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benjamin netanyahou

Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

March 23 2026, 15:24pm

Posted by Pierre Lurçat

Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

J’ai trois choses à leur dire : Il faut qu’ils amassent du fer,

Qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

V. Jabotinsky, Samson

 

 

Alors qu’Israël est plongé dans sa guerre la plus longue et la plus difficile depuis 1948, il peut sembler paradoxal, voire provocateur de faire l'éloge de la guerre… Pour comprendre ce titre paradoxal, il faut se rappeler quel est le prix que le peuple Juif a payé durant sa longue histoire pour avoir été privé du droit (et du privilège) de pouvoir se défendre par les armes. Le philosophe Michaël Bar-Zvi avait écrit il y a quelques années un essai qui portait précisément sur ce thème, intitulé “Eloge de la guerre après la Shoah”. Son beau livre portait en exergue les mots de Jabotinsky, mis dans la bouche de son héros Samson, qui constituent en vérité le testament du “Rosh Betar”, fondateur de l’aile droite du mouvement sioniste : “Il faut qu’ils amassent du fer, qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

C’est en effet la dimension militaire que Jabotinsky ajouta au sionisme de Herzl, chez qui elle était totalement absente. Ce n’est donc pas un hasard si c’est l’hériter de Jabotinsky qui est aujourd’hui en train de mener Israël à ses plus grandes victoires militaires depuis 1967. Au regard de l’histoire du sionisme politique, il était dans l’ordre des choses que Benjamin Nétanyahou achève la “deuxième étape” du sionisme, envisagée par Jabotinsky dans son fameux article programmatique de 1926, le “Mur de fer”. Le véritable paradoxe est plutôt que Nétanyahou ait pratiqué pendant plusieurs décennies une politique de retenue à Gaza (dans la meilleure tradition de la “havlaga” prônée par le sionisme travailliste avant 1948), politique qui a abouti in fine à la catastrophe du 7-Octobre.

 

Les causes de ce paradoxe sont nombreuses. Citons, pêle-mêle, le traumatisme familial vécu par Nétanyahou lors de la mort de son frère Yoni, tombé à Entebbe, comme il le relate dans son autobiographie; le fait que sa farouche détermination concernant l’Iran ait été longtemps entravée par les chefs des différents organes de sécurité, notamment le Mossad; et enfin (et surtout) le fait que l’establishment politique et militaire israélien tout entier ait été pendant trois décennies intoxiqué par l’idéologie post-sioniste, dont j’ai retracé ailleurs les racines[1], et qui a abouti aux retraits désastreux de Judée-Samarie et de la bande de Gaza, directement responsables du 7-Octobre.

 

La fin de la parenthèse post-sioniste

 

Nous vivons depuis le 7-Octobre la fin de la parenthèse post-sioniste. Elle se manifeste par le retour aux valeurs fondatrices de Tsahal : porter la guerre sur le territoire de l’ennemi, mener des attaques préventives, éliminer les têtes de l’ennemi, etc. Mais ce retour aux valeurs fondatrices s’accompagne en réalité d’une montée en puissance et d’un changement de paradigme, et pour ainsi dire de statut. L’Israël de l’après 7-Octobre n’est pas celui d’avant : il est devenu plus fort, plus audacieux, plus conscient de son identité et de sa force  (et du lien consubstantiel entre son identité et sa force). Israël est devenu littéralement, de manière saisissante et presque miraculeuse, un “lion rugissant”. Son armée de l’air règne sans conteste dans le ciel de Téhéran, de Beyrouth et de Damas, faisant l’admiration du monde entier et notamment des Etats-Unis, dont il est devenu le meilleur (et le seul) allié militaire. Et son infanterie et ses blindés entrent au Liban sans peur et sans aucune retenue, détruisant les ponts du Litani, qui pourrait bientôt devenir la nouvelle frontière au Nord d’Israël, au moins sur le plan sécuritaire.

 

Pour comprendre l’étendue de ce changement et sa signification véritable, il faut se rappeler ce qu’était la doctrine stratégique d’Israël pendant les décennies de post-sionisme (qui s’étendent grosso modo entre l’après 1973 et le 7-Octobre). Elle reposait sur le paradigme mensonger des “territoires contre la paix” et de la retenue (“sheket tmourat sheket”, le “calme répondra au calme”). Elle se traduisait par une timidité assumée de Tsahal et par une vision purement défensive, exprimée dans la prouesse technologique du Kippa Barzel (dôme d’acier), dont la signification militaire, comme je l’ai souvent écrit depuis une quinzaine d’années, était en fait une dissuasion du faible au fort. Tsahal était en effet dissuadé d’attaquer et de détruire les missiles accumulés à Gaza (depuis le retrait désastreux de 2005) et en Iran (depuis 1979).

 

Faiblesse militaire et morale fallacieuse

 

Cette faiblesse militaire s’accompagnait d’une prétention “morale” fallacieuse, incarnée dans le fameux “Code éthique de Tsahal”, rédigé par un philosophe enfermé dans sa tour d’ivoire, Assa Kacher, qui était entièrement coupé des nécessités de la guerre et de la survie dans un environnement hostile. Le code éthique de Tsahal traduisait en termes militaires ce que le président de la Cour suprême, Aharon Barak, inspirateur de la “Révolution constitutionnelle” et de la judiciarisation de l’armée et de la vie publique tout entière, avait exprimé par la fameuse métaphore : “Tsahal se bat avec une main dans le dos”.

 

Cette terrible métaphore signifiait qu’aux yeux de Barak, comme à ceux des autres partisans de l’éthos progressiste d’inspiration occidentale, il était non seulement nécessaire de brider les mains de notre armée face à nos ennemis, mais que cela était bien ! Cette conception funeste fut responsable de bien des défaites militaires, et de morts inutiles de soldats de Tsahal exposés au feu de l’ennemi pour sauver à tout prix les “valeurs morales” d’inspiration non-juive, comme l’a bien montré le rabbin Eliaou Zini dans un article paru en 2006. (à suivre…)

Pierre Lurçat

 

* Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

[1] Voir notamment mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

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“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

March 17 2026, 13:57pm

Posted by Pierre Lurçat

“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

 

 

1.

 

A travers le refus européen unanime d’aider à garantir la liberté de circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, c’est un sinistre remake de l’histoire qui se joue. On pense évidemment à la fermeture du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Egypte, qui déclencha la guerre des Six Jours. Et comment ne pas penser, aussi et surtout, au fameux “Mourir pour Dantzig?”, titre de l’éditorial du pacifiste et collaborationniste Marcel Déat, le 4 mai 1939. La demande américaine adressée aux “alliés” européens est ainsi le révélateur d'une lâcheté politique qui demeure aujourd’hui le seul ciment d’une Europe divisée sur bien des sujets, mais unanime dans son refus d’aider les Etats-Unis et Israël dans leur juste guerre contre le régime iranien sanguinaire.

 

Les Européens refusent d’être entraînés par Donald Trump dans sa guerre contre l’Iran”, titre Le Monde, et ce titre a lui aussi des résonnances sinistres…. “SA guerre contre l’Iran" ? Comme s'il s'agissait de la lubie personnelle de Trump, que les médias et les chancelleries européennes se complaisent à décrire (dans le meilleur des cas) comme un excentrique, “imprévisible” et “mercantiliste” (selon F. Encel). L’anti-américanisme européen est un bien mince paravent à la détestation d’Israël.

 

2.

 

Israël qui s’avère dans cette guerre, comme l’a reconnu le président américain lui-même, le seul allié fiable et sérieux des Etats-Unis face à l’Iran. Après la reculade britannique suite à l’attaque contre la base militaire de Chypre et après les innombrables lâchetés de Macron, qu’on ne compte plus (la dernière en date étant son appel répété à Israël pour ne pas attaquer le Hezbollah sur le sol libanais), voici que l’Allemagne elle-même se range dans le camp de la couardise et du déshonneur, par la voix de son ministre de la Défense :

 

“Ce n’est pas notre guerre, nous ne l’avons pas déclenchée. » a déclaré Boris Pistorius, disant tout haut ce que pensent tout bas Macron et consorts. Comment ces mêmes pays pourront-ils demander demain aux Etats-Unis de les protéger contre une menace à leur propre sécurité, venant de la Russie ou d’ailleurs ? Leur lâcheté face à l’Iran les aveugle tellement, qu’ils perdent de vue leurs propres intérêts géopolitiques.

 

3.

 

Mais l’essentiel n’est sans doute pas là. Dans le monde redessiné par l’attaque préventive (on ne cessera de le répéter) contre la menace nucléaire iranienne, Israël sous la direction de B. Nétanyahou et les Etats-Unis de Donald Trump apparaissent comme les deux seuls phares d’un Occident qui a renoncé au courage de sa propre survie. C’est sans doute le phénomène le plus marquant de la recomposition du monde après le 7-octobre : Israël est devenue une puissance régionale incontournable – et certains disent même, une puissance internationale – tandis que l’Axe du mal se délite et court à sa perte.

 

L’Europe (et la France) ne comptent plus sur la scène internationale et les États-Unis sont redevenus la première (et pour ainsi dire la seule) grande puissance, avec l’aide d’Israël. “Make America great again” et “Make Israël Great again !”: les promesses respectives des deux grands dirigeants que sont Donald Trump et Benjamin Nétanyahou sont en voie d’être tenues. Pour le plus grand bien de leurs peuples respectifs, du peuple iranien et de tous les peuples épris de liberté. Ad hanitsahon! *

P. Lurçat

* « Jusqu’à la victoire ! » Slogan apparu pendant la guerre déclenchée le 7-Octobre. C’est le titre de mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! la plus longue guerre d’Israël, disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

“Make Israel and America Great again!” Donald Trump, Nétanyahou et la recomposition du monde après le 7-Octobre

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Israël-Iran: l’“au-delà” de la géopolitique, ou comment comprendre les événements ?

March 10 2026, 14:08pm

Posted by Pierre Lurçat

Israël-Iran: l’“au-delà” de la géopolitique, ou comment comprendre les événements ?

 

La dimension invisible de la géopolitique (II):

L’“au-delà” du politique ou comment comprendre les événements ?

 

1.

 

Je connais Alexandre Del Valle depuis plus de 25 ans. Juste après le 11-septembre, alors que je me trouvais en France, nous avions créé avec quelques amis une “Association des amis d’Alexandre Del Valle” pour le défendre contre une campagne de diffamation lancée à son encontre par le journal Le Monde (à l’époque pro-palestinien tendance Fatah, depuis il a viré pro-Hamas…). Ce petit préambule pour dire que j’apprécie l’homme et son parcours. Cela ne m’empêche pas d’avoir éprouvé une certaine insatisfaction en écoutant sa dernière intervention sur l’excellente chaîne Mosaique.

 

Si je devais résumer en une phrase mon sentiment, je dirais que la géopolitique n’a pas grand-chose de profond à nous dire des événements actuels, parce qu’elle s’en tient, comme je l’écrivais récemment, aux apparences et aux réalités “objectives”. Or, depuis le 7-Octobre, nous vivons en Israël des événements qui dépassent de très loin (et de très haut) le domaine de la politique, de la géopolitique ou même de l’histoire dans son acception courante. Comme me l’écrivait Steve Ohana (dont je recommande au passage les commentaires hebdomadaires de la parasha), en réaction à mon article, “nous vivons un moment méta-historique”.

 

Bien entendu, il est difficile d’expliquer à quelqu’un qui ne vit pas ici – même s’il est un ami d’Israël et un observateur avisé de la scène internationale – ce que signifie la “méta-histoire” d’Israël, ou ce que veut dire la “émouna” (foi) juive, clé de notre compréhension du monde et des événements actuels.  Pour tenter néanmoins de partager cette vision juive du monde, je dirais qu’elle repose sur l’idée fondamentale que la puissance d’un pays ne relève pas que de critères objectifs, économiques ou militaires. Ceux qui s’obstinent à vouloir “mesurer” la puissance des différents acteurs en termes de PIB, ou de nombre d’armes conventionnelles ou non, sont incapables de comprendre la portée des événements actuels. (Une preuve, parmi tant d’autres : la France, puissance nucléaire et membre du Conseil de sécurité de l’ONU, est devenue sous Macron (et avant déjà) un nain politique, dont l’(in)action n’a aucune prise sur le cours des événements…)[1]

 

2.

 

La “dimension invisible” de la géopolitique dont il est ici question relève à la fois de la morale et de l’esprit. Dans un article publié en 1920, Jabotinsky critiquait la vision juive traditionnelle, exprimée par le verset du prophète Zacharie : ‘Ni par la puissance, ni par la force, mais par mon esprit[2]. Selon cette conception, expliquait-il, “La force spirituelle est la force véritable. La tradition du judaïsme est une tradition de l’esprit, et non de la force physique”. Je ne partage pas cette conception. Nous possédons tant la tradition de l’esprit que celle de la force physique”.

Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Jourdain depuis lors, et la vision de Jabotinsky a inspiré la doctrine du “Mur de fer”, devenue le pilier de la stratégie de défense d’Israël. Mais elle a parfois été réduite à sa seule dimension militaire, en oubliant que la force de Tsahal seule ne suffit pas à affronter nos ennemis, lorsqu’elle procède d’un oubli de notre identité et de notre vocation, comme nous l’avons constaté tragiquement le 7-Octobre. Or, et c’est le point crucial négligé par la plupart des observateurs, tant Nétanyahou que Trump sont bien conscients de cet aspect essentiel. Un autre exemple frappant de cette cécité de la géopolitique est celui du spécialiste français no. 1 de l’islam, Gilles Kepel, qui avait parlé en 2001 de "dilution de l'islamisme dans l'économie de marché", et dont le grand livre Jihad, paru avant le 11-Septembre, portait en sous-titre: « expansion et déclin de l’islamisme », annonçant bien avant l’heure un « déclin » qu’on attend toujours !

La guerre des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran est inspirée par une conviction profonde, partagée par les deux dirigeants, conviction qui s’exprime en termes de morale et de croyances religieuses, et non en termes purement politiques. Il s’agit bien à leurs yeux de “combattre le Mal”, objectif que les chancelleries européennes, de Madrid à Paris et Londres, sont incapables de comprendre, car elles s’accommodent très bien de l’existence du mal et s’en font aujourd’hui les complices… Face à “l’axe du Mal” et à “l’empire du mal” iranien, c’est la conviction profonde de la justesse de notre cause qui est la clé de notre victoire. Cela est d’autant plus important à rappeler que certaines voix, en Israël même, émettent à présent des doutes sur le bien-fondé de la guerre.

 

3.

 

Dans ce contexte, Bernard-Henri Lévy a évidemment raison de rappeler que la guerre contre l’Iran est une “guerre juste”, en s’appuyant sur les différentes théories de la “guerre juste”, d’Augustin jusqu’à Michael Walzer. A propos de ce dernier, je ne peux oublier qu’il avait donné une interview en octobre 2023 au magazine Philosophie[3] (quelques jours après le pogrome du Hamas!) où il s’interrogeait déjà sur la légitimité de la riposte israélienne, se donnant le luxe (et l’outrecuidance) de déclarer que “la justice exige la défaite du Hamas, pas la vengeance” et expliquant encore être “très préoccupé par la décision de lancer un siège total de Gaza et peut-être de partir à la conquête de ce territoire…” Les rédacteurs de la revue-K n’avaient rien trouvé à redire à ces propos consternants.

 

Mais là où BHL se trompe, c’est lorsqu’il qualifie de “ruse de la raison” (concept hégélien) le fait que cette guerre juste soit menée précisément par Donald Trump (qu’il abhorre comme tant d’autres). Ce n’est pas un hasard, ni une “ruse de la raison” si ce sont Donald Trump et Binyamin Nétanyahou qui sont en train de réaliser ce qu’aucun autre dirigeant occidental avant eux n’a été capable de faire. Leurs accomplissements à ce jour, quelle que soit l’issue et la durée de la guerre en cours, en font d’ores et déjà les dignes héritiers de Roosevelt et de Churchill. Ad Hanitsahon!

Pierre Lurçat

[1] Quoi qu’en pense Frédéric Encel, chantre de la “puissance” française et porte-parole non officiel du quai d’Orsay.

[2] Zacharie, 4-6.

[3] Michael Walzer : « La justice exige la défaite du Hamas, pas la vengeance contre les Palestiniens » - K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle

NB Je présenterai mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël et évoquerai l’actualité brûlante dimanche 15 mars à 19h00 chez Alex et Brigitte Bliah, à Jérusalem (adresse et inscription auprès de Brigitte 050-22 40 861).

Israël-Iran: l’“au-delà” de la géopolitique, ou comment comprendre les événements ?

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La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

March 3 2026, 10:03am

Posted by Pierre Lurçat

La dimension invisible de la géopolitique : Israël, les Etats-Unis et le grand « Pourimspiel » de la politique internationale

 

La géopolitique est largement incapable de décrire les événements actuels, parce qu'elle s'en tient aux apparences, de manière souvent simpliste, voire caricaturale. Ceux qui s'obstinent à décrire Donald Trump comme un idiot et à croire que la France est une "grande puissance" montrent non seulement qu'ils n'ont rien compris au monde actuel, mais aussi que leur grille de lecture des événements est fondamentalement déficiente. De même pour les contempteurs de Netanyahou, qui refusent de voir l'évidence qui crève les yeux de tout Israélien lucide et de tout observateur honnête. C'est Binyamin Nétanyahou qui a transformé Israël après le 7-octobre, pour en faire une puissance capable de remodeler la carte du Moyen-Orient et de changer l'avenir de toute la région et du monde.

 

Israël sous Netanyahou n'est pas seulement devenu une puissance régionale et mondiale. Il est littéralement devenu ce "lion rugissant", qui est capable de vaincre ses ennemis d'un coup de "patte" et de faire tomber leurs têtes les uns après les autres. Israël, sous la direction de Benjamin Netanyahou, n'est plus un acteur de second plan, ni le vassal de grandes puissances, étrangères (comme s’obstine à le faire croire le journal Ha’aretz, qui le présente comme “le valet de Trump”, dans la meilleure tradition de l’antisionisme soviétique d’antan).

 

Israël est devenu une puissance régionale, dont la puissance ne se mesure pas seulement à son PIB, à sa force militaire ou technologique. La puissance d'Israël, comme l'ont bien compris les deux dirigeants qui sont en train de remodeler le visage du monde entier, Donald Trump et B. Nétanyahou, se mesure à l'aune d'un critère que les experts en géopolitique sont incapables de mesurer et d'apprécier. Ce critère largement occulté relève en effet d'une autre dimension, que les dirigeants actuels d'Israël et des Etats Unis ont bien comprise, mais qui échappe à la plupart des dirigeants et commentateurs de l'actualité internationale.

 

Comme je l’écrivais dans ces colonnes il y a cinq ans, Donald Trump est le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique sur lequel elle est fondée, et le premier dirigeant à avoir donné à l’Etat juif son statut véritable de peuple spécial (Am Segoula), c’est-à-dire de peuple “par lequel sont bénies toutes les nations du monde”. Les accomplissements de Trump s’inscrivent en réalité dans le temps long de l’histoire, et plus précisément, dans le temps spécifique à l’histoire juive et à l’histoire d’Israël, c’est-à-dire dans le temps des Toledot, concept hébraïque qui désigne, selon l’enseignement de Manitou, l’histoire des engendrements et le développement de l’identité humaine, et pas seulement l’histoire événementielle[1].

 

C’est dans cette perspective qu'on peut comprendre la dimension invisible de la géopolitique, à savoir la dimension spirituelle et morale incarnée par Israël, dont la destinée ne relève pas des "lois" de l'histoire, ni des règles habituelles auxquelles sont soumis les États. La dimension invisible de la géopolitique est celle du Nom divin qui ne figure pas dans la Meguilat Esther, celle du Maître d'œuvre du grand "Pourimspiel", qui dirige le monde. Pourim Saméakh !

 

P. Lurçat

 

 

[1] Voir le commentaire du Rav Manitou-Askénazi sur la parachat Toledot, Leçons sur la Torah, Albin Michel.

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

le digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique

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Lettre ouverte à Alain Finkielkraut qui a “honte d’Israël” et soutient le projet chimérique et dangereux d’E. Macron

September 30 2025, 08:17am

Posted by Pierre Lurçat

Lettre ouverte à Alain Finkielkraut  qui a “honte d’Israël” et soutient le projet chimérique et dangereux d’E. Macron

“Je ne peux pas me contenter d’être en colère [contre le gouvernement israélien]... Je suis compromis, je suis sali, je suis souillé en tant que Juif!”                               

A. Finkielkraut sur France Info, 21 septembre 2025

Cher Alain Finkielkraut,

 

Votre radotage incessant concernant la ‘solution à deux Etats” aura fini par porter ses fruits. Non certes, que M. Macron ait eu besoin de vous pour le convaincre qu’il fallait que la France se place en tête d’une nouvelle croisade anti-israélienne (et antisémite, disons-le)! Non, Macron n’écoute pas la voix des intellectuels et des conseillers juifs, qui lui servent tout au plus de dérisoire “feuille de vigne” médiatique, pour dissimuler le fait évident que sa politique est dictée par la rue arabe en France et par les bailleurs de fonds qataris… Mais vous devez tout de même être fier de savoir qu’un président français a octroyé – le jour même du Nouvel An juif – le plus beau cadeau que les ennemis d’Israël pouvaient espérer après le 7-Octobre: la reconnaissance d’un “Etat palestinien”.

 

C’est une belle “victoire” pour vous, qui affirmez sans cesse que “le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”, et qui répétez comme un mantra, depuis quatre décennies, qu’il faut “mettre fin à l’occupation” en optant pour la “solution à deux Etats”’… Peu importe de savoir si la “solution à deux Etats” ressemble beaucoup, dans l’esprit de ces Palestiniens que vous soutenez avec une telle constance, à la “solution finale” de la question juive à laquelle le père fondateur du nationalisme palestinien, Hadj Amin al-Husseini, a tant contribué… Après tout, les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

 

Je fais partie de ceux qui déplorent depuis longtemps votre aveuglement concernant Israël et la dissonance cognitive qui vous permet de vous flatter d’appartenir depuis 40 ans au “camp de la paix” israélien (sinistre expression qui remonte à l’ex-Union soviétique, et qui aurait sans doute fait honte à votre ami Milan Kundera), et au camp anti-Bibi aujourd’hui, tout en adoptant en France des positions plus proches de la droite de la droite que de la gauche bien-pensante… J’ai longtemps cru, comme d’autres, que cet entêtement (ce radotage pour employer vos propres termes[1]) tenait avant tout à un manque d’information.

 

Car l’Etat d’Israël que vous connaissez et que vous chérissez, celui d’Itshak Rabin et d’Amos Oz, ressemble aux belles photos noir et blanc des années 1980 de Didier Ben Loulou… Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Jourdain depuis et l’image d’Epinal que vous cultivez d’Itshak Rabin, le “héros de la paix assassiné par un extrémiste juif”, ne décrit pas la complexité d’Israël. De manière générale, votre vision d’Israël est marquée par des simplifications extrêmes et par des oppositions binaires et manichéennes.

 

Mais voilà que votre cécité sur la réalité d’Israël et de ses ennemis vous conduit à vous faire l’avocat du pire président qu’a connue votre pays, la France, depuis les débuts de la 5e République. Celui qui a transformé les Juifs (vous y compris) en parias dans leur propre pays, celui qui a réinstauré en France un boycott d’Israël et un “Statut des Juifs”, qu’on croyait aboli en 1945, et celui qui prétend offrir un Etat aux terroristes du Hamas et du Fatah, devient dans votre bouche digne de respect et de soutien ! Preuve qu’on ne peut être aveugle concernant Israël et lucide concernant la France et sa politique.

 

Votre récent cri du cœur sur France Info, dans lequel vous affirmez être “compromis, sali et souillé (sic) en tant que Juif” par la politique israélienne, montre à quel point votre détestation du camp national et religieux en Israël relève d’une véritable phobie, presque pathologique et largement irrationnelle. Car qu’est-ce qui peut objectivement justifier ce sentiment de “salissure”? J’ai récemment tenté d’analyser la posture des Juifs qui se distancient d’Israël, et votre cas aurait mérité de longs développements. Cette “salissure” que vous dites ressentir à cause du gouvernement israélien relève visiblement de cette “haine de soi juive”, magistralement analysée par Theodor Lessing il y a un siècle.

 

Charles Rozjman a raison d’évoquer (au sujet de Delphine Horvilleur) un “judaïsme qui rêve de pureté dans un monde qui ne lui a jamais accordé le droit d’exister”. Mais ce rêve de pureté est illusoire et dangereux. Plusieurs penseurs sionistes ont relevé depuis longtemps le paradoxe d’un “judaïsme aux mains propres”... mais qui n’a pas de mains. Aujourd’hui, Israël se défend et se bat pour sa survie ! J’ajoute que nous n’avons nullement à rougir, nous Juifs d’Israël, ni de la manière dont Tsahal nous défend, ni de la politique de notre gouvernement. Non seulement Israël ne commet aucun “crime de guerre”, mais il révèle au monde entier une nouvelle manière de faire la guerre, plus juste et plus humaine.

 

Cher Alain Finkielkraut, en cette veille de Yom Kippour, j’ai envie de vous dire : cessez d’admonester notre gouvernement et notre Etat, que vous affirmez “aimer”. Revenez vers notre peuple, vers votre peuple ! Oubliez votre “souillure”, qui est en réalité celle de l’existence juive en Galout et de ses compromissions quotidiennes et venez vous tremper dans le mikvé de la terre d’Israël et de sa Torah que vous méconnaissez. Venez rencontrer le peuple d’Israël, dans toute sa diversité et sa richesse humaine, au lieu de fréquenter uniquement ces universitaires kaplanistes qui vous abreuvent de leur fiel. Et venez aussi rencontrer les pionniers juifs de Judée-Samarie, au lieu de les calomnier dans les médias français ! Vous finirez peut-être par comprendre combien Israël est beau et pur, comme un tallith immaculé ! Gmar Hatima tova.

Pierre Lurçat

NB Mon nouveau livre, Jusqu'à la victoire! La plus longue guerre d'Israël - Chroniques 2023-2025 paraîtra courant octobre.

 

 

 

[1]Je plaide depuis bientôt quarante ans pour la fin de l’occupation et la solution de deux Etats. Et je reviens inlassablement à la charge, je prends même le risque du radotage…” (A. Finkielkraut, A la première personne, p. 47).

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Nétanyahou et l’Iran : le secret d’un combat pour la survie d’Israël

June 13 2025, 11:23am

Posted by Pierre Lurçat

Bentsion Netanyahou et son fils, lors d’une cérémonie en souvenir de Yoni

Bentsion Netanyahou et son fils, lors d’une cérémonie en souvenir de Yoni

Israël-Iran: dans la tête de Benjamin Nétanyahou

 

L’opération “Lion qui se lève” (Am ka-Lavi), offensive fulgurante menée par Israël pour contrecarrer le programme nucléaire iranien, est le fruit de l’obstination du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, héritée de son père, l’historien Bentsion Nétanyahou.

 

Pour comprendre l’attaque fulgurante menée cette nuit par l’aviation israélienne contre l’Iran, il faut tenter de saisir la psychologie du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou. Celui qui est devenu le dirigeant le plus décrié dans son pays est aussi en effet le seul qui a - depuis près de trente ans et sans relâche - averti le monde entier contre le danger d’un Iran nucléaire. Dès 1996, il déclarait ainsi devant le Congrès américain, alors qu’il venait d’être élu Premier ministre : “Si l’Iran devait acquérir l’arme nucléaire, cela pourrait présager des conséquences catastrophiques, non seulement pour mon pays, et non seulement pour le Moyen-Orient, mais pour toute l’humanité”.

 

Nétanyahou a martelé ce discours depuis lors, souvent contre l’avis des responsables sécuritaires israéliens - y compris les chefs du Mossad, et notamment Yossi Dagan qui a mis en échec plusieurs projets d’attaque précédents, en s’opposant ouvertement à Nétanyahou. Pour comprendre cette constance et cette obstination, parfois moquée par les médias israéliens, il faut se pencher sur l’histoire familiale de Benjamin Nétanyahou. C’est en effet de son père qu’il a hérité la conviction que le rôle primordial de tout dirigeant israélien à notre époque est d’empêcher une nouvelle Shoah.

 

Bentsion Nétanyahou, né à Varsovie en 1909, avait émigré avec ses parents en Eretz-Israël en 1921. Fils du militant sioniste Nathan Meilikovski, Bentsion étudie à l’université hébraïque de Jérusalem, où son professeur est le fameux Joseph Klauzner, grand-oncle de l’écrivain Amos Oz. Par la suite, il se rend à New-York, où il devient le secrétaire particulier du dirigeant sioniste Zeev Jabotinsky. Nétanyahou-père était avant tout un intellectuel, dont le centre d’intérêt principal pendant plusieurs décennies a été l’histoire du judaïsme espagnol au Moyen-Âge, sujet très éloigné en apparence de la vie politique et des préoccupations actuelles des dirigeants israéliens.

 

Le livre auquel il a consacré la plus grande partie de sa carrière est sa biographie de Don Isaac Abravanel, célèbre philosophe et homme d’État juif, qui présida au destin de sa communauté à la veille de l’expulsion des Juifs d’Espagne. La première édition de ce livre est parue en 1953 aux Etats-Unis, et il a été réédité plusieurs fois. Dans un entretien publié à l’occasion de la parution de ce livre en Israël, Bentsion Nétanyahou racontait avoir été presque convaincu par les arguments messianiques développés par Abravanel en lisant ses écrits, tellement ce dernier était un écrivain talentueux.

 

Mais ce qui l’a le plus intéressé chez Abravanel est la manière dont il a su prendre des décisions courageuses, en une période de crise et de danger suprême pour le judaïsme espagnol dont il avait la responsabilité. On raconte ainsi qu’Isaac Abravanel usa de toute son influence pour tenter d’annuler le décret d’expulsion pris par le roi Ferdinand II d’Aragon et la reine Isabelle, leur offrant des sommes considérables. Ceux-ci voulurent même le persuader de rester malgré l’expulsion, mais Abravanel préféra suivre sa communauté en exil.

 

Bentsion Nétanyahou compare l’attitude courageuse d’Abravanel à celle des Juifs américains, avant la Shoah et aujourd’hui, auxquels il reproche leur “manque de conscience historique et de compréhension politique”. A ses yeux, on le voit, l’historien ne doit pas se retrancher dans sa tour d’ivoire, mais tirer les leçons du passé. Lors d’une interview à la télévision israélienne, Nétanyahou-père expliquait ainsi que la Shoah ne s’était pas arrêtée en 1945, mais qu’elle se poursuivait en fait jusqu’à maintenant, à travers la volonté génocidaire des ennemis d’Israël, et notamment de l’Iran des Ayatollah. Au vu de cette histoire familiale, il ne fait aucun doute que c’est la conviction héritée de son père qui a permis à Benjamin Nétanyahou d’imposer finalement sa décision d’attaquer l’Iran, envers et contre tous.

P. Lurçat

NB Je donnerai sdv une conférence sur le thème « Israël après le 7 octobre : la victoire du sionisme », jeudi 26 juin à 19h30 à Paris, sous l’égide de l’OSM et de l’UPJF.

Nétanyahou et l’Iran : le secret d’un combat pour la survie d’Israël

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Israël / Etats-Unis : La double claque du camp progressiste

November 6 2024, 12:51pm

Posted by Pierre Lurçat

Israël / Etats-Unis : La double claque du camp progressiste

 

1.

 

Au lendemain de la claque magistrale que vient de lui administrer Donald Trump, nous allons entendre le camp progressiste se lamenter sur la "fin de la démocratie" et agiter  une fois de plus – le spectre d'une Amérique en route vers le fascisme… “Harris-Trump: la démocratie en jeu” titrait ainsi le quotidien Le Monde à la veille du scrutin américain. Et son éditorial ce matin explique doctement que “La victoire de Donald Trump au terme d’une campagne d’une virulence populiste, misogyne et raciste sans précédent est aussi de mauvais augure pour les femmes, pour les immigrants et pour la démocratie en général”.

 

En réalité, comme l'écrivait cette semaine Amnon Lord dans Israel Hayom, la victoire de Trump est avant tout celle du candidat de l'Amérique profonde et d’un petit peuple qui – contrairement aux clichés tenaces sur les “Red Neck” – comporte aussi de nombreux électeurs non-blancs, y compris musulmans. Les électeurs américains ont aussi élu Donald Trump pour des raisons pragmatiques et économiques, très éloignées des discours idéologiques de la frange progressiste du parti démocrate, qui fut jadis (on a du mal à le croire aujourd’hui…) le parti des déshérités américains…

 

2.

 

Et chez nous ? Le camp progressiste des "Tout sauf Bibi" vient lui aussi de subir une défaite politique majeure, avec le limogeage de Yoav Gallant qui était devenu depuis longtemps un boulet pour la stratégie militaire de Benjamin Netanyahou, dont il n’a jamais accepté l’autorité. A la différence de ce qui s’était passé lors de la première "nuit de Gallant" au mois de mars 2024, le camp progressiste a pour l'instant échoué à contrecarrer la décision du premier ministre, qui a judicieusement choisi le jour des élections américaines pour annoncer sa décision longtemps retardée.

 

En Israël, comme outre-Atlantique, le camp progressiste crie de nouveau à la “fin de la démocratie” et au “fascisme”, mais ses cris d’orfraie peinent à convaincre, comme en atteste le faible nombre de manifestants dans les rues de Tel-Aviv et de Jérusalem. Des recours sont déjà déposés devant la Cour suprême par ceux qui considèrent que le pouvoir appartient aux juges et non aux élus du peuple, pour tenter de faire annuler par le “gouvernement des juges” la décision légitime du Premier ministre.

 

3.

 

Comme je l’écrivais dans ces colonnes en 2021, “face aux ennemis d’Israël, le monde a besoin de dirigeants sachant comment mener la guerre, et pas de dirigeants qui savent plaire aux médias, ou disserter sur l’art ou la littérature. La vie internationale n’est pas un concours de cuture générale ou de maintien pour jeunes filles bien nées. Comme le disait Woody Allen, “Même quand l’agneau et le loup coexisteront, je préfèrerai être le loup”. Dans un monde où les loups n’ont pas encore déposé les armes, Israël doit non seulement se comporter en conséquence, mais aussi pouvoir compter sur des alliés qui savent aussi comment affronter les loups de Téhéran”.

 

Je n’ai rien à ajouter à ces lignes, sinon de citer la réaction du ministre des Finances Betsalel Smotrich, ce matin : “God Bless Israel, God bless America !” Et qu’Il bénisse aussi Donald Trump et Benjamin Nétanyahou!

Pierre Lurçat

Israël / Etats-Unis : La double claque du camp progressiste

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Enquête sur… la Revue K - J’ai lu pour vous “Ebranler Nétanyahou”, de Noémie Issan-Benchimol

October 10 2024, 07:33am

Posted by Pierre Lurçat

Kapparot à Jérusalem (photo THOMAS COEX/AFP/Getty Images)

Kapparot à Jérusalem (photo THOMAS COEX/AFP/Getty Images)

 

A quelques heures de Yom Kippour, nous sommes submergés d'appels aux dons, comme chaque année. Yeshivot, œuvres caritatives et associations en tout genre se bousculent au portillon pour recevoir nos Kapparot. Parmi tous les appels reçus par email, téléphone ou SMS, un message a retenu mon attention en particulier. Celui de la revue K, ainsi libellé : "Faites un don à la revue K. Les Juifs, l'Europe, le XXI siècle..." Il faut avouer que cela sonne bien... Plus prestigieux que l'association israélite du val d'Oise au nom de Rabbi Pinto (que son mérite nous protège !) Alors je suis allé voir de quoi il retourne et qui est cette revue K qui vient elle aussi schnorrer quelques euros avant Kippour. Et je n'ai pas été déçu !

 

« K. est une revue sur Internet fondée par des universitaires et des journalistes venant des quatre coins de l’Europe. Sa vocation est de documenter et analyser la situation actuelle des Juifs européens au moyen de reportages, d’essais, d’entretiens, mais aussi de contributions qui reviendront sur la longue histoire du fait juif en Europe. La revue diffuse également des tribunes réactives selon l’actualité aussi bien que des textes littéraires qui, par le moyen de la fiction, rendent compte de la réalité qui nous préoccupe ».

 

Ça c'est la vitrine... La “longue histoire du fait juif”, ça ne vous dit peut-être pas grand-chose, alors j'ai enquêté pour vous. « Notre volonté est de créer un média journalistique exigeante et ouvert, intelligent et pédagogique, de réflexion et d’intervention, loin de la culture du clash qui privilégie les polémiques et les crispations idéologiques, la revue est un point de ralliement » poursuit la promo, sans  doute rédigée par des experts en communication diplômés de l'ESSEC. (Ils ont quand même laissé passer une fôte d'orthographe... A moins que ce soit de l’écriture inclusive ?)

 

Pour comprendre ce que signifiait un "média journalistique exigeante et ouvert, intelligent et pédagogique" (sic), je n'ai pas eu besoin de chercher longtemps. Je suis tombé presqu'immédiatement sur l'article de Mme Issan-Benchimol. Le titre de son article était, il faut dire, attirant et presque racoleur : "Ébranler Netanyahou"...Wouah! Si Nasrallah, Sinwar et Khamenei réunis n'ont pas réussi à ébranler notre Premier ministre, véritable Churchill d'Israël, qu'est-ce que madame Benchimol de la revue K a trouvé pour y parvenir ?

 

J'ai dû ouvrir mon dictionnaire pour comprendre tout l'article qui est parsemé de mots pour Scrabble... Qu'on en juge : "Mais la famille, qui était pourtant sociologiquement censée être un safe-space pour Benjamin Netanyahou puisque l’on parle d’une famille haredit séfarade de Jérusalem, forte de l’infini courage que peut procurer une tristesse absolue et le fait de n’avoir plus rien à perdre, s’est autorisée un moment de ce que Foucault appelait la parrhèsia, le courage de la vérité" (Il s'agit de la description de la visite de Netanyahou à la famille endeuillée de l'otage Oren Danino). C'est là que j'ai compris, après avoir cherché le mot parrhèsia dans un dictionnaire, que Mme Benchimol n'aimait pas du tout M. Nétanyahou.

 

Elle écrivait encore ces lignes significatives de sa détestation :  “En plein dans la dérive paranoïaque propre à l’homme de pouvoir qui s’y accroche comme un noyé à sa dernière bouffée d’oxygène, il s’assure d’être face à des soutiens avant de se montrer." Après avoir lu 3 fois la phrase sur "l’usage foucaldien du concept antique de parrhèsia, pratique verbale d’un individu libre qui noue une vérité existentielle à une parole, en dépit de certains usages, en opposition avec certaines hiérarchies", j'ai fini par comprendre que Mme Benchimol ne parlait pas de Jean-Pierre Foucault, mais d'un autre Foucauld, apparemment plus fameux encore, puisqu'elle s'y réfère sans cesse !

 

Plus loin, Mme Benchimol allait jusqu'à dire carrément que Bibi était un imbécile, de manière à peine voilée : "La langue de Netanyahou, comme celle d’un Trump, est éminemment pauvre : elle use de ce qu’on appelle les spins, et la répétition de slogans simplets". Dans la suite de son article (éminemment bien écrit !), Mme Benchimol évoquait "la réponse d’Ulysse au discours de Thersite contre Agamemnon dans le chant II de l’Iliade". Et juste ensuite, "Sarah Netanyahou qui a tenté, tant bien que mal, de se mettre dans les chaussures d’Ulysse en réinstallant un pouvoir ébranlé".

 

Là, j'avoue ne pas avoir tout compris, le rapport entre les chaussures d'Ulysse et l'épouse de notre Premier ministre étant sans doute inaccessible à ma cervelle indigente de "bibiste". En conclusion de son article, Mme Benchimol établit une intéressante comparaison (un peu excessive, non?) entre la répression politique dans l'ex-URSS et en Israël aujourd'hui, écrivant : "Le cas israélien est intéressant à cet égard puisque le chef prend soin de sous-traiter et déléguer à d’autres la violence de la répression orientée contre les citoyens". J'avoue ne pas avoir suivi l'auteur dans les méandres et circonvolutions de sa pensée hautement inspirée et truffée de références littéraires, qui m'ont rappelé mes années lycéennes, déjà lointaines. Mais j'ai tout de même compris que pour écrire dans la revue K, il faut détester Nétanyahou, sa femme, leurs enfants et son gouvernement.

 

Toute réflexion faite, je n'offrirai donc pas mes Kapparot à la revue K. D'ailleurs il semble qu'elle n'ait pas besoin de ma modeste obole, puisqu'elle est "soutenue" par une pléiade de fondations, dont la Fondation Rothschild, la Fondation pour la mémoire de la Shoah et la "Heinrich Böll Stiftung", et j’en passe ! (Est-ce que leur détestation de Nétanyahou les a aidés à obtenir tous ces souteneurs soutiens prestigieux ? Je laisse mes lecteurs perspicaces répondre à cette question naïve…) Et avec tout cela, ils ont encore le toupet de venir "schnorrer" dans les chaumières, à la veille de Kippour. Que D. leur pardonne leur aveuglement et leurs péchés, avec ceux de tout Israël! Gmar Tov!

Pierre Lurçat

"La culture du clash qui privilégie les polémiques" - Manifestation anti-Bibi

"La culture du clash qui privilégie les polémiques" - Manifestation anti-Bibi

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Le monde manichéen de la gauche israélienne et juive, Pierre Lurçat

September 27 2024, 10:45am

Posted by Pierre Lurçat

Une gauche déconnectée des réalités  - Denis Charbit

Une gauche déconnectée des réalités - Denis Charbit

 

 

Un commentateur militaire – un des nombreux “experts” qui remplissent les plateaux des grandes chaînes télévisées israéliennes – aurait déclaré récemment que “liquider Sinwar était une mauvaise idée”, car cela… “serait bon pour le Hamas”!. Par-delà son absurdité, cette anecdote est révélatrice de l’état d’esprit d’une gauche enfermée dans sa haine abyssale pour Nétanyahou, pour le sionisme religieux et pour les Juifs orthodoxes, qui ne regarde les événements dramatiques que vit Israël depuis le 7 octobre qu’à travers le prisme déformant de sa vision du monde manichéenne, totalement déconnectée des réalités. En voici quelques exemples (parmi tant d’autres).

 

Dans le monde manichéen de la gauche israélienne (et juive), “Le problème d’Israël ce n’est pas le Hamas, c’est Nétanyahou”, comme l’a expliqué un professeur de l’université de Tel-Aviv à un intellectuel juif français dont je tairai le nom… Dans le monde manichéen de la gauche israélienne, “Israéliens et Palestiniens sont sous la coupe des leaders les plus funestes qu’ils ont connus depuis un siècle” (Denis Charbit, politologue).

 

Dans le monde manichéen de la gauche israélienne, “Il n’y a aucune différence entre Sinwar, Ben Gvir et les évangélistes, car ils partagent tous la même vision” (Edgar Keret, écrivain). Dans le monde manichéen de la gauche israélienne, “Netanyahou ne souhaite pas voir la guerre actuelle se terminer. Au contraire, son objectif serait d’instaurer un état d’urgence permanent pendant 10 ans au minimum” (Eliad Shraga, fondateur du “mouvement pour la qualité de la gouvernance”).

 

Dans le monde manichéen de la gauche israélienne, “la dimension religieuse joue un rôle important dans la politique de la coalition extrémiste de Netanyahou et plus encore dans le militantisme intransigeant du Hamas, du Hezbollah et de leur protecteur, l’Iran” (Saul Friedlander, historien). Dans le monde manichéen de la gauche israélienne et juive, “les sionistes religieux [manifestent une] volonté de soumettre les Palestiniens telle qu’ils peuvent envisager leur expulsion de l’ensemble des territoires, et donc une politique d’épuration ethnique (Bruno Karsenti, sociologue).

 

Je pourrais évidemment continuer la liste… Pour ceux qui s’intéressent aux divagations politiques et intellectuelles de la gauche israélienne, vous pouvez écouter Denis Charbit – devenu un invité quasi-quotidien des médias français, où il pérore avec une sorte de jubilation narcissique – ou encore lire le site K-la Revue, qui donne généreusement la parole aux intellectuels israéliens de gauche les plus farfelus. Fort heureusement, toute la gauche israélienne et juive ne vit pas dans ce monde fantasmagorique.

 

Certains de ses représentants ont fait, depuis le 7 octobre, un heureux retour à la réalité (Hitpak’hout en hébreu). Ainsi de BHL qui est devenu un des plus brillants défenseurs d’Israël dans les médias francophones, et qui a déclaré cette semaine, "Quand un pays est engagé dans une guerre existentielle, on ne change pas de commandant en chef au milieu de la bataille". Bravo et merci M. Bernard-Henri Lévy. Vous sauvez l’honneur de la gauche juive et israélienne. Chana tova!

P. Lurçat

Le monde manichéen de la gauche israélienne et juive, Pierre Lurçat

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Israël - Etats-Unis : une alliance éternelle? Trois réflexions au lendemain du discours de Nétanyahou au Congrès

July 26 2024, 14:18pm

Posted by Pierre Lurçat

Bentsion Netanyahou et son fils, lors d’une cérémonie en souvenir de Yoni

Bentsion Netanyahou et son fils, lors d’une cérémonie en souvenir de Yoni

 

1.

Dans un exposé passionnant, donné pour l’année du décès du professeur Bentsion Nétanyahou à Jérusalem, Rafael Medoff relata la campagne menée par Nétanyahou aux Etats-Unis pour la création d’un État juif, dans les années 1940. Directeur de l’institut Wyman de recherche sur l’antisémitisme à Washington, Rafael Medoff a publié plusieurs livres sur la période des années 1940 aux États-Unis, et notamment A Race Against Death: Peter Bergson, America, and the Holocaust, qui relate le combat du « groupe Bergson » pour alerter l’opinion publique américaine sur l’anéantissement des Juifs en Europe. Peter Bergson et Bentsion Nétanyahou appartenaient aux mêmes cercles sionistes révisionnistes et ont mené plusieurs combats communs, même si leurs priorités étaient différentes : le premier se focalisait sur la lutte pour tenter de sauver les Juifs d’Europe, tandis que le second se consacrait au combat politique pour la création d’un État juif en Eretz-Israël.

 

Le point le plus marquant de cet exposé était le suivant : lors de son séjour aux États-Unis, en pleine Deuxième Guerre mondiale, Bentsion Nétanyahou créa l’embryon de ce qu’on appelle aujourd’hui le lobby juif américain. Alors que les sionistes « mainstream » parlaient aux dirigeants américains dans un langage prudent et souvent timoré, Nétanyahou s’exprimait clairement et sans aucune honte : il leur parlait le seul langage que les dirigeants politiques comprennent, à savoir celui des intérêts. Historien talentueux doué d’une capacité d’analyse politique hors du commun, Bentsion Nétanyahou fut ainsi le premier à défendre la cause sioniste aux États-Unis, en faisant valoir que la création d’un État juif servirait de rempart contre l’influence soviétique au Moyen-Orient. Et, contrairement aux dirigeants sionistes « mainstream » qui étaient acquis au président Roosevelt (lequel ne fit rien pour enrayer la destruction des Juifs d’Europe), Nétanyahou sut tisser des relations étroites avec les deux grands partis politiques américains, qui s’avérèrent essentielles lors du vote aux Nations unies sur la création d’un État juif.

 

2.

A cet égard, le “tropisme américain” de Benjamin Nétanyahou s’inscrit dans le droit fil de l’action de son père, comme on a pu le constater cette semaine, dans son remarquable discours prononcé (pour la 4e fois !) devant un Congrès enthousiaste. Les applaudissements nourris de la quasi-totalité des membres des deux chambres du Congrès américain, qui réservèrent au discours de “Bibi” un nombre record de “standing ovations”, n’étaient pas seulement destinés à la personne du Premier ministre. A travers lui, c’est au peuple d’Israël tout entier qu’ils s’adressaient. Chaque Juif et chaque Israélien (et aussi chaque observateur honnête) a pu mesurer à cette occasion la profondeur de l’amitié qui unit les deux peuples et les deux pays. Il est d’autant plus regrettable que certains commentateurs israéliens, à l’instar des médias français, n’aient pas saisi la grandeur du moment et ne soient pas parvenus à oublier - l’espace d’un instant - leur haine abyssale et totalement irrationnelle envers Nétanyahou… Celui-ci s’est une fois montré sous son meilleur visage : celui d’un homme d’Etat et d’un fin politique, qui maîtrise à la perfection les arcanes du Congrès et de la vie politique américaine en général.

 

3.

              Mais le succès remporté par Nétanyahou – et, à travers lui, par Israël – devant le Congrès américain ne doit pas masquer la question préoccupante, qui est devenue de plus en plus pressante depuis le 7 octobre : combien de temps durera l’alliance entre Israël et les Etats-Unis ? L’absence remarquée de Kamala Harris lors du discours de Nétanyahou était à cet égard lourde de signification. Si elle devait, à D. ne plaise, être élue présidente des Etats-Unis en novembre, sa victoire porterait sans aucun doute un coup très lourd aux relations bilatérales entre les deux pays. Mais, même si Donald Trump est élu, la guerre qui a débuté le 7 octobre a montré les fragilités de l’alliance Israël-Etats-Unis et les dangers inhérents à la confiance excessive portée par l’establishment militaire et sécuritaire israélien dans l’allié américain.

 

Il est grand temps de repenser les fondements de cette alliance et de repenser aussi la doctrine stratégique d’Israël, en tirant les conclusions de neuf mois de guerre. Voici quelques directions dans lesquelles il conviendrait sans doute de s’orienter : aspirer à une véritable indépendance en matière d’armement, autant que faire se peut, pour échapper aux pressions exercées par les pays fournisseurs d'armes en pleine guerre. Et plus généralement, viser à devenir véritablement indépendants, dans la mesure du possible, sur le plan stratégique, militaire et politique. La sécurité d’Israël repose en définitive sur le seul peuple Juif, car comme l’écrivait David Ben Gourion en 1957, “L’État d’Israël ne peut compter que sur un seul allié fidèle dans le monde : le peuple Juif”[1]. Vérité ultime qui demeure tout aussi vraie aujourd’hui qu’alors.

P. Lurçat

 

 

[1] Dans un texte inédit en français, à paraître en septembre dans la Bibliothèque sioniste. D. Ben Gourion, En faveur du messianisme : L’Etat d’Israël et l’avenir du peuple Juif, éd. de l’éléphant 2004.

Israël - Etats-Unis : une alliance éternelle? Trois réflexions au lendemain du discours de Nétanyahou au Congrès

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