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alain finkielkraut

Dans la tête d'un Juif sublime : le combat pour l'âme d'Israël (et pour les petits fours)

April 3 2026, 08:37am

Posted by Pierre Lurçat

Sauver leur accès aux garden-party à l'Élysée: D. Horvilleur et Macron

Sauver leur accès aux garden-party à l'Élysée: D. Horvilleur et Macron

 

Nos frères Juifs de diaspora traversent des jours difficiles en France… Je ne parle pas de ceux qui habitent dans le 93, le 95 ou les autres banlieues chaudes, où l'existence juive est menacée jour après jour par un lot quotidien d'insultes, d'incivilités et d'agressions antisémites. Non, je pense à ces Juifs "sublimes"*, qui habitent les beaux quartiers du cinquième arrondissement de Paris et fréquentent régulièrement les studios de radio et de télévision français, bien plus assidûment que les synagogues.

 

On a peine à imaginer les difficultés de leur existence paisible de Juifs parvenus, vivant dans les quartiers les plus agréables de Paris, mais qui doivent quotidiennement répondre des "crimes" d'Israël… On les interpelle à chaque instant et il faut avouer que l'État juif ne leur facilite pas la vie, avec sa manie de se défendre contre ses ennemis sans tendre l'autre joue et de remporter victoire sur victoire, ce qui complique beaucoup l'existence des Juifs sublimes!

 

Lorsque leur existence médiatique est en danger, ils n'ont plus d'autre choix que de montrer patte blanche, en rappelant jour après jour, inlassablement et avec une endurance qui force l’admiration, qu'ils sont de bons Juifs républicains, démocrates et progressistes… Pendant que nous courons d'abri en abri, de miklat en mamad, sous le blitz iranien, eux courent de studio en studio, pour faire la promotion de leurs derniers livres, en proclamant leur "cœur lourd" et leur honte d'Israël.

 

Leur vie n’est certes pas menacée, mais leur réputation est en péril et ils se réveillent chaque matin avec l'angoisse au ventre, ignorant s'ils seront encore invités sur France Culture, ou si leur fidèle lectorat ne va pas les délaisser… Pris entre le marteau et l'enclume, entre Mélenchon et Macron (qu'ils soutiennent coûte que coûte, pour sauver leur accès aux garden-party à l'Élysée), ils endurent les blessures d’amour propre et les tourments du Juif de l'exil, et résistent avec courage aux appels de leurs cousins d'Israël qui les incitent à quitter les palais de l'exil pour les rejoindre et participer à l'aventure de l'État juif…

 

Assaillis, accusés, salis et même "souillés" (selon le témoignage de première main recueilli auprès de l'académicien Alain Finkielkraut), ils sont contraints de se défendre pied à pied. Non, pas en se montrant solidaires d'Israël, ce pays qui les empêche de dormir et qu’ils défendent de plus en plus mollement… Ce sont les « marmites de viande de l’Egypte », c’est leur bifteck qu'ils défendent! Opiniâtrement, ils gardent la tête haute et le cœur lourd et s'efforcent de tenir bon, en se remémorant les souffrances (authentiques celles-ci) de leurs ancêtres en Pologne ou ailleurs, pour se donner du courage.

 

Parfois, quand la Knesset vote une loi particulièrement révoltante prévoyant la peine de mort pour les terroristes du Hamas, ils ont envie de renoncer, d'abandonner le combat pour l'âme d'Israël et de devenir chrétiens (religion qui les fascine, comme l'avoue Finkielkraut avec une franchise déroutante) ou, à D. ne plaise, de déserter la galout pour rejoindre le confort d'Israël en guerre...

 

Mais résistant à leur mauvais penchant, ils se ressaisissent et, loin de sombrer dans le désespoir, ils envoient courageusement un article au vitriol au journal Le Monde, ou signent une pétition contre le danger du fascisme israélien. Puis, avec le sentiment du devoir accompli, ils s'accordent un moment de répit, lisant la dernière BD de Johann Sfar en sirotant un bon vin de Bourgogne ou de Loire, avant de reprendre le dur combat quotidien du Juif sublime pour l'âme d'Israël et pour les petits fours.

P. Lurçat

 

* L'expression "Juifs sublimes" a été forgée par Daniel Sibony, pour décrire des figures comme celle de Delphine Horvilleur. Georges Bensoussan l'a reprise à son compte en citant D. Sibony dans un article paru dans Causeur en juin 2025.

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Horvilleur, Finkielkraut et cie. Ces Juifs parvenus qui attaquent Israël en pleine guerre, Pierre Lurçat

March 30 2026, 05:58am

Posted by Pierre Lurçat

D. Horvilleur avec Emmanuel Macron

D. Horvilleur avec Emmanuel Macron

NB J'ai commenté la guerre en Iran sur l'excellente chaîne Lilmod,  Le secret de la puissance militaire d'israel? Pierre Lurçat et Yohan Botbol

Alors qu’Israël mène la guerre sa plus longue et la plus difficile depuis 1948, un nouveau front s’est ouvert depuis plusieurs mois, à l’intérieur même du peuple Juif. Des voix minoritaires, mais bien organisées, expriment au grand jour leurs dissensions et leurs critiques radicales envers le gouvernement, l’armée et le peuple d’Israël, tout en bénéficiant d’une résonance médiatique disproportionnée. Ce phénomène grave ne constitue pas seulement une nouvelle illustration du manque de loyauté et de patriotisme de certains membres de notre peuple, en pleine guerre : il s’agit d’une véritable défection.

 

Georges Bensoussan a raison de parler, à propos de ces dirigeants et notables juifs qui critiquent Israël en pleine guerre, d’une “posture sociale et d’une imposture morale”. Il s’agit bien d’une posture sociale, et plus précisément, d’une prise de position motivée par l’intérêt social, c’est-à-dire par l’intérêt d’une caste qui entend protéger avant tout ses privilèges (Marx aurait dit : ses “intérêts de classe”…).

 

Il suffit de lire la liste des signataires de la “Lettre ouverte de leaders juifs du monde entier au Président Herzog” pour s’apercevoir que ce qui réunit les signataires ne relève pas tant de la politique, ni d’un quelconque engagement communautaire ou juif, que de l’appartenance et de la position sociale. Tous font tous partie d’une certaine caste : ils sont rabbins (réformés en général), professeurs, ambassadeurs… Ils habitent aux Etats-Unis, en Angleterre, (Delphine Horvilleur est une des rares signataires en France). Certains exhibent leurs décorations et leurs “médailles”: ils sont sir, chevalier de la Légion d’honneur, ou “Commandeur de l’Ordre de Saint‐Michel et Saint‐Georges”.

 

Leur positionnement est bien ainsi celui de Juifs “parvenus” (pour reprendre l’expression rendue fameuse par Hannah Arendt), et leurs critiques visent en réalité des Juifs qu’ils considèrent comme des “parias”: les habitants juifs de Judée-Samarie. La plupart des signataires n’ont sans doute jamais mis les pieds en Judée et en Samarie, dans les localités juives où vivent les meilleures familles de notre petit-grand peuple, celles qui ont payé le plus lourd tribut à la guerre existentielle que mène Israël pour sa survie.

 

Pendant que des jeunes Israéliens de vingt ans combattent et sacrifient leur jeunesse, et parfois leur vie pour défendre leur pays, ces Juifs parvenus au sommet de leur carrière font cause commune avec les ennemis d’Israël pour défendre leur statut, leur notoriété médiatique (ainsi d’Alain Finkielkraut, qui est interviewé chaque semaine et qui proclame urbi et orbi avoir “honte d’Israël”), leurs relations (tel ce grand-rabbin de France qui a été décoré, en pleine guerre, par le président français avec lequel il entretient des relations amicales, ce même président qui incite à la haine d’Israël, en plein dimanche des Rameaux).

 

Ces Juifs parvenus sont, au demeurant, des gens d’apparence très respectable. Certains ont écrit des livres intelligents (d’autres moins). La plupart ont réussi sur le plan professionnel, social, médiatique, etc. En les écoutant s’exprimer, en les regardant pérorer dans les médias, je repense à cette phrase du philosophe juif Theodor Lessing, phrase qui m’avait jadis encouragé à faire mon alyah : “Honte à tous ces fils qui préfèrent embrasser une carrière académique, ou “entrer en littérature”, dans le luxe et le confort des grandes villes d’Occident, au lieu de porter les pierres sur la grande route de Yeroushalayim”.

 

Oui, honte à tous ces Juifs parvenus qui joignent leurs voix au chœur de nos ennemis, pendant que nous nous battons pour notre survie ! Honte à ces Juifs de l’arrière qui soignent leur image et s’inquiètent de leur réputation, pendant que le peuple de Sion est soumis au blitz iranien et vit dans les abris. L’histoire juive se souviendra de tous nos fils et nos frères, tombés pour que vive Israël. Elle oubliera les noms de ces parvenus, Juifs honteux, Erev rav, Juifs de cour (peu importe le nom qu’on leur donne…) Hag Herout Saméakh!

P. Lurçat

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Face aux négationnistes juifs du 7-Octobre: Trois raisons de lire “Otage” d'Eli Sharabi

February 8 2026, 15:35pm

Posted by Pierre Lurçat

Face aux négationnistes juifs du 7-Octobre: Trois raisons de lire “Otage” d'Eli Sharabi

Les réseaux sociaux et autres nouveaux médias nous laissent de moins en moins de temps pour lire... Profitant d'une semaine de vacances, j'ai emmené avec moi le livre d'Eli Sharabi, Otage, sous-titré 491 jours aux mains du Hamas.

 

1. La première raison de lire Otage d'Eli Sharabi est qu'il s'agit d'un livre captivant. Écrit avec à sobriété et intelligence, son récit nous fait découvrir la réalité terrible de la captivité dans les tunnels de Gaza. On y apprend beaucoup de choses tant sur la psychologie des ravisseurs et des membres du Hamas que sur les qualités humaines des captifs dont les noms font aujourd'hui partie de nos vies. Outre Sharabi lui-même, on rencontre ainsi Hersh Goldberg Polin, Ori Danino, Almog Serousi, etc

 

2. La deuxième raison de lire ce livre est qu'il nous apporte un témoignage inestimable sur les évènements survenus depuis le 7-Octobre, qu'aucune médiation, journalistique ou autre, ne permet de saisir. De même qu'il n'est pas possible d'appréhender la réalité de la Shoah sans lire les livres des grands témoins, de Primo Levi à Aharon Appelfeld et tant d'autres, de même la lecture des témoignages du 7-octobre et de la captivité à Gaza est irremplaçable pour tenter de comprendre la réalité de cette guerre.

 

3. Ce qui m'amène à la troisième raison. Depuis le 7-octobre, il s'est mis en place un véritable négationnisme des crimes du Hamas, dont la récente décision française de poursuivre Nili Naouri Kupfer et Rahel Touitou n'est que le dernier épisode. Les accusations de génocide à l'encontre d'Israël sont évidemment l'aspect le plus pernicieux de ce nouveau négationnisme, mais ce n'est pas le seul.

 

Mais le plus incroyable est que certains intellectuels et figures publiques juives et Israéliennes participent de ce négationnisme ! J'en donnerai trois exemples : celui de l'écrivain David Grossman, qui a accusé Israël de génocide dans les colonnes de La Repubblica le 1er août 2025. Celui de la rabbine Delphine Horvilleur qui n'a pas contesté les propos de D. Grossman, en affirmant qu'il "appartenait aux juristes de déterminer" si Israël avait commis un génocide !

 

Et, last but not least, celui d'Alain Finkielkraut, qui a accusé l'otage Mia Shem de propos extrémistes parce qu'elle avait "osé" déclarer ne pas avoir rencontré de civils innocents à Gaza… Je me suis publiquement opposé à Finkielkraut sur de multiples sujets, mais je considère que le plus grave dans ses propos est son attitude envers les témoins du 7-octobre. Remettre en cause la véracité de leurs témoignages est une marque de mépris et une insulte aux survivants du plus grand crime contre le peuple Juif commis depuis la Shoah.

 

Il faut écouter les témoignages des otages revenus de Gaza. Il faut écouter leur parole et ne pas la disqualifier, comme l’a fait Finkielkraut. Il faut lire et faire lire le livre d'Eli Sharabi.

P. Lurçat

 

NB Continuez de signer ma lettre-ouverte / pétition adressée à A. Finkielkraut, ici :

https://c.org/PPtgZz8rhS

 

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Alain Finkielkraut et la victoire de la pensée magique contre Israël

January 19 2026, 09:07am

Posted by Pierre Lurçat

Alain Finkielkraut et la victoire de la pensée magique contre Israël

 

1.

 

Quel rapport entre le manuel d'histoire rappelé par l'éditeur Hachette, et le dernier livre de l'académicien Alain Finkielkraut? Aucun en apparence. Et pourtant. D'un côté, l'accusation terrible portée contre les victimes du 7-Octobre d'être des "colons", et partant, de mériter leur sort…("En octobre 2023, à la suite de la mort de plus de 1200 colons juifs lors d’une série d’attaques du Hamas, Israël décide d’envahir une grande partie de la Bande de Gaza"). De l'autre, la vieille antienne mensongère des médias et d'une certaine gauche, y compris en Israël, sur la violence des "colons" dans les “territoires” de Judée-Samarie. 

Interviewé sur son nouveau livre, Finkielkraut déclare ainsi: “je ne veux pas non plus oublier ce qui se passe aujourd'hui en Israël : les attaques quotidiennes perpétrées par les colons de Cisjordanie contre les paysans et les éleveurs palestiniens, le saccage des champs d’oliviers… Cela me bouleverse”. Le mot "colon" dans les deux cas est certes employé de manière différente. Dans le premier cas, c'est tout Israël qui est une colonie. Dans le second, seule la Judée-Samarie (rebaptisée pour l'occasion Cisjordanie) mérite ce qualificatif infâmant.  Mais à la réflexion, c'est le même processus de délégitimation qui est à l'œuvre, chez l'éditeur scolaire (qui a tardivement reconnu sa faute) et chez l'intellectuel juif (qui persiste dans l'erreur depuis des lustres, comme il l'avoue lui-même en ces termes: "je radote"[1])

 

2.

 

Jabotinsky avait jadis montré l'absurdité de l’attitude de ceux qui, au sein du peuple juif, prétendent négocier avec nos ennemis sur la propriété de la terre d'Israël, tout en renonçant par avance à la moitié de celle-ci. Mais le phénomène auquel on assiste aujourd'hui est encore plus grave. Car l'erreur de ceux qui prétendent créer de toutes pièces un "État palestinien" au cœur d'Israël n'est pas seulement une faille du raisonnement logique et une faute morale et politique. En réalité, les propos d’A. Finkielkraut accusant les "colons" de Judée Samarie d'exactions envers les Palestiniens ne relèvent nullement d’un raisonnement logique, comme cela ressort parfaitement de sa phrase sur la "consolation de l'innocence" (voir ci-dessous le verbatim de ses propos).

 

Finkielkraut, qui connaît très mal Israël aujourd'hui, se complaît dans l'évocation d'un Israël d'antan qui ressemble aux belles photos sépia de Didier Ben Loulou. Mais cette image d'Épinal ne résiste pas à l'examen des faits. Itshak Rabin, son héros, n’était pas un saint et avait lui aussi (tout comme Ben Gourion) ses facettes sombres. Quant à l'affirmation selon laquelle le gouvernement actuel représenterait les héritiers de l'assassin de Rabin, elle abaisse le débat politique au niveau du mensonge et de la calomnie les plus éhontés. L'innocence mythique d’un Israël “idéal” d’avant 1967, porté aux nues par le philosophe parisien, relève en fait d’un type de pensée archaïque. Israël n'a jamais été "innocent" au sens où l'entend Alain Finkielkraut et il n'est jamais devenu “coupable”, au sens où celui-ci dénonce les “colons” de Judée-Samarie… Tout ce discours sur la culpabilité et l’innocence consiste en définitive à faire d’une partie des Israéliens (les “colons”) des boucs émissaires, en croyant ainsi “sauver” les autres Israéliens (et les Juifs de diaspora) de la vindicte antisémite.

 

3.

 

En débattant avec lui sur la chaîne Mosaïque, j'avais fondé le frêle espoir de faire bouger, ne serait-ce que d’un centimètre, Alain Finkielkraut de ses positions. J'ai réalisé depuis que cet espoir était vain. L'intellectuel juif français reste vissé à sa pensée magique, reposant sur l'opposition binaire entre un Israël fantasmé totalement innocent et un Israël tout aussi fantasmatique, entièrement coupable, celui des “colons” ou de Benjamin Nétanyahou (au sujet duquel Finkielkraut affirme régulièrement que le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”).

 

C'est le cœur lourd que j'assiste, comme beaucoup d’amis d’Israël, à la défaite de la pensée de l'auteur du Juif imaginaire et de la Réprobation d'Israël. Au-delà de l’aspect personnel et anecdotique, il y a là un phénomène grave : celui d’intellectuels juifs qui font défection alors qu’Israël combat pour sa survie. Ceux qui joignent leurs voix, fut-ce à contrecœur ou “le cœur lourd”, à celles des ennemis d’Israël en cette heure critique participent eux aussi à la victoire de la pensée magique et à la vague planétaire de détestation d’Israël.

 

P. Lurçat

 

NB Je donnerai une conférence à Bordeaux le mardi 27 janvier et présenterai à cette occasion mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël. (voir détails ci-dessous)

 

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VERBATIM

Alain Finkielkraut nous parle de son livre Le Cœur lourd | Gallimard

 

D'un côté, je vois l’antisémitisme monter, notamment dans les universités occidentales. Un antisémitisme qui prend prétexte d'Israël pour nazifier les juifs par l’accusation de génocide. Je ne veux rien concéder à cet antisémitisme.

D’un autre côté, je ne veux pas non plus oublier ce qui se passe aujourd'hui en Israël : les attaques quotidiennes perpétrées par les colons de Cisjordanie contre les paysans et les éleveurs palestiniens, le saccage des champs d’oliviers… Cela me bouleverse.

Face à cet antisionisme virulent qui tourne à l'antisémitisme, je suis solidaire d'Israël. Mais de quel Israël ? Entre les héritiers d'Yitzhak Rabin et les disciples de son meurtrier, je ne peux pas ne pas choisir. C’est encore cela, « le cœur lourd ». Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence.

 

 

[1]  “Je plaide depuis bientôt quarante ans pour la fin de l’occupation et la solution de deux Etats. Et je reviens inlassablement à la charge, je prends même le risque du radotage…” (A. Finkielkraut, A la première personne, p. 47).

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Lettre ouverte à Alain Finkielkraut qui a “honte d’Israël” et soutient le projet chimérique et dangereux d’E. Macron

September 30 2025, 08:17am

Posted by Pierre Lurçat

Lettre ouverte à Alain Finkielkraut  qui a “honte d’Israël” et soutient le projet chimérique et dangereux d’E. Macron

“Je ne peux pas me contenter d’être en colère [contre le gouvernement israélien]... Je suis compromis, je suis sali, je suis souillé en tant que Juif!”                               

A. Finkielkraut sur France Info, 21 septembre 2025

Cher Alain Finkielkraut,

 

Votre radotage incessant concernant la ‘solution à deux Etats” aura fini par porter ses fruits. Non certes, que M. Macron ait eu besoin de vous pour le convaincre qu’il fallait que la France se place en tête d’une nouvelle croisade anti-israélienne (et antisémite, disons-le)! Non, Macron n’écoute pas la voix des intellectuels et des conseillers juifs, qui lui servent tout au plus de dérisoire “feuille de vigne” médiatique, pour dissimuler le fait évident que sa politique est dictée par la rue arabe en France et par les bailleurs de fonds qataris… Mais vous devez tout de même être fier de savoir qu’un président français a octroyé – le jour même du Nouvel An juif – le plus beau cadeau que les ennemis d’Israël pouvaient espérer après le 7-Octobre: la reconnaissance d’un “Etat palestinien”.

 

C’est une belle “victoire” pour vous, qui affirmez sans cesse que “le problème d’Israël n’est pas le Hamas mais Nétanyahou”, et qui répétez comme un mantra, depuis quatre décennies, qu’il faut “mettre fin à l’occupation” en optant pour la “solution à deux Etats”’… Peu importe de savoir si la “solution à deux Etats” ressemble beaucoup, dans l’esprit de ces Palestiniens que vous soutenez avec une telle constance, à la “solution finale” de la question juive à laquelle le père fondateur du nationalisme palestinien, Hadj Amin al-Husseini, a tant contribué… Après tout, les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

 

Je fais partie de ceux qui déplorent depuis longtemps votre aveuglement concernant Israël et la dissonance cognitive qui vous permet de vous flatter d’appartenir depuis 40 ans au “camp de la paix” israélien (sinistre expression qui remonte à l’ex-Union soviétique, et qui aurait sans doute fait honte à votre ami Milan Kundera), et au camp anti-Bibi aujourd’hui, tout en adoptant en France des positions plus proches de la droite de la droite que de la gauche bien-pensante… J’ai longtemps cru, comme d’autres, que cet entêtement (ce radotage pour employer vos propres termes[1]) tenait avant tout à un manque d’information.

 

Car l’Etat d’Israël que vous connaissez et que vous chérissez, celui d’Itshak Rabin et d’Amos Oz, ressemble aux belles photos noir et blanc des années 1980 de Didier Ben Loulou… Bien de l’eau a coulé sous les ponts du Jourdain depuis et l’image d’Epinal que vous cultivez d’Itshak Rabin, le “héros de la paix assassiné par un extrémiste juif”, ne décrit pas la complexité d’Israël. De manière générale, votre vision d’Israël est marquée par des simplifications extrêmes et par des oppositions binaires et manichéennes.

 

Mais voilà que votre cécité sur la réalité d’Israël et de ses ennemis vous conduit à vous faire l’avocat du pire président qu’a connue votre pays, la France, depuis les débuts de la 5e République. Celui qui a transformé les Juifs (vous y compris) en parias dans leur propre pays, celui qui a réinstauré en France un boycott d’Israël et un “Statut des Juifs”, qu’on croyait aboli en 1945, et celui qui prétend offrir un Etat aux terroristes du Hamas et du Fatah, devient dans votre bouche digne de respect et de soutien ! Preuve qu’on ne peut être aveugle concernant Israël et lucide concernant la France et sa politique.

 

Votre récent cri du cœur sur France Info, dans lequel vous affirmez être “compromis, sali et souillé (sic) en tant que Juif” par la politique israélienne, montre à quel point votre détestation du camp national et religieux en Israël relève d’une véritable phobie, presque pathologique et largement irrationnelle. Car qu’est-ce qui peut objectivement justifier ce sentiment de “salissure”? J’ai récemment tenté d’analyser la posture des Juifs qui se distancient d’Israël, et votre cas aurait mérité de longs développements. Cette “salissure” que vous dites ressentir à cause du gouvernement israélien relève visiblement de cette “haine de soi juive”, magistralement analysée par Theodor Lessing il y a un siècle.

 

Charles Rozjman a raison d’évoquer (au sujet de Delphine Horvilleur) un “judaïsme qui rêve de pureté dans un monde qui ne lui a jamais accordé le droit d’exister”. Mais ce rêve de pureté est illusoire et dangereux. Plusieurs penseurs sionistes ont relevé depuis longtemps le paradoxe d’un “judaïsme aux mains propres”... mais qui n’a pas de mains. Aujourd’hui, Israël se défend et se bat pour sa survie ! J’ajoute que nous n’avons nullement à rougir, nous Juifs d’Israël, ni de la manière dont Tsahal nous défend, ni de la politique de notre gouvernement. Non seulement Israël ne commet aucun “crime de guerre”, mais il révèle au monde entier une nouvelle manière de faire la guerre, plus juste et plus humaine.

 

Cher Alain Finkielkraut, en cette veille de Yom Kippour, j’ai envie de vous dire : cessez d’admonester notre gouvernement et notre Etat, que vous affirmez “aimer”. Revenez vers notre peuple, vers votre peuple ! Oubliez votre “souillure”, qui est en réalité celle de l’existence juive en Galout et de ses compromissions quotidiennes et venez vous tremper dans le mikvé de la terre d’Israël et de sa Torah que vous méconnaissez. Venez rencontrer le peuple d’Israël, dans toute sa diversité et sa richesse humaine, au lieu de fréquenter uniquement ces universitaires kaplanistes qui vous abreuvent de leur fiel. Et venez aussi rencontrer les pionniers juifs de Judée-Samarie, au lieu de les calomnier dans les médias français ! Vous finirez peut-être par comprendre combien Israël est beau et pur, comme un tallith immaculé ! Gmar Hatima tova.

Pierre Lurçat

NB Mon nouveau livre, Jusqu'à la victoire! La plus longue guerre d'Israël - Chroniques 2023-2025 paraîtra courant octobre.

 

 

 

[1]Je plaide depuis bientôt quarante ans pour la fin de l’occupation et la solution de deux Etats. Et je reviens inlassablement à la charge, je prends même le risque du radotage…” (A. Finkielkraut, A la première personne, p. 47).

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Un "génocide" à Gaza? - Analyse socio-politique de la posture morale des Juifs qui se dissocient d’Israël

September 18 2025, 13:45pm

Posted by Pierre Lurçat

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

Je publie ici de larges extraits de mon intervention au colloque organisé par Shmuel Trigano au centre Begin de Jérusalem mardi dernier. L'ensemble des interventions seront prochainement publiées sous forme de livre numérique. On peut également écouter mon intervention (et les autres) sur la chaîne Youtube du centre Begin, ici : « Génocide » à Gaza ? Analyse socio-politique des Juifs se dissociant d’Israël | Pierre Lurçat

 

Depuis le 7-Octobre 2023, on assiste à un double phénomène parmi les intellectuels juifs de gauche, qu’on pourrait décrire comme à la fois comme une radicalisation et comme un effacement progressif des frontières entre la gauche sioniste et l'extrême gauche antisioniste. Pour illustrer ce phénomène nouveau, je prendrai pour exemples des figures juives et israéliennes qui parlent "de l'intérieur": Horvilleur, Grossman, Finkielkraut, etc.  Ce faisant, je les distinguerai de ceux que nous avions étudiés dans un numéro de la revue Controverses paru en 2007, consacré aux “Alterjuifs”.

 

Sans entrer dans le détail de l’analyse, disons que les Alterjuifs parlent “de l’extérieur”, en revendiquant publiquement leur non-appartenance au Klal Israël (ils sont comme le fils dont parle la Haggada qui s’exclut du Klal…). Ces Alterjuifs ont depuis toujours critiqué et condamné l’Etat d’Israël, bien avant le 7-Octobre. Pour illustrer la différence entre les 2 catégories/postures, je citerai ce post du cinéaste israélien Eyal Sivan, après l’interview de David Grossman dans La Republica: “Business as usual. À l’ombre du génocide à Gaza, M. Nicolas Weill, commissaire aux affaires juives du journal Le Monde, discute poliment littérature avec M. David Grossman, mascotte tortueuse de la gauche sioniste. Ça doit être ça la vraie civilisation…” Aux yeux d’un alterjuif comme Sivan, David Grossman reste un méchant ‘sioniste’ même quand il accuse Israël de génocide !

 

La nouveauté sur laquelle je voudrais ce soir attirer l’attention est donc celle des Juifs de l’intérieur qui en viennent à se désolidariser d’Israël et à l’accuser des pires abjections. Comment ces Juifs “de l’intérieur” arrivent-ils à parler de génocide” (Grossman), à soutenir que le problème d'Israël n'est pas le Hamas mais Netanyahou (Finkielkraut) ou à défendre la reconnaissance d'un Etat palestinien par Emmanuel Macron (Horvilleur, F. Encel, Finkielkraut)?

 

Une explication sociologique


            Contrairement aux alterjuifs qui parlent de l'extérieur, ces intellectuels juifs qu’on pourrait qualifier d’"organiques" ou d’institutionnels ont une forme de loyauté envers le collectif juif et/ou israélien… Or, leur positionnement est devenu plus compliqué depuis le 7-octobre. Ils doivent se montrer solidaires d'Israël, tout en préservant leur statut social et symbolique de membres d'une "élite" juive reconnue, ou d'un etablishment culturel ou médiatique… Cette problématique n'est certes pas entièrement nouvelle, et j’en donnerai pour premier exemple le cas de l’écrivain israélien David Grossman, auquel je me suis intéressé depuis longtemps.

 

Le cas David Grossman

 

Comme j'avais tenté de le montrer il y a une dizaine d'années, Grossmann n'est pas libre de ses opinions... Il doit verser le tribut de sa reconnaissance médiatique et de la place qu'il a accepté d'occuper… J’avais à l’époque analysé sa prise de position très virulente contre le projet israélien d’attaquer les centrales nucléaires iraniennes (on a un peu de mal à imaginer aujourd’hui que le “gratin” intellectuel et sécuritaire israélien était contre à l’époque…). Le plus scandaleux dans ces propos de Grossman était leur concomitance avec des déclarations presque similaires de l’écrivain allemand Günther Grass, accusant Israël de “menacer la paix mondiale” et de vouloir “l’éradication du peuple iranien”.

 

A l’époque, les propos de Grass avaient fait scandale, notamment en raison du fait que celui-ci avait publiquement révélé, quelques années plus tôt, son appartenance aux Waffen-SS dans sa jeunesse. Mais les propos similaires de Grossman avaient bénéficié, eux, d’une totale indulgence… Grossman accusait pourtant le premier ministre Nétanyahou de recourir à une « rhétorique apocalyptique » et d’être prêt à sacrifier des civils iraniens innocents et à déclencher une « catastrophe immédiate et annoncée » pour éviter un risque hypothétique… Comme je le rappelle dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, la fondation Günter Grass avait en effet accordé à Grossman le prix Albatros en 2008. Ce n’était pas le premier prix allemand décerné à l’écrivain israélien, qui avait déjà obtenu le « Buxtehuder Bulle », et il est également Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

 

D’autres écrivains israéliens ont reçu des prix en Europe, et notamment en Allemagne, comme Amos Oz, titulaire du Prix Goethe. On peut y voir une simple marque d’estime et de reconnaissance pour leur talent d’écrivain. Mais ce serait une erreur à mon avis. Car ces prix prestigieux, parfois dotés de montants considérables, créent des liens de dépendance et d’allégeance entre les écrivains israéliens et les pays européens, connus pour leur hostilité à la politique israélienne… Le prix à payer, pour David Grossman comme pour les autres écrivains-pacifistes adulés des médias européens, est de continuer encore et toujours à accuser le gouvernement et l’Etat d’Israël, et à s’opposer à toute action militaire de Tsahal, à Gaza ou en Iran, fut-ce contre des ennemis voués à notre destruction.

 

Je n’ai rien à modifier à cette analyse datant de 2014, sinon que la pression exercée sur les écrivains israéliens pacifistes par leur public européen et par les institutions qui les invitent, les récompensent et les choyent est devenue encore plus intense et irrésistible depuis le 7-Octobre… On voit même des intellectuels/artistes proclamer en vain leur “soutien à la paix” et à un Etat palestinien et être malgré tout boycottés (comme le chorégraphe Ohad Naharin). Tout cela ressemble de plus en plus à l’atmosphère des Procès antijuifs sous Staline !

 

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

 

Idem de Delphine Horvilleur qui doit ménager à la fois son public juif et sioniste et son aura médiatique... Ce n’est pas facile ! D'où ses exercices de contorsionniste et ses acrobaties intellectuelles, dans la revue Tenoua qu'elle dirige, pour exprimer à la fois sa compassion pour les otages et sa solidarité avec Israël, et sa compassion pour les civils de Gaza...  Dans un entretien sur Akadem début 2024, Delphine Horvilleur trouvait ainsi “abject” et révoltant le fait que l’armée israélienne “tue tellement de Palestiniens” à Gaza. Et Ruben Honigman qui l’interviewait abondait dans son sens.

 

Dans cette position de funambule souvent pathétique et de moins en moins crédible, on reconnaît le fameux « en même temps » macronien dont Horvilleur se réclame expressément : “Il leur faut constamment « en même temps » rappeler la légitimité absolue de la réponse militaire au 7 octobre contre les terroristes islamistes du Hamas et leur projet d’extermination et dénoncer la poursuite d’une guerre, dont les buts sont devenus flous aujourd’hui, les propos déshumanisants de membres fanatisés d’un gouvernement et leurs projets d’occupation ou d’annexion qui garantiront une guerre sans fin.

 

Bien entendu je ne prétends pas excuser cette posture en montrant tout ce qu'elle a de difficile à tenir et de quasiment intenable… Pour me résumer et conclure sur cette 1ere explication, je dirais qu’il y a une forme de corruption “passive” dans cette attitude des intellectuels ou des écrivains juifs et Israéliens… Ils acceptent de payer le prix politique et idéologique exigé pour conserver leur statut social/symbolique/médiatique...

 

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

 

Idem de Delphine Horvilleur qui doit ménager à la fois son public juif et sioniste et son aura médiatique... Ce n’est pas facile ! D'où ses exercices de contorsionniste et ses acrobaties intellectuelles, dans la revue Tenoua qu'elle dirige, pour exprimer à la fois sa compassion pour les otages et sa solidarité avec Israël, et sa compassion pour les civils de Gaza...  Dans un entretien sur Akadem début 2024, Delphine Horvilleur trouvait ainsi “abject” et révoltant le fait que l’armée israélienne “tue tellement de Palestiniens” à Gaza. Et Ruben Honigman qui l’interviewait abondait dans son sens.

 

Dans cette position de funambule souvent pathétique et de moins en moins crédible, on reconnaît le fameux « en même temps » macronien dont Horvilleur se réclame expressément : “Il leur faut constamment « en même temps » rappeler la légitimité absolue de la réponse militaire au 7 octobre contre les terroristes islamistes du Hamas et leur projet d’extermination et dénoncer la poursuite d’une guerre, dont les buts sont devenus flous aujourd’hui, les propos déshumanisants de membres fanatisés d’un gouvernement et leurs projets d’occupation ou d’annexion qui garantiront une guerre sans fin.

 

Bien entendu je ne prétends pas excuser cette posture en montrant tout ce qu'elle a de difficile à tenir et de quasiment intenable… Pour me résumer et conclure sur cette 1ere explication, je dirais qu’il y a une forme de corruption “passive” dans cette attitude des intellectuels ou des écrivains juifs et Israéliens… Ils acceptent de payer le prix politique et idéologique exigé pour conserver leur statut social/symbolique/médiatique.

 

La dimension psychologique : La “haine de soi juive” revisitée

 

J'en viens à la deuxième explication qui fait appel au fameux concept développé par Théodore Lessing dans son livre La haine de soi juive publié à Berlin en 1930. Lessing a d’autant mieux compris et analysé le phénomène qu’il en a été lui-même victime, se convertisseur en 1920 au luthéranisme, avant de “refaire son âme” en revenant à son peuple, comme le rappelle André Neher dans son beau livre Jérusalem, vécu juif et message. Neher rappelle aussi, dans ce livre paru après la Première Guerre du Liban, que le dramaturge israélien Yehoshua Sobol avait porté à la scène la figure tragique d’Otto Weininger (un des cas étudiés par Th. Lessing), et que le jeune public israélien de l’époque trouvait des échos de leurs propres inquiétudes dans la figure de Weininger…

 

Le concept de la haine de soi juive (jüdische Selbsthass) est bien connu mais parfois mal compris. Il est vrai que les études de cas réunies par Lessing n'ont pas grand-chose à voir à première vue avec les intellectuels et figures médiatiques dont je parle ce soir. Est-ce que Delphine Horvilleur souffre de haine de soi ? Non de toute évidence. C'est une Juive qui s'aime beaucoup ! Beaucoup trop sans doute… Mais Lessing ne parle pas de Juifs qui se détestent, mais qui détestent une partie d'eux, de leur identité et de leur appartenance collective…

 

Quand David Grossman accuse son pays, son peuple et son armée de génocide à Gaza, il s'agit bien de haine de soi. D. Horvilleur a beau jeu de prétendre, dans un exercice de funambulisme intellectuel comme elle en est coutumière, que Grossman dit autre chose, ou qu'il dit une chose et son contraire. Elle réussit le tour de force de ne pas dire qu’il ne s’agit pas d’un génocide : l’avenir dira, par la voix des juristes et du droit, quel nom porte ce qui arrive aujourd’hui à Gaza, et plus largement au Proche-Orient. Mais l’urgence est ailleurs et devrait être absolue pour tous : faire que l’horreur s’arrête pour les uns et les autres, que les otages soient libérés, que les enfants soient nourris, que les innocents soient protégés, qu’une solution politique interrompe enfin le cycle infini de ces violences.”

 

J’avais publiquement interpellé Delphine Horvilleur quelques mois avant qu’elle ne soutienne la position de D Grossman, alors qu’elle avait accusé Tsahal d’affamer les enfants de Gaza et dénoncé la “faillite morale” d’Israël (citation d’Horvilleur: “C’est donc précisément par amour d’Israël que je parle aujourd’hui. Par la force de ce qui me relie à ce pays qui m’est si proche, et où vivent tant de mes prochains. Par la douleur de le voir s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale. Par la tragédie endurée par les Gazaouis, et le traumatisme de toute une région…”)

P. Lurçat

Un "génocide" à Gaza? -  Analyse socio-politique de la posture morale des Juifs qui se dissocient d’Israël

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Les “idiots utiles” du Hamas: Les intellectuels sont-ils le maillon faible du peuple Juif?

September 4 2025, 12:09pm

Posted by Pierre Lurçat

"Une imposture": Delphine Horvilleur

"Une imposture": Delphine Horvilleur

 

1.

Je ne sais pas si BHL a lu l’appel que je lui avais adressé, à lui et à Alain Finkielkraut, après les propos scandaleux de l’écrivain David Grossman évoquant un “génocide” à Gaza. Toujours est-il qu’il s’est finalement démarqué de Grossman, dans son dernier bloc-notes du Point, dans un article intitulé “Les idiots utiles du Hamas” et dans les termes suivants :  “Une ineptie peut être répétée soir et matin. Relayée par de hautes autorités internationales. Validée par de respectables ONG, parmi lesquelles Action contre la faim que j’ai contribué à fonder. Elle peut être reprise, « le cœur brisé », par l’un de mes amis, David Grossman...  Elle n'en reste pas moins une ineptie”.

 

De son côté, Alain Finkielkraut m’a répondu en privé (réponse que je me fais un devoir de publier), disant qu’il était “totalement en désaccord total avec David Grossman”, ajoutant toutefois “je soutiens sans réserve les centaines de milliers de grévistes qui manifestent contre la guerre effrayante que Netanyahou mène à Gaza. Ils sont l’honneur d’israël”. Dont acte. BHL et Finkielkraut ont donc tous les deux pris leurs distances à l’égard de l’écrivain israélien, comme je l’espérais.

 

2.

 

De son côté, Delphine Horvilleur a choisi de ne pas se démarquer des propos de Grossman, se livrant dans la revue Tenoua qu’elle dirige à un laborieux “pilpoul”, dans lequel elle dit en substance deux choses : 1. Que Grossman a raison. 2. Qu’il appartient aux “juristes” de déterminer s’il y a un “génocide à Gaza”. En effet, écrit-elle : "l’avenir dira, par la voix des juristes et du droit, quel nom porte ce qui arrive aujourd’hui à Gaza, et plus largement au Proche-Orient. Mais l’urgence est ailleurs et devrait être absolue pour tous : faire que l’horreur s’arrête pour les uns et les autres, que les otages soient libérés, que les enfants soient nourris, que les innocents soient protégés, qu’une solution politique interrompe enfin le cycle infini de ces violences".

 

L’observateur attentif de l’actualité constatera que la posture adoptée par Horvilleur sur la question du soi-disant “génocide” à Gaza est identique à celle d’Emmanuel Macron, qui a prétendu de son côté que c’était aux historiens qu’il “appartenait de décider” s’il y avait un génocide à Gaza… On ne peut qu’être frappé par la similarité des formulations, Horvilleur réservant aux juristes et Macron aux historiens la responsabilité de trancher sur le soi-disant « génocide » à Gaza.

 

3.

 

Paradoxalement, un de ceux qui ont le mieux caractérisé la posture et la manière de raisonner de la rabbine Horvilleur et sa relation au judaïsme n’est autre qu’Alain Finkielkraut lui-même, qui écrivait à son sujet il y  a quelques années: “Delphine Horvilleur invente un judaïsme tout entier dressé contre le destin juif. Elle réussit le prodige de judaïser le procès du juif charnel. C’est pour moi une imposture, et même une impiété. Tendre à l’hyper modernité, en guise de judaïsme, un miroir où elle rit de se voir si mélangée, ce tour de force me met hors de moi”.

 

Comme l’a bien compris A. Finkielkraut, le judaïsme d’Horvilleur a plus à voir avec le rejet contemporain de l’identité qu’avec la Tradition. Quel rapport avec l’accusation de “génocide” que la rabbine médiatique a reprise sans sourciller à David Grossman ? Je tenterai de répondre à cette question lors du prochain colloque organisé par Shmuel Trigano à Jérusalem le 16 septembre*, en analysant la “posture morale” des Juifs qui Se dissocient d’Israël. Cette posture moralisante repose en fait sur l’invocation constante d’une “conscience morale” individuelle qui n’a rien à voir avec la morale juive authentique, qui repose sur la Loi révélée au Sinaï. Shabbat shalom!

Pierre Lurçat

*INSCRIPTIONS: https://begincenter.smarticket.co.il/en/L_attaque_mondiale_contre_le_Peuple_Juif?id=53516

Les “idiots utiles” du Hamas:  Les intellectuels sont-ils le maillon faible du peuple Juif?

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Appel à BHL et Alain Finkielkraut: démarquez vous publiquement des propos de David Grossman!

August 18 2025, 15:40pm

Posted by Pierre Lurçat

Alain Finkielkraut et BHL aux côtés de Benny Lévy z.l

Alain Finkielkraut et BHL aux côtés de Benny Lévy z.l

 

Il faut lire l’entretien stupéfiant avec David Grossman dans le Monde des Livres la semaine dernière, pour tenter de comprendre l’état d’esprit de l’écrivain – qui a récemment joint sa voix à la campagne de propagande du Hamas accusant Israël de “génocide” à Gaza – et à travers lui, l’état d’esprit de toutes ces vieilles élites israéliennes, qui considèrent que le combat contre le gouvernement Nétanyahou a priorité sur la guerre contre le Hamas. “Lorsque « Le Monde des livres » l’a interrogé à distance", écrit Nicolas Weill, "il se trouvait justement au cœur d’une tempête soulevée par ses propos tenus à l’occasion d’une interview accordée au quotidien italien La Repubblica (1er août), qualifiant de « génocide » la situation actuelle dans la bande de Gaza. Sans éviter le sujet, il s’est avoué désormais fatigué de répondre à des questions politiques et heureux de parler plutôt de son travail littéraire…

 

Oui, vous avez bien lu ! L’écrivain iconique des lettres israéliennes qui, parvenu au faîte de sa renommée internationale, a délibérément choisi de joindre sa voix à celles des ennemis d’Israël en accusant son pays de “génocide”, se dit “fatigué” de répondre aux questions sur ses propos scandaleux, et préfère parler de son travail littéraire… Dans une émission diffusée il y a une dizaine d’années par la télévision israélienne, on pouvait voir Grossman entouré de ses traducteurs en plusieurs langues, réunis dans une somptueuse villa pour les besoins de l’émission, répondant aux questions sur son œuvre et sur ses multiples traductions. On comprenait en l’écoutant combien il jouissait de ce statut d’écrivain traduit, adulé par les médias occidentaux qui ont fait de lui la “voix d’Israël”...

 

Au-delà de la question légitime de savoir quelle part les opinions radicales de Grossman sur la scène politique israélienne jouent dans son aura internationale[1], on peut s’interroger sur cette “fatigue” de l’écrivain, qui après avoir allumé un incendie par ses propos au quotidien italien La Republicca, ne daigne même pas répondre aux critiques légitimes et à la polémique qu’il a sciemment déclenchée… Outre l’incroyable orgueil et la pusillanimité que cette attitude révèle, elle atteste aussi d’une réalité plus profonde, caractéristique de cette gauche israélienne (et juive) qui a depuis longtemps fait sécession et se considère bien plus comme une partie de l’establishment culturel international que du peuple d’Israël…

 

            La gravité des propos de David Grossman est d’autant plus lourde que l’argument moral est aujourd’hui au cœur de la campagne de haine d’Israël lancée par le Hamas et ses soutiens en Occident : il s’agit d’un “antisémitisme moral”, comme l’a récemment fait remarquer Antoine Mercier sur sa chaîne Mosaïque. Dans ce contexte, les prises de position d’intellectuels ou d’hommes de plume israéliens ou Juifs se désolidarisant de leur Etat, de leur armée et de leur peuple en invoquant leur “conscience morale” sont une arme idéologique redoutable aux mains du Hamas et des ennemis d’Israël.

 

            Dès le mois de mars 2024, je m’interrogeais dans ces colonnes, au sujet de Delphine Horvilleur et de Bruno Karsenti: comment ces intellectuels juifs peuvent-ils prétendre défendre Israël contre ceux qui l’accusent de “génocide” ou d’épuration ethnique, dès lors qu’eux-mêmes accusent Israël (ou son gouvernement) de ne pas faire assez pour protéger les civils (D. Horvilleur) ou d’aspirer à une épuration ethnique des Palestiniens (B. Karsenti)? Dix-huit mois plus tard, la boucle est bouclée: Horvilleur a rejoint le camp de ceux qui accusent Israël de génocide, en prenant la défense de David Grossman, dans un plaidoyer pitoyable sur le site de la revue Tenoua.

 

Face à cette débâcle intellectuelle et morale, dont j’ai tenté d’analyser les ressorts psychologiques, je continue d’espérer qu’il se trouvera un intellectuel juif honnête et courageux pour dire que le roi est nu et que David Grossman déraille. J’appelle ici solennellement Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut – qui ont souvent exprimé leur admiration envers Grossman l’écrivain – à se démarquer des propos scandaleux de Grossman et à réaffirmer publiquement qu’Israël ne commet aucun génocide à Gaza. L’auteur de La réprobation d’Israël ne peut rester muet face à la terrible calomnie à laquelle Grossman a prêté sa plume et sa notoriété.

Pierre Lurçat

 

 

 

[1] Question que j’aborde dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

David Grossman

David Grossman

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Face aux accusations de génocide : ces Israéliens qui “traquent le nazi dans le Juif”

July 18 2025, 08:47am

Posted by Pierre Lurçat

Face aux accusations de génocide : ces Israéliens qui “traquent le nazi dans le Juif”

 

Le BESA Center de l’université de Tel-Aviv vient de publier un rapport circonstancié, écrit par une équipe pluridisciplinaire de quatre chercheurs, pour réfuter les accusations de génocide portées contre Israël. Ce rapport, qu’on peut consulter ici, réfute point par point les arguments des ennemis d’Israël, qui prétendent sans vergogne que la juste guerre menée par Israël à Gaza serait une entreprise “génocidaire” et comparent l’Etat juif, son armée et ses dirigeants aux nazis.

 

Comme le révélait hier soir la 14e chaîne télévisée israélienne, ce rapport important du BESA a été accueilli plutôt froidement par plusieurs universitaires israéliens, qui l’ont accusé d’être biaisé politiquement et de faire le jeu du gouvernement ! Oui, vous avez bien lu… Des universitaires israéliens dénoncent un rapport visant à blanchir leur pays de l’accusation de génocide, car ils craignent que ce rapport ne disculpe le gouvernement israélien aux yeux de l’opinion internationale !

 

Cette information pourrait prêter à sourire, si elle ne révélait un phénomène que j’ai déjà abordé souvent dans ces colonnes : celui de la “reductio ad hitlerum” pratiquée par la gauche israélienne contre ses adversaires politiques. La “reductio ad hitlerum” (procédé consistant à accuser ses adversaires idéologiques d’être l’égal des nazis) est ainsi largement une invention juive, tout comme la “Cancel culture” qui en est une forme dérivée.

 

Comme je l’écrivais ici en avril 2024, la reductio a hitlerum, dont sont aujourd’hui victimes Israël et ses défenseurs sur la scène publique internationale, est dans une large mesure une invention de cette gauche juive – sioniste et non sioniste – qui n’a reculé devant aucun procédé, recourant au mensonge et à la calomnie pour “annuler” ses adversaires.  Ils ont “annulé” Jabotinsky et Begin, réécrit l'histoire du mouvement sioniste pour effacer la part de ceux qui ne pensaient pas comme eux – sionistes révisionnistes, sionistes religieux, mizrahim ou ‘haredim – et aujourd'hui ils voudraient annuler Netanyahou et la volonté de la majorité des Israéliens…

 

Yves Mamou pointe également du doigt ce phénomène dans un récent article, mentionnant les noms de Delphine Horvilleur, d’Anne Sinclair, mais aussi d’Alain Finkielkraut avec lequel j’ai débattu la semaine dernière sur la chaine Mosaïque. Lors de ce débat, écrit Mamou, “Finkielkraut a tenté de traquer le nazi chez le Juif qui a osé dire qu’il « n’existe pas de civils innocents à Gaza ». Faut-il en conclure que « les Palestiniens ne sont pas des hommes comme nous, ne font pas partie de l’humanité » a rugi Alain Finkielkraut ?”

 

Je précise que mon intention, en affirmant qu'il n'y a pas de civil innocent à Gaza, n’était évidemment pas d’exclure les habitants de Gaza de l’humanité, mais plus simplement de souligner le fait évident qu’on attend toujours, presque deux ans après le 7 octobre, de trouver un seul “Juste” à Gaza qui nous donnerait une parcelle d’information sur les otages, ou qui s’élèverait publiquement contre les crimes du Hamas envers le peuple Juif.

 

Il est désolant de voir que ces intellectuels juifs et israéliens égarés confondent l’ennemi et l’adversaire et qu’ils donnent la priorité à leur combat idéologique contre le gouvernement d’Israël, quitte à laisser entendre que les accusations de crime de guerre - ou même, pour certains d’entre deux, de génocide - seraient autre chose qu’une calomnie et qu’une entreprise de propagande du Hamas, complaisamment relayée par ses alliés en Occident. Shabbat shalom!

Pierre Lurçat

 

NB J’invite mes lecteurs qui ne l’ont pas encore fait à signer la pétition contre l’accusation de génocide à Gaza lancée par l’historien Isaac Attia (lien QR code ci-dessous)

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Le mythe des « civils innocents » de Gaza, Pierre Lurçat

July 8 2025, 07:05am

Posted by Pierre Lurçat

Le mythe des « civils innocents » de Gaza, Pierre Lurçat

Je republie ici cet article paru dans Israël Magazine en janvier 2024, à l'occasion du débat que j'ai eu hier avec Alain Finkielkraut sur la chaîne Mosaïque. P.L.

 

 

            Hasard ou non, les salles obscures en Israël diffusent actuellement le film « Plan Aleph », consacré à l’opération Nakam, au cours de laquelle des rescapés de la Shoah projetèrent d’assassiner des milliers d’Allemands pour venger la mort de leurs proches. A un moment clé du film, un des héros explique qu’à ses yeux, il n’y a pas d’Allemand innocent. Et les Gazaouis ? La question des « civils innocents » – qui a souvent été posée dans l’histoire des guerres d’Israël – se pose avec une acuité décuplée depuis le début de la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre. D’une question intérieure israélienne, elle est devenue une question internationale, notamment depuis la plainte déposée par l’Afrique du Sud devant la Cour de Justice internationale. Comment concilier ces répercussions internationales avec les exigences de la guerre ? Israël en fait-il trop – contrairement aux accusations de ses ennemis et de certains de ses alliés – pour protéger les civils à Gaza ? Et que dit la tradition juive sur cette question cruciale ? Tour d’horizon.

 

            Premier rappel utile : cette question n’a rien de nouveau, ni dans l’histoire juive, ni même dans l’histoire récente d’Israël. Elle apparaît à l’occasion de chaque guerre depuis 1948 et a donné lieu à d’innombrables débats, tant dans l’espace public que dans les œuvres littéraires ou cinématographiques consacrées à la guerre. Rappelons le fameux épisode des « Lamed-Hé » pendant la Guerre d’Indépendance, au cours duquel 35 jeunes soldats trouvèrent la mort, après avoir croisé sur leur chemin un vieux berger arabe, qu’ils choisirent d’épargner et qui s’empressa d’aller chercher des renforts.

 

Devenu un élément fondateur de la doctrine militaire de la « pureté des armes », cet épisode est parfois considéré comme illustrant la trop grande attention portée par Israël à la vie de ses ennemis. Autres exemples, plus récents : au cours de la Première Guerre du Liban, en 1982, des soldats israéliens se trouvèrent confrontés à de jeunes adolescents, voire à des enfants armés, et plusieurs soldats de Tsahal furent tués pour avoir hésité à tirer sur ces ennemis, en raison de leur jeune âge.

 

Ces exemples illustrent un phénomène récurrent dans l’histoire des guerres d’Israël : celui du refus de tuer des civils ou des enfants-soldats, refus aux conséquences souvent tragiques. A Gaza aussi, de nombreux témoignages récents font état de la présence de civils non armés, qui viennent à la rencontre des soldats de Tsahal et les attirent délibérément dans des embuscades meurtrières. Un nom a même été inventé pour désigner ces pièges mortels : les « embuscades humanitaires ».

 

L’utilisation des civils par le Hamas

 

Sans être le premier à utiliser ces tactiques de guerre, le Hamas est en effet passé maître dans l’utilisation de civils pour servir ses objectifs militaires et politiques. Celle-ci prend essentiellement trois formes principales : premièrement, celle des civils utilisés comme boucliers humains, dans les hôpitaux, sur le champ de bataille en surface et dans les tunnels souterrains. Deuxièmement, celle des civils exposés délibérément aux attaques israéliennes, ou empêchés de quitter les lieux dangereux (comme les y invite Tsahal) pour démultiplier volontairement le nombre des victimes civiles. Et enfin, celle des civils utilisés comme « appâts » sur le champ de bataille, dans les « embuscades humanitaires » évoquées ci-dessus.

 

Face à ces tactiques guerrières – que le droit de la guerre occidental considère comme illégales – Tsahal est confronté à un dilemme permanent. Ne pas tenir compte de la présence des civils ennemis conduit à augmenter le nombre de victimes civiles – ce qui est précisément l’objectif recherché par le Hamas – et à accroître les pressions internationales contre Israël, comme nous le voyons actuellement. A l’inverse, tenir compte de la présence des civils expose les soldats à un risque accru, et met parfois en danger les objectifs militaires. Tsahal navigue ainsi constamment entre ces deux objectifs contradictoires.

 

Mais ce débat n’est pas seulement opérationnel et tactique, car il touche également à des considérations morales et juridiques, qui sont au cœur du débat intérieur à Israël. C’est pourquoi la définition même des « civils innocents » a des implications qui vont bien au-delà du débat théorique. La notion même de « civils innocents » est problématique, comme le faisait remarquer le rabbin Oury Cherki il y a plusieurs années. En effet, elle laisse entendre que les soldats seraient, eux, « coupables » et qu’il y aurait lieu de les « juger », voire de les « condamner »[1].

 

La remarque du rabbin Cherki fait écho à un débat ancien dans la tradition d’Israël. Ainsi, le Maharal de Prague observait similairement que la guerre n’est pas une opération qui vise à capturer des criminels, dans laquelle il faudrait effectivement protéger les civils innocents. La guerre est un affrontement entre plusieurs nations, au cours duquel des civils sont inévitablement exposés et font partie des victimes. Il est intéressant de remarquer que l’Occident lui-même a longtemps envisagé la guerre selon cette dernière conception, et que ce n’est que récemment qu’il a évolué vers une idée de « guerre-justice » (comme la guerre des Balkans dans les années 1990).

 

Les civils de Gaza sont-ils innocents ?

 

Au-delà de ces considérations théoriques, la guerre actuelle montre les limites et les ambiguïtés de la notion de « civils innocents » dans le cas des habitants de Gaza. Comme l’ont en effet rapporté des dizaines de soldats et d’officiers présents dans la bande de Gaza, la plupart des civils s’identifient, dans une mesure plus ou moins grande, au Hamas et à ses objectifs. En réalité, la notion même de « civils non impliqués » est étrangère à la doctrine du djihad dans l’islam, doctrine dans laquelle les habitants de Gaza sont éduqués et qu’ils appliquent. Le djihad est en effet devenu à l’époque contemporaine – sous l’inspiration des théoriciens de l’islam radical – une obligation individuelle (fard ‘ayn) qui s’applique à tous.

 

Pratiquement, cela se traduit dans le fait que la plupart des assaillants du 7 octobre n’étaient pas des terroristes du Hamas portant un uniforme, mais bien des civils de Gaza, qui se sont joints à la razzia et aux exactions perpétrées contre Israël. Ce constat est lourd de conséquences, et il ne doit pas être occulté, sous peine de commettre une erreur d’appréciation cruciale. La guerre actuelle n’oppose en effet pas seulement Israël au Hamas, mais bien à Gaza et à sa population. Ce constat a été confirmé sur le terrain par le fait que des armes et des munitions ont été trouvées dans la plupart des maisons de Gaza, y compris cachées sous les lits d’enfants…

 

Comme le rapportait récemment le journaliste de la 13e chaîne et soldat de réserve Roï Yanovsky, « Dans tous les quartiers où nous avons été, il y a des sites militaires du Hamas avec des armes, des tunnels, des explosifs, des rampes de lancement de roquettes et tout cela dans les maisons. Dans certaines, se trouvent des ouvertures dans les murs pour passer d’un bâtiment à un autre. Les habitants de Gaza qui vivent dans ces zones de guerre, le savent. Ils ont reçu une quantité innombrable d’avertissements les appelant à évacuer, bien avant que Tsahal n’entame son offensive terrestre. Ceux qui ont décidé de rester sont soit des hommes du Hamas, soit des gens qui ont pris cette décision en sachant que les lieux étaient utilisés par le Hamas et donc une zone de combat »[2].

 

            Ce que signifie ce témoignage éloquent, c’est que la plupart des civils de Gaza sont loin d’être innocents. Ils ont en fait pris fait et cause pour le Hamas et sont ainsi devenus ses supplétifs. C’est sans doute une des raisons de la difficulté de la guerre actuelle, qui dure déjà depuis plus de 100 jours et dont nous sommes loin de voir la fin. Comme l’explique encore Yanovsky, « le cercle qui permet au Hamas d’agir est beaucoup plus large que ses dizaines de milliers de terroristes. L’idéologie du Hamas se trouve dans toutes les maisons, dans les tableaux, dans les documents de propagande. Le Hamas à Gaza c’est comme Messi en Argentine ». Ou, pour dire les choses autrement, les terroristes du Hamas sont à Gaza « comme un poisson dans l’eau », selon l’expression du président Mao Zedong, qui avait lui aussi une expérience de la guérilla et de l’utilisation des civils à des fins militaires.

 

Dans ces circonstances, que doit faire Tsahal et comment Israël doit-il adapter son attitude aux réalités du terrain à Gaza (et ailleurs) ? La première conséquence est de garder sans cesse à l’esprit le fait que les civils sont rarement innocents. Cela doit être une loi d’airain pour les soldats israéliens : que nul d’entre eux ne tombe dans les pièges tendus par des civils ou utilisant des civils, et que nul ne cède à la tentation (bien humaine) de les considérer comme des victimes. La deuxième conséquence est l’obligation pour Israël de rappeler au monde entier contre qui nous nous battons, comme il le fait depuis le 7 octobre. Il est crucial de rappeler sans cesse que les civils de Gaza sont rarement innocents et qu’ils sont en fait responsables de la situation actuelle, ayant porté le Hamas au pouvoir et n’ayant rien fait pour s’opposer à lui.

 

Aucune population civile ne peut être tenue pour non responsable du pouvoir qu’elle s’est choisie. Il y a eu des résistants et des opposants dans tous les régimes totalitaires, y compris les plus cruels, comme l’Allemagne nazie, où Hitler a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat. On attend toujours de voir se lever des Gazaouis opposés au Hamas. En attendant ce jour, écoutons et faisons nôtre le témoignage de l’ex-otage franco-israélienne Mia Shem, qui a déclaré, après avoir passé plusieurs semaines dans une geôle, gardée par une famille de « civils » soi-disant innocents, que « tout le monde est terroriste à Gaza ». Vérité difficilement audible en Occident, mais vérité tout de même.

Pierre Lurçat

© P. Lurçat et Israël Magazine.

 

[1] Oury Cherki, “Une éthique juive de la guerre”, in Revue Forum-Israël no. 4, Déraison d’Etat, juin 2007.

[2] Témoignage traduit sur le site LPH INFO

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