Overblog All blogs Top blogs Politics
Follow this blog Administration + Create my blog
MENU
VudeJerusalem.over-blog.com

Yuval Noah Harari et Israël (I) : Un penseur édulcoré pour un monde sans gloire

August 8 2019, 07:30am

Yuval Noah Harari et Israël (I) : Un penseur édulcoré pour un monde sans gloire

Le titre du magazine Le Point ‘était sans appel : “Entretien avec Yuval Noah Harari, penseur le plus important du monde”(1). Ainsi, le penseur le plus important du monde serait un Israélien! La nouvelle a de quoi réjouir ceux qui sont d'avis qu’Israël a un rôle intellectuel à remplir dans le monde actuel. Mais la lecture de l’interview, plus que décevante, est surtout édifiante. Harari n’est en effet pas le porte-parole d’une quelconque sagesse juive ou d’un savoir israélien, qui pourraient éclairer notre monde déboussolé… Bien au contraire, il réfute toute spécificité juive et va même jusqu’à affirmer que “l’impact du judaïsme dans l’histoire humaine est minime!” En effet, explique-t-il : “Les chasseurs-cueilleurs avaient des codes moraux des dizaines de milliers d’années avant Avraham”.

 

 

En cela, Harari n’est pas différent de bien des penseurs juifs illustres, au vingtième siècle et auparavant. La manière dont il s'évertue à dénier toute originalité au judaïsme ne constitue rien de très nouveau, depuis Freud et sa déconstruction de Moïse. Sa posture vérifie une “règle d’or”, qu’on pourrait énoncer ainsi : si un intellectuel juif veut voir son audience augmenter, il a tout intérêt à diluer le contenu juif de son message. Mettre de l’eau dans son vin, en quelque sorte, quitte à ce que le résultat final n’ait plus qu’une couleur rosâtre, presque translucide… Les exemples illustrant ce principe sont innombrables. Pensez à n’importe quel intellectuel juif médiatique, et vous verrez que l’étendue de son savoir juif (affiché ou réel) est inversement proportionnelle à son succès.

 

Dans le cas de Yuval Harari, on hésite pour dire s’il s’agit d’ignorance, d’un calcul délibéré, ou des deux à la fois. Son idée fixe de minimiser l’apport juif à la civilisation confine à l’obsession, comme s’il voulait dire sans cesse “Je suis Israélien certes, mais ma loyauté va avant tout aux valeurs universelles…” Ou encore (ce qui revient au même) : “Je ne suis pas de ces Israéliens à l’esprit étroit, qui croient encore que le peuple Juif aurait un message particulier à faire entendre au monde… C’est précisément de cela qu’il s’agit dans ses propos sur Israël et le judaïsme. “On nous dit que Jérusalem est la capitale éternelle du peuple Juif” alors qu’elle remonte à cinq mille ans et que le peuple juif a tout au plus trois mille ans d’existence”. Beau sophisme, qu’un journaliste un peu plus cultivé aurait aisément contré, en demandant à Harari quelle autre civilisation a fait de Jérusalem sa capitale…

 

Sur le même sujet, Harari se livre à une comparaison étonnante, qualifiant de “rétrograde” l’idée de reconstruire le Temple : “On voit une vision rétrograde presque partout : « Rendons à l'Amérique sa grandeur ». Si vous allez en Russie, cent ans après Lénine, la vision de Poutine pour l'avenir est en gros : « Retournons à l'empire tsariste. » Et en Israël, d'où je viens, la vision politique brûlante du moment est celle-ci : « Reconstruisons le temple”

 

Le Temple de Jérusalem : une vision “rétrograde”?



 

Yuval Harari explique aussi doctement à l’envoyé spécial du Point, Thomas Mahler, venu spécialement à Tel-Aviv pour rencontrer le penseur le plus important du monde, qu’il “a un problème avec le gouvernement actuel d’Israël”, car “le gouvernement actuel de B. Nétanyahou est en train de saper les libertés” [de pensée et d’expression]. M. Harari serait plus crédible si son souci de la liberté s’appliquait aussi à l’égard de la Russie de Poutine, qui vient de publier une version russe de son dernier livre avec d’importantes modifications dues à la censure, qu’il a acceptées sans sourciller. Les atteintes imaginaires à la liberté du gouvernement de Nétanyahou le dérangent plus que celles, bien réelles, de M. Poutine...

 

“Le terrorisme tue moins que le sucre”

 

Le reste de sa doctrine politique est à l’avenant. Dans ses “21 leçons pour le 21e siècle”, Harari énonce ainsi cette affirmation, qui explique sans doute en partie son succès planétaire : “le terrorisme tue moins que le sucre”. Au-delà de la vérité statistique, discutable, cet énoncé contient un mensonge politique, qui fera le bonheur de tous les dirigeants occidentaux (ces mêmes Macron et Merkel qui ont chaleureusement accueilli Harari), pressés de faire oublier la menace terroriste en parlant de réchauffement climatique ou d’autres menaces hypothétiques, qui ont l’immense avantage de ne comporter aucun ennemi.

 

“Le terrorisme tue moins que le sucre” : une idéologie qui abolit la notion d’ennemi

 

On est ici au coeur de la philosophie de Yuval Harari et de l’idéologie très actuelle qu’il défend, laquelle abolit toute notion d’ennemi et de guerre légitime. Les terroristes ne sont rien, oubliez l’Etat islamique, le danger c’est l’algorithme, l’alimentation ou le changement climatique! Slogans démagogiques, capables de séduire tous ceux qui refusent de désigner un ennemi bien réel, en préférant lutter contre des abstractions plus ou moins fantasmagoriques. On comprend dès lors le succès d’Harari : il renvoie à un Occident fatigué et doutant de lui-même une image qui lui plaît et le conforte dans sa lâcheté politique, face à l’Iran et aux autres ennemis de la liberté. Celle-ci n’est d’ailleurs, dans la doctrine postmoderne d’Harari, qu’une “invention des hommes qui n’existe que dans leur imagination”(2).

 

A l’aune de sa définition édulcorée (comme le sucre) du terrorisme, on peut deviner ce que pense Harari de la menace islamiste : “L’islamisme n’a quasiment aucun attrait pour les non-musulmans!” (Apparemment, il n’a pas entendu parler des légions de convertis occidentaux qui peuplent les rangs de l’Etat islamique et d’Al-Qaïda…(3). Autre perle : “l’islam n’a pas une influence globalisée”. “Bien sûr”, consent-il, “l’islamisme séduit, mais il ne faut pas le surestimer”.


Dans la deuxième partie de cet article, nous verrons comment la pensée de Yuval Harari est marquée par le cognitivisme et le scientisme ambiant et comment elle s’oppose radicalement à la tradition hébraïque, et en particulier à la notion du Tselem. C’est précisément parce qu’il défend des conceptions opposées au judaïsme qu’il est devenu le gourou (ou le faux prophète) d’un Occident coupé de ses racines juives.

 

Pierre Lurçat

(1) Le Point, 20 septembre 2018.

(2) Cité par Astrid de Larminat, “Homo Sapiens et Homo Deus: la nouvelle bible de l'Humanité ?” Le Figaro 8/9/2017.

(3) Sur ce  point, je renvoie à mon livre Pour Allah jusqu’à la mort, Enquête sur les convertis à l’islam radical, éditions du Rocher 2008.

____________________________________________________________________________ 

Shalom,
Depuis cinq ans, nous, 'les étudiants pour le mont du temple', religieux et non religieux, luttons pour faire changer la situation actuelle sur le Mont du Temple et pour faire valoir nos droits et notre souveraineté à l’endroit le plus sacré du peuple juif.
Vous pouvez nous aider et nous soutenir en faisant un don ( même un petit don sera le bienvenu).
 

See comments

Découvrez Cultura Sion, le nouveau magazine culturel israélien!

August 2 2019, 10:42am

Posted by Pierre Lurçat

Naomi Shemer, 15 ans déjà!

 

Qui ne connaît pas le nom de Naomi Shemer? Sa chanson “Yeroushalayim shel zahav”, interprétée par Shuli Nathan, est devenue quasiment un second hymne national et c’est sans doute la chanson israélienne la plus connue aujourd’hui. Elle a été reprise et adaptée par les plus grands chanteurs, en Israël (comme Ofra Haza) et ailleurs (ici Rika Zaraï). Cette chanson mériterait qu’on lui consacre une émission entière…

Résultat de recherche d'images pour ""naomi shemer""

Mais qui était Naomi Shemer? Un spectacle musical, Simané Derekh, produit par le théâtre Habima et qu’on a pu voir récemment dans les grandes villes israéliennes, retrace son parcours. Née à Kinneret en 1930, elle entame l’étude du piano à l’âge de 6 ans. Elle repousse son service militaire pour aller étudier la musique au conservatoire de Tel-Aviv et à l’Académie Rubin de Jérusalem.

 

Sa carrière musicale s’étend sur près de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 2004. On lui doit plusieurs des chansons les plus connues et les plus belles du répertoire israélien, parmi lesquelles Lu Yehi (écrite pendant la guerre du Kippour) qu’on entend ici interprétée par Hava Halberstein, peu de temps après sa création.

 

Au-delà de sa place incontestée dans le Panthéon de la chanson israélienne, et derrière l’image d’unanimité qu’elle semble réunir autour d’elle, Naomi Shemer a pourtant fait l’objet d’une polémique aussi vaine que futile, liée précisément à sa chanson la plus fameuse, Yeroushalayim shel zahav.

 

On lui a en effet reproché d’avoir donné une vision partisane de Jérusalem, en parlant de la “place du marché vide” comme s’il n’y avait pas d’habitants arabes à Jérusalem…

 

Cette polémique appelle deux remarques. Tout d’abord il n’est pas anodin que l’auteur de ce reproche ait été une autre icône de la culture israélienne, l’écrivain Amos Oz.

Deuxièmement, Naomi Shemer, tout en s’engageant politiquement, n’a jamais prétendu être une artiste engagée et elle a souffert de cette polémique. 

Rappelons nous donc de l’immense artiste, et écoutons là interpréter une de ses chansons immortelles.

 

Résultat de recherche d'images pour "culturasion"

 

RETROUVEZ NOTRE EMISSION CULTURA SION 

sur YouTube

https://www.youtube.com/watch?v=td3Py5Vd3eU

 

et Facebook

https://www.facebook.com/pg/CulturaSion-105754864104315/posts/

See comments

Le violon de David Gritz, par Pierre Lurçat

August 1 2019, 09:41am

david gritz,attentat,jérusalem

David Gritz z.l. (23/3/1978 - 31/7/2002)

 

"Le destin existe-t-il ? Le nom de David Gritz m'était revenu en mémoire, alors que je descendais la rue Hillel avec mon ami Reuven, qui me parlait d'un jeune étudiant français, grièvement blessé dans l'attentat de la cafétéria de l'université hébraïque où David avait trouvé la mort. C'était en août 2002, en pleine Intifada, à l'époque où les autobus explosaient au centre de Jérusalem et de Tel-Aviv presque chaque semaine. Une véritable guerre se déroulait dans les rues, les cafés et les marchés des grandes villes d'Israël, guerre encore plus terrible que les précédentes, car pour la première fois depuis 1948, elle touchait presqu'exclusivement les civils – hommes, femmes et enfants – placés en première ligne face aux terroristes kamikazes.

 

Nous avions quitté le pays pour une année sabbatique en France et nous trouvions à Paris, lorsque la nouvelle de l'attentat de la cafétéria se répandit comme une traînee de poudre dans la communauté juive, suscitant une vague d'émotion sans précédent en plein mois d'août. Beaucoup de gens qui, comme nous, ne connaissaient pas David Gritz, s'étaient rendus spontanément à son enterrement, au cimetière du Montparnasse, et nos craintes de voir les parents du défunt presque seuls s'étaient avérées infondées : une foule considérable les entourait, amis, lointaines connaissances ou personnes qui, comme nous, avaient voulu rendre un ultime hommage à ce jeune homme qu'ils n'avaient jamais rencontré.

 

A la tristesse de circonstance s'ajoutait le sentiment d'une perte injuste et d'une douleur insondable. Les parents de David, drapés dans leur deuil comme les personnages d'une tragédie antique, avaient réussi à conserver une dignité exemplaire. Les regardant de loin, debout devant la tombe ouverte de leur fils unique, je repensais à d'autres scènes terribles dont Israël avait été le témoin ces dernières années. La “famille des endeuillés” – expression typiquement israélienne qui n'existe, à ma connaissance, dans aucun autre pays du monde – s'élargissait chaque semaine aux parents d'une nouvelle victime du terrorisme. Combien d'enfants avaient été enterrés par leurs parents, combien de frères, de fils, de petits-fils avaient été conduits à leur dernière demeure au cours de ces années sanglantes ?

 

 

Mais dans le cas de David il y avait une dimension supplémentaire, car il n'était pas né dans ce pays et dans cette ville où il avait trouvé la mort. Le jeune étudiant prodige, philosophe surdoué au sourire tellement doux et au regard si profond, qui était venu passer l'été à Jérusalem pour étudier à l'université hébraïque et à l'institut Shalom Hartman, n'était même pas juif au regard de la hala'ha, étant né d'une mère catholique croate et d'un père juif américain. Rien, dans l'éducation laïque et cosmopolite qu'il avait reçue, ne le prédestinait à venir séjourner en Israël et à étudier le judaïsme dans la capitale du peuple Juif, dont il savait pertinemment qu'il ne faisait pas pleinement partie, ayant même envisagé un moment de se convertir.

 *            

*   *

david gritz,attentat,jérusalemIl y avait quelque chose de cruel et de presque insensé dans le destin de ce jeune homme à l'intelligence hors du commun, sur le berceau duquel s'étaient penchées de nombreuses fées mais dont les dons multiples n'avaient pas encore pu donner tous leurs fruits. Philosophe, artiste, musicien : David était tout cela à la fois. Relisant, plusieurs années après sa fin tragique, le petit livre de philosophie publié à titre posthume à partir de son mémoire de maîtrise, je réalisai tout d'un coup que le sujet qu'il traitait était intimement lié à sa fin prématurée.

 

“Clic, un coup de pouce dans l'intérieur de la tête, et vous disparaissez. La jeunesse – éternelle – ô, mon passage sur cette terre !” David Gritz avait écrit ces mots prémonitoires dans son Journal, un an tout juste avant l'horrible attentat où il perdit la vie, lorsque la bombe du terroriste palestinien explosa dans la cafétéria où il était attablé et qu'un boulon lui transperça le cerveau… Avait-il eu le pressentiment de son sort tragique ? Cette question, on se la posait souvent en Israël, lors de la mort de jeunes soldats dont les proches retrouvaient des poèmes ou des chansons contenant des mots prémonitoires. Il y avait même en Israël un genre particulier de chansons, qui passaient en boucle à la radio le jour du Souvenir des soldats : les chansons écrites par des soldats morts à vingt ans.

 

Que restait-il de lui, pensai-je en regardant le portrait de David sur un site Internet consacré aux victimes d'attentats. Un petit livre bleu et noir, plein de savoir et de promesses ; quelques photos et des souvenirs qui s'estompaient déjà dans l'esprit de ceux qui l'avaient connu et aimé… Que restait-il d'un être humain après son bref passage sur cette terre ? Je me souvenais de l'impression étrange ressentie en ouvrant les cartons emplis d'objets hétéroclites laissés par un vieux cousin, mort sans héritier. David Gritz était lui aussi mort sans enfant, unique descendant de parents pour qui il était tout, branche ultime d'une lignée qui resterait coupée pour l'éternité. Le terroriste avait-il donc gagné ?

 

david gritz,attentat,jérusalemLa réponse à cette question, je la trouvai quelques années plus tard, dans les pages d’un livre écrit par un kabbaliste du Moyen-Age. “Chaque âme humaine qui descend sur la terre est comme une voix particulière qui se joint au chœur des louanges pour l’Eternel, béni soit-Il”. De prime abord, ces lignes me parurent mystérieuses, mais en les relisant, je pensai soudain à David Gritz et à son violon, dont il jouait à merveille, avais-je entendu dire. Le terroriste qui avait assassiné David avait certes tué son corps, mais sa victoire n’était pas totale. Car l’âme du jeune musicien était éternelle et sa voix particulière et unique ne s’éteindrait jamais ; elle continuerait de résonner dans les sphères célestes supérieures, juste en-dessous du Trône de Gloire, à la place réservée aux Tsaddikim morts pour la Sanctification du Nom".

 

(Extrait de mon livre Jour de Sharav à Jérusalem)

See comments

Le « Brith Shalom » et la création de l’université hébraïque de Jérusalem

July 25 2019, 06:42am

Posted by Pierre Lurçat


brith shalom,buber,gershom scholem,sionisme,université hébraïque

La cérémonie d'inauguration au Mont Scopus

 

Il y a aujourd’hui 91 ans jour pour jour, l’université hébraïque de Jérusalem ouvrait ses portes sur le mont Scopus 1. Il est difficile d’apprécier à sa juste valeur le rôle que cette institution, devenue un pôle d’excellence reconnu dans le monde entier, a rempli dans la vie universitaire, intellectuelle, économique et politique du Yishouv, puis de l’État juif, de 1925 jusqu’à nos jours. La liste des anciens élèves passés par le campus de l’universita ha-ivrit contient un véritable « Who’s Who » de l’establishment politique, juridique, médiatique et littéraire de l’Israël contemporain. Mais c’est un aspect différent que le présent article entend aborder : celui des orientations politiques prises dès l’origine par certains des enseignants de l’université, qui ont fait de cette institution un cheval de bataille contre le sionisme politique, puis contre plusieurs dirigeants de l’État d’Israël, de David Ben Gourion à Benjamin Nétanyahou.

brith shalom,buber,gershom scholem,sionisme,université hébraïqueDans la première partie de ce chapitre2, nous avions vu comment Martin Buber, jeune protégé de Theodor Herzl (qui le nomma rédacteur en chef de l’organe du mouvement sioniste, Die Welt) et figure prometteuse de la jeunesse sioniste étudiante, devint rapidement un opposant farouche de son mentor, reprochant au « Visionnaire de l’État » de n’être « pas suffisamment juif ». Dans le même temps, Buber abandonna définitivement l’idée sioniste pour devenir le chantre de l’État binational, posant les fondements théoriques du programme défendu par une frange non négligeable de la gauche israélienne jusqu’à nos jours.

Dans ce combat politique contre le sionisme politique, il fut soutenu par plusieurs intellectuels juifs d’origine allemande, qui furent à ses côtés les animateurs du mouvement Brith Shalom (« Alliance pour la paix »), première organisation juive pacifiste en Eretz-Israël et lointain ancêtre de Chalom Archav. Parmi ces derniers, citons les noms de l’économiste et sociologue Arthur Ruppin, des philosophes Hans Kohn, Hugo Bergmann et du spécialiste de la Kabbale, Gershom Scholem. Albert Einstein associa également son nom aux prises de position de Brith Shalom, sans en être officiellement membre. Comment ces grands esprits juifs de l’époque, en principe favorables à l’idée sioniste, furent-ils amenés à soutenir des conceptions qui allaient finir par heurter les fondements mêmes du sionisme politique ? Cette question dépasse le cadre restreint de notre article. Disons simplement que les facteurs culturels allemands jouèrent un rôle important à cet égard, et notamment la propension à l’idéalisme et l’influence des concepts inspirés de la philosophie kantienne.

 

brith shalom,buber,gershom scholem,sionisme,université hébraïque

 

L’impératif catégorique de la coexistence judéo-arabe

Quel était le credo politique de l’Alliance pour la Paix ? Il peut se résumer en une phrase : favoriser à tout prix la coexistence judéo-arabe en Palestine, érigée en principe essentiel (une sorte d’impératif catégorique kantien), quitte à renoncer pour cela à l’objectif fondamental du sionisme, celui d’un État juif, à la place duquel il fallait se contenter d’un simple « foyer culturel juif ». Comme l’a montré, de manière fort convaincante, Yoram Hazony dans son livre essentiel, L’État juif, Sionisme, postsionisme et destins d’Israël (3), l’influence des idées de Brith Shalom s’exerça bien au-delà du petit cercle d’intellectuels juifs allemands qui partageaient ces conceptions utopistes. Gershom Scholem, qui enseigna à l’université hébraïque de 1925 à 1965, était parfaitement conscient de l’influence considérable exercée par le cercle restreint dont il faisait partie, comme en témoigne sa lettre à Walter Benjamin, datée du 1er août 1931 :

 

« Le petit cercle de Jérusalem, auquel j’appartiens, avait formulé et appuyé l’exigence d’une orientation nette du sionisme, dont la pierre de touche devait être la question arabe… D’autre part, depuis 1929, une campagne extrêmement violente a été lancée contre nous… A la suite de tout ceci, le congrès a voté une résolution, ouvertement dirigée contre nous, sur ‘l’objectif final’ du sionisme (4). Si l’on prenait à la lettre cette résolution, il en résulterait automatiquement que nous ne serions plus des ‘sionistes’ au sens de l’organisation… Il est vrai que, bon gré mal gré, on se décidera à faire la politique extérieure défendue par nous (ce nous représente moins de vingt personnes, des ‘intellectuels déracinés’ comme on dit ici, et qui néanmoins ont exercé une influence considérable) » (5). La « campagne extrêmement violente » dénoncée par Scholem fut en réalité une réponse aux coups de boutoir portés par le Brith Shalom contre l’Organisation sioniste et contre le sionisme politique lui-même, à la suite des pogromes arabes de 1929.

Résultat de recherche d'images pour "Yoram Hazony d"

 

Loin de modérer leur vision utopiste d’une « coexistence judéo-arabe » au lendemain des sanglants événements de l’été 1929 qui firent 67 morts à Hébron, les principaux porte-parole de l’Alliance pour la paix saisirent en effet l’occasion pour renouveler leurs attaques contre les dirigeants sionistes, coupables à leurs yeux de s’entêter à réclamer un État juif malgré l’opposition violente (et justifiée à leurs yeux) des Arabes… Le plus virulent et le premier à réagir en ce sens fut Martin Buber, qui déclara ainsi, lors d’une réunion de Brith Shalom à Berlin, en octobre 1929 : « Si nous nous étions préparés à vivre en véritable harmonie avec les Arabes, les derniers événements n’auraient pas pu se produire ». Pour parvenir à cette harmonie, Buber appelait les Juifs à « se familiariser avec l’islam » et à « trouver une entente culturelle avec l’arabisme », préalables à la création d’un Etat binational judéo-arabe 6. Ce faisant, Buber et les autres intellectuels pacifistes imputaient aux dirigeants du Yishouv la responsabilité des pogromes qui les avaient frappés, selon un mode de raisonnement qui a depuis lors été repris ad nauseam par la gauche pacifiste juive.

 

 

D’après Hazony, les conceptions radicales et minoritaires de Brith Shalom ont réussi à s’imposer dans l’État d’Israël, au point qu’elles ont finalement triomphé, à titre posthume, en assénant au sionisme politique une défaite presque fatale. Sans partager le pessimisme de Hazony, on ne peut que le suivre dans son raisonnement, lorsqu’il écrit : « le coup de force institutionnel le plus spectaculaire réalisé par l’Alliance pour la Paix fut son influence sur l’université hébraïque de Jérusalem, qui exerça une hégémonie culturelle incontestée dans la Palestine juive ». L’université hébraïque avait en effet été conçue et imaginée par les fondateurs du sionisme politique, dont elle devait exprimer la quintessence dans le monde académique. Herzl lui-même avait demandé au représentant de la Sublime Porte, alors maître en Palestine, de créer une université juive. Zvi Hermann Shapira, rabbin et mathématicien, avait défendu l’idée d’une université hébraïque lors du Premier Congrès sioniste, à Bâle en 1897. Avant cela, les Hovevei Tsion (« Amants de Sion ») avaient émis l’idée d’une telle université lors de la Conférence de Katowicz, en 1884.

 

Résultat de recherche d'images pour "rav kook"

Le rabbin Avraham Itshak Hacohen Kook, grand-rabbin de la Palestine sous mandat britannique, avait parfaitement saisi l’enjeu et les risques que renfermait la création de l’université hébraïque. Dans son discours prononcé lors de la cérémonie d’inauguration, le 1er avril 1925, il exprima ce double sentiment d’espoir et de crainte. Son propos, souvent déformé à des fins polémiques par des milieux juifs orthodoxes antisionistes, qui considéraient sa participation à la cérémonie de Jérusalem comme une trahison, était en effet marqué par l’appréhension de voir l’université hébraïque participer de la tendance assimilationniste présente au sein du peuple juif depuis les débuts de son histoire. Sur ce point comme sur d’autres, la vision du rav Kook s’avéra prémonitoire. Portée sur les fonts baptismaux par tous les dirigeants du Yishouv et saluée par l’ensemble du peuple juif comme un véritable avènement messianique, l’université hébraïque allait très vite échapper, tel un Golem, aux mains de ses fondateurs, pour devenir un ferment de l’idéologie antisioniste et ultra-pacifiste. 

 

Pierre I. Lurçat

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, La maison d'édition 2016)

Notes

 

1 Lire la belle description de la cérémonie d’inauguration faite par Dan Almagor, « Une répétition générale de la cérémonie de déclaration de l'Indépendance ».

 

2 P.I. Lurçat, « Le péché originel de la gauche israélienne (I) Martin Buber et le sionisme : histoire d’une trahison ».

 

3 Yoram Hazony, L’État juif, Sionisme, postsionisme et destins d’Israël, traduction de Claire Darmon, éditions de l’éclat 2007.

 

4 Cette résolution fut exigée par le leader de l’aile droite du mouvement sioniste, Zeev Jabotinsky, qui entendait ainsi protester contre les atermoiements de Weizmann et de l’exécutif sioniste, lesquels refusaient de déclarer ouvertement que le but du sionisme était la création d’un Etat juif. Lorsque le congrès refusa (contrairement à l’affirmation de G. Scholem) de voter cette résolution, Jabotinsky déchira sa carte de délégué, dans un geste théâtral, déclarant : « Ceci n’est pas un congrès sioniste ! ». Voir ma postface à son autobiographie, que j’ai eu le plaisir et l’honneur de traduire en français, Histoire de ma vie, éd. Les Provinciales, p. 221.

 

5 Cité dans G. Scholem, Walter Benjamin, histoire d’une amitié, page 195, c’est moi qui souligne P.I.L.).

 

6 Cité par Y. Hazony, op. cit. page 259.

See comments

“On dit qu’il existe un pays…” Mutation et paradoxes de l’identité culturelle israélienne (I) Pierre Lurçat

July 19 2019, 08:54am

Posted by Pierre Lurçat

“On dit qu’il existe un pays…”  Mutation et paradoxes de l’identité culturelle israélienne (I)  Pierre Lurçat

A Judith, 

באהבה ובהצלחה

 

La naissance d’une tradition israélienne” : c’est le titre d’un article passionnant de Yoav Shorek dans le numéro de juin 2018 de la revue Hashiloah, qui paraît à Jérusalem depuis trois ans et dont il est le rédacteur en chef (1). L’auteur y explique notamment comment la volonté d’édifier en Israël une culture entièrement laïque et de créer un “Nouveau juif”, qui caractérisait le projet culturel sioniste pendant plusieurs décennies, a fait place depuis peu à l’élaboration d’une synthèse originale, dans laquelle identité juive et identité israélienne ne sont plus contradictoires, mais complémentaires. 

 

Il ne s’agit pas seulement”, écrit Shorek, “d’un changement du rapport à l’identité juive, mais aussi d’une transformation du caractère de l’identité civile israélienne”. Selon lui, la réalité israélienne contemporaine s’inscrit en faux contre l’idée du “Nouveau juif”, mais aussi contre la conception sioniste-religieuse, qui voudrait que “le sionisme laïc ait achevé son rôle” (de fondateur de l’Etat) et qu’il appartiendrait désormais aux membres du courant sioniste-religieux (les fameuses “kippot srougot”) de construire “l’étage supérieur, celui de Jérusalem, du Retour à Sion”. En effet, poursuit Shorek, c’est “l’identité israélienne qui devient la tradition partagée par tous - tradition qui n’est ni laïque ni religieuse”.

 

Cette présentation, résumée ici très succinctement, a le mérite d’offrir une vision un peu plus complexe de la réalité d’Israël aujourd’hui, que l’opposition sommaire et simpliste entre “religieux” et “laïcs”, dont on fait souvent l’aleph et le tav du débat culturel et politique israélien. (2) Pour illustrer le propos de Yoav Shorek, je voudrais évoquer ici la figure d’un des grands écrivains de langue hébraïque, mal connu du public francophone mais très présent dans la vie culturelle israélienne : Shaul Tchernikovsky.

 

Shaul Tchernikovsky

 

Shaul Tchernikovsky (1875-1943), décédé il y a tout juste 66 ans, est un des plus grands poètes de la Renaissance nationale hébraïque. Né en Ukraine, il étudie à Odessa où il publie ses premiers poèmes, avant de partir étudier la médecine à Heidelberg, puis à Lausanne. Il exerce quelques années en Russie, et combat dans l’armée russe en tant que médecin. Il émigre en Eretz-Israël en 1931 et y séjourne jusqu’à son décès en 1943. Outre ses poèmes, il a aussi traduit en hébreu plusieurs oeuvres majeures de la littérature mondiale, parmi lesquelles L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, mais aussi Sophocle, Shakespeare, Molière, Pouchkine, Goethe, Heine, Byron, Shelley, etc.

 

Culture populaire et culture savante

 

Si ses traductions des plus grands classiques de la littérature européenne confèrent à Tchernikovsky une place de choix dans le Panthéon des lettres d’Israël, c’est par ses poèmes qu’il est demeuré présent jusqu’à aujourd’hui dans la vie culturelle. Ceux-ci ont en effet été mis en musique par les plus grands compositeurs de chansons populaires israéliens, parmi lesquels Yoel Angel et Nahum Nardi.  Plusieurs des chanteurs les plus connus ont interprété ces chansons, et notamment Naomi Shemer et Shlomo Artsi (3). En cela, Tchernikovsky n’est pas différent de plusieurs autres auteurs classiques de son époque, au premier rang desquels il faut mentionner Haïm Nahman Bialik (et de la génération suivante, comme Léa Goldberg). 

 

Tous ont en effet en commun d’être à la fois considérés comme des auteurs “classiques”, étudiés au lycée en Israël aujourd’hui (pas suffisamment…) et objets de nombreuses études littéraires savantes, mais aussi d’avoir vu leurs poèmes mis en musique par des chanteurs et d’être ainsi entrés dans la culture “populaire”. Ce faisant, la frontière entre auteurs classiques et contemporains, entre culture populaire et culture “savante”, a été largement abolie, ce qui constitue sans doute un trait original de la culture israélienne. C’est un des aspects que nous abordons, Judith et moi, dans notre nouvelle émission culturelle, diffusée sur Studio Qualita.

 

Pierre Lurçat

 

(1) www.hashiloach.org.il 

(2) J’ajoute que ce sujet est le thème de mon livre Israël, le rêve inachevé. Quel Etat pour le peuple Juif? Editions de Paris 2018.

 

(3) Le poème “On dit qu’il existe un pays…” (Omrim yeshna Eretz) dont nous donnons les paroles ci-dessous a été interprété notamment par Naomi Shemer et par Shlomo Artsi.

 

פָּגַע בְּאָח כְּהִגָּמְלוֹ,

פּוֹרֵשׂ אֵלָיו שָׁלוֹם –

וְאוֹר לָאִישׁ וְחָם לוֹ.

 

אַיָּם:

אוֹתָהּ אֶרֶץ,

כּוֹכְבֵי אוֹתָהּ גִּבְעָה?

מִי יַנְחֵנוּ דֶרֶךְ

יַגִּיד לִי הַנְּתִיבָה?

 

כְּבָר

עָבַרְנוּ כַמָּה

מִדְבָּרִיוֹת וְיַמִּים,

כְּבָר הָלַכְנוּ כַמָּה,

כֹּחוֹתֵינוּ תַמִּים.

 

כֵּיצַד

זֶה תָעִינוּ?

טֶרֶם הוּנַח לָנוּ?

אוֹתָהּ אֶרֶץ-שֶׁמֶשׁ,

אוֹתָהּ לֹא מָצָאנוּ.

 

אוּלַי – – –

כְּבָר אֵינֶנָּהּ?

וַדַּאי נִטַּל זִיוָהּ!

דָּבָר בִּשְׁבִילֵנוּ

אֲדֹנָי לֹא צִוָּה – – –

 

See comments

Vel d'Hiv : le jour où Robert Badinter a eu “honte” d’être juif, Pierre Lurçat

July 17 2019, 16:29pm

Posted by Pierre Lurçat

Robert Badinter fait beaucoup parler de lui ces temps-ci. Il a récemment publié un livre très remarqué sur sa grand-mère, Idiss. Et il vient de lancer un “cri de colère” contre l’antisémitisme. Avec une vitalité peu ordinaire, à 91 ans, M. Badinter découvre - mieux vaut tard que jamais - la réalité de l’antisémitisme en France. Mais ce cri tardif m’a remémoré un autre “cri de colère” de Robert Badinter, auquel j’ai assisté en première ligne.

 

Le “cri de colère” de Robert Badinter contre les Juifs

 

C’était en juillet 1992. J’étais alors un jeune Juif de 25 ans, et je dirigeais le mouvement des étudiants sionistes Tagar, tout en préparant mon alyah. Ce jour-là, nous étions venus au Vel d’Hiv, lieu de sinistre mémoire, pour interpeller le président de la République, François Mitterrand. Nous avions distribué un tract, en pointant l’ambiguïté de la position de Mitterrand vis-à-vis du régime de Vichy et son refus de reconnaître la responsabilité de l’Etat français (et, accessoirement, de mettre fin à la tradition de dépôt d’une gerbe sur la tombe du maréchal Pétain, à l’île d’Yeu). A nos yeux, comme à ceux des anciens déportés et survivants de la Shoah qui étaient venus se recueillir en ce lieu symbolique, il était scandaleux que le président de la République puisse venir au Vel d’Hiv dans ces conditions.

 

Quand François Mitterrand est arrivé sur les lieux, il a été accueilli par des huées, des sifflets et des cris : “Mitterrand à Vichy!”. Robert Badinter, le visage contorsionné par un rictus de haine, a alors prononcé un discours d’une extrême violence, tout entier dirigé contre… les militants juifs, qui lui avaient “fait honte”! A la sortie de la manifestation, j’ai été interpellé par deux policiers en civil, et j’ai passé la  nuit au poste, accusé “d’insulte au président de l’Etat”. Si je relate aujourd’hui ce souvenir, ce n’est pas pour rallumer de vieilles polémiques, mais parce qu’il me semble significatif de cette période de l’histoire de France et des Juifs en France, dont il est important de conserver la mémoire.

 

Au-delà de la personne de Robert Badinter, qui importe guère, c’est en effet le bilan d’une époque historique et d’une politique qui sont en jeu. Les années Mitterrand resteront, dans l’histoire des Juifs de France comme dans l’histoire française en général, celles d’une grande confusion morale et politique. Il est emblématique de cette confusion, que celui qui a su s’entourer de nombreux ministres et amis juifs soit resté également fidèle à ses amitiés de jeunesse, tissées à l’époque du régime de Vichy. Or, le procès de Vichy a depuis longtemps été fait en France, notamment grâce aux efforts incessants des époux Klarsfeld et des FFDJF, mais aussi d’autres militants juifs de la mémoire (1). Mais il reste à écrire l’histoire d’une période cruciale pour comprendre le déclin de la France (et celui de la communauté juive française).


 

Robert Badinter et François Mitterrand

 

Car beaucoup des éléments essentiels de ce déclin se sont mis en place pendant les années Mitterrand. Ainsi, le “Nouvel antisémitisme”, apparu sur le devant de la scène publique lors de “l’Intifada des banlieues”, au début des années 2000, a été décrit dans deux livres importants : La nouvelle judéophobie, de Pierre-André Taguieff, et Les territoires perdus de la République de Georges Bensoussan. Si l’on prend la peine de relire les témoignages de professeurs réunis par ce dernier, on constatera que les phénomènes qu’ils décrivent sont apparus au début des années 1990, pendant le deuxième mandat de François Mitterrand.

 

C’est en effet à cette époque - celle de SOS Racisme et de l’idéologie antiraciste triomphante - qu’a émergé cette configuration monstrueuse qu’Alain Finkielkraut devait décrire, bien plus tard, comme un “antiracisme antisémite” (2). Pour comprendre comment la France est devenue ce qu’elle est aujourd’hui, et comment l’antisémitisme a pu ressurgir avec une telle intensité et une telle violence, il faut aussi se rappeler qui était vraiment François Mitterrand, l’ami de René Bousquet, entouré de Juifs et d’anciens vichyssois. Car c’est dans la confusion morale et politique des années Mitterrand qu’est né le Nouvel antisémitisme actuel.


 

Le “Nouvel antisémitisme”, fruit tardif des années Mitterrand

 

Et Robert Badinter? Il a crié sa honte face aux militants juifs de la mémoire, mais il n’a jamais eu honte des fréquentations de Mitterrand, de la francisque et de la gerbe déposée chaque année à l’île d’Yeu, sur la tombe du maréchal Pétain. Au contraire, il s’est obstiné jusqu’à tout récemment à nier l’évidence  - l’amitié entre Mitterrand et Bousquet - pour sauver le souvenir de sa propre amitié avec François Mitterrand. Il n’est pas le seul dans ce cas : la plupart des “Juifs de cour” qui entouraient Mitterrand ont, à des degrés divers, préféré sauver le souvenir de leur amitié et ne pas se dédire, plutôt que d’affronter leurs erreurs et celles de leur mentor et ami. Je ne citerai pas leurs noms, connus de tous. Mais leur responsabilité est grande, face à l’histoire du judaïsme français et face à son inquiétante situation actuelle. A cet égard, le cri de Robert Badinter contre l’antisémitisme paraît bien tardif et dérisoire.

Pierre Lurçat

 

(1) Le Betar et le Tagar ont été parties prenantes de nombreux combats menés par les époux Klarsfeld avec les FFDJF. Sur ce point, je renvoie à mon livre (inédit) L’étoile et le poing. Activisme politique et auto-défense juive en France depuis 1967.

(2) L'expression est en fait due à Pierre-André Taguieff, qui l'avait employée publiquement dès 1982. Voir Annie Kriegel, Israël est-il coupable ?, Paris, Robert Laffont, 1982. 

 

Mitterrand (à droite) et le maréchal Pétain, octobre 1942

_____________________________________________________________

J'ajoute sur ce dossier le texte de ma mère, Liliane Lurçat, écrit en 2014.

 

Dans ce pays détruit, bateau fantôme livré à toutes les rancoeurs
et à toutes  les haines inassouvies ,
Un revenant surgit soudain : Badinter, ami de Mitterrand


Il avait l'âme délicate, l'idée d'un homme coupé en deux le révulsait.
Pour son confort moral, il supprima la peine de mort

Le déchaînement des violences  et des crimes ne l'affecta pas,
l'impunité  des récidivistes pas davantage, sa clémence
pour les assassins  allait de pair avec sa froideur pour les victimes:
son coeur n'allait pas vers les victimes, mais vers les assassins

Tant pis pour tous ceux qui ont perdu leur vie dans des conditions
souvent atroces: les monstres relâchés sont ivres  de leur impunité

On n'entendait plus parler de lui, depuis si longtemps, 
qu'on ne savait même pas si il était encore vivant
mort ou vivant qui pouvait bien le sortir de son néant?

Un cri soudain le réveille et le surprend 
"mort aux juifs"!
ce cri résonne à présent  dans les rues  et dans  les cités
de la France des héritiers de Mitterrand et de Vichy

Fils de déporté, il en est soudain bouleversé
On n'est pas, impunément, ami des anciens de Vichy.

 

liliane lurçat,robert badinter,mitterrand

 

See comments

Le jour où Israël assumera pleinement sa souveraineté sur le Mont du Temple et en Judée-Samarie...

July 2 2019, 11:06am

Posted by Pierre Lurçat

https://www.youtube.com/watch?v=pV3F035R4j4

Au micro de Richard Darmon, j'évoque le sujet de mon livre Israël, le rêve inachevé, et la question de l'identité de l'Etat d'Israël, dans ses aspects historiques, politiques et idéologiques. Cette question est cruciale à la fois pour la définition du caractère juif et/ou occidental de l'Etat hébreu, mais aussi pour lui permettre de trouver sa place au Moyen-Orient et dans le concert des nations.

Contrairement au paradigme trompeur du "processus de paix" et à la formule illusoire des "Territoires contre la paix", celle-ci ne viendra pas en renonçant à des territoires constitutifs de notre identité, ni en voulant échapper à notre identité véritable. Israël n'est pas un projet occidental destiné à "apporter en Orient les bienfaits de la civilisation" (conception laïque du sionisme politique).

C'est seulement le jour où Israël aura enfin choisi d'assumer pleinement son identité hébraïque et sa souveraineté dans tous les territoires libérés de Judée-Samarie et sur le Mont du Temple, que sa présence au Moyen-Orient sera acceptée par les nations.

 

Pierre Lurçat VudeJerusalem.over-blog.com

See comments

Non, Eurabia n'est pas une "théorie du complot"! Franz-Olivier Giesbert

June 25 2019, 10:31am

Posted by Franz Olivier Giesbert

 

See comments

Quand Alain Finkielkraut reprend à son compte les thèses manichéennes de Jean-Pierre Filiu, par Pierre Lurçat

June 23 2019, 11:32am

Posted by Pierre Lurçat

Jean-Pierre Filiu vient de réitérer sa vision manichéenne et caricaturale d'Israël au micro complaisant d'Alain Finkielkraut, dans son émission Répliques sur France-Culture. J'ai déjà eu l'occasion de dire ce que je pensais des positions radicales de J.P Filiu. Mais que dire de la tribune qui lui est offerte par Alain Finkielkraut?

Non, M. Finkielkraut, ce ne sont pas les "400 000 colons" (habitants juifs de Judée-Samarie) qui sont l'obstacle à la paix entre Israël et ses voisins! Non, M. Finkielkraut, Binyamin Nétanyahou n'a pas "participé à l'incitation" ayant conduit à l'assassinat d'Itshak Rabin z.l. ! En offrant une tribune à Jean-Pierre Filiu et à ses thèses délirantes, vous participez à diffuser le "Israël-bashing" et la haine d'Israël dont vous êtes vous-même victime.

 

Résultat de recherche d'images pour ""alain finkielkraut""

Alain Finkielkraut en habit d'académicien

Pour écouter l'émission Répliques sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/ou-va-israel-0

Israël / Nétanyahou : Cinq contre-vérités de Jean-Pierre Filiu - Pierre Lurçat pour InfoEquitable

Dans son brûlot anti-israélien, Main basse sur Israël. Nétanyahou et la fin du rêve sioniste, récemment paru en France, l’historien et militant Jean-Pierre Filiu dresse un portrait caricatural du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, et à travers lui, de la démocratie israélienne. Nous exposons ici certains des mensonges les plus flagrants auxquels recourt J.P. Filiu pour étayer ses conceptions radicales, qui consistent à opposer un Israël des Pères fondateurs, idéalisé pour les besoins de sa thèse, à l’Israël actuel, qu’il noircit et décrit de manière caricaturale.

 

 

(I) “Main basse sur Israël” ? Délégitimer la démocratie israélienne

 

Le premier mensonge réside dans le titre même du livre de M. Filiu, Main basse sur Israël. Nétanyahou et la fin du rêve sioniste. Car Benjamin Nétanyahou n’a pas fait “main basse”  sur Israël - expression qui sous-entend qu’il se serait emparé du pouvoir par la force… Nétanyahou a été élu démocratiquement, à quatre reprises, ce qui fait de lui le dirigeant qui a été le plus souvent plébiscité par l’électorat israélien. Derrière ce mensonge sémantique, c’est en fait la légitimité de la droite israélienne à gouverner le pays qui est contestée.

 

(II) Nétanyahou et l’assassinat d’Itshak Rabin

 

Il (Nétanyahou) a entretenu le climat de haine qui favorise, en 1995, l’assassinat de Rabin, ainsi que le montre le documentaire d’Amos Gitai, le Dernier Jour d’Yitzhak Rabin, (2015)”.

 

Jean-Pierre Filiu, interview à Libération

 

L’accusation selon laquelle Nétanyahou aurait “incité” ou “participé à l’incitation” ayant mené à l’assassinat d’Itshak Rabin est une accusation récurrente, qui revient régulièrement sous la plume des opposants au Premier ministre israélien. Mais elle ne résiste pas à l’examen des faits. Comme l’a montré le journaliste du quotidien Ha’aretz, Anshel Pfeffer, dans sa récente biographie de Nétanyahou, ce dernier n’a jamais “incité” à l’assassinat d’Itshak Rabin, directement ou indirectement. Ce sont, comme l’écrit Pfeiffer (peu suspect de sympathies pour la droite israélienne, et lui-même membre de la corporation journalistique) “les médias israéliens qui ont inventé le narratif de ‘l’incitation qui a conduit au meurtre de Rabin’. Et qui ont dépeint Nétanyahou comme ‘le principal responsable de cette incitation’.

 

(III) Le sionisme révisionniste : un sionisme radical?

 

“[Nétanyahou] nous renvoie à la genèse d’Israël. Il incarne la revanche de Zeev Jabotinsky, leader de l’aile droite du mouvement sioniste, sur le fondateur travailliste Ben Gourion. Il réécrit le récit national aux dépens de celui des pionniers progressistes d’Israël”.

Jean-Pierre Filiu, Libération 10/1/2019

 

Dans le portrait caricatural qu’il dresse de Benjamin Nétanyahou, J.P. Filiu recourt à un procédé polémique trompeur, en prétendant que celui-ci incarnerait une vision radicale du sionisme, à laquelle il prétend opposer le “sionisme des origines”, travailliste, fondé sur une vision optimiste et humaniste. Selon Filiu, Nétanyahou aurait hérité sa vision sioniste radicale et pessimiste de son père, Bentsion Nétanyahou, proche du fondateur du sionisme révisionniste, Vladimir Jabotinsky. Mais cette description simpliste pèche par omission.

 

Contrairement à ce que prétend Filiu, le sionisme révisionniste (c’est-à-dire le sionisme de droite) n’est pas une version radicale et pessimiste du sionisme. Il entend au contraire “réviser” le sionisme pour revenir aux fondamentaux de son père fondateur, Théodor Herzl. Ce dernier, comme on le sait, était marqué par la vision optimiste d’un sionisme pacifique, devant être réalisé au moyen d’une charte internationale, garantie par les puissances de l’époque. “Zurück zum Charter” (“Revenons à la Charte”) : c’est par ces mots que Jabotinsky a défini sa vision du sionisme, légaliste et humaniste à l’instar de celle de Theodor Herzl.


 

Jabotinsky : un sionisme légaliste et humaniste


 

(IV) La loi fondamentale “Israël Etat nation” :

 

Dans la loi fondamentale de juillet 2018, Nétanyahou ne mentionne pas le terme démocratie”.

Jean-Pierre Filiu, interview à France-Inter

 

La loi-fondamentale sur Israël Etat-nation du peuple juif n’apporte aucun élément fondamentalement nouveau par rapport à la Déclaration d’Indépendance de 1948. Son objet est précisément de rappeler des évidences qui ont été largement oubliées depuis lors, comme le fait qu’Israël est un Etat juif. Cette loi, comme je l’ai expliqué, vient s’insérer de manière logique dans l’édifice constitutionnel, aux côtés des deux éléments déjà édifiés depuis 1948. Le premier élément était celui des Lois fondamentales décrivant le fonctionnement des institutions (Knesset, Président de l’Etat, etc.). Le second était celui des droits de l’homme, qui sont énoncés dans les deux lois fondamentales de 1992. Le troisième élément, qui faisait défaut jusqu’alors, était celui du caractère juif de l’Etat, ou si l’on préfère de la “carte d’identité” de l’Etat d’Israël.


 

(V) Nétanyahou, inspirateur d’une politique et d’un mode de gouvernement brutal?

 

C’est lui qui a introduit cette violence dans le débat politique israélien. Et cela n’a fait que s’aggraver… Aujourd’hui, elle s’exerce contre la gauche, mais aussi la justice, la presse, les ONG et même la police, ils seraient tous unis dans un complot pour l’abattre ! Ce phénomène nous concerne tous, c’est ce qu’on découvre à l’échelle mondiale avec Trump, un mode de gouvernement brutal que Nétanyahou a banalisé”.

 

Jean-Pierre Filiu, interview à Libération

 

Si l’on en croit Filiu, Nétanyahou ne serait pas seulement l’ami de Trump, du hongrois Viktor Orban et des autres dirigeants les plus conservateurs et populistes de la planète. Il serait en réalité l’inspirateur d’un “mode de gouvernement brutal” que ces derniers auraient calqué… En réalité, la violence du débat politique israélien ne date pas de Nétanyahou. Dans sa vision simpliste et caricaturale de l’histoire d’Israël, Filiu idéalise la période de l’hégémonie travailliste, qui a duré trois décennies et a été marquée par une violence politique qui n’avait rien à envier à celle d’aujourd’hui. Ben Gourion, que Filiu se plaît à idéaliser, obnubilé par son entreprise visant à noircir le portrait de Nétanyahou, n’a pas toujours été un modèle de démocratie, et il s’est ainsi employé à délégitimer ses opposants, de Jabotinsky à Menahem Begin. C’est seulement l’arrivée de ce dernier au pouvoir, en 1977, qui a introduit l’alternance dans la vie politique israélienne.

Pierre Lurçat

https://infoequitable.org/cinq-contre-verites-de-jean-pierre-filiu/

Si vous souhaitez reproduire cet article, merci de demander ici une autorisation écrite préalable.

See comments

“Do bin ich geboren” : la petite fille de Jérusalem, par Pierre Lurçat

June 7 2019, 10:38am

 

Dans les dernières années de sa longue vie, ma mère se plaisait à parler yiddish, langue de son enfance qu’elle n’avait jamais oubliée, sans guère la pratiquer. Le yiddish était resté ancré quelque part, au tréfonds de sa mémoire. Lorsque je lui disais au téléphone, dans mes pauvres rudiments de yiddish faits de bribes glanées de sa bouche, complétées par des souvenirs de l’allemand étudié au lycée, que je l’appelais de “Yerousholoyeïm” (Jérusalem), elle me répondait immanquablement, avec un éclat de fierté dans la voix : “Do bin ich geboren!” - “C’est là que je suis née !” Elle ne s’en était jamais cachée. Ses origines n’étaient pas un secret honteux, enfoui sous le masque d’un nouveau nom acquis par mariage ou par naturalisation, comme chez certains juifs étrangers qui étaient, comme elle, devenus Français par mariage ou par naturalisation.

 

 

La petite Lipah Kurtz était certes devenue, dans des circonstances que je raconterai, Liliane Kurtz, puis Liliane Lurçat. Son nom et son prénom ne dénotaient aucune ascendance étrangère, et son visage au regard pénétrant, son front haut et son nez droit ne trahissaient guère ses origines. Mais jamais, au grand jamais, pas même pendant la période de l’Occupation, elle n’avait cherché à dissimuler celles-ci. Bien au contraire, elle les dévoilait au détour d’une phrase, dans une conversation anodine avec le facteur, avec un chauffeur de taxi ou un voisin de palier : “Vous savez, je suis née à Jérusalem…”. Elle portait fièrement ses origines yérosolymitaines, sans ostentation mais sans s’en cacher. La Jérusalem où elle était née - dans l’hôpital de la rue des Prophètes - et avait vécu quelques mois, avant de partir en France, pour y revenir brièvement à l’âge de trois ans, était bien différente de la métropole d’aujourd’hui. C’était une petite ville provinciale, poussiéreuse et somnolente, aux ruelles en terre battue, qu’arpentaient les commerçants - vendeurs de “tamar Hindi” - et les chameliers (un des premiers et rares souvenirs qu’elle avait gardés de sa prime enfance à Jérusalem).


 

Un chamelier à Jérusalem, 1928

 

Jérusalem en 1928, année de sa naissance, était une ville orientale, excentrée aux confins de l’empire ottoman, dont la domination avait pris fin dix ans auparavant, pour laisser place au mandat britannique. La communauté juive qui l’habitait était encore réduite, répartie entre les représentants de l’Ancien Yishouv, juifs religieux vivant de la ‘Halouka (c’est-à-dire l’aumône) et ceux du Nouveau Yishouv, pionniers sionistes laïcs, comme l’étaient mes grands-parents. Une photo de famille de l’époque, dont la couleur sépia trahit l’ancienneté - elle date de 1928 - montre mes grands-parents maternels entourés des frères et soeurs de ma grand-mère et de leurs parents, posant avec solennité chez un photographe de Jérusalem. Ma grand-mère, Chaya Kurtz, tient dans ses bras un bébé emmailloté, selon l’habitude d’alors, qui n’est autre que ma mère, Lipah. C’est la première et quasiment la seule photographie montrant ma mère bébé, petite fille de Jérusalem.


 

 

 

Quand et pourquoi mes grands-parents maternels s’étaient-ils installés à Jérusalem? Je n’ai pas de réponse précise à cette question, qui demeure entourée de mystère, ajoutant encore un parfum d’exotisme aux circonstances entourant la naissance de ma mère. Etait-ce là que vivaient les parents de Chaya, ou peut-être son mari y travaillait-il, après avoir mis fin à son errance perpétuelle de pionnier? Quoi qu’il en soit, c’était dans cette ville qu’ils s’étaient rencontrés et mariés, selon le récit familial transmis oralement par ma mère, qu’aucun document écrit ne venait attester.


 

Joseph Kurtz, mon grand-père

 

Mon grand-père, Joseph Kurtz, originaire de Cracovie, était “monté” en Israël juste après la Première Guerre mondiale, animé par l’idéologie sioniste socialiste et la volonté de construire le pays nouveau. En authentique “halouts”, il avait défriché les marécages et pavé les routes, allant d’un endroit à un autre, sans jamais s’installer à demeure, dans le cadre du Bataillon du Travail (Gdoud ha-Avoda) qui portait bien son nom, car ses membres étaient de véritables soldats, engagés corps et âme au service de leur mission édificatrice. Joseph avait aussi appartenu, sans doute brièvement, aux Chomrim, ces gardes à cheval qui protégeaient les kibboutz contre les incursions de maraudeurs et les attaques de bandes arabes. Une  photo de l’époque le montre, vêtu du costume bédouin prisé des Chomrim, un sabre dans les mains, coiffé d’une keffiah.


 

Chaya Kurtz, ma grand-mère

 

Ma grand-mère, Chaya Kurtz, née Shatzky, était venue en Palestine avec ses frères et soeurs et leurs parents. Sa grand-mère, Madame Landau, possédait une entreprise de textile à Bialystok, qu’elle avait vendue pour affréter un navire, et emmener des jeunes Juifs en Eretz-Israël. Sur la photo de famille couleur sépia, on la voit, entourée de sa famille : ses trois soeurs Fanya, Esther et Bluma, et leur frère Nahman. Je ne sais rien de la rencontre de mes grands-parents, sinon qu’ils se marièrent à Jérusalem, où sont nés ma mère et son frère aîné, Menahem, et qu’ils vécurent ensemble toute leur vie, jusqu’à la mort de Joseph, survenue l’année de ma naissance.

 

Liliane Lurçat z.l.

See comments