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antisemitisme

Les sifflets du Vel d'Hiv : l'action militante au cœur de la vie politique française

July 16 2025, 10:29am

Posted by Pierre Lurçat

Le “cri de colère” de Robert Badinter contre les Juifs

Le “cri de colère” de Robert Badinter contre les Juifs

A l'occasion des commémorations de la Rafle du Vel' d'Hiv, je publie cet extrait de mon livre L'étoile et le poing, récemment publié. P.L.

 

De toutes les actions du Tagar, la plus médiatique et celle qui a eu les répercussions les plus marquantes est incontestablement l’affaire du Vel d’Hiv. Ayant été un des principaux acteurs de cet épisode, je le relate ici, une fois n’est pas coutume, à la première personne. Tout avait commencé par la décision de la cour d’appel de Paris, le 13 avril 1992, d’acquitter Paul Touvier, ancien chef de la Milice à Lyon, inculpé depuis 1989 de crimes contre l’Humanité. Cette décision soulève une indignation considérable, au sein de la communauté juive et au-delà.

Le directeur de la rédaction du journal Le Monde, Bruno Frappat, écrit dans un édito intitulé

« Affront » : « S’il s’est trouvé des enseignants pour mettre en doute l’existence des chambres à gaz, s’il s’est trouvé des tribuns politiques pour faire du génocide un sujet de plaisanterie pour fin de banquets, s’il circule en 1992 des publications ouvertement nazies, faut-il s’étonner qu’il se soit trouvé des juges – trois – pour disculper et Touvier, et Vichy ? »

 

C’est dans ce contexte que se déroule la cérémonie traditionnelle du 16 juillet devant l’emplacement de l’ancien vélodrome d’hiver, le « Vel d’Hiv ». A cette époque, je suis à la tête du Tagar, le mouvement des étudiants sionistes, et je suis de près le dossier de la Collaboration et des crimes de Vichy. Ayant appris que le président de la République devait assister à la cérémonie du 16 juillet, nous avons préparé un tract, sous le titre « La gerbe de M. Mitterrand », dans lequel nous posons les questions suivantes :

 

« Pourquoi M. Mitterrand refuse-t-il toujours de reconnaître officiellement les crimes commis par l’État français de Vichy contre les Juifs ? Pourquoi reste-t-il sourd à la demande des anciens déportés, résistants et de tous ceux qui luttent pour la mémoire ? Pourquoi veut-il à tout prix empêcher la justice de faire le procès de Vichy et de la Collaboration, au nom d’une fausse conception de la ‘paix civile’ ? Pourquoi M. Mitterrand protège-t-il René Bousquet, ancien chef de la police de Vichy et responsable direct de l’organisation des rafles antijuives ? Pourquoi M. Mitterrand ne s’est-il jamais expliqué sur son passé sous l’Occupation et sur son activité au service du régime de Vichy pendant un an ? »

Une commémoration mouvementée

Nous avons aussi, sur l’initiative d’Eliaou, décidé de nous munir de sifflets pour perturber le déroulement de la cérémonie. Le jour J, j’arrive en avance à proximité du Vel d’Hiv où je retrouve Eliaou, qui distribue les sifflets aux militants du Tagar. Nous commençons à distribuer le tract aux membres de l’assistance, nombreuse.

 

Dans son livre très éclairant[1], consacré aux rapports entre Mitterrand et Vichy, le journaliste George-Marc Benamou fait le récit de cet épisode. « On n’avait jamais vu autant de monde à cette cérémonie du 16 juillet… On distinguait, dans cette foule hétérogène, la centaine d’intellectuels

 

du très actif ‘Comité Vel d’Hiv 42’, qui faisait parler de lui depuis qu’il avait demandé à

Mitterrand, – sans l’obtenir –, la ‘reconnaissance officielle des persécutions et des crimes de Vichy contre les Juifs’ ; les jeunes juifs du Bétar avec pancartes et drapeaux, très agités ce jour-là ; la vieille gauche juive, les amis des Aubrac, et puis la foule des déportés, des enfants de déportés et des anonymes. Il y avait de l’électricité dans l’air ».

 

Au moment où le président de la République fait son apparition, boulevard de Grenelle, entouré de ses gardes du corps, nous déclenchons les sifflets et je lance le slogan : « Mitterrand, à Vichy ! ». Notre intervention suscite quelques réactions hostiles dans l’assistance, et d’autres favorables, au sein du public très mélangé venu assister à la cérémonie.

 

Mais c’est le Garde des Sceaux, Robert Badinter, qui va amplifier la polémique, par sa réaction émotive et son accès de colère. Prenant la parole immédiatement après les sifflets qui ont perturbé la cérémonie, il s’écrie, le visage tordu par un rictus de haine : « Vous m’avez fait honte ! Vous m’avez fait honte en pensant à ce qui s’est passé là… Il y a des moments où il est dit dans la Parole, les morts vous écoutent ! Je ne demande que le silence que les morts appellent ! » Les images de Badinter tançant la foule vont faire le tour du monde et deviendront célèbres : elles seront régulièrement diffusées dans des émissions sur le thème de Vichy, bien des années plus tard.

 

Interpellé pour « insulte au président de l’État »

 

En regagnant le métro après la cérémonie, je suis soudain coincé par trois inspecteurs en civils, qui m’empoignent et me menottent sous le regard médusé de quelques passants. Mon rôle de ‘meneur’ dans l’échauffourée ne leur a pas échappé, et ils m’annoncent que je suis interpellé pour « insultes au président de la République » et qu’ils m’ont entendu crier « Mitterrand imbécile ! »

Partagé entre la colère et l’amusement, je suis conduit au commissariat central du 14e arrondissement, où je passe la nuit. Conscient de la réussite de notre action, je me souviens avoir annoncé aux policiers qui prennent ma déposition que cette affaire ira loin et qu’ils vont entendre parler de moi dans les journaux… Je ne crois pas si bien dire : le surlendemain, un journaliste de France-Soir m’appelle au local du Tagar et vient m’interviewer. Son article, publié le 18 juillet en Une du quotidien, est plutôt sympathique :

 

« Allure d’étudiant consciencieux, le président du Tagar a rempli sa mission : créer l’élan de protestation qui, jeudi soir, a sérieusement perturbé la cérémonie du Vel d’Hiv ». Dans les bureaux aux volets fermés du Tagar, boulevard de Strasbourg, le téléphone ne cesse plus de sonner ».

 

L’obsession juive de François Mitterrand

 

Dans son livre précité, Georges-Marc Benamou relate la manière obsessionnelle dont le président de la République, François Mitterrand, évoque devant lui son conflit avec une partie de la communauté juive organisée, au cours des derniers jours de son deuxième septennat, en mai

 

1995. Les causes de ce conflit sont multiples : l’affaire Bousquet, la fameuse « gerbe », la commémoration du Vel d’Hiv… Le point commun entre toutes ces questions est le retour de Vichy et la question sensible de la responsabilité française dans les crimes du régime du Vichy. Derrière cette question historique affleure, de manière plus ou moins visible, celle de l’attitude de Mitterrand à l’égard de Vichy, qui donnera lieu à plusieurs livres, et notamment celui de Pierre Péan, Une jeunesse française : François Mitterrand, 1934-1947[2].

 

Benamou rapporte plusieurs de ses conversations avec Mitterrand, tenues pendant cette période, qui tournent souvent autour des rapports du président avec les Juifs. « Comme les Juifs savaient que j’étais leur ami, alors ils se sont permis avec moi ce qu’ils ne se seraient pas permis avec mes prédécesseurs – qui n’étaient pas leurs amis… Ont-ils osé demander cela à De  Gaulle…? Est-ce qu’ils ont osé le harceler, afin d’obtenir de lui ces excuses de la France ? Oh non… »

 

Au beau milieu d’une allée, il s’arrêté et me souffla, en me regardant un peu confus, avec une précaution trop marquée – craignait-il que je le prenne pour un antisémite : ‘Les responsables juifs ont perdu leurs nerfs dans cette affaire… » Il avait pris un tel air de mystère... »

 

L'obsession "juive" – évoquée par Georges-Marc Benamou – de François Mitterrand, dans les dernières années de son second septennat, tient largement au sentiment qu'il avait d'avoir été "trahi" par ceux qui l'avaient jadis encensé. L'affaire des Sifflets du Vel d'Hiv est à cet égard symptomatique de la dégradation des relations entre le Président – parfois considéré comme le plus philosémite de la Cinquième République – et la communauté juive organisée. En plaçant sous le feu des projecteurs le passé trouble de Mitterrand à Vichy, le Tagar a largement écorné l'image avantageuse que ce dernier avait réussi à construire, avec l'aide de certains de ses proches conseillers.

 

[1] BENAMOU 2001.

[2] PEAN 1994.

Les sifflets du Vel d'Hiv : l'action militante au cœur de la vie politique française

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« On avait cinquante ans de retard à vouloir se battre contre les nazis »: Quand les militants juifs font leur mea culpa

March 27 2025, 14:54pm

Posted by Pierre Lurcat

François Mitterrand à la manifestation après Carpentras, mai 1990

François Mitterrand à la manifestation après Carpentras, mai 1990

A l'occasion de la venue en Israël de dirigeants politiques français du RN, je publie ici un extrait de mon dernier livre, L'étoile et le poing, dans lequel des militants juifs s'interrogent sur la validité de leur combat contre l'extrême-droite et sur l'éventuelle manipulation politique dont ils ont pu être victimes de la part du pouvoir à l'époque (celui de François Mitterrand). Ces témoignages sont une pièce à porter au dossier, l'histoire éclairant - ici comme ailleurs - l'actualité. P.L.

 

 

Une des questions soulevées par plusieurs des militants interrogés dans le cadre de notre enquête est celle d'une éventuelle instrumentalisation de l'activisme par le pouvoir politique. Le premier de mes interlocuteurs qui a avancé cette hypothèse est Rafael, entraîneur et dirigeant de l'OJD, qui parle non seulement d'une erreur d'appréciation politique de la part des mouvements activistes, mais aussi d'une véritable « manipulation » du pouvoir :

« Nous avons commis une grave erreur en nous focalisant sur l’extrême-droite néo nazie, car on a négligé l’islamisme et l’extrême-gauche… Trente ans plus tard, nous devons analyser cette erreur… Nous avons mis tous nos œufs dans le même panier. Aujourd’hui, on se rend compte qu’on a été manipulés par le gouvernement, et j’en ai la preuve formelle! Je vais te raconter une anecdote pour illustrer mon propos, et j’en ai une dizaine du même acabit…

Un jour, il était une heure du matin, on apprend que des néonazis sont en train de sabler le champagne… On les attend à la sortie, rue Caillaux. On poursuit un garde du corps de Pierre Sidos… On lui tombe dessus… Le type a perdu l’usage de ses membres… Juste après des motards de la police nous aperçoivent et nous braquent avec leur arme, avant de nous embarquer au poste.

Je suis passé devant le juge d’instruction, le policier a déposé nous avoir vus en flagrant délit. De l’autre côté il y avait des parties civiles… Je me suis retrouvé devant le juge Pinceau, qui m’a dit ‘J’ai six témoins contre vous’. Je lui ai répondu ‘ce n’est pas moi’ et alors il m’a dit ‘Rentrez chez vous, vous êtes libre!’ Conclusion : nous avons été interpellés en flagrant délit de grande violence, et il n’est pas normal que nous soyons sortis au bout de quarante-huit heures, sans procès… »

Ce récit soulève plusieurs questions différentes : la première est celle d'une erreur de jugement politique dans l'appréciation de « l'ennemi principal », hypothèse qu'on retrouvera dans la bouche de plusieurs militants. La seconde est celle d'une instrumentalisation de l'activisme juif au service du pouvoir politique, accusation lourde de conséquences... Pour étayer son propos, Rafael évoque l'affaire de l'attentat de la rue Copernic :

« Après Copernic, tous les hommes politiques sont montés au créneau contre l’extrême- droite, alors qu’elle n’avait rien à voir là-dedans… »

- Tu ne l’as pas compris à l’époque ?

- Non, seulement beaucoup d’années plus tard. J’ai compris que Mitterrand avait utilisé l’extrême-droite pour asseoir son pouvoir… »

- Il n’y a pas eu de débat interne au mouvement ?

- A l’époque du Bné Zeev, on frappait indistinctement les deux extrêmes (Malliarakis, Sidos…). Mais avec l’OJD, c’était uniquement les nazis…

- En conclusion, penses-tu que les militants juifs de l’OJD ont été manipulés ?

- Je suis convaincu qu’on a fait une erreur et que celle-ci a été renforcée par la manipulation. Avec le recul, il est clair qu’il y avait un trop grand laxisme de la part de la police pour que cela ne soit pas lié à une manipulation politique, provenant de Joxe et de Mitterrand ».

- Dans quel but auraient-ils selon toi réalisé cette manipulation ?

- Je pense que plus on agitait le spectre de l’extrême-droite en tant qu’ennemi de la République, plus Mitterrand pouvait asseoir son pouvoir politique (comme dans l’affaire des Irlandais de Vincennes). J’ai la conviction qu’il a dit: ‘laissez faire les types de l’OJD, c’est  bon pour  nous !’Quand on a cassé le Palais des Congrès (lors de la réunion du GRECE), pas un seul de nos militants n’a été en prison, et la police est arrivée sur les lieux après notre départ…Mitterrand avait besoin d’agiter le spectre de l’extrême-droite… Ainsi les Juifs ont servi les calculs politiques de Mitterrand. Quand on a laissé sur le pavé un garde du corps (de Fredriksen?) presque mort, avec Ron, cela s’est fini par un non-lieu… L’explication selon laquelle Jean-Pierre Bloch ou Lecanuet intervenaient pour faire libérer nos militants ne suffit pas! »

Afin de tenter de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse, j'ai posé à plusieurs militants la question suivante : « L’importance de la FANE n’a-t-elle pas été surestimée ? »

Gérard S.: « A l’époque il y avait Pierre Sidos, qui était en perte de vitesse. La FANE était certes un groupuscule, mais ses militants étaient ouvertement pronazis. Ils faisaient partie d’un réseau international et entretenaient des relations étroites avec des militants néo-nazis anglais, belges, néerlandais, allemands… Ils n’étaient pas négationnistes, car ils disaient: ''Hitler n’a pas terminé le travail !'' »

Gérard G.: « Ils étaient une vingtaine. Ils avaient certes des idées radicales, mais ils ne faisaient pas grand-chose… A l’époque il n’y avait pas d’autre ennemi! Les mouvements français soutenant les Palestiniens n’existaient pas encore… On a cassé deux meetings et saccagé des librairies palestiniennes, mais cela restait marginal… »

Serge Volyner: « Pensez-vous que les mouvements juifs activistes se sont focalisés sur l’extrême-droite? Comme la FANE? – ça n’existait pas ! C’était des trublions… Ils étaient quarante! Cela ne valait pas la peine de leur péter la gueule… Mais peut-être est-ce l’âge qui me fait dire ça… On se calme avec l’âge ! »

Pilouche : « Penses-tu que cela était une erreur d’attaquer l’extrême-droite ? »

– Je pense que la communauté juive n’est pas chez elle… On n’est pas là pour régler les problèmes internes d’un pays : c’est au gouvernement de régler le problème, par exemple en dissolvant Ordre Nouveau, comme ils viennent de l’annoncer. Mais il est vrai que nous n’avons pas vu venir le danger arabe… Ceci dit, on a chargé plus de militants d’extrême-gauche à Censier que d’extrême- droite!

- Et que dis-tu de la thèse selon laquelle le mouvement juif activiste aurait été manipulé par le pouvoir politique ?

- Quand on attaquait l’extrême-droite, on était arrêtés et on sortait (du commissariat) au bout d’une heure… Mais c’était vrai également quand on attaquait l’extrême-gauche!

Gérard G.: « Pensez-vous que le mouvement activiste s’est trompé de cible en se focalisant sur l’extrême-droite? » – On était leur principal ennemi… dans les années 1980, ils avaient peur de nous! On était les ''rois de Paris…'' Quand Giscard a libéré le terroriste palestinien Abou Daoud, on était les seuls à manifester, du Palais Royal à l’Opéra. Notre slogan était « Du pétrole arabe contre du sang juif ». Aucun autre mouvement de la communauté n’a accepté de se joindre à nous… L’establishment communautaire refuse d’aller contre le pouvoir. L’extrême-droite était en fin de compte assez embryonnaire. Alors c’est vrai qu’on n’a pas été des visionnaires… Le seul dirigeant communautaire qui a eu le courage de lutter contre le pouvoir, c’est Roger Cukierman ».

« On avait cinquante ans de retard à vouloir se battre contre les nazis »

L'idée selon laquelle les mouvements activistes se seraient trompés de cible est également partagée par Eliaou, qui porte un jugement sévère sur leurs choix politiques, sous forme d'autocritique

« En mars 1973, il y avait eu un meeting d’Ordre Nouveau à la porte de Versailles. Le Betar était partagé pour savoir s’il fallait aller avec les gauchistes ou avec O.N… On s’est totalement trompés en se battant contre la FANE, au lieu de se battre contre la politique arabe de De Gaulle, Pompidou, etc. On avait 50 ans de retard à vouloir se battre contre les nazis !

C’est une autocritique que je fais en mon nom et en celui du mouvement… On aurait dû mettre notre radicalité au service d’Israël, et pas au service de la « mémoire! » Quand il y a eu l’attentat de la rue des Rosiers, on a accusé l’extrême-droite, alors que c’était des terroristes arabes. La FANE n’avait pas d’argent ni de moyens… Comme à Carpentras, le gouvernement de Mitterrand a manipulé les Juifs!

(Extrait de L’étoile et le poing, Histoire secrète de l’autodéfense juive en France depuis 1967, éditions l’éléphant/B.O.D.). En vente sur Amazon, B.O.D., au centre Begin de Jérusalem et à la librairie du Foyer à Tel-Aviv.

 

« On avait cinquante ans de retard à vouloir se battre contre les nazis »: Quand les militants juifs font leur mea culpa

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Du « crime rituel » aux « crimes de guerre à Gaza » : une explication historique

November 3 2023, 07:57am

Posted by Pierre Lurçat

Du « crime rituel » aux « crimes de guerre à Gaza » : une explication historique

Pourquoi Israël est-il sans cesse vilipendé et accusé de « crimes de guerre » à Gaza, alors même qu’il fait tout pour éviter les victimes civiles palestiniennes ou pour réduire leur nombre, face à un ennemi qui fait tout, de son côté, pour les multiplier ? Pour comprendre ce paradoxe, un détour par l’histoire de l’antisémitisme de l’Antiquité à nos jours est nécessaire.  Extrait de mon livre, Les mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain, paru en 2021.

Bernard Lazare, auteur d’un ouvrage devenu classique sur l’antisémitisme1, s’est interrogé sur la perpétuation à son époque (celle de l’Affaire Dreyfus) de l’accusation de crime rituel. Son interrogation portait plus précisément sur le paradoxe de cette accusation visant les Juifs, connus pour ne pas consommer de sang et pour avoir « horreur du sang ». Comment les Juifs, opposés aux sacrifices humains, ont-ils pu malgré cela être accusés de crimes rituels ? La réponse paradoxale à cette question est que ce n’est pas malgré, mais bien en raison de leur opposition aux sacrifices – que le judaïsme a été le premier à rejeter dans le monde antique – que les Juifs ont été vilipendés et accusés de crimes rituels. Comme l’explique Pierre-André Taguieff2:

« Tout se passe comme si l’opposition du judaïsme aux sacrifices humains, et en particulier aux sacrifices d’enfants, loin de calmer les passions antijuives, les avait exacerbées. Poliakov a formulé l’hypothèse selon laquelle la haine antijuive proviendrait du scandale provoqué par l’opposition du judaïsme aux sacrifices d’enfants. C’est précisément le respect de la vie humaine qui, chez les Juifs, ferait scandale, comme l’atteste ce passage de Tacite :
‘’Ils ont un grand soin de l’accroissement de la population. Ils regardent comme un crime de tuer un seul des enfants qui naissent ; ils croient immortelles les âmes de ceux qui meurent dans les combats ou les supplices ; de là leur amour d’engendrer et leur mépris de la mort’’ ».

La réponse donnée par Poliakov, qui a consacré sa vie à l’étude de l’antisémitisme à toutes les époques, consiste donc à dire, en s’appuyant sur une réflexion de l’historien romain Tacite, que c’est précisément le respect des Juifs pour la vie humaine qui fait scandale. Nous avons sans doute là une des clés de la compréhension de ce paradoxe : pourquoi Israël est-il sans cesse vilipendé et accusé de « crimes de guerre » à Gaza, alors même qu’il fait tout pour éviter les victimes civiles palestiniennes ou pour réduire leur nombre, face à un ennemi qui fait tout, de son côté, pour les multiplier ?

 

Léon Poliakov au procès Barbie, Lyon 1987

Le « scandale » du respect des Juifs pour la vie humaine

Si nous transposons l’explication très éclairante de Poliakov à l’antisionisme contemporain, nous pouvons proposer l’hypothèse suivante. Plus Israël fait preuve de retenue face aux terroristes du Hamas, plus il se montre soucieux de la vie humaine, plus le scandale du respect juif pour la vie éclate au grand jour. Rappelons ici la déclaration saisissante, faite à de nombreuses reprises par des dirigeants et membres du Hamas et d’autres mouvements islamistes contemporains :

« Nous aimons la mort plus que vous (les Juifs) aimez la vie !3 »

Selon ce discours, l’amour des Juifs pour la vie est perçu comme le signe incontestable de leur faiblesse, mais aussi comme un symptôme de leur morale scandaleuse.

Ce qui fait scandale chez les Juifs, c’est donc leur amour pour la vie et leur valorisation permanente de la vie (affirmée dans le verset du Deutéronome : « Et tu choisiras la vie ». Face à une culture mortifère comme celle des mouvements islamistes, qui valorisent la mort et la sanctifient, l’affirmation de la vie par Israël est perçue comme incongrue et révoltante. Cette opposition frontale entre deux conceptions radicalement opposées de la vie (et de la mort) permet aussi de comprendre le soutien paradoxal dont bénéficient en Occident les ennemis d’Israël.

Le paradoxe réside ici dans le fait, peu souvent remarqué, que le discours anti-israélien ou antisioniste continue d’accuser Israël, même lorsqu’il fait le bien (par exemple, lorsqu’il approvisionne en médicaments les habitants de Gaza), ou encore qu’il désigne Israël comme le Mal, tout en lui reconnaissant sa qualité de Bien. Comme l’écrit Éric Marty,

« si Sabra et Chatila fait scandale, c’est qu’il s’agit d’un crime qui a quelque chose à voir avec le Bien »,

précisant :

« Qu’est-ce qu’un crime qui a à voir avec le Bien ? C’est le crime qu’on impute au bouc émissaire…4 »[.

C’est sans doute une des raisons pour lesquelles la position morale israélienne est très souvent inopérante, face aux populations arabes soumises à la main de fer du Hamas à Gaza, ou de l’Autorité palestinienne en Judée-Samarie. Ce n’est pas parce qu’Israël approvisionne les habitants de Gaza en électricité ou en denrées alimentaires, ou qu’il laisse entrer l’argent du Qatar à Gaza, que les habitants de la bande de Gaza (ou les médias occidentaux) lui voueront une quelconque reconnaissance. Une telle conséquence impliquerait en effet au préalable que les deux parties partagent les mêmes critères moraux, et plus précisément, la même conception du Bien et du Mal, ce qui est loin d’être le cas. PL

Pierre Lurçat, MABATIM.INFO

(Extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain aux éditions l’éléphant, Jérusalem 2021)


1 Lazare, Bernard, L’antisémitisme, son histoire et ses causes, Chailley, Paris 1894.
2 P.A. Taguieff, « Un exemple d’inversion victimaire : l’accusation de meurtre rituel et ses formes dérivées »,https://journals.openedition.org/aad/3500#bodyftn11
3 Voir par exemple, « Des Brigades Izz ad-Din al-Qassam aux soldats sionistes : Les Brigades Al-Qassam aiment la mort plus que vous aimez la vie », Palestinian Media Watch, Rapport spécial n°5 sur l’opération Pilier de Défense, 20 novembre 2012, https://palwatch.org/page/4286
4 Bref séjour à Jérusalem, Gallimard p. 167.

Du « crime rituel » aux « crimes de guerre à Gaza » : une explication historique

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"Suprémacisme juif": aux origines d'une expression mensongèree

November 2 2022, 15:05pm

Posted by Pierre Lurcat

"Suprémacisme juif": aux origines d'une expression mensongèree

L’article qu’on trouvera ci-après (1) illustre un phénomène inquiétant, qu’on peut décrire comme la migration de certains éléments du discours antijuif dans le lexique des grands médias français. Plus qu’un simple phénomène sémantique, il s’agit d’une évolution significative, qui illustre la radicalisation du discours sur (contre) Israël dans les grands médias français, pièce supplémentaire à verser au dossier de l’antisémitisme/antisionisme actuel.

 

L’exemple choisi - l’expression de “suprémacisme juif” - n’est pas anodin. L’accusation de “racisme juif” (dont le suprémacisme est une forme extrême) est en effet, comme l’a démontré le politologue Pierre-André Taguieff dans ses nombreux travaux sur le sujet, un élément essentiel du discours antisémite/antisioniste contemporain. Plus précisément, c’est autour de cette accusation de “racisme juif”, aussi ancienne que l’antisémitisme lui-même, que se focalise le discours du “Nouvel Antisémitisme” apparu dans les années 2000.

 

Dans le chapitre intitulé “Le mythe du juif raciste” de son ouvrage magistral sur la question, La judéophobie des Modernes, Des Lumières au djihad mondial”, P.A. Taguieff analyse ainsi la place de l’accusation de “racisme juif” dans le discours antijuif contemporain :

 

Les Juifs se plaignant d’être victimes du ‘racisme’, il fallait encore mettre en oeuvre une stratégie de rétorsion pour neutraliser l’argument en le retournant contre les victimes… Un sixième thème d’accusation est donc entré sur la scène antijuive : celui du Juif raciste, originellement - voire originairement- génocidaire, dont le “sioniste” supposé “raciste” représenterait la dernière incarnation historique. Ce nouveau thème d’accusation peut être considéré comme une réinvention, dans le contexte planétaire de la guerre contre Israël et le “sionisme”, de l’antique accusation de xénophobie/misanthropie, amalgamée à celle de barbarie… L’apparition de cette figure négative du Juif dans l’espace mondial a été l’occasion d’une cristallisation de toutes les représentations judéophobes...

 

C’est dans ce contexte qu’il faut situer et analyser l’usage de l’expression “suprémaciste/suprématisme juif” dans le discours antijuif contemporain. On la retrouvait jusqu’à récemment chez de nombreux porteurs de l’idéologie antijuive, de Soral à Dieudonné en France, à David Duke aux Etats-Unis. Son adoption par les correspondants en Israël de grands quotidiens français n’est pas un fait anodin. (2) J’ajoute que l’exemple analysé ci-dessous n’est pas le seul. On pourrait citer aussi celui d‘apartheid (récemment utilisé dans les médias français au sujet de la loi Israël-Etat nation du peuple juif)  

Pierre Lurçat

 

(1) L’auteur est un professionnel des médias, qui a choisi de garder l’anonymat. Cet article paru initialement en 2019 n'a rien perdu de son actualité, alors que les médias français rendent compte des résultats des dernières élections en Israël.

(2) Il n’est pas non plus anodin que l’une de ces correspondants soit Danièle Kriegel, épouse de Charles Enderlin, l’auteur de la calomnie Al-Dura, que le professeur Richard Landes a qualifiée de “première accusation de crime rituel du vingtième siècle”... Cela fait beaucoup pour une seule famille.

 

« Suprémacisme juif »: quand la presse popularise un concept inexact, jusqu’alors utilisé par les anti-juifs

 

Jamais cette expression n’avait été utilisée dans la presse. Elle se retrouve soudain appliquée à propos de deux politiciens de droite radicale, membres de partis différents, aux idées virulentes contre les Arabes mais actifs de longue date dans la vie politique israélienne. L’innovation sémantique, qui s’est répandue dans quatre quotidiens français, en l’espace de quelques semaines, met aussi en lumière la rapide circulation des idées et des innovations sémantiques au sein du petit monde des correspondants de presse qui oeuvrent en Israël.

 

En Israël comme ailleurs, il existe des courants politiques radicaux. Il ne s’agit pas ici de défendre des politiciens de droite radicale, mais de signaler l’adoption soudaine d’un qualificatif inadapté pour les décrire.

 

Qu’est-ce que le suprémacisme

Le suprémacisme est « une idéologie de supériorité et de domination : elle affirme qu'une certaine catégorie de personnes est supérieure aux autres et doit les dominer ou les asservir, ou est en droit de le faire » ; on le décrit aussi comme une « idéologie raciste qui affirme qu'il existe une hiérarchie entre les êtres. »

 

L'accusation de « suprématisme juif », dont il est question ici, n’est pas anodine : elle rappelle la vieille antienne du « Juif raciste » qui est un élément central de l’antisémitisme contemporain, comme l'a montré Pierre-André Taguieff. On se rappelle de la résolution 3370 adoptée par l’ONU en 1975, avant d’être abrogée en 1991, qui avait condamné « le sionisme » comme une « forme de racisme et de discrimination raciale ».

 

La soudaine vulgarisation d’un concept

 

Le 21 février, le correspondant du Monde en Israël parlait d’un petit parti israélien, Otzma Yehudit, en évoquant à propos de la tentative d’alliance du Premier ministre Benjamin Nétanyahou avec ce parti « une chance réelle à cette formation suprémaciste juive d'entrer au Parlement ». D’après nos recherches, il était sans doute le premier journaliste à parler de « suprémaciste juif » dans un grand quotidien français.

 

Quelques jours plus tard, la correspondante du Point à Jérusalem, Danièle Kriegel, remettait à l’honneur le terme, placé pour la première fois dans un titre d’article :  


 

 

Otzma Yehudit est l’héritier du parti d’extrême droite « Kach » du rabbin Meïr Kahane qui fut dans les années 90 interdit pour cause d’incitation au racisme. L’article de Danièle Kriegel relatait comment la Cour suprême avait exclu des élections un candidat de ce parti aux législatives israéliennes, Michael Ben-Ari, en lui reprochant une attitude raciste.

 

Thierry Oberlé, correspondant du Figaro, reprit ensuite le terme à son compte :

 

 

L’innovation a rapidement fait tache d’huile. Fin mars, à son tour, le correspondant de Libération, Guillaume Gendron, s’est mis à utiliser ce langage – pour parler d’un autre candidat :


 

 

Aux yeux de Guillaume Gendron, c’est Moshe Feiglin, candidat du parti « Zehout », qui mérite ce qualificatif.

 

Qui sont Ben Ari et Feiglin

Michael Ben Ari et Moshe Feiglin ne sont pas des nouveaux venus. Ils ont tous deux servi comme députés à la Knesset par le passé. Notre propos n’est pas ici de cautionner ou non leur politique ou le jugement de la Cour suprême. Il est clair que les deux candidats ont des positions radicales, très dures contre les Arabes.

 

Michael Ben-Ari voudrait expulser la majorité des Arabes d’Israël et de tous les territoires disputés, qu’il aimerait annexer. Pour lui, toute personne qui « ose parler contre un Juif » doit être un homme mort, prônant sa « suppression par un peloton d’exécution comme les Arabes le comprennent le mieux… ». Il a beau avoir précisé plus tard que sa remarque s’adressait au leadership du Hamas et non à tous les Arabes et qu’il n’était « pas contre tous les Arabes, seulement contre ceux qui ne sont pas loyaux envers l’Etat d’Israël », il ne donne pas dans la modération.

 

Moshe Feiglin, lui, est un ancien membre du Likoud qui a par la suite fondé le parti Zehout. Durant sa période au Likoud, il a même été vice-président de la Knesset, un poste très en vue ; pourtant, nous n’avons trouvé aucune trace de description de ce personnage comme un suprémaciste dans les médias durant toute cette période. Moshe Feiglin, outre ses idées originales « libertariennes » évoquées par Guillaume Gendron, voudrait lui aussi « aider » les Arabes à émigrer dans les pays voisins (non seulement ceux des territoires disputés, mais aussi ceux qui sont aujourd’hui israéliens…).

 

Les idées des deux politiciens peuvent-elles être qualifiées de suprémacistes ?

 

Le Ku Klux Klan, le nazisme, l’apartheid sont des idéologies qui ont prôné la supériorité raciale d’un groupe sur un autre. Plutôt qu’une supériorité raciale juive, il semble qu’Otzma Yehudit et Zehout préconisent une séparation – un « chacun chez soi » : les Juifs en Israël, les Arabes dans les pays alentours où ils disposent du droit à l’auto-détermination… On peut tout à fait réprouver cette idée – c’est d’ailleurs le cas de la majorité des électeurs israéliens qui sont peu nombreux à soutenir ces partis. Mais le terme de « suprémacisme » n’est sans doute pas le plus adéquat.

 

Cela n’empêche pas des adversaires politiques de Michael Ben Ari de penser qu’il « croit à la supériorité de la race ». Dans une dépêche de l’Agence France-Presse (AFP), on lit en effet que « Tamar Zandberg, à la tête du parti de gauche Meretz, a affirmé dans un communiqué que "la place des gens qui croient à la supériorité de la race est derrière les barreaux et pas au Parlement". » Pour autant, si elle a rapporté l’opinion de la cheffe du Meretz qui a œuvré devant le tribunal pour l’interdiction de Michael Ben Ari, l’AFP s’en est tenue à qualifier ce dernier de « leader d’extrême droite », ce qui correspond certainement à son positionnement sur l’échiquier politique israélien.

 

 

 

Un usage inédit

 

En tout état de cause, une recherche de l’expression de « suprémacisme juif » sur Google semble indiquer que son utilisation par des médias généralistes francophones est inédite. Jusqu’alors, elle était l’apanage de sites soraliens ou musulmans radicaux. C’est aussi le titre d’un ouvrage de David Duke, véritable suprémaciste blanc et ancien chef du Ku Klux Klan…

 

Ceux qui veulent diaboliser les Juifs doivent être ravis que plusieurs grands quotidiens donnent soudain du crédit à la thèse jusqu’alors marginale de l’existence d’une tendance « suprémaciste juive ». Ils ne manqueront pas de s’en servir pour tenter de dénigrer l’ensemble des Juifs (oubliant que certains des plus virulents adversaires d’Israël, comme le Hamas ou le Hezbollah, pourraient sans doute bien davantage être qualifiés de suprémacistes, d’autant que ces courants sont beaucoup plus influents qu’Otzma Yehudit et Zehout ne le sont en Israël). Les journalistes ont la responsabilité de peser les mots. Ils ont failli sur ce plan en adoptant soudainement un vocable aussi controversé.

 

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"Israël - État d’apartheid", racines d'un mythe politique antisémite, Pierre Lurçat

July 27 2022, 08:18am

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"Israël - État d’apartheid", racines d'un mythe politique antisémite, Pierre Lurçat


La résolution de la NUPES sur le soi-disant “apartheid” israélien vise à implanter au cœur du débat politique français le discours mythique antisioniste. Dans les lignes qui suivent, extraites de mon livre Les mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain, lui-même tiré d'un cours donné sur Akadem, je retrace l’origine de ce mythe antisioniste.

 

Il est toujours délicat d’établir avec précision les origines d’un mythe politique. Celui-ci, comme tout mythe, puise ses sources dans une histoire déjà ancienne et floue. L’accusation d’apartheid portée contre Israël a des origines multiples : parmi ses promoteurs, on trouve des acteurs très divers - États, organisations et personnes physiques - qui incluent à la fois les militants anti-apartheid en Afrique du Sud et ailleurs, l’URSS et ses satellites, l’OLP etc. C’est toutefois cette dernière, avec l’appui et sans doute sur l’instigation de l’URSS, qui a transformé l’accusation d’apartheid lancée contre Israël en un véritable mythe, lequel perdure jusqu’à nos jours.

 

Pour comprendre comment est apparu et s’est développé ce mythe, il est nécessaire de rappeler les origines du mouvement national palestinien. L’émergence du nationalisme arabe palestinien est en effet étroitement liée aux trois grands totalitarismes du vingtième siècle : le mouvement islamiste des Frères musulmans (qui ont exploité la cause de la Palestine arabe, avec l’aide du père fondateur du mouvement national palestinien, le grand mufti Hadj Amin al-Husseini) ; l’Allemagne nazie, qui s’est servie du nationalisme arabe pour combattre ses deux ennemis irréductibles, l’Angleterre et les Juifs ; et enfin l’URSS et ses satellites.

 

Le père fondateur du mouvement national palestinien avec Adolf Hitler

 

Le mouvement national palestinien et les trois grands totalitarismes du 20e siècle

 

Cette dernière a joué un rôle décisif - et largement oublié ou occulté aujourd’hui - pour promouvoir la cause palestinienne et transformer l’OLP, organisation relativement marginale dirigée par Ahmed Choukeiry depuis 1964, en représentant « légitime » du peuple palestinien sur la scène internationale. Comme le relate Ion Pacepa, ancien conseiller de Ceaucescu qui fit défection en 1978, c’est en effet le KGB qui fut à l’origine de la création de l’OLP et du personnage même de Yasser Arafat.

 

Dans son livre The Kremlin Legacy (1), Pacepa raconte ainsi qu’un jour de 1964, “nous avons été convoqués à une réunion conjointe du KGB, à Moscou. Il s’agissait de redéfinir la lutte contre Israël, considéré comme un allié de l’Occident. La guerre arabe pour la destruction d’Israël n’était pas susceptible d’attirer beaucoup de soutiens dans les «mouvements pour la paix», satellites de l’Union Soviétique. Il fallait la redéfinir. L’époque était aux luttes de libération nationale. Il fut décidé que ce serait une lutte de libération nationale : celle du « peuple palestinien ».

 

L’organisation s’appellerait OLP : Organisation de Libération de la Palestine. Des membres des services syriens et des services égyptiens participaient. Les Syriens ont proposé leur homme pour en prendre la tête, Ahmed Choukeiry, et il fut choisi. Les Egyptiens avaient leur candidat : Yasser Arafat. Quand il apparut que Choukeiry ne faisait pas l’affaire, il fut décidé de le remplacer par Arafat, et celui-ci fut “façonné” : costume de Che Guevara moyen-oriental, barbe de trois jours de baroudeur… « Il fallait séduire nos militants et nos relais en Europe ! » (2).

 

C’est dans ce contexte de la création de l’OLP et de l’invention du peuple palestinien, instrument de la lutte idéologique de l’URSS contre Israël et contre les États-Unis, que se situe l’apparition du mythe de l’État d’apartheid, dont nous allons à présent retracer les étapes.

 

Première étape : Choukeiri à l’ONU et la Charte de l’OLP

 

Selon le politologue américain Daniel Pipes, le premier à accuser Israël d’être un État d’apartheid fut Ahmed Choukeiri, futur dirigeant de l’OLP en 1964. Cela se passait en 1961, au moment du procès Eichmann, et Choukeiri était alors diplomate à l’ONU. Auparavant, il avait été le bras droit du mufti pro-nazi Ami Al-Husseini (3). En 1961, le procès Eichmann battait son plein à Jérusalem, attirant l’attention des journalistes du monde entier. Citons, parmi les plus connus, le correspondant de France Soir, Joseph Kessel, ou la philosophe Hannah Arendt, devenue reporter pour l’occasion. 

 

L’accusation d’apartheid, lancée contre Israël devant la tribune des Nations unies devait permettre, dans l’esprit de celui qui était alors ambassadeur d’Arabie saoudite aux Nations Unies et de ses commanditaires, de noircir l’image d’Israël - alors même que le procès Eichmann rappelait au monde entier les horreurs de la Shoah - et de préparer ainsi le terrain idéologique en vue de sa destruction physique. Après le discours de Choukeiri devant les Nations Unies, c’est logiquement dans la Charte de l’OLP (à la rédaction de laquelle auraient collaboré les commanditaires soviétiques de Choukeiri, selon Pacepa) qu’on retrouve l’amalgame sionisme=racisme. Ainsi, à l’article 22, la Charte de l’OLP affirme que “Le sionisme… est raciste et fanatique par nature, agressif, expansionniste et colonialiste dans ses buts et fasciste par ses méthodes”.
 

Deuxième étape : la Résolution “Sionisme = Racisme”

 

L’assimilation du sionisme au racisme, initiée par l’URSS et par l’OLP, va culminer dans l’adoption de la Résolution “Sionisme = Racisme” par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 10 novembre 1975 (4). Lors du vote, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Abba Eban, déclara que celle-ci pourrait tout aussi bien voter une résolution proclamant que “la Terre est plate”. Rappelons que la résolution 3379 fut adoptée à la majorité de 72 voix pour, 35 voix contre et 32 abstentions. Elle “Considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale”, et affirme également dans son avant-dernier paragraphe :

 

Prenant note également de la résolution 77 (XII), adoptée par la Conférence des chefs d’États et de gouvernements de l'Organisation de l’Unité Africaine, tenue à Kampala, du 28 juillet au 1er août 1975, qui a estimé que “le régime raciste en Palestine occupée et les régimes racistes au Zimbabwe et en Afrique du Sud ont une origine impérialiste commune, constituent un tout et ont la même structure raciste, et sont organiquement liés dans leur politique tendant à la répression de la dignité et l’intégrité de l’être d’humain". 

 

Manifestation antisioniste à Washington, 2014



 

Dans l’esprit des promoteurs de la Résolution “Sionisme = Racisme”, le racisme supposé de l’État d’Israël découle donc de sa nature impérialiste. Notons que l’accusation d’impérialisme et celle de colonialisme - son corollaire - sont plus anciennes que celle de racisme. L’examen des déclarations successives des conférences des pays arabes et africains(5), des années 1950 aux années 1970, permet de retracer la généalogie de cette dernière, qui constitue en quelque sorte le point d’orgue de la dénonciation du “colonialisme” et de “l’impérialisme” israéliens. 

 

Ainsi, en avril 1955, à Bandung, la 1ère conférence afro-asiatique a “déclaré son soutien au peuple arabe de Palestine”. De manière notable, l’expression de “peuple palestinien” ne figure pas encore dans le vocabulaire politique international de l’époque. (Elle n’apparaîtra que dans les années 1960, et sera consacrée sur la scène internationale, notamment par les résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies établissant une “Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien”(6), fixée au 29 novembre, date de la résolution de partage de 1947). 

 

En janvier 1961, la Conférence des pays africains de Casablanca “appelle à une juste résolution du problème de Palestine”, rappelle la conférence de Bandung et “observe avec indignation qu’Israël a toujours choisi le camp des impérialistes, chaque fois qu’une position devait être prise sur des problèmes essentiels concernant l’Afrique, notamment l’Algérie, le Congo ou les essais nucléaires en Afrique”. Elle “dénonce Israël comme un instrument au service de l’impérialisme et du néo-colonialisme”. 

 

La même année, à Belgrade, la conférence des pays non-alignés condamne les “politiques impérialistes poursuivies au Moyen-Orient”. En octobre 1964, cette même conférence, réunie au Caire, “condamne la politique impérialiste poursuivie au Moyen-Orient” et “déclare son total soutien au peuple arabe de Palestine dans son combat pour la libération du colonialisme et du racisme”. C’est donc la Conférence du Caire qui a employé pour la première fois - sur la scène internationale - le qualificatif de “racisme” au sujet d’Israël, en 1964. 

 

Neuf ans plus tard, le 14 décembre 1973, l’Assemblée générale des Nations unies condamne dans une résolution “l’alliance entre le racisme sud-africain et le sionisme”. En août 1975, l’Organisation de l’Unité Africaine, réunie à Kampala en Ouganda, dénonce le “régime raciste en Palestine occupée”. Cette résolution est citée à l’appui de la fameuse Résolution “Sionisme = Racisme” du 10 novembre 1975, parmi d’autres textes antérieurs. Cette dernière résolution sera abrogée, mais le mal est fait. 

 

Ainsi, comme le fait observer P.A. Taguieff, “Depuis le milieu des années 1970, l’association des mots « racisme » et « sionisme » est devenue une évidence idéologique, qui a inspiré nombre de slogans et de mots d’ordre, en particulier ceux qui appellent au boycottage d’Israël (en matière de commerce, de culture, de recherche et d’enseignement, etc.), ainsi traité en État criminel. La force symbolique de l’amalgame nazifiant a donc survécu à l’abrogation de la Résolution 3370” (7).

 

La conférence de Durban en 2001

 

Troisième étape : la conférence de Durban

 

A la Conférence de Durban de 2001, Israël est transformé en principal accusé de la part des pays participants arabes et musulmans, mais aussi et surtout des ONG qui font de cette conférence ‘“contre le racisme” un tribunal, où les accusés sont, indistinctement, Israël (qualifié d’État raciste et d’État d’apartheid’), le sionisme et les Juifs. Le forum des ONG de Duurban adopte ainsi une déclaration qualifiant Israël d’État raciste, l’accusant d’actes de génocide et affirmant l’existence d’un apartheid israélien. Durban est une étape clé dans la constitution du mythe “Israël État d’apartheid”. En raison du lieu même de la conférence, en Afrique du Sud, mais aussi et surtout du fait de l’importance grandissante des ONG dans la politique internationale, et dans le conflit israélo-arabe en particulier (8).

P. Lurçat

 

NB L’article ci-dessus est extrait de mon livre Les mythes de l’antisionisme contemporain, fondé sur le cours donné en 2019-20 dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme dirigée par Shmuel Trigano. 

 

Notes

1. The Kremlin Legacy, Bucarest 1993

2. Voir notamment Jamie GlazovFrom Russia With Terror”, Jewish Press 31.3.2004

 https://www.jewishpress.com/indepth/front-page/239217/2004/03/31/2/

3. Amnon Lord, Israel Hayom 4/8/2018, https://www.israelhayom.co.il/article/576893

4. Consultable sur le site de l’ONU, https://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/3379(XXX)&Lang=F

5.Voir http://www.freedomarchives.org/Documents/Finder/DOC12_scans/12.zionist.colonialism.palestine.1965.pdf

6. Voir notamment https://www.un.org/fr/observances/International-day-of-solidarity-with-the-palestinian-people

7. P.A. Taguieff, La Nouvelle Propagande anti-juive, op. cit.

8. Sur cet aspect voir notamment le rapport de NGO Monitor, “The Centrality of NGOs in the Durban Strategy”, 11.7.2006. 

 

 

ILS ONT LU “LES MYTHES DE L’ANTISIONISME”

 

“Magistral, il a le mérite d'être clair et de permettre de repondre à tous les arguments de nos détracteurs”

Dorah Husselstein

 

“Un livre excellent par sa qualité argumentative et sa qualité de raisonnement et de savoir historique”.

Yana Grinshpun

 

“Ce livre est un véritable pense-bête et une Bible de poche du militant pro-israélien. Avec Bat Ye Or, Pierre Lurçat dément une thèse en vogue : le monde musulman ne serait que comme une « page blanche » sur laquelle on aurait transposé, à l’identique, l’antisémitisme européen”.

Marc Brzustowsky, Terre-des-Juifs

 

Un ouvrage d'une grande érudition historique, rigoureux, documenté et sourcé. Toutes les sources sont vérifiables dans les ouvrages cités en anglais, en français, en hébreu et en arabe. Ce livre est un document précieux pour discerner la réalité derrière les discours tendancieux de la presse européenne”.

Cléo, Amazon.fr

 

 

 

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Après le discours de Pithiviers : Un psychodrame français, Pierre Lurçat

July 18 2022, 18:13pm

Posted by Pierre Lurçat

Après le discours de Pithiviers : Un psychodrame français, Pierre Lurçat

Article paru sur Causeur.fr

 

En regardant les images de la commémoration de Pithiviers, ce dimanche 17 juillet, on ne pouvait s’empêcher de penser à ce que Shmuel Trigano désignait, dans un livre paru en 2005, comme le « psychodrame français » (1). Il y avait en effet, dans cette commémoration menée de main de maître par Emmanuel Macron – très à l’aise dans sa fonction de grand ordonnateur de cérémonie mémorielle – quelque chose d’un jeu de rôles et d’un théâtre bien huilé, dans lequel chacun tenait sa place, le Président, les époux Klarsfeld, les notables juifs, et jusqu’aux anciens déportés.

Il y avait aussi, osons-le dire, quelque chose d’indécent à entendre Emmanuel Macron se dire « très heureux » (sic) d’être là et parler, avec une émotion et une emphase dignes d’un grand acteur, de la déportation des Juifs de France, devant un parterre conquis d’avance. Non certes, que son émotion soit simulée. Non, l’indécence n’était pas celle du Président, ni celle des notables juifs, ces « grands prêtres de la nouvelle sacralité » (Trigano). Elle tenait à une réalité politique objective, qui se perpétue depuis plusieurs décennies, cette réalité politique qu’on désigne comme le « devoir de mémoire » ou de « vigilance » et que Trigano avait analysée comme « l’assignation victimaire des juifs découlant du devoir de mémoire ».

Le nouvel antisémitisme et l’ensauvagement de la France

Emmanuel Macron a en effet beau jeu de dénoncer l’antisémitisme qui « persiste, s’obstine et revient », citant Zola à peu de frais. Car en réalité, que fait la France et que font ses dirigeants contre l’antisémitisme ? Ils ne font même pas le minimum, qui consisterait à le dénoncer nommément, en identifiant ses auteurs véritables, et à le réprimer efficacement. Au-delà des « effets d’annonce grandiloquents » (pour lesquels Macron est particulièrement doué, reconnaissons-le), rien n’est fait contre cet « antisémitisme nouveau qui insulte et blesse et qui, lorsqu’il tue, s’épargne les assises et appelle à la haine sur les réseaux sociaux », comme l’écrit très justement Georges Bensoussan (2). Si ce « nouvel antisémitisme » s’épargne les assises, c’est parce qu’il jouit en France d’une totale impunité.

 

G. Bensoussan

G. Bensoussan

Mais cette impunité ne tient pas, comme on le croit parfois, à l’identité des victimes, mais bien plutôt à celle des assassins. Car les crimes contre  des Français non-Juifs sont tout autant passés sous silence, comme le rappelle utilement le dernier numéro du magazine Causeur. Il est plus facile pour les dirigeants de cette France ensauvagée de venir étaler leur émotion à Pithiviers, que de lutter contre la vague d’attaques au couteau qui frappe tous les Français, Juifs ou non. Il est plus facile de faire de Vichy un enjeu électoral et politique, avec la contribution d’une députée de LFI, que de reconnaître que ce débat historique n’a aucune importance pour la situation réelle des Juifs dans la France d’aujourd’hui et pour la situation des Français en général

La France et Israël

L’hypocrisie et l’indécence ne s’arrêtent pas là. Elles concernent un autre sujet, tout aussi essentiel. Celui du terrorisme palestinien, de l’incitation à la haine antijuive dans les manuels scolaires palestiniens et du négationnisme palestinien (3), que la diplomatie française finance et qu’elle encourage. Macron a beau jeu de citer Jacques Chirac, qu’il imite non seulement à Pithiviers, mais aussi à Jérusalem, lorsqu’il suscite un faux esclandre pour plaire à ses bailleurs de fonds arabes. Oui, la France d’Emmanuel Macron est tout aussi hypocrite que celle de Jacques Chirac et que celle de François Mitterrand, quand elle encense les Juifs morts, tout en soutenant à bout de bras Mahmoud Abbas et en menant sa politique hostile à Israël, sous couvert de soutenir le “processus de paix”. La diplomatie française demeure, quoi qu’en dise Emmanuel Macron, hostile au peuple Juif vivant à Sion et à Jérusalem, capitale d’Israël contre laquelle elle mène une nouvelle « croisade », aujourd’hui comme hier.

Pierre Lurçat

1. S. Trigano, Les frontières d’Auschwitz, Librairie générale française 2005.

2. G. Bensoussan, Le Figaro 16.7.2022.

3. Rappelons que Mahmoud Abbas est l’auteur d’une thèse de doctorat intitulée “La connexion secrète entre le sionisme et le nazisme”, dans laquelle il remet en cause l’existence des chambres à gaz.

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Juifs et Ukrainiens (III) : un pogrom à Kiev raconté par Golda Meir

March 16 2022, 07:45am

Posted by Pierre Lurçat

Dans les pages suivantes, extraites de ses Souvenirs de jeunesse récemment traduits en français, Golda Meir relate les jours d’angoisse dans l’attente d’un pogrome, dans sa ville natale de Kiev. Troisième volet de notre série d’articles consacrés aux relations entre Juifs et Ukrainiens. P. Lurçat

 

Je suis née à Kiev. Mon père était menuisier, et la situation économique de la famille était plutôt mauvaise. Il décida de déménager à Kiev afin d’améliorer leur situation. Kiev était située en dehors de la Zone de résidence , mais mon père, en tant qu’artisan qualifié, avait reçu l’autorisation d’y habiter. Il obtint même un travail pour le gouvernement. Il avait alors été décidé de construire des bibliothèques pour les écoles et mon père fut chargé de fabriquer le mobilier. Il savait fabriquer des meubles de belle apparence et décorés. Pour pouvoir accomplir son travail, il ouvrit un atelier et embaucha des salariés. Il avait bien entendu reçu pour cela un acompte et avait même investi des fonds qu’il avait empruntés. Mais en fin de compte – mon père disait que c’était par antisémitisme – ils ne voulurent pas accepter ses meubles, et nous fûmes plongés dans les dettes, sans rien pour subsister, et il partit travailler loin de la maison.

 

Je n’ai pratiquement aucun souvenir de la ville de Kiev, pas même celui de la cour de la maison. Mes trois souvenirs datant de cette époque sont: tout d’abord, la mort de ma grand-mère du côté paternel – le même jour où naquit ma sœur cadette, qui réside jusqu’à ce jour en Amérique. Deuxièmement, la rumeur d’un pogrom qui devait frapper Kiev. Et l’attitude caractéristique de mon père, qui ne fit aucun préparatif pour emmener sa famille et se cacher quelque part. Nous habitions au premier étage. Je me souviens de m’être tenue à l’entrée – sur les escaliers menant au deuxième étage, vers l’appartement du voisin – avec sa fille, qui devait avoir mon âge, et d'avoir regardé comment mon père et ma mère tentaient de barricader l’entrée de la maison, en disposant des planches conte la porte. Pour notre chance, il n’y eut pas de pogrom, mais je n’ai pas oublié l’atmosphère régnant dans l’attente de celui-ci.

 

Victimes d’un pogrom à Kiev, 1919

 

La troisième chose que je me rappelle de notre séjour à Kiev est la gêne et la faim. Ma sœur aînée, qui a neuf ans de plus que moi, peut en dire bien plus que moi, mais une image est restée gravée dans ma mémoire : notre sœur cadette, plus jeune que moi de quatre ans et demi, qui était alors un bébé âgé de six mois ou moins, et ma mère préparant sa bouillie. C’était de toute évidence un aliment de luxe à cette période. Elle donna un peu de bouillie à ma sœur et un peu à moi. Celle-ci finit sa part avant moi, et ma mère lui donna encore un peu de ma bouillie. Je me souviens de l’émotion que j’ai ressentie – voilà qu’on me privait de ce met que je ne recevais que si rarement…

 

Je ne revis jamais, hélas, les lieux où j’avais passé mon enfance en Russie, Kiev et Pinsk. J’eus pourtant à deux reprises l’occasion de me rendre à Pinsk, mais cela ne se réalisa pas. La première occasion se déroula en 1939, lors de ma première visite en Pologne pour le compte du parti. J’entamai mon voyage et j’arrivai jusqu’à Lodz, mais je tombai malade. Je restai alitée pendant deux semaines, et entretemps mon visa devint périmé et les Polonais n’acceptèrent pas de le renouveler. Aussi je ne pus me rendre à Pinsk. 

Cependant, même si j’avais pu me rendre à Pinsk lors de ma mission en Russie, je n’y aurais plus trouvé aucun des membres de ma famille – sauf peut-être une personne – le petit-fils du frère de ma grand-mère. Tous les autres avaient été exterminés pendant la Shoah. Malgré cela, je voulais m’y rendre et je regrettai que la chose ne fut pas possible. 

Extrait de Golda Meir, La maison de mon père, éditions l’éléphant/Books on Demand 2022.

 

 

 

“La biographie la plus précoce de la « grand-mère d’Israël »

Liliane Messika, Causeur

 

“Un personnage fascinant”

Sandrine Szwarc

Radio Shalom

 

“Une des plus grandes dames de la scène politique israélienne…”

Ilana Ferhadian, Radio J

 

Pierre Lurçat présente le livre au micro de Cathy Choukroun sur 

Radio QUALITA



 

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Yair Golan et la politique de l’apartheid antijuif en Judée-Samarie, Pierre Lurçat

January 9 2022, 09:21am

Posted by Pierre Lurçat

Manifestation de soutien aux habitants de Homesh

Manifestation de soutien aux habitants de Homesh

 

Comme je l’ai écrit dans un livre récent[1], en analysant les différents mythes du discours antisioniste et plus particulièrement le mythe du “génocide du peuple palestinien”, la nazification d’Israël constitue, comme l’a bien montré P. A. Taguieff, le “stade suprême de la diffamation d’un groupe humain”. C’est pourquoi les ennemis d’Israël ont, à toutes les époques, imputé aux Juifs leurs projets génocidaires, afin de justifier leurs propres crimes. Dans cette optique, l’assassin d’un Juif n’est plus coupable, s’il accuse préalablement le Juif d’être lui-même nazi… C’est bien ce mécanisme pervers que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui en Occident, sur les campus, dans les médias  et ailleurs.

 

Or c’est un même mécanisme de projection sur les victimes réelles des intentions génocidaires de leurs assassins – analysé par de nombreux psychologues chez le meurtrier de droit commun et également présent dans la psychologie des foules et des collectivités – que l’on retrouve dans l’idéologie “progressiste” et post-sioniste, aujourd’hui représentée au sein même du gouvernement israélien. Ce gouvernement, qui a entrepris de détruire la yeshiva de Homesh, symbole de la résilience juive après les multiples attentats commis par les terroristes arabes palestiniens, doit préalablement délégitimer aux yeux de l’opinion publique intérieure et internationale la présence juive en Judée-Samarie.

 

Ce fut l’objet de la campagne de propagande mensongère sur la “violence des habitants juifs de Samarie”, lancée il y a quelques semaines par le gouvernement, avec l’aide de médias complaisants. Le même mécanisme totalitaire avait été utilisé à l’époque des accords d’Oslo par le gouvernement Rabin-¨Pérès, pour préparer l’opinion aux crimes que leurs alliés de l’OLP allaient immanquablement commettre contre les habitants juifs, s’ils s’obstinaient à demeurer dans leurs localités après que la souveraineté aurait été confiée aux assassins de l’OLP, consacrés en “partenaires de paix” selon la logique orwellienne de l’époque. Et c’est cette même logique mensongère et totalitaire que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui.

 

L’opinion publique doit être travaillée méthodiquement, en répétant comme un mantra, après chaque attentat antijuif en Judée-Samarie, que les coupables sont les Juifs… Dans le cadre de cette logique perverse, les propos de Yair Golan ont servi de détonateur, en faisant exploser le mensonge des “nazis” Juifs de Judée Samarie, et en dévoilant au grand jour l’intention véritable des promoteurs d’un “Oslo Guimel”, actuellement en préparation. En qualifiant de “sous-hommes” les habitants de Homesh, et à travers eux, l’ensemble des habitants juifs de Judée Samarie, Golan a révélé l’intention criminelle de ceux qui prétendent sacrifier les “mitnahalim" sur l’autel d‘une “paix” tout aussi illusoire que celles des accords d’Oslo de 1993.

 

Mais Yair Golan n’est pas le seul à penser ainsi. De larges secteurs de la coalition actuellement au pouvoir partagent son avis, même s’ils ne l’expriment par avec la même brutalité et la même franchise. En effet, aux yeux d’une grande partie des élites israéliennes de gauche et des tenants de l’idéologie post-sioniste et “progressiste” actuellement au pouvoir, les pionniers juifs de Homesh, de Hébron ou d’Itamar sont effectivement des “sous-hommes”, ou en tout cas des citoyens de seconde catégorie, qu’il convient d’expulser par la force,  si possible brutalement, en “faisant monter des chars” contre leurs habitations, comme l’avait dit un jour Zeev Sternhell, lui aussi spécialiste du nazisme et de la nazification de ses adversaires politiques.

 

Les propos de Yair Golan projettent un éclairage sinistre sur les intentions d’une partie de l’establishment politique, judiciaire, militaire et culturel israélien envers les habitants juifs de Judée Samarie. Effectivement, les habitants juifs sont traités comme des “sous-hommes”, non, certes, en étant enfermés et – à Dieu ne plaise – exterminés, mais en étant privés de leurs droits élémentaires, comme celui de vivre normalement avec leurs familles dans le cœur historique de la patrie juive ancestrale, ou le droit de circuler sur les routes de Judée Samarie sans être caillassés et victimes d’attentats meurtriers, inspirés par l’idéologie islamiste des partenaires de la coalition de M. Golan..

 

[1] Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éditions l’éléphant 2021.

 L’ennemi intérieur de la gauche israélienne : manifestation anti-Nétanyahou

L’ennemi intérieur de la gauche israélienne : manifestation anti-Nétanyahou

Les propos de Golan permettent aussi de comprendre pourquoi les tenants de la création d’un Etat palestinien n’ont jamais eu le moindre problème moral à rencontrer l’héritier du mufti Husseini allié d’Hitler, Yasser Arafat, et de l’embrasser, au sens propre et figuré. A leurs yeux et dans le prisme de leur vision politique pervertie, les Palestiniens sont les nouveaux Juifs et les “colons” de Judée Samarie sont les nouveaux nazis. Comme l’écrivait il y a déjà de nombreuses années Shmuel Trigano, la gauche israélienne a toujours besoin d’un ennemi intérieur. Hier ce furent les sionistes révisionnistes du Herout, puis les Juifs orientaux – envers lesquels de nombreux qualificatifs ont été employés du même registre que celui de Yair Golan. Aujourd’hui ce sont les Juifs de Judée Samarie.

 

Quand Golan croyait déceler, il y a quelques années, un “processus similaire en Israël” à celui qu’avait traversé l’Allemagne nazie dans les années 1930, il ne faisait que reprendre un poncif du discours politique israélien, déjà utilisé avant lui par toutes les icônes de la gauche intellectuelle, de Yeshayahou Leibovitz (qualifiant Tsahal d’armée “judéo-nazie”) à Amos Oz, Zeev Sternhell et aux autres chantres de "La Paix maintenant". Ce qui est nouveau chez Golan aujourd'hui, c’est qu’il tire les conséquences de ce discours nazifiant, en prônant une politique à l’aune de son idéologie. A cet égard, il a le mérite d’être conséquent.

 

Pendant des années, le discours de ces intellectuels a servi d’écran de fumée pour masquer leurs intentions politiques et il a trompé de nombreux observateurs sincères, y compris au sein de la droite israélienne. Aujourd’hui, après les propos révélateurs de Yair Golan, il n’est plus permis de se tromper. Si les “sous-hommes” sont les pionniers de Judée-Samarie, alors nous savons de quoi sont capables ceux qui considèrent ainsi tout un secteur de la population israélienne, et nous savons que rien ne les arrêtera dans leurs projets funestes. La politique que met en œuvre le gouvernement Lapid-Bennet-Gantz-Abbas envers les Juifs de Judée-Samarie porte un nom: celui d’apartheid. Cette vérité-là doit être gravée dans la pierre et ne pas être oubliée.

 

Pierre Lurçat

Yair Golan

Yair Golan

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

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Qui veut la peau du député français Meyer Habib? Un article aux relents antisémites signé France-Inter, Pierre Lurçat

October 21 2021, 06:43am

Posted by Pierre Lurçat


 

Les sites antisémites les plus radicaux du Web francophone ne s’y sont pas trompés. “L’étau se resserre autour de Meyer Habib”, titre ainsi “Egalité et Réconciliation”, le site du très sulfureux Alain Soral, tandis que le site islamiste Oumma.com titre avec moins d’emphase : “Positionnement pro-Likoud, actionnaire de sociétés non déclarées en France: une enquête de France Inter sur Meyer Habib”. En fait d’enquête, il s’agit d’un article publié sur le site de France-Inter le 15 octobre dernier, et pompeusement signé par la “Cellule Investigation de Radio France”.

 



 

Cette “cellule d’investigation” n’a pas eu besoin d’investiguer très loin : son papier est une compilation d’informations connues de tous et glanées sur le Net, pour lesquelles les journalistes de Radio France ont simplement demandé des commentaires, exclusivement à charge, auprès de certains anciens diplomates israéliens et de concurrents de Meyer Habib aux élections législatives. Drôle de conception de l’investigation.

 

Ainsi, les liens amicaux entre Habib et l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou n’ont rien d’une information (et encore moins d’un scoop), puisqu’ils sont affichés au grand jour par les deux protagonistes et connus de tous depuis de nombreuses années. Ce qui n’empêche pas France Inter d’écrire que “[Meyer Habib] a longtemps été le relais à l’Assemblée et à l’Elysée [de Nétanyahou], quitte à  s’opposer aux positions diplomatiques françaises”.

 

Meyer Habib (à gauche), avec E. Macron et B. Nétanyahou

 

La belle affaire! Depuis quand un député français est-il obligé de s’aligner sur la politique étrangère de son pays? A moins que ce député ne s’appelle Meyer Habib et qu’il ne soit Juif… Le mot n’est pas prononcé, mais l’accusation de double allégeance est en arrière-plan de l’article de France Inter à chaque ligne. Il n’est pas même besoin de lire entre les lignes… “Imaginer un seul instant que Benyamin Nétayahou puisse révéler à Meyer Habib des secrets qu’il ne faut pas dire, c’est extrêmement troublant et déstabilisant”, explique ainsi Elisabeth Garreaut, ancienne élue consulaire proche de LREM.

 

Accusation reprise par un ancien diplomate israélien à Paris, Danny Shek. Hormis ces deux personnalités, toutes les sources de France Inter sont anonymes (si tant est qu'elles existent vraiment). “Un ministre de l’époque, proche du chef de l’Etat”, “Une personnalité française, connue pour ses positions pro-palestiniennes”, “un cadre du Likoud”... En clair, il s’agit d’une enquête à charge fondée sur des témoignages anonymes (on aurait presqu’envie d’écrire, des “dénonciations anonymes”). 

Meyer Habib avec Emmanuel Macron (photo : site de France-Inter)



 

Un règlement de comptes aux relents antisémites

 

Les auteurs de cette “enquête” ne sont pas totalement inconnus dans le P.A.F.  Frédéric Métézeau a été correspondant de Radio France à Jérusalem. Il affirme dans une interview avoir le “goût de la nuance”, ce qui ne l’empêche pas de renvoyer dos-à-dos le Hamas, mouvement islamiste totalitaire, et “l’extrême-droite raciste” israélienne. Quant à Emmanuelle Elbaz-Phelps, elle est présentée par France-Inter comme une “journaliste franco-israélienne sur la chaîne publique Kan 11”. Elle collabore également au site Mediapart. Entre 2014 et 2016, elle a été attachée de presse à l’ambassade de France en Israël.  Double allégeance journalistique?

 

Les voeux de Meyer Habib pour Rosh Hachana, pièce à charge de l’enquête de France Inter

 

La question qui se pose est de savoir pourquoi cette enquête à charge est publiée aujourd’hui, et dans quel but. En tant que défenseur d’Israël à l’Assemblée nationale française, Meyer Habib ne manque certes pas d’ennemis. Pourquoi l’attaquer maintenant sur ses  relations avec le Premier ministre israélien Nétanyahou, alors que celui-ci est à présent dans l’opposition? Une explication possible est que cet article ait été publié en réaction à l’initiative courageuse du député Meyer Habib de diriger une commission d’enquête parlementaire sur les défaillances de la justice française dans l’affaire de l’assassinat de Sarah Halimi. 

 

Au cours des auditions de cette commission, l'avocat Nathanaël Majster a ainsi évoqué le risque d’une récidive de l’assassin de la sexagénaire d’origine juive, que la justice française a refusé de juger. Que le positionnement courageux de Meyer Habib dans l’affaire Halimi ait de quoi irriter certains membres de la justice française est évident. Que certains veuillent régler des comptes avec lui aux moyens d’une “enquête” aux relents antisémites est un peu plus étonnant. Mais quand il est question des Juifs en France, aujourd’hui, tout est possible.

 

Pierre Lurçat

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

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La négation du Temple de Jérusalem dans le discours politique arabo-palestinien

October 6 2021, 08:23am

Posted by Pierre Lurçat

La négation du Temple de Jérusalem dans le discours politique arabo-palestinien
 

Comment les musulmans désignent-ils aujourd’hui Jérusalem ? Le nom le plus courant est celui de Al-Quds qui signifie la Sainte. Mais de quelle sainteté s’agit-il et d’où tire-t-elle sa source ? La réponse à cette question nous est donnée par l’autre nom de Jérusalem, Bayit al-Maqdis. On le traduit souvent par “Maison du Sanctuaire”, “Noble Sanctuaire” ou par d’autres expressions équivalentes, traductions qui sont en réalité impropres, car elles n’expriment pas la signification authentique de cette expression. Au sens premier et littéral, en effet, Bayit al-Maqdis désigne le Temple, l’expression arabe étant tout simplement le calque de l’hébreu Beit ha-Mikdash (le Temple).

Le Coran lui-même relate dans plusieurs Sourates la construction du Temple par Salomon et la prière musulmane fut, au tout début de l’islam, tournée vers Jérusalem, lieu du Temple, avant que n’intervienne le changement de la Qibla (direction de la prière) et son orientation vers La Mecque. Le fait que Jérusalem est le site du Temple de Salomon est ainsi acté et ancré dans le Coran, dans la langue arabe et dans l’histoire de l’islam, de manière irréfutable. Cette vérité indéniable apparaît parfois de manière explicite dans le discours de certains dirigeants arabes contemporains, comme Sari Nuseibeh, intellectuel palestinien qui a déclaré en 1995 que “la mosquée (de Jérusalem) est la revivification de l’ancien Temple juif[1].

 

Le discours dominant de l’islam contemporain prétend toutefois que le Bayit al-Maqdis n’a jamais désigné le temple de Salomon, mais uniquement la mosquée d’Omar. Mahmoud Abbas, suivant l’exemple de son prédécesseur Yasser Arafat, va encore plus loin dans cette attitude négationniste et affirme que le Temple n’a jamais existé. Dans le même registre, un cheik musulman a pu déclarer très doctement à la télévision : « Il est impossible que Salomon ait construit le Temple avant la Mosquée d’El Aqsa, puisque celle-ci existait avant le Temple de Jérusalem”[2]. Nous sommes bien ici dans la négation de l’antériorité, caractéristique du rapport qu’entretient l’islam avec l’histoire.

 

Or cette négation actuelle de l’existence même du Temple de Salomon, dans la bouche des dirigeants palestiniens ou des représentants de mouvements islamistes, s’inscrit en faux contre l’histoire de l’islam. Car la réécriture de l’histoire, caractéristique de la réappropriation par l’Islam des symboles religieux appartenant à la période pré-islamique, ne peut cacher l’évidence : Jérusalem est bien la ville du Temple de Salomon et la capitale du roi David. Le Coran lui-même atteste du fait que la terre d’Israël a été donnée par Dieu aux enfants d’Israël : “Lorsque Moïse dit à son peuple : “Ô mon peuple! Souvenez-vous de la grâce de Dieu à votre égard, quand il a suscité parmi vous des prophètes ; quand il a suscité pour vous des rois ! Il vous a accordé ce qu’il n’avait donné à nul autre parmi les mondes ! Ô mon peuple! Entrez dans la Terre sainte que Dieu vous a destinée…” (Coran, 5:20-25).

 

Tantôt le Coran parle ainsi des Juifs comme le “peuple de l’alliance”, que Dieu a placé “au-dessus des mondes” (Sourate II, 116) et à qui il a donné “des rois et des prophètes” et la Terre d’Israël, tantôt ils sont décrits comme ceux qui ont été maudits par Dieu et qu’il faut combattre jusqu’à la mort (Sourate II, 64 à 69 et 95). Cette ambivalence correspond aux relations ambiguës que le prophète a lui-même entretenues avec les “Banu Israïl” (enfants d’Israël) : dans un premier temps, relations de confiance et de proximité, puis dans une seconde période, d’hostilité et de rivalité.

Eliézer Cherki

Eliezer Cherki

Comme l’explique l’islamologue Eliezer Cherki, une fois que Mahomet s’est retourné contre les Juifs, il a opéré une véritable “confiscation d’héritage”, qui fait suite à l’accusation de “falsification des écritures” qu’il profère contre eux. “Vous êtes des menteurs, l’islam que vous refusez n’est pas une nouvelle religion, mais la première religion de l’Humanité”. C’est alors que Mahomet affirme qu’Adam est le premier musulman et qu’il récupère au sein d’un islam fantasmagorique tous les grands personnages de la Bible, pour faire de la troisième religion monothéiste la “seule et première religion de l’humanité”, poursuit E. Cherki[3].

 

Ainsi, l’usurpation d’identité et la captation de l’héritage biblique de l’islam envers le judaïsme sont à la source de sa relation très délicate avec ses propres origines, avec l’antériorité des Juifs et avec l’histoire en général. Le retour des Juifs sur leur terre et l’édification d’un État portant le nom d’Israël signifie pour les musulmans le “retour du spectre”[4]. Cet événement représente pour la doctrine musulmane traditionnelle un traumatisme au moins aussi fort qu’il a pu l’être pour le christianisme pré-conciliaire, d’avant Vatican II. En effet si les Juifs reviennent sur la terre d’Israël, c’est qu’ils ne sont plus le “peuple maudit” pour avoir trahi leur alliance et leurs prophètes… Ce retour dans l’histoire du “peuple fantôme” porte un coup terrible à la théologie chrétienne du “peuple témoin” déchu de son alliance, tout comme à la théologie musulmane.

 

[1] Cité par Martin Kramer, “The Temples of Jerusalem in Islam”, http://martinkramer.org/sandbox/reader/archives/the-temples-of-jerusalem-in-islam/

[2] Cité par Eliezer Cherki, “Jérusalem dans l’islam”, conférence donnée au centre Yaïr de Jérusalem, janvier 2001, transcrite et résumée par Pierre Cain. Voir aussi E. Cherki, « Jérusalem dans l’Islam », in Si c’était Jérusalem, sous la direction de Michel Gad Wolkowicz et Michel Bar Zvi, éditions In Press, 2018, pp. 437-447.

[3] E. Cherki, “Les territoires contre la paix du point de vue de l’islam”, Forum Israël No. 1 2006.

[4] L’expression, due à Daniel Sibony, est citée par Eliezer Cherki, “Les territoires contre la paix” du point de vue de l’islam, Forum-Israël no.1, mars 2006, Jérusalem.

(Texte publié sur Menora.info le 5/10/2021, extrait de mon livre Les Mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain, disponible sur Amazon).

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ILS ONT LU “LES MYTHES DE L’ANTISIONISME”



 

“Magistral, il a le mérite d'être clair et de permettre de repondre à tous les arguments de nos détracteurs”

Dorah Husselstein

 

“Un livre excellent par sa qualité argumentative et sa qualité de raisonnement et de savoir historique”.

Yana Grinshpun

 

“Ce livre est un véritable pense-bête et une Bible de poche du militant pro-israélien. L’auteur se focalise sur deux formes contemporaines d’antisionisme, qui en sont comme les père et mère fondateurs et alliés dès l’origine : l’idéologie soviétique et la lutte arabo-musulmane contre l’existence d’Israël… Avec Bat Ye Or, Pierre Lurçat dément une thèse en vogue : le monde musulman ne serait que comme une « page blanche » sur laquelle on aurait transposé, à l’identique, l’antisémitisme européen”.

 

Marc Brzustowsky, Terre-des-Juifs

 

Un ouvrage d'une grande érudition historique, rigoureux, documenté et sourcé. Toutes les sources sont vérifiables dans les ouvrages cités en anglais, en français, en hébreu et en arabe. Ce livre est un document précieux pour discerner la réalité derrière les discours tendancieux de la presse européenne”.

Cléo, Amazon.fr

 

 

 

 

 

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