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« Laissez Tsahal vaincre ! » : comment sortir de la stratégie défensive, par Pierre Lurçat

November 14 2018, 13:27pm

Posted by Pierre Lurçat

Incendies à la frontière de Gaza

Incendies à la frontière de Gaza

"Kippat Barzel" : prouesse technologique ou faiblesse stratégique?

 

 

 

 

Le 9 mai 2011, Oudi Shani, Directeur Général du ministère de la Défense israélien, annonçait que l'État hébreu allait investir un milliard de dollars au cours des années à venir dans le projet « Kippat Barzel » (« Dôme de fer »), le nouveau système antimissile israélien. « Une fois entièrement déployées, ces batteries antimissiles vont permettre à la population de ne plus ressentir les dégâts causés par les roquettes Qassam » a-t-il confié. Au milieu du concert de louanges entourant la mise en service du système antimissiles « Dôme de fer », quelques voix discordantes peinaient à se faire entendre. A de nombreux égards, les prouesses technologiques déployées par l’armée israélienne pour empêcher les missiles tirés de Gaza de faire des victimes dans les localités périphériques sont révélatrices de l’évolution de la stratégie militaire israélienne au cours des dernières années et depuis les débuts de l’État.

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Batterie Kippat Barzel en action

 

Tsahal : « Armée de Défense d’Israël » – l’institution la plus vitale de l’État juif porte bien son nom. Contrairement à ce qu’affirme la propagande de ses ennemis, en effet, l’armée israélienne a toujours assumé un rôle essentiellement défensif, en repoussant victorieusement les attaques de ses voisins et sans jamais chercher à conquérir de territoires ou à déclencher de conflits, à moins d’y avoir été entraînée par ses ennemis. Mais cette vérité fondamentale ne doit pas cacher une réalité plus complexe et des divergences de vue qui ont toujours existé au sein de l’appareil militaire et politique israélien.

 

Avant même la création de l’État, la Haganah , embryon de Tsahal, a ainsi connu un grave conflit entre les tenants de la logique purement défensive et de la « Havlaga » (retenue) et les partisans d’une conception plus offensive. Ce conflit a été une des raisons de la scission qui a donné lieu à la création de l’Irgoun dirigé par Menahem Begin. Officiellement, c’est l’esprit de la Haganah qui a triomphé et a été repris à son compte par la jeune armée d’Israël en 1948. Mais la doctrine de la « Havlaga » a continué de susciter des oppositions. Ainsi, quand les incursions de feddayin palestiniens se sont multipliées, dans les années 1950, une unité spéciale a été créée pour répondre à ces attaques, en lançant des opérations audacieuses au-delà de la frontière, en Jordanie, la fameuse unité 101 dans laquelle se sont illustrés des grands soldats comme Meir Har-Tsion ou Rafaël Eitan.

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Meir Har-Tsion (à gauche) aux côtés d'Ariel Sharon

 

En 1967, c’est la stratégie de l’attaque préventive qui a permis à Israël de remporter la victoire en reprenant le contrôle du cœur historique du pays, la Judée et la Samarie, et en réunifiant sa capitale, Jérusalem, divisée depuis 1947. Au-delà de ces exemples ponctuels, la stratégie militaire d’Israël reposait depuis 1948 sur un double principe immuable, imposé par l’étroitesse du territoire et par les contraintes géostratégiques : celui de l’attaque préventive et de la guerre portée sur le territoire ennemi. Ce principe s’est illustré non seulement en 1967, quand l’armée de l’air a détruit au sol l’aviation égyptienne, mais aussi lors de l’attaque contre la centrale d’Osirak (1981) ou de l’invasion israélienne du Sud-Liban un an plus tard.

 

C’est à partir de cette dernière opération, qui s’est transformée en véritable guerre traumatique pour Israël – sous la houlette du général Ariel Sharon et contre l’avis du Premier ministre d’alors, Menahem Begin – que la stratégie israélienne a évolué progressivement. Jusqu’aux années 1980, en effet, Israël avait cherché à se doter de frontières défendables, en mettant à profit les atouts géographiques (vallée du Jourdain, péninsule du Sinaï, plateau du Golan) et en partant de l’axiome que des frontières sûres étaient le meilleur moyen de parvenir à la paix. A partir des années 1990, Israël a adopté une logique différente, celle du processus d’Oslo et de la « Paix contre les territoires ». Les retraits successifs du Sinaï, du Sud Liban, de Judée-Samarie et de Gaza ont certes permis à Israël de signer des traités de paix avec l’Égypte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne, mais ils ont aussi réduit la profondeur stratégique du territoire israélien et ramené petit à petit Israël à la situation qui prévalait entre 1948 et 1967, dans laquelle la ligne de front est située à l’intérieur des frontières.

 

« A l’heure des missiles, les territoires n’ont pas d’importance… »

 

Cette affirmation de Shimon Pérès, faite en pleine euphorie de l’époque d’Oslo, a montré depuis son caractère illusoire et trompeur. Non seulement les territoires n’ont pas perdu de leur importance à l’heure des missiles, mais ils sont même devenus plus essentiels que jamais, comme le savent bien les habitants de Sderot, de Béer-Cheva et d’Ashdod, placés sous le feu des missiles du Hamas par le retrait de la bande de Gaza orchestré par Ariel Sharon. Israël vit encore les conséquences de ce retrait désastreux, point d’orgue de la politique de « la paix contre les Territoires » inaugurée avec Camp David (par Menahem Begin) et poursuivie ensuite par presque tous les dirigeants israéliens, d’Itshak Rabin à Benjamin Nétanyahou en passant par Ehoud Barak. C’est dans ce contexte politique que s’inscrit le bouclier antimissile, censé apporter une réponse militaire à la menace des Qassam et compenser ainsi la perte de profondeur stratégique liée au retrait de Gaza et à celui, heureusement inachevé, de Judée-Samarie.


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"La Paix contre les territoires" : un slogan trompeur

 

Le voyage de Nétanyahou à Washington en mai 2011 et le discours du président Obama sur les frontières de 1967 ont placé au cœur de l’actualité la question des territoires et des « frontières défendables » pour Israël, contraignant le Premier ministre israélien à réagir vigoureusement et à s’opposer à un retour aux lignes d’avant 1967. L’État juif a aujourd’hui le choix entre la poursuite de la stratégie de « la paix contre les territoires » – slogan mensonger qui signifie en réalité « la guerre sans les territoires » – et le retour aux axiomes de la profondeur stratégique et de la nécessité de préserver des frontières défendables. Le « bouclier antimissiles » offre dans le meilleur des cas un semblant de protection aux habitants placés en première ligne, mais rien de plus.

 

L’alternative qui s’offre aux dirigeants de Tsahal et à ceux de l’échelon politique – sur lesquels repose en alternative les décisions essentielles, car les chefs militaires n’ont presque jamais pu imposer leurs vues contre l’avis du gouvernement – est celle de continuer à protéger les habitants d’Israël des missiles du Hamas avec des parapluies perfectionnés, ou bien de mettre définitivement hors de nuire ceux qui les envoient de Gaza, de Syrie et d’ailleurs. « Laissez Tsahal vaincre » : ce slogan entendu pendant l’opération Plomb durci à Gaza n’a rien perdu de son actualité.

 

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, 2016). Mon nouveau livre, Israël, le rêve inachevé, paraît ces jours-ci aux éditions de Paris/Max Chaleil.

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L'assassinat de Rabin et le faux messianisme de la paix, Pierre Lurçat

November 4 2018, 09:21am

Posted by Pierre Lurçat

"la trahison des clercs d'israël",osloLe soir fatidique du samedi 4 novembre 1995, des millions d’Israéliens ont entendu la voix grave d’Eytan Haber, directeur du cabinet de Rabin, déclarant dramatiquement à la radio : « Memshelet Israël modia be-tadema…» (« Le gouvernement israélien annonce avec stupéfaction…»). Le pays traversait alors des semaines d’angoisse et de colère, marquées par des attentats presque quotidiens et par le sentiment, partagé par de nombreux Israéliens, que le gouvernement d’Itshak Rabin et de Shimon Pérès était insensible aux victimes juives, civils innocents qui étaient comme sacrifiés sur l’autel de la « paix », devenue une sorte de Moloch exigeant chaque semaine son tribut sanglant.

 

Cette période est déjà lointaine, et un narratif bien différent s’est imposé dans les médias français et internationaux et aussi, dans une certaine mesure, en Israël même, en vertu duquel on entend présenter les accords d’Oslo comme une occasion manquée pour la paix au Moyen-Orient, qui aurait été perdue lorsque les balles de l’assassin de Rabin ont « tué le processus de paix ». Ce narratif est mensonger parce que le processus d’Oslo n’est pas mort à Tel Aviv. Non seulement il s’est poursuivi après l’assassinat de Rabin, mais il a même perduré bien au-delà, aucun Premier ministre, y compris Benjamin Nétanyahou, n’ayant eu le courage de dire une fois pour toutes qu’Oslo était mort et que les accords cent fois violés par la partie palestinienne étaient nuls et abrogés.

 

Le souci de vérité et d’exactitude oblige toutefois à reconnaître que le « processus de paix » - avec son cortège de morts, de mensonges et la réécriture concomitante de l’histoire en adoptant le point de vue palestinien, pour mieux faire accepter l’intronisation d’Arafat, puis de Mahmoud Abbas en « chefs d’État » – n’est pas né à Oslo. Yossi Beilin a certes été l’architecte des accords d’Oslo, avec son mentor Shimon Pérès et quelques autres, qui ont manipulé l’opinion publique israélienne, en faisant fi de l’opposition interne au parti travailliste et de la volonté du Premier ministre Rabin lui-même, demeuré jusqu’à son dernier souffle hostile aux conceptions de son rival historique.

 

 

Mais le socle idéologique et psychologique sur lequel reposent les accords n’est pas apparu du jour au lendemain, comme la création ex nihilo d’une poignée d’universitaires et d’idéologues coupés des réalités du Moyen-Orient. En vérité, force est de reconnaître que le faux messianisme de la paix qui a triomphé à Oslo était déjà en germe dans la société israélienne et dans l’esprit de ses dirigeants depuis longtemps, et notamment depuis la guerre de Kippour. Les choix fatidiques de 1993 sont en grande partie la suite logique des événements dramatiques de l’automne 1973, et c’est le traumatisme de Kippour qui a mené à celui d’Oslo et à ses suites.

"la trahison des clercs d'israël",oslo

 

Le premier à avoir compris, dans le camp arabe, la transformation qu’avait subie l’État d’Israël au lendemain de la « guerre d’octobre » fut Anouar Al-Sadate. Un certain discours le présente aujourd’hui, à l’instar de Rabin, comme un « faucon devenu colombe ». Mais ce raccourci journalistique est faux et trompeur, pour l’un comme pour l’autre. Il faut relire le dernier discours de Rabin à la Knesset pour comprendre qu’il n’a jamais renié son passé ; et il faut relire le discours de Sadate à Jérusalem , pour comprendre qu’il est lui aussi resté fidèle à ses engagements et à sa vision, conforme à la doctrine politique de l’Égypte établie depuis la Révolution des officiers libres en 1952. Le plus farouche ennemi d’Israël, admirateur d’Hitler dans sa jeunesse , ne s’est pas transformé du jour au lendemain en ami des Juifs : il a tout simplement compris que la meilleure façon de vaincre Israël était de se servir de la paix comme d’un cheval de Troie pour affaiblir et diviser l’opinion israélienne, et pour obtenir par la négociation ce que les armées arabes n’avaient pu remporter sur les champs de bataille.

 

 (Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, La Maison d'Edition)

 

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L'actualité au miroir de la paracha : Hébron et la haine des origines, Pierre Lurçat

November 2 2018, 13:45pm

 

“Alors Avraham ensevelit Sarah, son épouse, dans le caveau du champ de Makpéla, en face de Mamré, qui est Hébron, dans le pays de Canaan”

(Chayyé-Sarah, Genèse XXIII).

 

La parachat “Hayyé Sarah” relate l’acquisition du “champ de Makpélah” par Avraham et son insistance pour en payer la valeur aux habitants des lieux, qui prétendaient le lui offrir. D’après nos Sages, “Il existe trois endroits où les peuples du monde ne peuvent contester les droits de propriété (du peuple Juif) : le caveau de Makpélah à Hébron, le Temple de Jérusalem et le tombeau de Joseph”. Or ce sont précisément ces trois endroits qui sont aujourd’hui l’objet de contestations et de luttes acharnées de la part de nos ennemis, pour nous les enlever… Mais le plus étonnant (et le plus triste..) est que la propriété de ces trois endroits soit contestée à l’intérieur de notre peuple, par des modernes “explorateurs”, mus par l’ignorance ou par la haine de soi. Dans mon nouveau livre Israël, le rêve inachevé, qui paraît ce mois-ci en France, je consacre un chapitre à ce sujet, intitulé “Hébron et la haine des origines”, que je publie ici.

Pierre Lurçat

 

« Ce serait une erreur terrible de ne pas repeupler Hébron, voisine et sœur aînée de Jérusalem, et de ne pas y faire venir le plus grand nombre possible de Juifs ». Cette déclaration n'émane pas du porte-parole de la petite communauté juive de Hébron, ni d'un rabbin de Kyriat-Arba, la banlieue juive de la Cité des Patriarches, ainsi nommée parce qu'elle abrite les tombeaux des trois Pères fondateurs du peuple Juif : Abraham, Isaac et Jacob. Son auteur est David Ben Gourion, comme le rappellait le journaliste israélien Nadav Shragai, dans les colonnes de Ha’aretz. En lisant ces propos de l'ancien Premier Ministre, juif laïque par excellence, mais dont la Bible était le livre de chevet, on mesure combien se sont répandues l'ignorance, l'indifférence et la détestation, parmi les élites intellectuelles, politiques et médiatiques israéliennes, à l'égard de la ville qui fut la première capitale du Royaume de David. Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

 

Au-delà de ses aspects juridiques et politiques, l'affaire de la « Maison de la Paix » de Hébron, qui défraya la chronique en son temps[1], est révélatrice d'une dimension fondamentale, et souvent méconnue, du conflit interne qui divise le peuple juif et l'État d'Israël. Pour comprendre la décision du ministre de la Défense d'alors, Ehoud Barak, prise avec l'aval de la cour suprême, d'ordonner l'expulsion manu militari des familles juives vivant pacifiquement dans cette maison – achetée au prix fort et située en un endroit stratégique (sur la route qui relie la ville juive de Kyriat Arba et le Caveau des Patriarches) – il faut la replacer dans le cadre de ce qui constitue le cœur même du « Kulturkampf » israélien, qui ressemble de plus en plus, ces dernières années, à une guerre entre Juifs : la haine des origines.

 

 

Hébron au cœur du Kulturkampf israélien

 

Israël est un tout petit pays, dont la largeur ne dépasse pas 80 km. Mais les distances qui séparent certains lieux sont incommensurablement plus grandes que celles mesurées sur une carte. Et la distance entre Hébron et Tel-Aviv est encore beaucoup plus grande que celle qui sépare Tel-Aviv et Jérusalem. Dans son chef d'œuvre publié en 1945, Hier et avant-hier (traduit en français sous le titre Le chien Balak), l'écrivain israélien et Prix Nobel de littérature S. J. Agnon décrivait l'opposition entre Jérusalem, ville trimillénaire symbole de la Tradition et de « l'Ancien Yichouv », et Tel-Aviv, ville nouvelle édifiée sur le sable par les pionniers du sionisme laïc. Cette opposition fondamentale s'est perpétuée jusqu'à nos jours, de même que les sentiments d'étrangeté et parfois d'hostilité d'une partie des élites sionistes et israéliennes envers la capitale du peuple Juif. Mais dans le cas de Hébron, cette hostilité est bien plus marquée et prend des formes presque pathologiques, comme en atteste la manière dont les médias israéliens crient au « pogrome » (anti-arabe) chaque fois que des habitants juifs de Hébron ont une altercation avec leurs voisins.

 

 

Cette haine de Hébron n'est pourtant pas propre à un seul camp politique, car elle transcende les clivages politiques traditionnels. Elle caractérise en fait l'attitude de certains Juifs qui refusent d'assumer leur vocation et qui voient dans la Cité des Patriarches une menace pour leur désir de ne pas être Juif, ou encore d'incarner un « Nouveau Juif », coupé de ses racines, de la tradition juive et de l'héritage transmis par la chaîne des générations. Celle-ci remonte en effet jusqu'aux ancêtres du peuple Juif, les Patriarches Abraham, Isaac et Jacob : tout ce que Hébron symbolise, précisément. En effet, le conflit essentiel qui divise et déchire la société israélienne aujourd'hui n'est peut-être pas tant celui qui oppose Juifs et Arabes, Juifs de gauche et de droite, ou encore Juifs religieux et Juifs laïques. Il est plutôt celui qui oppose, pour reprendre la terminologie pertinente de Jean-Claude Milner, les « Juifs d'affirmation » et les « Juifs de négation [2] ».

 

 

Le projet sioniste, comme nous l'avons vu, est traversé tout entier par une ambivalence fondamentale, présente dès l'origine du mouvement politique créé par Herzl et qu'on retrouve jusqu'à aujourd'hui au cœur du débat politique et intellectuel. Cette ambivalence tient au fait que le sionisme politique se définit tantôt comme la continuation de l'histoire juive, et tantôt comme sa négation (négation de l'exil, du judaïsme diasporique, voire du judaïsme tout entier, comme chez le mouvement cananéen évoqué ci-dessus). C'est dans ce contexte que l'on doit examiner l'affaire de Hébron, dont l'enjeu dépasse de loin, on s'en doute, celui de la propriété d'une maison. Cette affaire est, en effet, avant tout politique, malgré l'habillage juridique que veulent lui donner ceux qui prétendent toujours parler au nom du « Droit » (oubliant que la notion hébraïque du droit, le « Tsedek », ne se confond jamais avec un instrument de l'arbitraire du pouvoir). Mais à un niveau encore plus fondamental, au-delà du politique, il s'agit d'une affaire d'identité, à la fois collective et individuelle.

 

Habitants juifs de Hébron protégés par des soldats de Tsahal

 

Guy Sorman, un alterjuif en visite à Hébron

 

Dans un numéro spécial de la revue Controverses consacré aux « Alterjuifs[1] », j'ai analysé le cas d'un intellectuel juif français dont la détestation d'Israël s'est manifestée pour la première fois, comme il l'avoua lui-même avec une franchise étonnante, à l'occasion d'un voyage à Hébron. Guy Sorman, essayiste talentueux et Juif déjudaïsé, raconte dans son livre Les Enfants de Rifa'a, récit de son périple à travers le monde arabo-musulman, comment il a « découvert » que l'État d'Israël était « voué à disparaître »... Dans le chapitre intitulé « Fin du peuple juif », Sorman fait cette déclaration apparemment étonnante : « Avant Hébron, je ne m'étais jamais trop interrogé sur l'État d'Israël... Depuis Hébron j'ai une conviction bien ancrée : l'État d'Israël est une erreur historique, les Juifs n'avaient pas vocation à créer un État ». Pour justifier cette conclusion radicale, l'intellectuel raconte cette anecdote :

 

 

« Etes-vous juif? » Au cours de ma déjà longue existence protégée d'intellectuel français né après l'Holocauste, cette question ne me fut jamais posée qu'une seule fois, sur un mode agressif. C'était en Palestine [sic], en l'an 2000, à l'entrée de la ville d'Hébron... Le soldat était un Israélien d'origine éthiopienne : un Falacha, reconnu comme Juif en un temps où Israël manquait d'immigrés nouveaux pour meubler les bas échelons de la nation... A l'entrée du tombeau dit d'Abraham, il me fallut à nouveau arbitrer entre les trois confessions issues de cet ancêtre... Je fus un instant tenté par l'islam chiite ; mon compagnon palestinien m'en dissuada. Je m'en retournai donc au judaïsme et empruntai le chemin réservé à ma race ».

 

 

Cette description de l'arrivée au caveau des Patriarches à Hébron est pétrie de préjugés anti-israéliens, auxquels se mêle une hostilité visible au judaïsme. La clé de cette attitude paradoxale est en effet la prise de conscience par Sorman de son judaïsme, destin inéluctable – à défaut d'être une vocation librement assumée – auquel il ne peut échapper. Car le judaïsme n'est pas une simple « religion », à laquelle on pourrait renoncer en se déclarant athée. En entrant dans le caveau des Patriarches, Sorman comprend soudain la nature quasi-indestructible des liens qui l'unissent – malgré lui – à la nation juive et à son père fondateur, Abraham. Mais cette compréhension, loin de susciter un quelconque retour au bercail, se traduit chez lui par une hostilité décuplée et par la conviction que les Juifs doivent « disparaître ». Ainsi, la visite à Hébron fait de l'intellectuel déjudaïsé un Alterjuif, c'est-à-dire un Juif qui refuse d'être juif, et qui transforme sa haine de soi en arme polémique, à l'instar de la philosophe Simone Weil[2].

 

 

Le cas de Guy Sorman est révélateur, parce qu'il montre bien comment le rejet des origines conduit à douter de l'avenir d'Israël, et à remettre en cause le droit à l'existence même de l'État juif. L'analyse du discours de Sorman et des autres « Alterjuifs » permet de comprendre la maladie qui atteint aujourd'hui une partie des élites politiques et culturelles israéliennes : le refus d'assumer l'héritage national juif et la haine des origines. C'est en effet, avec parfois des différences de degré, la même attitude pathologique – qualifiée par le philosophe juif allemand Theodor Lessing[3] de « haine de soi juive » – qui est à l'œuvre chez certains hommes politiques israéliens actuels : le refus d'être juif (qui conduisit Otto Weininger[4] jusqu'au suicide) se traduit au niveau collectif et national par le refus d'assumer le destin collectif de l'État juif. La haine de Hébron – et à travers elle, la haine des origines de la nation juive – est le symptôme le plus frappant de cette pathologie des élites israéliennes post-sionistes.

 

 


 

[1] Le néologisme alterjuif, créé par Muriel Darmon, désigne les Juifs qui rejettent leur identité. Voir mon article « Guy Sorman et le souhait d'un monde sans Juifs », publié sous le nom de plume de David Kurtz, Controverses, février 2007.

[2] Je renvoie à ce sujet au livre déjà ancien mais très actuel de Paul Giniewski, Simone Weil ou la haine de soi, Berg International 1978.

[3] Theodor Lessing (1872-1933), philosophe juif allemand, auteur du livre fameux La haine de soi juive, dans lequel il analyse ce phénomène affectant une partie de l’intelligentsia juive européenne au début du siècle dernier. Assassiné par les nazis en 1933.

[4] Otto Weininger (1880-1903), philosophe juif autrichien né à Vienne, qui se suicida à l'âge de 23 ans.

(Extrait d’Israël, le rêve inachevé, Quel Etat pour le peuple juif?

Editions de Paris -Max Chaleil 2018 ©

 

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Les bâtards de Sartre, de Benoît Rayski : un pamphlet décapant et salutaire, Pierre Lurçat

November 1 2018, 20:17pm

Posted by Pierre Lurçat

 

En Pologne, pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis collaient du sparadrap sur la bouche des fusillés pour les empêcher de crier : “Vive la liberté!” Ainsi procèdent les plumitifs, les écrivassiers qui prétendent régenter nos âmes. De Jean-Paul Sartre ils ont appris qu’il était permis de tuer l’homme blanc. Et de Frantz Fanon, que le colonisé aurait sa revanche en violant la femme blanche”.

 

 

Ces quelques lignes de présentation du livre de Benoît Rayski explicitent le titre de son livre, Les bâtards de Sartre, critique décapante du débat politique et médiatique contemporain en France. En tant que journaliste ayant collaboré à l’Evènement du jeudi et à Globe, Rayski fait partie de ces intellectuels français qui sont aujourd’hui d’autant plus lucides sur la gauche, qu’ils l’ont jadis bien connue et fréquentée. (Les quelques lignes sur sa période militante au PSU, sous la direction de Michel Rocard, sont hilarantes).

 

Mais on se tromperait en pensant que Rayski cherche dans ce livre à régler des comptes. Il ne veut pas non plus simplement relater, sur un ton humoristique, la déchéance de “l’Homo Sartrius”, ultime avatar de l’Homo sapiens qu’il décrit ainsi : “Rentiers des idées reçues. Boutiquiers attirant le chaland avec leur ‘Je vends, je vends du no pasaran’... Fripiers soldant des vieux cols Mao et des poster de Che Guevara”. Ils pullulent non seulement dans les salles de rédaction, mais aussi dans les centres de recherche du CNRS ou de l’EHESS...

 

Rayski excelle dans la description des chantres de la France multiculturelle et “antiraciste”, aveugles face au “nouvel antisémitisme” des banlieues véhiculé par un islam conquérant, dont ils se font souvent les complices. Il réserve ses flèches les plus acérées à Pascal Boniface, compagnon de route du rappeur Médine, ou à Edwy Plenel, qui sévit sur Mediapart (après avoir sévi au Monde). Mais il n’épargne pas non plus les intellectuels et journalistes juifs égarés, comme Claude Askolovitch.

 


 

Car en réalité, Rayski a écrit un pamphlet qui est tout autant une critique qu’une autocritique. Cela ressort notamment des pages les plus personnelles du livre, comme celles où il évoque son ami Christian Jelen, Juif polonais comme lui, mais qui soutenait Aron à l’époque où Rayski “se gargarisait de Sartre”.... Christian Jelen a en effet été un des premiers, dans les années 1990, à rendre compte de la violence des banlieues et à analyser la démission de la gauche française (1). “Christian Jelen est mort. J’écris ce livre pour m’acquitter de la dette que j’ai contractée à son égard”.

 

Ces quelques mots pudiques révèlent la motivation profonde du livre de Rayski. Au-delà du pamphlétaire talentueux (et drôle) il y a en lui un écrivain et un moraliste, qui se penche sur les errements de sa propre génération. Je n’appartiens pas à la même génération que Rayski, mais je partage avec lui des origines communes : des grands-parents venus de Bialystok, et des parents passés par le PCF. A ce titre, j’ai été personnellement touché par son livre, pamphlet agréable à lire et remède salutaire à la médiacratie ambiante. Saluons au passage son éditeur, Pierre Guillaume De Roux.

 

Pierre Lurçat

 

(1) Il est aussi l’auteur d’un livre passionnant sur le pacifisme, Hitler ou Staline.

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Faurisson est bien mort, mais son élève Mahmoud Abbas est toujours vivant

October 24 2018, 07:27am

Faurisson est bien mort, mais son élève Mahmoud Abbas est toujours vivant

Un négationniste Premier ministre de la 'Palestine' ?

 

A la veille de la constitution du gouvernement palestinien dirigé par Mahmoud Abbas, en mars 2003, le docteur Rafael Medoff, spécialiste de l'histoire de la Shoah, publiait un article intitulé "Un négationniste Premier ministre de la 'Palestine' ?" Il y rappelait des faits bien connus (mais peu souvent mentionnés) concernant la formation universitaire de Mahmoud Abbas. Celui-ci a en effet achevé un doctorat à l'université Patrice Lumumba de Moscou, en 1982, portant sur le sujet "La connexion entre les nazis et les dirigeants sionistes, 1933-1945". Dans cette thèse, Abbas soutenait l'idée d'une collusion entre le sionisme et le nazisme et d'une responsabilité conjointe des sionistes et des nazis dans la Shoah.

Mais Abbas ne s'arrêtait pas là… Il contestait également le nombre de 6 millions de victimes juives de la Shoah, en citant notamment les travaux de "l'historien" Robert Faurisson ! Dans ces circonstances, on comprend pourquoi le docteur Medoff concluait son article de 2003 par ces mots : "Si Abbas est promu au poste de Premier ministre de l'Autorité palestinienne, la communauté internationale tout entière sera confrontée à la question de savoir si Abbas mérite d'être traité différemment de Tudjman, de Haider et de Le Pen". 

Or, la réponse à cette question est que la communauté internationale a non seulement traité Abbas différement d'un Haider ou d'un Le Pen – en l'absolvant de son négationnisme – mais que certains Juifs et certains Israéliens se sont aussi prêtés à cette triste mascarade, en donnant au négateur de la Shoah palestinien un certificat de "cacherout" et de respectabilité. Selon le député israélien Arieh Eldad, le ministère israélien des Affaires étrangères et le State Department ont meme demandé au Centre Simon Wiesenthal de cacher toute information concernant le passé négationniste d'Abbas, avant la signature des accords d'Oslo, pour ne pas ternir la belle photo sur la pelouse de la Maison blanche !

 

L'incitation à la haine et l'objectif véritable d'Abou Mazen

 

oslo.jpgOn objectera sans doute que tout cela relève du passé et que Mahmoud Abbas – Abou Mazen a très bien pu évoluer et devenir un sincère partisan des négociations et de la paix (comme le prétendirent à l'époque les supporters des accords d'Oslo conclus avec Arafat). Mais l'examen attentif des prises de position du dirigeant de l'Autorité palestinienne depuis 2003 montre qu'il n'en est rien. Abbas est resté le même, tout comme Arafat qui, jusqu'à son dernier jour, demeura fidèle à ses engagements politiques et à sa conception du djihad contre Israël, n'hésitant pas à envoyer ses hommes, déguisés en membres du Hamas, commettre des attentats terroristes contre Israël, alors même qu'il était en train de "négocier la paix" avec Ehoud Barak à Camp David, comme l'a révélé récemment dans son livre extraordinairel'espion israélien du Hamas, Mosab Hassan Yousef… *

 

Pour comprendre les intentions véritables de Mahmoud Abbas, il faut se référer à ses discours en arabe, et pas à ses déclarations politiquement correctes prononcées à l'intention des médias et des chancelleries en Occident. Abbas, comme Arafat autrefois – et même mieux que lui – a en effet su adopter le ton qui plaît aux occidentaux, celui d'un "pragmatique" et d'un "modéré" (le fameux "dirigeant courageux" vanté par des intellectuels juifs français atteints de myopie et de surdité…). Abbas sait dire ce qu'il faut pour continuer d'engranger la manne de l'aide occidentale, tout en refusant d'entamer les négociations avant d'avoir obtenu des concessions unilatérales d'Israël.

 

Mais dans le même temps, Abou Mazen promet à son peuple le djihad et glorifie les "martyrs", ces terroristes aux mains ensanglantées qui sont devenus sous son autorité les grands hommes de l'Etat palestinien en voie de constitution… Elie Wiesel peut bien louer le "modéré" Mahmoud Abbas, mais celui-ci tient exactement le même discours à son peuple que les "extrémistes" du Hamas, avec lesquels il n'a d'ailleurs pas de désaccord fondamental sur la stratégie et sur l'objectif final – une Palestine judenrein de la Méditerranée au Jourdain – mais uniquement sur les moyens pour y parvenir.

 

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Le double langage de Mahmoud Abbas, qui déclarait en 2003 "Il n'y a absolument aucune autre alternative que le dialogue", mais qui promet, en 2010, qu'il "n'autorisera aucun Israélien à vivre sur la terre palestinienne", n'est pas seulement la marque d'une duplicité fondamentale, ou d'un manque de sincérité. Il est aussi la preuve que le président Abbas est resté fidèle à la philosophie politique du Fata'h, celle de la "libération de la Palestine" par tous les moyens – à la fois par l'épée et par les négociations – selon la leçon apprise de son maître, Yasser Arafat de sinistre mémoire.

 

Pierre I. Lurçat

 

* Voir "Le Prince vert, du Hamas aux services secrets israéliens", Denoël 2010

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2011/01/26/les-deux-visages-du-president-de-l-autorite-palestinienne-ma.html 

 

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Une page d'histoire - Israël et la Turquie... en 1914, le regard de Jabotinsky

October 21 2018, 08:14am

Posted by Jabotinsky

Une page d'histoire - Israël et la Turquie... en 1914, le regard de Jabotinsky

Dans l'extrait qu'on lira ci-dessous de son Autobiographie, que j'ai eu le plaisir de traduire en français il y a quelques années (1), Jabotinsky raconte comment il changea d'avis sur l'attitude que le mouvement sioniste devait adopter envers la Turquie à une époque où les autres dirigeants sionistes - et Ben Gourion le premier - étaient encore tous favorables à une attitude de loyauté envers la "Sublime Porte". Jabotinsky fut le premier à comprendre que la libération d'Eretz Israël passait par le démembrement de l'empire ottoman.

Outre son intérêt historique, ce récit est riche de réflexions qui montrent la grande intelligence politique de Jabotinsky - intelligence politique qui faisait cruellement défaut à notre peuple à son époque (et encore aujourd'hui) - comme l'illustre la réflexion qu'il rapporte dans la bouche de Max Nordau : "Le Juif n'apprend pas par des raisonnements rationnels : il apprend par les catastrophes. Il n'achètera pas un parapluie « simplement » parce que des nuages s'amoncellent à l'horizon : il attendra d'être trempé et atteint de pneumonie.." P.L

 

Cette situation fut soudain modifiée en l'espace d'une nuit. Je me trouvai alors à Bordeaux – je m'y étais rendu pour voir ce que ferait le gouvernement en exil, et c'est là-bas que j'appris la nouvelle que la Turquie s'était alliée à l'Allemagne et à l'Autriche, pour combattre à leurs côtés l'Angleterre, la France et la Russie.

 Jabotinsky.jpgJe dois l'avouer : jusqu'à ce matin, à Bordeaux comme partout ailleurs, je m’étais considéré comme un simple observateur, sans la moindre raison particulière de souhaiter le triomphe d'un côté et la défaite de l'autre. Mon unique souhait, à cette époque, était que la paix revienne dès que possible. La décision turque fit de moi, en l'espace d'une courte matinée, un partisan fanatique de la guerre jusqu'à la victoire ; cette guerre était devenue « ma guerre ». En 1909, à Constantinople, j'avais été rédacteur en chef de quatre journaux sionistes en même temps (le genre de choses qui ne se produisent que lorsqu'on est jeune) ; les Jeunes Turcs régnaient sur la Sublime Porte, et c'est alors que j'acquis la ferme conviction que, là où les Turcs régnaient, le soleil ne pouvait pas briller ni l'herbe pousser, et que le seul espoir de reconquérir la Palestine résidait dans le démembrement de l'Empire ottoman. Ce matin-là, à Bordeaux, après avoir lu l'affiche encore humide sur le mur, j'en tirai la seule conclusion possible – et jusqu'à ce jour je ne comprends pas pourquoi tellement de mes amis ont mis autant d'années à parvenir à la même conclusion. Telles que je les voyais désormais, les choses étaient claires comme du cristal : le destin des Juifs de Russie, de Pologne et de Galicie était sans le moindre doute, pour important qu’il soit et envisagé dans une perspective historique, un facteur provisoire par rapport à la révolution dans la vie nationale juive que le démembrement de la Turquie allait entraîner.

 

Je n'ai jamais douté du fait qu'une fois la Turquie entrée en guerre, elle serait vaincue et taillée en pièces : là encore, je suis incapable de comprendre comment on pouvait éprouver le moindre doute à ce sujet. Il ne s'agissait pas de suppositions, mais d'une question de calculs objectifs. Je suis heureux de pouvoir en faire état ici, ayant été accusé d'avoir parié sur le vainqueur de la guerre à cette époque. J'ai longtemps été correspondant en Turquie. Je tiens le métier de journaliste en la plus haute estime : un correspondant consciencieux en sait bien plus sur le pays où il se trouve que n'importe quel ambassadeur – et selon ma propre expérience, souvent plus qu'un professeur autochtone. Mais dans ce cas particulier, non seulement les professeurs, mais aussi les ambassadeurs étaient avertis de cette vérité évidente concernant la Turquie. Aucun journaliste ne pouvait évidemment prédire, à cette époque, que l'Allemagne subirait la défaite et la reddition sans condition. Mais je n'ai jamais douté du fait que la Turquie, plus que tout autre pays, devrait payer le prix de cette guerre. La pierre et le fer peuvent supporter le feu ; une hutte en bois brûlera, et aucun miracle ne pourra la sauver...

 PHOTO : MAX NORDAU

max-nordau.jpgJe demandai à Nordau son avis sur le programme de bataillon hébraïque, et il me fit une réponse sceptique. Pourquoi nous allier à un camp avant même d'avoir obtenu la moindre promesse concernant l'avenir d'Eretz-Israël ? Et où trouverons-nous des soldats ? Dans la partie neutre de l'Europe, les communautés juives sont restreintes, l'Amérique est trop éloignée ; et le point principal est la relation sentimentale et absurde des sionistes envers « notre frère Ismaël ». Il n'existe pourtant aucun savant au monde pour expliquer comment et quand les Ottomans, de race touranienne, étaient devenus membres de la famille d'Ismaël le sémite ; et pourtant cette relation était telle, et Nordau lui-même en avait souffert après son discours au Congrès de Hambourg, en 5670 [1909], dirigé contre les intentions des Jeunes Turcs.

 

– Je me rappelle parfaitement votre discours, - lui dis-je – vous aviez déclaré : « On nous propose d'aller nous assimiler en Turquie ? Das haben wir näher, billiger und besser – nous pouvons trouver cela ici, plus près, moins onéreux et mieux ». Je venais alors de Constantinople et je vous applaudis, ivre de joie.

 

- Mais combien de disputes j'eus ensuite avec les idiots de mon entourage ! – me répondit-il.

 

Doktor, - lui dis-je – on ne peut pas conduire notre barque selon les instructions de ces idiots. Non, le Turc n'est pas « notre frère », et même avec le véritable « Ismaël » lui-même, nous n'avons aucune proximité spirituelle. Nous sommes, grâce à Dieu, des Européens, et nous sommes mêmes les constructeurs de l'Europe depuis deux mille ans. Je me souviens d'un autre point de vos discours : « Nous allons en Eretz-Israël pour élargir les frontières de l'Europe jusqu'à l'Euphrate ». Et l'obstacle est la Turquie. A présent, sa dernière heure est venue : allons-nous rester les bras croisés ?

Ben_Gourion.jpg

BEN GOURION EN HABIT TURC

 

Le vieux chercheur me fit une réponse riche de contenu et profonde : c'est seulement des années plus tard que je compris toute sa profondeur :

 

- Ce sont, mon jeune ami, des paroles logiques : or la logique est la sagesse des Grecs, que notre peuple abhorre. Le Juif n'apprend pas par des raisonnements rationnels : il apprend par les catastrophes. Il n'achètera pas un parapluie « simplement » parce que des nuages s'amoncellent à l'horizon : il attendra d'être trempé et atteint de pneumonie...

 

(1) éditions les Provinciales.

 

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France 2 : la recette d’un faux antisémite de notre temps, par Jean-Pierre Bensimon

October 16 2018, 13:30pm

Posted by Jean-Pierre Bensimon

France 2 : la recette d’un faux antisémite de notre temps, par Jean-Pierre Bensimon
Le président Macron déclarait en juillet 2017 :  « l’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme ». En matière de réinvention, France 2, Elise Lucet, et une équipe de journalistes, Yvan Martinet, Olivier Gardette Rami Abu Jamus et Mélanie Laporte, vont remporter le pompon.

Ils viennent de réaliser et de diffuser un document de référence sur l’art d’intoxiquer l’opinion, « Gaza, une jeunesse estropiée. » 

 
Il fallait bâtir pour cela un film en haute définition, habilement scénarisé, à diffuser à une heure de grande écoute, montrant que les soldats israéliens obéissant aux instructions réglementaires, tiraient délibérément et sans nécessité dans les jambes de jeunes palestiniens pleins d’avenir. 
 
Bien entendu, la fibre émotionnelle du téléspectateur devait vibrer. Les victimes devaient être engageantes, faibles, innocentes, et les coupables monstrueux, la recette idéale pour soulever une vague de saine indignation.
 
 
Il fallait aussi, puisque l’on s’appelle France 2 et que l’on est le phare du service public, obéir strictement aux règles de la déontologie du journalisme de reportage, la neutralité, la parole donnée à tous les protagonistes, le ton modéré, l’absence d’adjectifs et d’injures. Mais France 2 est aussi le phare du détournement de ces règles.
 
C’est ainsi que la chaîne nationale vient de montrer que malgré toutes ces contraintes, il était possible de produire un faux presque parfait, un document d’incitation à la haine antisémite de haute intensité, et induire dans le public une vue totalement biaisée et raciste des événements rapportés.
 
Manipuler l’émotion, les techniques de France 2 
 
Pour souligner les  forfaits insoutenables commis par les Israéliens, il fallait camper les victimes les plus susceptibles d’attirer la sympathie. La victime principale du film est Ala, un jeune homme tranquille, passionné de cyclisme, de belle allure, très pauvre, et désespéré de devoir renoncer à ses rêves de compétition. Il était malencontreusement « sur le front » pour tenter de parler à des journalistes dit-il, quand une balle l’a frappé. Ni lui, ni sa famille ne s’intéressent à la politique. On lui consacrera la séquence la plus longue pour lui permettre d'attendrir du téléspectateur. Il aura onze minutes à lui seul, soit plus du tiers de l’émission. 
 
Le second, Mohamed, est un pré-adolescent de 13 ans qui n’a plus que la piscine pour se dépenser. Son visage est triste et il dit ne plus parler depuis la perte de sa jambe. Il aura un peu plus de 4 mn. Le dernier est Ayallah, est un adolescent pauvre et désespéré mais un peu une tête brûlée. On lui accordera 3 mn, sans compter la mise en scène infernale d’un match de football où les joueurs sont unijambistes et  les goals manchots.
 
L’innocence apparente et la détresse de ces jeunes gens qui occupent les deux tiers du film, sont insupportables, et c’est le résultat que le document de France 2 recherchait.
 
En face, derrière la frontière, il y a les Israéliens, ou les « Juifs ». Il ne sont pas identifiables. Ce sont exclusivement des soldats. Aucun civil. Les militaires sont loin, masqués par les fumées des pneus en combustion, allongés à même le sol poussiéreux. Parfois ils sont debout, regroupés, toujours loin,  toujours sans visages et sans noms. Ce sont des robots aveugles, pas des être humains. Visiblement l’intention des auteurs du reportage est de déshumaniser les Juifs et de sur-humaniser les Palestiniens « victimes », volontairement impliqués quand même dans les manifestations violentes.  
 
Le premier juif identifiable est le porte-parole de l’armée, un grand costaud au visage sévère. Il aura 2 mn 16 et on lui demandera si son armée commet des crimes de guerre.
 
Le second « juif » identifiable est Nadav Weiman. On lui accorde 6 mn. Le film dit que c’est un ancien sniper de l’armée israélienne et que c’est pour cela qu’il est interrogé. Il ne dit pas qu’il est aussi le coordinateur des activités d’une des ONG antisionistes les plus virulentes au monde, Breaking The Silence.
 
Cet organisme publie régulièrement des « témoignages » de soldats toujours anonymes, illustrant des atrocités supposées de l’armée israélienne. Ses « animateurs » parcourent les capitales occidentales pour dénoncer ces monstruosités, ce qui leur permet de réunir des financements gigantesques (2) et de mettre en même temps du beurre dans les épinards. Quelques-unes de leurs falsifications monumentales sont relatées dans un article de Ben-Dror Yemini. (3) Nadav Weiman aura tout le temps de démontrer que le meurtre est une pratique ordinaire des forces armées israéliennes, et qu’il était tout à fait possible de faire « autrement. »
 
Pour ceux qui ont mal entendu, ou qui étaient distraits, le reporter fait répéter à Weiman ses propos accusatoires à maintes reprises : 
 
- Weiman : « Dans nos règles d’engagement le meneur de la manifestation, on peut lui tirer dessus, dans la jambe ;
- Reporter : « Vous êtes autorisés à faire ça ?
- Weiman : « Oui
- Reporter : « Durant votre formation on vous apprend ça ?
- Weiman : « Bien sûr. Personne ne remet ça en cause, ce sont les instructions de l’armée.
- Reporter : « Vous pouvez tirer sur le meneur;
- Weiman : « Oui le meneur;
- Reporter : « Donc vous êtres formés pour tirer sur le leader d’une manifestation, même s’il ne porte pas d’armes;
- Weiman : « Oui, ces gens qui manifestent du coté Gaza ne sont pas une menace.
 
Ce dialogue reflète les lubies désinformatrices de Weiman et l'acharnement du reporter qui croit avoir trouvé la pépite idéologique qui frappera Israël au cœur. Il dévoile l’intention accusatrice et raciste du reportage. Weiman est le ventriloque du reporter.
 
Manipuler les faits, les techniques de France 2
 
Le procédé le plus simple et le plus efficace consiste à montrer beaucoup d’images afin que l’on ne voie rien. C’est de masquer systématiquement ce qui fait sens. Dans la foule qui marche vers la frontière avec Israël il y a de nombreux enfants et des femmes. Or à l’évidence la zone est extrêmement dangereuse. Le reportage à l’habileté de poser la question mais à moitié : on demande pourquoi ces enfants sont là. La réponse est unanime : « on le leur a interdit mais on ne voit comment  les empêcher d’y aller quand même. » Les enfants disent la même chose. Or la vraie question est celle de l’absence d’un service d’ordre du Hamas, qui gouverne l’enclave, pour interdire leur présence de leur accès aux réseaux de bus organisés pour parvenir aux tentes des rendez-vous à 300 m. de la frontière. 
 
La raison, c’est que le Hamas désire leur présence, c’est qu’il paye les participants aux « marches », et qu’il a terriblement besoin qu’il y ait des tués et des blessés pour justifier sa férule contestée à Gaza en tant que bouclier contre les crimes supposés de l’épouvantail juif israélien.
 
D’ailleurs son chef militaire, Yahya Sinwar, l’a clairement expliqué : « après l'échec des efforts de réconciliation [entre Hamas et Fatah) qui ont abouti à une impasse, un certain nombre de factions ont prévu de provoquer une explosion interne dans la bande de Gaza, mais les marches du retour ont contrecarré ce plan. » (4)
 
Et quand il y a eu des morts, la presse occidentale a accusé Israël d’avoir tué des « manifestants pacifiques ». Mais le Hamas a dit non!, non!, ces morts étaient bien membres du Hamas!! Car pour lui, il était déterminant de faire savoir à la population palestinienne de l’enclave qu’il était au premier rang dans la guerre contre Israël. Précisément, son porte parole, Ashraf al-Qidra, déclarait le 16 mai « le nombre que je vous donne est officiel. 50 membres du Hamas sont devenus des martyrs lors de la récente bataille. » (5) Une déclaration qui corroborait les calculs israéliens.
 
La volonté de ne pas voir ce que l’on voit pour intoxiquer l’opinion française est aussi évidente dans la séquence où un Palestinien non armé est fauché par un tir israélien. Cette séquence est un faux. Une mise en scène.

 
On peut  consulter cet épisode dans la vidéo mise en ligne par France 2:
 https://www.youtube.com/watch?v=y-WYM6D4OiU (entre les minutes 7',  43'' et 8', 10'') 

 

 

Premier temps : un groupe de personnes immobiles. On distingue un homme aux aguets, tenant une civière rouge à la verticale, prêt à intervenir. Le futur « blessé » est debout à gauche ;
 
 
Second temps : on ne voit plus l’homme , tombé sous l’effet d’un tir supposé. Instantanément, sans la moindre hésitation, le porteur de civière et le groupe se précipitent  sous le feu, indifférents au danger:
 
 
 
La manipulation se dévoile. Il s’agit d’une mise en scène. On remarque que pour ce rush, il n'y avait ni fumée, ni lanceurs de pierre, ni une foule vociférante. La calme propice à une prise de vue en somme. Que faisait là le porteur de civière prêt à intervenir ? Par quel miracle était-il justement là, à quelques mètres de l'incident? Pourquoi les gens se précipitent immédiatement vers l’endroit le plus dangereux? Le tir aurait dû créer un choc et un moment de stupeur. Rien de cela. Ensuite, le réflexe naturel aurait dû être de fuir pour se mettre hors de portée d’un nouveau tir. Au contraire, tous ces gens, sauveteur en tête, semblent avoir entendu le clap des moteurs caméra pour jouer leur rôle.

Cette mise en scène rappelle celle de la soi-disant mort du « petit » Al Dura, criblé de balles sans saigner, qui levait le coude après avoir expiré. C'était une production de Pallywood, le Hollywood palestinien, et elle était déjà relayée par France 2.
 
N’importe quel débutant comprend tout de suite qu’il s’agit ici d’une mise en scène grossière. Comme la caméra de France 2 est postée à l’endroit voulu  pour embrasser le champ de l’incident, on peut penser que France 2  est complice de la mise en scène. Ou alors France 2 a diffusé intentionnellement, ou sans contrôle, des images remises par ses correspondants palestiniens et qui étaient des faux.
 
Conclusion
 
1 – L’antisionisme est bien la forme réinventée de l’antisémitisme, et France 2 joue une rôle éminent dans cette réinvention depuis près de deux décennies. Pourquoi cette "lèpre" est-elle si puissante au sein de la rédaction de la grande chaîne publique? C'est une énigme à élucider. Autre  énigme, quelle est l'identité exacte des commanditaires de cette mine antisémite posée dans un pays aussi socialement  instable que la France.
 
2 – Les falsifications, surtout si elles sont conçues et diffusées à cette échelle, ne manquent pas de faire d’énormes dégâts. Ici les vraies premières victimes sont les Palestiniens de Gaza. Ces pauvres gens vivent dans une misère noire parce que les islamistes fanatiques au pouvoir ont refusé de faire de l’enclave un Singapour en Méditerranée au bénéfice d’un jihad raciste contre les Juifs. Actuellement, ils impliquent des enfants et de jeunes hommes dans des « marches » mortelles contre un ennemi fictif, Israël,  pour avoir des victimes justifiant leur maintien au pouvoir. C'est l'une de leurs marques de fabrique, il n'y a qu'à songer à leur spécialité, les martyrs-kamikaze.
 
Au lieu de comprendre la détresse des Gazaouis, et les aider à identifier leurs oppresseurs, le Hamas et les factions jihadistes, les reportages de France 2 les enferment dans leur impasse collective, leur asservissement aux islamistes  et leur prison idéologique.

La minorité arabo-musulmane de France est aussi une importante victime d'Elise Lucet et consorts. Elle est en recherche d'identité, globalement son intégration est médiocre et l'influence salafiste est prégnante en son sein. L'antisémitisme la gangrène dangereusement. Le reportage de France 2 va encore obscurcir sa vison du monde et renforcer sensiblement sa haine latente. Cela pourrait conduire à des agressions et attentats supplémentaires contre des Juifs de France. 
 
3 – La réaction israélienne face aux violentes tentatives d'intrusion sur son territoire venant de tueurs revendiqués, a été minimale et légitime. Les feux déclenchés par les « cerf-volant » ont détruit au sud d’Israël des surfaces de forêts et de terres cultivées sur plus de 1100 hectares, équivalant en proportion, au Connecticut pour les États-Unis.
 
 Le général Bertrand Soubelet a bien résumé la situation : 

“Israël est dans son pays et la Bande de Gaza est un autre pays. Ce qui est en train de se passer, c’est que des gens à la frontière essayent de la franchir de manière particulièrement violente … “Les Israéliens ne font que défendre leur pays et leur frontière [avec Gaza]. Ils ont averti les Gazaouis de ne pas passer la frontière. Ils sont dans leur droit le plus absolu de faire feu…. Les Israéliens sont dans une logique de défense des frontières et la défense des frontières cela ne se fait qu’avec la force armée” (6)

Jean-Pierre Bensimon

le 14 octobre 2018

LIRE LA SUITE SUR

 

http://www.lebloc-note.fr/2018/10/france-2-la-recette-dun-faux-antisemite.html

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“Mr Gaga - sur les pas d’Ohad Naharin” : Où il est question de danse avant tout, et un peu de politique, Pierre Lurçat

October 14 2018, 04:24am

Posted by Pierre Lurçat

“Mr Gaga - sur les pas d’Ohad Naharin” :  Où il est question de danse avant tout, et un peu de politique, Pierre Lurçat

A Judith

"Chaque jour il faut danser, fût-ce seulement par la pensée." Cette pensée de Rabbi Nahman de Bratslav m’est revenue à l’esprit en voyant le beau film de Tomer Heyman, “Mr Gaga: sur les pas d’Ohad Naharin”, qui retrace la vie et la carrière du danseur et chorégraphe israélien, devenu un des chefs de file de la danse contemporaine, dont la troupe - la Batsheva Dance Company - est actuellement en tournée en France. Celle-ci , fleuron de l’art israélien actuel, a été plusieurs fois victime de tentatives de boycott de la part du BDS.

 

En lisant la critique que Télérama avait consacré au film de Tomer Heyman, lors de sa sortie en salles en Israël en janvier 2016, on pourrait croire qu’Ohad Naharin est surtout un artiste engagé. L’article intitulé Ohad Naharin, chorégraphe gaga, Israélien en colère, et signé de la correspondante à Tel-Aviv, Nathalie Hamou, citait ainsi l’explication donnée par Naharin au titre de son dernier spectacle, Last Work :« Lorsqu’on me demande pourquoi j’ai intitulé ma dernière pièce Last Work, je réponds parfois qu’il s’agit peut-être bel et bien de ma dernière œuvre ».

 

« Je vis dans un pays qui est gagné par le racisme, la brutalité, l’ignorance, un mauvais usage de la force, le fanatisme. Cela s’exprime dans la façon dont nous avons choisi notre gouvernement (…) Un gouvernement qui ne met pas seulement en danger mon travail d’artiste, mais le fait même d’exister ici, dans ce pays que j’aime tant ».

 

 

L’explication de Naharin peut énerver ou faire sourire, tant elle est déconnectée de la réalité. Elle illustre surtout l’extrémisme politique de nombreux artistes israéliens qui, à l’instar d’Ohad Naharin, se laissent emporter par la vague de “Bibi-bashing” qui a depuis longtemps gagné les élites culturelles du pays, empêchant tout débat serein sur les questions politiques.

 

De politique pourtant, il n’est quasiment pas question dans le film de Tomer Heyman, à l’exception de cette citation - pain béni pour les journalistes français toujours à l’affût d’une déclaration anti-israélienne “Made in Israël” - et du rappel de la polémique autour d’un spectacle de Naharin qui avait été déprogrammé lors du cinquantième anniversaire de l’Etat d’Israël, à Jérusalem.

 

Il y est avant tout et presque exclusivement question de danse, de la manière dont Ohad Naharin a découvert sa passion pour la danse, de l’influence de ses parents, artistes tous les deux (sa mère a renoncé à une carrière de danseuse tandis que son père était acteur à Habima), de sa petite enfance au kibboutz, de son expérience traumatisante de soldat pendant la guerre de Kippour, de ses débuts comme danseur, en Israël tout d’abord (à la Bastheva Dance Company) puis à New York, où il étudie avec Martha Graham puis à la prestigieuse Julliard School.

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De retour en Israël, avec sa femme Mari Kajiwara, il entame sa carrière de chorégraphe. Le film de Tomer Heyman montre bien comment Ohad Naharin parvient à affirmer son style et sa manière de créer, sans se laisser décourager par l’accueil d’abord réservé du public. Au fil du temps, il est de plus en plus apprécié, en Israël comme  à l’étranger, et en 1990 il devient le directeur artistique de la Batsheva Dance Company, à laquelle il va donner un nouveau souffle en lui apportant ses idées novatrices sur la danse.

 

Depuis lors, sa carrière est marquée par une reconnaissance internationale grandissante, ses oeuvres étant représentées sur les plus grandes scènes du monde. Il reçoit le Prix d’Israël en 2005. Ses opinions politiques marquées à gauche, qui ne transparaissent qu’exceptionnellement dans le film, ne l’empêchent pas de voir les représentations de la Batsheva Dance Company prises pour cibles par les partisans du boycott anti-israélien et antijuif à Paris, New York et ailleurs. Mais le beau portrait que dresse Mister Gaga d’Ohad Naharin n’est pas, n’en déplaise à Télérama et aux autres désinformateurs de la presse française, celui d’un “Israélien en colère”. C’est celui d’un artiste et d’un grand créateur. Un film passionnant et émouvant, empli de sensualité et de beauté.

 

Pierre Lurçat



 

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La trahison des élites et la déconfiture de la gauche occidentale Trois livres politiques pour comprendre le monde actuel, Pierre Lurçat

October 12 2018, 11:59am

Posted by Pierre Lurçat

La trahison des élites et la déconfiture de la gauche occidentale Trois livres politiques pour comprendre le monde actuel, Pierre Lurçat

Trois livres récents abordent l’état actuel des élites politiques en Occident. Les deux premiers sont des essais, le troisième plutôt un pamphlet. Trois livres utiles pour comprendre le débat politique en France et aux Etats-Unis, la dérive identitaire de la gauche, en proie au multiculturalisme et à la “stratégie de l’identité” analysée par Mark Lilla, et pour comprendre comment la France et l’Europe en sont arrivées au point où elles se trouvent aujourd’hui. Le fil conducteur entre ces trois livres est sans doute celui de la “trahison des élites” décrite par Yves Mamou, ou de la trahison par la gauche des idéaux républicains décrite par Mark Lilla aux Etats-Unis et par Benoît Rayski en France. La mise en parallèle des trois ouvrages permet aussi de comprendre que ce sont des phénomènes similaires qui transforment la vie politique et la société sur les deux rives de l’Atlantique et aussi, avec des différences importantes, en Israël. P.L

 

Le grand abandon d’Yves Mamou : la trahison des élites face à l’islam

Présentation de l’éditeur (Editions du Toucan)

Une fracture politique s’est creusée entre le haut (« les élites ») et le reste de la population en France ; et cette fracture commence à être sérieusement documentée. « Révolte des élites », « sécession des élites », « déconsolidation démocratique », « crépuscule de la France d’en haut »… sont les termes les plus couramment employés. Sociologues, historiens, géographes, aucun de ceux qui tentent de cerner l’évènement ne le considère comme un phénomène conjoncturel qu’un patch électoral permettrait de replâtrer. C’est d’un divorce des continents politiques et sociaux dont il est question.

Qu’une caste au pouvoir fasse passer ses intérêts avant ceux du reste de la population est la marque d’une dictature. Que cette dictature ait lieu et se poursuive sous les auspices de la démocratie change la nature de la démocratie.

Ce livre a pour but de montrer, sources à l’appui, comment la caste au pouvoir a aussi fait alliance avec des groupes ennemis de l’intérêt national, pour consolider son pouvoir.  En France, la bourgeoisie française mondialisée « qui prône l’égalité des territoires mais promotionne la métropolisation, (…), qui demande plus de mixité sociale mais pratique le grégarisme social et un séparatisme discret (…), qui fait la promotion du vivre ensemble mais participe à l’ethnicisation des territoires », cette bourgeoisie-là, favorise, voire pactise objectivement avec des groupes et une idéologie islamistes qui noyautent progressivement la société démocratique.

 

http://www.editionsdutoucan.fr/


 

La gauche identitaire de Mark Lilla

 

Présentation de l’auteur (Stock)

 

« Les États-Unis sont en proie à une hystérie morale – notre sport national – sur les questions de race et de genre qui rend impossible tout débat public rationnel. La gauche américaine a délaissé la persuasion démocratique pour s’engager à cor et à cri dans la dénonciation hautaine. La gauche européenne elle aussi est à la recherche d’un nouvel élan, et certains suivent avec intérêt ce qui se passe outre-Atlantique. Mon livre s’adresse tout particulièrement à eux. Je veux les mettre en garde et les convaincre que la politique identitaire est un piège qui, à la fin, ne servira que la droite qui a bien plus l’habitude d’exploiter les différences. Après la lutte des classes, après un flirt avec l’insurrection armée, après le rêve romantique du tiers-mondisme et face aux défis de la mondialisation, il est grand temps que la gauche redécouvre les vertus de la solidarité républicaine. »

 M. L.

 

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson

 

Les bâtards de Sartre, de Benoît Rayski

Présentation de l’éditeur (Pierre-Guillaume de Roux)

En Pologne, pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis collaient du sparadrap sur la bouche des fusillés pour les empêcher de crier : « Vive la liberté ! »

Ainsi procèdent les plumitifs, les écrivassiers qui prétendent régenter nos âmes.  De Jean-Paul Sartre ils ont appris qu’il était permis de tuer l’homme blanc. Et de Frantz Fanon, que le colonisé aurait sa revanche en violant la femme blanche.

Dès leur réveil, ils  hantent les matinales radiophoniques. À midi, ils investissent les grandes rédactions et, le soir, occupent les plateaux de télévision. Ils sont  munis de sparadrap. Pour nous faire taire. Ce livre, en forme d’insurrection, ne leur donnera pas le dernier mot.

Benoît Rayski est essayiste et journaliste. Il a, entre autres, collaboré au Matin de Paris, à Globe et à L’Événement du jeudi.

Il a écrit de nombreux livres, dont L’Affiche rouge (Denoël), L’Homme que vous aimez haïr (Grasset) et Fils d’Adam (Exils). Ses chroniques sont publiées sur Atlantico.fr et Causeur.fr.

 

 

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L’attentat de Barkan et le mythe de la coexistence pacifique, Pierre Lurçat

October 10 2018, 11:41am

Posted by Pierre Lurçat

 

A nouveau cette semaine, Israël s’est réveillé sous le choc d’un horrible attentat. Les journaux se sont remplis de photos poignantes et de titres accrocheurs sur “l’enfant qui grandira sans sa mère”, les médias ont diffusé en boucle les mêmes informations, publié des images et des interviews, frôlant parfois la limite de l’indécence, avec les proches des victimes. Puis, quand les mots se sont fait trop lourds et insupportables, les radios ont diffusé des chansons en hébreu de ce genre bien particulier, réservé au Yom Hazikaron et aux jours d’attentats. Avant de changer de sujet, pour que la “vie continue”, selon l’expression consacrée… Mais pour les familles endeuillées, la vie ne continuera plus jamais comme avant.

 

 

Kim Levengrond et Ziv Hajbi z.l.

 

Pourquoi acceptons-nous cette réalité comme allant de soi ? Sommes-nous condamnés à vivre sous la menace permanente des attaques terroristes et à ne trouver un semblant de vie “normale” qu’entre deux attentats? Est-ce pour cela que nous avons créé un Etat et mis fin aux siècles de l’exil ? Etait-ce pour subir à nouveau des pogromes, comme dans la Russie des tsars ou dans l’Algérie coloniale? Puah Rakovski, militante sioniste et pour les droits des femmes, raconte dans son très beau livre autobiographique, Mémoires d’une révolutionnaire juive, le sentiment de désespoir qui l’envahit après le pogrome de 1921 à Jaffa, qui fit plusieurs dizaines de mort, parmi lesquels l’écrivain Yossef Haïm Brenner.

 

Terriblement désespérée, moralement abattue, je me sentais absolument incapable d’accepter l’idée que je venais de vivre un pogrome en terre d’Israël… J’en avais vu de nombreux dans ma ville natale de Bialystok, et à Varsovie et à Siedlce ; mais un pogrome qui se déroulait ici, en Eretz-Israël? Comment était-ce possible? Il ne pouvait rien arriver de pire! C’était le massacre de nos rêves et de nos espoirs, le massacre de nos années d’efforts et du mouvement sioniste dans son intégralité que ce pogrome”.

 


 

La première nécessité, face au crime antijuif, c’est comme l’a bien compris Puah Rakovski, de rétablir la réalité des mots. Les “émeutes de 1921”, que l’historiographie sioniste désigne pudiquement par l’expression d’”événements de 1921” (tout comme les “événements de 1929”) sont en réalité de véritables pogromes. Cet emploi euphémistique du mot “événements” pour décrire les pogromes de 1921 et de 1929 tient sans doute au fait que ceux-ci ont fait voler en éclats plusieurs mythes de l’histoire du Yishouv - la collectivité juive pré-étatique. Le premier était celui d’un changement radical de la condition juive, et le second celui de la “coexistence” judéo-arabe. (1)

 

Le sentiment de désespoir et de révolte exprimé il y a bientôt un siècle par une femme juive courageuse, qui refuse la fatalité de l’assassinat de Juifs en terre d’Israël, doit nous servir d’inspiration face à la réalité dérangeante à laquelle nous nous sommes trop facilement habitués depuis lors. “Il y a pire qu’une âme perverse”, écrivait Péguy, “c’est une âme habituée”. Il nous est interdit de nous “habituer” à voir des Juifs - femmes, enfants, vieillards, hommes, civils ou militaires - assassinés en terre d’Israël parce qu’ils sont Juifs. Non seulement parce que cela heurte notre sentiment moral immanent, mais aussi et surtout, parce que cela atteint l’image de Dieu en nous, le “Tselem”.

 

Incitation arabe et appels à “sauver Al-Aqsa” pendant les émeutes de 1929

(photo Jerusalem Post)


 

Le terrorisme arabe et la Profanation du Nom

 

Le sentiment de révolte exprimé par Puah Rakovski après les pogromes arabes de 1921 n’était pas seulement celui d’une femme sioniste, qui a consacré sa vie à la construction de notre pays. Il était avant tout celui d’une Juive élevée dans la tradition, saisie d’effroi devant la “Profanation du Nom” (Hilloul ha-Shem) que représentait à ses yeux un pogrome en terre d’Israël. Que dirait-elle aujourd’hui, quand le Yishouv est devenu un Etat moderne et fort, disposant de la “plus puissante armée du Moyen-Orient”, capable d’affronter la menace nucléaire de l’Iran des Ayatollahs, mais souvent incapable de protéger ses citoyens dans leurs maisons et sur leurs lieux de travail?

 

Le mythe de la coexistence pacifique judéo-arabe est le pendant - ou l’envers - d’un autre mythe, tout aussi mensonger et potentiellement destructeur : celui de la séparation. “Eux là-bas et nous ici”, comme affirment les partisans d’un Etat palestinien judenrein. Du point de vue politique et militaire, les deux mythes sont tout aussi dangereux. Nous ne pouvons pas nous “séparer” des Arabes, et chaque retrait unilatéral fondé sur l’idée de séparation, à Gaza comme au Sud-Liban, se traduit par le renforcement de nos pires ennemis (le Hamas dans le premier cas, le Hezbollah dans le second). Nous sommes condamnés à vivre au milieu d’eux, ilôt juif dans un océan arabe.

 

Mais nous ne pouvons pas non plus promouvoir l’idée de coexistence, comme un principe abstrait, en oubliant qui sont nos voisins. C’est sans doute la leçon essentielle, terrible et amère, de l’attentat de Barkan. La zone industrielle de Barkan était certes un modèle, économique et humain, fondé sur l’idée que Juifs et Arabes pouvaient travailler côte à côte, en partageant la même aspiration à gagner leur vie. Ce modèle a fonctionné pendant trente-cinq ans. Jusqu’au jour où un employé arabe palestinien est venu un matin, armé d’un fusil automatique, et a tiré à bout portant sur deux de ses collègues, aux côtés desquels il avait travaillé jusqu’à la veille.

 

Comme l’écrit justement Freddy Eytan, “Comment ne pas être révolté par l’ingratitude mortelle de ces ouvriers qui tuent de sang-froid leurs propres employeurs ? Comment pouvoir gérer l’emploi de dizaines de milliers de Palestiniens dans des entreprises israéliennes en risquant quotidiennement des actes terroristes ? Refuser un travail à un père de famille pourrait peut-être l’inciter à la haine et au désespoir, mais l’embaucher en risquant sa propre vie serait-ce une meilleure solution ?” (2)

 

Cet attentat tragique ressemble à des milliers d’autres attaques commises par des Arabes contre leurs voisins juifs, en Algérie, en Eretz-Israël (avant et après 1948) et même en France, où la plupart des attentats antijuifs des dernières années sont le fait de voisins des victimes. A Barkan, l’attentat horrible qui a coûté la vie à Kim Levengrond et Ziv Hajbi n’a pas seulement tué deux personnes - deux mondes - fauchées au seuil de leur vie adulte, laissant derrière eux des enfants orphelins, des conjoints et des familles éplorées, à jamais meurtries. C’est aussi un mythe politique qui a volé en éclats dans le feu et le sang : celui de la coexistence pacifique.


Pierre Lurçat

 

(1) Sur les pogromes de 1921, 1929 et 1936, voir notamment le bon article (en anglais) de R. Hollander, https://www.camera.org/article/anti-jewish-violence-in-pre-state-palestine-1929-massacres/

(2) Freddy Eytan, « La coexistence avec les Palestiniens et une interview manipulée », Le CAPE de Jérusalem, publié le 8 octobre 2018 : http://jcpa-lecape.org/la-coexistence-avec-les-palestiniens-et-une-interview-manipulee/

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Prochaine formation à l'examen d'agent immobilier à Jérusalem / Tel-Aviv

Formation à l’examen d’agent immobilier israélien

Session décembre 2018 – Tel Aviv 

La prochaine formation à l'examen d'agent immobilier aura lieu du  19 au 26 décembre à Tel-Aviv, en vue de l’examen d’agent immobilier israélien qui se tiendra le 29 janvier 2019. Au terme de la formation et après avoir réussi l’examen, les élèves pourront obtenir la carte professionnelle permettant d’exercer la profession d’agent immobilier (metave’h) en Israël, dans une agence ou à leur compte. * Une formation est également prévue à Jérusalem, me contacter.

J’ai mis en place cette formation depuis 2006 en Israël, et j’ai préparé plusieurs centaines d’Olim francophones (avec un taux de réussite dépassant 75%) à l’examen organisé par le ministère israélien de la Justice, seul habilité à délivrer la carte professionnelle. Important : il n’est pas nécessaire d’être israélien pour travailler comme agent immobilier en Israël !

Niveau d'hébreu exigé

Cet examen est un examen théorique portant sur le droit israélien, qui a lieu 4 fois par an en Israël. Il s’agit d’un QCM (questionnaire à choix multiple), ce qui signifie qu’il n’est pas indispensable de savoir écrire en hébreu. Il n'est pas non plus nécessaire d'avoir un très bon niveau de lecture pour suivre le cours. Un niveau moyen est suffisant, à condition de fournir un travail personnel en plus des cours de préparation.

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à me contacter par email pierre.lurcat@gmail.com ou par téléphone au 050 286 5143 ou 06 80 83 26 44  (France).

       

  Pierre Lurçat, avocat au barreau israélien,

spécialiste de la formation aux examens de droit

 

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