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politique francaise

« On avait cinquante ans de retard à vouloir se battre contre les nazis »: Quand les militants juifs font leur mea culpa

March 27 2025, 14:54pm

Posted by Pierre Lurcat

François Mitterrand à la manifestation après Carpentras, mai 1990

François Mitterrand à la manifestation après Carpentras, mai 1990

A l'occasion de la venue en Israël de dirigeants politiques français du RN, je publie ici un extrait de mon dernier livre, L'étoile et le poing, dans lequel des militants juifs s'interrogent sur la validité de leur combat contre l'extrême-droite et sur l'éventuelle manipulation politique dont ils ont pu être victimes de la part du pouvoir à l'époque (celui de François Mitterrand). Ces témoignages sont une pièce à porter au dossier, l'histoire éclairant - ici comme ailleurs - l'actualité. P.L.

 

 

Une des questions soulevées par plusieurs des militants interrogés dans le cadre de notre enquête est celle d'une éventuelle instrumentalisation de l'activisme par le pouvoir politique. Le premier de mes interlocuteurs qui a avancé cette hypothèse est Rafael, entraîneur et dirigeant de l'OJD, qui parle non seulement d'une erreur d'appréciation politique de la part des mouvements activistes, mais aussi d'une véritable « manipulation » du pouvoir :

« Nous avons commis une grave erreur en nous focalisant sur l’extrême-droite néo nazie, car on a négligé l’islamisme et l’extrême-gauche… Trente ans plus tard, nous devons analyser cette erreur… Nous avons mis tous nos œufs dans le même panier. Aujourd’hui, on se rend compte qu’on a été manipulés par le gouvernement, et j’en ai la preuve formelle! Je vais te raconter une anecdote pour illustrer mon propos, et j’en ai une dizaine du même acabit…

Un jour, il était une heure du matin, on apprend que des néonazis sont en train de sabler le champagne… On les attend à la sortie, rue Caillaux. On poursuit un garde du corps de Pierre Sidos… On lui tombe dessus… Le type a perdu l’usage de ses membres… Juste après des motards de la police nous aperçoivent et nous braquent avec leur arme, avant de nous embarquer au poste.

Je suis passé devant le juge d’instruction, le policier a déposé nous avoir vus en flagrant délit. De l’autre côté il y avait des parties civiles… Je me suis retrouvé devant le juge Pinceau, qui m’a dit ‘J’ai six témoins contre vous’. Je lui ai répondu ‘ce n’est pas moi’ et alors il m’a dit ‘Rentrez chez vous, vous êtes libre!’ Conclusion : nous avons été interpellés en flagrant délit de grande violence, et il n’est pas normal que nous soyons sortis au bout de quarante-huit heures, sans procès… »

Ce récit soulève plusieurs questions différentes : la première est celle d'une erreur de jugement politique dans l'appréciation de « l'ennemi principal », hypothèse qu'on retrouvera dans la bouche de plusieurs militants. La seconde est celle d'une instrumentalisation de l'activisme juif au service du pouvoir politique, accusation lourde de conséquences... Pour étayer son propos, Rafael évoque l'affaire de l'attentat de la rue Copernic :

« Après Copernic, tous les hommes politiques sont montés au créneau contre l’extrême- droite, alors qu’elle n’avait rien à voir là-dedans… »

- Tu ne l’as pas compris à l’époque ?

- Non, seulement beaucoup d’années plus tard. J’ai compris que Mitterrand avait utilisé l’extrême-droite pour asseoir son pouvoir… »

- Il n’y a pas eu de débat interne au mouvement ?

- A l’époque du Bné Zeev, on frappait indistinctement les deux extrêmes (Malliarakis, Sidos…). Mais avec l’OJD, c’était uniquement les nazis…

- En conclusion, penses-tu que les militants juifs de l’OJD ont été manipulés ?

- Je suis convaincu qu’on a fait une erreur et que celle-ci a été renforcée par la manipulation. Avec le recul, il est clair qu’il y avait un trop grand laxisme de la part de la police pour que cela ne soit pas lié à une manipulation politique, provenant de Joxe et de Mitterrand ».

- Dans quel but auraient-ils selon toi réalisé cette manipulation ?

- Je pense que plus on agitait le spectre de l’extrême-droite en tant qu’ennemi de la République, plus Mitterrand pouvait asseoir son pouvoir politique (comme dans l’affaire des Irlandais de Vincennes). J’ai la conviction qu’il a dit: ‘laissez faire les types de l’OJD, c’est  bon pour  nous !’Quand on a cassé le Palais des Congrès (lors de la réunion du GRECE), pas un seul de nos militants n’a été en prison, et la police est arrivée sur les lieux après notre départ…Mitterrand avait besoin d’agiter le spectre de l’extrême-droite… Ainsi les Juifs ont servi les calculs politiques de Mitterrand. Quand on a laissé sur le pavé un garde du corps (de Fredriksen?) presque mort, avec Ron, cela s’est fini par un non-lieu… L’explication selon laquelle Jean-Pierre Bloch ou Lecanuet intervenaient pour faire libérer nos militants ne suffit pas! »

Afin de tenter de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse, j'ai posé à plusieurs militants la question suivante : « L’importance de la FANE n’a-t-elle pas été surestimée ? »

Gérard S.: « A l’époque il y avait Pierre Sidos, qui était en perte de vitesse. La FANE était certes un groupuscule, mais ses militants étaient ouvertement pronazis. Ils faisaient partie d’un réseau international et entretenaient des relations étroites avec des militants néo-nazis anglais, belges, néerlandais, allemands… Ils n’étaient pas négationnistes, car ils disaient: ''Hitler n’a pas terminé le travail !'' »

Gérard G.: « Ils étaient une vingtaine. Ils avaient certes des idées radicales, mais ils ne faisaient pas grand-chose… A l’époque il n’y avait pas d’autre ennemi! Les mouvements français soutenant les Palestiniens n’existaient pas encore… On a cassé deux meetings et saccagé des librairies palestiniennes, mais cela restait marginal… »

Serge Volyner: « Pensez-vous que les mouvements juifs activistes se sont focalisés sur l’extrême-droite? Comme la FANE? – ça n’existait pas ! C’était des trublions… Ils étaient quarante! Cela ne valait pas la peine de leur péter la gueule… Mais peut-être est-ce l’âge qui me fait dire ça… On se calme avec l’âge ! »

Pilouche : « Penses-tu que cela était une erreur d’attaquer l’extrême-droite ? »

– Je pense que la communauté juive n’est pas chez elle… On n’est pas là pour régler les problèmes internes d’un pays : c’est au gouvernement de régler le problème, par exemple en dissolvant Ordre Nouveau, comme ils viennent de l’annoncer. Mais il est vrai que nous n’avons pas vu venir le danger arabe… Ceci dit, on a chargé plus de militants d’extrême-gauche à Censier que d’extrême- droite!

- Et que dis-tu de la thèse selon laquelle le mouvement juif activiste aurait été manipulé par le pouvoir politique ?

- Quand on attaquait l’extrême-droite, on était arrêtés et on sortait (du commissariat) au bout d’une heure… Mais c’était vrai également quand on attaquait l’extrême-gauche!

Gérard G.: « Pensez-vous que le mouvement activiste s’est trompé de cible en se focalisant sur l’extrême-droite? » – On était leur principal ennemi… dans les années 1980, ils avaient peur de nous! On était les ''rois de Paris…'' Quand Giscard a libéré le terroriste palestinien Abou Daoud, on était les seuls à manifester, du Palais Royal à l’Opéra. Notre slogan était « Du pétrole arabe contre du sang juif ». Aucun autre mouvement de la communauté n’a accepté de se joindre à nous… L’establishment communautaire refuse d’aller contre le pouvoir. L’extrême-droite était en fin de compte assez embryonnaire. Alors c’est vrai qu’on n’a pas été des visionnaires… Le seul dirigeant communautaire qui a eu le courage de lutter contre le pouvoir, c’est Roger Cukierman ».

« On avait cinquante ans de retard à vouloir se battre contre les nazis »

L'idée selon laquelle les mouvements activistes se seraient trompés de cible est également partagée par Eliaou, qui porte un jugement sévère sur leurs choix politiques, sous forme d'autocritique

« En mars 1973, il y avait eu un meeting d’Ordre Nouveau à la porte de Versailles. Le Betar était partagé pour savoir s’il fallait aller avec les gauchistes ou avec O.N… On s’est totalement trompés en se battant contre la FANE, au lieu de se battre contre la politique arabe de De Gaulle, Pompidou, etc. On avait 50 ans de retard à vouloir se battre contre les nazis !

C’est une autocritique que je fais en mon nom et en celui du mouvement… On aurait dû mettre notre radicalité au service d’Israël, et pas au service de la « mémoire! » Quand il y a eu l’attentat de la rue des Rosiers, on a accusé l’extrême-droite, alors que c’était des terroristes arabes. La FANE n’avait pas d’argent ni de moyens… Comme à Carpentras, le gouvernement de Mitterrand a manipulé les Juifs!

(Extrait de L’étoile et le poing, Histoire secrète de l’autodéfense juive en France depuis 1967, éditions l’éléphant/B.O.D.). En vente sur Amazon, B.O.D., au centre Begin de Jérusalem et à la librairie du Foyer à Tel-Aviv.

 

« On avait cinquante ans de retard à vouloir se battre contre les nazis »: Quand les militants juifs font leur mea culpa

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Non Monsieur Macron, ne venez plus jamais pleurer sur nos morts!

November 12 2023, 07:28am

Posted by Pierre Lurçat

Non Monsieur Macron, ne venez plus jamais pleurer sur nos morts!

Monsieur le Président de la République française,

 

Vous ne viendrez donc pas à la manifestation contre l'antisémitisme qui se tiendra aujourd'hui à Paris. Contrairement à François Mitterrand – qui avait bien des choses à se reprocher à l'endroit du Peuple Juif – mais qui défila pourtant contre l'antisémitisme après Carpentras. Contrairement à Nicolas Sarkozy et à d'autres anciens présidents qui seront cet après-midi dans les rues de Paris, pour dire non à l'antisémitisme qui insulte, qui agresse et qui tue des Juifs français.

 

Vous ne viendrez pas et nous ne vous regretterons pas !

En effet, vos dernières déclarations contre Israël ont révélé au grand jour ce que vous pensez et à qui vont votre sympathie et votre compassion. Après avoir retardé votre visite en Israël, toujours au nom de cette hésitation permanente et de cette incapacité de trancher qui sont les marques de fabrique de votre personnalité et de votre politique, vous avez fini par trancher… et vous avez tranché contre Israël !

 

Votre petite phrase assassine, dans laquelle vous « exhortez Israël à cesser de bombarder des civils » palestiniens à Gaza, a montré aux yeux du monde entier dans quel camp vous êtes désormais. Ces mots indignes seront inscrits en lettres d'airain dans l'histoire des peuples, aux côtés d'autres petites phrases comme celle du général De Gaulle sur le « peuple juif sûr de lui et dominateur » ou comme celle de Raymond Barre sur les « Français innocents »... Vous êtes ainsi entré dans l'Histoire par la petite porte, celle des dirigeants français qui ont pris fait et cause contre Israël, aux moments les plus difficiles de son histoire.

 

Votre attitude ne fait pas honneur à la France, mais nous savons, nous Israéliens, qu'elle ne représente pas l'ensemble des Français.  Nous savons que la France profonde ne se confond pas avec ses dirigeants et que, même aux moments les plus noirs de la collaboration, de simples citoyens se sont levés contre la barbarie et contre l'occupant. Ce sont ces Français qui manifesteront contre l'antisémitisme et qui, pour beaucoup d'entre eux, ont compris que le combat d'Israël était juste, totalement juste, car Israël se bat pour sa survie et pour celle du monde civilisé contre la barbarie.

 

Alors, Monsieur le président de la République, ne venez plus jamais pleurer sur nos morts, ni dans nos synagogues, ni à Yad Vashem. Ne venez plus jamais verser des larmes de crocodile sur les victimes juives, israéliennes et françaises, de la barbarie du Hamas et des Palestiniens que vous soutenez. Gardez vos larmes et gardez votre fausse commisération. Le peuple de France mérite d'autres dirigeants. Le peuple d'Israël lui, se souviendra de votre trahison. Nous n’oublierons pas et nous ne pardonnerons pas.

P. Lurçat, Jérusalem

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Mon nouveau livre, Face à l’opacité du monde, est disponible sur Amazon, B.O.D et dans les bonnes librairies.

Non Monsieur Macron, ne venez plus jamais pleurer sur nos morts!

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Trois réflexions sur la situation en France vue d'Israël, Pierre Lurçat

July 3 2023, 16:45pm

Posted by Pierre Lurçat

Trois réflexions sur la situation en France vue d'Israël, Pierre Lurçat

1.

Vue d'Israël, la situation en France aujourd'hui semble à la fois stupéfiante, révoltante et tristement familière. Ce qui est stupéfiant, c'est de voir comment un pays ancien peut se déliter à vue d'œil et renoncer à sa propre souveraineté et à sa propre survie… Quels sont les mécanismes profonds qui, au-delà des causes politiques et sociales immédiates, peuvent conduire un vieux pays à une telle situation ? Nous savons certes que les civilisations sont mortelles… L'histoire nous enseigne que les grandes invasions et les changements démographiques majeurs sont précédées d'évolutions plus lentes, qui affectent la volonté d'une nation de vivre et d'assurer son avenir. Quand un peuple n'est plus désireux de perpétuer sa propre identité et quand sa natalité chute, il est mûr pour se laisser envahir.

 

Pour l'observateur vivant en Israël, pays confronté depuis sa renaissance à l'islam radical, il est attristant de voir que la France s'entête à ne pas comprendre ce qui nous semble évident. L'immigration incontrôlée de populations largement inassimilables et souvent hostiles à la France, à ses traditions et à son histoire, a conduit inexorablement à la situation actuelle. Cela fait plusieurs décennies que des analystes lucides, historiens ou écrivains (de Jean Raspail à Houellebecq et de Max Gallo à Bat Ye'or), mettent en garde contre le risque de guerre civile et d'émeutes, telles que celles auxquelles nous assistons aujourd'hui.

 

2.

Le plus stupéfiant est sans doute de voir que les leçons de l'histoire et de l'actualité ne sont pas tirées et que les élites françaises continuent, dans leur grande majorité, à soutenir l'immigration qui est en train de détruire leur pays… C'est sans doute sur ce dernier point que la comparaison avec Israël est la plus instructive. Ici aussi, nous sommes confrontés à des foyers de population irrédentiste, animés par l'islam radical. Ici aussi, l'ennemi intérieur est soutenu par une fraction de la classe politique et des élites, animées par une idéologie progressiste suicidaire. Mais la comparaison tourne court lorsque survient la confrontation violente.

 

Israël est en effet suffisamment fort et l'esprit national suffisamment vivace pour nous permettre de contre-attaquer et de nous défendre, comme nous le faisons aujourd'hui à Djenine, même si tout est loin d'être parfait à cet égard aussi, comme en atteste le fait que les habitants de Judée-Samarie soient trop souvent abandonnés à leur sort et contraints de se défendre par eux-mêmes contre les attaques incessantes de leurs voisins arabes, Tsahal se contentant d’intervenir partiellement et après coup…

 

3.

J'ajouterai une réflexion personnelle, en tant qu'Israëlien venu de France il y a trente ans. A la tristesse de voir la France s'enfoncer lentement et renoncer à se défendre, se mêlent la fierté de faire partie d'un peuple et d'un pays qui savent encore se défendre contre ses ennemis et la conviction que l'exemple d'Israël peut renforcer et vivifier l'esprit de résistance des Français. Mais je sais aussi que la maladie mortelle qui atteint la France - celle du masochisme, de l’auto-accusation et de l'identification avec ses propres ennemis - existe aussi en Israël et au sein du peuple juif.

 

Dans une certaine mesure aussi, qu'on ne doit pas exagérer mais qu'on ne peut ignorer, certains intellectuels et hommes politiques juifs français ont apporté leur pierre au courant destructeur, qui a conduit la France là où elle se trouve aujourd'hui. En soutenant l'immigration incontrôlée et en défendant l'idéologie progressiste, parfois au nom d'une morale dévoyée et d'une vision déformée du judaïsme, ils ont contribué au déclin de la France. On aimerait les entendre faire aujourd'hui leur mea culpa. J'adresse aux citoyens français patriotes qui voient aujourd'hui flamber leurs villes et leurs quartiers mon salut fraternel et mes vœux de courage et de résistance. 

P. Lurçat

* Mon interview de Bat Ye’or paraît ces jours-ci dans la dernière livraison d’Israël Magazine.

Bat Ye'or (photo P. Lurçat/Israël Magazine)

Bat Ye'or (photo P. Lurçat/Israël Magazine)

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Diplomatie française vs Israël : quelle objectivité ? Pierre Lurçat au micro d’Ilana Ferhadia

February 5 2023, 10:33am

Diplomatie française vs Israël : quelle objectivité ? Pierre Lurçat au micro d’Ilana Ferhadia

J'étais l'invité d'Ilana Ferhadian vendredi pour commenter l'actualité israélienne et son traitement dans les médias français.

Diplomatie française vs Israël : quelle objectivité ? Pierre Lurçat – L’invité d’Ilana Ferhadian – Radio J

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En marge de l’attentat de Jérusalem, la rhétorique indécente de la diplomatie française, Pierre Lurçat

January 30 2023, 12:08pm

Posted by Pierre Lurçat

Dans la bande de Gaza, des Palestiniens se réjouissent de l'attentat, 27 janvier 2023 © Saher Elghorra/SIPA

Dans la bande de Gaza, des Palestiniens se réjouissent de l'attentat, 27 janvier 2023 © Saher Elghorra/SIPA

(Article paru dans Causeur.fr)

Après le terrible attentat qui a coûté la vie à sept civils israéliens vendredi soir, alors qu’ils sortaient de la synagogue dans un quartier du nord de Jérusalem, les condamnations ont été unanimes. Mais, dans ce concert de condamnations, une voix s’est fait remarquer : celle de la France. Les dépêches de l’AFP ont ainsi désigné le quartier juif de Névé Yaakov comme une « colonie » ou comme un « quartier de colonisation juive » à Jérusalem-Est, alors même que la localité a été fondée en 1924, bien avant la création de l’OLP et l’invention du narratif de « l’occupation des territoires palestiniens ».

 

Mais il y a pire encore que cette erreur géopolitique. Comment faut-il en effet interpréter le communiqué du ministère français des Affaires étrangères, appelant « toutes les parties à éviter des actions susceptibles d’alimenter l’engrenage de la violence » ? Le président Emmanuel Macron a utilisé la même rhétorique, en tweetant : « Je pense aux victimes de l’attaque perpétrée hier contre une synagogue à Jérusalem, à leurs proches, et au peuple Israélien. Ferme condamnation de cet acte odieux. L’engrenage de la violence doit être évité à tout prix » (In cauda venenum…)

 

Autrefois – dans les années 1990 – on avait coutume d’expliquer que le quai d’Orsay était « traditionnellement pro-arabe », tandis que l’Elysée était plus mesuré envers Israël. De telles distinctions n’ont visiblement plus cours aujourd’hui. Parler d’« engrenage de la violence » quand un terroriste palestinien assassine de sang-froid des fidèles juifs sortant d’une synagogue est indécent, à moins de considérer qu’ils sont des cibles légitimes. Mais la diplomatie française peut au moins se vanter de faire preuve de constance dans son indécence, au sujet du conflit israélo-arabe.

 

Pas plus tard que jeudi dernier, veille de l’attentat à Jérusalem, on apprenait en effet que la France avait demandé une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU pour condamner Israël, coupable aux yeux du quai d’Orsay d’avoir mené une opération anti-terroriste à Djénine ! Les deux autres pays qui ont prétendu faire condamner Israël aux côtés de la France n’étaient autres que la Chine et les Emirats arabes unis, alliés pas très fréquentables en matière de politique étrangère.

 

La position française dans le conflit israélo-arabe et israélo-palestinien n’est pas nouvelle. Elle est presque aussi ancienne que le conflit lui-même. Ce qui est nouveau, c’est le fait que la rhétorique indécente du quai d’Orsay – qui met sur le même plan les victimes israéliennes du terrorisme et les terroristes palestiniens abattus dans une opération préventive de Tsahal – ne suscite plus aucune indignation et passe pour ainsi dire inaperçue.

 

L’amiral Michel Darmon, ancien président de l’Alliance France Israël, avait coutume de distinguer la « France réelle » de la « France officielle ». Cette dernière peut en effet condamner Israël et faire preuve de compréhension envers le terrorisme palestinien. Mais les Français, dans leur immense majorité, savent bien à quoi s’en tenir. Ils savent bien que les terroristes qui tuent des Juifs à la sortie des synagogues à Jérusalem sont motivés par le même fanatisme et la même haine que ceux qui assassinent des Français attablés à un café à Paris, ou qui égorgent et tirent dans la foule à Lyon et à Nice.

 

Prétendre convoquer le Conseil de Sécurité pour condamner une opération antiterroriste d’Israël (dont la nécessité a été tragiquement confirmée quelques heures plus tard par l’attentat de Jérusalem) est un acte politique grave. Autrefois, quand la voix de la France avait encore quelque poids au Moyen-Orient, un tel acte aurait suscité une condamnation de la part d’Israël, et sans doute une protestation et des manifestations des amis d’Israël en France.

 

Aujourd’hui, une telle attitude ne suscite plus que l’indifférence. Sans doute sait-on à Jérusalem qu’il n’y a plus grand chose à attendre de la diplomatie française concernant Israël. La France tiers-mondisée n’est plus que l’ombre du grand pays qu’elle fut jadis. Elle n’a plus depuis longtemps de politique extérieure au Moyen-Orient, elle n’a plus qu’une politique intérieure. Ses condamnations rituelles d’Israël et ses appels à enrayer « l’engrenage de la violence » n’ont en réalité qu’un seul objectif : ne « pas désespérer » l’islam des banlieues.

P Lurçat

 

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Le “signe juif” au cœur de la campagne présidentielle?, Pierre Lurçat

January 25 2022, 13:54pm

Posted by Pierre Lurçat

Emmanuel Macron aux côtés de Benjamin Stora, de Jack Lang et du rabbin Korsia lors de l’inauguration de l’exposition à l’IMA

Emmanuel Macron aux côtés de Benjamin Stora, de Jack Lang et du rabbin Korsia lors de l’inauguration de l’exposition à l’IMA

 

Dans un article publié il y a une vingtaine d’années[1], le sociologue Shmuel Trigano analysait ce qu’il qualifiait de “signe juif de la politique française”, défini comme l’utilisation de la Shoah et du signe juif en général, à des fins politiques et politiciennes. “L'invocation répétée de la Shoah, source de moralisation universelle”, expliquait-il, “a contribué à la naissance d'un nouveau sacré qui a conféré au signe juif une valeur éthique absolue. Simultanément, la citoyenneté du juif français s'est vue construite comme modèle de l'intégration républicaine (I'envers de Vichy) offert en exemple aux immigrés : le signe juif, symbole de la République. Ces deux figures sont nées sans doute en écho au refoulé de l'Occupation dans la mémoire collective et à I'inquiétude née d'une immigration massive”.

 

Vingt ans plus tard, cette analyse n’a pas pris une ride. Au contraire : les récentes déclarations du président-candidat Emmanuel Macron sur Vichy et les Juifs ou celles sur les “Juifs d’Orient” (titre d’une exposition qu’il a récemment inaugurée à l’Institut du Monde arabe) et les polémiques permanentes autour de propos du candidat Eric Zemmour sur les mêmes sujets montrent que le “signe juif” est, une fois de plus, un élément central de la politique française, placé au cœur de la campagne pour l’élection présidentielle.


Paradoxalement, comme le constatait Trigano à l’époque, ce “signe juif” ne coïncide pas nécessairement avec la condition vécue des Juifs. L’expérience des vingt dernières années montre qu’il ne coïncide pas du tout avec elle… Au contraire, on pourrait dire - et c’est l’hypothèse que nous voudrions avancer ici - que l’utilisation du signe juif est d’autant plus marquée et flagrante que leur condition réelle se dégrade. Ou, pour dire les choses en d’autres termes, plus le “Juif réel” devient persona non grata dans la France d’aujourd’hui, plus son double symbolique est omniprésent et célébré dans le discours politique et médiatique.

Ainsi, alors que le “Nouvel antisémitisme” connaît un pic jamais atteint et que des Français de confession juive sont - pour la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale - assassinés en France parce qu’ils sont Juifs (Sébastien Sellam, Ilan Halimi, Mireille Knoll, Sarah Halimi, etc.), le président Emmanuel Macron célèbre, en inaugurant l’exposition sur “Les Juifs d’Orient” à l’institut du Monde arabe, le “vivre ensemble” (expression calquée de l’espagnol convivencia, terme qui a été utilisé pour décrire la soi-disant “coexistence judéo-musulmane” dans l’Espagne sous domination de l’islam[2]), l’hospitalité (en terre d’islam), les “influences mutuelles”, etc. Autant de thèmes idéologiques qui doivent permettre de réaffirmer son credo politique de la “France plurielle”, à la veille de l’élection présidentielle.

 

Dans ce discours politique et idéologique, les Juifs sont doublement mobilisés par le président Macron. Ils le sont à titre de “Juifs modèles”, représentants de la “communauté juive”, comme lorsque le grand-rabbin Haïm Korsia se tient aux côtés d’Emmanuel Macron et de Jack Lang pour apporter son tampon de "cacherout républicaine” à l’exposition de l’Institut du monde arabe. Et ils le sont en tant que “Juifs symboliques”, quand Macron célèbre le “peuple juif, mémoire de l’humanité”, expression qui tend à reléguer l’histoire juive concrète dans un passé immémorial. Ce discours enjoliveur a pour fonction de mobiliser le signe juif, en célébrant un passé juif idéalisé, tout en faisant oublier la condition terrible des Juifs réels dans la France actuelle.

 

De même, lorsqu’Emmanuel Macron se tient, entouré de Serge et de Béate Klarsfeld, devant la stèle en mémoire des déportés juifs à Vichy, pour effectuer “un double geste mémoriel” selon l’expression de certains médias, il mobilise là encore le “signe juif” à des fins politiques et politiciennes (pour contrer la campagne d’Eric Zemmour, comme l’explique Le Monde). Dans les deux cas, les "Juifs modèles" que sont les époux Klarsfeld ou le rabbin Korsia servent non seulement de faire valoir au président de la République candidat à sa réélection, mais ils servent aussi de "témoins" de moralité, au service d'une entreprise de récupération politique de l'histoire et de négation de la réalité de la condition juive.

 

Que cette utilisation du "signe juif" ait commencé à l'époque du Président François Mitterrand n'est évidemment pas fortuit. Celui-ci était en effet l'homme politique qui a le plus exploité la présence de personnalités juives, dont il aimait à s'entourer pour jeter un voile opaque sur ses véritables intentions et motivations. Le seul président de l'histoire politique française qui était un authentique homme d'extrême droite, ancien cagoulard décoré de la Francisque, devenu "socialiste" par pur opportunisme, a pu ainsi s'acheter une réputation d'ami des Juifs qui perdure jusqu'à ce jour.

Mitterrand avec Pétain, 1942

Plus tard, Jacques Chirac a poursuivi sur cette voie, en prononçant son fameux discours du Vel d'Hiv, tout en vendant à Saddam Hussein l'arme nucléaire qui aurait pu effacer Israël de la carte, sans la décision de Menahem Bégin de détruire Osirak… l'acte bien réel et concret de la diplomatie française pro-arabe était ainsi contrebalancé, et pour ainsi dire effacé, par le geste symbolique du président Chirac, décrit jusqu'à aujourd'hui comme très philosémite.

 

La politique française continue aujourd'hui de se servir du signe juif, avec la coopération active des Juifs-modèles, les Klarsfeld, Attali, Jack Lang,  etc. (la liste est longue), sous la présidence d'Emmanuel Macron. Au-delà même de cette duplicité fondamentale de la politique française, le signe juif a pour fonction principale de focaliser le débat public et de discréditer les adversaires du pouvoir en place, en tenant lieu d'exutoire symbolique et de cache-misère, qui dissimule tant bien que mal la réalité de la condition juive, dont la dégradation apparemment irréversible est acceptée comme un fait accompli. Les Juifs-modèles célèbrent ainsi le mensonge du "vivre ensemble", en occultant la réalité du nouveau statut des Juifs, celui de la dhimma, aujourd'hui rétablie en France.

Pierre Lurçat

Article paru sur le site Menora.info

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Un événement éditorial : La maison de mon père, de Golda Meir

 

Pierre Lurçat présente le livre au micro de Cathy Choukroun sur RADIO QUALITA

 

https://www.youtube.com/watch?v=T5aGrpsaHI4

 

Une des plus grandes dames de la scène politique israélienne…”

Ilana Ferhadian, RADIO J

 

https://www.youtube.com/watch?v=iiJLxxXn3-M




 

En 1972 paraissait en Israël le premier livre autobiographique rédigé par Golda Meir, qui était alors Premier ministre depuis plusieurs années. Ce texte, publié en français pour la première fois, couvre la partie de la vie de l’auteur qui s’étend de son enfance en Russie et de sa jeunesse en Amérique, à son séjour au kibboutz Merhavia, dans les années 1920. On y découvre, outre l’autoportrait de celle qui allait devenir la première femme Premier ministre de l’État d’Israël, la description fidèle et sans fioritures d’une génération tout entière, celle des pionniers de la Troisième Alyah (1921-1924). 

 

La maison de mon père, traduction et présentation de Pierre Lurçat, éditions Books on Demand

 

Les demandes de service de presse (papier ou numérique) doivent être adressées à

Noémie Machner

+33 (0)1 53 53 14 89

presse@bod.fr

avec en copie 

editionslelephant@gmail.com

 

 

 

[2] Voir à ce sujet S. Trigano, “La convivencia”, de la modernité à la post-modernité, Pardès no. 67.

Emmanuel Macron entouré des époux Klarsfeld à Vichy, (photo AFP)

Emmanuel Macron entouré des époux Klarsfeld à Vichy, (photo AFP)

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Après le meeting de Villepinte - Zemmour : le "petit Juif berbère" contre les barbares

December 12 2021, 09:19am

Après le meeting de Villepinte - Zemmour : le "petit Juif berbère" contre les barbares

 

A ceux qui sont censés lutter contre le Diable, tout est permis.

Et le Diable n’a plus qu’un visage : le “fascisme”.

 

P. A. Taguieff (1)

1.

 

La “mue” du candidat Zemmour a bien eu lieu. Le journaliste – que de nombreux médias s’obstinent à qualifier de “polémiste d’extrême-droite” – a réussi sa transformation en candidat officiel, et sa prestation à Villepinte, sa prestance, sa posture et son discours étaient bien ceux d’un candidat à l’élection présidentielle et d’un homme politique. N’en déplaise aux médias de gauche, qui ont fait leurs choux gras de quelques incidents ayant émaillé la soirée, celle-ci était de l’avis de tous les observateurs impartiaux, une réussite. Bien entendu, cela ne va pas modifier fondamentalement l’attitude de la plupart des médias et des commentateurs politiques en France, qui s’en tiennent au discours convenu, celui de l’anti-zemmourisme primaire.

 

Celui-ci a atteint de nouveaux sommets de ridicule et d’emphase ces derniers jours. Ainsi, quand le ministre Darmanin qualifie d’ignoble le clip vidéo de campagne de Zemmour, il montre que le sens des mots s’est dévalué, au point qu’ils ne veulent plus dire grand-chose (dans sa bouche en tout cas). J’ai eu beau visionner plusieurs fois cette vidéo, je m’interroge toujours sur ce qu’on peut y trouver d’ignoble, c’est-à-dire, au sens propre, de “moralement bas” ou “d’une laideur affreuse”… Sauf peut-être les images de ces voyous encagoulés, attaquant des passants dans la rue et de cet “ensauvagement” de la société française depuis plusieurs décennies.

 

 

2.

 

Le pari politique d’Eric Zemmour, celui de réunir au sein de sa base électorale deux France qui s’ignorent et qui n’ont pas beaucoup en commun : celle des “petits Français blancs” victimes du “Grand Remplacement” et du “Grand Déclassement” – pour reprendre sa terminologie – et celle de la bourgeoisie catholique traditionnelle, est loin d’être gagné. Les représentants de cette seconde France étaient apparemment plus nombreux à Villepinte que ceux de la première. De la réussite de ce pari dépend grandement la réussite électorale du parti d’E. Zemmour, qu’il est difficile de prévoir aujourd’hui.

 

Mais il est certain que les grands thèmes de sa campagne, égrenés dans son “Serment de Villepinte”, sont chers à la fois aux membres de cette première France et à ceux de la seconde. Car tous sont attachés à l'histoire et à la grandeur passée de leur pays, qu’ils souhaitent voir restaurer, pour des raisons parfois différentes. Que le rassembleur de ces deux France soit un “petit Juif berbère” (selon l'expression de l’intéressé lui-même) est une ironie de l’Histoire, qui fait penser au mot fameux prêté au général De Gaulle, “à Londres, j’attendais la France des églises, j’ai vu venir celle des synagogues”.

 

3.

 

Il y avait plusieurs moments d’émotion palpable dans le discours d’Eric Zemmour à Villepinte. Celui où il évoquait ses parents, et surtout sa mère, qui lui  a inculqué l’amour de la France et de son histoire. Bien entendu, c’était un discours politique, mené de main de maître par un homme qui pratique les médias depuis plusieurs décennies et qui sait manier le langage. Mais c’était aussi un discours de sincérité ; la profession de foi de quelqu’un qui, comme il l’a expliqué de manière convaincante, ne serait jamais entré dans l’arène politique, s’il n’avait éprouvé le sentiment d’une urgence. Et l’urgence, c’est bien celle de redresser et de “sauver” la France, n’en déplaise aux éditorialistes de Libération et du Monde.

 

Ceux qui scrutent la moindre phrase d’Eric Zemmour pour déterminer avec une fausse érudition si elle est plutôt “maurassienne” ou plutôt “barrésienne”, montrent qu’ils n’ont rien compris aux vrais sujets qui préoccupent la grande majorité des Français. Car le discours de Villepinte n’était pas tourné vers le passé et vers la nostalgie d’une France disparue, mais bien vers l’avenir. Et à cet égard, comme l’a dit Alain Finkielkraut, on peut ne pas partager les références littéraires ou politiques d’Eric Zemmour, mais on ne peut rester insensible au constat qu’il fait, d’une France en déclin et en danger

Pierre Lurçat.

1. P. A. Taguieff, Du Diable en politique, Réflexions sur l’antilepénisme ordinaire.

(Article paru sur le site Causeur.fr)

De Gaulle passant en revue les premiers éléments de la France libre, Londres

De Gaulle passant en revue les premiers éléments de la France libre, Londres

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Débattre au bord du gouffre ou perpétuer la France : Trois réflexions sur le phénomène Zemmour, Pierre Lurçat

November 4 2021, 15:37pm

Posted by Pierre Lurçat

 

Il faut écouter la longue interview que le presque-candidat Éric Zemmour a accordée à Benjamin Petrover sur i24 News. Il y dévoile plusieurs éléments importants de sa vision du monde, et se livre à un débat passionnant avec le philosophe Alain Finkielkraut. En tant qu’Israélien et que sioniste, je suis évidemment très éloigné de ses conceptions et je ne pense pas, comme je l’ai écrit ici, que les Juifs soient concernés collectivement par le destin français. Mais on ne peut pour autant se désintéresser entièrement de l’avenir d’un pays qui abrite la deuxième communauté juive du monde en dehors d’Israël, et qui est aussi le pays où nous avons grandi.

 

1. Zemmour antisémite? La double erreur du rabbin Korsia

 

En qualifiant Éric Zemmour de “Juif antisémite”, le grand rabbin Haïm Korsia a commis une double erreur. Erreur factuelle, car rien ne permet de qualifier ainsi M. Zemmour, indépendamment de ce que l’on pense de ses opinions et de ses engagements. Erreur politique surtout, car il est dangereux de transformer le débat qui oppose aujourd’hui une France pro-Zemmour et une France anti-Zemmour en débat judéo-juif. Éric Zemmour est aujourd’hui candidat (pas encore déclaré) à l’élection présidentielle, il n’est pas candidat à la présidence du CRIF ou du Consistoire. 

 

Le rabbin Korsia, avec Emmanuel Macron

 

Les institutions juives de France, comme je l’ai dit ce matin au micro de Daniel Haïk, seraient bien inspirées de faire preuve d’un peu de réserve et d’intelligence politique, au lieu de foncer tête baissée dans un débat intra-communautaire dont rien ne peut sortir de bon pour les Juifs. D’autant plus que la position sur laquelle se tient Éric Zemmour, celle du “Français de confession juive”, était celle que défendaient autrefois ces mêmes institutions juives - Consistoire et CRIF - qui ont depuis adopté la logique du communautarisme, pour le meilleur et pour le pire. Le communautarisme a certes permis au judaïsme français de vivre et de s’épanouir pendant plusieurs décennies. Mais il a aussi tenu lieu de dangereux précédent, en créant une brêche dans laquelle se sont engouffrés les tenants d’un islam de France, qui n’a rien à voir avec le judaïsme et encore moins avec le franco-judaïsme.

 

2. Le sionisme d’Éric Zemmour et celui de Léon Blum

 

En déclarant sur i24 que Jérusalem est la capitale d’Israël (et en faisant cette déclaration, répétons-le, en tant que candidat à la magistrature suprême de la République française), Éric Zemmour s’inscrit dans une tradition philo-sioniste française, qui n’a rien à voir, quoiqu’en disent les historiens patentés, avec Barrès ou Maurras. Cette tradition est celle de Léon Blum, qui déclarait "Je suis un Français - fier de son pays, fier de son histoire, nourri autant que quiconque, malgré ma race, de sa tradition." Déclaration à laquelle Zemmour pourrait souscrire entièrement. 

 

Blum, Français fier de son pays, était aussi fier de son judaïsme et il s’engagea résolument en faveur de l’idée sioniste, comme le rappelle André Blumel dans un article passionnant (1). C’est dans cette tradition de patriotisme français philo-sioniste que s’inscrit Éric Zemmour, même s’il est politiquement très éloigné d’un Léon Blum. Ajoutons que les caricatures qui le visent rappellent aussi celles qui visaient jadis le Premier ministre Léon Blum...

 

La mémoire de Léon Blum honorée au kibboutz Kflar Blum

 

3. Débattre de l’histoire de France au bord du gouffre?

 

Il est consternant de lire les nombreuses tribunes d’historiens plus ou moins sérieux, qui publient dans les colonnes du journal Le Monde leurs savantes dissertations sur l’histoire de Vichy ou sur l’affaire Dreyfus, en se livrant à de futiles comparaisons (2).  L’affaire Dreyfus, est-il besoin de le rappeler, est terminée depuis plus d’un siècle. On se demande quel malin plaisir les médias français trouvent à raviver de vieilles blessures nationales guéries depuis longtemps et à souffler sur les braises pour ranimer de vaines polémiques. La France excelle dans les vaines polémiques.

 

Mais le phénomène Zemmour mérite mieux que les débats judéo-juifs ou que les querelles d’historiens. Comme l’affirme Alain Finkielkraut, que personne n’ira suspecter d’antisémitisme, Zemmour a le mérite de la sincérité et surtout celui d’avoir remis la France au coeur du débat électoral. Que la France soit aujourd’hui au bord de la guerre civile ou qu’elle y soit déjà plongée, le temps n’est plus aux vaines polémiques.

 

La France au coeur de la campagne présidentielle : Éric Zemmour

 

Comme le rappelle Éric Zemmour à Alain Finkielkraut, dans leur débat télévisé sur i24, on aimerait parler longuement de littérature, de l’histoire de France et de tous ces sujets chers aux Français juifs qu’ils sont, mais l’heure est trop grave pour se dérober aux questions tellement plus urgentes et essentielles. On ne débat pas de poésie au bord du gouffre. “Aujourd’hui il faut (choisir entre) vivre ou mourir” conclut Zemmour face à Finkielkraut qui acquiesce, avec des mots qui évoquent les versets du Deutéronome.”Tu choisiras la vie, afin que tu vives, toi et tes descendants”. Zemmour, on le voit, n’est pas si éloigné du judaïsme qu’on ne pourrait le croire.

P. Lurçat

1. Voir http://judaisme.sdv.fr/perso/lblum/bl-sion.htm

2. Georges Bensoussan a répondu de manière convaincante à l’une de ces tribunes, en réfutant les comparaisons entre le discours de Zemmour et les discours fascistes. Voir https://www.causeur.fr/antisemitisme-communautarisme-edouard-drumont-eric-zemmour-polemique-2-166616


 

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Vel d'Hiv : le jour où Robert Badinter a eu “honte” d’être juif, Pierre Lurçat

July 17 2019, 16:29pm

Posted by Pierre Lurçat

Robert Badinter fait beaucoup parler de lui ces temps-ci. Il a récemment publié un livre très remarqué sur sa grand-mère, Idiss. Et il vient de lancer un “cri de colère” contre l’antisémitisme. Avec une vitalité peu ordinaire, à 91 ans, M. Badinter découvre - mieux vaut tard que jamais - la réalité de l’antisémitisme en France. Mais ce cri tardif m’a remémoré un autre “cri de colère” de Robert Badinter, auquel j’ai assisté en première ligne.

 

Le “cri de colère” de Robert Badinter contre les Juifs

 

C’était en juillet 1992. J’étais alors un jeune Juif de 25 ans, et je dirigeais le mouvement des étudiants sionistes Tagar, tout en préparant mon alyah. Ce jour-là, nous étions venus au Vel d’Hiv, lieu de sinistre mémoire, pour interpeller le président de la République, François Mitterrand. Nous avions distribué un tract, en pointant l’ambiguïté de la position de Mitterrand vis-à-vis du régime de Vichy et son refus de reconnaître la responsabilité de l’Etat français (et, accessoirement, de mettre fin à la tradition de dépôt d’une gerbe sur la tombe du maréchal Pétain, à l’île d’Yeu). A nos yeux, comme à ceux des anciens déportés et survivants de la Shoah qui étaient venus se recueillir en ce lieu symbolique, il était scandaleux que le président de la République puisse venir au Vel d’Hiv dans ces conditions.

 

Quand François Mitterrand est arrivé sur les lieux, il a été accueilli par des huées, des sifflets et des cris : “Mitterrand à Vichy!”. Robert Badinter, le visage contorsionné par un rictus de haine, a alors prononcé un discours d’une extrême violence, tout entier dirigé contre… les militants juifs, qui lui avaient “fait honte”! A la sortie de la manifestation, j’ai été interpellé par deux policiers en civil, et j’ai passé la  nuit au poste, accusé “d’insulte au président de l’Etat”. Si je relate aujourd’hui ce souvenir, ce n’est pas pour rallumer de vieilles polémiques, mais parce qu’il me semble significatif de cette période de l’histoire de France et des Juifs en France, dont il est important de conserver la mémoire.

 

Au-delà de la personne de Robert Badinter, qui importe guère, c’est en effet le bilan d’une époque historique et d’une politique qui sont en jeu. Les années Mitterrand resteront, dans l’histoire des Juifs de France comme dans l’histoire française en général, celles d’une grande confusion morale et politique. Il est emblématique de cette confusion, que celui qui a su s’entourer de nombreux ministres et amis juifs soit resté également fidèle à ses amitiés de jeunesse, tissées à l’époque du régime de Vichy. Or, le procès de Vichy a depuis longtemps été fait en France, notamment grâce aux efforts incessants des époux Klarsfeld et des FFDJF, mais aussi d’autres militants juifs de la mémoire (1). Mais il reste à écrire l’histoire d’une période cruciale pour comprendre le déclin de la France (et celui de la communauté juive française).


 

Robert Badinter et François Mitterrand

 

Car beaucoup des éléments essentiels de ce déclin se sont mis en place pendant les années Mitterrand. Ainsi, le “Nouvel antisémitisme”, apparu sur le devant de la scène publique lors de “l’Intifada des banlieues”, au début des années 2000, a été décrit dans deux livres importants : La nouvelle judéophobie, de Pierre-André Taguieff, et Les territoires perdus de la République de Georges Bensoussan. Si l’on prend la peine de relire les témoignages de professeurs réunis par ce dernier, on constatera que les phénomènes qu’ils décrivent sont apparus au début des années 1990, pendant le deuxième mandat de François Mitterrand.

 

C’est en effet à cette époque - celle de SOS Racisme et de l’idéologie antiraciste triomphante - qu’a émergé cette configuration monstrueuse qu’Alain Finkielkraut devait décrire, bien plus tard, comme un “antiracisme antisémite” (2). Pour comprendre comment la France est devenue ce qu’elle est aujourd’hui, et comment l’antisémitisme a pu ressurgir avec une telle intensité et une telle violence, il faut aussi se rappeler qui était vraiment François Mitterrand, l’ami de René Bousquet, entouré de Juifs et d’anciens vichyssois. Car c’est dans la confusion morale et politique des années Mitterrand qu’est né le Nouvel antisémitisme actuel.


 

Le “Nouvel antisémitisme”, fruit tardif des années Mitterrand

 

Et Robert Badinter? Il a crié sa honte face aux militants juifs de la mémoire, mais il n’a jamais eu honte des fréquentations de Mitterrand, de la francisque et de la gerbe déposée chaque année à l’île d’Yeu, sur la tombe du maréchal Pétain. Au contraire, il s’est obstiné jusqu’à tout récemment à nier l’évidence  - l’amitié entre Mitterrand et Bousquet - pour sauver le souvenir de sa propre amitié avec François Mitterrand. Il n’est pas le seul dans ce cas : la plupart des “Juifs de cour” qui entouraient Mitterrand ont, à des degrés divers, préféré sauver le souvenir de leur amitié et ne pas se dédire, plutôt que d’affronter leurs erreurs et celles de leur mentor et ami. Je ne citerai pas leurs noms, connus de tous. Mais leur responsabilité est grande, face à l’histoire du judaïsme français et face à son inquiétante situation actuelle. A cet égard, le cri de Robert Badinter contre l’antisémitisme paraît bien tardif et dérisoire.

Pierre Lurçat

 

(1) Le Betar et le Tagar ont été parties prenantes de nombreux combats menés par les époux Klarsfeld avec les FFDJF. Sur ce point, je renvoie à mon livre (inédit) L’étoile et le poing. Activisme politique et auto-défense juive en France depuis 1967.

(2) L'expression est en fait due à Pierre-André Taguieff, qui l'avait employée publiquement dès 1982. Voir Annie Kriegel, Israël est-il coupable ?, Paris, Robert Laffont, 1982. 

 

Mitterrand (à droite) et le maréchal Pétain, octobre 1942

_____________________________________________________________

J'ajoute sur ce dossier le texte de ma mère, Liliane Lurçat, écrit en 2014.

 

Dans ce pays détruit, bateau fantôme livré à toutes les rancoeurs
et à toutes  les haines inassouvies ,
Un revenant surgit soudain : Badinter, ami de Mitterrand


Il avait l'âme délicate, l'idée d'un homme coupé en deux le révulsait.
Pour son confort moral, il supprima la peine de mort

Le déchaînement des violences  et des crimes ne l'affecta pas,
l'impunité  des récidivistes pas davantage, sa clémence
pour les assassins  allait de pair avec sa froideur pour les victimes:
son coeur n'allait pas vers les victimes, mais vers les assassins

Tant pis pour tous ceux qui ont perdu leur vie dans des conditions
souvent atroces: les monstres relâchés sont ivres  de leur impunité

On n'entendait plus parler de lui, depuis si longtemps, 
qu'on ne savait même pas si il était encore vivant
mort ou vivant qui pouvait bien le sortir de son néant?

Un cri soudain le réveille et le surprend 
"mort aux juifs"!
ce cri résonne à présent  dans les rues  et dans  les cités
de la France des héritiers de Mitterrand et de Vichy

Fils de déporté, il en est soudain bouleversé
On n'est pas, impunément, ami des anciens de Vichy.

 

liliane lurçat,robert badinter,mitterrand

 

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Kaddish pour la France ? Deux livres pour comprendre l’état de la France aujourd’hui, Pierre Lurçat

November 25 2018, 12:54pm

Posted by Pierre Lurçat

Kaddish pour la France ? Deux livres pour comprendre l’état de la France aujourd’hui, Pierre Lurçat

Deux ouvrages récents mettent en perspective la situation de la France aujourd’hui, et analysent les raisons d’une crise multiforme, à la fois politique, économique et culturelle, qui ébranle les fondements de la société française. Le plus récent, celui d’Yves Mamou, est intitulé de manière éloquente “Le grand abandon. Les élites françaises et l’islamisme”. L’auteur, journaliste spécialiste des questions économiques, a collaboré au Monde et à L’Expansion. D’après son éditeur, son livre traite de la “fracture politique qui s’est creusée entre le haut (« les élites ») et le reste de la population en France”.  

 

 

Ce livre a pour but de montrer, sources à l’appui, comment la caste au pouvoir a aussi fait alliance avec des groupes ennemis de l’intérêt national, pour consolider son pouvoir.  En France, la bourgeoisie française mondialisée, « qui prône l’égalité des territoires mais promotionne la métropolisation, qui fait la promotion du vivre ensemble mais participe à l’ethnicisation des territoires », cette bourgeoisie-là, favorise, voire pactise objectivement avec des groupes et une idéologie islamistes qui noyautent progressivement la société démocratique.

 

Le multiculturalisme, cheval de Troie de l’islamisme

 

Soulignons que ce livre n’est pas, comme la présentation de l’éditeur pourrait le faire penser, un essai à thèse. Il s’agit d’une analyse documentée, qui montre de manière convaincante, preuves à l’appui, comme les grands corps et institutions de l’Etat (Conseil d’Etat, Conseil constitutionnel, Conseil supérieur de l’audiovisuel, etc. (la liste est longue) se sont engagés au service d’une idéologie (le soi-disant “vivre-ensemble”) qui a favorisé le délitement du tissu social français, en soutenant les revendications de groupes islamistes et de leurs alliés. Ou pour dire les choses autrement, en reprenant l’expression que j’avais forgée il y a plus de dix ans et qui a été souvent reprise depuis, comment “le multiculturalisme a été le cheval de Troie de l’islamisme”. Le livre de Mamou est une étude fouillée, convaincante, qui illustre les transformations subies par la France en proie à l’assaut conjugué de l’islam politique et de l’idéologie post-moderniste mondialiste.

 

L’originalité de son analyse consiste à montrer que l’islamisation de la France n’est pas seulement un phénomène imposé d’en bas, par les réalités sociologiques et démographiques (le fameux “Grand remplacement”), mais aussi et surtout le fruit d’une volonté politique, qu’il n’attribue pas à un parti ou un camp politique déterminés, mais aux élites en général, mues par des motivations idéologiques ou économiques. J’ajoute que son analyse rejoint et confirme, si besoin était, celle que Bat Ye’or a développé il y a plus de dix ans dans son ouvrage fameux, Eurabia. (Curieusement, le terme d’Eurabia est absent du livre de Mamou, alors même qu’il est entré dans le vocabulaire politique contemporain, et que certains des détracteurs de Bat Ye’or ont fini par reconnaître, avec retard, qu’elle avait raison.)

 

Le second livre est aussi celui d’un économiste, Olivier Piacentini. Son objet est plus restreint, mais tout aussi intéressant. Il retrace l’ascension au pouvoir d’Emmanuel Macron et la manière dont celle-ci a été pensée, planifiée et exécutée avec succès par ces mêmes élites dont Yves Mamou a décrit l’alliance avec l’islam politique.

 

 

“Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, des affaires judiciaires et leur traitement médiatique allaient faire basculer le destin du pays, écartant les uns d’une victoire promise, élevant les autres jusqu’aux marches de l’Élysée. À y regarder de plus près, la victoire-surprise d’un jeune banquier ambitieux, sans expérience électorale et sans parti, ne doit rien au hasard : le soutien sans faille que le monde de la finance et des médias lui apporta est le nœud de ce qui s’apparente à un coup d’État... Un an après, c’est avec ce présupposé à l’esprit qu’il faut observer et juger de la politique conduite aujourd’hui. Le programme du candidat Macron a toujours semblé flou, et les décisions de son gouvernement sont souvent remises en cause suivant l'actualité du jour par des ministres ou des députés « En Marche » eux-mêmes. Mais il est des promesses sur lesquelles le président Macron ne transigera jamais : celles qu’il a faites il y a plus d’un an à ses puissants bailleurs de fonds qui l’ont soutenu sans jamais faillir et qui investissent rarement sans espoir de retour !”

 

Piacentini montre notamment comment les médias français se sont mobilisés dans leur immense majorité au service de Macron, en privant de parole ses opposants ou en les diabolisant, et comment le candidat de cercles économiques et financiers puissants a été quasiment imposé d’en haut à un système politique impuissant, après avoir été adoubé par Jacques Attali qui en a fait son protégé. La chute de la popularité d’Emmanuel Macron et les événements actuels montrent cependant que la tentative pour “imposer” un Président aux Français a peut-être réussi à le porter jusqu’à l’Elysée, mais qu’elle n’a pas fait long feu.


 

Le sursaut d’un peuple en quête de liberté

 

Le mouvement de protestation populaire des “Gilets jaunes”, auquel on assiste ces derniers jours, n’incarne sans doute pas seulement la révolte des Français contre le poids des impôts (dans la pure tradition historique française), mais aussi, et surtout, le sursaut d’un peuple en quête de liberté. A cet égard, la situation actuelle, dont les deux livres évoqués ci-dessus permettent de comprendre les racines, illustre la réflexion de l’amiral Michel Darmon, ancien président de France-Israël, qui se plaisait à dire que “‘l’histoire des peuples n’est pas l’histoire des Etats”. De l’Etat français, traditionnellement anti-israélien (voir les récentes révélations sur les livraisons d’armes aux terroristes palestiniens pendant la Deuxième Intifada), il n’y a rien à attendre pour Israël et les juifs. Mais il est encore trop tôt pour dire Kaddish pour la France et le peuple français.


Pierre Lurçat

 

Yves Mamou, Le grand abandon. Les élites françaises et l’islamisme. Editions l’Artilleur 2018.

Olivier Piacentini, OPA sur l’Elysée. Un an après, le vrai bilan du macronisme. Editions de Paris / Max Chaleil 2018.

N.B. Mon livre, Israël, le rêve inachevé, paraît ce jeudi aux éditions de Paris/Max Chaleil.

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