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civils innocents

Mon droit de réponse à Alain Finkielkraut: Qui est le fanatique?

May 1 2026, 12:59pm

Posted by Pierre Lurcat

Mon droit de réponse à Alain Finkielkraut: Qui est le fanatique?

 

Je voudrais réagir ici aux inexactitudes et aux propos insultants tenus par M. Alain Finkielkraut à mon encontre, dans l’émission de Pierre Assouline diffusée sur Akadem le 17 avril dernier. Durant cette émission, il m’a qualifié notamment de “répugnant fanatique”, et m’a faussement attribué l’affirmation selon laquelle il n’y aurait “pas de civil innocent à Gaza”.


1) Concernant les “civils innocents” de Gaza: 

 

Lorsque j'ai débattu avec Alain Finkielkraut sur la chaîne Mosaïque, en juillet 2025, nous avons longuement abordé la question des civils de Gaza. J'ai clairement expliqué que l’expression “il n’y a pas de civils innocents à Gaza” avait été employée par des otages israéliens qui revenaient de Gaza, qui voulaient dire par là qu’ils n’y avaient rencontré aucun “Juste”, comme dans l’épisode biblique d’Avraham à Sodome..

 

Face à ce constat unanime des otages et des soldats revenus de Gaza, Alain Finkielkraut a adopté depuis longtemps une attitude de déni, en attribuant cette expression à une vision “fanatique”. Cela est apparu dans son propos dès janvier 2024, quand il a osé comparer l'otage libérée de Gaza Mia Shem à la militante antisioniste Houria Bouteldja. Quel était le "crime" de Mia Shem aux yeux d'Alain Finkielkraut ? Avoir déclaré que "tout le monde est terroriste à Gaza"! 

 

Depuis lors, il utilise les propos de l'ex-otage dans un but polémique, pour discréditer le camp de ses adversaires politiques en Israël… Il prétend ainsi, au micro de Pierre Assouline, “avoir honte de lire sous ma plume qu’il n’y a pas d’innocents à Gaza”, mais il se garde bien de lire l’explication que je donne de cette expression dans mon livre, dans lequel j’expliquais “le fait évident qu’on attendait toujours, presque deux ans après le 7 octobre, de trouver un seul “Juste” à Gaza qui nous donnerait une parcelle d’information sur les otages, ou qui s’élèverait publiquement contre les crimes du Hamas envers le peuple Juif”.

 

2) Concernant le qualificatif de “répugnant fanatique” employé par A.F. à mon encontre:

 

Pareillement, que penser du sens de la nuance et de l’exactitude de M. Finkielkraut, lorsqu’il me qualifie de “répugnant fanatique”, parce que j’aurais selon lui demandé l’abandon du Code éthique de Tsahal? En vérité, j’explique dans mon livre pourquoi le code éthique rédigé par un philosophe peu averti des réalités militaires, Assa Kasher, était devenu obsolète depuis le 7-Octobre. J’appelle à rédiger un nouveau code éthique, non pas à l’abandonner… Cette nuance capitale aura sans doute échappé à M. Finkielkraut.

 

Je tiens à m'élever publiquement contre le procédé malhonnête consistant à caricaturer mon propos, pour mieux asseoir son argumentation. J'ajoute qu'il a utilisé le même procédé malhonnête à l'encontre du rabbin Oury Cherki de Jérusalem, lequel avait usé de son droit de réponse sur la chaîne Mosaïque.

 

Enfin, je suis stupéfait de la manière caricaturale dont Alain Finkielkraut décrit Israël et ses clivages politiques. Il utilise des clichés très réducteurs, en opposant “deux Israël”, celui des “héritiers de Rabin” et celui des “disciples d’Yigal Amir”, comme si chaque Israélien devait nécessairement appartenir à un de ces deux camps... Comment peut-on être si éloigné de la nuance et de l’exactitude, pourtant vantées par Pierre Assouline en parlant de Finkielkraut?

 

Prétendant instaurer une distinction artificielle entre deux Israël, entre un Israël “de la justice” et un autre “de la promesse”, entre un Israël "coupable" et un Israël "innocent", tous deux largement fantasmés, A. Finkielkraut voue à la vindicte le "mauvais Israël", duquel il prétend se dissocier. 

 

J’invite Alain Finkielkraut à venir en Israël plus souvent, et à y entendre d’autres voix que celles des militants de la gauche progressiste, comme Yaïr Golan qu’il connaît bien. Ce même Yaïr Golan qui avait accusé Tsahal en mai 2025d’avoir pour “hobby” de tuer des bébés à Gaza”, propos qui avaient suscité un immense scandale... Vivant loin d’Israël, Alain Finkielkraut a pris parti de manière très affirmée dans le débat politique interne à Israël, n’hésitant pas à déclarer que “le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”.

 

Je regrette aussi qu’il reprenne à son compte les articles souvent mensongers du journal Ha’aretz, pain-bénit des antisionistes du monde entier, qui accuse régulièrement les soldats de Tsahal de “crimes de guerre”. 

 

Pour conclure, je regrette, comme beaucoup d’israéliens, qu’Alain Finkielkraut soit aujourd’hui passé dans le camp de la réprobation d’Israël, qu’il avait jadis lui-même dénoncée.

 

Pierre Lurçat

Jérusalem le 26.4.26

 

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De la fascination pour le christianisme à la honte d’Israël : Le naufrage d’Alain Finkielkraut

February 15 2026, 18:50pm

Posted by Pierre Lurçat

De la fascination pour le christianisme à la honte d’Israël : Le naufrage d’Alain Finkielkraut

 

Le positionnement d'Alain Finkielkraut envers Israël depuis le 7-octobre ne laisse pas de susciter l'incompréhension et l'indignation de la communauté juive et des amis d'Israël. Voilà un intellectuel français d'origine juive, qui a souvent pris dans le passé des positions courageuses contre l'antisémitisme et l'antisionisme (notamment dans les rangs de l'extrême gauche française) et qui clame aujourd’hui publiquement sa détestation du gouvernement israélien, allant jusqu'à proclamer ces dernières semaines avoir "honte d'Israël !". Analyse.

 

De manière paradoxale et scandaleuse, Alain Finkielkraut – figure reconnue de l'intelligentsia française – assume des positions proches de l'extrême gauche en Israël, tout en défendant des opinions conservatrices (souvent qualifiées de "réactionnaires") en France. En bref, il s'agit comme l’a relevé un site internet, d'un "vieux Réac" qui se donne le luxe d'être de gauche en Israël… Ayant consacré de nombreux articles aux errements de Finkielkraut et ayant débattu avec lui il y a six mois au micro d'Antoine Mercier, je voudrais ici aborder ce sujet sous un angle nouveau, celui du "tropisme" chrétien (ou christianisant) d'Alain Finkielkraut.

 

Une ignorance abyssale du judaïsme

 

D'autres que moi l'ont relevé, le dernier en date étant le journaliste Nicolas Birnbaum, qui parle dans Le Monde des livres de son "faible pour le christianisme’’. Mais laissons parler l'intéressé lui-même. En 2022 déjà, Alain Finkielkraut, qui se présente comme un "Juif athée", expression en soi problématique, se disait "fasciné par la proposition chrétienne" et par "le fait que le Christ a dit sur la Croix, 'mon Dieu mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné?" A l'époque j'avais raillé l'ignorance du philosophe, qui attribuait au génie du christianisme des paroles tirées des Psaumes du Roi David. Dans une lettre ouverte, je dénonçais l'étendue insondable de l'assimilation juive en France et son corollaire, l'ignorance.

 

Mais ce qui m'est apparu en lisant le dernier livre d'Alain Finkielkraut, c'est le lien étroit entre cette ignorance abyssale du judaïsme et ses positions concernant Israël. L'admiration de Finkielkraut pour la Pietà de Michel-Ange, pour le cardinal Lustiger et pour les "descentes de Croix" n'est pas anodine. On ne peut impunément être Juif en France, ignorer tout ou presque de la Tradition juive, tout en défendant une vision "enracinée" de la culture française et se permettre de critiquer la "guerre atroce" que mènerait soi-disant Israël à Gaza…

 

Un intellectuel juif fasciné par la Vierge Marie

 

L'étrange compassion de Finkielkraut pour les "civils innocents de Gaza" et son refus persistant d'entendre les témoignages des otages revenus de Gaza sur ce sujet se comprennent beaucoup mieux à la lecture des pages scandaleuses de son livre (pour un lecteur juif), dans lesquelles il évoque avec pathos les paroles bouleversantes du Christ ou "l’inconsolable Vierge Marie"... J’ajoute que plusieurs Juifs érudits se sont évertués à inculquer à Finkielkraut des notions de judaïsme, comme Benny Lévy, ou comme un ancien grand-rabbin de France. Mais leurs efforts furent vains.

 

En mai 2025, j'analysais la campagne de propagande du Hamas sur le thème des "enfants affamés de Gaza" comme une "nouvelle Passion" renvoyant à la Passion du Christ tout téléspectateur de culture chrétienne. Je comprends aujourd'hui que la propagande du Hamas touche un public encore plus large que le public occidental chrétien ou postchrétien. Elle fait également mouche dans l'esprit et le cœur alourdi d'un philosophe d'origine juive, ignorant tout de la tradition d'Israël.

 

J’ajoute qu’Alain Finkielkraut caricature le judaïsme de Benny Levy tout comme il caricature les propos du rabbin Oury Cherki ou les miens concernant Israël…[1]  Et il ne s'agit pas là d'un simple défaut rhétorique dû à l'ardeur de la polémique, mais d’une véritable forme de malhonnêteté intellectuelle, devenue une seconde habitude chez l’intellectuel médiatique, habitué des plateaux de télévision.

 

Alain Finkielkraut a fait sienne la vision chrétienne d'Israël dans ce qu'elle a de plus réducteur et de plus déformant, notamment lorsqu’il dénonce le "messianisme" de certains ministres ou lorsqu’il se dit "sali" par la politique israélienne. Sa polémique contre l’Etat d’Israël, son gouvernement et son armée (accusée de mener une "guerre atroce"... sic !) n'est pas, comme il le prétend, un débat judéo-juif. Car sa vision caricaturale des "deux Israël" – d'un Israël entièrement innocent et d'un autre entièrement coupable – est fondamentalement "unjewish" (pour citer un adjectif qu'il aime utiliser). Oui, Finkielkraut est devenu (ou est resté) un intellectuel français ignorant du judaïsme, qui porte sur Israël le regard simplificateur et déformant de la polémique chrétienne.

Pierre Lurçat

NB Continuez de signer et faire signer la pétition : « Nous sommes fiers d’Israël ! »
 

 

Comment A. Finkielkraut déforme mes propos sur Israël, et ceux des autres…

 

Lors d'un débat sur la chaîne Mosaïque, je me suis opposé à Alain Finkielkraut sur la question des témoignages des otages revenus de Gaza, concernant la présence de "civils innocents" à Gaza. Mon propos consistait à prendre au sérieux les témoignages unanimes des survivants, affirmant ne pas avoir rencontré la moindre trace d'humanité à Gaza, et avoir été protégés par leurs geôliers du Hamas contre la foule gazaouie qui voulait les lyncher. Le sens de mon propos était donc de dire que nos otages n’ont pas rencontré un seul Juste à Gaza… De son côté, Alain Finkielkraut s'est dit scandalisé par le témoignage de l’ex-otage Mia Shem, qualifiant ses propos d'extrémistes et les comparant à ceux de Houra Bouteldja affirmant que tous les Israéliens sont coupables.

 

Depuis lors, de manière répétée et presque quotidienne depuis la parution de son dernier livre, M. Finkielkraut clame sur tous les médias que j'aurais affirmé qu'il n'y a pas de civils innocents à Gaza en me citant nommément et va jusqu'à reprendre cette accusation mensongère dans son dernier livre, en m’attribuant de manière calomnieuse la phrase : "Tapez dans le tas ce sera toujours dans le mille". Je tiens à m'élever publiquement contre le procédé malhonnête consistant à caricaturer mon propos, pour mieux asseoir son argumentation. J'ajoute qu'il a utilisé le même procédé malhonnête à l'encontre du rabbin Oury Cherki de Jérusalem, lequel a usé de son droit de réponse sur la chaîne Mosaïque.

 

P.L.

 

 

 

[1] Voir encadré ci-dessous.

 

De la fascination pour le christianisme à la honte d’Israël : Le naufrage d’Alain Finkielkraut

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Le mythe des « civils innocents » de Gaza, Pierre Lurçat

July 8 2025, 07:05am

Posted by Pierre Lurçat

Le mythe des « civils innocents » de Gaza, Pierre Lurçat

Je republie ici cet article paru dans Israël Magazine en janvier 2024, à l'occasion du débat que j'ai eu hier avec Alain Finkielkraut sur la chaîne Mosaïque. P.L.

 

 

            Hasard ou non, les salles obscures en Israël diffusent actuellement le film « Plan Aleph », consacré à l’opération Nakam, au cours de laquelle des rescapés de la Shoah projetèrent d’assassiner des milliers d’Allemands pour venger la mort de leurs proches. A un moment clé du film, un des héros explique qu’à ses yeux, il n’y a pas d’Allemand innocent. Et les Gazaouis ? La question des « civils innocents » – qui a souvent été posée dans l’histoire des guerres d’Israël – se pose avec une acuité décuplée depuis le début de la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre. D’une question intérieure israélienne, elle est devenue une question internationale, notamment depuis la plainte déposée par l’Afrique du Sud devant la Cour de Justice internationale. Comment concilier ces répercussions internationales avec les exigences de la guerre ? Israël en fait-il trop – contrairement aux accusations de ses ennemis et de certains de ses alliés – pour protéger les civils à Gaza ? Et que dit la tradition juive sur cette question cruciale ? Tour d’horizon.

 

            Premier rappel utile : cette question n’a rien de nouveau, ni dans l’histoire juive, ni même dans l’histoire récente d’Israël. Elle apparaît à l’occasion de chaque guerre depuis 1948 et a donné lieu à d’innombrables débats, tant dans l’espace public que dans les œuvres littéraires ou cinématographiques consacrées à la guerre. Rappelons le fameux épisode des « Lamed-Hé » pendant la Guerre d’Indépendance, au cours duquel 35 jeunes soldats trouvèrent la mort, après avoir croisé sur leur chemin un vieux berger arabe, qu’ils choisirent d’épargner et qui s’empressa d’aller chercher des renforts.

 

Devenu un élément fondateur de la doctrine militaire de la « pureté des armes », cet épisode est parfois considéré comme illustrant la trop grande attention portée par Israël à la vie de ses ennemis. Autres exemples, plus récents : au cours de la Première Guerre du Liban, en 1982, des soldats israéliens se trouvèrent confrontés à de jeunes adolescents, voire à des enfants armés, et plusieurs soldats de Tsahal furent tués pour avoir hésité à tirer sur ces ennemis, en raison de leur jeune âge.

 

Ces exemples illustrent un phénomène récurrent dans l’histoire des guerres d’Israël : celui du refus de tuer des civils ou des enfants-soldats, refus aux conséquences souvent tragiques. A Gaza aussi, de nombreux témoignages récents font état de la présence de civils non armés, qui viennent à la rencontre des soldats de Tsahal et les attirent délibérément dans des embuscades meurtrières. Un nom a même été inventé pour désigner ces pièges mortels : les « embuscades humanitaires ».

 

L’utilisation des civils par le Hamas

 

Sans être le premier à utiliser ces tactiques de guerre, le Hamas est en effet passé maître dans l’utilisation de civils pour servir ses objectifs militaires et politiques. Celle-ci prend essentiellement trois formes principales : premièrement, celle des civils utilisés comme boucliers humains, dans les hôpitaux, sur le champ de bataille en surface et dans les tunnels souterrains. Deuxièmement, celle des civils exposés délibérément aux attaques israéliennes, ou empêchés de quitter les lieux dangereux (comme les y invite Tsahal) pour démultiplier volontairement le nombre des victimes civiles. Et enfin, celle des civils utilisés comme « appâts » sur le champ de bataille, dans les « embuscades humanitaires » évoquées ci-dessus.

 

Face à ces tactiques guerrières – que le droit de la guerre occidental considère comme illégales – Tsahal est confronté à un dilemme permanent. Ne pas tenir compte de la présence des civils ennemis conduit à augmenter le nombre de victimes civiles – ce qui est précisément l’objectif recherché par le Hamas – et à accroître les pressions internationales contre Israël, comme nous le voyons actuellement. A l’inverse, tenir compte de la présence des civils expose les soldats à un risque accru, et met parfois en danger les objectifs militaires. Tsahal navigue ainsi constamment entre ces deux objectifs contradictoires.

 

Mais ce débat n’est pas seulement opérationnel et tactique, car il touche également à des considérations morales et juridiques, qui sont au cœur du débat intérieur à Israël. C’est pourquoi la définition même des « civils innocents » a des implications qui vont bien au-delà du débat théorique. La notion même de « civils innocents » est problématique, comme le faisait remarquer le rabbin Oury Cherki il y a plusieurs années. En effet, elle laisse entendre que les soldats seraient, eux, « coupables » et qu’il y aurait lieu de les « juger », voire de les « condamner »[1].

 

La remarque du rabbin Cherki fait écho à un débat ancien dans la tradition d’Israël. Ainsi, le Maharal de Prague observait similairement que la guerre n’est pas une opération qui vise à capturer des criminels, dans laquelle il faudrait effectivement protéger les civils innocents. La guerre est un affrontement entre plusieurs nations, au cours duquel des civils sont inévitablement exposés et font partie des victimes. Il est intéressant de remarquer que l’Occident lui-même a longtemps envisagé la guerre selon cette dernière conception, et que ce n’est que récemment qu’il a évolué vers une idée de « guerre-justice » (comme la guerre des Balkans dans les années 1990).

 

Les civils de Gaza sont-ils innocents ?

 

Au-delà de ces considérations théoriques, la guerre actuelle montre les limites et les ambiguïtés de la notion de « civils innocents » dans le cas des habitants de Gaza. Comme l’ont en effet rapporté des dizaines de soldats et d’officiers présents dans la bande de Gaza, la plupart des civils s’identifient, dans une mesure plus ou moins grande, au Hamas et à ses objectifs. En réalité, la notion même de « civils non impliqués » est étrangère à la doctrine du djihad dans l’islam, doctrine dans laquelle les habitants de Gaza sont éduqués et qu’ils appliquent. Le djihad est en effet devenu à l’époque contemporaine – sous l’inspiration des théoriciens de l’islam radical – une obligation individuelle (fard ‘ayn) qui s’applique à tous.

 

Pratiquement, cela se traduit dans le fait que la plupart des assaillants du 7 octobre n’étaient pas des terroristes du Hamas portant un uniforme, mais bien des civils de Gaza, qui se sont joints à la razzia et aux exactions perpétrées contre Israël. Ce constat est lourd de conséquences, et il ne doit pas être occulté, sous peine de commettre une erreur d’appréciation cruciale. La guerre actuelle n’oppose en effet pas seulement Israël au Hamas, mais bien à Gaza et à sa population. Ce constat a été confirmé sur le terrain par le fait que des armes et des munitions ont été trouvées dans la plupart des maisons de Gaza, y compris cachées sous les lits d’enfants…

 

Comme le rapportait récemment le journaliste de la 13e chaîne et soldat de réserve Roï Yanovsky, « Dans tous les quartiers où nous avons été, il y a des sites militaires du Hamas avec des armes, des tunnels, des explosifs, des rampes de lancement de roquettes et tout cela dans les maisons. Dans certaines, se trouvent des ouvertures dans les murs pour passer d’un bâtiment à un autre. Les habitants de Gaza qui vivent dans ces zones de guerre, le savent. Ils ont reçu une quantité innombrable d’avertissements les appelant à évacuer, bien avant que Tsahal n’entame son offensive terrestre. Ceux qui ont décidé de rester sont soit des hommes du Hamas, soit des gens qui ont pris cette décision en sachant que les lieux étaient utilisés par le Hamas et donc une zone de combat »[2].

 

            Ce que signifie ce témoignage éloquent, c’est que la plupart des civils de Gaza sont loin d’être innocents. Ils ont en fait pris fait et cause pour le Hamas et sont ainsi devenus ses supplétifs. C’est sans doute une des raisons de la difficulté de la guerre actuelle, qui dure déjà depuis plus de 100 jours et dont nous sommes loin de voir la fin. Comme l’explique encore Yanovsky, « le cercle qui permet au Hamas d’agir est beaucoup plus large que ses dizaines de milliers de terroristes. L’idéologie du Hamas se trouve dans toutes les maisons, dans les tableaux, dans les documents de propagande. Le Hamas à Gaza c’est comme Messi en Argentine ». Ou, pour dire les choses autrement, les terroristes du Hamas sont à Gaza « comme un poisson dans l’eau », selon l’expression du président Mao Zedong, qui avait lui aussi une expérience de la guérilla et de l’utilisation des civils à des fins militaires.

 

Dans ces circonstances, que doit faire Tsahal et comment Israël doit-il adapter son attitude aux réalités du terrain à Gaza (et ailleurs) ? La première conséquence est de garder sans cesse à l’esprit le fait que les civils sont rarement innocents. Cela doit être une loi d’airain pour les soldats israéliens : que nul d’entre eux ne tombe dans les pièges tendus par des civils ou utilisant des civils, et que nul ne cède à la tentation (bien humaine) de les considérer comme des victimes. La deuxième conséquence est l’obligation pour Israël de rappeler au monde entier contre qui nous nous battons, comme il le fait depuis le 7 octobre. Il est crucial de rappeler sans cesse que les civils de Gaza sont rarement innocents et qu’ils sont en fait responsables de la situation actuelle, ayant porté le Hamas au pouvoir et n’ayant rien fait pour s’opposer à lui.

 

Aucune population civile ne peut être tenue pour non responsable du pouvoir qu’elle s’est choisie. Il y a eu des résistants et des opposants dans tous les régimes totalitaires, y compris les plus cruels, comme l’Allemagne nazie, où Hitler a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat. On attend toujours de voir se lever des Gazaouis opposés au Hamas. En attendant ce jour, écoutons et faisons nôtre le témoignage de l’ex-otage franco-israélienne Mia Shem, qui a déclaré, après avoir passé plusieurs semaines dans une geôle, gardée par une famille de « civils » soi-disant innocents, que « tout le monde est terroriste à Gaza ». Vérité difficilement audible en Occident, mais vérité tout de même.

Pierre Lurçat

© P. Lurçat et Israël Magazine.

 

[1] Oury Cherki, “Une éthique juive de la guerre”, in Revue Forum-Israël no. 4, Déraison d’Etat, juin 2007.

[2] Témoignage traduit sur le site LPH INFO

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Les civils de Gaza sont-ils vraiment “innocents”? P. Lurçat

February 21 2024, 12:56pm

Posted by Pierre Lurçat

Les civils de Gaza sont-ils vraiment “innocents”? P. Lurçat

 

Aucune population civile ne peut être tenue pour non responsable du pouvoir qu’elle s’est choisie. Il y a des résistants et des opposants dans tous les régimes totalitaires, y compris les plus cruels, comme l’Allemagne nazie, où Hitler a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat. On attend toujours de voir se lever des gazaouis opposés au Hamas… Extrait d’un article paru dans Israël Magazine.

 

La guerre actuelle montre les limites et les ambiguïtés de la notion de “civils innocents” dans le cas des habitants de Gaza. Comme l’ont en effet rapporté des dizaines de soldats et d’officiers présents dans la bande de Gaza, la plupart des civils s’identifient, dans une mesure plus ou moins grande, au Hamas et à ses objectifs. En réalité, la notion même de “civils non impliqués” est étrangère à la doctrine du djihad dans l’islam, doctrine dans laquelle les habitants de Gaza sont éduqués et qu’ils appliquent. Le djihad est en effet devenu à l’époque contemporaine – sous l’inspiration des théoriciens de l’islam radical – une obligation individuelle (fard ‘ayn) qui s’applique à tous.

 

Pratiquement, cela se traduit dans le fait que la plupart des assaillants du 7 octobre n’étaient pas des terroristes du Hamas portant un uniforme, mais bien des civils de Gaza, qui se sont joints à la razzia et aux exactions perpétrées contre Israël. Ce constat est lourd de conséquences, et il ne doit pas être oublié, sous peine de commettre une erreur d’appréciation cruciale. La guerre actuelle n’oppose en effet pas seulement Israël au Hamas, mais bien à Gaza et à sa population. Ce constat a été confirmé sur le terrain par le fait que des armes et des munitions ont été trouvées dans la plupart des maisons de Gaza, y compris cachées sous les lits d’enfants…

 

Comme le rapportait récemment le journaliste de la 13e chaîne et soldat de réserve Roï Yanovsky, “Dans tous les quartiers où nous avons été, il y a des sites militaires du Hamas avec des armes, des tunnels, des explosifs, des rampes de lancement de roquettes et tout cela dans les maisons. Dans certaines, se trouvent des ouvertures dans les murs pour passer d’un bâtiment à un autre. Les habitants de Gaza qui vivent dans ces zones de guerre, le savent. Ils ont reçu une quantité innombrable d’avertissements les appelant à évacuer, bien avant que Tsahal n’entame son offensive terrestre. Ceux qui ont décidé de rester sont soit des hommes du Hamas, soit des gens qui ont pris cette décision en sachant que les lieux étaient étaient utilisés par le Hamas et donc une zone de combat”[1].

 

            Ce que signifie ce témoignage éloquent, c’est que la plupart des civils de Gaza sont loin d’être “innocents”. Ils ont en fait pris fait et cause pour le Hamas et sont ainsi devenus ses supplétifs. Comme l’explique encore Yanovsky, “le cercle qui permet au Hamas d’agir est beaucoup plus large que ses dizaines de milliers de terroristes. L’idéologie du Hamas se trouve dans toutes les maisons, dans les tableaux, dans les documents de propagande. Le Hamas à Gaza c’est comme Messi en Argentine”. Ou, pour dire les choses autrement, les terroristes du Hamas sont à Gaza comme “un poisson dans l’eau”, selon l’expression du président Mao Zedong. Aucune population civile ne peut être tenue pour non responsable du pouvoir qu’elle s’est choisie. Il y a des résistants et des opposants dans tous les régimes totalitaires, y compris les plus cruels, comme l’Allemagne nazie, où Hitler a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat. On attend toujours de voir se lever des gazaouis opposés au Hamas…

© Pierre Lurçat / Israël Magazine

 

(Extrait d’un article paru dans le dernier numéro d’Israël Magazine, pionnier de la presse francophone israélienne).

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[1] Témoignage traduit sur le site LPH INFO

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