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La négation du Temple de Jérusalem dans le discours politique arabo-palestinien

October 6 2021, 08:23am

Posted by Pierre Lurçat

La négation du Temple de Jérusalem dans le discours politique arabo-palestinien
 

Comment les musulmans désignent-ils aujourd’hui Jérusalem ? Le nom le plus courant est celui de Al-Quds qui signifie la Sainte. Mais de quelle sainteté s’agit-il et d’où tire-t-elle sa source ? La réponse à cette question nous est donnée par l’autre nom de Jérusalem, Bayit al-Maqdis. On le traduit souvent par “Maison du Sanctuaire”, “Noble Sanctuaire” ou par d’autres expressions équivalentes, traductions qui sont en réalité impropres, car elles n’expriment pas la signification authentique de cette expression. Au sens premier et littéral, en effet, Bayit al-Maqdis désigne le Temple, l’expression arabe étant tout simplement le calque de l’hébreu Beit ha-Mikdash (le Temple).

Le Coran lui-même relate dans plusieurs Sourates la construction du Temple par Salomon et la prière musulmane fut, au tout début de l’islam, tournée vers Jérusalem, lieu du Temple, avant que n’intervienne le changement de la Qibla (direction de la prière) et son orientation vers La Mecque. Le fait que Jérusalem est le site du Temple de Salomon est ainsi acté et ancré dans le Coran, dans la langue arabe et dans l’histoire de l’islam, de manière irréfutable. Cette vérité indéniable apparaît parfois de manière explicite dans le discours de certains dirigeants arabes contemporains, comme Sari Nuseibeh, intellectuel palestinien qui a déclaré en 1995 que “la mosquée (de Jérusalem) est la revivification de l’ancien Temple juif[1].

 

Le discours dominant de l’islam contemporain prétend toutefois que le Bayit al-Maqdis n’a jamais désigné le temple de Salomon, mais uniquement la mosquée d’Omar. Mahmoud Abbas, suivant l’exemple de son prédécesseur Yasser Arafat, va encore plus loin dans cette attitude négationniste et affirme que le Temple n’a jamais existé. Dans le même registre, un cheik musulman a pu déclarer très doctement à la télévision : « Il est impossible que Salomon ait construit le Temple avant la Mosquée d’El Aqsa, puisque celle-ci existait avant le Temple de Jérusalem”[2]. Nous sommes bien ici dans la négation de l’antériorité, caractéristique du rapport qu’entretient l’islam avec l’histoire.

 

Or cette négation actuelle de l’existence même du Temple de Salomon, dans la bouche des dirigeants palestiniens ou des représentants de mouvements islamistes, s’inscrit en faux contre l’histoire de l’islam. Car la réécriture de l’histoire, caractéristique de la réappropriation par l’Islam des symboles religieux appartenant à la période pré-islamique, ne peut cacher l’évidence : Jérusalem est bien la ville du Temple de Salomon et la capitale du roi David. Le Coran lui-même atteste du fait que la terre d’Israël a été donnée par Dieu aux enfants d’Israël : “Lorsque Moïse dit à son peuple : “Ô mon peuple! Souvenez-vous de la grâce de Dieu à votre égard, quand il a suscité parmi vous des prophètes ; quand il a suscité pour vous des rois ! Il vous a accordé ce qu’il n’avait donné à nul autre parmi les mondes ! Ô mon peuple! Entrez dans la Terre sainte que Dieu vous a destinée…” (Coran, 5:20-25).

 

Tantôt le Coran parle ainsi des Juifs comme le “peuple de l’alliance”, que Dieu a placé “au-dessus des mondes” (Sourate II, 116) et à qui il a donné “des rois et des prophètes” et la Terre d’Israël, tantôt ils sont décrits comme ceux qui ont été maudits par Dieu et qu’il faut combattre jusqu’à la mort (Sourate II, 64 à 69 et 95). Cette ambivalence correspond aux relations ambiguës que le prophète a lui-même entretenues avec les “Banu Israïl” (enfants d’Israël) : dans un premier temps, relations de confiance et de proximité, puis dans une seconde période, d’hostilité et de rivalité.

Eliézer Cherki

Eliezer Cherki

Comme l’explique l’islamologue Eliezer Cherki, une fois que Mahomet s’est retourné contre les Juifs, il a opéré une véritable “confiscation d’héritage”, qui fait suite à l’accusation de “falsification des écritures” qu’il profère contre eux. “Vous êtes des menteurs, l’islam que vous refusez n’est pas une nouvelle religion, mais la première religion de l’Humanité”. C’est alors que Mahomet affirme qu’Adam est le premier musulman et qu’il récupère au sein d’un islam fantasmagorique tous les grands personnages de la Bible, pour faire de la troisième religion monothéiste la “seule et première religion de l’humanité”, poursuit E. Cherki[3].

 

Ainsi, l’usurpation d’identité et la captation de l’héritage biblique de l’islam envers le judaïsme sont à la source de sa relation très délicate avec ses propres origines, avec l’antériorité des Juifs et avec l’histoire en général. Le retour des Juifs sur leur terre et l’édification d’un État portant le nom d’Israël signifie pour les musulmans le “retour du spectre”[4]. Cet événement représente pour la doctrine musulmane traditionnelle un traumatisme au moins aussi fort qu’il a pu l’être pour le christianisme pré-conciliaire, d’avant Vatican II. En effet si les Juifs reviennent sur la terre d’Israël, c’est qu’ils ne sont plus le “peuple maudit” pour avoir trahi leur alliance et leurs prophètes… Ce retour dans l’histoire du “peuple fantôme” porte un coup terrible à la théologie chrétienne du “peuple témoin” déchu de son alliance, tout comme à la théologie musulmane.

 

[1] Cité par Martin Kramer, “The Temples of Jerusalem in Islam”, http://martinkramer.org/sandbox/reader/archives/the-temples-of-jerusalem-in-islam/

[2] Cité par Eliezer Cherki, “Jérusalem dans l’islam”, conférence donnée au centre Yaïr de Jérusalem, janvier 2001, transcrite et résumée par Pierre Cain. Voir aussi E. Cherki, « Jérusalem dans l’Islam », in Si c’était Jérusalem, sous la direction de Michel Gad Wolkowicz et Michel Bar Zvi, éditions In Press, 2018, pp. 437-447.

[3] E. Cherki, “Les territoires contre la paix du point de vue de l’islam”, Forum Israël No. 1 2006.

[4] L’expression, due à Daniel Sibony, est citée par Eliezer Cherki, “Les territoires contre la paix” du point de vue de l’islam, Forum-Israël no.1, mars 2006, Jérusalem.

(Texte publié sur Menora.info le 5/10/2021, extrait de mon livre Les Mythes fondateurs de l'antisionisme contemporain, disponible sur Amazon).

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ILS ONT LU “LES MYTHES DE L’ANTISIONISME”



 

“Magistral, il a le mérite d'être clair et de permettre de repondre à tous les arguments de nos détracteurs”

Dorah Husselstein

 

“Un livre excellent par sa qualité argumentative et sa qualité de raisonnement et de savoir historique”.

Yana Grinshpun

 

“Ce livre est un véritable pense-bête et une Bible de poche du militant pro-israélien. L’auteur se focalise sur deux formes contemporaines d’antisionisme, qui en sont comme les père et mère fondateurs et alliés dès l’origine : l’idéologie soviétique et la lutte arabo-musulmane contre l’existence d’Israël… Avec Bat Ye Or, Pierre Lurçat dément une thèse en vogue : le monde musulman ne serait que comme une « page blanche » sur laquelle on aurait transposé, à l’identique, l’antisémitisme européen”.

 

Marc Brzustowsky, Terre-des-Juifs

 

Un ouvrage d'une grande érudition historique, rigoureux, documenté et sourcé. Toutes les sources sont vérifiables dans les ouvrages cités en anglais, en français, en hébreu et en arabe. Ce livre est un document précieux pour discerner la réalité derrière les discours tendancieux de la presse européenne”.

Cléo, Amazon.fr

 

 

 

 

 

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A qui appartient Jérusalem? "Gardiens des Murailles” : Entre chanson, rêve, prophétie et réalité

May 25 2021, 08:03am

Posted by Pierre Lurçat

 

לג'ודית

 

La culture israélienne profane qui s’est développée en Israël depuis un siècle n’a jamais complètement coupé les liens avec ses racines juives. Bien au contraire : la poésie de Rahel, comme les chansons de Naomi Shemer, pour ne citer que deux exemples,  sont pleines de références et d’allusions à la Bible et aux autres textes de la Tradition. A travers l’hébreu, cette dernière demeure toujours en toile de fond, jusque dans les chansons populaires, comme le montre l’exemple de Shomer Ha-Homot (שומר החומות). 

 

Cette chanson classique de la célèbre “Lahakat Pikoud Merkaz”, une des troupes musicales de l’armée, a été écrite en 1977 par Dan Almagor, qui a récemment ajouté un nouveau couplet, écrit dans son abri, sous le feu des missiles du Hamas. En relisant aujourd’hui les paroles de Shomer ha-Homot, on ne peut s’empêcher de penser combien elles sont prémonitoires. Comme souvent en Israël, les paroles de chansons - en particulier celles écrites par de jeunes soldats, qui appartiennent à un genre bien particulier - expriment mieux que bien des mots savants la réalité complexe et mélangée de l’existence dans notre petit-grand pays. 

 

Les murailles d’Israël illuminées pendant l’opération “Shomer ha-Homot”

 

Cette chanson nous parle d’un soldat, debout sur la muraille entourant la Vieille Ville, qui regarde autour de lui et se souvient de ses rêveries de lycéen, suscitées par le verset du prophète Isaïe : “Sur tes remparts, ô Jérusalem, j’ai posté des guetteurs”. Ce verset fameux, lui-même chanté par les Juifs du monde entier, fait partie d’une prophétie d’Isaïe dont les paroles sont sans doute plus actuelles aujourd’hui que jamais :

 

Pour l’amour de Sion, je ne garderai pas le silence, pour Jérusalem je n’aurai point de repos… Alors les peuples seront témoins de Ton triomphe et tous les rois de ta gloire, et on t’appellera d’un nom nouveau… Tu ne seras plus dénommée la Délaissée et ta terre ne s’appellera plus solitude : toi tu auras pour nom Celle que j’aime et ta terre se nommera l’Epousée, parce que tu seras la bien-aimée de l’Eternel’.

 

Ces mots d’Isaïe résonnent aux oreilles de chaque Juif, et de chaque lecteur de la Bible - avec plus d’intensité aujourd’hui, car la Terre d’Israël n’est plus une “solitude” et un désert - comme elle l’a été pendant les siècles de sa domination par la chrétienté et l’islam. Seuls les Juifs ont su la faire fleurir, comme l’avait annoncé les Prophètes d’Israël. Seul l’Etat d’Israël a fait “refleurir le désert”, selon l’expression qui n’est pas seulement un slogan de l’Agence juive, mais une réalité bien vivante. Seul le peuple Juif revenu sur sa Terre retrouvée peut donner un sens nouveau et actuel aux paroles antiques de la prophétie d’Isaïe, et épouser sa Terre ancienne et nouvelle.

 

Faire refleurir le désert : coquelicots dans le Néguev (source)

 

Pour savoir à qui appartient Jérusalem, la ville que le monde entier, du Hamas à Macron - nous dispute, il suffit d’appliquer le jugement de Salomon, le “plus Sage des hommes” : qui, des deux “mères”, veut le bien de son enfant? Qui, de tous les peuples, a su réunifier la Ville sainte et en faire une capitale de paix et non de guerre? Qui parle de Jérusalem comme ville de paix, et non comme un slogan guerrier pour inciter à la haine et à la violence? Jérusalem appartient au peuple qui a su en faire une ville moderne, un “corps gigantesque qui vit et respire” selon les mots de notre dernier prophète, Zeev Binyamin Herzl.

 

La chanson écrite par Dan Almagor exprime l’aspiration à la paix omniprésente au sein du peuple Juif, qui a donné au monde l’idée même de la paix. Mais celle-ci ne viendra qu’à la fin des temps. Point de “paix maintenant”, car le pacifisme ne fait que reculer la Paix véritable, en nous empêchant de nous défendre et de contre-attaquer, en portant la guerre sur le territoire de l’ennemi, pour annihiler chez lui toute volonté de nous détruire. “Nous n’avons pas encore atteint le stade du militarisme”, écrivait Jabotinsky de manière prémonitoire il y a près d’un siècle. L’opération “Gardien des murailles” s’est achevée, comme les précédents rounds, en queue de poisson. En attendant que Tsahal montre sa force véritable et donne au peuple d’Israël la sécurité, il nous reste à prier Celui qui “ne dort ni ne sommeille”, le Gardien d’Israël, pour qu’il nous donne la Victoire.

Pierre Lurçat

NB j'ai commenté les résultats de l'opération "Gardiens des murailles" au micro de Daniel Haïk, sur Radio Qualita.

 

Je me tiens sur le mur

Debout sous la pluie seul et toute la vieille ville

Allongée sur ma paume je la regarde amoureux

Je viens toujours ici juste pour regarder

Mais maintenant je suis ici en service

Mais maintenant, je suis ici en service.

Oui, oui, qui rêvait alors en classe

Quand nous avons appris à réciter sur vos murs Jérusalem

J'ai placé des gardiens

Qu'un jour vienne et je serai l'un d'eux

Qu'un jour vienne et je serai l'un d'eux

Qu'un jour vienne et je serai l'un d'entre eux.

 

Je me tiens sur le mur

Debout à l'écoute des voix

Les voix du marché et l'agitation

Appels et paniers de vendeurs ambulants

Voici la voix du muezzin

Voici la cloche qui sonne, mais je dois écouter

S'il n'y a pas d'explosif, de grenade

S'il n'y a pas d'explosif, de grenade.

Oui, oui, qui a rêvé …

 

Je me tiens sur le mur

Frissonnant et regardant ici, il faisait déjà chaud

Garde la nuit loin de la nuit de pleine lune

Lavage des murs et des portes le jour venu

Nous n'aurons plus besoin de gardes

Nous n'aurons plus besoin de gardes.

Oui, oui, qui a rêvé ...

 

אני עומד על החומה

עומד בגשם לבדי וכל העיר העתיקה

מונחת לי על כף ידי אני מביט בה מאוהב

אני עולה לכאן תמיד סתם להביט

אבל עכשיו אני נמצא כאן בתפקיד

אבל עכשיו אני נמצא כאן בתפקיד.

 

כן, כן, מי חלם אז בכיתה

כשלמדנו לדקלם על חומותייך ירושלים

הפקדתי שומרים

שיום יגיע ואהיה אחד מהם

שיום יגיע ואהיה אחד מהם

שיום יגיע ואהיה אחד מהם.

 

אני עומד על החומה

עומד מקשיב אל הקולות

קולות השוק והמהומה

קריאות רוכלים ועגלות

הנה הוא קול המואזין

הנה דינדון הפעמון אבל עלי להאזין

אם אין שום נפץ של רימון

אם אין שום נפץ של רימון.

 

כן, כן, מי חלם...

 

אני עומד על החומה

רועד מקור ומסתכל הנה שקעה כבר החמה

שומר מלילה מה מליל אור הירח במלואו

שוטף חומות ושערים מתי יבוא היום שבו

לא נזדקק עוד לשומרים

לא נזדקק עוד לשומרים.

 

כן, כן, מי חלם...

 

LIENS

La version originale de Lahakat Pikoud Merkaz :

https://www.youtube.com/watch?v=pS2rl8q3epg

 

Version plus récente illustrée d’images de la Guere des Six Jours:

https://www.youtube.com/watch?v=j6dmnoXGbGA

 

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Yom Yeroushalayim - Herzl et la vision du Temple reconstruit : une prophétie moderne

May 9 2021, 12:35pm

Posted by Pierre Lurçat

 

A l’occasion du Yom Yeroushalayim qui sera célébré ce soir et demain, je publie ici la description de la future Jérusalem vue par le “Visionnaire de l’Etat”, Binyamin Zeev Herzl. Dans le tumulte des violences antjuives déclenchées pendant le mois du Ramadan - violences consubstantielles à l’islam qui s’est propagé au fil de l’épée - nous avons parfois tendance à oublier l’essentiel. L’essentiel, c’est le miracle de notre Terre retrouvée, Jérusalem libérée, et le Mont du Temple encore - mais très provisoirement - sous souveraineté étrangère. Yom Yeroushalayim saméah ! P.I.L.

 

Le Mont du Temple constitue la pierre de touche du sionisme politique et l’un des sujets les plus brûlants du débat interne à Israël aujourd’hui. Plusieurs des pères fondateurs du sionisme et de l’État juif - Herzl, Jabotinsky ou Avraham Kook - partageaient, au-delà de leurs conceptions très différentes de l’État et de la place que la tradition juive devait y occuper, une conception commune de la nécessité de reconstruire le Temple de Jérusalem, symbole et centre de l’existence juive renouvelée en terre d’Israël. Ainsi, dans son roman programmatique Altneuland, Theodor Herzl imagine et décrit avec une précision étonnante la ville sainte, capitale du futur État juif. La lecture de ce roman de politique fiction écrit en 1902 montre que l’État envisagé par Herzl était marqué par une double influence occidentale et juive, qui s’exprime notamment dans les deux édifices qu’il envisage au cœur de la Nouvelle Jérusalem, capitale du futur État juif : le Palais de la paix et le Temple. 

 

Herzl en visite à Jérusalem, 1898

Si le Palais de la Paix exprime la dimension universaliste très présente chez Herzl, et ses conceptions progressistes marquées par l’optimisme caractéristique du dix-neuvième siècle (que l'on peut rapprocher de celui d’un Jules Verne), le Temple exprime la continuité juive et l’enracinement de l’État juif dans l’histoire et la tradition juive bimillénaire. Altneuland est ainsi, conformément à son titre, un pays à la fois ancien et nouveau. L’extrait suivant permet d’apprécier la place que Herzl attribue au Temple dans la Jérusalem reconstruite : 

 

« Ils étaient montés directement de Jéricho au mont des Oliviers, d’où le regard embrasse un vaste panorama circulaire, qui incite au rêve. Jérusalem était restée la Sainte. Elle resplendissait toujours des monuments érigés dans ses murs par les religions au cours des siècles et par des peuples divers. Mais quelque chose de neuf, de vigoureux, de joyeux s’y était ajouté : la vie ! Jérusalem était devenu un corps gigantesque et respirait. La vieille ville, ceinte de ses murailles respectables, n’avait que peu changé, pour autant qu’on pouvait en juger du haut du mont. Le Saint-Sépulcre, la mosquée d’Omar, les coupoles et les toits de jadis étaient les mêmes. Toutefois, mainte merveille les complétait. Le palais de la Paix, par exemple, un vaste édifice neuf, étincelait au soleil. Un grand calme régnait sur la vieille ville.

 

Carte postale représentant le Temple envoyée par Herzl à sa fille Pauline

 https://blog.nli.org.il/en/herzl-postcards-daughter/

 

Hors les murs, Jérusalem offrait un autre spectacle. Des quartiers neufs avaient surgi, traversés de rues plantées d’arbres, une épaisse forêt de maisons entrecoupée d’espaces verts, où circulaient des tramways électriques, des boulevards et des parcs, des écoles, des bazars, des bâtiments publics somptueux, des théâtres et des salles de concert. David nomma les bâtiments les plus importants. C’était une métropole du vingtième siècle.

 

Mais on ne pouvait détacher son regard de la Vieille ville, au centre du panorama. Elle s’étendait de l’autre côté de la vallée du Kidron, dans la lumière de l’après-midi, et une atmosphère de solennité flottait sur elle. Kingscourt avait posé toutes les questions possibles, et David y avait répondu. Mais quel était ce palais gigantesque, blanc et or, dont le toit reposait sur des colonnes de marbre, sur une forêt de colonnes à chapiteaux dorés ? Friedrich ressentit une profonde émotion quand David répondit : ‘C’est le Temple’…

 

 

Ainsi, le fondateur du sionisme politique décrit une Jérusalem moderne, métropole du vingtième siècle reconstruite autour du Temple et du Palais de la paix, symbolisant la double aspiration à la continuité et au renouveau, à la perpétuation de la tradition juive et à l’ouverture vers l’universel qui doivent toutes deux guider, selon Herzl, le projet sioniste. Cette idée apparaît également dans un paragraphe de son livre L’État juif consacré à l’architecture : « La nature même de la région inspirera le génie aimable de nos jeunes architectes… Le Temple continuera d’être bien visible, puisque seule l’ancienne foi nous a maintenus ensemble ». Dans son Journal également, il évoque en ces termes sa visite à Jérusalem en 1898 : « A travers la fenêtre, je contemple Jérusalem qui s’étend devant moi. Même délabrée, c’est toujours une belle ville. Quand nous nous y installerons, elle redeviendra peut-être une des plus belles villes du monde ». 



 

Cent-vingt ans après la visite en Terre Sainte du fondateur du mouvement sioniste, la prophétie de Zeev Binyamin Herzl s’est accomplie. L’État juif est une réalité, et Jérusalem est effectivement devenue une ville moderne, qui s’étend bien au-delà de la Vieille Ville et des ruelles malodorantes qu’il a parcourues à l’automne 1898. Loin de s’abandonner au sentiment de désespoir que la vue de la ville sainte dans sa désolation avait suscité en lui, Herzl a su décrire et imaginer ce qu’elle pourrait devenir, dans le futur État juif à la construction duquel il a donné sa vie. « Ce pourrait être une cité comme Rome et le Mont des Oliviers offrirait un panorama comparable à celui du Janicule. Je sertirais comme un écrin la Vieille Ville avec tous ses restes sacrés. Sur le flanc des collines, qui auraient verdi par notre labeur, s’étalerait la nouvelle et splendide Jérusalem ».



 

L’État d’Israël lui-même, ce « corps gigantesque » qui respire et qui vit, pour reprendre l’image de Herzl, ressemble beaucoup aujourd'hui au pays imaginé par celui-ci dans Altneuland et dans l’État juif, mélange de tradition et de modernité, au carrefour de l’Orient et de l’Occident. Jérusalem, ville où ma mère est née en 1928 et où j'habite depuis plus de vingt-cinq ans, est bien devenue une des plus belles villes du monde, comme l'avait prédit Herzl. Depuis le quartier où je vis, on peut apercevoir en même temps, en regardant vers le Sud, les murailles de la Vieille Ville et l'emplacement du Temple et, en portant le regard vers l'Ouest, à l'horizon, le pont des cordes, gigantesque monument qui orne depuis dix ans l'entrée de la ville nouvelle, œuvre de l'architecte espagnol Santiago Calatrava. Ce pont ultra-moderne qui s'intègre pourtant parfaitement dans le paysage de Jérusalem, avec ses cordes évoquant la harpe du Roi David et sa pointe tendue vers le ciel, est, à l'image de notre capitale et de notre pays, à la fois futuriste et ancré dans la tradition, ouvert sur l'avenir sans renier le passé.

Extrait d’Israël, le rêve inachevé, Quel Etat pour le peuple Juif? éditions de Paris/Max Chaleil 2018.

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MON NOUVEAU LIVRE VIENT DE PARAÎTRE : "SEULS DANS L'ARCHE? ISRAEL LABORATOIRE DU MONDE"

Un formidable parcours philosophique… Une méditation sur le sens de nos vies”.

Marc Brzustowski, Menorah.info

 

Une réfexion profonde sur des questions essentielles, comme celle du rapport de l'homme au monde et la place de la parole d'Israël”.

Emmanuelle Adda, KAN en français

 


En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon

 

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Tisha beAv à Jérusalem en 2048 - Quand le Temple sera reconstruit…

July 19 2020, 09:02am

Posted by Pierre Lurçat

 

Hélas, comme elle est assise populeuse, 

la cité naguère si solitaire!”

 

(Lamentations d’Ishaï)

 

Tisha BeAv en 2048… Le moment tant attendu sera finalement arrivé. Le Temple reconstruit ! Tout n’aura pas été sans difficulté, comme toujours pour les grandes entreprises humaines. Il y aura bien eu quelques frictions, des “tensions internationales”, quelques ruptures de relations diplomatiques, des menaces d’interventions militaires rapidement étouffées, et même quelques incendies de synagogues, en France et ailleurs (lesquelles avaient été depuis longtemps désaffectées et transformées en musées des communautés juives locales). Mais le vrai problème sera, comme toujours dans notre longue histoire, un problème entre Juifs. 


 

Le Temple reconstruit

 

Il y avait ceux qui voulaient rétablir le service du Temple comme autrefois, avec les Cohanim, la vache rousse et les sacrifices. (“Quelle horreur!”, s'exclamèrent les Juifs libéraux et progressistes, qui ne respectent les sacrifices que lorsqu'ils sont pratiqués par les fidèles d’autres religions). Il y avait ceux qui voulaient transformer le Temple en “Maison de prière pour tous les peuples”, au sens littéral, avec un espace pour nos frères chrétiens, un autre pour nos cousins musulmans, pour les bouddhistes, les shintoïstes, les adorateurs de Greta Thunberg et les adeptes de la religion du réchauffement climatique. Et même un petit espace pour les Juifs orthodoxes, (à condition qu'ils acceptent de ne pas séparer les hommes et les femmes).

 

D'autres encore, se souvenant des écrits du “Visionnaire de l'État”, avaient voulu édifier deux constructions : le Temple juif, et le palais de la Paix. Et il y avait surtout ceux qui - en modernes Protestrabbiner - protesteront contre le Hilloul ha kodesh, la profanation des lieux saints, et prendront le deuil de la reconstruction du Temple qu’ils n’aiment que de loin, tellement il est sacré. Et enfin, il y aura la cohorte des ultimes Juifs de la diaspora, qui auront saisi tout le danger de la reconstruction du Temple pour leur (tout relatif) confort diasporique et pour leur religion de l’exil. Pour ceux-là, on laissera un morceau de mur non crépi, en souvenir de l'époque bénie ou l'on pouvait languir le Temple


 

 La destruction du Temple de Jérusalem », par Nicolas Poussin © The Israel Museum


 

Dans Jérusalem agrandie, qui aura doublé de superficie, il y aura des “restaurants du coeur” aux saveurs des quatre coins de la dispersion, pour les nostalgiques et les rapatriés contre leur gré. Un “musée de la diaspora” virtuel leur permettra de déambuler virtuellement dans les rues de Deauville, de La Goulette et d’ailleurs, en se remémorant les délices de la vie sous la pluie, sous la dhimma ou sous la Croix. Et pour ceux qui ne parviendront toujours pas à se consoler de la fin de l’exil des Juifs, et qui seront dévorés par la nostalgie et par la nostalgie de leur nostalgie, un rite spécial sera instauré par le grand rabbinat, c’est-à-dire par le Sanhedrin, aidé par les meilleurs de nos hommes de lettres.

 

Chaque année depuis 2048, à Tisha BeAv, alors que le reste du peuple célèbrera le Retour de nos jours anciens et fera la fête, à Jérusalem et partout dans le pays (qui s’étendra depuis longtemps sur les deux rives du Jourdain), eux iront s'asseoir par terre, derniers fidèles parmi les fidèles, sur la place des rois d'Israël (qui sera pour l’occasion rebaptisée place Amos Oz), face au Kottel de l’ancienne mairie, lieu de toutes les manifestations de Chalom Archav, jadis. Assis à même le sol, ou sur un vieil exemplaire jauni du journal Ha’aretz - depuis longtemps disparu - pleurant amèrement le temple reconstruit,  la fin du Juif de l’exil, universaliste et humaniste, et de leurs rites anciens tombés en désuétude (les  repas de Yom Kippour, les actes de contrition antisionistes et les pétitions contre l'occupation dans les colonnes du Monde où du New York Times…)


 

Yishaï ben Yossi Sarid, auteur présumé des Lamentations d’Yishaï


 

Ils reciteront les lamentations d’Yishaï (du nom de notre grand écrivain Yishaï ben Yossi Sarid). “Hélas, comme elle est assise populeuse, la cité naguère si solitaire ! Elle, qui ressemblait à une veuve, aujourd’hui si puissante parmi les peuples ; elle qui était tributaire, aujourd’hui souveraine parmi les provinces !” Et ils pleureront amèrement sur la fin de l’exil, au milieu des foules en liesse célébrant Tisha BeAv et le Temple reconstruit… Oui, tout cela aura lieu et sera consigné dans les Chroniques du Retour à Sion. “Si voulez, ce ne sera pas un rêve”.

Pierre Lurçat

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Naomi Shemer (1930-2004), 16 ans déjà! *

June 30 2020, 19:00pm

Posted by Judith Assouly et Pierre Lurçat


 

Naomi Shemer, 16 ans déjà!

 

Qui ne connaît pas le nom de Naomi Shemer? * Sa chanson “Yeroushalayim shel zahav”, interprétée par Shuli Nathan, est devenue quasiment un second hymne national et c’est sans doute la chanson israélienne la plus connue aujourd’hui. Elle a été reprise et adaptée par les plus grands chanteurs, en Israël (comme Ofra Haza) et ailleurs (ici Rika Zaraï). 

 

Mais qui était Naomi Shemer? Un spectacle musical, Simané Derekh, produit par le théâtre Habima et qu’on a pu voir récemment dans les grandes villes israéliennes, retrace son parcours. Née à Kinneret en 1930, elle entame l’étude du piano à l’âge de 6 ans. Elle repousse son service militaire pour aller étudier la musique au conservatoire de Tel-Aviv et à l’Académie Rubin de Jérusalem.

 


 

Sa carrière musicale s’étend sur près de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 2004. On lui doit plusieurs des chansons les plus connues et les plus belles du répertoire israélien, parmi lesquelles Lu Yehi (écrite pendant la guerre du Kippour) qu’on entend ici interprétée par Hava Halberstein, peu de temps après sa création.

 

Au-delà de sa place incontestée dans le Panthéon de la chanson israélienne, et derrière l’image d’unanimité qu’elle semble réunir autour d’elle, Naomi Shemer a pourtant fait l’objet d’une polémique aussi vaine que futile, liée précisément à sa chanson la plus fameuse, Yeroushalayim shel zahav.

 

 

On lui a en effet reproché d’avoir donné une vision partisane de Jérusalem, en parlant de la “place du marché vide” comme s’il n’y avait pas d’habitants arabes à Jérusalem…

 

Cette polémique appelle deux remarques. Tout d’abord il n’est pas anodin que l’auteur de ce reproche ait été une autre icône de la culture israélienne, l’écrivain Amos Oz, dont l’itinéraire intellectuel et politique s’apparente à une remise en question de tout l’ethos sioniste, comme je l’ai écrit ici. (1)

 

Deuxièmement, Naomi Shemer, tout en s’engageant politiquement, n’a jamais prétendu être une artiste engagée et elle a souffert de cette polémique. 

Rappelons nous donc de l’immense artiste, et écoutons là interpréter une de ses chansons immortelles http://www.israelseder.org/?p=321

Pierre Lurçat

(1) Voir  http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/12/quand-amos-oz-s-appelait-encore-amos-klausner-une-histoire-de-des-amour-et-de-tenebres-pierre-lurcat.html

* Extrait de l’émission que Judith Assouly et moi avons consacrée à Naomi Shemer sur Studio Qualita. https://www.studioqualita.com/single-post/2019/08/02/CulturaSion%E2%80%99-4---Naomi-Shemer-%E2%80%9CIsha-Ovedet%E2%80%9D-%E2%80%9CHa-Halonot-hagevohim%E2%80%9D

 

LIENS

 

Yeroushalayim shel zahav, Shuli Natan 

 https://www.youtube.com/watch?v=mjmMllp8hJg

Yeroushalayim interpétée par Rika Zarai 

https://www.youtube.com/watch?v=WlRB4hVFYMM

Lu Yehi interprété par hava Alberstein 

https://www.dailymotion.com/video/x6udil

Naomi Shemer chante au bord du Kinneret 

http://www.israelseder.org/?p=321


 

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Parlez au cœur de Jérusalem (Isaïe 40;2), Rav Menachem Chouraqui

May 21 2020, 09:43am

Posted by Menachem Chouraqui

Tlemcen, Algérie, l’année 5657 (1897). La très ancienne communauté juive, dont les racines remontent à l’époque des Guéonim et réputée dans toute l’Afrique du Nord pour ses illustres rabbins, ne parvient pas à retrouver sa sérénité depuis que les provocations et les agressions des musulmans contre ses dirigeants et ses fidèles ne font que s’intensifier.

En effet, depuis plusieurs années, une secte musulmane extrémiste a pris le contrôle de la ville. Ses adeptes font régner la terreur sur les habitants des localités voisines et organisent de nombreuses rebellions armées contre les autorités. Tlemcen la ville pacifique et pastorale était devenue un centre mondial d’études de l’islam et un centre spirituel pour des musulmans intéressés à approfondir la mystique du Coran. Nombreux parmi eux venaient en pèlerinage sur la tombe du « saint de Tlemcen » Sha’ib Abou Medine Al Andaloussi. De même, La grande mosquée érigée à sa mémoire était devenue au fil du temps un pôle d’attraction pour les seigneurs et princes du monde arabe.

700 ans auparavant, Sha’ib Abou Medine avait mis sur pied une fondation à but religieux (הקדש) par le biais de laquelle il avait acquis des terres dans le village de Ein Kerem près de Jérusalem. Tous les revenus de cette fondation étaient consacrés à subvenir aux besoins des musulmans du Maghreb installés dans la partie située à l’Ouest du Mont du Temple, la Porte des Maghrébins, sous le règne du gouverneur Nour A Din Tahnat, et ce jusqu’à l’arrivée de leur Mehdi (messie). Les très importants revenus de la fondation lui permirent, entre autre, d’acheter un grand édifice à proximité d’Al Bouraq, considéré comme lieu éminemment sacré pour les musulmans.

le Rav Haïm Bliah

Plongés dans le désarroi et face aux dangers qui menacent la Communauté juive de Tlemcen, ses notables décident de se tourner vers leur dirigeant spirituel, le Rav Haïm Bliah, et le supplie de trouver un moyen de dialoguer avec les responsables musulmans, afin de calmer, ne serait-ce qu’un moment, la tension régnante entre les deux communautés. Restent encore vivants dans la mémoire des Juifs de Tlemcen le souvenir des nombreux pogroms subis 50 ans auparavant durant lesquels le grand-père du Rav Bliah avait été pourchassé et contraint de s’enfuir précipitamment pour échapper à la mort. Le Rav Bliah accepte de prendre sous sa responsabilité cette mission et de mettre un terme à ce conflit. Accompagné par son confrère du Tribunal rabbinique, le Rav David Hacohen Scali, il décide d’organiser une rencontre, a priori à caractère pacifique, avec les principaux dirigeants musulmans les plus extrémistes. La rencontre aura lieu un vendredi, au terme de la prière devant la grande mosquée au nom du “saint de Tlemcen”.

le Rav David Hacohen Scali

Rabbi Haïm Bliah âgé de 61 ans et Rabbi David Hacohen Scali de 36 ans sont deux grands érudits et éminents décisionnaires, des talmidei hakhamim dont la piété et la sagesse sont de notoriété parmi tous les plus grands sages d’Afrique du Nord.

Vêtus de leurs tuniques rabbiniques traditionnelles, enveloppés de talithot et accompagnés par des notables de la communauté et par de nombreux juifs, ils s’approchent de la foule musulmane qui devient de plus en plus menaçante.

La tension est à son comble. L’assistance retient son souffle dans l’attente d’entendre les paroles du  Rav Bliah.

Soudain, à la stupéfaction générale, le Rav Bliah s’avance devant les dirigeants musulmans et se met à les conspuer et bafouer leur religion ainsi que leur prophète. Lorsque le Rav Hacohen Scali se joint à son collègue et invective lui aussi l’assemblée musulmane, ensemble ils suscitent un tôlé général auprès des personnes présentes. Aussi bien les juifs que les musulmans sont frappés de stupeur. Personne ne s’attendait à une réaction aussi virulente et aussi provocante de la part de ces honorables rabbins.

Puis le Rav Bliah sortit son choffar et sonna d’un son fort et long qui fit trembler toute l’assistance et s’exclama envers les arabes : « Si vous pensez que Jérusalem vous appartient grâce aux possessions que vous avez là-bas, détrompez-vous et sachez que précisément dans 70 ans, Jérusalem et le Mont du Temple seront restitués aux mains des Juifs par leur gouvernement souverain en terre d’Israël ».

Les paroles du Rav Bliah, engendrèrent un profond émoi et étonnement parmi toute l’assemblée.

Le courage et l’audace de ces deux rabbins qui s’étaient dressés sans peur face à une foule hostile suscitèrent chez les musulmans, paradoxalement, un profond sentiment de respect. Ainsi, de façon presque miraculeuse, après cet évènement, la ville de Tlemcen reviendra au calme et ce, pendant de nombreuses années.

Le 1er congrès sioniste à Bâle

Nous sommes le 26 du mois d’Iyar et trois mois avant le premier congrès sioniste à Bâle (Suisse).

Les paroles du Rav Bliah trouvèrent un vaste écho auprès de toutes les communautés juives d’Afrique du Nord durant plusieurs années et éveillèrent une profonde curiosité chez leurs dirigeants rabbiniques quant à leur véritable signification.

Trente ans plus tard, en 1926, dans un de ses ouvrages, le Rav David Hacohen Scali faisant référence à la Déclaration Balfour écrivit en ces termes : « Béni soit Celui qui a choisis nos maîtres ainsi que leurs enseignements car leurs paroles ont été prononcées avec le Rouah Hakoddesh, du fait que nous voyons par nos propres yeux à notre époque qu’Hakadosh Baroukh Hou nous sourit et se tourne vers son peuple Israël, Jacob son lot d’héritage, car Israël ont trouvé grâce devant Dieu et auprès des souverains lui rendant hommage en leur octroyant un gouvernement et ont consenti à leur rendre leur héritage, notre sainte Terre, et déjà certains s’y sont installés avec une administration pour Israël dans la Terre de sainteté, parmi eux des ministres et des personnalités et chaque jour la lumière rayonne sur eux dont l’éclat va croissant jusqu’au plein jour. Et donc nous ne devons pas prendre les devants et libérer l’éclat de la lumière jusqu’au moment où il sortira et brillera en vertu du décret »

Neuf ans après en 1935, le Rav David Hacohen Scali publiera dans l’un de ses livres un article intitulé « elle se hâte vers son terme ». Dans cet article, il précisera quand arrivera le temps où ‘l’éclat de la lumière sortira et brillera conformément au décret’. Se fondant sur la Tradition des Prophètes et des Sages d’Israël ainsi que sur les Sages de la tradition du Sod, il prédira avec précision la date de la libération de Jérusalem. Cet article aura un impact considérable sur les Sages d’Afrique du Nord et il sera cité par eux en temps de crise afin d’insuffler auprès de leurs fidèles de l’espoir dans la Guéoula, la Délivrance, prochaine.

En 5660 (1900) le Rav Scali quitte la ville de Tlemcen. Comme le veut la coutume des Sages d’Algérie quand ils se séparent l’un de l’autre, le Rav Bliah remettra à son confrère son choffar comme marque d’hommage et comme souvenir et témoignage de leur amitié. Le Rav Scali prendra avec lui ce choffar à la ville d’Oran, communément surnommée chez les juifs d’Algerie « Oran shel Hakhamim » (Lumière des Sages). Le Rav Scali sera nommé aux fonctions de grand rabbin et Président du Tribunal rabbinique jusqu’à son décès le 24 du mois de Iyar 5709 (1949).

Quand en 1932, son gendre et fidèle disciple, le Rav David Ibn Khalifa fut nommé grand rabbin et Président du

le Rav David Ibn Khalifa

Tribunal rabbinique dans sa ville natale, ce dernier se rendra à Oran pour solliciter la bénédiction de son Maître.  À cette occasion, le Rav Scali lui remettra le choffar du Rav Bliah. Le Rav David Khalifa, dernier grand décisionnaire d’Algérie, était sioniste de tout son être. Il participera de nombreuses fois au Congrès Sioniste à la tête d’une délégation de juifs d’Algérie pour le mouvement Hamizrahi.

Lors de l’un de ses voyages en Israël, le Rav Khalifa rencontrera son ami le Rav Elyahou Pardès, alors Grand rabbin de Jérusalem. Ils se connaissaient de longue date. Le Rav Pardès avait coutume chaque année au mois de Nissan de se rendre dans les communautés juives d’Afrique du Nord. C’est au domicile du Rav Khalifa qu’il passait toute la fête de Pessah.

le Rav Elyahou Pardès

Lors de cette rencontre, était également présent le Rav Shlomo Goren alors aumônier général de Tsahal. Le Rav Khalifa qui lors de tous ses voyages à Jérusalem prenait avec lui le choffar qu’il avait reçu de son Maître, raconta au Rav Goren l’histoire liée à ce choffar.  Le Rav Goren en fut très impressionné. A la fin de cette rencontre, le Rav Khalifa pris la décision de remettre ce choffar comme présent au Rav Goren en lui disant “que seulement lui, en tant que Rav à la tête du Rabbinat militaire de l’Etat hébreu renouvelé était digne de le détenir“. Le Rav Goren fut très ému de recevoir ce présent singulier et dit au Rav Khalifa qu’il le remettra en dépôt chez son beau-père, le Nazir qui lui aussi s’appelait David Hacohen, et qui également avait fait sien des comportements de piété et d’extrême sainteté. Le Nazir a cette époque restait cloitré à son domicile depuis la chute de la Vieille Ville et s’était contraint à ne pas sortir en dehors de son domicile jusqu’à la Libération de Jérusalem.

Le Rav Shlomo Goren, aumonier général de Tsahal

Pendant la Guerre des Six Jours, le 28 du mois de Iyar 5727 (1967), la jeep du Rav Goren roulant depuis la Bande de Gaza vers Jérusalem fut prise dans sous des tirs d’obus et prit feu avec le choffar que le Rav avait avec lui pendant la guerre.  Persuadé d’une foi profonde que durant cette guerre, il annoncerait la Guéoula au peuple d’Israël en sonnant du choffar près du Kotel Hamaaravi, le Rav Goren ne se séparait jamais de son chofar. Or voilà que le Rav n’avait plus de choffar. Il se devait impérativement d’en trouver un autre. Il se souvint alors du choffar qui lui avait été donné par le Rav Khalifa quelques années auparavant et qu’il avait déposé chez son beau-père, le Nazir.

Alors que la guerre battait son plein, l’élève et aide de camp du Rav Goren, le Rav Menahem Hacohen a raconté l’histoire suivante :

le Rav David Hacohen, le Nazir, au milieu

« Par ordre du Rav Goren je roule chez son beau-père le Rav David Hacohen, le Nazir, un des principaux disciples du Rav Kook. Le Nazir, une figure particulièrement passionnante. On l’appelait le Nazir parce qu’il se comportait comme un nazir. Après avoir pris sur lui d’être nazir, il ne buvait pas de vin, avait laissé pousser ses cheveux et était végétarien. J’arrive au domicile du Nazir et il ne dit rien. Pourquoi ? Parce que durant cette période difficile, il avait pris sur lui de s’abstenir de parler. Je lui dis : je voudrais prendre le choffar. Il semble qu’il me fait signe que le choffar se trouve au-dessus de l’armoire.  Je monte sur une chaise et je prends le choffar que je remets ensuite au Rav Goren. Plus tard, quand nous avons grimpé sur le tank à l’entrée de la Porte des Lions, le Rav Goren tenait ce choffar et un Sefer Torah. Pendant des heures, il n’a pas cessé de sonner de ce choffar. Nous sommes montés sur le Mont du Temple et là, l’état d’exaltation était à son paroxysme. Petit à petit, des combattants de diverses unités venant d’autres endroits de Jérusalem sont arrivés. Le Mont du Temple s’est rempli. Tous se sont tenus là sur le Mont et spontanément, ils ont entonné Yeroushalayim shel zahav ».

70 ans précisément après sa proclamation dramatique, la prophétie du Rav Bliah s’est réalisée ! Le Rav Goren sonnera avec le choffar du Rav Bliah que la Providence lui avait fait parvenir. Dans le feu des combats, avec l’arme de son chauffeur, le Rav Goren fera sauter l’écriteau de porcelaine sur lequel était écrit « Al Bouraq ». Ainsi, furent définitivement effacées les traces de Sha’ib Abou Medin Al Andaloussi à Jérusalem. Le Rav Goren a eu le privilège d’être l’instrument par lequel a été annoncé au peuple d’Israël et au monde entier que la Shekhina, la Présence divine, est revenue à la Maison.

Le Rav Goren sonnant du choffar sur le Mont du Temple

En ces heures intenses, endormi depuis presque 2000 ans, le cœur de Jérusalem s’éveilla et se mit à battre de nouveau au son du choffar. Le rythme de ses battements s’accéléra et s’intensifia lors de la parade des parachutistes sur l’esplanade du Mont du Temple. Le cœur de Jérusalem insuffla du sang frais à tous les membres du corps de la Nation lorsqu’entouré par des officiers de Tsahal, le Rav Goren se tenant droit, avec son choffar dans la main, entrera sur le lieu du Kodesh Hakodashim, le Saint des saints. Pour un instant, lors de la levée du drapeau sur le dôme du rocher, le cœur de Jérusalem semblait avoir rajeuni, s’être renforcé…. Pour un instant seulement. Le peuple d’Israël ayant bu de la coupe de la consolation, décida de cesser de parler au cœur de Jérusalem.

Tous mes remerciements au Dr Yossef Charbit pour les références historiques.

Rav Menachem Chouraqui

Rabbin de la communauté Kyriat Hana David

Directeur du Beith-Midrash Mikhlal Yofi

Jérusalem

Source : 

http://jerusalem24.com/blog/2020/05/19/parlez-au-coeur-de-jerusalem-isaie-402/

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Yuval Harari et Israël (III) - Le faux-prophète de Jérusalem

August 27 2019, 18:00pm

Posted by Pierre Lurçat

 

Celui qu'on a présenté comme le “penseur le plus important du monde” n’a en réalité rien inventé. Son livre Sapiens n’est qu’une compilation présentant “l’histoire de l’humanité” de manière condensée et orientée, selon une idéologie bien précise, comme nous l’avons montré dans la deuxième partie de cet article. L’idéologie qu’il défend est pour beaucoup dans le succès commercial planétaire qu’il a rencontré. Mais, au-delà du phénomène éditorial et commercial, il s’agit surtout d’un phénomène politique. Dans la dernière partie de notre article, nous voudrions aborder la dimension proprement philosophique des idées défendues par Yuval Harari et replacer la négation de l’homme inhérente à sa pensée dans l’histoire de la pensée occidentale.


 

La question de l’homme, hier et aujourd’hui

 

D’un point de vue philosophique, l’idée que l’homme serait “un animal comme les autres” n’est pas nouvelle. Nil novo sub sole… Dans l’Antiquité, les peuples païens pratiquaient les sacrifices humains, et même Aristote, le grand philosophe grec, considérait qu’il n’y avait aucune différence entre les conséquences d’un “grand vent qui dépouille les feuilles des arbres, fait tomber les murs des maisons et noie en mer un navire avec ses voyageurs". Comme l’explique Maïmonide, Aristote n’établit en fait aucune distinction entre “la mort d’une fourmi écrasée par un boeuf et celle d’hommes ensevelis pendant la prière dans une maison qui s’écroule”. (1) Dans sa vision du monde, marquée par les conceptions cosmologiques et naturalistes propres à la philosophie de l’Antiquité, il n’existe pas de providence individuelle, mais seulement une providence à l’échelle de l’espèce, humaine ou animale.


 

Aristote

 

Cette idée - la négation du caractère éminent ou spécifique de l’homme - court comme un fil conducteur à travers toute la philosophie occidentale, de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Plus près de nous, le marquis de Sade exprime ainsi la même idée, de manière encore plus nette que ne le faisait Aristote : « Qu'est-ce que l'homme, et quelle différence y a-t-il entre lui et les autres plantes, entre lui et tous les autres animaux de la nature ? Aucune assurément. (…) Si les rapprochements sont tellement exacts, qu'il devienne absolument impossible à l'œil examinateur du philosophe d'apercevoir aucune dissemblance, il y aura donc alors tout autant de mal à tuer un animal qu'un homme, ou tout aussi peu à l'un qu'à l'autre…” (2)


 

La définition de l’homme donnée par Harari s’inscrit donc dans le droit fil de la philosophie occidentale depuis Aristote : ce dernier définissait l’homme comme un ‘animal social’ et comme un ‘animal politique’, et Harari le définit comme un ‘singe’, capable de ‘coopérer en grand nombre’. Le naturalisme aristotélicien, selon lequel le monde est éternel et immuable, a fait place chez Harari à un naturalisme scientiste, dans lequel l’homme n’a aucune supériorité intrinsèque, morale ou spirituelle, sur les chimpanzés. Le reproche fait par Maïmonide à Aristote, celui de ne pas distinguer l’homme des autres créatures, est encore plus vrai s’agissant de l’idéologie dont Harari est le représentant. Celle-ci est en effet encore plus éloignée de l’idée hébraïque du Tselem - l’homme créé “à l’image de Dieu” - que ne l’était la philosophie d’Aristote.


 

Maïmonide


 

Animalité de l’homme ou humanité de l’animal?

 

En quoi ce débat philosophique ancien importe-t-il pour le lecteur aujourd’hui? A certains égards, la science actuelle - ou plutôt l’idéologie qui la sous-tend souvent - est plus proche des positions philosophiques de Maïmonide (création ex-nihilo, ce qui ressemble à la théorie du Big Bang) que de celles d’Aristote (éternité du monde). Mais sur un point essentiel, elle est conforme aux conceptions aristotéliciennes, contre lesquelles s’inscrit en faux la tradition hébraïque : lorsqu’elle prétend nier la spécificité, ou la valeur éminente de l’homme. Le débat véritable n’oppose en effet aujourd’hui pas les “créationnistes” aux “évolutionnistes”. Il oppose ceux qui veulent rabaisser l’homme à ceux qui veulent l’élever. C’est précisément ce que recouvre la notion hébraïque du Tselem


 

Il y a quelques années, j’ai pu contempler l’orang-outang du Jardin des Plantes, qui nettoyait scrupuleusement les vitres de sa cage et se livrait à un véritable numéro d’acteur, devant un public d’enfants et d’adultes tout aussi fascinés. Pourquoi cet orang-outang était-il tellement émouvant? Sans doute parce qu’il y a quelque chose qui ressemble à l’humain chez les grands singes. Non pas, comme le pense M. Harari, parce que les hommes seraient des singes un peu plus évolués. Mais parce que les singes ont parfois dans le regard un éclair d’humanité, qui nous les rend si proches et sympathiques.


 

Humaniser l’animal, ou animaliser l’humain?


 

A la suite de nombreux autres auteurs contemporains, Yuval Harari prétend que les hommes seraient simplement des singes qui auraient réussi à sortir de leurs cages, grâce à leur “capacité de collaboration”... Mais dans le même temps, il nie la liberté de l’homme, qui n’est à ses yeux qu’une fiction. En résumé : l’homme n’est pas plus libre que le singe dans sa cage, il a simplement l’illusion de la liberté… Cette conception d’un homme asservi est caractéristique de toutes les idéologies occidentales modernes, qui assujettissent toutes l’homme, à ses pulsions, aux moyens de production ou encore à ses neurones. Face à ces conceptions, la pensée hébraïque persiste à affirmer que l’homme, joyau de la Création, jouit du libre-arbitre.


 

Nier la liberté de l’homme : la leçon d’Auschwitz

 

Un ami me racontait récemment avoir visité une exposition à la Fondation Cartier, intitulée “Nous les arbres”. Elle présentait les arbres comme “les membres les plus anciens de notre communauté d’être vivants”. Selon une idéologie en vogue, en effet, il n’y aurait aucune distinction entre les règnes animal, végétal et l’humain. Tous sont englobés dans le même monde vivant. (3) Dans cette même exposition, cet ami eut la surprise de constater, en voulant répondre à un sondage organisé par la Fondation Cartier, que le pays Israël n’existait pas… Le lien entre ces deux affirmations n’est pas fortuit : dans un monde où Israël n’existe pas, l’homme n’existe pas non plus, en tant que créature distincte! Il est - dans le meilleur des cas - l’égal des chimpanzés et des arbres, et - dans le pire - moins qu’un chien ou qu’un rat, comme furent traités les Juifs à Auschwitz.


 

La négation de la spécificité de l’homme dans l’idéologie scientiste contemporaine aboutit immanquablement à le rabaisser, comme si l’obsession de ceux qui contestent la notion judéo-chrétienne de l’humain était précisément d’abolir la notion hébraïque du Tselem. Chez le biologiste Jean-Pierre Changeux, que nous avons cité précédemment, ce rabaissement passe par la comparaison (insultante) entre l’homme et le rat : L’homme, comme le rat, consacre une part essentielle de son temps (lorsqu’il ne dort pas) à boire, manger, faire l’amour…” Cette affirmation est comme le pendant en négatif de la création de l’homme relatée dans la Genèse : “Faisons l’homme à notre image...” 

 

Michel-Ange : la création d’Adam


 

Face à cette conception naturaliste et négatrice de l’humain, une autre voix vient de Jérusalem. Depuis trois millénaires, cette voix s’élève contre la tendance à l’abaissement, à la négation et à l’asservissement de l’homme. Omniprésente dans l’histoire humaine depuis Avraham, cette tendance est aujourd’hui revenue avec une force décuplée dans la culture occidentale, et elle a abouti aux horreurs du vingtième siècle, qui ont culminé dans la Shoah. Le timide “mea culpa” entendu après 1945 n’a malheureusement pas su traiter le problème à la racine, comme l’avait bien vu Avraham Livni, dans son grand livre Le Retour d’Israël et l’espérance du monde. Car la volonté de priver le vieux peuple d’Israël de sa terre, de sa Torah et de son identité, qui a culminé dans la Shoah, se poursuit en réalité jusqu’à nos jours. L’encensement d’auteurs juifs ou israéliens qui contestent tout apport d’Israël à l’humanité, comme le fait Harari, participe de cette négation d’Israël (4).


 

Loin d’être le représentant de Jérusalem (dont il nie le statut de capitale du peuple juif, comme nous l’avons vu), Harari est ainsi le porte-parole d’un Occident coupé de ses racines hébraïques et juives. C’est sans doute pour cela également qu’il est adulé et consacré “plus grand penseur du 21e siècle”... Mais il est aussi l’épiphénomène d’une époque dont on assiste aujourd’hui à la fin : celle où les Juifs n’avaient plus leur mot à dire sur les grandes questions, en tant que Juifs, c’est-à-dire, n’en déplaise à Yuval Harari, en tant que représentants de la civilisation qui a donné au monde le Décalogue, la Bible et le Talmud. Comme écrivait Rousseau dans L’Émile : « Les Juifs n’ont pas la possibilité dans la dispersion de proclamer leur propre vérité à l’humanité, mais je crois que, lorsqu’ils auront à nouveau une libre République, avec des écoles et des universités à eux, où ils pourront s’exprimer en sécurité, nous pourrons apprendre enfin ce que le Peuple Juif a encore à nous dire. ». L’époque pressentie par Rousseau ne fait que commencer.


 

Cérémonie d’inauguration de l’université de Jérusalem au mont Scopus


 

“Car de Sion sortira la Torah”

 

Dans son discours prononcé lors de l’inauguration de l’université de Jérusalem, le 1er avril 1925, le grand-rabbin d’Eretz Israël, Avraham Itshak Hacohen Kook, exprima le double sentiment d’espoir et de crainte que cet événement suscitait à  ses yeux. Espoir de voir l’université hébraïque faire rayonner le nom d’Israël dans le monde, et crainte que le nom de Dieu ne soit pas sanctifié, mais au contraire profané par elle. L’histoire devait lui donner raison, tant pour cet espoir que pour cette crainte. L’université israélienne (celle de Jérusalem et les autres) a bien fait rayonner le nom d’Israël, par ses réalisations scientifiques dans de nombreux domaines. Mais elle a aussi engendré de nombreux contempteurs de l’Etat d’Israël, et de l’héritage de la tradition hébraïque, dont fait partie Yuval Harari. Il lui reste aujourd’hui à réaliser l’autre élément du discours prophétique du rav Kook, celui qu’il a exprimé par les mots du prophète Isaïe : “Ki miTsion Tétsé Torah…” Car de Sion sortira la Torah” (5).

 

Pierre Lurçat

 

Notes 

(1) Rapporté par Jacob Gordin, “Actualité de Maïmonide”, dans Ecrits, Albin Michel 1995.

(2) Jean-Baptiste Vilmer, “Sade antispéciste?” Cahiers antispécistes, 2010.

(3) Le judaïsme, il est vrai, compare l’homme à l’arbre des champs, mais dans un sens bien différent, allégorique et spirituel.

(4) Harari, comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, prétend ainsi que “l’impact du judaïsme dans l’histoire humaine est minime”.

(5) L’espoir exprimé par le rav Kook rejoint - par un paradoxe inhérent à l’histoire du Retour à Sion - celui exprimé par un autre père fondateur de l’Etat juif, Zeev Jabotinsky, dans son fameux article “Le sionisme suprême”, qui se termine précisément par ces mots du prophète Isaïe : “Car de Sion sortira la Torah” .

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Tisha Be'Av : Jeûner, prier, se lamenter... Mais aussi agir en soutenant les Etudiants pour le Mont du Temple!

August 11 2019, 08:29am

Posted by Pierre Lurçat

En ce jour de Tisha Be'Av, alors que le peuple d'Israël est plongé dans le jeûne et l'affliction, le Mont du Temple est fermé aux visiteurs juifs sur ordre du gouvernement juif (!) et envahi par les fidèles d'une autre religion, qui profanent notre lieu le plus saint et se tournent dans leurs prières vers une autre ville lointaine...

Prier et jeûner ne suffira pas à changer cette situation. C'est ce qu'ont bien compris les membres de l'association "Etudiants pour le Mont du Temple", qui sont depuis plusieurs années au premier rang du combat pour préserver le Mont du Temple, y rétablir la souveraineté juive et mettre fin au Hilloul Hashem que constitue la situation actuelle. 

En soutenant leur combat et en répondant à leur appel, vous participerez vous aussi à restituer le Mont du Temple au peuple Juif, première étape vers la Reconstruction du Temple, "très vite et de nos jours", Amen!

Shalom,
Depuis cinq ans, nous, 'les étudiants pour le mont du temple', religieux et non religieux, luttons pour faire changer la situation actuelle sur le Mont du Temple et pour faire valoir nos droits et notre souveraineté à l’endroit le plus sacré du peuple juif.
Vous pouvez nous aider et nous soutenir en faisant un don ( même un petit don sera le bienvenu).
LIEN POUR EFFECTUER UN DON :

 

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לשרה ותום

Lire aussi sur le sujet : 

Yom Yeroushalayim sur le Mont du Temple : entre humiliation et espoir

Israël ne peut pas devenir « l’Etat de tous ses citoyens », un Etat comme les autres qui serait mû uniquement par les ressorts de l’économie et de la politique, et coupé de la source de Sainteté qui est le Mont du Temple (1). Jamais la situation n’a été aussi humiliante pour les Juifs qui montent sur le Har Habayit, le Mont du Temple, et jamais la nécessité de protéger le droit de culte des Juifs sur cet endroit, qui est le plus sacré du judaïsme, n’a été aussi évidente qu’aujourd’hui. Impressions ressenties le Yom Yeroushalayim, 5 juin 2016.

 

Le débat véritable et urgent qui devrait se tenir sur ce sujet crucial n’est pas tant celui de savoir si nous avons le droit – ou plutôt le devoir – de reconstruire le Temple, que celui de savoir ce que pourra devenir le Temple, une fois reconstruit. Redeviendra-t-il le lieu de sacrifices, comme autrefois, selon les mots de la prière (חדש ימנו כקדם), ou bien devrons-nous y instaurer un culte différent, peut-être même entièrement nouveau, qui ne ressemblera ni aux sacrifices d’antan ni aux prières actuelles dans les synagogues, instaurées après la destruction du Second Temple ?

 

1525035_10151756715916682_588206289_n.jpgA cette question immense, nous ne pouvons évidemment pas répondre aujourd’hui, Une chose pourtant est certaine, à mes yeux comme aux tiens : le Temple est le cœur de notre identité nationale et religieuse et la clé de notre possibilité de vivre sur cette terre que le monde entier nous dispute, comme l’avaient bien compris les Pères fondateurs du mouvement sioniste et de l’Etat d’Israël. Ceux qui se bercent de l’illusion qu’on pourrait renoncer au Temple et brader son emplacement, pour calmer les appétits de nos ennemis, sont oublieux des leçons de notre histoire ancienne et récente ; ils sont prêts à sacrifier ce que nous avons de plus sacré contre des promesses illusoires et des traités de paix qui ne valent pas l’encre avec laquelle ils sont écrits.

 

Je ne t’ai pas dit, hier, quand vous êtes redescendus, Tom et toi, du Har Habayit et que nous nous sommes rencontrés devant la synagogue de la Hourva reconstruite, au milieu de la foule en liesse du Yom Yeroushalayim, combien j’étais fier de votre courage et de votre ténacité ! Car il faut bien du courage pour se rendre là-haut, malgré les imprécations hostiles de nos ennemis et les gestes non moins hostiles des policiers (notre police !), qui traitent sans ménagement les Juifs venus faire acte de présence sur ce lieu sacré. Ceux-ci ne viennent pourtant ni par goût de la provocation, ni pour satisfaire un vague sentiment mystique ou religieux, mais comme shli’him, comme représentants de tout notre peuple (même si beaucoup d’entre nous sont encore totalement inconscients de ce que le Temple signifie pour Israël).

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De gauche à droite: Dan Beeri, Yehuda Etsion, Yoram Ginzburg et Neeman (Photo Makor Rishon)

Plus encore que la brutalité des policiers du Yassam, l’unité anti-émeutes, qui bousculent les fidèles juifs, même quand ils sont déjà sortis du périmètre de l’esplanade du Temple – c’est le sentiment d’être étranger sur sa propre terre qui est difficile à supporter. Si les dirigeants de notre Etat avaient une réelle conscience de ce que représente le Temple, alors ils auraient appelé, en ce jour de Yom Yeroushalayim, les Juifs à monter par milliers sur le Har Habayit, au lieu de les en dissuader par tous les moyens… L’amère vérité est que nos dirigeants se comportent eux-mêmes comme des étrangers dans notre capitale réunifiée il y a 49 ans, en laissant le Waqf musulman administrer  le lieu le plus sacré du judaïsme, comme l’avait fait avant eux Moshé Dayan, le vainqueur de la Guerre des Six jours, lorsqu’il avait confié les clés du Mont du Temple à nos ennemis, au lieu de proclamer avec force que nous étions revenus sur le Mont pour y rester et pour exercer notre souveraineté nationale.

 

Nos ennemis ne s’y sont pas trompés, car ils ne respectent pas la faiblesse de ceux qui ne sont pas sûrs de leur bon droit : nos hésitations et nos atermoiements les renforcent dans leur conviction que les Juifs ne sont pas chez eux à Jérusalem, ni dans le reste du pays. C’est d’ailleurs pour cette raison précisément que la Loi juive permet de fouler le sol sacré autour du Temple : pour y manifester notre présence en tant que conquérants et faire savoir à nos ennemis et au monde entier que le peuple Juif est revenu à Sion par la « force du droit » (selon les mots de M. Begin) et en vertu du droit politico-religieux conféré par notre histoire plurimillénaire.

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Nous avons reconquis Jérusalem et y sommes retournés en tant qu’occupants légitimes, et non pas comme des usurpateurs. Car le כיבוש n’est pas une insulte, comme voudraient le faire croire les représentants d’une morale et de valeurs étrangères au sein de notre peuple (qui prétendent que « l’occupation corrompt »). Le כיבוש est la seule façon de reconquérir une terre dont nous avons été éloignés à notre corps défendant. Il y a 49 ans (le temps d’un Yovel, d’un jubilé) les soldats de Tsahal et les parachutistes de Motta Gur libéraient Jérusalem des mains de l’occupant jordanien, qui avait transformé en latrines les pierres du Kottel.

 

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YOM YEROUSHALAYIM

Aujourd’hui, le Kottel est en partie libéré (même si une partie demeure ensevelie sous terre) et les Juifs du monde entier viennent s’y recueillir et y épancher leur cœur, pensant parfois à tort que c’est l’endroit le plus saint de Jérusalem, alors que la sainteté véritable se trouve au-dessus, sur le Har Habayit… Le plus dur reste encore à faire : libérer le Mont du Temple, pour que Jérusalem soit véritablement libre et devienne enfin la « Maison de prière pour tous les peuples » annoncée par nos prophètes, lorsque la liberté de culte s’y exercera pleinement pour les Juifs, comme elle s’y exerce déjà pour les fidèles des autres religions.

C’est vous, les Etudiants pour le Mont du Temple (סטודנטים למען הר הבית) qui avez, avec d’autres organisations, assumé la tâche noble et difficile d’entamer ce combat. Que Dieu vous bénisse et vous donne la force de réussir ! חזק ואמץ

Pierre Lurçat

(1) J'aborde ce sujet dans mon dernier livre, Israël le rêve inachevé, Editions de Paris 2018.

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Yuval Noah Harari et Israël (I) : Un penseur édulcoré pour un monde sans gloire

August 8 2019, 07:30am

Yuval Noah Harari et Israël (I) : Un penseur édulcoré pour un monde sans gloire

Le titre du magazine Le Point ‘était sans appel : “Entretien avec Yuval Noah Harari, penseur le plus important du monde”(1). Ainsi, le penseur le plus important du monde serait un Israélien! La nouvelle a de quoi réjouir ceux qui sont d'avis qu’Israël a un rôle intellectuel à remplir dans le monde actuel. Mais la lecture de l’interview, plus que décevante, est surtout édifiante. Harari n’est en effet pas le porte-parole d’une quelconque sagesse juive ou d’un savoir israélien, qui pourraient éclairer notre monde déboussolé… Bien au contraire, il réfute toute spécificité juive et va même jusqu’à affirmer que “l’impact du judaïsme dans l’histoire humaine est minime!” En effet, explique-t-il : “Les chasseurs-cueilleurs avaient des codes moraux des dizaines de milliers d’années avant Avraham”.

 

 

En cela, Harari n’est pas différent de bien des penseurs juifs illustres, au vingtième siècle et auparavant. La manière dont il s'évertue à dénier toute originalité au judaïsme ne constitue rien de très nouveau, depuis Freud et sa déconstruction de Moïse. Sa posture vérifie une “règle d’or”, qu’on pourrait énoncer ainsi : si un intellectuel juif veut voir son audience augmenter, il a tout intérêt à diluer le contenu juif de son message. Mettre de l’eau dans son vin, en quelque sorte, quitte à ce que le résultat final n’ait plus qu’une couleur rosâtre, presque translucide… Les exemples illustrant ce principe sont innombrables. Pensez à n’importe quel intellectuel juif médiatique, et vous verrez que l’étendue de son savoir juif (affiché ou réel) est inversement proportionnelle à son succès.

 

Dans le cas de Yuval Harari, on hésite pour dire s’il s’agit d’ignorance, d’un calcul délibéré, ou des deux à la fois. Son idée fixe de minimiser l’apport juif à la civilisation confine à l’obsession, comme s’il voulait dire sans cesse “Je suis Israélien certes, mais ma loyauté va avant tout aux valeurs universelles…” Ou encore (ce qui revient au même) : “Je ne suis pas de ces Israéliens à l’esprit étroit, qui croient encore que le peuple Juif aurait un message particulier à faire entendre au monde… C’est précisément de cela qu’il s’agit dans ses propos sur Israël et le judaïsme. “On nous dit que Jérusalem est la capitale éternelle du peuple Juif” alors qu’elle remonte à cinq mille ans et que le peuple juif a tout au plus trois mille ans d’existence”. Beau sophisme, qu’un journaliste un peu plus cultivé aurait aisément contré, en demandant à Harari quelle autre civilisation a fait de Jérusalem sa capitale…

 

Sur le même sujet, Harari se livre à une comparaison étonnante, qualifiant de “rétrograde” l’idée de reconstruire le Temple : “On voit une vision rétrograde presque partout : « Rendons à l'Amérique sa grandeur ». Si vous allez en Russie, cent ans après Lénine, la vision de Poutine pour l'avenir est en gros : « Retournons à l'empire tsariste. » Et en Israël, d'où je viens, la vision politique brûlante du moment est celle-ci : « Reconstruisons le temple”

 

Le Temple de Jérusalem : une vision “rétrograde”?



 

Yuval Harari explique aussi doctement à l’envoyé spécial du Point, Thomas Mahler, venu spécialement à Tel-Aviv pour rencontrer le penseur le plus important du monde, qu’il “a un problème avec le gouvernement actuel d’Israël”, car “le gouvernement actuel de B. Nétanyahou est en train de saper les libertés” [de pensée et d’expression]. M. Harari serait plus crédible si son souci de la liberté s’appliquait aussi à l’égard de la Russie de Poutine, qui vient de publier une version russe de son dernier livre avec d’importantes modifications dues à la censure, qu’il a acceptées sans sourciller. Les atteintes imaginaires à la liberté du gouvernement de Nétanyahou le dérangent plus que celles, bien réelles, de M. Poutine...

 

“Le terrorisme tue moins que le sucre”

 

Le reste de sa doctrine politique est à l’avenant. Dans ses “21 leçons pour le 21e siècle”, Harari énonce ainsi cette affirmation, qui explique sans doute en partie son succès planétaire : “le terrorisme tue moins que le sucre”. Au-delà de la vérité statistique, discutable, cet énoncé contient un mensonge politique, qui fera le bonheur de tous les dirigeants occidentaux (ces mêmes Macron et Merkel qui ont chaleureusement accueilli Harari), pressés de faire oublier la menace terroriste en parlant de réchauffement climatique ou d’autres menaces hypothétiques, qui ont l’immense avantage de ne comporter aucun ennemi.

 

“Le terrorisme tue moins que le sucre” : une idéologie qui abolit la notion d’ennemi

 

On est ici au coeur de la philosophie de Yuval Harari et de l’idéologie très actuelle qu’il défend, laquelle abolit toute notion d’ennemi et de guerre légitime. Les terroristes ne sont rien, oubliez l’Etat islamique, le danger c’est l’algorithme, l’alimentation ou le changement climatique! Slogans démagogiques, capables de séduire tous ceux qui refusent de désigner un ennemi bien réel, en préférant lutter contre des abstractions plus ou moins fantasmagoriques. On comprend dès lors le succès d’Harari : il renvoie à un Occident fatigué et doutant de lui-même une image qui lui plaît et le conforte dans sa lâcheté politique, face à l’Iran et aux autres ennemis de la liberté. Celle-ci n’est d’ailleurs, dans la doctrine postmoderne d’Harari, qu’une “invention des hommes qui n’existe que dans leur imagination”(2).

 

A l’aune de sa définition édulcorée (comme le sucre) du terrorisme, on peut deviner ce que pense Harari de la menace islamiste : “L’islamisme n’a quasiment aucun attrait pour les non-musulmans!” (Apparemment, il n’a pas entendu parler des légions de convertis occidentaux qui peuplent les rangs de l’Etat islamique et d’Al-Qaïda…(3). Autre perle : “l’islam n’a pas une influence globalisée”. “Bien sûr”, consent-il, “l’islamisme séduit, mais il ne faut pas le surestimer”.


Dans la deuxième partie de cet article, nous verrons comment la pensée de Yuval Harari est marquée par le cognitivisme et le scientisme ambiant et comment elle s’oppose radicalement à la tradition hébraïque, et en particulier à la notion du Tselem. C’est précisément parce qu’il défend des conceptions opposées au judaïsme qu’il est devenu le gourou (ou le faux prophète) d’un Occident coupé de ses racines juives.

 

Pierre Lurçat

(1) Le Point, 20 septembre 2018.

(2) Cité par Astrid de Larminat, “Homo Sapiens et Homo Deus: la nouvelle bible de l'Humanité ?” Le Figaro 8/9/2017.

(3) Sur ce  point, je renvoie à mon livre Pour Allah jusqu’à la mort, Enquête sur les convertis à l’islam radical, éditions du Rocher 2008.

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Shalom,
Depuis cinq ans, nous, 'les étudiants pour le mont du temple', religieux et non religieux, luttons pour faire changer la situation actuelle sur le Mont du Temple et pour faire valoir nos droits et notre souveraineté à l’endroit le plus sacré du peuple juif.
Vous pouvez nous aider et nous soutenir en faisant un don ( même un petit don sera le bienvenu).
 

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“Do bin ich geboren” : la petite fille de Jérusalem, par Pierre Lurçat

June 7 2019, 10:38am

 

Dans les dernières années de sa longue vie, ma mère se plaisait à parler yiddish, langue de son enfance qu’elle n’avait jamais oubliée, sans guère la pratiquer. Le yiddish était resté ancré quelque part, au tréfonds de sa mémoire. Lorsque je lui disais au téléphone, dans mes pauvres rudiments de yiddish faits de bribes glanées de sa bouche, complétées par des souvenirs de l’allemand étudié au lycée, que je l’appelais de “Yerousholoyeïm” (Jérusalem), elle me répondait immanquablement, avec un éclat de fierté dans la voix : “Do bin ich geboren!” - “C’est là que je suis née !” Elle ne s’en était jamais cachée. Ses origines n’étaient pas un secret honteux, enfoui sous le masque d’un nouveau nom acquis par mariage ou par naturalisation, comme chez certains juifs étrangers qui étaient, comme elle, devenus Français par mariage ou par naturalisation.

 

 

La petite Lipah Kurtz était certes devenue, dans des circonstances que je raconterai, Liliane Kurtz, puis Liliane Lurçat. Son nom et son prénom ne dénotaient aucune ascendance étrangère, et son visage au regard pénétrant, son front haut et son nez droit ne trahissaient guère ses origines. Mais jamais, au grand jamais, pas même pendant la période de l’Occupation, elle n’avait cherché à dissimuler celles-ci. Bien au contraire, elle les dévoilait au détour d’une phrase, dans une conversation anodine avec le facteur, avec un chauffeur de taxi ou un voisin de palier : “Vous savez, je suis née à Jérusalem…”. Elle portait fièrement ses origines yérosolymitaines, sans ostentation mais sans s’en cacher. La Jérusalem où elle était née - dans l’hôpital de la rue des Prophètes - et avait vécu quelques mois, avant de partir en France, pour y revenir brièvement à l’âge de trois ans, était bien différente de la métropole d’aujourd’hui. C’était une petite ville provinciale, poussiéreuse et somnolente, aux ruelles en terre battue, qu’arpentaient les commerçants - vendeurs de “tamar Hindi” - et les chameliers (un des premiers et rares souvenirs qu’elle avait gardés de sa prime enfance à Jérusalem).


 

Un chamelier à Jérusalem, 1928

 

Jérusalem en 1928, année de sa naissance, était une ville orientale, excentrée aux confins de l’empire ottoman, dont la domination avait pris fin dix ans auparavant, pour laisser place au mandat britannique. La communauté juive qui l’habitait était encore réduite, répartie entre les représentants de l’Ancien Yishouv, juifs religieux vivant de la ‘Halouka (c’est-à-dire l’aumône) et ceux du Nouveau Yishouv, pionniers sionistes laïcs, comme l’étaient mes grands-parents. Une photo de famille de l’époque, dont la couleur sépia trahit l’ancienneté - elle date de 1928 - montre mes grands-parents maternels entourés des frères et soeurs de ma grand-mère et de leurs parents, posant avec solennité chez un photographe de Jérusalem. Ma grand-mère, Chaya Kurtz, tient dans ses bras un bébé emmailloté, selon l’habitude d’alors, qui n’est autre que ma mère, Lipah. C’est la première et quasiment la seule photographie montrant ma mère bébé, petite fille de Jérusalem.


 

 

 

Quand et pourquoi mes grands-parents maternels s’étaient-ils installés à Jérusalem? Je n’ai pas de réponse précise à cette question, qui demeure entourée de mystère, ajoutant encore un parfum d’exotisme aux circonstances entourant la naissance de ma mère. Etait-ce là que vivaient les parents de Chaya, ou peut-être son mari y travaillait-il, après avoir mis fin à son errance perpétuelle de pionnier? Quoi qu’il en soit, c’était dans cette ville qu’ils s’étaient rencontrés et mariés, selon le récit familial transmis oralement par ma mère, qu’aucun document écrit ne venait attester.


 

Joseph Kurtz, mon grand-père

 

Mon grand-père, Joseph Kurtz, originaire de Cracovie, était “monté” en Israël juste après la Première Guerre mondiale, animé par l’idéologie sioniste socialiste et la volonté de construire le pays nouveau. En authentique “halouts”, il avait défriché les marécages et pavé les routes, allant d’un endroit à un autre, sans jamais s’installer à demeure, dans le cadre du Bataillon du Travail (Gdoud ha-Avoda) qui portait bien son nom, car ses membres étaient de véritables soldats, engagés corps et âme au service de leur mission édificatrice. Joseph avait aussi appartenu, sans doute brièvement, aux Chomrim, ces gardes à cheval qui protégeaient les kibboutz contre les incursions de maraudeurs et les attaques de bandes arabes. Une  photo de l’époque le montre, vêtu du costume bédouin prisé des Chomrim, un sabre dans les mains, coiffé d’une keffiah.


 

Chaya Kurtz, ma grand-mère

 

Ma grand-mère, Chaya Kurtz, née Shatzky, était venue en Palestine avec ses frères et soeurs et leurs parents. Sa grand-mère, Madame Landau, possédait une entreprise de textile à Bialystok, qu’elle avait vendue pour affréter un navire, et emmener des jeunes Juifs en Eretz-Israël. Sur la photo de famille couleur sépia, on la voit, entourée de sa famille : ses trois soeurs Fanya, Esther et Bluma, et leur frère Nahman. Je ne sais rien de la rencontre de mes grands-parents, sinon qu’ils se marièrent à Jérusalem, où sont nés ma mère et son frère aîné, Menahem, et qu’ils vécurent ensemble toute leur vie, jusqu’à la mort de Joseph, survenue l’année de ma naissance.

 

Liliane Lurçat z.l.

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