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Dix livres essentiels pour comprendre le monde actuel : Eric Sadin, Critique de la raison numérique

February 10 2022, 13:11pm

Posted by Pierre Lurçat

 

Vingt ans avant la parution du livre de Soshana Zuboff, L’âge du capitalisme de surveillance, un jeune philosophe français avait déjà publié un livre au titre étonnamment similaire : Surveillance globale, sous-titré Enquête sur les nouvelles formes de contrôle. Eric Sadin a depuis lors poursuivi et développé sa réflexion sur les bouleversements apportés par l’ère du numérique, notamment à travers une trilogie: La Vie algorithmique, La Silicolonisation du monde et L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle, tous trois récemment réédités en poche.

 

Les trois livres ont été publiés aux éditions L’échappée,  éditeur parisien créé en 2005, qui s’est donné pour mission de “promouvoir une pensée critique à l'égard des discours aveuglément technophiles qui dominent l'idéologie contemporaine”. Ce petit éditeur qui accomplit un travail remarquable, loin du brouhaha médiatique, a notamment, outre les ouvrages de Sadin, publié le grand livre de Neil Postman, Technopoly, aux côtés de ceux de Jacques Ellul (L’empire du sens, l’art et la société technicienne) ou encore de Bernard Charbonneau.

 

 

Eric Sadin, comme Zuboff et bien d’autres critiques contemporains de la révolution numérique et des bouleversements sociétaux qu’elle entraîne, envisage l’ère numérique comme la dernière mutation du capitalisme et comme sa dérive monstrueuse. Mais loin de se contenter d’une critique politique, somme toute assez répandue aujourd’hui, il l’accompagne d’une authentique réflexion philosophique. Un des aspects originaux de sa critique consiste ainsi à montrer comment la technique s’est - à l’époque du numérique - affranchie du pouvoir politique, parce que, explique-t-il, “le techno-pouvoir méprise le pouvoir politique, et plus encore le droit, il considère tout encadrement ou restriction de son champ d’initiative comme un abus“ (p. 201).

 

 

Ce mépris du politique est au cœur de plusieurs phénomènes que connaissent aujourd’hui la plupart des pays démocratiques, en proie à la désaffection pour la politique en tant que recherche du bien commun (1). Sadin analyse celle-ci comme “l’agonie ou la fin de la société” liée au “repliement de chacun sur sa sphère propre” (p. 160), thème qu’il a développé dans son livre plus récent, L’ère de l’individu tyran. Sa critique de la raison numérique part du constat que celle-ci repose entièrement sur un “rapport quantitatif au réel”, qui aboutit à vouloir “transformer en information chaque fragment du réel”, notamment “par l’implantation massive de capteurs” (p. 50). 

 

Sadin montre comment cette ambition technologique repose sur un “rapport totalisant aux phénomènes”. Celui-ci aboutit, explique-t-il, à “l’exclusion du sensible”, dont il esquisse la généalogie, la faisant remonter à une longue tradition datant de “la Grèce antique, en passant par la Renaissance - de Galilée à Bacon - les Lumières, le positivisme du XIXe siècle jusqu’à la Science moderne”. Le rejet du sensible concomitant à la mathématisation du réel - auquel remonte en définitive tout le projet du “Big Data” et de la raison numérique triomphante - avait déjà été critiqué par Husserl dès 1936, dans son fameux article la Krisis, que cite Sadin sans toutefois s’y arrêter suffisamment…Cet aspect crucial de la critique de la raison numérique aurait mérité d’être développé et approfondi, tant il est essentiel à la compréhension du sujet.



 

Sans doute manque-t-il, plus généralement, au livre d’Eric Sadin une réflexion sur la dimension morale, qui permettrait d’exposer le ressort caché de notre civilisation actuelle, marquée par le double mouvement contradictoire (dont Sadin a bien saisi le caractère paradoxal) de l’exaltation permanente du moi, de la flatterie constante de ses désirs d’un côté, et d’abolition de la liberté de l’autre côté, abolition inhérente à l’ethos fondateur de la Raison numérique. En effet, le fantasme sur lequel repose en définitive toute cette entreprise gigantesque est bien celui d’abolir non seulement le droit (comme l’a bien vu Sadin) mais aussi et surtout d’abolir la Loi morale, pour y substituer le désir individuel érigé en seul maître.

 

 

La lucidité remarquable de l’auteur dans la description des effets de cette entreprise totalisante va de pair avec une relative timidité philosophique dans sa critique de la Raison numérique. Celle-ci mériterait ainsi d’être poussée plus avant, dans au moins deux directions fondamentales. La première consisterait à compléter la critique de la technique (située dans le sillage de Jacques Ellul) et de la technologie numérique par une critique plus radicale encore de la Science moderne et de son projet philosophique (2).

 

La seconde consisterait à déceler dans le rêve illusoire et effrayant d’un “‘homme augmenté” et d’un “Quantified World” l’ultime conséquence du rejet de toute norme transcendante, inhérent à l’idéologie post-moderne (3). Ce qui manque, en somme, pour parachever la critique essentielle d’Eric Sadin, c’est la notion hébraïque du Tselem dont le rejet actuel par toutes les idéologies proclamant la fin de l’homme ou du libre-arbitre, permet de comprendre comment l’Occident en est arrivé là où il se trouve aujourd’hui.

 

Pierre Lurçat

 

1. J’aborde ce sujet dans mon livre Seuls dans l’Arche, Israël laboratoire du monde, éditions l’éléphant 2021.

2. Sur ce point, je renvoie aux ouvrages de François Lurçat, et notamment La science suicidaire, Athènes sans Jérusalem, éd. François-Xavier de Guibert 1999.

3. L’idéologie post-moderne est analysée par Shmuel Trigano, dans son livre La nouvelle idéologie dominante, le post-modernisme, Hermann 2012.

 

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Au-delà du mythe de l’État d’apartheid : Israël, État égalitaire et démocratique

February 7 2022, 15:49pm

Posted by Pierre Lurçat

 

L’apartheid n’existe pas en Israël. Les non-Juifs en général et les Arabes en particulier jouissent de droits identiques à ceux des Juifs. Ils votent à la Knesset et y sont élus, et ils jouissent des mêmes droits civiques, politiques, sociaux et économiques que tous les autres citoyens. Israël n’est pas un État juif au sens ethnique, c'est-à-dire au sens où tous ses habitants seraient juifs, mais un État dont la population est diverse et hétérogène, et dont la majorité est juive. L’exigence d’une majorité juive, inscrite dans le programme sioniste bien avant 1948, tenait à la volonté de créer un État (le seul!) dans lequel les Juifs seraient la majorité. Comme l’écrit Emmanuel Lévinas, “l’idée inaliénable” du sionisme politique, “c’est la nécessité pour le peuple juif de ne pas continuer à être minorité dans son cadre politique”[1]. Le refus de cette exigence trahit le refus arabe de l'existence même de l’État d’Israël, c’est-à-dire le refus de la souveraineté juive, pour des raisons profondes tenant tant à l’histoire du monde arabe qu’à la conception de la dhimma.

 

(Photo Ben Goldstein, reprise de l’excellent blog Bokertovyerushalayim)

             Le seul “apartheid” qu’on peut constater en Israël, si tant est que cette expression ait un sens, vise non pas les citoyens arabes, mais bien plutôt les Juifs. Ce sont les Juifs qui ne peuvent pas se rendre dans les territoires passés sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, devenus “judenrein” de manière tout à fait officielle, au nom de la “paix”. Des pancartes rouges préviennent d’ailleurs les automobilistes juifs, sur les routes de Judée Samarie - les fameuses “routes de l’apartheid” dénoncées par les militants antisionistes - qu’ils ne doivent pas pénétrer dans les territoires de l’AP, sous peine d’y risquer leur vie. Dans le même ordre d’idées, on peut constater qu’il existe en Israël des compagnies d’autobus israéliennes (comme Egged ou Dan) dans lesquelles chacun peut voyager, sans aucune distinction ethnique ou nationale (les chauffeurs d’Egged étant indistinctement juifs, arabes ou druzes). Dans les compagnies d’autobus arabes, en service notamment à Jérusalem, ne voyagent que des habitants arabes. Ce que signifient ces exemples - choisis parmi d’autres - c’est que la vie quotidienne en Israël dément tous les clichés et slogans de l’antisionisme, largement répandus par les médias occidentaux. En Israël règne une égalité de droits totale entre citoyens juifs, arabes, druzes, circassiens, etc. A cet égard, l’État juif offre un modèle de pluralisme et de coexistence inter-ethnique, dont de nombreux pays occidentaux pourraient s’inspirer.

 

             La réalité ontologique, et phénoménologique de l’État juif (ou pour dire les choses plus simplement, la réalité de l’État d’Israël tel qu’il existe, tout comme la nature du projet sioniste) apportent un démenti cinglant aux critiques antisionistes visant sa nature supposément “raciste” et à la comparaison avec l’apartheid sud-africain. Lisons à ce sujet les remarques d’Elhanan Yakira, répondant à la qualification de “démocratie ethnique” (ou ethnocratie) [2]: “C’est faux, pour deux raisons principales : d’abord, le peuple juif n’est pas un ethnos. La communauté juive d’Israël - et il suffit de faire un tour rapide de Jérusalem pour s’en rendre compte - n’est pas une communauté ethnique. Elle n’est pas une communauté religieuse non plus… Parler du qualificatif “juif” comme ayant essentiellement une signification religieuse et/ou ethnique est une simplification, voire une abjection par rapport à la réalité”. Juif, dans l’expression “État juif” signifie un fait national dans le sens politique du mot”.

Cette réalité s’illustre sur le plan démographique dans la présence en Israël de plusieurs centaines de milliers de citoyens qui ne sont pas Juifs sur le plan de la halakha (loi religieuse juive), venus de l’ex-URSS et des autres pays d’Europe de l’Est. Elle s’illustre aussi, sur le plan idéologique et historique, dans les textes fondateurs du sionisme politique, et notamment dans ceux du père fondateur du mouvement national juif moderne, Theodor Herzl.

 

 

L’idéal de tolérance et d’égalité du fondateur du sionisme politique

Rappelons ici les deux ouvrages essentiels du fondateur du sionisme politique : Altneuland et l’État juif . Le premier, roman utopique écrit dans le style des romanciers futuristes du 19e siècle, comme Jules Verne (dont Herzl partageait la foi en la science, émancipatrice de l’humanité), décrit le futur État juif, pays à la fois ancien et nouveau, “nouvelle société” établie “sur notre chère vieille terre”. Dans un passage clé du roman, David Littwak, futur président de l’État (qui ressemble à Herzl lui-même) décrit ainsi l’idéal de tolérance du futur pays ancien-nouveau : 

“Pour ce qui est de la religion, vous trouvez à côté de nos temples les lieux de culte des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes et des brahmanes. Permettez-moi de vous dire que mes compagnons ne font aucune différence entre les hommes. Nous ne demandons à personne à quelle religion et à quelle race il appartient. Il est un homme, cela nous suffit”. Cet idéal de tolérance est aussi exprimé dans la devise figurant sur le fronton du Palais de la Paix, un des deux édifices construits au centre de la nouvelle Jérusalem imaginée par Herzl (aux côtés du Temple) : “Nil humani a me alienum puto” (“Rien de ce qui est humain ne m’est étranger”, devise empruntée au poète latin Térence).

Dans le second livre, L’État juif, ouvrage programmatique qui décrit, avec une exactitude de visionnaire, le futur État d’Israël, Herzl écrit ce qui suit : “S’il se trouve parmi nous des fidèles appartenant à d’autres religions ou à d’autres nationalités, nous leur garantirons une protection honorable et l’égalité des droits”. Le traducteur du livre, Claude Klein, professeur de droit à l’université hébraïque de Jérusalem, note que cette vision égalitaire est reprise dans un passage du Journal de Herzl, intitulé : “Mon testament pour le peuple Juif”, dans les termes suivants : “établissez votre État de sorte que l’étranger s’y sente bien” .

Ce testament politique et cet idéal sont devenus une réalité dans l’État d’Israël aujourd’hui, où l’étranger se sent bien, comme en atteste l’afflux de travailleurs étrangers venus des quatre coins de la planète, pour travailler dans l’hôtellerie, les services aux personnes, la construction où l’agriculture, mais aussi dans le high-tech ou l’immobilier. Non seulement les étrangers se sentent bien en Israël, mais les Arabes eux-mêmes s’y sentent mieux que dans la plupart des pays arabo-musulmans, au point que les Arabes israéliens, généralement bien intégrés au sein de l’État juif, n’échangeraient pour rien au monde leur statut actuel contre celui de citoyens d’un futur et hypothétique État palestinien, dans lequel leur situation politique, sociale et économique serait bien moins confortable, comme ils ne l’ignorent pas

Si l’État d’Israël est devenu un modèle d’égalité, il est également un îlot de tolérance et de démocratie au sein du monde arabe, où l’intolérance et l’autoritarisme règnent encore trop souvent, malgré de récents signes d’évolution encourageants ici et là. Contrairement au mythe de “l’État d’apartheid”, Israël encourage et favorise la coexistence pacifique entre différentes ethnies, races et religions, tandis que ce sont souvent des États musulmans qui ont développé la haine de l’étranger, des non-musulmans et des Juifs en particulier. 

Citons à cet égard la confidence faite à Jean Daniel par deux dirigeants du FLN, à la fin de la guerre d’Algérie, qui lui expliquaient que “l’Algérie serait arabe et musulmane et qu’il n’y aurait aucune place pour les non musulmans” .  Ce programme a bien été appliqué, avec constance, dans le nouvel État algérien, aujourd’hui judenrein, à l’instar de nombreux États de l’espace arabo-musulman. Car le monde arabo-musulman vit encore, en grande partie – même si des signes de changement se font jour dans certains pays - à l’heure de la dhimma, ce statut d'infériorité imposé aux non-musulmans depuis les débuts de l'islam.

Comme l’explique Georges Bensoussan  : “Le statut du dhimmi n’a jamais disparu des consciences. Il tapisse l’imaginaire d’une partie des musulmans à l’endroit des Juifs. Quand bien même la liste (fort longue) des obligations auxquelles est soumis le sujet juif (et chrétien) n’a pas toujours été appliquée. Savoir qu’elle existe érige une digue entre les uns et les autres, qui rend l’égalité inconcevable. La soumission du Juif demeure le maître mot de cet univers mental”.

Pierre Lurçat

 


[1] E. Lévinas, L’au-delà du verset, lectures et discours talmudiques, éd. de Minuit 1982, p. 14.

[2] E. Yakira, Post-sionisme, post-Shoah, op. cit. p. 59.

NB L’article ci-dessus est extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, fondé sur le cours donné en 2019-20 dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme dirigée par Shmuel Trigano. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Lurçat présente le livre au micro de Cathy Choukroun sur RADIO QUALITA

 

https://www.youtube.com/watch?v=T5aGrpsaHI4

 

“Une des plus grandes dames de la scène politique israélienne…”

Ilana Ferhadian, RADIO J

 

https://www.youtube.com/watch?v=iiJLxxXn3-M

 

On éprouve du bonheur à lire ces pages où la famille apparaît comme un puissant socle”.

Olivier Ypsilantis, Zakhor Online

 

“La biographie la plus précoce de la« grand-mère d’Israël », avec

une riche préface offrant un éclairage enrichissant”.

 

Liliane Messika

 

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Quel fondement pour le droit israélien? Réflexions à l’occasion de la parashat Mishpatim

January 30 2022, 08:52am

Posted by Pierre Lurçat

 

1. 

Dans une interview donnée à la chaîne 14 de la télévision israélienne à l’occasion du décès de sa collègue Myriam Naor, le juge Aharon Barak a répondu aux questions de la journaliste Sarah Beck, en évitant soigneusement les sujets embarrassants. Il y avait pourtant des moments de sincérité, comme lorsqu’il a dit penser que Myriam Naor prononcerait son éloge funèbre, et non pas lui le sien, ou lorsqu’il s’est déclaré “sioniste”... Mais en matière de sionisme, les actes comptent plus que les mots. Or la Cour suprême d’Israël est devenue, sous sa direction, non seulement le premier pouvoir en Israël (sujet que j’aborde de manière détaillée dans le dernier numéro de la revue Pardès) mais aussi un bastion de l’idéologie progressiste et post-sioniste.

 

Aharon Barak

 

2.

Comme je l’ai expliqué au micro de Daniel Haik sur Radio Qualita, la crise profonde que traverse aujourd’hui l’ensemble du système judiciaire israélien (ce qui inclut le procureur de l’Etat et la police) a conduit à une situation dans laquelle la justice est devenue injuste, en usant de méthodes immorales et illégales pour parvenir à ses fins, comme cela est apparu dans le procès intenté à B. Nétanyahou. Pour sortir de cette crise, il est indispensable de revenir aux sources du droit hébraïque, largement négligé et occulté aujourd’hui. Quand on lit, sous la plume du juge Aharon Barak qu’il suffirait, pour rédiger une Constitution en bonne et due forme en Israël, de “recopier la Constitution de l’Afrique du Sud”, on comprend l’étendue du problème. Aux yeux de Barak, comme de beaucoup d’autres parmi ceux qui occupent les premiers rangs de l’appareil judiciaire israélien aujourd’hui, toute source d’inspiration est légitime… sauf la source hébraïque.

 

3.

Ce n’est pas un hasard si le grand adversaire d’Aharon Barak au sein de la Cour suprême était le juge Menahem Elon, fervent adepte du droit hébraique et auteur d’une  somme monumentale en trois volumes sur le sujet, Ha Mishpat ha-Ivri, qui lui vaudra le Prix d’Israël en 1979. Alors que le juge Barak était favorable à limiter autant que possible les références au droit juif, préférant s’inspirer de la jurisprudence des tribunaux américains ou européens, Menahem Elon a encouragé le recours le plus large possible au droit hébraïque, auquel il avait consacré ses recherches universitaires. En effet, explique-t-il, « lorsqu'on parle de droit hébraïque, on a tendance à oublier qu'il s'agit de près de 300 000 responsa connues ; d'un système de droit qui a été florissant pendant des siècles, en dépit du fait que le peuple juif était privé d'indépendance politique et de patrie... Il s'agit du système juridique le plus riche au monde, s'appliquant dans tous les domaines. On oublie aussi parfois que 80% du droit hébraïque traite de droit pénal, civil et constitutionnel, et 20% seulement de questions religieuses ».

 

Le juge Elon (en haut à gauche) 

élève à la yeshivat Hébron, début des années 1940

 

Tsedek, tsedek tirdof” (“C’est la justice, la justice seule que tu dois rechercher”), proclame la Torah, au livre de Devarim. Commentant la répétition du mot Tsedek, le rabbin Elie Munk explique que la justice doit elle même être poursuivie par des moyens justes, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui en Israël. La notion même de justice a été pervertie, en l’asservissant à des objectifs politiques et en la détournant des sources vives du droit hébraïque. C’est la notion même du Tsedek, c’est-à-dire celle de la justice-morale ou du droit non coupé de la morale, notion propre à la tradition d’Israël, qu’il convient de retrouver aujourd’hui.

P. Lurçat

 

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Le “signe juif” au cœur de la campagne présidentielle?, Pierre Lurçat

January 25 2022, 13:54pm

Posted by Pierre Lurçat

Emmanuel Macron aux côtés de Benjamin Stora, de Jack Lang et du rabbin Korsia lors de l’inauguration de l’exposition à l’IMA

Emmanuel Macron aux côtés de Benjamin Stora, de Jack Lang et du rabbin Korsia lors de l’inauguration de l’exposition à l’IMA

 

Dans un article publié il y a une vingtaine d’années[1], le sociologue Shmuel Trigano analysait ce qu’il qualifiait de “signe juif de la politique française”, défini comme l’utilisation de la Shoah et du signe juif en général, à des fins politiques et politiciennes. “L'invocation répétée de la Shoah, source de moralisation universelle”, expliquait-il, “a contribué à la naissance d'un nouveau sacré qui a conféré au signe juif une valeur éthique absolue. Simultanément, la citoyenneté du juif français s'est vue construite comme modèle de l'intégration républicaine (I'envers de Vichy) offert en exemple aux immigrés : le signe juif, symbole de la République. Ces deux figures sont nées sans doute en écho au refoulé de l'Occupation dans la mémoire collective et à I'inquiétude née d'une immigration massive”.

 

Vingt ans plus tard, cette analyse n’a pas pris une ride. Au contraire : les récentes déclarations du président-candidat Emmanuel Macron sur Vichy et les Juifs ou celles sur les “Juifs d’Orient” (titre d’une exposition qu’il a récemment inaugurée à l’Institut du Monde arabe) et les polémiques permanentes autour de propos du candidat Eric Zemmour sur les mêmes sujets montrent que le “signe juif” est, une fois de plus, un élément central de la politique française, placé au cœur de la campagne pour l’élection présidentielle.


Paradoxalement, comme le constatait Trigano à l’époque, ce “signe juif” ne coïncide pas nécessairement avec la condition vécue des Juifs. L’expérience des vingt dernières années montre qu’il ne coïncide pas du tout avec elle… Au contraire, on pourrait dire - et c’est l’hypothèse que nous voudrions avancer ici - que l’utilisation du signe juif est d’autant plus marquée et flagrante que leur condition réelle se dégrade. Ou, pour dire les choses en d’autres termes, plus le “Juif réel” devient persona non grata dans la France d’aujourd’hui, plus son double symbolique est omniprésent et célébré dans le discours politique et médiatique.

Ainsi, alors que le “Nouvel antisémitisme” connaît un pic jamais atteint et que des Français de confession juive sont - pour la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale - assassinés en France parce qu’ils sont Juifs (Sébastien Sellam, Ilan Halimi, Mireille Knoll, Sarah Halimi, etc.), le président Emmanuel Macron célèbre, en inaugurant l’exposition sur “Les Juifs d’Orient” à l’institut du Monde arabe, le “vivre ensemble” (expression calquée de l’espagnol convivencia, terme qui a été utilisé pour décrire la soi-disant “coexistence judéo-musulmane” dans l’Espagne sous domination de l’islam[2]), l’hospitalité (en terre d’islam), les “influences mutuelles”, etc. Autant de thèmes idéologiques qui doivent permettre de réaffirmer son credo politique de la “France plurielle”, à la veille de l’élection présidentielle.

 

Dans ce discours politique et idéologique, les Juifs sont doublement mobilisés par le président Macron. Ils le sont à titre de “Juifs modèles”, représentants de la “communauté juive”, comme lorsque le grand-rabbin Haïm Korsia se tient aux côtés d’Emmanuel Macron et de Jack Lang pour apporter son tampon de "cacherout républicaine” à l’exposition de l’Institut du monde arabe. Et ils le sont en tant que “Juifs symboliques”, quand Macron célèbre le “peuple juif, mémoire de l’humanité”, expression qui tend à reléguer l’histoire juive concrète dans un passé immémorial. Ce discours enjoliveur a pour fonction de mobiliser le signe juif, en célébrant un passé juif idéalisé, tout en faisant oublier la condition terrible des Juifs réels dans la France actuelle.

 

De même, lorsqu’Emmanuel Macron se tient, entouré de Serge et de Béate Klarsfeld, devant la stèle en mémoire des déportés juifs à Vichy, pour effectuer “un double geste mémoriel” selon l’expression de certains médias, il mobilise là encore le “signe juif” à des fins politiques et politiciennes (pour contrer la campagne d’Eric Zemmour, comme l’explique Le Monde). Dans les deux cas, les "Juifs modèles" que sont les époux Klarsfeld ou le rabbin Korsia servent non seulement de faire valoir au président de la République candidat à sa réélection, mais ils servent aussi de "témoins" de moralité, au service d'une entreprise de récupération politique de l'histoire et de négation de la réalité de la condition juive.

 

Que cette utilisation du "signe juif" ait commencé à l'époque du Président François Mitterrand n'est évidemment pas fortuit. Celui-ci était en effet l'homme politique qui a le plus exploité la présence de personnalités juives, dont il aimait à s'entourer pour jeter un voile opaque sur ses véritables intentions et motivations. Le seul président de l'histoire politique française qui était un authentique homme d'extrême droite, ancien cagoulard décoré de la Francisque, devenu "socialiste" par pur opportunisme, a pu ainsi s'acheter une réputation d'ami des Juifs qui perdure jusqu'à ce jour.

Mitterrand avec Pétain, 1942

Plus tard, Jacques Chirac a poursuivi sur cette voie, en prononçant son fameux discours du Vel d'Hiv, tout en vendant à Saddam Hussein l'arme nucléaire qui aurait pu effacer Israël de la carte, sans la décision de Menahem Bégin de détruire Osirak… l'acte bien réel et concret de la diplomatie française pro-arabe était ainsi contrebalancé, et pour ainsi dire effacé, par le geste symbolique du président Chirac, décrit jusqu'à aujourd'hui comme très philosémite.

 

La politique française continue aujourd'hui de se servir du signe juif, avec la coopération active des Juifs-modèles, les Klarsfeld, Attali, Jack Lang,  etc. (la liste est longue), sous la présidence d'Emmanuel Macron. Au-delà même de cette duplicité fondamentale de la politique française, le signe juif a pour fonction principale de focaliser le débat public et de discréditer les adversaires du pouvoir en place, en tenant lieu d'exutoire symbolique et de cache-misère, qui dissimule tant bien que mal la réalité de la condition juive, dont la dégradation apparemment irréversible est acceptée comme un fait accompli. Les Juifs-modèles célèbrent ainsi le mensonge du "vivre ensemble", en occultant la réalité du nouveau statut des Juifs, celui de la dhimma, aujourd'hui rétablie en France.

Pierre Lurçat

Article paru sur le site Menora.info

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Un événement éditorial : La maison de mon père, de Golda Meir

 

Pierre Lurçat présente le livre au micro de Cathy Choukroun sur RADIO QUALITA

 

https://www.youtube.com/watch?v=T5aGrpsaHI4

 

Une des plus grandes dames de la scène politique israélienne…”

Ilana Ferhadian, RADIO J

 

https://www.youtube.com/watch?v=iiJLxxXn3-M




 

En 1972 paraissait en Israël le premier livre autobiographique rédigé par Golda Meir, qui était alors Premier ministre depuis plusieurs années. Ce texte, publié en français pour la première fois, couvre la partie de la vie de l’auteur qui s’étend de son enfance en Russie et de sa jeunesse en Amérique, à son séjour au kibboutz Merhavia, dans les années 1920. On y découvre, outre l’autoportrait de celle qui allait devenir la première femme Premier ministre de l’État d’Israël, la description fidèle et sans fioritures d’une génération tout entière, celle des pionniers de la Troisième Alyah (1921-1924). 

 

La maison de mon père, traduction et présentation de Pierre Lurçat, éditions Books on Demand

 

Les demandes de service de presse (papier ou numérique) doivent être adressées à

Noémie Machner

+33 (0)1 53 53 14 89

presse@bod.fr

avec en copie 

editionslelephant@gmail.com

 

 

 

[2] Voir à ce sujet S. Trigano, “La convivencia”, de la modernité à la post-modernité, Pardès no. 67.

Emmanuel Macron entouré des époux Klarsfeld à Vichy, (photo AFP)

Emmanuel Macron entouré des époux Klarsfeld à Vichy, (photo AFP)

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Conférence sous l'égide de l'OSM : Golda Meir, la femme et la légende - Dimanche 23 janvier à 19h00

January 20 2022, 18:56pm

Posted by Pierre Lurçat

J'aurai le plaisir d'évoquer la figure de Golda Meir, dans le cadre des conférences organisées par l'Organisation sioniste mondiale - département de la promotion de l'alyah - et de présenter le livre nouvellement traduit en français, La maison de mon père, troisième volume de la Bibliothèque sioniste.

La conférence  a lieu sur Zoom à 19h00 heure de Paris / 20h00 heure de Jérusalem.

Inscriptions en ligne ici

https://bit.ly/Golda_femme_et_legende

Conférence sous l'égide de l'OSM : Golda Meir, la femme et la légende - Dimanche 23 janvier à 19h00

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Le double printemps de Jérusalem, Pierre Lurçat

January 17 2022, 08:27am

Posted by Pierre Lurçat


 

Car l’homme est comme l’arbre des champs :

Comme l’arbre, il aspire aux cîmes

Comme l’homme, il flambe dans l’incendie

Et moi je ne sais pas

Où j’ai été et où je serai

Comme l’arbre des champs”.

 

Nathan Zach (1930-2020)



 

Plus de vingt-cinq ans après son installation à Jérusalem, il avait fini par comprendre le secret de l’attirance mystérieuse ressentie pour cette ville où était née sa mère et où il n’avait jamais posé le pied avant l’âge adulte. Se promenant un matin de shabbat dans le quartier de la Colonie allemande qu’il affectionnait tout particulièrement, il avait constaté que des brins d’herbes épars étaient apparus ici et là en l’espace d’une nuit. La veille, la terre était encore sèche et nue, et ce matin-là, après la première pluie de l’année qui était arrivée quelques jours après Soukkot, la couleur brune et jaune était parsemée de tâches vertes, d’un vert tendre et presque printanier. “On dirait le printemps!” avait-il pensé en son for intérieur, en marchant d’un pas vif en direction de la rue Gdoud ha-Ivri - qui portait le nom des bataillons hébraïques créés en pleine Première Guerre mondiale par Vladimir Jabotinsky, l’enfant terrible du sionisme russe.

 

 

La pensée que ce tapis d’herbe printanier survenait en plein automne l’avait empli d’une joie matinale qui éclaira toute sa journée. La radio diffusait les poèmes mis en musique d’un écrivain disparu la semaine précédente, et le refrain d’un de ses poèmes les plus connus, “Car l’homme est comme l’arbre des champs”, ne le quittait pas. Lui aussi se sentait maintenant comme un arbre des champs, qui avait poussé et grandi sur une terre étrangère avant de venir s’implanter dans la terre de ses lointains ancêtres, où il avait longtemps cherché sa place, luttant contre les difficultés de la vie quotidienne, élevant ses enfants en se disant qu’ils auraient - eux au moins - une vie plus facile dans ce pays où ils avaient la chance de grandir.

 

Le “bosquet de la lune” - vaste étendue plantée d’arbres et parsemée de rochers - qu’il traversait chaque jour pendant sa marche matinale, lui avait toujours paru comme un morceau de campagne en pleine ville, qui donnait son charme pastoral à cette partie de la ville, bien différentes des quartiers d’habitation construits dans les années 1980 dans la périphérie, comme celui où il avait habité dans les premières années après son alyah. A l’époque, ils vivaient dans une banlieue au nord de Jérusalem, où quelques arbrisseaux ne suffisaient pas à donner de l’ombre, pendant les chaudes journées d’été. Parfois, le vendredi, ils prenaient deux autobus pour traverser la ville et se rendre à la piscine de Ramat Rahel, dans le kibboutz qui surplombait l’extrémité Sud de la capitale, d’où l’on pouvait apercevoir les faubourgs de Beit Lehem.

 

Lorsqu’ils se rendaient en famille dans le quartier ombragé et plein de charme de la Colonie allemande, il se disait toujours qu’il aimerait y vivre, mais cela lui paraissait comme un rêve impossible à réaliser. Le départ en Israël, avec femme et enfants et deux lourdes malles remplies de vêtements et de livres, lui avait semblé comme une épopée de dimension mythique - il mettait ses pieds dans les pas de son grand-père, Haloutz monté en Israël dans les années 1920, où il avait rencontré son épouse et donné naissance à leurs deux enfants aînés à Jérusalem. 

A l’époque, l’enthousiasme de la jeunesse lui permettait de surmonter avec plus d’ardeur les problèmes d’intégration, ce qui ne l’empêchait pas de succomber parfois à des moments de désespoir, surtout après les éreintantes visites dans les administrations et à la banque hypothécaire, dont les méandres de la bureaucratie lui semblaient alors une épreuve quasi-insurmontable. Bien des années plus tard, il avait fini par se faire une place dans le pays, tout en regrettant de n’y être pas mieux intégré professionnellement. A deux décennies de distance, cette période de sa vie lui semblait s’estomper dans une brume lointainte comme un souvenir d’enfance… 

 

Remontant la rue Hildesheimer où se trouvait la petite synagogue qu’il fréquentait le shabbat et les jours de fête, il s’arrêta pour contempler la maison arabe aux volets bleus qu’il avait souvent admirée, sans penser qu’il y serait invité un jour pour le kiddoush et que les propriétaires deviendraient des amis. Sa deuxième installation à Jérusalem - après l’intermède parisien de quelques années, lui avait permis de trouver un nouveau souffle dans sa vie.  Quand Julia lui avait dit qu’elle aimait cette ville plus encore que Tel-Aviv, il avait presque sauté de joie, en pensant que les chemins de la Providence étaient impénétrables. 

 

Pendant des années, il avait rêvé d’habiter ce quartier, et voilà qu’il était venu y vivre avec la femme aimée, qui partageait désormais son existence et lui avait donné une nouvelle jeunesse. “Oui, c’est bien celà!” se dit-il en regardant le tapis d’herbe verte qui tapissait le bosquet de la Lune, et son coeur de gonfla de bonheur en pensant à la femme qu’il aimait : “C’est mon deuxième printemps”.



 

 

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Parution d’un livre autobiographique inédit de Golda Meir

January 11 2022, 09:36am

Posted by Pierre Lurçat

 Parution d’un livre autobiographique inédit de Golda Meir

Éditions L’éléphant - La Bibliothèque sioniste

Paris-Jérusalem

Le 11 janvier 2022

 

 

COMMUNIQUÉ - Parution d’un livre autobiographique inédit de Golda Meir

 

En 1972 paraissait en Israël le premier livre autobiographique rédigé par Golda Meir, qui était alors Premier ministre depuis plusieurs années. Ce texte, publié en français pour la première fois, couvre la partie de la vie de l’auteur qui s’étend de son enfance en Russie et de sa jeunesse en Amérique, à son séjour au kibboutz Merhavia, dans les années 1920. On y découvre, outre l’autoportrait de celle qui allait devenir la première femme Premier ministre de l’État d’Israël, la description fidèle et sans fioritures d’une génération tout entière, celle des pionniers de la Troisième Alyah (1921-1924). 

 

La maison de mon père, traduction et présentation de Pierre Lurçat

 

Les demandes de service de presse (papier ou numérique) doivent être adressées à 

editionslelephant@gmail.com

 

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Yair Golan et la politique de l’apartheid antijuif en Judée-Samarie, Pierre Lurçat

January 9 2022, 09:21am

Posted by Pierre Lurçat

Manifestation de soutien aux habitants de Homesh

Manifestation de soutien aux habitants de Homesh

 

Comme je l’ai écrit dans un livre récent[1], en analysant les différents mythes du discours antisioniste et plus particulièrement le mythe du “génocide du peuple palestinien”, la nazification d’Israël constitue, comme l’a bien montré P. A. Taguieff, le “stade suprême de la diffamation d’un groupe humain”. C’est pourquoi les ennemis d’Israël ont, à toutes les époques, imputé aux Juifs leurs projets génocidaires, afin de justifier leurs propres crimes. Dans cette optique, l’assassin d’un Juif n’est plus coupable, s’il accuse préalablement le Juif d’être lui-même nazi… C’est bien ce mécanisme pervers que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui en Occident, sur les campus, dans les médias  et ailleurs.

 

Or c’est un même mécanisme de projection sur les victimes réelles des intentions génocidaires de leurs assassins – analysé par de nombreux psychologues chez le meurtrier de droit commun et également présent dans la psychologie des foules et des collectivités – que l’on retrouve dans l’idéologie “progressiste” et post-sioniste, aujourd’hui représentée au sein même du gouvernement israélien. Ce gouvernement, qui a entrepris de détruire la yeshiva de Homesh, symbole de la résilience juive après les multiples attentats commis par les terroristes arabes palestiniens, doit préalablement délégitimer aux yeux de l’opinion publique intérieure et internationale la présence juive en Judée-Samarie.

 

Ce fut l’objet de la campagne de propagande mensongère sur la “violence des habitants juifs de Samarie”, lancée il y a quelques semaines par le gouvernement, avec l’aide de médias complaisants. Le même mécanisme totalitaire avait été utilisé à l’époque des accords d’Oslo par le gouvernement Rabin-¨Pérès, pour préparer l’opinion aux crimes que leurs alliés de l’OLP allaient immanquablement commettre contre les habitants juifs, s’ils s’obstinaient à demeurer dans leurs localités après que la souveraineté aurait été confiée aux assassins de l’OLP, consacrés en “partenaires de paix” selon la logique orwellienne de l’époque. Et c’est cette même logique mensongère et totalitaire que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui.

 

L’opinion publique doit être travaillée méthodiquement, en répétant comme un mantra, après chaque attentat antijuif en Judée-Samarie, que les coupables sont les Juifs… Dans le cadre de cette logique perverse, les propos de Yair Golan ont servi de détonateur, en faisant exploser le mensonge des “nazis” Juifs de Judée Samarie, et en dévoilant au grand jour l’intention véritable des promoteurs d’un “Oslo Guimel”, actuellement en préparation. En qualifiant de “sous-hommes” les habitants de Homesh, et à travers eux, l’ensemble des habitants juifs de Judée Samarie, Golan a révélé l’intention criminelle de ceux qui prétendent sacrifier les “mitnahalim" sur l’autel d‘une “paix” tout aussi illusoire que celles des accords d’Oslo de 1993.

 

Mais Yair Golan n’est pas le seul à penser ainsi. De larges secteurs de la coalition actuellement au pouvoir partagent son avis, même s’ils ne l’expriment par avec la même brutalité et la même franchise. En effet, aux yeux d’une grande partie des élites israéliennes de gauche et des tenants de l’idéologie post-sioniste et “progressiste” actuellement au pouvoir, les pionniers juifs de Homesh, de Hébron ou d’Itamar sont effectivement des “sous-hommes”, ou en tout cas des citoyens de seconde catégorie, qu’il convient d’expulser par la force,  si possible brutalement, en “faisant monter des chars” contre leurs habitations, comme l’avait dit un jour Zeev Sternhell, lui aussi spécialiste du nazisme et de la nazification de ses adversaires politiques.

 

Les propos de Yair Golan projettent un éclairage sinistre sur les intentions d’une partie de l’establishment politique, judiciaire, militaire et culturel israélien envers les habitants juifs de Judée Samarie. Effectivement, les habitants juifs sont traités comme des “sous-hommes”, non, certes, en étant enfermés et – à Dieu ne plaise – exterminés, mais en étant privés de leurs droits élémentaires, comme celui de vivre normalement avec leurs familles dans le cœur historique de la patrie juive ancestrale, ou le droit de circuler sur les routes de Judée Samarie sans être caillassés et victimes d’attentats meurtriers, inspirés par l’idéologie islamiste des partenaires de la coalition de M. Golan..

 

[1] Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, éditions l’éléphant 2021.

 L’ennemi intérieur de la gauche israélienne : manifestation anti-Nétanyahou

L’ennemi intérieur de la gauche israélienne : manifestation anti-Nétanyahou

Les propos de Golan permettent aussi de comprendre pourquoi les tenants de la création d’un Etat palestinien n’ont jamais eu le moindre problème moral à rencontrer l’héritier du mufti Husseini allié d’Hitler, Yasser Arafat, et de l’embrasser, au sens propre et figuré. A leurs yeux et dans le prisme de leur vision politique pervertie, les Palestiniens sont les nouveaux Juifs et les “colons” de Judée Samarie sont les nouveaux nazis. Comme l’écrivait il y a déjà de nombreuses années Shmuel Trigano, la gauche israélienne a toujours besoin d’un ennemi intérieur. Hier ce furent les sionistes révisionnistes du Herout, puis les Juifs orientaux – envers lesquels de nombreux qualificatifs ont été employés du même registre que celui de Yair Golan. Aujourd’hui ce sont les Juifs de Judée Samarie.

 

Quand Golan croyait déceler, il y a quelques années, un “processus similaire en Israël” à celui qu’avait traversé l’Allemagne nazie dans les années 1930, il ne faisait que reprendre un poncif du discours politique israélien, déjà utilisé avant lui par toutes les icônes de la gauche intellectuelle, de Yeshayahou Leibovitz (qualifiant Tsahal d’armée “judéo-nazie”) à Amos Oz, Zeev Sternhell et aux autres chantres de "La Paix maintenant". Ce qui est nouveau chez Golan aujourd'hui, c’est qu’il tire les conséquences de ce discours nazifiant, en prônant une politique à l’aune de son idéologie. A cet égard, il a le mérite d’être conséquent.

 

Pendant des années, le discours de ces intellectuels a servi d’écran de fumée pour masquer leurs intentions politiques et il a trompé de nombreux observateurs sincères, y compris au sein de la droite israélienne. Aujourd’hui, après les propos révélateurs de Yair Golan, il n’est plus permis de se tromper. Si les “sous-hommes” sont les pionniers de Judée-Samarie, alors nous savons de quoi sont capables ceux qui considèrent ainsi tout un secteur de la population israélienne, et nous savons que rien ne les arrêtera dans leurs projets funestes. La politique que met en œuvre le gouvernement Lapid-Bennet-Gantz-Abbas envers les Juifs de Judée-Samarie porte un nom: celui d’apartheid. Cette vérité-là doit être gravée dans la pierre et ne pas être oubliée.

 

Pierre Lurçat

Yair Golan

Yair Golan

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

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Un phare pour les Juifs de France et pour Israël : Hommage à Jacques Kupfer (1946-2021)

December 31 2021, 10:23am

Posted by Pierre Lurçat

 

L’histoire du militantisme juif en France reste à écrire. Un des chapitres les plus importants de cette histoire a été écrit par Jacques Kupfer, ancien Netsiv Betar et président du Herout de France, disparu il y a tout juste un an aujourd'hui, le 27 Téveth 5780. Né en 1946, Jacques Kupfer a non seulement été le moteur de l'engagement sioniste de plusieurs générations de militants juifs de France, à travers les multiples organisations qu'il a fondées et dirigées, mais il a également servi de phare pour une communauté juive souvent désorientée et qui a traversé de multiples épreuves, depuis les années 1960 et jusqu'à nos jours.



 

J. Kupfer en uniforme du Betar

 

Contrairement au tableau édifiant souvent dressé de l'histoire des Juifs en France depuis 1945, celle-ci n'est en effet nullement un long fleuve tranquille ou une “success story”. En réalité, on peut la décrire comme la remise en question progressive de l'intégration réussie du judaïsme français, tant par la politique étrangère de la France que sur le plan intérieur. Dans ce contexte, le judaïsme officiel a souvent choisi une attitude de résignation, d'acceptation et pour finir de dhimmitude. Les institutions juives de France, avec quelques rares exceptions, ont dans la plupart des cas accepté ainsi comme un fait accompli la politique arabe de la France et ses conséquences. On en donnera pour illustration le fait que les grandes manifestations pour Israël des années 1970 et 1980 se sont progressivement taries, au point que la France est devenue l'un des rares pays où il est aujourd'hui quasiment interdit de manifester publiquement son soutien à Israël.

 

Dans ce contexte de dhimmitude grandissante, Jacques Kupfer faisait exception. Le Betar et le Herout de France qu’il dirigeait ont levé haut le drapeau d'Israël en France, sans jamais craindre les réactions de nos ennemis, ou celles des autorités françaises. Jacques Kupfer a écrit, avec les militants des organisations qu'il dirigeait, certaines des pages les plus glorieuses du judaïsme de France, celles de la mobilisation pour les Juifs d'URSS, du combat et de l'activisme sans faille pour Israël et contre l'antisémitisme de tous bords.

 

Mais Jacques Kupfer n'était pas seulement un chef et un.dirigeant politique lucide et charismatique. Il était véritablement un phare, qui a éclairé et accompagné le.judaïsme de France, en lui montrant toujours la direction ultime, celle du retour à Sion. Tous n'ont pas fait leur Aliyah, mais tous savaient que leur avenir était en Israël. Ce combat s'est poursuivi en Israël, où Kupfer a poursuivi son œuvre de militantisme politique, notamment à travers le Yom.Hebron et à travers Israël forever, organisation militante aujourd’hui dirigée par sa fille, Nili Kupfer Naouri.

 

Jacques Kupfer lors d’une manifestation d’Israël Forever

 

De toutes ses multiples réalisations et parmi toutes les fonctions qu’il a occupées - au sein des institutions sionistes notamment - celle qui lui était la plus chère était d’avoir dirigé le Betar, en tant que “Netsiv Betar”. Si l’on veut tenter de comprendre un tant soit peu qui était Jacques Kupfer, il faut lire le portrait que dresse le fondateur du Betar, Zeev Jabotinsky, du colonel Patterson, commandant de la Légion juive, dans son autobiographie. Patterson, écrit-il, se sentait chez lui dans le monde de la Bible hébraïque. Ehoud et Ifta’h, Gideon et Shimshon, David et Avner – à ses yeux étaient vivants, ils étaient des amis personnels, presque ses camarades et ses voisins du club de cavalerie de la rue Piccadilly. Je m’en réjouis, l’illusion biblique permet parfois de masquer l’absence de beauté de l’existence galoutique…”.

 

Ces lignes s’appliquent parfaitement à Jacques Kupfer, qui a lui aussi consacré une grande partie de sa vie à la cause juive et sioniste dans la Galout de France, dont l’absence de beauté n’a rien à envier à celle de la Russie évoquée par Jabotinsky. Mais, aux yeux de Jacques Kupfer, comme à ceux du colonel Patterson, l’existence galoutique était transfigurée par la présence des héros de la Bible hébraïque et de ceux de la Renaissance d’Israël, des pionniers de la “Hityashvout” - l’implantation juive - en Judée et en Samarie, au Goush Katif et à Hébron, des combattants de l’Etsel et du Lehi, des “Olé ha-Gardom”, les jeunes combattants de l’Irgoun et du Lehi pendus par les Anglais et de tous ces héros qui étaient véritablement vivants et qui étaient “des amis personnels”, pour Jacques Kupfer et - à travers lui - pour nous tous.

 

Yom Hébron

 

L’histoire du militantisme juif en France reste à écrire. Il reste notamment à écrire comment, malgré la politique arabe de la France, axe essentiel de sa politique étrangère devenue aujourd’hui un axe de sa politique intérieure et malgré l’hostilité insondable des dirigeants français envers Israël - qu’ils parviennent très mal à dissimuler par leurs proclamations d’amitié mensongères - le mouvement sioniste jabotinskien en France a levé haut la bannière d’Israël et a écrit une page glorieuse de l’histoire juive. Que le souvenir de Jacques Kupfer soit béni et qu’il continue d’éclairer et de guider le judaïsme de France et le peuple d’Israël.

Pierre Lurçat

 

J’ai évoqué ce matin la personne et l’action de Jacques Kupfer au micro d’Ilana Ferhadian sur Radio J

https://www.radioj.fr/podcast/linvite-dilana-ferhadian-107/

 

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"Tout le contraire d'un fasciste" : (re)découvrir Jabotinsky, Pierre Lurçat

December 26 2021, 09:05am

Posted by Pierre Lurçat

A l'occasion de la "Conférence Jabotinsky sur le sionisme" qui aura lieu cet après-midi à Jérusalem, en présence du Président de l'Etat Itshak Herzog, je publie l'interview que j'ai accordée à BokerTov Yeroushalayim.

 

Aujourd’hui je poste une interview de Pierre Lurçat qui nous fait découvrir dans son dernier ouvrage la pensée de Jabotinsky sur le rapport entre le Judaïsme et l’Etat. Pour ce faire Pierre Lurçat a traduit ses textes : Questions autour de la tradition juive, et  Etat et religion. Pierre Lurçat a fait précéder sa traduction d’une importante préface Etat et religion dans la pensée du Rosh Betar*, préface bien nécessaire pour aborder la pensée complexe de Vladimir Zeev Jabotinsky, qui fut une figure des plus marquantes du sionisme et que très peu connaissent réellement.

 

Hanna :
Pierre Lurçat, pourriez-vous tout d’abord vous présenter et nous dire comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la pensée de Jabotinsky ?

Pierre Lurçat :
Je vis depuis 1994 à Jérusalem, où ma mère était née en 1928. Mes grands-parents venaient de Cracovie et de Bialystok, et mon grand-père a fait partie du Gdoud ha-Avoda et des Chomrim. Mon histoire familiale me prédisposait donc à monter en Israël. De plus, j’ai milité au Tagar, mouvement sioniste étudiant jabotinskien, pendant plusieurs années avant mon alyah. Mais je n’ai vraiment découvert la pensée de Jabotinsky que bien plus tard, à l’occasion d’une conférence donnée par son petit-fils à Jérusalem.
C’est alors que j’ai entamé la traduction de son autobiographie. Plus tard, j’ai découvert ses écrits et entrepris leur traduction, dans le cadre de la Bibliothèque sioniste que j’ai fondée l’an dernier, dans le but de mettre à la disposition du public francophone les grands textes des principaux théoriciens et dirigeants sionistes. J’ai déjà publié deux recueils de textes de Jabotinsky, consacrés à sa pensée sociale et à ses conceptions en matière de religion.

Hanna :
Pourriez-vous nous décrire les principales étapes de la vie de Jabotinsky?

Pierre Lurçat :
Enfant terrible du sionisme russe, il a – un peu comme Theodor Herzl – renoncé à une carrière littéraire pour se consacrer entièrement à la cause juive découverte à l’occasion des pogromes de Kichinev. Plus tard, à l’orée de la Première Guerre mondiale, il a eu l’intuition géniale qu’il fallait que le mouvement sioniste – et à travers lui, le peuple Juif – prenne une part active à la guerre, et qu’il devait s’allier aux Puissances alliées (Grande-Bretagne et Russie) et non pas aux Empires centraux.
C’est ainsi qu’il a été amené à créer la Légion juive, première force armée se battant sous un drapeau juif depuis l’époque des Makabim. Le corps des Muletiers de Sion puis les bataillons juifs (Gdoudim ha-Ivriim) qui se sont battus à Gallipoli et en Eretz Israël (campagne à laquelle Jabotinsky a lui-même participé en tant que lieutenant) ont joué un rôle important dans l’obtention de la Déclaration Balfour.
Plus tard, Jabotinsky a fondé le Betar, mouvement de jeunesse et incarnation de son idéal du “Nouveau Juif”, puis le mouvement sioniste révisionniste, qui entendait revenir aux principes fondamentaux du sionisme, qui avaient été selon lui délaissés par l’exécutif sioniste depuis la mort de Herzl. Dans la dernière période de sa vie, “Jabo” a parcouru inlassablement les bourgades juives de Pologne, en exhortant les Juifs à partir avant qu’il ne soit trop tard… Lui-même est décédé à New York, en 1940, à l’âge de 60 ans.

 

Jabotinsky's Lost Moment: June, 1940 - The Tower - The Tower

Jabotinsky passant en revue un Misdar du Betar, NY 1940

Hanna :
Jabotinsky est né à Odessa, ville ouverte, et non pas dans un shtetl de la zone de résidence où étaient assignés les Juifs. Pensez-vous que le caractère cosmopolite de cette ville a joué dans son approche du sionisme mais aussi peut-être dans sa conception des relations entre le peuple juif et les autres peuples? 

Pierre Lurçat :
Effectivement, il a été marqué de manière très durable par l’atmosphère très particulière d’Odessa, comme il le raconte dans son autobiographie et aussi dans son roman Les cinq. Odessa était une ville portuaire, ouverte à toutes sortes d’influences étrangères, et une ville cosmopolite. Jabotinsky a conservé toute sa vie l’amour de sa ville natale, dans laquelle il n’est pas revenu à l’âge adulte, tout comme il a été influencé par sa période italienne, qualifiant l’Italie de “patrie spirituelle”.
A la différence des dirigeants sionistes issus de la “Zone de résidence” et du shtetl, Jabotinsky avait une conception beaucoup plus simple des rapports entre le peuple Juif et les autres nations. C’est ainsi qu’il a pu se lier d’amitié avec des dirigeants anglais, français ou ukrainiens, entretenant des relations d’égal à égal, sans aucun “complexe juif galoutique”…

 

Ryanair to hit the tarmac in Odessa

Odessa

Hanna :
Dans sa jeunesse, Jabotinsky est influencé par les idées socialistes. Il prône lui aussi une nécessité de la réparation du monde, le tikoun olam. A-t-il été en contact avec Théodore Herzl, lui aussi mû par l’impératif de mettre fin au malheur des Juifs? Bien que ce ne soit pas le sujet de ce livre, pourriez-vous nous dire quelques mots sur ce qu’il appelait la rédemption sociale?

Pierre Lurçat :
Sa brève rencontre avec Herzl, lors du 6e Congrès sioniste, a plutôt été une rencontre manquée, même s’il reconnaît être tombé en admiration devant le fondateur du mouvement sioniste. Effectivement, il partage avec Herzl l’idée qu’il faut normaliser la condition juive pour mettre fin au “Judennot”, le malheur juif ancestral.
Ses idées sociales et économiques, auxquelles j’ai consacré le premier volume de la Bibliothèque sioniste (La rédemption sociale), sont inspirées de la Bible hébraïque, dont il était un lecteur assidu et qu’il considérait comme le trésor national du peuple Juif et pas seulement comme un texte “religieux”. A l’instar de Herzl ou de Moïse, il avait été frappé par la misère du peuple Juif et son programme sioniste visait non seulement à régénérer le peuple Juif sur le plan national, mais aussi sur le plan économique et social. Dans ses “éléments de philosophie sociale de la Bible hébraïque”, il soutient ainsi l’idée qu’il faut remettre en vigueur le concept biblique du Yovel (Jubilé) afin de réduire les inégalités et de mettre fin à la pauvreté.

Hanna :
Pourriez-vous nous parler de sa rupture avec les idées de Marx et de cet élément spirituel primordial qu’il ajoute aux fameux moyens de production de Marx?

Pierre Lurçat :
A Rome, où il avait étudié le droit dans sa jeunesse, Jabotinsky avait été un temps inspiré par les théories marxistes, dont certains de ses professeurs étaient partisans. Plus tard, il a compris que la doctrine du matérialisme historique comportait une lacune énorme, du fait qu’elle négligeait totalement l’élément spirituel. Comme il l’explique dans son Exposé sur l’histoire d’Israël, “de tous les moyens de production, le premier et le plus important est le mécanisme spirituel”.
Jabotinsky entend par cette expression ce qui donne à chaque peuple sa spécificité, sa “ségoula” pour employer la notion de la Bible. A cet égard, et de manière très caractéristique de sa pensée, “Jabo” ne considère pas le peuple Juif comme étant “supérieur”, puisqu’il affirme que chaque peuple possède sa propre “ségoula”, son propre mécanisme spirituel qui lui donne son caractère unique et qui lui permet de contribuer à la richesse de l’humanité, constituée de peuples multiples et divers. Nous sommes ici très éloignés des utopies actuelles concernant une humanité délivrée des nations…

Hanna :
 Pour beaucoup Jabotinsky est assimilé à un fasciste. Sachant qu’un état fasciste est un état dictatorial qui ne laisse aucune place à la liberté humaine, comment Jabotinsky voit-il l’état idéal?

Pierre Lurçat :
Jabotinsky est tout le contraire d’un fasciste ! En effet, comme je l’explique dans le recueil État et religion, son idéal est un “État minimaliste”, qui se contenterait d’offrir à ses citoyens les services et les protections sociales indispensables, tout en laissant à l’individu la liberté maximale. Comme l’explique Jabotinsky : “Au commencement, Dieu a créé l’individu…. La société a été créée pour le bien des individus et non le contraire…” Ceux qui le qualifient de “fasciste” ou de partisan d’un État autoritaire n’ont rien compris à sa pensée, ou ne l’ont tout simplement pas lu.

Hanna :
Dans sa jeunesse, sa compréhension du judaïsme est très claire. Il écrit à l’âge de 25 ans que : l’exil a fait mourir le judaïsme…Le judaïsme a permis de conserver en vie l’identité nationale mais ce trésor caché n’est pas la religion elle-même. Mais dans les années 30, il a complètement changé. Il veut introduire la tradition juive dans la sphère publique. Parlez-nous de ses rapports avec le rav Kook…

Pierre Lurçat :
Effectivement, le changement d’attitude de Jabotinsky envers la religion est étroitement lié à ses rencontres et notamment à l’influence du rabbin Kook, qu’il n’a pas rencontré en personne mais par lequel il a été marqué au moment de l’affaire Stavsky. Quand le rabbin Kook a pris publiquement la défense des trois jeunes militants du Betar – injustement accusés du meurtre de Hayim Arlosoroff – Jabotinsky a compris que le judaïsme était une “force vive”, comme il l’a écrit, et non pas une “momie”. Son admiration pour le rav Kook (qu’il qualifie de “Cohen Gadol”) s’est accompagnée d’une évolution considérable de ses conceptions concernant la religion, que je décris en détail dans le livre État et religion.

Rav Kook Archives – Tradition Online

Le rav Kook

Hanna :
Bien que ce ne soit pas le sujet de ce livre, vous écrivez que Jabotinsky s’est montré très lucide sur le sujet crucial des relations avec les Arabes. Il a compris très tôt qu’on ne pourrait parvenir à un règlement qu’en nous montrant inflexibles, mais en prenant aussi au sérieux les revendications et l’identité arabe. Donc, pour ceux qui rêvent encore aux accords d’Oslo, pourriez-vous expliquer en quoi ils furent une erreur tragique ? Et en quoi les accords d’Abraham sont différents ?

Pierre Lurçat :
L’idée fondamentale développée par Jabotinsky, notamment dans son fameux article sur le “Mur de fer”, est que la paix ne pourra venir tant que nos ennemis caresseront l’idée de nous expulser ou de nous anéantir militairement (ou conjointement par des moyens politiques et militaires, comme le souhaitait Arafat à l’époque des accords d’Oslo). Ainsi, le rêve de la paix est conditionné par la capacité d’endurance et de dissuasion d’Israël…
Ce réalisme pessimiste s’accompagne d’un profond respect de Jabotinsky pour l’identité nationale arabe, conforme à sa conception de la nation que nous avons évoquée plus haut. A cet égard, toute notion d’un compromis territorial est illusoire, parce qu’elle méconnaît l’idée essentielle que le peuple Juif est revenu sur sa terre et qu’il n’est pas un intrus en Eretz Israël. J’ajoute que, si la doctrine du “Mur de fer” est souvent considérée comme l’inspiratrice de la doctrine stratégique de Tsahal, les développements actuels et la construction d’un mur autour de Gaza, tout comme le “Dôme d’acier” me semblent éloignés des idées de Jabotinsky, en ce qu’ils sont des mécanismes purement défensifs, qui empêchent Tsahal de reprendre l’offensive. Comme l’avait écrit Jabotinsky, le peuple Juif n’a pas encore atteint le stade du militarisme… Nous sommes encore empreints de la mentalité galoutique et du désir de vivre en paix à tout prix.

Hanna :
Dans son article du 25/6/1937, Jabotinsky écrit que la question essentielle est : de distinguer qu’est ce qui est sacré et qu’est ce qui n’est que l’enveloppe du sacré ?
Pensez-vous que nos sages d’aujourd’hui se préoccupent assez de séparer le sacré de son enveloppe sans craindre le libre exercice de la pensée du chercheur ?

Pierre Lurçat :

C’est une question complexe… Effectivement, Jabotinsky a développé une conception des rapports entre État et religion dans laquelle l’affirmation du caractère juif de l’État dans la sphère publique s’accompagne de la plus grande liberté individuelle dans la sphère privée. La citation à laquelle vous faites référence, qui clôt son article “La tradition religieuse juive” et que j’ai placée en conclusion du recueil État et religion, exprime en quelque sorte le “testament spirituel” de Jabotinsky sur ce sujet.
Il est évidemment demeuré loin de toute orthodoxie religieuse, fidèle à l’esprit libéral “odessite” dans lequel il a grandi, mais cela ne l’empêche nullement d’écrire, dans le même article, que le futur “État idéal, lumière pour les nations” aura trois piliers, sur lesquels seront gravés respectivement la Bible hébraïque, la Michna et le Rambam*… Ceux qui présentent Jabotinsky comme un Juif assimilé, voire comme un ennemi de la religion, n’ont décidément rien compris !
Pour en revenir à votre question, je dirai que le débat public en Israël demeure encore trop focalisé sur de vaines oppositions et simplifications, et que les partisans d’un “État de tous ses citoyens” coupé de ses racines nous empêchent parfois de nous occuper de la tâche essentielle, celle de faire revivre et de développer la Tradition d’Israël, en l’adaptant à la vie nationale.

J’ai lu le livre de Pierre Lurçat d’une traite et puis je l’ai repris doucement car chaque phrase me parlait

Je vous souhaite une bonne lecture!

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A bientôt,

*Le Rambam: Maimonide

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2021/12/25/vladimir-zeev-jabotinsky/

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