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«Face à l'islamisme, nos élites ont trahi», Interview d'Yves Mamou

October 6 2018, 18:58pm

Posted by Yves

«Face à l'islamisme, nos élites ont trahi», Interview d'Yves Mamou

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Alors que l'existence de tensions communautaires a été reconnue par Gérard Collomb lui-même, le journaliste Yves Mamou accuse les élites françaises de s'être coupablement désintéressées de l'immigration, et d'avoir fermé les yeux sur l'islamisation du pays.

 


Yves Mamou est un ancien journaliste du Monde. Il a également collaboré au Canard Enchaîné, à Libération et à La Tribune. Collaborateur régulier du site américain The Gatestone Insitute, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Hezbollah, dernier acte (éd. Plein jour, 2013) et Le Grand abandon. Les élites françaises et l'islamisme (éd. L'Artilleur), paru le 25 septembre 2018.


FIGAROVOX.- Selon vous, l'immigration et l'islamisation auraient pour conséquence d'empêcher les Français de «faire nation»? Quel lien faites-vous entre la supposée émergence perturbatrice de l'islam et la supposée désagrégation de la nation française?

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JE DÉCOUVRE

Yves MAMOU.- Le Grand Abandon est une tentative de reconstitution. J'ai essayé de savoir pourquoi et comment, à côté de la nation française, une nation islamique avait pu progressivement se constituer. Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l'Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd'hui en France engendre un risque d'affrontement. Nous sommes aujourd'hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l'homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie.

Gérard Collomb est partie prenante de l'élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L'avertissement aurait eu plus de force s'il avait été proféré par un ministre en exercice. L'avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l'ont même pas repris.

La guerre civile se définit comme le déchirement d'une nation. Je ne sais pas si cette guerre aura lieu, mais il m'a semblé utile de m'interroger sur la présence de deux nations sur le même territoire national. Parfois, ce sont des frontières mal tracées qui créent les conditions d'un affrontement entre deux nations. Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d'une politique. Les élites françaises, c'est-à-dire les grands corps de l'État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant - et encore aujourd'hui - encouragé et légitimé l'immigration musulmane.

Cette préférence des élites pour l'islam a produit un fossé abyssal entre la France d'en haut et la France d'en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l'égard de sa classe politique d'une gamme de sentiments qui va de l'écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l'indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l'islam jugé trop invasif et l'immigration jugée excessive.

Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l'armée et la police qui jouissent d'un taux de confiance de près de 80 %.

Peut-être, mais est-ce suffisant pour affirmer comme vous le faites que l'islamisme et l'immigrationnisme ont été voulus, théorisés, écrits et préparés à l'avance?

L'immigration a été voulue et organisée, mais l'islamisation de cette immigration n'était sans doute pas inscrite au menu. Si l'immigration se poursuit malgré l'islamisation, c'est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu'elle leur est indifférente. Et c'est cette indifférence au risque de guerre civile que j'ai voulu souligner.

La constance avec laquelle le Conseil d'État a aidé à la constitution d'une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d'État favorables à l'immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j'en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l'intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l'immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l'étrange aveuglement de l'Observatoire de la laïcité quand il est question d'islam et l'étrange sensibilité du Conseil supérieur de l'audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans.

Il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l'islam.

Tout ce que j'avance dans mon livre est sourcé. Le Grand Abandon est riche de plus de 700 notes et références. L'ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l'islam.

Ce qui nous ramène à votre première question. Ce n'est pas seulement l'islam qui empêche aujourd'hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation.

«L'antiracisme politique qui sévit aujourd'hui n'a jamais eu pour but de combattre le racisme.» Que voulez-vous dire?

Je n'ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision.

En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d'expliquer que l'antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste!

Ces quelques exemples permettent de situer la zone d'action de l'antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n'est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l'État, par l'école où l'apprentissage de l'arabe est proposé aujourd'hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l'Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l'audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d'imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d'Hakim el Karoui ou l'association Coexister...

Le Grand Abandon démontre que l'antiracisme politique et le discours diversitaire n'ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d'une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler

La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique.

que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L'un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d'origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d'État d'une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d'évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J'affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d'aujourd'hui.

Quand vous parlez des «élites», qui désignez-vous exactement? Peut-on mettre tous les responsables politiques, économiques, culturels, médiatiques… dans le même panier?

Mon livre passe en revue les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l'université, l'école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J'ai déjà évoqué le cas du Conseil d'État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L'écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l'importation en Allemagne d'une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l'immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d'expression des Zemmour et Bensoussan… etc. J'ai 600 pages d'exemples et de logiques qui s'emboîtent les unes dans les autres et qui tous ensemble concourent à une révolution, «par le haut».

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s'agit d'une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd'hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l'avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l'origine du plus grand casse du siècle, lequel s'avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l'islamisme soit à même de tirer les marrons du feu.

Les politiques ont selon vous une responsabilité toute particulière dans la diffusion de l'islamisme. Tous, y compris le Front national, pourquoi?

Le Front national a joué les repoussoirs. Par sa seule présence, le Front national a empêché l'émergence de tout débat sérieux sur l'islam et l'immigration. Les éructations de Jean-Marie Le Pen toujours à la limite du racisme et de l'antisémitisme ont contribué au caractère hégémonique du discours antiraciste. Marine Le Pen a bien tenté de redresser l'image de son parti, mais le mal était fait. Et il dure encore.

Quant aux gouvernements de gauche, ils portent une responsabilité historique que j'expose dans Le Grand Abandon.

Vous reprochez aux politiques, notamment de gauche («islamo-gauchistes») leur clientélisme, mais vous le reconnaissez vous-même en introduction, les musulmans deviennent une composante à part entière de la population: il faut bien que des politiques leur parlent à eux aussi?

La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L'islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir.

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque.

Cette instrumentalisation de l'islam par la gauche a creusé la tombe de la laïcité. La laïcité non plus n'est pas un mot creux. C'est l'espace de la citoyenneté. Et la citoyenneté c'est l'espace du politique parce qu'il est débarrassé de tous les sujets qui ne prêtent pas à la discussion et à la négociation. Si la laïcité a cantonné la religion au domicile et aux lieux de culte, c'est précisément pour les sortir de l'espace politique. En réintroduisant la religion - et surtout la religion musulmane - dans l'espace de la politique, la gauche (mais aussi la droite) a disséminé les germes de la guerre civile.

Une République laïque ne doit reconnaître que des citoyens et non des communautés, et moins encore des communautés religieuses. Penser comme le font nos élus de droite et de gauche que la République doit des mosquées aux musulmans est une erreur et une trahison. Une erreur parce qu'elle conforte le communautarisme et le sécessionnisme musulman. Et une trahison parce que ce que la République doit aux Français, quelle que soit leur confession ou leur couleur de peau, ce sont des écoles, la liberté de pensée et d'expression.

Vous critiques beaucoup aussi l'Église. Mais n'est-elle pas dans son rôle lorsqu'elle exprime une compassion à l'égard des migrants? Faut-il toujours tout ramener à une vision politique?

Le rôle des journalistes n'est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu'il faut «réparer» le lien abîmé entre l'Église et l'État, que croyez-vous qu'il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s'adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d'une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu'il appelle l' «Islam de France». Macron a besoin d'alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l'Église?

Quant à la compassion de l'Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L'Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l'authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d'Orient, et elle n'a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l'État islamique. C'est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. J'essaye de montrer dans mon livre que la charité affichée de l'Église envers les musulmans est aussi une politique.

Quant aux médias, pour finir, vous y voyez des «falsificateurs de la vérité»?

Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l'épidémie d'attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l'ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l'agresseur et ses motivations. Comme s'il y avait une volonté d'anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n'informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble».

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/10/05/31001-20181005ARTFIG00341-face-a-l-islamisme-nos-elites-ont-trahi.php?redirect_premium

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Le premier Rachi sur la Torah: une leçon de politique internationale, Pierre Lurçat

October 4 2018, 07:07am

Posted by Pierre Lurçat

Yom Yeroushalayim (photo P.Lurçat)

Yom Yeroushalayim (photo P.Lurçat)

NB Cet article est dédié à la mémoire de mon père, François Lurçat, dont le Yahrzeit aura lieu ce shabbat, 27 Tichri, parashat Berechit qu'il aimait pariculièrement. Que sa mémoire soit bénie! P.I.L

 

Roch Hachana, Yom Kippour, Soukkot et Simhat Torah sont déjà dernière nous, et nous reprenons le cycle de l’année juive, recommencement qui s’avère chaque fois plein de nouveauté et de fraîcheur… Lorsque nous lirons demain, à la synagogue, la parachat Berechit, nous serons une fois de plus émerveillés par la description de la Création du Ciel et de la Terre, des astres et des « deux grands luminaires », des animaux de toutes les espèces, et enfin, de l’homme, joyau de la Création, créé à l’image de Dieu…

 

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PHOTO : Sarah Nisani

 

 

Pourtant, l’objet de la première Paracha de la Torah n’est pas tant de nous conter l’histoire de la Création, que de situer le cadre dans lequel se déroulent l’aventure humaine et celle du Peuple d’Israël en particulier. La Genèse n’est pas un livre de cosmologie, comme on pourrait le croire à première lecture (et comme le pensent ceux qui s’efforcent, pas toujours à bon escient, de « concilier la Torah et la science »). L’objet premier de Berechit est d’expliquer les liens entre Israël et sa Terre,  entre Israël et les nations du monde.

 

C’est ce que nous apprend le premier Rachi sur la Torah, que nous relisons chaque année avec le même étonnement. Commentant le premier verset de la Torah (« Au Commencement, Dieu créa le ciel et la terre »), Rachi explique : « Au commencement : Rabbi Isaac enseigne : la Torah aurait dû commencer par ‘ce mois sera pour vous’ qui est la première mitsva donnée à Israël, et pourquoi commence-t-elle par ‘Au commencement’ ? Parce qu’il est dit (Psaumes CXI, 5) : ‘La puissance de ses hauts faits, Il l'a révélée à son peuple, en lui donnant l’héritage des nations’. Si les nations accusent Israël en disant : vous êtes des voleurs car vous avez conquis la terre des 7 peuples (de Canaan), ils répondront : la terre appartient à Dieu, c’est Lui qui l’a créée, et Il l’a donnée à qui est droit à Ses yeux. Par sa volonté Il l’a donnée à eux, par Sa volonté Il l’a reprise et nous l’a donnée ».

 
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Coucher de soleil sur Sichem (Samarie) - photo P LURCAT

 

 

 

Extraordinaire prescience de Rachi, qui décrit précisément, il y a presque mille ans ( !), du fond de l'exil de Tsarfat,  les événements que nous vivons aujourd’hui ! Voici que les nations du monde viennent maintenant, après le Retour miraculeux du Peuple Juif sur sa Terre, l’accuser de l’avoir volée ! Et leurs médias nous accusent quotidiennement d’être des « colons » sur notre terre et dans notre capitale, en Judée et en Samarie, à Jérusalem et à Hébron ! Aux nations et à leurs dirigeants, il convient de répondre ce qu’écrivait Rachi il y a mille ans, qui est toujours vrai et qui constitue sans doute la meilleure réponse, meilleure que tous les arguments juridiques, historiques ou moraux : cette Terre, c’est Dieu qui nous l’a donnée.

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Lettre ouverte aux donateurs du Mémorial de la Shoah, par Evelyne Tschirhart

September 30 2018, 09:22am

Posted by Evelyne Tschirhart

Le dîner annuel du Mémorial de la Shoah aura lieu le 10 octobre prochain. Il sera l’occasion pour les donateurs de célébrer le Mémorial et d’apporter leur contribution généreuse au travail accompli. Rien de plus normal !

Les donateurs ne sauront sans doute pas – et c’est la raison de cette lettre -, que le discours de présentation du Directeur, M. Jacques Fredj, valorisant toutes les actions du Mémorial, ne mentionnera pas une forfaiture que nous avons déjà dénoncée dans la presse : l’éviction de son bureau le 2 juillet dernier, manu militari, de l’historien Georges Bensoussan dont l’engagement et le travail, depuis plus de 25 ans ont été pionniers grâce à toutes ses activités pédagogiques auprès des établissements scolaires et des professeurs d’histoire ainsi que ses nombreuses productions éditoriales.

La faute de Georges Bensoussan ? Avoir été mis en procès, de façon inique et en contradiction totale avec la liberté d’expression qu’on peut attendre d’une démocratie, par le CCIF, le MRAP, la LICRA, La LDH, SOS Ô Sans Papiers, pour avoir dénoncé au cours de l’émission « Répliques » (octobre 2015) l’enracinement d’un antisémitisme culturel arabomusulman dans de nombreuses familles, en usant d’une métaphore calquée sur les propos d’un sociologue français d’origine algérienne. Par deux fois il fut relaxé. Malgré cela, il n’a reçu aucun soutien de la part du directeur du Mémorial de la Shoah retranché derrière une fausse neutralité.

La faute de Georges Bensoussan ? Avoir décrit depuis seize ans ces réalités, en particulier dès 2002 avec Les Territoires perdus de la République » (nouvelle édition, Fayard/Pluriel, 2015) et Une France Soumise (Albin Michel, 2017) et participé au Nouvel antisémitisme (Albin Michel, 2018), des livres qui dénoncent, faits à l’appui, l’origine de ce mal qui gangrène notre pays : l’islamisme.

Le Mémorial de la Shoah dont la vocation est de lutter contre l’antisémitisme sous toutes ses formes, au nom des Juifs exterminés, se devait de soutenir Georges Bensoussan, figure intellectuelle emblématique de cette Institution, pour son travail exemplaire et courageux.

Lanceur d’alerte, il est une des sentinelles les plus précieuses de notre société.

C’est pour le punir de s’être exprimé dans la presse que Georges Bensoussan, sur ordre personnel du Directeur du Mémorial, fut ensuite chassé de son bureau dans des conditions indignes. Lequel, le poursuivant de sa vindicte, l’exclut du séminaire de formation prévu en octobre 2018 en Israël, au mépris de l’engagement pris par le Président Éric de Rothschild deux mois plus tôt. Poursuivant sur cette lancée, on peut désormais craindre que l’actuel directeur ordonne à ses collaborateurs d’interdire à Georges Bensoussan toute activité au Mémorial.

Ne ratez aucun des articles de Dreuz, inscrivez-vous gratuitement à notre Newsletter.

Par son refus de nommer explicitement la source du nouvel antisémitisme, à savoir l’islamisme, il préfère chanter le « vivre ensemble » et le « pas d’amalgame » en ces temps où l’on assassine des Juifs parce que juifs. Monsieur Fredj s’est conduit ici comme un dhimmi parce qu’il connaît la vérité mais, par soumission et petits arrangements avec la pensée correcte, par lâcheté et par souci de conserver son poste, il s’est débarrassé d’un collaborateur exceptionnel pour s’enfermer dans l’omerta.

Nous ne devons pas cautionner cet abus de pouvoir qui insulte la mémoire des disparus, la communauté juive et la vérité ; il est donc primordial que chacun soit informé de tel agissements, indignes de notre institution.

Voilà pourquoi nous ne participerons pas au dîner de soutien du Mémorial de la Shoah. Parce que la conduite, les manœuvres comme les abus de pouvoir répétés du directeur de l’institution sont en contradiction totale avec l’éthique du Mémorial qui nous est cher.

Evelyne Tschirhart ex-donatrice

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Le Birkat Cohanim de Soukkot à Jérusalem, Pierre Lurçat

September 27 2018, 11:23am

Posted by Pierre Lurçat

Le Birkat Cohanim de Soukkot à Jérusalem, Pierre Lurçat

Le « Birkat Cohanim » - la « bénédiction pontificale » prononcée par les Cohanim lors de la répétition de la Amida – n’est pas seulement une bénédiction dite tous les jours en présence de Cohanim, dans toutes les synagogues du monde. C’est aussi une cérémonie particulière, empreinte de majesté, qui a lieu deux fois par ans au Kottel, au « mur occidental » du Temple de Jérusalem, à Soukkot et à Pessah.

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Nombreux sont les jours de foule et de liesse populaire au Kottel, mais aucun n’atteint le degré de celui du Birkat Cohanim de Soukkot. Ce jour-là, des milliers de Juifs – et aussi de non Juifs - affluent de tous les coins du pays, comme aux temps où le Temple était en place et où Soukkot était une des trois fêtes de pèlerinage. On y trouve une foule bigarrée et très diverse – Juifs orthodoxes en habit de fête, caftan de soie et « Streimel » peu adapté aux dernières chaleurs de l’année, Juifs ashkénazes et orientaux, familles éthiopiennes et marocaines, Juifs traditionalistes et Juifs peu observants attirés par le caractère particulier de cette cérémonie.

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A quelques mètres du Kottel, côté hommes et côté femmes, on distribue des verres d’eau minérale pour éviter tout incident, tant la foule est nombreuse et la chaleur intense. Un jeune Juif haredi fait réciter la bénédiction sur des herbes odoriférantes, comme à la sortie du shabbat dans certaines synagogues, et un peu plus loin, un autre fait réciter la bénédiction du Loulav, avec un Etrog de taille imposante qui doit peser facilement trois ou quatre kilos… Des Juifs orthodoxes sont en pleine conversation avec des policiers du « Yassam », l’unité anti-émeutes. Il règne une atmosphère spéciale, de fête religieuse mais aussi de rassemblement populaire, sans doute un peu comme l’atmosphère qui devait régner à l’époque du Temple.

 

Le « Birkat Cohanim », la bénédiction des prêtres, a lieu deux fois de suite, dans la répétition de la Amida de l’office du matin, puis dans celle du « Moussaf », la prière supplémentaire des jours de fête et de demi fête. La prière est dite dans un haut-parleur, et la voix qui retentit avec une prononciation ashkénaze est entendue sur toute l’esplanade et encore au-delà. Lorsqu’on arrive au moment attendu du Birkat Cohanim, la foule se tait et écoute dans un silence religieux la bénédiction dite par les prêtres… « Soit loué, Eternel, notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par la sainteté d’Aaron et nous a ordonné de bénir Ton Peuple Israël avec amour.

Que l’Eternel te bénisse et te préserve !

Que l’Eternel t’éclaire de Sa face et te soit favorable !medium_SUKKOT_5768-5.JPG

Que l’Eternel tourne Sa Face vers toi et te donne la paix » !

 

J’écoute moi aussi, la tête inclinée, et je sens que cette bénédiction est différente de toutes les autres, prononcées à la synagogue. Nous ne sommes pas ici dans un lieu de culte, même si le Kottel peut être comparé à une immense synagogue en plein air, où les fidèles viennent prier chaque jour et sont certains de trouver « minyan » à toute heure de la journée. Les Juifs réunis aujourd’hui à Jérusalem ne constituent pas une simple assemblée de fidèles, car ils représentent le peuple Juif dans toutes ses composantes diverses et souvent opposées, réunies dans cette occasion rare et solennelle.

 

Chaque religion – se plaisait à dire le rabbin Léon Ashkénazi « Manitou » - parle de ce qui lui fait défaut : les chrétiens d’amour car ils en ont souvent été dépourvus, surtout à l’égard de leurs frères aînés ; les Musulmans de paix, car ils ont répandu leur foi à la pointe de l’épée ; et nous autres Juifs, parlons souvent d’unité, « ahdout », car notre peuple qui est un des plus modestes par sa dimension est aussi un des plus divisés. Mais cette division apparente et bien réelle (qu’on en juge par le nombre de partis à la Knesset, qui sont loin de représenter l’ensemble des opinions au sein du peuple d’Israël), ne saurait masquer l’unité profonde qui existe malgré tout, et que l’on ressent en certains occasions particulières. La bénédiction des Cohanim de Soukkot en est une.

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Dans ces rares moments où le « Klal Israël » - la collectivité d’Israël - est réuni par la prière ou par la liesse populaire, on ressent intensément le fait que le destin d’Israël est différent de celui des autres peuples, et qu’il échappe aux lois habituelles de l’histoire. En ce jour de Soukkot 5779, alors que les menaces existentielles se font toujours plus pressantes, les mots de la bénédiction des prêtres ne s’adressent pas seulement aux Juifs présents ici, à Jérusalem, ou à ceux auxquels les présents s’unissent par leurs pensées et leurs prières, mais à tout Israël, comme un seul homme, venu demander aux Cohanim de le bénir pour échapper aux dangers qui le guettent. Que l’Eternel te bénisse et te préserve ! Que l’Eternel t’éclaire de Sa face et te soit favorable ! Que l’Eternel tourne Sa Face vers toi et te donne la paix !

Photos Pierre I Lurçat (c)

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En librairie - L'école du desastre, par Evelyne Tschirhart

September 26 2018, 09:32am

Posted by Pierre Lurçat

En librairie - L'école du desastre, par Evelyne Tschirhart

Présentation de l'éditeur (éditions de Paris)

Président velléitaire, François Hollande, chef de file d’une gauche nourrie au lait de l’égalitarisme et du multiculturalisme, a poursuivi la destruction programmée de l’école à laquelle se sont employés ses ministres de l’Education/ Vincent Peillon, Benoît Hamon et Najat Vallaud Belkacem.
Mais la droite, quand elle était au pouvoir, a poursuivi grosso modo la politique de la gauche. Les mesures aberrantes dictées par les pédagogistes et soutenues par le Ministère n’ont jamais été remises en question et, de Bayrou à Ferry, de Darcos à Luc Chatel, le plus souvent reconduites.
Quant à la gauche, au nom d’un égalitarisme suicidaire, elle n’a eu de cesse de détruire l’instruction en construisant un socle commun d’apprentissages ludiques et en poursuivant l’analphabétisme des élèves par la méthode mixte (semi-globale). Fidèle aux utopies totalitaires, elle a propulsé de la maternelle au lycée son cheval de bataille : changer l’homme pour lutter contre les discriminations et l’indifférenciation sexuelle.
Dans le même temps, la violence gangrenait les établissements scolaires, du fait d’une politique laxiste de l’excuse, notamment à l’égard des élèves d’origine immigrée. Instrument de la destruction d’une jeunesse privée de savoir et de formation, l’Éducation nationale a montré la finalité qui l’anime : façonner des citoyens consommateurs et décérébrés.
La nomination de Jean-Michel Blanquer a suscité un espoirs de changement chez les parents et les enseignants. Qu’en est-il vraiment des grandes réformes annoncées ?

 

https://leseditionsdeparis.com/collection/actuels/Lecole-du-desastre

Fiche technique:
  • Date de parution: 19 septembre 2018
  • Isbn: 978-2-84621-273-1
  • Format: 12.5 x 21cm
  • Pagination: 228 pages
  • Impression: Broché sous couverture quadri
  • Prix public: 9 €

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Rencontre Abbas-Olmert à Paris : le sommet des has-been, Pierre Lurçat

September 23 2018, 07:22am

Posted by Pierre Lurçat

Rencontre Abbas-Olmert à Paris : le sommet des has-been, Pierre Lurçat

 

La photo publiée ce matin en “Une” du quotidien israélien Israël Hayom a quelque chose de ridicule, qui confine au pathétique. Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas posant devant les photographes, lors d’une rencontre “officielle” à Paris, où Abbas est l’invité du président français Emmanuel Macron. Jamais sans doute la diplomatie française, qui nous a pourtant habitués au pire, n’était tombée aussi bas. Et jamais une rencontre n’avait été aussi factice et mensongère. Car tout est faux dans ce sommet des has been de la politique moyen-orientale…

 

D’un côté, un ancien Premier ministre israélien - un des plus mauvais qu’ait connu Israël en 70 ans d’existence nationale - qui a bénéficié d’une libération anticipée de prison, en obtenant une grâce présidentielle pour “raisons médicales”. De l’autre, un Président à vie palestinien, représentant non élu d’un “peuple” sans légitimité historique. Le point commun entre ces deux hommes, c’est qu’ils ne représentent rien, ni l’un ni l’autre. Olmert a été désavoué par les électeurs israéliens et envoyé en prison après ses malversations, tandis qu’Abbas aurait dû subir le même sort, s’il était le président d’un Etat démocratique, et non celui d’un régime autoritaire soutenu à bout de bras par la diplomatie française et européenne.

 

Plus qu’elle ne nous enseigne sur les motivations malveillantes du quai d’Orsay et de l’Elysée (unis pour l’occasion), cette rencontre en dit long sur l’état de décrépitude de la gauche israélienne, dont Olmert - autrefois “Prince du Likoud” issu d’une famille sioniste révisionniste - est devenu le triste symbole aujourd’hui, tout comme Tsipi Livni. Cette gauche qui a amené à Israël des catastrophes répétées depuis 25 ans - des accords d’Oslo au retrait du Sud-Liban et de Gaza - n’a jamais eu le courage et la lucidité de faire son mea culpa. Et plus elle persévère dans l’erreur, plus ses chances de revenir au pouvoir s’amoindrissent.

 

Le point commun entre ces deux hommes, c’est qu’ils ne représentent rien

 

Notre tradition nous enseigne que “Les portes du repentir sont ouvertes jusqu’à Hochana Rabba”, que nous fêterons la semaine prochaine. Mais quel repentir espérer de la part d’un homme politique comme Ehoud Olmert, qui n’est sorti de prison que pour publier des mémoires emplies de fiel et d’auto-satisfaction et qui vient maintenant se servir d’un des pires ennemis d’Israël comme d’un marchepied pour un éventuel come-back en politique?

 

Comme l’écrit ce matin Amnon Lord dans les colonnes d’Israel Hayom, la gauche israélienne et américaine tente de sauver les autocrates iranien et palestinien, rendus obsolètes par la nouvelle politique étrangère américaine du président Donald Trump. Mais cette tentative désespérée pour revenir en arrière échouera, tout comme les précédentes. La fin du grand mensonge palestinien est un fait avéré, et les manoeuvres politiques d’un Macron, d’un Olmert ou d’un Abbas ne parviendront pas à ressusciter les illusions mortelles d’Oslo et du “processus de paix” israélo-palestinien. Hag Saméah!

Pierre Lurçat


 

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Rencontre avec Bat Ye’or : Un combat pour la vérité, par Pierre Lurçat

September 22 2018, 19:01pm

Posted by Pierre Lurçat

Rencontre avec Bat Ye’or : Un combat pour la vérité, par Pierre Lurçat

Rencontre avec Bat Ye’or : Un combat pour la vérité, par Pierre Lurçat

 

Je connais Bat Ye’or depuis près de 30 ans. Notre première rencontre date de la fin des années 1980, à l’occasion d’une conférence organisée par l’Association France-Israël et son président d’alors, Michel Darmon. Elle était alors au milieu de sa carrière d’historienne et n’avait pas encore atteint la notoriété internationale que lui valu son livre le plus fameux, dont le nom est désormais entré dans le vocabulaire politique contemporain: Eurabia. Je l’ai interviewée à plusieurs reprises sur ses travaux et sur ses différents ouvrages (1). Mais l’entretien qu’elle m’a accordé à l’occasion de la parution de son autobiographie politique, est différent. Bat Ye’or a en effet accepté de parler non seulement des sujets de ses livres, tous passionnants, mais aussi de son parcours intellectuel et personnel et de sa vie aux côtés de David Littman, son mari décédé il y a six ans.


 

Gisèle et David Littmann

(photo : site Les Provinciales)


 

Bat Ye’or nous reçoit dans sa maison sur les rives du lac de Genève, en Suisse, où elle vit depuis plusieurs décennies. Notre entretien porte tout d’abord sur la personnalité et l’action de celui qui a partagé sa vie et ses combats, David Littman. Un récent article de Jean Birnbaum dans le Monde des livres présentait Bat Ye’or de manière caricaturale, en omettant entièrement le nom de son mari. Or, celui-ci a joué un rôle important dans l’oeuvre de Bat Ye’or, comme me le confirme celle-ci.

 

David a été très généreux avec moi. Il disposait de techniques  acquises à l’université. J’étais plus impulsive dans mon écriture. Il contrôlait mes sources. Il ne me laissait pas écrire et publier sans son contrôle… Nous n’avions pas toujours les mêmes opinions. Il lisait mon travail et me procurait des livres, des articles qui m'intéresseraient et que je n'avais pas le temps d'aller chercher”.


 

David Littman (1933-2012)


 

David Littman, intellectuel et aventurier

 

La collaboration entre David et son épouse n’était pas seulement intellectuelle. Leur histoire d’amour, relatée avec pudeur dans l’autobiographie de Bat Ye’or, est aussi une histoire de courage et d’aventure, car Littman n’était pas un historien enfermé dans les bibliothèques et les salles d’archives, c’était un véritable globe-trotter.

 

Nous avons passé trois mois en Asie. David voulait poursuivre des Indes jusqu'en Afghanistan, mais j'étais trop malade et il y a renoncé. Au fil des ans et avec une famille, David a renoncé à son côté aventureux pour vivre avec moi”.

 

P.L. Il a remplacé le goût de l’aventure physique par celui de l’aventure intellectuelle?

 

B.Y. “C’était un homme d’action, plus encore qu’un intellectuel. J’ai toujours eu le remords de ne pas avoir écrit un livre sur l’opération Mural”. Après cette opération - au cours de laquelle David et Bat Ye'or ont organisé le départ clandestin de cinq cent trente enfants juifs du Maroc vers Israël (1), Israël lui a proposé une nouvelle mission à Djerba, mais David, après mûre réflexion, a dû refuser. Nous nous étions engagés bénévolement pour aider les enfants juifs du Maroc, voulant accomplir une mitsva, mais de retour, nous voulions achever nos études.

Controverse avec Bernard Lewis

 

Nous abordons à présent les rapports entre les Littman et Bernard Lewis, le célèbre orientaliste américain, récemment décédé à l’âge de 102 ans. Bat Ye’or porte un regard critique sur l’oeuvre de Lewis, notamment en raison de son attitude à l’égard du génocide arménien (Lewis ayant contesté le génocide arménien, en adoptant peu ou prou la version turque de l’histoire du génocide).

 

"Quand je lisais les livres de Lewis, j’y trouvais dans certains domaines des erreurs et des généralisations, malgré son immense savoir et son érudition”.

 

Bat Ye’or souligne le refus de Lewis du concept générique (dont elle est l’inventrice) de la dhimmitude - c’est-à-dire d’une condition commune à l’ensemble des peuples soumis par le djihad et gouvernés par la chariah. Il avait une opinion très favorable de cette condition.

 

Je lui demande comment elle explique une telle attitude de la part d’un savant mondialement connu.

Il peut y avoir plusieurs raisons. L’amour que l’on porte à la civilisation que l’on étudie. Les intérêts professionnels, la prudence politique. Et surtout le parallèle avec la Shoah, monstruosité sans pareille. Lewis ne s’est intéressé aux minorités religieuses que tardivement, après moi. Il était plutôt un spécialiste de la civilisation ottomane, un turcologue. C’est un autre domaine. Quant à moi, j’avais la chance d’être indépendante. Je comprends les scrupules de ceux qui craignent de perdre leur poste. »  

 

Le propos est incisif, et l’indulgence apparente masque à peine un reproche très dur envers Lewis et beaucoup d’autres chercheurs, qui n’ont pas eu l’audace intellectuelle de Bat Ye’or.

 

Nous parlons maintenant le sujet le plus controversé de ses travaux, celui d’Eurabia, thème de son livre le plus fameux et toujours très actuel.

 

Dans une interview réalisée en 2009, elle définissait ainsi Eurabia : “C'est un nouveau continent qui est en train d'émerger, un continent de culture hybride, arabo-européenne. La culture européenne, dans ses fondements judéo-chrétiens, est en train de s'affaiblir progressivement, et de disparaître pour être remplacée par une nouvelle symbiose, islamo-chrétienne”.

 

Je lui demande si elle voit une évolution à cet égard depuis 2009. “Les gouvernements craignent (aujourd’hui) la rébellion de leurs peuples. Car maintenant, ces populations constatent les résultats de leurs décisions.…Et elles s’opposent à la politique d’Eurabia. Mais on ne peut changer facilement une idéologie et ses structures gouvernementales implantées depuis quatre décennies.

 

Nous évoquons aussi l’actualité d’Eurabia, au sujet du récent procès contre l’historien Georges Bensoussan, victime du “djihad judiciaire” (il vient d’être relaxé par la Cour d’appel de Paris). B.Y. : “Bensoussan était la cible idéale. C’est l’homme et son oeuvre qui furent visés à travers ce procès”.

 

 

Les sources de la dhimmitude

 

Bat Ye’or en vient à parler de la dhimmitude, thème central de ses travaux qui a fait l’objet de son premier livre, Le dhimmi, paru initialement en 1980 (et récemment réédité en France). Dans une précédente interview, elle m’avait expliqué ainsi sa découverte du thème fondamentale de la dhimmitude :

 

Mon projet initial fut d'écrire sur la condition des Juifs des pays arabes. J’en avais rencontré un grand nombre qui avaient été expulsés de leur pays d'origine et je les avais interviewés... On me demanda d’être l’un des membres fondateurs du WOJAC, l'association internationale des Juifs des pays arabes.

 

Nous avions tous vécu la même histoire, de persécutions, de spoliations et d'expulsions... C'est au cours de mes recherches que j'ai découvert la condition du dhimmi, qui a fait l'objet de mon livre Le Dhimmi, paru en 1980. Après sa parution, des chrétiens me contactèrent, et je commençai à m'intéresser à l'islamisation des pays chrétiens, thème auquel j'ai consacré un autre livre.

- Vous avez en fait découvert un pan inexploré de l'histoire mondiale.

- Non… On a beaucoup écrit sur ce sujet jusque dans les années 1960s. Il existait de très bonnes monographies abordant le thème des conquêtes islamiques. Le sujet était traité au niveau historique donnant le récit des faits, des dates intégrés dans les relations internationales et le conflit des intérêts et des ambitions des Puissances. Je me suis placée du point de vue des populations conquises, c'est-à-dire des dhimmis. J’ai été attaquée pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’on considérait que je n’avais aucune légitimité pour en parler. Ensuite parce que j'englobais Juifs et chrétiens dans le même concept alors que l’on voulait absolument les séparer afin d’attribuer à Israël la cause des persécutions des chrétiens perpétrées par les musulmans. A partir des années 1970-80s peu osaient parler du Djihad. C'était un terme presque tabou, parce qu'il contredisait le mythe de la coexistence pacifique en terre d'Islam, que j'ai désigné comme le "mythe andalou".

 

La source de la plupart des discriminations de la dhimmitude se trouve dans les lois du statut des juifs et des chrétiens schismatiques selon le droit canon de l’Eglise et du droit byzantin. L’orientaliste Louis Gardet avait noté cette similitude. Cependant même si certaines restrictions sont identiques, leurs justifications théologiques diffèrent dans l’islam et le christianisme et à certains égards le statut du dhimmi est plus sévère que celui du juif dans certains pays chrétiens. Ainsi il ne fut jamais interdit aux juifs européens de sortir chaussés ou de monter à cheval. Le Concile de Latran (1215) a repris la Rouelle de l’islam, qui imposait depuis des siècles déjà des signes distinctifs infamants vestimentaires et autres aux juifs et aux chrétiens. Dans l’islam, les juifs et les chrétiens ont un statut identique.


 

On retrouve aujourd’hui cette communauté de destin dans Eurabia, où le terrorisme (dont les Juifs ont été les premières victimes) se retourne contre les chrétiens, et contre l’Occident en général, tout comme la dhimmitude infligée par l’Eglise s’est retournée contre les chrétiens.

 

 

Réformer l’islam?

 

Pour conclure notre entretien, je lui demande si elle pense qu’un espoir de réformer l’islam existe. “Ce n’est pas à nous d’en décider. Il nous appartient de dire tout cela, de choisir des politiques qui tiennent compte de tout cela… (comme le fait Viktor Orban en Hongrie).

Cela encouragera les musulmans qui sont nombreux à vouloir moderniser l’islam, à agir dans leur pays et au sein de leur peuple.

 

Propos recueillis par Pierre Lurçat (avril 2018)

 

(1) Voir notamment, interview au Jérusalem Post, 2 janvier 2007,  “De la dhimmitude à l’Eurabie”. “Le référendum suisse est une défaite d’Eurabia”, 2 décembre 2009. Interview au sujet de son livre L’Europe et le Califat, novembre 2010. Et plus récemment, “Bat Ye’or répond à ses détracteurs”, février 2018.

 

(2) Sur l’opération Mural, Voir notre interview de David et Gisèle Littman pour Israël Magazine, et l’extrait du film Opération Mural sur le site Danilette.com

 

Bat Ye’or, photo de Pierre Lurçat ©

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La sexualité dans le judaïsme et dans l'islam : le jour et la nuit, Pierre Lurçat

September 20 2018, 11:29am

Posted by Pierre Lurçat

La sexualité dans le judaïsme et dans l'islam : le jour et la nuit, Pierre Lurçat

Nous avons lu hier, pendant la journée la plus sainte du calendrier juif, les passages du Lévitique sur les interdits sexuels. C'est l'occasion de réfléchir sur la conception juive de la sexualité, et sur celle de l'islam. Dans ce domaine, comme dans d'autres, le rapport de filiation lointaine entre les deux 'religions' (concept évidemment discutable concernant le judaïsme, qui est à la fois une religion et une nation) n'est presque plus décelable, tant l'islam s'est éloigné de sa source juive.

L'article qu'on lira ci-dessous, publié par le site de l'institut MEMRI, éclaire le rapport très particulier de l'islam à la sexualité et aux relations entre les hommes et les femmes. Au-delà de la lecture particulière que ce cheikh d'origine américaine, diplômé d'une grande université, fait des textes de l'islam sur ce sujet capital, c'est la question plus générale, et cruciale aujourd'hui,  de la place de la femme dans l'islam qui est posée. A titre de comparaison, rappelons-nous des beaux textes de notre Tradition sur le 'Ona', le droit de la femme au plaisir et le devoir que l'homme a de lui procurer... Peut-on imaginer deux conceptions plus éloignées? 

Voir les extraits vidéo sur MEMRI TV

 

Le cheikh canadien-américain Azhar Nasser : Un époux a droit à des « rapports intimes » quand il le désire et peut frapper sa femme « pour sauver le mariage »

 

Lors d’un cours donné le 15 septembre 2018 au Centre islamique Az-Zahraa de Richmond, en Colombie-Britannique, le cheikh chiite américain Azhar Nasser a débattu du « verset ‘comment battre sa femme’ » dans le Coran. Selon lui, du fait qu'un homme entretient sa femme, il a droit à des rapports intimes quand il le souhaite et d’après certaines sources, il est interdit à l'épouse de refuser ou de retarder cette intimité, « de crainte que les anges ne demandent à Allah de la priver de Sa miséricorde ».  Et d’ajouter que selon certains érudits, une femme ne peut quitter la maison sans l’autorisation de son mari, car il pourrait la désirer pendant son absence.

 

Dans le cadre de sa conférence, intitulée « Battue & meurtrie », Nasser a déclaré que dans « les cas extrêmes », lorsque la femme est « impudique », l'homme doit d'abord l’admonester, et si cela ne fonctionne pas, il doit séparer les lits pour « montrer son mécontentement ». Puis, s'il estime que cela peut « régler le problème et sauver le mariage », il peut la battre. Né et élevé au Michigan et diplômé de l'Université du Michigan, Azhar Nasser réside actuellement à Richmond, B.C., Canada. Cette allocution fait partie d'une série de conférences données au Centre islamique Az-Zahraa. Elle a été postée sur ses pages YouTube et Facebook. Extraits :

 

Azhar Nasser : Allons au verset, le verset qualifié de « verset ‘comment battre sa femme’ ». Si vous avez une application du Coran sur votre téléphone, j’aimerais que vous suiviez dans le texte. […]

 

Depuis le début, Allah appelle le mari « le gardien des femmes ». Allah a accordé certains privilèges aux hommes et Il a accordé certains privilèges aux femmes. Ils ont des droits différents. Le droit de l'épouse est qu'elle a le droit d'être entretenue. […]

 

Le mari, parce que vous l’entretenez, parce que vous lui fournissez un toit et de la nourriture, et que vous assumez des responsabilités financières… Parce que vous remplissez cette responsabilité, Allah vous donne un droit. Quel est ce droit ? Le droit au plaisir. Les juristes ont mentionné deux droits, le premier est que vous avez droit aux [rapports] intimes. […]

 

Le premier droit qu'Allah a donné à l'homme est que, lorsqu'il désire avoir des rapports intimes avec sa femme, elle ne peut pas le lui refuser […]

 

En fait, nous avons des récits disant que l'épouse ne devrait même pas retarder les rapports intimes, si le mari les désire. […]

 

Nous parlons d’une femme qui, lorsque son mari l'appelle, pour être intime avec elle, lui dit « plus tard, plus tard, plus tard », jusqu'à ce qu'il s'endorme, ce qui signifie qu'elle retarde ce droit conjugal. Le Saint Prophète dit qu'une telle femme, les anges demandent à Allah de la priver de Sa miséricorde. […]

 

Il [l’époux] peut lui donner des ordres de l'aube au crépuscule, le seul ordre qu’elle doit exécuter, sur le plan islamique, est s’il l’appelle pour être avec elle - l'intimité. Et certains juristes disent qu'elle ne peut quitter la maison sans son autorisation, et certains juristes ont dit que le second droit est également lié au premier, car il pourrait la désirer et si elle est absente, cela posera un problème. […]

 

Nous parlons d'un cas extrême où elle n'est pas vertueuse, elle désobéit à Dieu et ne surveille pas sa pudeur, le mari a peur, il devient suspect, il y a des signes d'infidélité. […]

 

Allah dit, vous n'êtes pas autorisé à les frapper, d'abord, admonestez-les. Parlez. Si vous avez quelques doutes, si son comportement vous insupporte, si vous sentez qu'elle ne garde pas sa chasteté, admonestez-les. C'est le numéro un. Si cela ne marche pas, séparez les lits pour exprimer votre mécontentement. Si cela ne fonctionne pas, c'est à ce moment que le verset dit : « Frappez-les. » Les érudits disent, vous ne faites que monter d’un cran au numéro trois, frappez-les… et cela comporte certaines conditions. Vous ne le faites que si vous sentez que cela peut régler le problème. L’objectif des coups ici n’est pas de punir. Il est de discipliner et de régler le problème pour sauver le mariage. […]

 

L’imam Al-Bakr dit : « Vous devez les frapper avec un siwak. » Vous connaissez les miswaks ? La petite branche utilisée pour l'hygiène dentaire ? Vous les frappez avec quelque chose de ce type.

 

http://memri.fr/2018/09/20/le-cheikh-canadien-americain-azhar-nasser-un-epoux-a-droit-a-des-rapports-intimes-quand-il-le-desire-et-peut-frapper-sa-femme-pour-sauver-le-mariage/

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13 septembre 1993 - 13 septembre 2018 : L’histoire secrète d’Oslo - ou comment Arafat a détruit la gauche israélienne, Pierre Lurçat

September 13 2018, 13:05pm

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13 septembre 1993 - 13 septembre 2018 : L’histoire secrète d’Oslo - ou comment Arafat a détruit la gauche israélienne, Pierre Lurçat

13 septembre 1993 - 13 septembre 2018 :

L’histoire secrète d’Oslo - ou comment Arafat a détruit la gauche israélienne, Pierre Lurçat

 

Un des plus graves dommages politiques causés par le processus d’Oslo - pendant le bref et dramatique intermède du retour de la gauche au pouvoir, entre 1992 et 1996 - aura été de porter un coup fatal à la gauche sioniste d’antan, celle du Mapaï historique, en l’entraînant dans une surenchère menée par des idéologues coupés des réalités du Moyen-Orient, qui ont réussi à imposer leurs conceptions radicales aux dirigeants du parti travailliste. Comme le relate Yigal Carmon, président de MEMRI et ancien conseiller de plusieurs Premiers ministres israéliens, dans un article passionnant sur l’histoire cachée des accords d’Oslo (1), Arafat, Yossi Beilin et Shimon Pérès ont amené Rabin à “transgresser tous les tabous et franchir toutes les lignes rouges”, en négociant avec l’OLP et en acceptant la création d’une entité arabe souveraine à l’ouest du Jourdain.


 

Dans son compte-rendu détaillé du processus ayant conduit à la signature sur la pelouse de la Maison Blanche, le 13 septembre 1993, Yigal Carmon montre bien comment le Premier ministre Rabin a petit à petit été conduit à céder sur tous les principes bien ancrés de la diplomatie israélienne, établis depuis plusieurs décennies. Entré à contre-coeur dans le processus de négociation des accords - qui avaient été négociés secrètement et à son insu par Yossi Beilin, Yair Hirshfeld et Ron Pundak - Rabin a finalement accepté toutes les conditions posées par l’OLP et par Arafat, chef terroriste intronisé en “partenaire de paix” sans avoir renoncé à aucun élément de son idéologie radicale et guerrière.


 

Ainsi, la Charte de l’OLP appelant à la destruction de l’Etat d’Israël ne fut pas abrogée, ni même modifiée (2). De manière symbolique et révélatrice, Arafat insista pour participer en personne à la cérémonie de signature sur la pelouse de la Maison Blanche, en étant revêtu de son uniforme militaire (qualifié pour l’occasion par les négociateurs israéliens de “costume vert”, euphémisme caractéristique de la Novlangue utilisée durant tout le “processus de paix”). Arafat se refusa d’ailleurs à proclamer la “fin de l’Intifada” ou de la “lutte armée’, comme l’y exhortait la partie israélienne. Bien au contraire, dans un discours à la mosquée de Johannesburg prononcé le 10 mai 1994, quelques mois après la signature des accords d’Oslo, il expliqua en arabe à son auditoire que les accords de paix étaient en réalité une “trêve provisoire”, sur le modèle de la trêve signée par le Prophète aux débuts de l’islam, et que le djihad pour “libérer Jérusalem” se poursuivrait.



 


 

En imposant leurs vues au parti travailliste et à l’Etat d’Israël tout entier, les idéologues des accords d’Oslo n’ont pas seulement amené une catastrophe pour leur pays, dont le tribut sanglant versé sur l’autel de la “paix” n’est que l’aspect le plus visible. Ils ont aussi causé un préjudice quasiment irréversible au parti travailliste, phagocytée par son aile gauche, ce “camp de la paix” qui ressemble étonnamment aux “mouvements de la paix”, comme en connaissait l’ancien bloc soviétique. Une des nombreuses conséquences de ce bouleversement politique a été le désastreux épisode Kadima, qui s’est notamment traduit par la Deuxième Guerre du Liban.


 

L’élection d’Avi Gabaï - venu des rangs de la droite et apparemment soucieux de rapprocher son parti des couches populairs de l’électorat israélien - a pu faire croire un moment à un retour du parti travailliste vers les positions du Mapaï historique. A cet égard, Gabaï aurait pu confirmer le mouvement de recentrage de la vie politique israélienne auquel on assiste ces dernières années. Un tel recentrage impliquerait l’abandon définitif du discours convenu sur la “solution à deux Etats”, en ramenant au coeur du débat les questions cruciales - largement négligées depuis Oslo - qui touchent à la société et à l’économie israélienne.


 

Pierre Lurçat

 

(1) “Oslo, l’histoire derrière la poignée demain”, http://memri.fr/2017/10/02/oslo-lhistoire-derriere-la-poignee-de-main/

(2) voir à ce sujet l’article de Claude Tencer, “La charte palestinienne est toujours en vigueur”, https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-charte-palestinienne-est-7217

(3) Voir https://iris.org.il/quotes/joburg.htm

 

 

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Les années parisiennes de Vladimir Zeev Jabotinsky, Pierre I. Lurçat

September 4 2018, 21:04pm

Posted by Pierre Lurçat


Jabotinsky, Paris, sionisme, traductionOn connaît l'épisode fameux de la dégradation du capitaine Dreyfus, en 1895, et le rôle central qui lui est généralement attribué dans l'élaboration de la doctrine du fondateur du sionisme politique, Theodor Herzl, alors correspondant à Paris de la Neue Freie Presse. Beaucoup moins connu, en revanche, est le séjour parisien du célèbre dirigeant sioniste, Vladimir Jabotinsky. C'est en effet à Paris que celui-ci fonda l'Union sioniste révisionniste (Hatzohar) – ancêtre du Likoud – dans l'arrière-salle du café du Panthéon. Paris fut le siège de l'Union sioniste révisionniste entre 1925 et 1935, et la France occupa aussi une place centrale dans l'activité politique, journalistique et littéraire du dirigeant sioniste.

 Deux remarques préliminaires : la première est que Jabotinsky a passé presque toute sa vie à voyager, non pas pour son plaisir, mais pour son travail de journaliste, puis de dirigeant sioniste. Il était, observe Joseph Nedava, un "citoyen du monde" au plein sens du terme, parvenant à se sentir chez lui dans tous les pays qu'il visitait, notamment grâce à ses prodigieuses capacités linguistiques. Cette description doit être tempérée, en ajoutant que Jabotinsky ne se reconnaissait qu'une "patrie spirituelle" – l'Italie, pays où se forma sa conscience politique – et que ses regards furent toute sa vie tournés vers Sion, même s'il n'y vécut que quelques années. D'autre part, il avait appris le français dans sa jeunesse, grâce à un cousin, comme il le confie dans son autobiographie.

 

Dans quelles circonstances s'installe-t-il à Paris ? Les raisons sont à la fois politiques et familiales, comme on le comprend en lisant ses différents biographes (son Autobiographie, rédigée en hébreu, s'interrompt malheureusement après la Première Guerre mondiale, Jabotinsky n'ayant pas eu le loisir de l'achever, puisqu'il est décédé subitement aux États-Unis en 1940). Après son arrestation par les autorités britanniques, en raison de son rôle dans la défense du yichouv contre les pogromes arabes de 1920, il est emprisonné à la forteresse d'Acco. Mais la vague de protestations, en Eretz-Israël (où les prisonniers juifs reçoivent notamment le soutien du grand rabbin Abraham Itshak Hacohen Kook) et dans le monde, contraint les Anglais à libérer Jabotinsky, qui est expulsé d'Israël. Il décide alors de s'installer en Europe, avec sa femme et son fils Eri.

La famille Jabotinsky se fixe tout d'abord à Londres, puis à Paris où Eri entame des études d'ingénieur à l'École centrale (d'où il sortira en 1933). Entre 1924 et 1934, Paris est donc le port d'attache du dirigeant sioniste, même s'il continue de voyager sans cesse (il revient ainsi en Eretz-Israël entre 1928 et 1930). C'est à Paris que siège l'Union mondiale des sionistes révisionistes, entre 1925 et 1935 (avec quelques intermèdes londoniens). C'est aussi à Paris qu'est publié le journal sioniste-révisionniste Rassviet(L'Aube), auquel Jabotinsky apporte une contribution décisive *.

 

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Jabotinsky et la redaction du "Rassviet"

 

Avant d'être un dirigeant sioniste, on le sait, Jabotinsky fut en effet un journaliste de talent et un écrivain fameux, au point que sa conversion au sionisme fut qualifiée par Maxime Gorki de "perte irrémédiable" pour la littérature russe... Mais "Jabo" ne renonça jamais à écrire, même lorsqu'il devint un militant et qu'il passa sa vie à voyager à travers le monde, de l'Afrique du Sud aux États-Unis et des quatre coins de l'Europe à l'Afrique du Nord (où il fut envoyé comme correspondant de guerre au début de la Première Guerre mondiale). Les pages de son Autobiographie – rédigées le plus souvent dans les cabines de bateaux, pendant ses fréquentes traversées de l'océan et de la Méditerranée – témoignent de son grand talent littéraire.

Paris devient donc au milieu des années 1920 le siège de l'activité politique et journalistique dejabotinsky,paris,sionisme,traduction Jabotinsky. Il y trouve – et c'est sans doute une des raisons du choix de la capitale française – un vaste public juif russophone, constitué notamment de Juifs ayant fui la Révolution et ses contrecoups. Pendant les premières années, la rédaction du journal Rassviet est hébergée dans son propre appartement, 71 rue de la Tombe-Issoire (derrière le Parc Montsouris). A partir de janvier 1928, l'Union révisionniste loue des locaux rue Blanche, qui abriteront la rédaction du journal jusqu'en 1934, date à laquelle elle s'installe définitivement à Londres.

Malgré ses nombreux séjours en France et sa connaissance intime de la vie politique française (il se lia d'amitié avec plusieurs homme politiques français, comme Gustave Hervé et Anatole de Monzie), Jabotinsky n'eut jamais avec ce pays les relations de proximité intellectuelle qu'il ressentit à l'égard de l'Italie, sa "seconde patrie". Il fut aussi déçu par l'attitude des Juifs de France à plusieurs reprises, en particulier à l'occasion du pogrome de Constantine en 1935. Cela ne l'empêcha pas d'y passer de rares vacances, notamment en Provence (où il séjourna, un an avant son décès, avec sa femme et son fils).

 

jabotinsky,paris,sionisme,traductionLa rencontre Jabotinsky-Delcassé : une occasion manquée pour la France

Doué d'une intelligence hors du commun, Jabotinsky possédait aussi une grande pénétration psychologique, comme en atteste l'épisode suivant, rapporté dans son Autobiographie.  "[Gustave] Hervé me présenta au ministre des Affaires étrangères – le grand et célèbre Delcassé... Cette conversation m'a révélé pour la première fois un secret, qui s'est confirmé plusieurs fois par la suite lors de mes rencontres avec les grands de ce monde : chez les peuples bienheureux, qui ont un pays, des frontières et un gouvernement, il n'est pas besoin d'être un génie pour atteindre le sommet de l'échelon politique. Mais cela est autrement plus difficile chez nous, au sein du mouvement sioniste...

Ce Delcassé était resté fidèle à l'ancienne école de la diplomatie : celle des adeptes du secret et du mystère, dont Talleyrand a résumé la doctrine dans une formule immortelle – "la parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée". Peut-être cette doctrine avait quelque fondement dans le passé : mais en 1915, cet usage était déjà considéré comme infantile, et chacun sait que les meilleurs diplomates le tournaient en ridicule et se paraient, au contraire, d'un masque de sincérité artificielle. Mais la France, à cette époque, croyait encore à Racine et à Corneille...

Je ne voudrais pas exagérer le rôle que je jouai alors, rôle qui fut sans aucun doute de peu de valeur ; mais je suis absolument certain que ce matin-là, la France perdit, par la faute de ce même Delcassé, une chance qui, à ses propres yeux, n'était pas du tout dénuée de valeur. Je veux parler non seulement de la possibilité de créer une légion hébraïque dans le cadre de son armée, mais d'une chose encore bien plus importante..."

Cet entretien, dont Jabotinsky donne un compte-rendu fidèle avec une pointe d'ironie, a un intérêt historique évident. On y apprend en effet que le mouvement sioniste, dont Jabotinsky était à l'époque un des principaux dirigeants aux côtés de Weizmann, était à la recherche d'un allié européen, rôle qui aurait pu échoir à la France plutôt qu'à l'Angleterre, si Delcassé avait été plus intelligent... Mais on y trouve aussi une illustration du regard perçant avec lequel "Jabo" savait juger les grands de ce monde. Comme Herzl, qui vécut lui aussi à Paris des années décisives pour son entreprise politique, Jabotinsky avait la clairvoyance et la modestie de ceux qui œuvrent entièrement au service d'une idée. Tous deux donnèrent leur vie à l'idéal du Retour à Sion.

 

* Voir l'article de Simon Markish, Quand Vladimir Jabotinsky était parisien. Le Rassviet, revue sioniste-révisionniste en langue russe, Archives juives 2003.

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