est permanente et non pas provisoire, et que les Juifs revenus sur leur terre ne sont pas des “croisés”, destinés à être chassés à plus ou moins longue échéance : ils sont les maîtres et les souverains à Jérusalem, comme à Hébron et ailleurs, et ils sont là pour y rester.

Une telle attitude pourrait libérer les musulmans de leur complexe d’infériorité-supériorité en leur signifiant que Jérusalem est hors de portée pour leurs aspirations de faire renaître un hypothétique Califat et que leur seul choix est d’accepter la coexistence pacifique avec un Israël fort et souverain.

Pierre Lurçat

* Voir « Al Aqsa en danger ! » : une calomnie nazie palestinienne, par Pierre Lurçat

** Sur cet aspect, essentiel, du conflit entre Israël et l’islam, je renvoie notamment au livre d’Anne-Marie Delcambre, La schizophrénie de l’islam (Desclée de Brouwer 2006).

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Déconstruire ou réparer le monde? La pensée d’Israël face aux dérives idéologiques actuelles

December 27 2022, 14:46pm

Déconstruire ou réparer le monde? La pensée d’Israël face aux dérives idéologiques actuelles

 

שלמות עבודתם של ישראל היא

 "לתקן עולם במלכות ה´

 

 

Dans un essai revigorant récemment paru[1], l’historien des idées Pierre-André Taguieff retrace la généalogie du concept de “déconstruction”, aujourd’hui tellement banal et utilisé si souvent qu’on a presque oublié son contenu radical. Remontant aux origines de la pensée “déconstructionniste”, Taguieff évoque notamment Nietzsche et Heidegger, Foucault et Derrida, Deleuze ou encore Lévi-Strauss. Nietzsche a-t-il été le grand “déconstructeur” ? Le philosophe de Sils Maria n’était sans doute pas aussi radical que ses lointains héritiers actuels, comme le montre Taguieff.

 

L’intérêt principal de son livre n’est toutefois pas seulement dans son aspect historique et généalogique, mais aussi dans ce qui lui donne sa brûlante actualité : la description du magma idéologique contemporain, où wokisme, théorie du genre et autres élaborations intellectuelles aussi folles que dangereuses font converger leurs efforts dans une entreprise de démolition généralisée.

 

Le monde est empli d’idées devenues folles”. Jamais l’observation de Chesterton n’a été aussi vraie qu’aujourd’hui. La “déconstruction” est en effet depuis longtemps sortie des universités pour faire de la société globalisée et de l’humanité tout entière son laboratoire. Elle ne se limite plus actuellement aux théories politiques (déconstruire l’Etat, la nation ou l’histoire) mais a pris pour cible les domaines encore plus essentiels et fondateurs de la civilisation que sont la famille, la différence sexuelle ou la filiation. Jadis exercice intellectuel, la déconstruction apparaît de plus en plus comme une tentative de saper les fondements mêmes de notre humanité commune.

 

Mais – c’est sans doute l’un des paradoxes de notre époque – l’élan destructeur de ces théories issues des campus américains et européens se heurte à des résistances de plus en plus fortes, attestant que l’homme du vingt-et-unième siècle n’est pas encore devenu le spécimen d’un “post-humanisme” ou d’une nouvelle forme d’humanité à laquelle certains aspirent. Il résiste, en s’arc-boutant sur les piliers encore bien solides du temple de la civilisation occidentale, qui tremble sur ses bases, fait parfois mine de s’effondrer, mais est encore bien debout. Si nous savons que les civilisations sont mortelles, nous savons aussi qu’elles peuvent parfois se ressaisir, sortir de leur torpeur et de leur état maladif pour retrouver une seconde jeunesse. C’est cet espoir ténu et fragile qui anime les pages qui suivent.

 

Le vingtième siècle a été celui des grandes destructions. Auschwitz a marqué le glas d’une époque de la civilisation occidentale, comme l’ont observé bien des écrivains et des penseurs, mais cela ne signifie pas nécessairement que l’Occident est mort et enterré. Ceux qui se hâtent de proclamer la fin d’un monde n’ont souvent aucun nouveau monde à proposer en remplacement… Peut-être le temps est-il venu, après celui du doute et du soupçon qui ont donné naissance à tant de théories destructrices, de reconstruire. Non pas, comme ce fut le cas de bien des promesses illusoires, en levant l’étendard d’une nouvelle révolution, qui prétendrait créer un monde nouveau sur les ruines de l’ancien monde, mais plus modestement, en semant les graines d’un espoir renouvelé dans l’homme et en plantant les arbres pour faire “refleurir le désert”. (à suivre…)

 

Pierre Lurçat

 

[1] P.A. Taguieff, Pourquoi déconstruire ? Origines philosophiques et avatars politiques de la French Theory, éd. H&O 2022.

”Un formidable parcours philosophique… Une méditation sur le sens de nos vies”.

Marc Brzustowski, Menorah.info

 

“Une réfexion profonde sur des questions essentielles, comme celle du rapport de l'homme au monde et la place de la parole d'Israël”.

Emmanuelle Adda, Radio RCJ

 

“Une analyse claire et percutante  de la définition de l’humain dans le monde actuel”

Maryline Médioni, Lemondejuif.info

 

Lurçat, dans son bel exposé, en appelle à bien des penseurs : Aristote, Maïmonide, Husserl, Bonnefoy, Proust, Arendt, Levinas, Henri Baruk, Fondane, Benamozegh, Nietzsche, Huxley… Remarquable!”

Jean-Pierre Allali, Crif.org


 

 

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Hannoukah et la “lumière des nations” : éclairer un monde déboussolé, par Pierre Lurçat

December 22 2022, 09:09am

Posted by Pierre Lurçat

Hannoukah et la “lumière des nations” : éclairer un monde déboussolé, par Pierre Lurçat

 

 

Avec le retour d’Israël sur sa terre, la fête de Hannoukah a retrouvé son sens premier, celui d’une fête nationale célébrant la victoire du peuple juif contre une civilisation - celle des Grecs - qui prétendait effacer la culture et l’identité collective d’Israël. Mais il serait erroné d’en déduire que le sens national et particulariste de la fête aurait éclipsé, ou relégué au second plan, son message universel. Car en réalité, comme l’histoire récente d’Israël nous le montre, c’est précisément en retrouvant notre identité collective authentique - celle d’un peuple rassemblé à nouveau sur sa terre - que nous sommes le mieux à même de faire rayonner dans le monde entier le message d’Israël.

 

Soldats de Tsahal allumant les bougies de Hannoukah


 

Redonner légitimité aux frontières et aux identités nationales

 

Quel est ce message aujourd’hui? Dans un monde de plus en plus désorienté - au sens premier, à savoir qui a perdu l’Orient(1) - il y a urgence pour la voix d’Israël à se faire entendre et à être écoutée, sur des sujets cruciaux et essentiels pour l’humanité. Ceux-ci touchent à la fois à l’actualité la plus brûlante et à la signification de Hannoukah. En prétendant effacer l’identité nationale particulière du peuple Juif, les Grecs ont en effet été parmi les premiers à contester l’idée même d’identité nationale, au nom de leur impérialisme culturel. Le combat d’Israël pour conserver son identité, spirituelle et nationale (car en réalité, il s’agit bien d’une seule et même chose), sert d’inspiration, aujourd’hui comme hier, aux peuples qui se battent pour pouvoir vivre et assumer librement leur identité.

 

En prétendant abolir la notion de frontières et, partant, celle d’identité nationale, l’Europe actuelle a tourné le dos au message véritable d’Israël, dont elle s’était pourtant largement inspirée pour élaborer les notions fondamentales de la pensée politique moderne, au XVIIe siècle, comme l’a montré l’historienne israélienne Fania Oz Salzberger, dans un article passionnant paru il y a une dizaine d’années dans la revue Azure (2). Les notions mêmes de liberté et de souveraineté nationale, dans leur acception moderne, doivent en effet beaucoup à la pensée politique hébraïque biblique et talmudique, source à laquelle se sont nourris plusieurs des grands théoriciens politiques de l’Europe éclairée, et notamment John Selden, pour fonder le droit international public et la pensée politique moderne.

 

Lors d’une fameuse controverse avec le juriste Hugo Grotius - qui défendait l’idée d’une mer libre et ouverte à tous, dans son ouvrage Mare Liberum (De la liberté des mers) - Selden a soutenu au contraire l’idée d’une mer divisée entre les différents Etats, dans son livre Mare Clausum. Son argumentation se fondait sur la notion hébraïque de frontières, apparue avec le partage de la terre d’Israël entre les 12 tribus, qu’il interprétait à la lumière des commentaires rabbiniques et talmudiques. Ainsi, c’est le droit hébraïque qui permettait selon lui de régler le différend politique et juridique entre deux grandes puissances maritimes du 17e siècle, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.

 

L’oubli des sources hébraïques de la politique moderne, en oblitérant cette source d’inspiration essentielle, a amputé l’Europe d’un de ses deux piliers - Athènes et Jérusalem (3). L’antisémitisme meurtrier du 20e siècle est largement la conséquence tardive et monstrueuse de cet oubli. Ce n’est pas un hasard si l’Europe est devenue aujourd’hui l’entité politique la plus hostile à Israël sur la scène internationale (après, ou avec la Ligue arabe et l'OCI), alors même qu’elle doit en grande partie son existence et ses fondements théoriques à la pensée politique hébraïque.

 

Retrouver les notions fondatrices de l’humanité

 

Au-delà de ces concepts politiques, aujourd’hui contestés par l’idéologie post-moderniste (et son pendant israélien, le post-sionisme), ce sont aussi les notions fondatrices de l’humanité tout entière qui sont aujourd’hui remises en cause. La pensée hébraïque, on le sait, repose sur des distinctions fondamentales - au sens où elles fondent l’identité humaine - que sont l’opposition-complémentarité entre l’homme et la femme, l’opposition entre le shabbat- temps du sacré et le temps profane, l’opposition entre le règne animal et l’homme, seule créature créée “à l’image de Dieu” (Betselem Elohim), et enfin, l’opposition entre Israël et les nations.

Ce sont précisément ces distinctions fondamentales que certaines des idéologies en vogue actuellement prétendent abolir, en détruisant ce faisant la notion même d’être humain. Ainsi, comme l’a récemment montré un philosophe français, l’idéologie de “‘l’anti-spécisme”, qui conteste la distinction fondamentale entre l’homme et l’animal, aboutit à nier la spécificité de l’être humain, c’est-à-dire la notion hébraïque du Tselem, sur laquelle reposent tous les acquis de la civilisation humaine (4).


 

Michel-Ange, La création d’Adam

 

Si le vingtième siècle a été celui des grandes catastrophes et des génocides, le vingt-et-unième siècle semble devoir être celui de la perte du sens commun et de la notion même d’être humain. A certains égards, la négation de l’homme actuelle va encore plus loin (sur le plan théorique en tout cas) que celle qui était sous-jacente aux idéologies meurtrières du 20e siècle. Ces dernières prétendaient exclure de l’humanité certains races (nazisme) ou classes sociales (communisme), tandis que l’idéologie anti-spéciste aboutit à nier la notion même d’humanité.

 

La “fausse “morale juive” et le message authentique des Prophètes d’Israël.

 

Parmi les fausses idées qui se sont répandues au cours des dernières décennies, figure en bonne place une conception erronée de la “morale juive”, qui voudrait qu’Israël applique des standards moraux supérieurs à ceux des nations, dans son affrontement avec des ennemis qui ne respectent, eux, aucune morale, comme le Hamas et le Hezbollah (5). En réalité, le rôle d’Israël parmi les nations n’est plus aujourd'hui d’incarner une morale plus stricte (rôle qu’il a rempli jadis, en donnant au monde le Décalogue), mais bien plutôt celui de réaliser une identité collective nationale authentique.

 

Un des enjeux essentiels du Retour d’Israël sur sa terre est en effet celui de retrouver la mission véritable d’Israël au sein des nations, celle de “Lumière des nations”, qui est étroitement liée à la fête de Hannoukah. Une certaine théologie de l’exil a voulu faire croire que la dispersion d’Israël parmi les nations était voulue par Dieu, et qu’elle correspondait à la mission de “lumière des nations” d’Israël. C’est au nom de cette vision théologico-politique, qui n’a pas grand chose à voir avec la vocation d’Israël authentique, que les représentants du judaïsme réformé, en Allemagne et aux États-Unis notamment, se sont opposés au sionisme.

 

Le “sionisme suprême” - Zeev Jabotinsky

 


Maintenant que l’Etat d’Israël est devenu une réalité, il lui appartient de réaliser la “troisième étape du sionisme”, celle que Jabotinsky qualifiait de “sionisme suprême” et qu’il définissait précisément dans les termes du prophète Isaïe : “‘L’Etat juif n’est que la première phase de la réalisation du sionisme suprême. Après cela viendra la deuxième phase, le Retour du peuple juif à Sion… Ce n’est que dans la troisième phase qu’apparaîtra le but final authentique du sionisme suprême - but pour lequel les grandes nations existent ; la création d’une culture nationale, qui diffusera sa splendeur dans le monde entier, comme il est écrit; “Car de Sion sortira la Torah”. (6)

 

Pierre Lurçat

 

J'ai parlé de Jabotinsky dans une série de conférences en France avec l'Organisation sioniste mondiale. Voir ici

https://youtube.com/watch?v=1pNZMloGk8c&feature=share

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VIENT DE PARAITRE : REEDITION DE L’HISTOIRE DE MA VIE DE JABOTINSKY!

 

« C’est cette force foudroyante de tout utiliser, même l’échec, même l’isolement, la précarité, les controverses, l’adversité politique, les déceptions, c’est cette capacité de résister à tout, à toute humiliation, à tout découragement qui est la leçon la plus instructive de ce livre. »

Saskia Cohen

 

« Il fut certainement l’une des personnes les plus intelligentes que j’ai jamais connues. Il comprenait son interlocuteur à demi-mots car il lui portait un intérêt vorace et s’impliquait de façon créatrice dans la conversation. Il avait aussi de l’humour. Je buvais littéralement ses paroles, aussi brillantes et mordantes que sa pensée.»

Nina Berberova

 

« …On ne peut qu’admirer l’œuvre d’un visionnaire et prophète, un homme politique droit et sincère, traducteur de grandes œuvres, écrivain à la plume belle et puissante, polyglotte redoutable.

L’Histoire de ma vie présente l’histoire personnelle d’une des plus grandes figures du sionisme, d’un politique, écrivain et homme de talent trop souvent oublié et injustement dénigré. On ne peut plus apprendre le sionisme sans Jabotinsky et son Histoire de ma vie… »

Misha Uzan

Notes

(1) Israël étant l’Orient véritable du monde, contrairement à l’Orient arabe imaginaire et largement fantasmé des “Orientalistes” d’hier et d’aujourd’hui.

(2) Fania Oz-Salzberger, The Jewish Roots of Western Freedom

What modern republican thought learned from the Bible, the Talmud, and Maimonides. Azure, Summer 5762 / 2002, no. 13.

(3) Sur l'oubli du fondement hébraïque de la pensée occidentale, je renvoie notamment au livre de mon père, François Lurçat, La science suicidaire, Athènes sans Jérusalem. éditions F. X. de Guibert.

(4) “L’erreur consiste à vouloir «  effacer les limites » : entre les sexes, entre les animaux et les humains, entre les vivants et les morts. Il convient, au contraire, d’affronter ces limites qui nous constituent. Oui, parfois la philosophie devient folle, quand elle oublie l’homme”. Jean-François Braunstein, La philosophie devenue folle - le genre, l’animal, la mort. Grasset 2018.

(5) Je renvoie à ce sujet à mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

(6) Jabotinsky, Intervention devant le Congrès fondateur de la Nouvelle Organisation sioniste, septembre 1935. Cité dans ma postface à l’Histoire de ma vie.

 

Hannoukah et la “lumière des nations” : éclairer un monde déboussolé, par Pierre Lurçat

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Rencontres israéliennes : Robin Twite, un Anglais à Jérusalem

December 18 2022, 13:52pm

Posted by Pierre Lurçat

Robin Twitte (photo P Lurçat)

Robin Twitte (photo P Lurçat)

Robin Twite est un Anglais aussi « british » qu’on peut l’imaginer en regardant la série The Crown, qui parle avec l’accent d’Oxford et a des manières d’authentique gentleman, mais qui a pour particularité d’habiter à Jérusalem. C’est là que j’ai fait sa connaissance il y a quelques années et qu’il me reçoit, dans son appartement de la Colonie allemande. Les étagères de son salon sont remplies d’objets venant des différents pays qu’il a visités pendant sa carrière de diplomate – Sri Lanka, Inde, Ethiopie, etc. Pourtant rien ne le prédestinait à faire une carrière diplomatique, ni à venir s’installer en Israël. Le parcours de Robin Twite, qui porte bien ses 91 ans, droit comme un « I », est plein d’aventures et de « hachga’ha pratit » (Providence).

 

« Je suis né à Rugby, petite ville de 40 000 habitants. J’étais un bon élève, aussi j’ai reçu une bourse pour aller à l’université. J’étais le premier membre de ma famille à aller à l’université. Mon père était technicien et pendant la guerre, il travaillait dans une usine de radars. Nous habitions près de Coventry, la première ville anglaise qui a été bombardée par la Luftwaffe. Mon père avait construit un abri dans le jardin… J’allais à l’école avec un masque à gaz, et lorsque j’ai vécu la Première Guerre du Golfe en Israël, j’étais le seul à savoir immédiatement comment mettre un masque à gaz… »

 

Robin me parle de ses études à Oxford, où la plupart des élèves venaient de milieux bien plus fortunés que le sien. Sa première petite-amie avait un arbre généalogique remontant quatre cents ans en arrière, jusqu’au roi d’Écosse… et elle avait été présentée à la Reine (comme dans « Downton Abbey »). Il a étudié l’histoire moderne, en espérant être admis au Foreign Office, mais ses opinions de gauche l’ont fait écarter. Il a ensuite travaillé dans l’édition, avant d’être admis au British Council, grâce à une rencontre providentielle dans un train… Lors de son entretien d’embauche, on lui a demandé s’il préférait aller en Italie, en Irak ou en Israël. Robin a choisi Israël, sans hésiter, et sans savoir que c’était le début d’une longue histoire d’amour.

 

Rien ne le prédestinait pourtant à venir travailler en Israël. « Je n’avais rencontré aucun Juif avant mon service militaire, durant lequel je fis la connaissance de plusieurs Juifs habitant le quartier populaire d’East End. À Oxford, j’avais aussi rencontré le champion d’échecs israélien Rafi Persitz ». Le choix d’Israël n’avait rien d’évident pour un jeune diplomate anglais. « Les meilleurs étaient envoyés en Inde, au Soudan ou au Kenya. Israël était considéré comme un pays de second choix… »

 

Robin évoque maintenant Israël de la fin des années cinquante, tel qu’il l’a connu lors de son premier séjour, entre 1958 et 1962. « C’était un pays pauvre… Il venait d’intégrer quelque 600 000 nouveaux émigrants, doublant sa population. La période de “Tsena” (pénurie) venait juste de s’achever et on ne trouvait pas grand-chose dans les magasins. Heureusement, il y avait le magasin de l’ambassade, où on trouvait du vin, du dentifrice et… du jambon. La Histadrout était comme un État dans l’État. La plupart des ministres venaient du kibboutz ».

 

Il me raconte ses rencontres avec plusieurs personnalités de premier plan, dont l’ancien Premier ministre David Ben Gourion. « À cette époque, on ne trouvait pas de livres étrangers en Israël. Le British Council avait organisé une exposition avec 8000 livres en anglais à Bet Sokolov, à Tel Aviv. Elle avait été inaugurée par le ministre des Affaires étrangères. Le lendemain, je suis tombé nez-à-nez avec Ben Gourion, qui voulait voir les livres d’archéologie. Il les a regardés attentivement, a feuilleté un livre sur le Sinaï et s’est exclamé ‘’C’est faux !’’. Quelques années plus tard, alors qu’il venait d’être limogé, je l’ai croisé sur la route de Sdé Boker. C’était un jour de pluie, il marchait le long de la route, solitaire. Il venait de perdre sa femme Paula ». Plus tard, Robin s’est lié d’amitié avec Ygal Allon, et avec l’archéologue Ygal Yadin. « Un homme remarquable, plein d’énergie. Je l’ai accompagné à Massada. Il n’aurait jamais dû accepter d’entrer en politique ».

 

Je l’interroge sur les différences entre Israël d’alors et celui d’aujourd’hui. « La Shoah était encore omniprésente… Dans l’autobus, on voyait les numéros sur l’avant-bras des rescapés… Un jour, j’étais allé à Bershéva pour rencontrer le directeur de l’éducation local. Il m’avait reçu dans sa maison à Omer et m’avait fait visiter son “jardin”, qui comportait quelques buissons et deux ou trois plants de rosiers. Je l’ai félicité par politesse, et il m’a raconté que lorsqu’il était à Auschwitz, il s’était promis que s’il s’en sortait, il aurait un jour un jardin avec des fleurs… » En me racontant cette anecdote vieille de plus de 50 ans, Robin a les larmes aux yeux...

Pierre Lurçat

SUITE DANS LE DERNIER NUMERO D'ISRAEL MAGAZINE

Avec la Reine Elisabeth II (photo Collection privée)

Avec la Reine Elisabeth II (photo Collection privée)

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Conférence le jeudi 15 décembre 2022 : « D’Odessa à Jérusalem : Jabotinsky, l’enfant prodige du sionisme russe »

December 14 2022, 08:08am

Posted by Pierre Lurçat

Conférence le jeudi 15 décembre 2022 : « D’Odessa à Jérusalem : Jabotinsky, l’enfant prodige du sionisme russe »

visioconférence avec Pierre Lurçat

 
 

« Né à Odessa en 1880, Vladimir Jabotinsky a entamé une carrière de journaliste et d’écrivain, avant de se convertir au sionisme. Malgré la “perte immense” pour la littérature russe déplorée par Maxime Gorki, Jabotinsky n’a jamais cessé d’écrire. Comment son parcours politique et ses idées ont-ils été influencés par sa ville d’origine ? En quoi est-il resté fidèle à la culture cosmopolite et à l’esprit de liberté caractéristiques d’Odessa ? Pierre Lurçat essaiera de répondre à ces questions en nous emmenant sur les traces du grand dirigeant sioniste, d’Odessa à Jérusalem.»

 

Pierre Lurçat, essayiste, écrivain et traducteur, est né en 1967 à Princeton (New Jersey) aux États-Unis. Il collabore à diverses publications en France (Causeur, Commentaire, Politique internationale) et en Israël (édition française du Jérusalem Post).

 

Notre rencontre aura lieu en visioconférence.

 

Il vous suffira de cliquer sur le lien suivant le jeudi 15 décembre 2022 à 19h45 pour vous connecter :

 

https://us06web.zoom.us/j/83842198297?

 

ou sur l'application Zoom : ID de réunion : 838 4219 8297Code secret : 775187

 

jeudi 15 décembre 2022 : « D’Odessa à Jérusalem : Jabotinsky, l’enfant prodige du sionisme russe » (amis-odessa.fr)

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Le mur de fer de Jabotinsky à aujourd'hui, avec Pierre Lurçat

December 5 2022, 17:24pm

Forces et faiblesses d’Israël à la lumière de Jabotinsky
 
L’OSM en France, en partenariat avec le KKL de France, reçoit le journaliste et essayiste Pierre Lurçat, qui vient d’éditer l’ouvrage « le Mur de fer de Vladimir Jabotinsky », pour une tournée de conférences sur le thème «forces et faiblesses d’Israël», depuis la publication du manifeste du grand leader sioniste, en 1923, jusqu’à nos jours. Pour mémoire, Jabotinsky y développe son analyse du conflit judéo-arabe en Palestine mandataire, après les atroces émeutes de Jérusalem en 1921, concluant à l’impérieuse nécessité d’organiser l’auto-défense juive. Des principes qui demeurent d’une étonnante actualité.
Jeudi 8 décembre à 19h30 
 
11 Rue du 4 septembre, 75002 Paris
Entrée gratuite, inscription obligatoire

 

Inscription

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Bousquet-Mitterrand : la mémoire sélective de Robert Badinter

November 29 2022, 08:15am

Posted by Pierre Lurçat

Bousquet-Mitterrand : la mémoire sélective de Robert Badinter

NB La version originale de cet article est parue dans Causeur.

 

Robert Badinter est infatigable. A l’âge canonique de quatre-vingt-quatorze ans, l’ancien Garde des Sceaux de François Mitterrand publie un nouveau livre, intitulé Le procès Bousquet. Haute Cour de Justice 20-23 juin 1949. Selon son auteur, ce livre constitué des comptes-rendus sténographiques du procès de l’ancien directeur de la Police de Vichy pose la question suivante : « Au-delà de l’intérêt historique que présente ce déni de justice, demeure une question essentielle : comment la Haute Cour a-t-elle pu acquitter René Bousquet et lui délivrer un véritable brevet de Résistance ? » 

 

Badinter avait déjà publié l’an dernier une pièce de théâtre, « Cellule 107 » dans laquelle il imaginait la rencontre entre Bousquet et Laval, à la veille de l’exécution de ce dernier à la prison de Fresnes. Pourquoi cet intérêt soudain pour la figure de Bousquet, de la part de Robert Badinter ? Une réponse possible nous est donnée par l’intéressé lui-même, dans une interview avec l’historien Laurent Joly. Lorsque ce dernier lui demande pourquoi Bousquet n’a jamais été jugé pour ses crimes, Robert Badinter répond que l’ancien fonctionnaire de Vichy était atteint de la maladie d’Alzheimer, ce qui aurait invalidé selon lui tout nouveau procès. « Vous imaginez Bousquet sénile dans le box, répondre de crimes commis cinquante ans plus tôt ? » demande Badinter.

 

En vérité, la raison principale pour laquelle René Bousquet n’a jamais été jugé tient sans doute à de toutes autres raisons, à savoir les relations étroites qu’il entretenait depuis la guerre dans différents milieux haut-placés, et notamment avec François Mitterrand. Il faut réécouter l’interview que ce dernier avait accordée à Jean-Pierre Elkabach en 1994, pour mesurer le gouffre qui sépare le discours de Badinter de celui de son ancien mentor. Mitterrand avait alors choisi de répondre aux questions d’Elkabach, en direct de l’Elysée, après la parution du livre de Pierre Péan, Une jeunesse française, pour tenter de répondre aux accusations concernant ses fréquentations pendant la période de Vichy.

 

Quand Elkabach interroge Mitterrand sur l’aveuglement de tous ceux qui ont fréquenté Bousquet après la guerre, et lui fait remarquer que « moralement, vous ne pouvez pas l’acquitter », le Président de la République a cette réponse étonnante : « Aveugles sur quoi ? Mais de quoi me parlez-vous ? Ils sont en face d’un homme qui a été acquitté par la Haute Cour de Justice ! » Mitterrand s’en tient donc à la version bien commode d’un Bousquet innocenté et « bien sous tous rapports », dont personne ne pouvait alors soupçonner les crimes. Ce qui n’empêche pas son ministre de la Justice de l’époque de dénoncer aujourd’hui la « parodie de justice » et le « scandale judiciaire » du procès de 1949.

 

Robert Badinter, qui a gardé toute sa tête, semble pourtant avoir la mémoire sélective quand il est question de François Mitterrand. Face à l’historien Laurent Joly, il se lance ainsi dans une diatribe dirigée contre… les manifestants qui avaient hué François Mitterrand, lors de la commémoration du Vel d’Hiv, en juillet 1993[1]. « C’était honteux ! » s’exclame Badinter, en repensant trente ans plus tard à sa fameuse colère d’alors, dont les images avaient fait le « buzz ». « Il y a un moment où la politique doit cesser », explique encore l’ancien proche de Mitterrand, ajoutant « cet incident monté de toutes pièces m’a fait horreur ». Badinter, contrairement à plusieurs des amis juifs du Président (Jacques Attali ou George-Marc Benamou notamment) n’a en effet jamais changé d’attitude envers François Mitterrand. Comme celui-ci à l’égard de Bousquet, il est fidèle en amitié. Le livre qu’il vient de publier est sans doute une pièce importante à verser au dossier de l’affaire Bousquet. Mais il ne nous apprendra rien des relations entre Bousquet et Mitterrand ni de l’admiration que Badinter voue encore à ce dernier.

Pierre Lurçat

 

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Je donnerai une série de conférences en France sur Le Mur de fer de Jabotinsky, à Paris, Lyon, Strasbourg et Marseille dans le cadre de l’Organisation Sioniste Mondiale :

 

Jeudi 1er décembre à Paris, au centre Fleg

Lundi 5 décembre à Strasbourg, renseignements à iif.sxb@gmail.com

Mardi 6 décembre à Lyon au CIV Malherbe

Mercredi 7 décembre à Marseille au centre Fleg

Jeudi 8 décembre à Paris, au KKL

 

 

 

 

[1] J’ajoute que je me trouvais moi-même en première ligne parmi les manifestants.

 

Le “cri de colère” de Robert Badinter contre les Juifs

Le “cri de colère” de Robert Badinter contre les Juifs

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Réponse à Eva Illouz, Bruno Karsenti et Ilan Greilsammer : Dénonciation et diabolisation dans le discours de la gauche juive

November 27 2022, 11:30am

Posted by Pierre Lurçat

La scène de l'attentat d'Ariel

La scène de l'attentat d'Ariel

 

Le 15 novembre dernier, alors qu’Israël pleurait les trois victimes de l’attentat d’Ariel, trois universitaires juifs publiaient des articles virulents contre le futur gouvernement de l’État juif, dénonçant le « nationalisme », le « populisme » et le « fascisme juif ». Au-delà du simple débat intellectuel et politique, la concomitance entre ces deux événements nous amène à interroger un phénomène ancien – et pour ainsi dire consubstantiel à l’histoire juive – celui de la dénonciation, de la diabolisation et des accusations fratricides, pour tenter d’en cerner les motivations profondes.

 

Dans les colonnes du journal Le Monde (dont la dérive anti-israélienne a souvent été analysée depuis des lustres), le politologue israélien Ilan Greilsammer dénonce les « 14 députés nauséabonds de l’extrême-droite »[1]. De son côté, la sociologue franco-israélienne Eva Illouz écrit : « Nétanyahou est un populiste de droite ‘’conventionnel’’, similaire à Modi, à Orban ou à Trump. Itamar Ben Gvir, le chef de Sionisme religieux, se situe, lui, au-delà du populisme. Il représente ce que l’on est bien obligé d’appeler, à contrecœur, un ‘’fascisme juif’’ » et elle affirme au passage, comme s’il s’agissait d’une évidence, que « les Palestiniens subissent le joug d’un régime cruel ».  Quant à l’universitaire Bruno Karsenti, il explique dans les colonnes de la revue en ligne K pourquoi le résultat des élections signifie un tournant majeur et le dévoiement, ou carrément la « fin du sionisme… » et appelle à « comprendre à nouveau le sionisme depuis la diaspora »[2].

 

On peut bien entendu considérer que ces trois analyses relèvent d’un débat légitime. Mais cela ne nous dispense pas de nous interroger sur les motivations profondes qui amènent des intellectuels juifs à se désolidariser publiquement d’Israël, en expliquant à la face du monde qu’ils « ne font pas partie » de ces autres Juifs qui ont élu le « gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël »...(L’expression, déjà employée lors de précédentes élections, est notamment reprise par Bruno Karsenti dans l’article précité).  On peut aisément critiquer leur analyse sur le plan strictement factuel, en montrant par exemple que le concept de « fascisme juif » est largement erroné et procède d’une simplification abusive, celle que Léo Strauss avait il y a déjà longtemps analysée sous le vocable de « reductio ad hitlerum »[3].

 

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Leo Strauss

 

Mais notre propos est ici différent : il vise à déceler chez ces trois intellectuels, par-delà la différence possible des parcours individuels, une même attitude profonde, qui remonte très loin dans l’histoire juive. Pour la comprendre, nous citerons un quatrième exemple ; celui du professeur Asa Kasher. Le spécialiste d’éthique, auteur du « Code éthique de Tsahal », a expliqué au lendemain des dernières élections, dans un post très remarqué sur Twitter, que le peuple qui a porté B. Nétanyahou au pouvoir n’était « pas le sien », en dénonçant au passage les « mutations » que représentaient à ses yeux le sionisme religieux et le monde ‘harédi (juif orthodoxe). Ce dernier terme a fait scandale en Israël, au point que Kasher a vainement tenté de se justifier, sans modifier fondamentalement son discours.

 

Si le propos de Kasher est révélateur, c’est parce qu’il résume de manière lapidaire et limpide la posture commune à ces intellectuels juifs. Ceux-ci prétendent en effet faire sécession, au à tout le moins se « distancier » ou se « désolidariser » d’une partie importante de leur peuple, au nom d’une conception bien particulière de l’éthique, de la politique ou de la place d’Israël parmi les Nations. Ils affirment ainsi – conformément au modèle bien connu du Juif assimilé – avoir plus en commun avec les « valeurs universelles » qu’avec le « particularisme juif », tel qu’il s’est exprimé dans le vote des Israéliens, qu’ils assimilent à un phénomène entièrement négatif (« réaction », « illibéralisme », « nationalisme identitaire » pour Karsenti, « nationalisme religieux » pour Eva Illouz).

 

« Nous ne sommes pas comme ces Juifs-là ».

 

Mais cette posture commune ne se contente pas d’exprimer un désaccord, ou un dissentiment. Elle le fait en prenant à parti le reste du monde, comme si l’enjeu était de dire au monde entier : « Nous ne sommes pas comme ces Juifs-là ». Il s’agit donc de dénoncer publiquement le reste des Juifs (qu’il s’agisse d’un parti politique, d’un gouvernement, voire de l’Etat d’Israël tout entier[4]) en faisant allégeance à des « valeurs universelles » dont ces autres Juifs seraient exclus… Cette argumentation n’est pas seulement intellectuelle. Elle procède, comme l’avait bien vu Shmuel Trigano, d’une tentation permanente de la gauche juive, dans l’histoire récente d’Israël, de se positionner contre un « mauvais Israël » (celui des harédim, des sionistes-religieux, des sépharades, etc.[5])

 

Paradoxalement, ces représentants de la gauche juive retournent très souvent l’accusation de séparatisme contre ceux qu’ils critiquent, en se posant eux-mêmes en victimes d’une exclusion hypothétique, comme le fait Bruno Karsenti, en critiquant la Loi Israël Etat-nation du peuple Juif de 2018, qu’il accuse de « replier l’État juif sur le peuple juif entendu comme le peuple des vrais juifs qui se rassemblent sur cette terre expressément et exclusivement juive ». Ce faisant, il reprend à son compte la vieille accusation (portée notamment par Hannah Arendt au moment du procès Eichmann) d’utiliser la « loi religieuse » juive pour définir l’identité israélienne : « Majoritaires sur leur terre, les juifs y sont hégémoniques ; et hégémoniques, ils sont fondés à l’être exclusivement, au détriment de minorités, qui, en tant que minoritaires, n’ont pas voix au chapitre. Cela vaut au premier chef, évidemment, pour les Palestiniens. Mais cela vaut aussi pour quiconque s’écarte du critère d’identité dont on détient la définition, avec une assurance que seule confère la loi religieuse ».

 

Plus profondément encore, cette posture intellectuelle procède de l’attitude de mise à distance de celui qui doit porter la faute, pour permettre aux autres (les « bons Juifs ») de rester persona grata dans la société environnante… On aura reconnu dans ce mécanisme celui du bouc émissaire. Le regretté Rafael Draï avait analysé de manière magistrale ce phénomène, précisément au lendemain de l’assassinat du rabbin Meir Kahana aux Etats-Unis, en se demandant publiquement si le rabbin Kahana n’avait pas été transformé en « bouc émissaire » par l’ensemble de l’establishment juif… La dénonciation actuelle du « fascisme juif » confirme son diagnostic. Il n’y a en réalité dans cette attitude rien de nouveau sous le soleil de Sion… C’est en définitive l’histoire de Joseph et de ses frères qui se rejoue indéfiniment, à toutes les époques.

Pierre Lurçat

 

 

[1] Sur la métaphore “olfactive” dans l’analyse politique et la diabolisation en général, je renvoie à l’ouvrage éclairant de Pierre-André Taguieff, Du diable en politique, CNRS éditions 2014

[2] Notons que cette revue qui se présente comme un lieu de débat interne au judaïsme bénéfice du soutien de nombreuses fondations, notamment la Fondation Heinrich Böll, celle pour la mémoire de la Shoah, et le Ministère français de la Culture

[3] L’expression est employée par Strauss dans son livre Droit naturel et histoire, Paris, Plon, 1954. Sur le concept de “reductio ad hitlerum” et ses usages contemporains, voir notamment le livre de P. A. Taguieff cité ci-dessus. Taguieff est un des premiers à avoir repris ce concept et à l’avoir utilisé pour analyser le phénomène de la diabolisation, dès les années 1980.

[4] Observons que dans le discours antisioniste, le discours passe très rapidement de la dénonciation d’un parti ou d’un gouvernement israélien “fasciste”, à celle du “fascisme juif”, du “suprémacisme juif” ou du “judaïsme raciste”. Sur ce phénomène d’élargissement de la cible, je renvoie à mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éditions L’éléphant 2021.

[5] Cf. S. Trigano, L’ébranlement d’Israël, Seuil 2002. 

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