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Un "génocide" à Gaza? - Analyse socio-politique de la posture morale des Juifs qui se dissocient d’Israël

September 18 2025, 13:45pm

Posted by Pierre Lurçat

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

Je publie ici de larges extraits de mon intervention au colloque organisé par Shmuel Trigano au centre Begin de Jérusalem mardi dernier. L'ensemble des interventions seront prochainement publiées sous forme de livre numérique. On peut également écouter mon intervention (et les autres) sur la chaîne Youtube du centre Begin, ici : « Génocide » à Gaza ? Analyse socio-politique des Juifs se dissociant d’Israël | Pierre Lurçat

 

Depuis le 7-Octobre 2023, on assiste à un double phénomène parmi les intellectuels juifs de gauche, qu’on pourrait décrire comme à la fois comme une radicalisation et comme un effacement progressif des frontières entre la gauche sioniste et l'extrême gauche antisioniste. Pour illustrer ce phénomène nouveau, je prendrai pour exemples des figures juives et israéliennes qui parlent "de l'intérieur": Horvilleur, Grossman, Finkielkraut, etc.  Ce faisant, je les distinguerai de ceux que nous avions étudiés dans un numéro de la revue Controverses paru en 2007, consacré aux “Alterjuifs”.

 

Sans entrer dans le détail de l’analyse, disons que les Alterjuifs parlent “de l’extérieur”, en revendiquant publiquement leur non-appartenance au Klal Israël (ils sont comme le fils dont parle la Haggada qui s’exclut du Klal…). Ces Alterjuifs ont depuis toujours critiqué et condamné l’Etat d’Israël, bien avant le 7-Octobre. Pour illustrer la différence entre les 2 catégories/postures, je citerai ce post du cinéaste israélien Eyal Sivan, après l’interview de David Grossman dans La Republica: “Business as usual. À l’ombre du génocide à Gaza, M. Nicolas Weill, commissaire aux affaires juives du journal Le Monde, discute poliment littérature avec M. David Grossman, mascotte tortueuse de la gauche sioniste. Ça doit être ça la vraie civilisation…” Aux yeux d’un alterjuif comme Sivan, David Grossman reste un méchant ‘sioniste’ même quand il accuse Israël de génocide !

 

La nouveauté sur laquelle je voudrais ce soir attirer l’attention est donc celle des Juifs de l’intérieur qui en viennent à se désolidariser d’Israël et à l’accuser des pires abjections. Comment ces Juifs “de l’intérieur” arrivent-ils à parler de génocide” (Grossman), à soutenir que le problème d'Israël n'est pas le Hamas mais Netanyahou (Finkielkraut) ou à défendre la reconnaissance d'un Etat palestinien par Emmanuel Macron (Horvilleur, F. Encel, Finkielkraut)?

 

Une explication sociologique


            Contrairement aux alterjuifs qui parlent de l'extérieur, ces intellectuels juifs qu’on pourrait qualifier d’"organiques" ou d’institutionnels ont une forme de loyauté envers le collectif juif et/ou israélien… Or, leur positionnement est devenu plus compliqué depuis le 7-octobre. Ils doivent se montrer solidaires d'Israël, tout en préservant leur statut social et symbolique de membres d'une "élite" juive reconnue, ou d'un etablishment culturel ou médiatique… Cette problématique n'est certes pas entièrement nouvelle, et j’en donnerai pour premier exemple le cas de l’écrivain israélien David Grossman, auquel je me suis intéressé depuis longtemps.

 

Le cas David Grossman

 

Comme j'avais tenté de le montrer il y a une dizaine d'années, Grossmann n'est pas libre de ses opinions... Il doit verser le tribut de sa reconnaissance médiatique et de la place qu'il a accepté d'occuper… J’avais à l’époque analysé sa prise de position très virulente contre le projet israélien d’attaquer les centrales nucléaires iraniennes (on a un peu de mal à imaginer aujourd’hui que le “gratin” intellectuel et sécuritaire israélien était contre à l’époque…). Le plus scandaleux dans ces propos de Grossman était leur concomitance avec des déclarations presque similaires de l’écrivain allemand Günther Grass, accusant Israël de “menacer la paix mondiale” et de vouloir “l’éradication du peuple iranien”.

 

A l’époque, les propos de Grass avaient fait scandale, notamment en raison du fait que celui-ci avait publiquement révélé, quelques années plus tôt, son appartenance aux Waffen-SS dans sa jeunesse. Mais les propos similaires de Grossman avaient bénéficié, eux, d’une totale indulgence… Grossman accusait pourtant le premier ministre Nétanyahou de recourir à une « rhétorique apocalyptique » et d’être prêt à sacrifier des civils iraniens innocents et à déclencher une « catastrophe immédiate et annoncée » pour éviter un risque hypothétique… Comme je le rappelle dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, la fondation Günter Grass avait en effet accordé à Grossman le prix Albatros en 2008. Ce n’était pas le premier prix allemand décerné à l’écrivain israélien, qui avait déjà obtenu le « Buxtehuder Bulle », et il est également Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

 

D’autres écrivains israéliens ont reçu des prix en Europe, et notamment en Allemagne, comme Amos Oz, titulaire du Prix Goethe. On peut y voir une simple marque d’estime et de reconnaissance pour leur talent d’écrivain. Mais ce serait une erreur à mon avis. Car ces prix prestigieux, parfois dotés de montants considérables, créent des liens de dépendance et d’allégeance entre les écrivains israéliens et les pays européens, connus pour leur hostilité à la politique israélienne… Le prix à payer, pour David Grossman comme pour les autres écrivains-pacifistes adulés des médias européens, est de continuer encore et toujours à accuser le gouvernement et l’Etat d’Israël, et à s’opposer à toute action militaire de Tsahal, à Gaza ou en Iran, fut-ce contre des ennemis voués à notre destruction.

 

Je n’ai rien à modifier à cette analyse datant de 2014, sinon que la pression exercée sur les écrivains israéliens pacifistes par leur public européen et par les institutions qui les invitent, les récompensent et les choyent est devenue encore plus intense et irrésistible depuis le 7-Octobre… On voit même des intellectuels/artistes proclamer en vain leur “soutien à la paix” et à un Etat palestinien et être malgré tout boycottés (comme le chorégraphe Ohad Naharin). Tout cela ressemble de plus en plus à l’atmosphère des Procès antijuifs sous Staline !

 

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

 

Idem de Delphine Horvilleur qui doit ménager à la fois son public juif et sioniste et son aura médiatique... Ce n’est pas facile ! D'où ses exercices de contorsionniste et ses acrobaties intellectuelles, dans la revue Tenoua qu'elle dirige, pour exprimer à la fois sa compassion pour les otages et sa solidarité avec Israël, et sa compassion pour les civils de Gaza...  Dans un entretien sur Akadem début 2024, Delphine Horvilleur trouvait ainsi “abject” et révoltant le fait que l’armée israélienne “tue tellement de Palestiniens” à Gaza. Et Ruben Honigman qui l’interviewait abondait dans son sens.

 

Dans cette position de funambule souvent pathétique et de moins en moins crédible, on reconnaît le fameux « en même temps » macronien dont Horvilleur se réclame expressément : “Il leur faut constamment « en même temps » rappeler la légitimité absolue de la réponse militaire au 7 octobre contre les terroristes islamistes du Hamas et leur projet d’extermination et dénoncer la poursuite d’une guerre, dont les buts sont devenus flous aujourd’hui, les propos déshumanisants de membres fanatisés d’un gouvernement et leurs projets d’occupation ou d’annexion qui garantiront une guerre sans fin.

 

Bien entendu je ne prétends pas excuser cette posture en montrant tout ce qu'elle a de difficile à tenir et de quasiment intenable… Pour me résumer et conclure sur cette 1ere explication, je dirais qu’il y a une forme de corruption “passive” dans cette attitude des intellectuels ou des écrivains juifs et Israéliens… Ils acceptent de payer le prix politique et idéologique exigé pour conserver leur statut social/symbolique/médiatique...

 

Delphine Horvilleur : contorsions intellectuelles et funambulisme politique

 

Idem de Delphine Horvilleur qui doit ménager à la fois son public juif et sioniste et son aura médiatique... Ce n’est pas facile ! D'où ses exercices de contorsionniste et ses acrobaties intellectuelles, dans la revue Tenoua qu'elle dirige, pour exprimer à la fois sa compassion pour les otages et sa solidarité avec Israël, et sa compassion pour les civils de Gaza...  Dans un entretien sur Akadem début 2024, Delphine Horvilleur trouvait ainsi “abject” et révoltant le fait que l’armée israélienne “tue tellement de Palestiniens” à Gaza. Et Ruben Honigman qui l’interviewait abondait dans son sens.

 

Dans cette position de funambule souvent pathétique et de moins en moins crédible, on reconnaît le fameux « en même temps » macronien dont Horvilleur se réclame expressément : “Il leur faut constamment « en même temps » rappeler la légitimité absolue de la réponse militaire au 7 octobre contre les terroristes islamistes du Hamas et leur projet d’extermination et dénoncer la poursuite d’une guerre, dont les buts sont devenus flous aujourd’hui, les propos déshumanisants de membres fanatisés d’un gouvernement et leurs projets d’occupation ou d’annexion qui garantiront une guerre sans fin.

 

Bien entendu je ne prétends pas excuser cette posture en montrant tout ce qu'elle a de difficile à tenir et de quasiment intenable… Pour me résumer et conclure sur cette 1ere explication, je dirais qu’il y a une forme de corruption “passive” dans cette attitude des intellectuels ou des écrivains juifs et Israéliens… Ils acceptent de payer le prix politique et idéologique exigé pour conserver leur statut social/symbolique/médiatique.

 

La dimension psychologique : La “haine de soi juive” revisitée

 

J'en viens à la deuxième explication qui fait appel au fameux concept développé par Théodore Lessing dans son livre La haine de soi juive publié à Berlin en 1930. Lessing a d’autant mieux compris et analysé le phénomène qu’il en a été lui-même victime, se convertisseur en 1920 au luthéranisme, avant de “refaire son âme” en revenant à son peuple, comme le rappelle André Neher dans son beau livre Jérusalem, vécu juif et message. Neher rappelle aussi, dans ce livre paru après la Première Guerre du Liban, que le dramaturge israélien Yehoshua Sobol avait porté à la scène la figure tragique d’Otto Weininger (un des cas étudiés par Th. Lessing), et que le jeune public israélien de l’époque trouvait des échos de leurs propres inquiétudes dans la figure de Weininger…

 

Le concept de la haine de soi juive (jüdische Selbsthass) est bien connu mais parfois mal compris. Il est vrai que les études de cas réunies par Lessing n'ont pas grand-chose à voir à première vue avec les intellectuels et figures médiatiques dont je parle ce soir. Est-ce que Delphine Horvilleur souffre de haine de soi ? Non de toute évidence. C'est une Juive qui s'aime beaucoup ! Beaucoup trop sans doute… Mais Lessing ne parle pas de Juifs qui se détestent, mais qui détestent une partie d'eux, de leur identité et de leur appartenance collective…

 

Quand David Grossman accuse son pays, son peuple et son armée de génocide à Gaza, il s'agit bien de haine de soi. D. Horvilleur a beau jeu de prétendre, dans un exercice de funambulisme intellectuel comme elle en est coutumière, que Grossman dit autre chose, ou qu'il dit une chose et son contraire. Elle réussit le tour de force de ne pas dire qu’il ne s’agit pas d’un génocide : l’avenir dira, par la voix des juristes et du droit, quel nom porte ce qui arrive aujourd’hui à Gaza, et plus largement au Proche-Orient. Mais l’urgence est ailleurs et devrait être absolue pour tous : faire que l’horreur s’arrête pour les uns et les autres, que les otages soient libérés, que les enfants soient nourris, que les innocents soient protégés, qu’une solution politique interrompe enfin le cycle infini de ces violences.”

 

J’avais publiquement interpellé Delphine Horvilleur quelques mois avant qu’elle ne soutienne la position de D Grossman, alors qu’elle avait accusé Tsahal d’affamer les enfants de Gaza et dénoncé la “faillite morale” d’Israël (citation d’Horvilleur: “C’est donc précisément par amour d’Israël que je parle aujourd’hui. Par la force de ce qui me relie à ce pays qui m’est si proche, et où vivent tant de mes prochains. Par la douleur de le voir s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale. Par la tragédie endurée par les Gazaouis, et le traumatisme de toute une région…”)

P. Lurçat

Un "génocide" à Gaza? -  Analyse socio-politique de la posture morale des Juifs qui se dissocient d’Israël

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Les “idiots utiles” du Hamas: Les intellectuels sont-ils le maillon faible du peuple Juif?

September 4 2025, 12:09pm

Posted by Pierre Lurçat

"Une imposture": Delphine Horvilleur

"Une imposture": Delphine Horvilleur

 

1.

Je ne sais pas si BHL a lu l’appel que je lui avais adressé, à lui et à Alain Finkielkraut, après les propos scandaleux de l’écrivain David Grossman évoquant un “génocide” à Gaza. Toujours est-il qu’il s’est finalement démarqué de Grossman, dans son dernier bloc-notes du Point, dans un article intitulé “Les idiots utiles du Hamas” et dans les termes suivants :  “Une ineptie peut être répétée soir et matin. Relayée par de hautes autorités internationales. Validée par de respectables ONG, parmi lesquelles Action contre la faim que j’ai contribué à fonder. Elle peut être reprise, « le cœur brisé », par l’un de mes amis, David Grossman...  Elle n'en reste pas moins une ineptie”.

 

De son côté, Alain Finkielkraut m’a répondu en privé (réponse que je me fais un devoir de publier), disant qu’il était “totalement en désaccord total avec David Grossman”, ajoutant toutefois “je soutiens sans réserve les centaines de milliers de grévistes qui manifestent contre la guerre effrayante que Netanyahou mène à Gaza. Ils sont l’honneur d’israël”. Dont acte. BHL et Finkielkraut ont donc tous les deux pris leurs distances à l’égard de l’écrivain israélien, comme je l’espérais.

 

2.

 

De son côté, Delphine Horvilleur a choisi de ne pas se démarquer des propos de Grossman, se livrant dans la revue Tenoua qu’elle dirige à un laborieux “pilpoul”, dans lequel elle dit en substance deux choses : 1. Que Grossman a raison. 2. Qu’il appartient aux “juristes” de déterminer s’il y a un “génocide à Gaza”. En effet, écrit-elle : "l’avenir dira, par la voix des juristes et du droit, quel nom porte ce qui arrive aujourd’hui à Gaza, et plus largement au Proche-Orient. Mais l’urgence est ailleurs et devrait être absolue pour tous : faire que l’horreur s’arrête pour les uns et les autres, que les otages soient libérés, que les enfants soient nourris, que les innocents soient protégés, qu’une solution politique interrompe enfin le cycle infini de ces violences".

 

L’observateur attentif de l’actualité constatera que la posture adoptée par Horvilleur sur la question du soi-disant “génocide” à Gaza est identique à celle d’Emmanuel Macron, qui a prétendu de son côté que c’était aux historiens qu’il “appartenait de décider” s’il y avait un génocide à Gaza… On ne peut qu’être frappé par la similarité des formulations, Horvilleur réservant aux juristes et Macron aux historiens la responsabilité de trancher sur le soi-disant « génocide » à Gaza.

 

3.

 

Paradoxalement, un de ceux qui ont le mieux caractérisé la posture et la manière de raisonner de la rabbine Horvilleur et sa relation au judaïsme n’est autre qu’Alain Finkielkraut lui-même, qui écrivait à son sujet il y  a quelques années: “Delphine Horvilleur invente un judaïsme tout entier dressé contre le destin juif. Elle réussit le prodige de judaïser le procès du juif charnel. C’est pour moi une imposture, et même une impiété. Tendre à l’hyper modernité, en guise de judaïsme, un miroir où elle rit de se voir si mélangée, ce tour de force me met hors de moi”.

 

Comme l’a bien compris A. Finkielkraut, le judaïsme d’Horvilleur a plus à voir avec le rejet contemporain de l’identité qu’avec la Tradition. Quel rapport avec l’accusation de “génocide” que la rabbine médiatique a reprise sans sourciller à David Grossman ? Je tenterai de répondre à cette question lors du prochain colloque organisé par Shmuel Trigano à Jérusalem le 16 septembre*, en analysant la “posture morale” des Juifs qui Se dissocient d’Israël. Cette posture moralisante repose en fait sur l’invocation constante d’une “conscience morale” individuelle qui n’a rien à voir avec la morale juive authentique, qui repose sur la Loi révélée au Sinaï. Shabbat shalom!

Pierre Lurçat

*INSCRIPTIONS: https://begincenter.smarticket.co.il/en/L_attaque_mondiale_contre_le_Peuple_Juif?id=53516

Les “idiots utiles” du Hamas:  Les intellectuels sont-ils le maillon faible du peuple Juif?

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Littérature, politique et sainteté : Réflexions à l’occasion du Yahrzeit du grand-rabbin Kook

August 25 2025, 08:05am

Posted by Pierre Lurçat

Littérature, politique et sainteté :  Réflexions à l’occasion du Yahrzeit du grand-rabbin Kook

 

Le 90e anniversaire du décès du rabbin Avraham Itshak Hacohen Kook, grand-rabbin de la Palestine mandataire et figure tutélaire du sionisme religieux, est l’occasion de nous pencher sur un aspect important et peu connu de la pensée du rav Kook. Je veux parler de sa conception très particulière de l’art en général et de la littérature en particulier. Avraham Kook est en effet un des rares penseurs religieux juifs de son temps qui a élaboré une pensée abordant les grandes questions de la philosophie. La place qu’occupe l’esthétique dans sa pensée est à cet égard bien moins connue que celle de l’éthique ou de l’herméneutique juive.

 

L’attitude du Rav envers la création artistique en général est marquée d’emblée par un a priori positif : il valorise tout ce qui élève le sentiment du beau. Mais il ne s’agit jamais de “l‘art pour l’art” : car dans sa vision exigeante de l’activité artistique et du sentiment esthétique en général, le Rav attend que l’art élève l’homme vers la sainteté. “Le renforcement du sentiment esthétique en l’homme le prépare à recevoir des lumières supérieures, un trésor spirituel plus élevé qui se donne sans cesse et veut croître avec intensité là où l’on se dispose à le recevoir”.

 

Il convient donc de développer le sentiment artistique, par les créations de la littérature moderne également, “même si elle traite de sujets profanes, parfois de manière très impure[1]. Cette affirmation étonnante repose sur la conviction ancrée chez le rabbin Kook que “la sainteté se révèlera également à partir de la libre poésie” et “qu’une brillante réponse sortira de la littérature profane”. La positivité de l’art – et de la littérature en particulier – n’est donc pas gratuite et absolue : elle est conditionnée par l’espoir qu’il fonde sur lui d’une révélation de la sainteté au sein même de la littérature profane…

 

Une littérature du rabaissement et du désespoir

 

Au regard de cet espoir élevé, quel diagnostic peut-on porter aujourd’hui sur la littérature et sur l’art israélien, 90 ans après la disparition du rabbin Kook ? Force est de constater que les espoirs fondés par le Rav ont été pour l’instant largement déçus. Plus précisément, on peut dire de la littérature israélienne en général qu’elle a trahi l’espoir d’élévation, en se cantonnant le plus souvent au réalisme le plus terre-à-terre et au pessimisme le plus noir, voire à l’abaissement de tout ce qu’il y a de beau, de bon et de sacré en Israël. Qu’on pense simplement aux livres de certains des écrivains les plus choyés de la littérature contemporaine que sont Amos Oz, Yaakov Shabtaï, Ishai Sarid ou Zeruya Shalev, pour ne citer que quatre noms.

 

Chez aucun d’eux, la tendance souhaitée par le Rav de révélation de la sainteté n’apparaît : pis encore, ils se complaisent à exalter des sentiments impurs ou négatifs (Shabtaï, Shalev), ou à tourner en ridicule tout ce qui est sacré pour les Juifs (Sarid). Une autre tendance très présente dans la littérature israélienne, à laquelle j’ai consacré plusieurs analyses depuis une vingtaine d’années, est celle de la transformation des écrivains en chantres politiques – toujours dans le même sens, hostile au sionisme réalisateur et au judaïsme traditionnel – à travers le mythe de “l’écrivain engagé”[2]. Les récents propos de l’écrivain David Grossman, accusant Israël et son armée de “génocide” à Gaza, ne sont que l’illustration la plus extrême d’un phénomène déjà ancien, qu’on pourrait définir comme l’enrôlement des écrivains au service des ennemis de leur propre peuple.

 

Dans ces circonstances, il faut hélas constater que seules de rares voix des lettres israéliennes – pour certaines déjà anciennes – ont confirmé l’espoir que formulait le Rav. Citons notamment Samuel Joseph Agnon, ou encore David Shahar. Pour les autres, on ne peut qu’attendre des générations futures qu’elles finissent par donner naissance à de grands écrivains qui glorifieront le peuple d’Israël, son armée et sa terre, et qui finiront par donner raison à l’espérance prophétique du rabbin Kook de mémoire bénie.

Pierre Lurçat

 

NB Concernant les propos scandaleux de David Grossman, je porte à la connaissance de mes lecteurs la réponse que m’a envoyée Alain Finkielkraut après mon appel public à  se désolidariser de Grossman: “Je suis en désaccord total avec David Grossman et je soutiens sans réserve les centaines de milliers de grévistes qui manifestent contre la guerre effrayante que Netanyahou mène à Gaza. Ils sont l’honneur d’Israël”. Donc acte.

 

[1] Cette citation et les autres sont reprises du beau livre de Yosef ben Shlomo, Introduction à la pensée du Rav Kook, Cerf 1992. Celui-ci ne donne pas la source des citations.

[2] Sur le mythe de “l’écrivain engagé”, je renvoie à mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

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Appel à BHL et Alain Finkielkraut: démarquez vous publiquement des propos de David Grossman!

August 18 2025, 15:40pm

Posted by Pierre Lurçat

Alain Finkielkraut et BHL aux côtés de Benny Lévy z.l

Alain Finkielkraut et BHL aux côtés de Benny Lévy z.l

 

Il faut lire l’entretien stupéfiant avec David Grossman dans le Monde des Livres la semaine dernière, pour tenter de comprendre l’état d’esprit de l’écrivain – qui a récemment joint sa voix à la campagne de propagande du Hamas accusant Israël de “génocide” à Gaza – et à travers lui, l’état d’esprit de toutes ces vieilles élites israéliennes, qui considèrent que le combat contre le gouvernement Nétanyahou a priorité sur la guerre contre le Hamas. “Lorsque « Le Monde des livres » l’a interrogé à distance", écrit Nicolas Weill, "il se trouvait justement au cœur d’une tempête soulevée par ses propos tenus à l’occasion d’une interview accordée au quotidien italien La Repubblica (1er août), qualifiant de « génocide » la situation actuelle dans la bande de Gaza. Sans éviter le sujet, il s’est avoué désormais fatigué de répondre à des questions politiques et heureux de parler plutôt de son travail littéraire…

 

Oui, vous avez bien lu ! L’écrivain iconique des lettres israéliennes qui, parvenu au faîte de sa renommée internationale, a délibérément choisi de joindre sa voix à celles des ennemis d’Israël en accusant son pays de “génocide”, se dit “fatigué” de répondre aux questions sur ses propos scandaleux, et préfère parler de son travail littéraire… Dans une émission diffusée il y a une dizaine d’années par la télévision israélienne, on pouvait voir Grossman entouré de ses traducteurs en plusieurs langues, réunis dans une somptueuse villa pour les besoins de l’émission, répondant aux questions sur son œuvre et sur ses multiples traductions. On comprenait en l’écoutant combien il jouissait de ce statut d’écrivain traduit, adulé par les médias occidentaux qui ont fait de lui la “voix d’Israël”...

 

Au-delà de la question légitime de savoir quelle part les opinions radicales de Grossman sur la scène politique israélienne jouent dans son aura internationale[1], on peut s’interroger sur cette “fatigue” de l’écrivain, qui après avoir allumé un incendie par ses propos au quotidien italien La Republicca, ne daigne même pas répondre aux critiques légitimes et à la polémique qu’il a sciemment déclenchée… Outre l’incroyable orgueil et la pusillanimité que cette attitude révèle, elle atteste aussi d’une réalité plus profonde, caractéristique de cette gauche israélienne (et juive) qui a depuis longtemps fait sécession et se considère bien plus comme une partie de l’establishment culturel international que du peuple d’Israël…

 

            La gravité des propos de David Grossman est d’autant plus lourde que l’argument moral est aujourd’hui au cœur de la campagne de haine d’Israël lancée par le Hamas et ses soutiens en Occident : il s’agit d’un “antisémitisme moral”, comme l’a récemment fait remarquer Antoine Mercier sur sa chaîne Mosaïque. Dans ce contexte, les prises de position d’intellectuels ou d’hommes de plume israéliens ou Juifs se désolidarisant de leur Etat, de leur armée et de leur peuple en invoquant leur “conscience morale” sont une arme idéologique redoutable aux mains du Hamas et des ennemis d’Israël.

 

            Dès le mois de mars 2024, je m’interrogeais dans ces colonnes, au sujet de Delphine Horvilleur et de Bruno Karsenti: comment ces intellectuels juifs peuvent-ils prétendre défendre Israël contre ceux qui l’accusent de “génocide” ou d’épuration ethnique, dès lors qu’eux-mêmes accusent Israël (ou son gouvernement) de ne pas faire assez pour protéger les civils (D. Horvilleur) ou d’aspirer à une épuration ethnique des Palestiniens (B. Karsenti)? Dix-huit mois plus tard, la boucle est bouclée: Horvilleur a rejoint le camp de ceux qui accusent Israël de génocide, en prenant la défense de David Grossman, dans un plaidoyer pitoyable sur le site de la revue Tenoua.

 

Face à cette débâcle intellectuelle et morale, dont j’ai tenté d’analyser les ressorts psychologiques, je continue d’espérer qu’il se trouvera un intellectuel juif honnête et courageux pour dire que le roi est nu et que David Grossman déraille. J’appelle ici solennellement Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut – qui ont souvent exprimé leur admiration envers Grossman l’écrivain – à se démarquer des propos scandaleux de Grossman et à réaffirmer publiquement qu’Israël ne commet aucun génocide à Gaza. L’auteur de La réprobation d’Israël ne peut rester muet face à la terrible calomnie à laquelle Grossman a prêté sa plume et sa notoriété.

Pierre Lurçat

 

 

 

[1] Question que j’aborde dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

David Grossman

David Grossman

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La folie des Juifs anti-juifs et l'auto-accusation d’Israël : une explication psychologique, Pierre Lurçat

August 11 2025, 15:28pm

Posted by Pierre Lurçat

La folie des Juifs anti-juifs et l'auto-accusation d’Israël : une explication psychologique, Pierre Lurçat

 

Pour comprendre les propos délirants de l'écrivain israélien David Grossman, accusant son propre pays de “génocide” contre le peuple génocidaire de Gaza, ou ces artistes et anciens officiers supérieurs qui accusent leur pays de “crimes de guerre” à Gaza, on est obligé de faire un détour par la psychologie des peuples. Aucune propagande – fut-elle aussi efficace et démoniaque que celle du Hamas, dont les grands médias israéliens se font souvent les relais – ne permet en effet de comprendre le vent de folie qui saisit ces Israéliens et ces Juifs, qui se transforment en accusateurs de leur propre peuple devant l’opinion internationale, en joignant leur voix au chœur des ennemis d’Israël (quand bien même le feraient-ils avec “le cœur brisé”, comme le prétend Grossman).

 

Face à la guerre terrible déclenchée par le Hamas, et face à la barbarie renaissante d'un nazisme (qu'on croyait à tort détruit dans les ruines de Berlin), certains Juifs tentent désespérément de trouver un coupable. Or, le coupable idéal, dans leurs esprits torturés, c’est… Israël ! Comme l'a décrit magistralement Théodore Lessing, le poids de la haine et des souffrances dont est accablé le peuple Juif depuis l'aube de son histoire devient parfois trop lourd à porter… Au lieu de persévérer dans l’être-Juif et de porter le fardeau de l’élection (qui est un surcroît de responsabilité et non un privilège), certains Juifs préfèrent hurler avec les loups, en croyant se fondre ainsi dans la masse de l’humanité et échapper au destin juif.

 

Lessing a analysé avec finesse, dans son étude sur La haine de soi juive, six cas d’école de Juifs en proie à la haine de soi (Selbsthass) dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. Ces Juifs assimilés, pour qui le judaïsme ne voulait pas dire grand-chose, sinon un malheur hérité de leurs parents, ont fini par attenter à leurs jours pour échapper à la “malédiction” d’être nés Juifs. Leurs noms ne disent pour la plupart pas grand-chose au lecteur contemporain, mais le phénomène décrit par Lessing est toujours vivant, et il a retrouvé une actualité encore plus brûlante depuis le 7-Octobre.

 

Le discours pathologique de l’auto-accusation

 

C’est un phénomène psychologique souvent similaire qui explique comment des écrivains, des artistes et des militaires à la retraite israéliens en viennent à retourner contre leur pays les mots terribles de “génocide” et de “crimes de guerre”... Ces Juifs antijuifs, ces Israéliens contre Israël retournent contre leur peuple et contre eux-mêmes le venin de l'ennemi. Par un processus d’« élargissement de la cible » caractéristique, ils commencent par s’en prendre au gouvernement, puis à l’armée d’Israël, et finissent par accuser Israël tout entier, en s’incluant dans leur propre accusation, dans un discours souvent pathologique.

 

J'ai trouvé une illustration récente et particulièrement édifiante de ce phénomène chez un Juif français, Jean Christophe Attias, plus connu pour être l'époux d'Esther Benbassa que pour ses propres écrits et travaux. "Nous sommes Amalec!", s'exclame Attias dans un texte délirant publié sur les réseaux sociaux[1] et son cri de délire fait écho au délire antijuif de bien d'autres Juifs antisémites au cours de la longue histoire de notre peuple persécuté, martyrisé et si souvent calomnié… “Nous sommes Amalec. Nous le sommes devenus. Nous lui avons tout cédé. Loin d'en effacer le nom de la surface de la terre, nous le revendiquons pour nous. Seuls les enfants affamés de Palestine pourraient aujourd'hui revendiquer encore le nom de juif. Mais ils ne le feront pas. Le nom juif ne peut leur être qu'odieux.” Je laisse aux spécialistes des pathologies mentales le soin de commenter ces lignes.

 

« Nous sommes Amalec » : délire de « persécuteur » ou blessure narcissique ?

 

Le “Nous sommes Amalec” d’Attias rejoint le “Nous sommes coupables de génocide” de Grossman, ou le “Nous affamons les enfants de Gaza” de Horvilleur. Dans les trois cas, il s’agit de s’auto-accuser pour tenter d’échapper à la condamnation universelle. Etrange « raisonnement », qui fait croire à ces Juifs/Israéliens – aveuglés par leur mauvaise conscience (ou leur bonne conscience, ce qui revient au même en l’occurrence – que joindre leur voix à celles des ennemis d’Israël leur garantira une quelconque immunité, fût-elle purement symbolique ! Bien entendu, on peut arguer que leur prise de position n’est pas sincère et qu’elle est purement intéressée (ils ont une image médiatique à protéger…).

 

Mais cette remarque (avancée par Charles Rojzman au sujet d’Horvilleur), qui n’est pas fausse, n’épuise nullement le sujet. Elle ne fait que donner une motivation matérielle à une posture qui relève également de mécanismes psychologiques plus profondément enfouis. Le psychanalyste Daniel Sibony parle à ce sujet[2] de « blessure narcissique », concept qui rend également compte d’un aspect omniprésent dans la personnalité de ces Juifs anti-juifs : ils sont dans une permanente revendication de leurs « émois » et de leurs états d’âme, comme s’ils devaient prendre le monde entier à témoin (ce qu’ils font d’ailleurs), au lieu de garder pour eux et leurs proches leurs dilemmes moraux et leurs troubles psychologiques.

 

Un autre aspect intéressant chez certains de ces « Juifs contre Israël » (dont la prétention à vouloir accuser Israël « pour le bien d’Israël » ne trompe personne) est leur recours fréquent à des concepts ou à des textes de la Tradition pour justifier leur attitude. C’est ainsi que la femme-rabbin Delphine Horvilleur prétend justifier l’ignominieuse accusation de « génocide » lancée par David Grossman contre son propre peuple, en se livrant à un grotesque « pilpoul » dans la revue du judaïsme réformé francophone Tenoua, et en invoquant la figure de Moïse ! Pas moins que cela.

 

D’autres voix du judaïsme dit « progressiste » invoquent elles aussi des textes de la Tradition pour expliquer qu’il faut « nourrir » les habitants de Gaza, reprenant ainsi le « hoax » de la famine de Gaza utilisé par le Hamas pour délégitimer Israël sur la scène internationale. On pouvait ainsi lire récemment un appel de 1200 rabbins contre « les massacres et la famine » à Gaza… Ces Juifs antijuifs, qui se parent des habits de la « conscience morale » ou de la tradition juive, joignent ainsi leurs voix au chœur des ennemis d’Israël, alors que notre Etat mène la guerre la plus juste au monde pour assurer sa survie et celle du peuple Juif.

 

Pierre Lurçat

NB Continuez de signer la pétition contre les propos de Delphine Horvilleur :

https://chng.it/X7PnMDyQtT

 

 

 

 

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Quand les intellectuels de la gauche israélienne dénonçaient le projet d’attaque des centrales nucléaires de l’Iran, P. Lurçat

June 24 2025, 15:14pm

Posted by Pierre Lurçat

D. Grossmann avec Amos Oz et A.B. Yehoshua

D. Grossmann avec Amos Oz et A.B. Yehoshua

 

Alors que le peuple d’Israël tout entier applaudit – dans une rare et louable unanimité – la destruction des centrales nucléaires de l’Iran par Tsahal avec l’aide des Etats-Unis, il convient de rappeler que cette unanimité n’a pas toujours été de mise. Il y a 13 ans, en 2012, l’écrivain David Grossman avait pris publiquement position contre le projet (qui était déjà celui du Premier ministre de l’époque, B. Nétanyahou) de frapper les centrales en Iran. Il faut le relire aujourd’hui pour mesurer combien la haine de Nétanyahou a aveuglé depuis des lustres les porte-parole de la gauche israélienne. Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël P.L

 

Quand Günter Grass accuse Israël de « menacer la paix mondiale » et de vouloir « l’éradication du peuple iranien », il recourt au procédé de l’inversion, consistant à accuser Israël des crimes de ses ennemis, procédé devenu très courant dans la vulgate politique européenne, ces dernières décennies, au moins depuis la Première Guerre du Liban (quand Beyrouth assiégée par les soldats de Tsahal était devenue Varsovie, aux yeux d’une certaine presse). Les condamnations presque unanimes des propos de Grass tiennent sans doute largement au fait que l’écrivain avait dévoilé publiquement, il y a quelques années, son appartenance aux Waffen-SS dans sa jeunesse, devenant de ce fait indéfendable.

 

Mais curieusement, ceux-là mêmes qui ont dénoncé justement les propos de Günter Grass ont applaudi des deux mains à un article de David Grossman sur le même sujet[1], aboutissant à une conclusion similaire, même si le ton employé est très différent. S’interrogeant sur la légitimité et l’opportunité d’une attaque préventive israélienne contre l’Iran, Grossman accuse en effet le premier ministre Nétanyahou de recourir à une « rhétorique apocalyptique » et d’être prêt à sacrifier des civils iraniens innocents et à déclencher une « catastrophe immédiate et annoncée » pour éviter un risque hypothétique…

 

Le débat sur l’opportunité d’une attaque contre l’Iran qui se poursuit en Israël depuis déjà plusieurs années (on se souvient de l’intervention fracassante de l’ancien chef du Mossad, Meir Dagan il y a quelques années) est légitime. Ce qui est moins légitime, c’est la manière dont Grossman justifie son opposition à une attaque israélienne contre l’Iran. Tout d’abord, parce qu’il choisit de s’exprimer dans un quotidien français, au lieu de présenter ses arguments au public israélien, premier concerné. Ensuite, parce qu’il accuse Nétanyahou d’utiliser une rhétorique apocalyptique et de faire des « références constantes à la Shoah » (accusation récurrente de la gauche israélienne qui l’employait déjà contre Menahem Begin à l’époque du bombardement de la centrale irakienne d’Osirak). Cette accusation est d’autant moins fondée qu’Israël fait face à l’Iran d’Ahmadinejad, qui est, pour le coup, le maître de la rhétorique apocalyptique… On retrouve ici – sous la plume de Grossman – le procédé de l’inversion utilisé par Günter Grass.

 

 

Or, si on peut parler de « rhétorique apocalyptique » dans le discours politique israélien, c’est plutôt du côté de la gauche, toujours prompte à menacer de catastrophes imminentes si Israël ne fait pas de concessions territoriales et n’accepte pas les exigences de ses ennemis… L'histoire récente d’Israël est parsemée de prévisions apocalyptiques de la part des tenants du « camp de la paix », depuis la menace démographique (à l’époque du processus d’Oslo) et jusqu’au « tsunami politique » promis en septembre dernier si le gouvernement n’acceptait pas tous les diktats palestiniens pour retourner à la table des « négociations »…

 

La haine envers Nétanyahou

 

Grossman est représentatif de cette gauche israélienne, devenue depuis longtemps ultra-minoritaire dans l’opinion israélienne, qui se tourne exclusivement vers le public occidental, européen ou américain, pour trouver une oreille attentive à ses propos acerbes contre le gouvernement israélien, surtout lorsqu’il est de droite… La haine envers Nétanyahou qui règne dans une large partie de l’establishment culturel et politique de gauche israélien n’a rien à envier à celle que lui vouent beaucoup de journalistes en Europe et ailleurs.

 

Pour apprécier à leur juste valeur les propos de Grossman concernant l’Iran, il faut se souvenir qu’il appartient à un mouvement politique (La Paix maintenant), financé par l’Union européenne, qui s’est régulièrement trompé depuis trois décennies… Les intellectuels et artistes comme Grossman ou Amos Gitaï doivent une grande partie de leur notoriété en Europe à leurs attaques contre le gouvernement de leur pays (il y a quelques années, Grossman s’interrogeait publiquement sur son désir de quitter le pays et des centaines – voire des milliers – d’Israéliens d’extrême-gauche ont déjà franchi le pas et sont aujourd’hui résidents d’Europe ou d’Amérique, où on les retrouve souvent aux premiers rangs des appels au boycott d’Israël…)

 

On peut se demander si les prises de position d’Amos Oz ou de David Grossman – comme l’opposition de ce dernier à une attaque israélienne contre l’Iran – ne sont pas en définitive la contrepartie, ou le tribut versé par ceux-ci, pour « mériter » les prix reçus en Europe. Car les dons reçus, en tant que Prix, de la Fondation Günter Grass et d’autres organismes allemands, sont peut-être le prix à payer, pour David Grossman comme pour les autres écrivains-pacifistes adulés des médias européens, est de continuer encore et toujours à accuser le gouvernement et l’Etat d’Israël, et à s’opposer à toute action militaire de Tsahal, à Gaza ou en Iran, fut-ce contre des ennemis voués à notre destruction.

P. Lurçat

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, La Maison d'édition, 2016)

 

Gunter Grass : « La puissance nucléaire d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile. »
Gunter Grass : « La puissance nucléaire d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile. »

Gunter Grass : « La puissance nucléaire d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile. »

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Meir Shalev contre le stéréotype de « l’écrivain engagé »

April 16 2023, 10:26am

Posted by Pierre Lurçat

Meir Shalev contre le stéréotype de « l’écrivain engagé »

En hommage à l'écrivain disparu à la veille du dernier jour de Pessah, je republie ici ces lignes extraites de mon livre La trahison des clercs d'Israël. P.L

 

Dans une interview donnée il y a quelques semaines au journal Olam Katan, publié à Jérusalem, l’écrivain Meir Shalev déclarait : « La littérature n’a plus aujourd’hui d’influence sur la politique en Israël ». Avec franchise, il reconnaît ainsi que son activité de publiciste et les articles qu’il publie dans Yediot Aharonot depuis plus de 25 ans ne convainquent que les convaincus, et qu’il n’exerce aucun « magistère moral », brisant ainsi le stéréotype de l’écrivain israélien engagé, que les médias ont bâti depuis plusieurs décennies autour de certains auteurs, parmi lesquels Amos Oz, A.B. Yehoshua et David Grossman.

 

Meir Shalev est né en 1948 à Nahalal, fameux moshav de la vallée de Jezréel où habita Moshé Dayan et où étudia la poétesse Hanna Senesh, tragiquement disparue pendant la Deuxième Guerre mondiale. Shalev appartient à une famille d’écrivains : son père, Itshak Shalev, était un poète et sa cousine est l’écrivain Zeruya Shalev, qui m’avait déclaré dans une interview il y a quelques années ne pas vouloir mêler la politique et la littérature et dont l’œuvre explore surtout les territoires de l’âme humaine*.

Shalev est un écrivain engagé qui s’exprime régulièrement sur les sujets brûlants de la politique israélienne, revendiquant des opinions de gauche très marquées sur la question des territoires et de la question palestinienne. A cet égard, il est très éloigné des idéaux de son père, qui faisait partie du Mouvement pour l’Intégrité de la Terre d’Israël, aux côtés des écrivains Nathan Alterman et Moshé Shamir (lequel n’a pratiquement pas été traduit en français).


A l’instar d’Amos Oz, qui appartenait à une famille sioniste révisionniste (son oncle était l’historien Joseph Klauzner, comme il l’évoque dans son beau livre autobiographique, Une histoire d’amour et de ténèbres), Shalev a effectué un virage à 180 degrés par rapport à la génération de ses parents. Paradoxalement, les écrivains de la génération des pères (Shalev père, Alterman) exerçaient, eux, une véritable influence politique en Israël.

Comme le reconnaît Shalev, « Lorsqu’Alterman publiait un poème politique, tant Ben Gourion que Moshé Dayan étaient influencés par ce qu’il écrivait… Lorsqu’il a publié des propos critiques contre des soldats qui avaient attaqué des civils, les coupables ont été punis… » Cet exemple est révélateur, parce qu’il contient sans doute une raison de la perte d’influence des écrivains israéliens sur la politique intérieure du pays.


Quand Alterman s’élève contre un acte de violence à l’encontre de civils commis par des soldats, il exerce son autorité morale, sans remettre en cause les prérogatives de l’armée, au nom du principe de « pureté des armes » inhérent à l’éthos sioniste de son époque. Tout autre est l’attitude d’Amos Oz ou de D. Grossman, lorsqu’ils se servent de leur notoriété politique pour exprimer des opinions critiques contre « l’occupation des territoires » ou la « colonisation » ; loin de renforcer la moralité de Tsahal en dénonçant d’éventuels dérapages (qui existent dans toutes les armées du monde), ils partent du postulat que toute action militaire israélienne est suspecte a priori et que « l’occupation » corrompt l’armée et la société dans son ensemble depuis 1967.

La position assumée aujourd’hui par plusieurs écrivains israéliens, parmi les plus réputés en dehors d’Israël ressemble, de l’avis de Shalev, à celle des prophètes face au pouvoir politique dans la Bible. Or, « même à l’époque du Tanakh », écrit-il, « rares étaient les prophètes qui avaient une influence véritable… En général, le prophète occupe, à l’instar de l’écrivain, le rôle de l’opposant systématique… ». Le propos de Shalev infirme l’idée – trop souvent entendue – selon laquelle l’écrivain aurait quelque chose à dire sur les questions politiques, en tant qu’autorité morale incontestable. Aux yeux de Shalev, l’écrivain israélien n’assume aujourd’hui aucun magistère ; il a le droit de s’exprimer mais il prend le risque de ne pas être entendu et de parler dans le désert…


En vérité, si l’on poursuit la comparaison judicieuse faite par Shalev, les écrivains israéliens les plus adulés par les médias étrangers, en raison de leurs opinions politiques tout autant que pour leur œuvre littéraire, sont considérés comme des « prophètes » en dehors d’Israël, mais pas dans leur pays natal, où leurs opinions n’étonnent – et n’intéressent – presque plus personne… Comme dit le proverbe, Nul n’est prophète en son pays…


Au-delà des opinions politiques qu’il défend dans cette interview, Shalev exprime aussi son amour pour la langue hébraïque et pour le Tanakh. Extraits : « Je considère [la Bible hébraïque] comme le fondement de la culture à laquelle j’appartiens et de la langue dans laquelle j’écris. En outre, une des caractéristiques littéraires marquantes de la Bible est qu’elle ne s’aventure pas dans des descriptions psychologiques, comme celle dont la littérature moderne est friande. Elle ne décrit presque que des actes et des paroles… »

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, La Maison d'édition 2016)

_____________________________________

J'ai le plaisir d'annoncer la parution de mon nouveau livre, Quelle démocratie pour Israël : gouvernement du peuple ou gouvernement des juges? Editions L’éléphant 2023.

 

Un ouvrage de droit qui se lit comme un roman policier

Liliane Messika

 

Le livre à lire impérativement pour comprendre le projet de réforme judiciaire en Israël

Albert Lévy

 
Meir Shalev contre le stéréotype de « l’écrivain engagé »

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Israël “Etat d’apartheid”? Contre-vérités et propagande mensongère autour de la Loi “Israël Etat-nation du peuple Juif”, par Pierre Lurçat, avocat

August 6 2018, 16:20pm

Posted by Pierre Lurçat

Israël “Etat d’apartheid”? Contre-vérités et propagande mensongère autour de la Loi “Israël Etat-nation du peuple Juif”, par Pierre Lurçat, avocat

Israël “Etat d’apartheid”? Contre-vérités et propagande mensongère autour de la Loi “Israël Etat-nation du peuple Juif”, par Pierre Lurçat, avocat

 

“Tes destructeurs et les auteurs de ta ruine sortiront de toi”.

Isaïe 49, 17

 

Depuis le vote par la Knesset de la Loi fondamentale “Israël Etat-nation du peuple Juif”, les opposants à la loi en Israël, relayés par certains médias internationaux hostiles à Israël, propagent de nombreuses contre-vérités à son sujet, par ignorance ou par malveillance. Le présent article vise à rétablir certaines vérités fondamentales sur ce sujet important.

 

Une “loi controversée”, partisane et “contraire aux principes fondateurs de l’Etat d’Israël?”

 

Loi controversée” : par cette expression, les médias entendent discréditer le contenu de la loi avant même de l’avoir exposé. En réalité, cette loi fondamentale a été adoptée par une majorité absolue de 62 députés de la Knesset contre 55. (A titre de comparaison, la “Loi fondamentale sur la dignité et la liberté humaine” avait été adoptée en 1992 à une majorité de 32 voix contre 21). A noter : le principal artisan de la Loi, Avi Dichter, était au moment où il a entamé le travail législatif, il y a huit ans, membre du parti centriste Kadima, aux côtés de Tsippi Livni, qui mène aujourd’hui la campagne de l’opposition contre la Loi, ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’un texte partisan ou “d’extrême-droite”...

 

Une loi qui bouleverse le statu-quo, et transforme Israël en Etat-nation du peuple Juif?

 

Selon certains de ses opposants, cette loi serait contraire aux “fondements d’un Etat juif et démocratique” (selon les termes de la pétition signée par plusieurs centaines d’intellectuels israéliens, qui ne l’ont apparemment pas bien lue). En réalité, la Loi fondamentale s’inscrit dans la suite logique de la Déclaration d’indépendance de 1948, dont elle reprend les éléments essentiels. Elle ne “transforme” pas Israël en Etat-nation du peuple Juif, ce qu’il a toujours été conformément aux principes du sionisme politique et à la volonté de ses pères fondateurs. La loi se contente, plus modestement, de réaffirmer le caractère juif de l’Etat et le droit à l’autodétermination du peuple Juif dans le cadre d’un Etat-nation, deux notions essentielles qui étaient largement considérées comme acquises depuis 1948 et faisaient depuis toujours partie du consensus à l’intérieur d’Israël.

 

Une loi contraire à la Déclaration d’indépendance de 1948?

 

C’est sans doute la contre-vérité la plus flagrante. Non seulement la Loi fondamentale n’est pas contraire à la Déclaration d’Indépendance, mais elle vient en réalité réaffirmer les principes essentiels de cette dernière. Pourquoi? Parce que le consensus exprimé dans la Déclaration d’indépendance de 1948 a été largement érodé au cours des dernières années, et notamment depuis que la Cour suprême a entrepris de porter atteinte au caractère juif de l’Etat d’Israël, depuis le début des années 1990, en prétendant remplacer l’Etat juif par un “Etat de tous ses citoyens”, selon la volonté affichée de son président, le juge Aharon Barak (1).

 

 

David Grossman, emporté par l’excès et l’emphase

 

Une loi excluant les minorités non juives de la pleine citoyenneté = une loi d’apartheid?

 

Cette accusation est la plus dangereuse de toutes, car elle accrédite la notion d’un “Etat d’apartheid” utilisée depuis des décennies par les ennemis d’Israël, notion à laquelle des intellectuels israéliens renommés apportent aujourd’hui leur caution morale. C’est ainsi que l’écrivain David Grossman écrit, dans les colonnes de Ha’aretz (repris et traduit intégralement par Libération), que “le Premier ministre d’Israël s’est déterminé à ne pas mettre fin à l’occupation et à la situation d’apartheid dans les Territoires occupés, mais, au contraire, à les intensifier et à les transférer de ces territoires au cœur de l’Etat d’Israël”. Ce faisant, il commet une double erreur. Erreur historique et politique tout d’abord, car il n’y a pas, et il n’y a jamais eu de situation d’apartheid en Israël, ni à l’intérieur de la “ligne verte”, ni dans les territoires de Judée-Samarie (2).

 

Erreur morale ensuite, parce qu’en accusant le gouvernement de vouloir instaurer un régime d’apartheid à l’intérieur d’Israël, Grossman n’efface pas seulement la frontière physique entre le “petit Israël” d’avant 1967 et les territoires bibliques de Judée et de Samarie. Il abolit aussi et surtout la mince frontière rhétoriquequi séparait encore, jusqu’à hier, la gauche sioniste de l’extrême-gauche antisioniste. En considérant désormais que la “réalité d’apartheid” - qu’il avait auparavant cru déceler dans les “territoires occupés” - menace l’ensemble de l’Etat d’Israël, David Grossman laisse sa pensée dériver, emporté par l’excès et l’emphase, au point de rejoindre dans son discours les contempteurs les plus radicaux du sionisme. Sa dénonciation de “l’apartheid” est désormais reprise par les médias du monde entier, et pas seulement par ceux qui ont fait de la détestation d’Israël leur marque de fabrique.

 

La dérive de la gauche israélienne

 

Entraînés par le courant de leur détestation envers B. Nétanyahou, les intellectuels de la gauche israélienne sont en train de franchir allègrement toutes les lignes rouges et de détruire les derniers éléments restés encore intacts du consensus national, déjà largement effrité par les accords d’Oslo et par le retrait de Gaza. Cette fuite en avant de la gauche israélienne se traduit notamment par son jeu dangereux à l’égard de la minorité druze, dont elle incite certains éléments radicaux (qui sont loin de représenter l’ensemble du public druze), en risquant de mettre à mal l’alliance scellée dans le sang des soldats de Tsahal, établie depuis 70 ans entre druzes et Juifs en Israël.

 

 

L’alliance scellée dans le sang entre Juifs et druzes


 

Comme l’écrit dans les colonnes d’Israel Hayom l’éditorialiste Amnon Lord, observateur attentif de la vie politique israélienne, et notamment de la gauche dont il est lui-même issu, “un grand écrivain israélien (3) a affirmé autrefois que “l’histoire juive tout entière nous montre que l’élite juive a toujours été en danger de faillite morale, alors que le petit peuple (N.d.T. “Am’ha” en hébreu) a constitué la colonne vertébrale du peuple Juif. Il en a été ainsi à l’époque du Premier et du Deuxième Temple, et aussi à la veille de la Shoah. L’élite a toujours été encline à l’auto-destruction. L’identité juive a été préservée par le petit peuple”. Et Amnon Lord conclut: “La Loi sur l’Etat-nation a été conçue pour le petit peuple. L’Etat juif a été fondé pour que des brutes - intellectuelles et physiques - ne viennent plus menacer les Juifs”. Ou pour dire les choses en d’autres termes, ceux du prophète Isaïe que nous avons lus samedi dernier dans la Haftara, “Tes destructeurs et les auteurs de ta ruine sortiront de toi”.

 

Pierre Lurçat

 

Notes

1. Je renvoie à ce sujet à mon article “Comment la gauche israélienne est devenue une minorité tyrannique”, Vu de Jérusalem, 5 février 2018.

2. Dans un discours prononcé à l’occasion du Jour des soldats tombés en Israël, David Grossman avait déjà dénoncé la “réalité d’apartheid dans les territoires occupés” (thème devenu son cheval de bataille depuis son livre Le vent jaune paru en 1988).

3. J’invite mes lecteurs perspicaces à trouver le nom de cet écrivain, qui n’est pas mentionné par Amnon Lord, et à me soumettre leurs suggestions à pierre.lurcat@gmail.com

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Prochaine formation à l'examen d'agent immobilier à Jérusalem / Tel-Aviv

Formation à l’examen d’agent immobilier israélien

Session août-septembre 2018 – Tel Aviv 

La prochaine formation à l'examen d'agent immobilier aura lieu du 28 août au 5 septembre à Tel-Aviv, en vue de l’examen d’agent immobilier israélien qui se tiendra le 23 octobre 2018. Au terme de la formation et après avoir réussi l’examen, les élèves pourront obtenir la carte professionnelle permettant d’exercer la profession d’agent immobilier (metave’h) en Israël, dans une agence ou à leur compte. * Une formation est également prévue à Jérusalem, me contacter.

J’ai mis en place cette formation depuis 2006 en Israël, et j’ai préparé plusieurs centaines d’Olim francophones (avec un taux de réussite dépassant 75%) à l’examen organisé par le ministère israélien de la Justice, seul habilité à délivrer la carte professionnelle. Important : il n’est pas nécessaire d’être israélien pour travailler comme agent immobilier en Israël !

Niveau d'hébreu exigé

Cet examen est un examen théorique portant sur le droit israélien, qui a lieu 4 fois par an en Israël. Il s’agit d’un QCM (questionnaire à choix multiple), ce qui signifie qu’il n’est pas indispensable de savoir écrire en hébreu. Il n'est pas non plus nécessaire d'avoir un très bon niveau de lecture pour suivre le cours. Un niveau moyen est suffisant, à condition de fournir un travail personnel en plus des cours de préparation.

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à me contacter par email pierre.lurcat@gmail.com ou par téléphone au 050 286 5143 ou 06 80 83 26 44  (France).

 

Pierre Lurçat, avocat au barreau israélien, spécialiste de la formation aux examens de droit

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A propos du Yom Hazikaron “alternatif”: La cécité morale et intellectuelle de la gauche israélienne par Pierre Lurçat

April 22 2018, 07:21am

Posted by Pierre Lurçat

A propos du Yom Hazikaron “alternatif”: La cécité morale et intellectuelle de la gauche israélienne par Pierre Lurçat

Comme des millions d’Israéliens, j’ai fêté la semaine dernière l’anniversaire de notre petit-grand Etat, proclamé il y a 70 ans sur notre terre retrouvée, par la grâce de Dieu et grâce à l’héroïsme et au sacrifice de nos soldats. Comme le dit un adage qui a récemment circulé sur les réseaux sociaux, “Nous avons deux journées du souvenir des morts en Israël : une qui nous rappelle le prix à payer pour avoir un Etat, et l’autre pour nous rappeler le prix à payer pour ne pas en avoir”. Ces deux journées sont, évidemment, la Journée du Souvenir des soldats (Yom Hazikaron) et le Jour de la Shoah (Yom HaShoah). La semaine qui va du Yom HaShoah au Yom Hazikaron et au Yom Ha’atsmaout est sans doute la semaine la plus chargée d’émotion pour le peuple d’Israël.

 

J’ai passé la soirée du Yom Hazikaron sur la place Rabin à Tel-Aviv, où se déroule le traditionnel “Sharim ba-Kikar”, rituel laïque qui fait suite aux cérémonies d’ouverture de cette journée sacrée devant le Kottel, le mur occidental du Temple, en présence des familles endeuillées. La jeunesse du public, varié et nombreux, qui emplissait la place Rabin, venu écouter les chansons et évoquer le souvenir des soldats tombés pendant les guerres d’Israël, atteste que le caractère fédérateur de cette journée demeure intact et que les jeunes israéliens restent, aujourd’hui comme hier, tout aussi patriotes et engagés pour la défense de notre Etat, y compris à Tel-Aviv, qu’on se plaît à décrire parfois comme une “bulle” en dehors du pays.


Or, c’est précisément ce rituel sacré et ce caractère fédérateur qui ont été cette année remis en question par la tentative d’instaurer une cérémonie ‘alternative’, réunissant des familles endeuillées israéliennes et palestiniennes. Comme l’expliquait vendredi après-midi Yehoram Gaon, dans son émission hebdomadaire sur Galei Tsahal, les promoteurs de cette initiative ont perdu le sens le plus élémentaire du bien et du mal. Comment peut-on en effet mettre sur le même plan nos soldats, tombés pour la défense d’Israël, et des terroristes palestiniens tombés en attaquant des Israéliens, civils ou militaires?

 

Une illustration de cette cécité morale et intellectuelle d’une frange radicale de la gauche israélienne nous est donnée par la lecture du journal Ha’aretz, dans lequel l’éditorial daté du vendredi 20 avril 2018, 5 Iyar 5778 (date du Jour de l’Indépendance,dont la célébration a été avancée d’un jour cette année en raison du shabbat), intitulé “Le jour de leur catastrophe”, explique que les festivités du Jour de l’Indépendance excluent un cinquième des citoyens de l’Etat et que, “tant qu’un Etat palestinien ne verra pas le jour, la Nakba et le deuil palestinien ne prendront pas fin”. Le journal des élites israéliennes post-sionistes * a depuis longtemps, on le sait, adopté le narratif de nos ennemis, celui de la Nakba (“catastrophe”).

 

Un très beau film réalisé au lendemain de la Deuxième Guerre du Liban décrivait la manière dont quatre mères israéliennes vivaient et partageaient leur deuil, après la mort tragique de leurs fils, membres de l’équipage du même tank, détruit par une roquette du Hezbollah alors qu’il portait secours à un autre tank. Le thème central du film était le lien tissé entre ces quatre femmes très différentes, représentant quatre secteurs de la société israélienne (une habitante religieuse d’une localité de Judée-Samarie, une femme de l’intelligentsia de gauche, une immigrante de l’ex-URSS…). L’armée est depuis ses débuts, un des endroits où se créent des liens entre les Israéliens de toutes origines (y compris les soldats druzes, bédouins et membres des autres minorités), liens indéfectibles qui durent souvent toute la vie et parfois au-delà, entre les familles endeuillées liées par la mort de leurs fils.

Uri Grossman z.l.

 

Un des quatre soldats tombés dans ce tank était Uri Grossman, fils de l’écrivain David Grossman. J’ai écrit dans ces colonnes le respect que j’éprouve pour David Grossman en tant que père endeuillé, membre de la “Mishpa’hat ha-shehol”, cette “famille des endeuillés” pour qui le deuil ne prend pas fin à l’issue du Yom Hazikaron, car il dure toute l’année. J’ai d’autant plus de tristesse à lire le discours de David Grossman, prononcé le Jour du Souvenir des soldats lors de la cérémonie alternative dont il a été un des principaux protagonistes, discours dans lequel il décrie le gouvernement (ce même gouvernement qui vient de lui décerner le Prix d’Israël) et parle de la “réalité d’apartheid qui existe dans les territoires occupés…”.

 

Le plus triste, dans ce discours comme dans les innombrables éditoriaux et articles qu’on peut lire jour après jour dans Ha’aretz **, c’est de voir que les tenants de cette idéologie, de plus en plus minoritaire mais toujours influente, se sont eux-mêmes exclus du consensus israélien. Ils ont eux-mêmes scié la branche qui les rattache au tronc commun de notre existence dans ce petit-grand pays, en prétendant partager le deuil de nos ennemis au lieu de pleurer, avec tout Israël, nos soldats tombés pour notre Indépendance.

 

Comme l’écrit Israël Harel, ils “critiquent toutes les belles choses qui ont été accomplies ici depuis le début du retour à Sion à l’époque moderne”. Au-delà de toutes les dissensions et divergences politiques, légitimes, c’est sans doute le plus grand reproche qu’on peut faire aux tenants de cette idéologie.. A l’instar des explorateurs dans le récit biblique, ils ne voient que les défauts et les dangers inhérents à notre existence nationale, oubliant combien notre Etat est miraculeux et combien notre peuple est beau.

 

* Je renvoie à ce sujet au chapitre de mon livre La trahison des clercs d’Israël consacré à Ha’aretz).

** Le même Ha'aretz dans lequel on a pu lire un article affirmant que Myriam Peretz avait reçu le Prix d'Israël "pour la seule raison qu'elle a perdu ses fils"... Il n'y a aucune limite dans l'ignominie.

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Le fil invisible, entre Günter Grass et David Grossman, Pierre Itshak Lurçat

February 13 2018, 09:23am

Posted by Pierre Lurçat

Le fil invisible, entre Günter Grass et David Grossman, Pierre Itshak Lurçat

A l'occasion de l'attribution du Prix d'Israël à David Grossman, je publie ici un chapitre de mon livre La trahison des clercs d'Israël, consacré à l'écrivain et à ses prises de position politiques. P.L.

Dans son roman Le livre de la grammaire intérieure, David Grossman décrit un enfant qui refuse de grandir et veut échapper à tout prix à la folie du monde des adultes, au point de se suicider. Ce thème est similaire à celui du Tambour, œuvre maîtresse du romancier allemand Günter Grass. Il n'y a apparemment aucune signification politique dans cet emprunt littéraire, mais il nous dit quelque chose sur les références culturelles du romancier israélien, dont l’œuvre - très appréciée dans son pays - l’est au moins au tant en Europe, où il fait partie du « triumvirat » des écrivains israéliens (Amos Oz, A.B. Yéhoshua et Grossman) les plus cités et reconnus.

 

Une chose relie pourtant les deux écrivains « engagés », à travers cet emprunt littéraire : dans leTambour, le jeune Oskar refuse de grandir dans l’Allemagne nazie. Dans le Livre de la grammaire intérieure, Aaron veut échapper au monde israélien de la période de la Guerre des Six Jours. Dans les deux cas, l’écrivain exalte la pureté et l’innocence du monde des enfants, opposée à la folie meurtrière des adultes, nazis dans le premier cas, Israéliens dans le second.

 

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Le Tambour, film de Volker Schlöndorff tiré du roman de G. Grass

 

Cette symétrie m’est revenue à l’esprit en suivant la polémique déclenchée par les propos scandaleux de l’écrivain allemand – dont j’avais aimé, autrefois, l’adaptation cinématographique de son grand roman. Quand Günter Grass accuse Israël de « menacer la paix mondiale » et de vouloir « l’éradication du peuple iranien », il recourt au procédé de l’inversion, consistant à accuser Israël des crimes de ses ennemis, procédé devenu très courant dans la vulgate politique européenne, ces dernières décennies, au moins depuis la Première Guerre du Liban (quand Beyrouth assiégée par les soldats de Tsahal était devenue Varsovie, aux yeux d’une certaine presse)…

Les condamnations presque unanimes des propos de Grass tiennent sans doute largement au fait que l’écrivain avait dévoilé publiquement, il y a quelques années, son appartenance aux Waffen-SS dans sa jeunesse, devenant de ce fait indéfendable.

 

Mais curieusement, ceux-là mêmes qui ont dénoncé justement les propos de Günter Grass ont applaudi des deux mains à un article de David Grossman sur le même sujet, aboutissant à une conclusion similaire, même si le ton employé est très différent. S’interrogeant sur la légitimité et l’opportunité d’une attaque préventive israélienne contre l’Iran, Grossman accuse en effet le premier ministre Nétanyahou de recourir à une « rhétorique apocalyptique » et d’être prêt à sacrifier des civils iraniens innocents et à déclencher une « catastrophe immédiate et annoncée » pour éviter un risque hypothétique…

 

Meir_Dagan.jpgLe débat sur l’opportunité d’une attaque contre l’Iran est certes légitime, et il se poursuit en Israël depuis déjà plusieurs années (on se souvient de l’intervention fracassante de l’ancien chef du Mossad, Meir Dagan - en photo ci-contre - il y a quelques années). Ce qui est moins légitime, c’est la manière dont Grossman justifie son opposition à une attaque israélienne contre l’Iran. Tout d’abord, parce qu’il choisit de s’exprimer dans un quotidien français, au lieu de présenter ses arguments au public israélien, premier concerné. Ensuite, parce qu’il accuse Nétanyahou d’utiliser une rhétorique apocalyptique et de faire des « références constantes à la Shoah » (accusation récurrente de la gauche israélienne qui l’employait déjà contre Menahem Begin à l’époque du bombardement de la centrale irakienne d’Osirak). Cette accusation est d’autant moins fondée qu’Israël fait face à l’Iran d’Ahmadinejad, qui est, pour le coup, le maître de la rhétorique apocalyptique… On retrouve ici – sous la plume de Grossman – le procédé de l’inversion utilisé par Günter Grass.

 

 

Or, si on peut parler de « rhétorique apocalyptique » dans le discours politique israélien, c’est plutôt du côté de la gauche, toujours prompte à menacer de catastrophes imminentes si Israël ne fait pas de concessions territoriales et n’accepte pas les exigences de ses ennemis… L'histoire récente d’Israël est parsemée de prévisions apocalyptiques de la part des tenants du « camp de la paix », depuis la menace démographique (à l’époque du processus d’Oslo) et jusqu’au « tsunami politique » promis en septembre dernier si le gouvernement n’acceptait pas tous les diktats palestiniens pour retourner à la table des « négociations »…

 

Grossman est représentatif de cette gauche israélienne, devenue depuis longtemps ultra-minoritaire dans l’opinion israélienne, qui se tourne exclusivement vers le public occidental, européen ou américain, pour trouver une oreille attentive à ses propos acerbes contre le gouvernement israélien, surtout lorsqu’il est de droite… La haine envers Nétanyahou qui règne dans une large partie de l’establishment culturel et politique de gauche israélien n’a rien à envier à celle que lui vouent beaucoup de journalistes en Europe et ailleurs. (Sans parler d’Avigdor Lieberman, devenu lui aussi la bête noire de tous les bien-pensants).

 

Pour apprécier à leur juste valeur les propos de Grossman concernant l’Iran, il faut se souvenir qu’il appartient à un mouvement politique (La Paix maintenant), financé par l’Union européenne, qui s’est régulièrement trompé depuis trois décennies… Les intellectuels et artistes comme Grossman ou Amos Gitaï doivent une grande partie de leur notoriété en Europe à leurs attaques contre le gouvernement de leur pays (il y a quelques années, Grossman s’interrogeait publiquement sur son désir de quitter le pays et des centaines – voire des milliers – d’Israéliens d’extrême-gauche ont déjà franchi le pas et sont aujourd’hui résidents d’Europe ou d’Amérique, où on les retrouve souvent aux premiers rangs des appels au boycott d’Israël…)

 

 

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Le lien entre Grass et Grossman évoqué ci-dessus ne se limite pas, en définitive, à un simple emprunt littéraire. La fondation Günter Grass a en effet accordé à Grossman le prix Albatros en 2008. Ce n’était pas le premier prix allemand décerné à l’écrivain israélien, qui avait déjà obtenu le « Buxtehuder Bulle », et il est également Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. D’autres écrivains israéliens ont reçu des prix en Europe, et notamment en Allemagne, comme Amos Oz, titulaire du Prix Goethe. On peut y voir une simple marque d’estime et de reconnaissance pour leur talent d’écrivain. Mais ce serait une erreur à mon avis. Car ces prix prestigieux, parfois dotés de montants considérables, créent des liens de dépendance et d’allégeance entre les écrivains israéliens et les pays européens, connus pour leur hostilité à la politique israélienne.

 

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On peut se demander si les prises de position d’Amos Oz ou de David Grossman – comme l’opposition de ce dernier à une attaque israélienne contre l’Iran – ne sont pas en définitive la contrepartie, ou le tribut versé par ceux-ci, pour « mériter » les prix reçus en Europe. Car l’emprunt littéraire de Grossman à Günter Grass est, lui,  gratuit et ne tire pas à conséquence. Mais les dons reçus, en tant que Prix, de la Fondation Günter Grass et d’autres organismes allemands, sont eux, à titre onéreux : le prix à payer, pour David Grossman comme pour les autres écrivains-pacifistes adulés des médias européens, est de continuer encore et toujours à accuser le gouvernement et l’Etat d’Israël, et à s’opposer à toute action militaire de Tsahal, à Gaza ou en Iran, fut-ce contre des ennemis voués à notre destruction.

(Extrait de La trahison des clercs d'Israël, La Maison d'édition, 2016)

 

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