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“Lé-zarbeb ète- Azza”: L'hébreu, miroir de la vitalité et de l'optimisme du peuple d'Israël

June 10 2025, 07:54am

Posted by Pierre Lurçat

Abraham Zerbib, juge rabbinique dans la vie civile et conducteur de bulldozer

Abraham Zerbib, juge rabbinique dans la vie civile et conducteur de bulldozer

 

Après plus de 600 jours de guerre, Israël fait preuve d'une vitalité et d'une capacité de résilience impressionnantes. A ceux qui en douteraient, on donnera pour exemple le boom de la construction immobilière dans tout le pays, ou encore l'incroyable baby-boom qui remplit les maternités depuis le 7 octobre 2023. Mais c'est d'une autre vitalité que nous allons parler ici, celle de la langue hébraïque et plus précisément de l'argot militaire.

 

Ce dernier a toujours été depuis 1948 un élément important du renouveau et de la créativité linguistique. Un exemple récent nous permet de comprendre comment l'hébreu vit et se renouvelle. “Lé zarbeb” (לזרבב) : ce nouveau mot désigne le fait d'aplanir le terrain, de le déblayer de tout obstacle pour permettre à nos soldats de progresser sans crainte en territoire ennemi.

 

Ce verbe a été inventé récemment, en référence au rabbin Abraham Zerbib, juge rabbinique dans la vie civile et conducteur de bulldozer au sein de Tsahal que nous avons évoqué dans ces colonnes il y a quelques mois.  Les “mezarbevim”, les conducteurs de bulldozers et autres véhicules lourds remplissent un rôle essentiel dans la guerre à Gaza. Ils sont en première ligne et s'exposent aux tirs meurtriers des terroristes du Hamas, comme l'a montré récemment le décès de David Libi H.y.d.

 

"Lé-zarbeb et Azza" = "Aplanir Gaza". Ce slogan signifie qu'après le 7 octobre et les pogromes commis par le Hamas et par ses supplétifs de la population gazaouie, il n'y a plus de place pour les slogans mensongers sur la "coexistence", ou sur les "bienfaits économiques pour favoriser le calme" à nos frontières. La seule manière pour Israël de survivre dans un environnement hostile est d'être un lion parmi les loups. Alors oui, "Lé -zarbeb et Azza!" Aplanissons Gaza pour ne pas que Gaza nous détruise ! Am Israël Hai !

 

P. Lurçat

 

SAVE THE DATE ! Je donnerai le jeudi 26 juin à Paris une conférence sur le thème "Israël après le 7 octobre, la victoire du sionisme", sous l’égide de l’OSM.

“Lé-zarbeb ète- Azza”:  L'hébreu, miroir de la vitalité et de l'optimisme du peuple d'Israël

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Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

April 3 2025, 11:56am

Posted by Pierre Lurçat

Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

A lire dans le dernier numéro d'Israël Magazine qui vient de paraître: l'entretien exclusif que m'a accordé Me Ephraim Demri, l'avocat qui est au coeur des affaires les plus brûlantes de l’actualité! Affaire Feldstein, défaillances du Shin-Beth avant et après le 7 octobre, haine de Nétanyahou qui aveugle les dirigeants des services de sécurité et de l’armée, etc. Extraits:

Ma rencontre avec Me Ephraim Demri se déroule dans les salons de l’hôtel du Théâtre à Jérusalem. Il a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois, étant au cœur de nombreuses affaires très médiatisées qui ont défrayé la chronique. Celle des soldats de Sde Teiman, accusés à tort d’avoir “violé” un terroriste arabe du 7 octobre, ou celle du “Meraguel”, le mystérieux espion arrêté au cœur d’une base ultrasecrète de Tsahal quelques semaines après le 7 octobre, dans des circonstances mystérieuses.

Homme affable et volubile, il a grandi à Tibériade, au sein d’une famille juive tunisienne passée par Marseille, avant de “monter” en Israël en 1958. Son cabinet s’occupe de droit pénal et a notamment défendu le rabbin Eliezer Berland, ou des escrocs franco-israéliens dont il préfère ne pas donner le nom. Sa clientèle comporte aussi des hommes politiques de tous bords. Nous évoquons tout d’abord l’affaire des soldats poursuivis pour “violences” contre des terroristes du Hamas.

Pierre Lurçat : Comment trouvez-vous le temps de défendre pro bono* des soldats de Tsahal ?

Ephraim Demri : Les soldats passent avant tout. Si un soldat me téléphone maintenant et qu’il a besoin d’être défendu, je quitte tout pour m’occuper de lui. Lorsque la femme d’un des soldats arrêtés à Sde Teiman est venue me voir, elle m’a dit qu’elle voulait que je sois son avocat. J’ai représenté cinq des dix soldats interpellés. Deux ont été inculpés.

P.L. Tous les soldats ont été libérés depuis ?

E.D. Oui. Cinq soldats ont été accusés de violences sexuelles envers des terroristes du 7 octobre. Par la suite il s’est avéré que le film vidéo qui les incriminait était fabriqué…

P.L. Au début, le tribunal pensait que le film était authentique ?

E.D. Oui, et je vais vous expliquer pourquoi. Les juges militaires font confiance au procureur militaire, car 90% d’entre eux viennent du cabinet du procureur militaire. Ils partent du présupposé que ce que dit le procureur est vrai. Durant l’arrestation d’un des soldats, le représentant du procureur a expliqué qu’il détenait des preuves confidentielles.

La suite dans le prochain numéro d'Israel Magazine

https://israelmagazine.co.il/

Photo : PL Pierre Lurcat

 

 
Rencontres israéliennes: Me Ephraim Demri, l’avocat-bouclier des soldats de Tsahal

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5785 - Nouvelle année, nouvel ordre régional ? Pierre Lurçat

October 1 2024, 06:43am

Posted by Pierre Lurçat

5785 - Nouvelle année, nouvel ordre régional ? Pierre Lurçat

 

Seder hadash” (“nouvel ordre”) : jamais une opération militaire n’aura aussi bien porté son nom. L’opération magistrale menée par Tsahal au cœur de Beyrouth, qui a permis l’élimination du chef du mouvement islamiste chiite et principal “proxy” de l’Iran, a en effet de grandes chances de marquer l’aube d’une ère nouvelle au Moyen-Orient et d’un nouvel ordre régional. En supprimant méthodiquement les dirigeants du Hezbollah, Israël n’est pas seulement en train d’écarter la menace sur sa frontière Nord – préparant ainsi le retour dans leurs foyers des dizaines de milliers d’habitants déplacés au début de la guerre, il y a tout juste un an – mais il est aussi en passe de remodeler la carte de la région tout entière.

 

            La longue attente des habitants du nord d’Israël aura donc fini par être récompensée. Car il est clair aujourd’hui que la guerre au Liban ne s’arrêtera pas, tant que la sécurité n’aura pas été rétablie sur la frontière Nord. Mais au-delà de cette première victoire sur le front libanais, c’est en réalité tout l’équilibre stratégique qui est en train d’être modifié radicalement. Il faut se souvenir, pour comprendre l’étendue de ce changement, du fameux discours prononcé par Hassan Nasrallah en 2006, dans lequel il comparait Israël à une toile d’araignée.

 

Le plus grave n’était pas cette croyance – bien ancrée parmi les ennemis d’Israël – qu’ils allaient finir par réaliser leur projet génocidaire envers l’Etat juif honni (croyance qui n’est évidemment pas étrangère à l’attaque du 7 octobre). Non, le plus grave était sans doute que certains dirigeants et membres de l’establishment militaire israélien ont eux aussi fini par voir Israël – à travers le regard de ses ennemis – comme un Etat faible, et par redouter le Hezbollah, devenu à leurs yeux un ennemi invincible, face auquel l’armée israélienne n’avait aucune chance de vaincre.

 

Ainsi, paradoxalement, ce n’est pas seulement le “complexe de supériorité” souvent évoqué, au sein de Tsahal, qui a mené au 7 octobre, mais c’est en fait un double complexe d’infériorité-supériorité : supériorité technologique indéniable, accompagnée d’un sentiment d’infériorité morale. La stratégie offensive mise en œuvre depuis plusieurs semaines sur le front Nord – au terme de longs mois de guerre à Gaza – est ainsi en train de porter ses fruits, non seulement en remodelant la carte de la région, mais aussi et surtout, en rétablissant l’élément essentiel de la sécurité d’Israël : sa capacité de dissuasion.

 

La dissuasion de Tsahal restaurée

 

La notion de dissuasion est multiforme et difficile à appréhender, mais on peut la définir succinctement en disant qu’elle repose sur deux éléments : les capacités militaires, et la volonté de les utiliser. Dans le cas d’Israël, le premier élément était bien présent, mais c’est le second qui faisait défaut, surtout depuis les retraits successifs du Sud-Liban et de Gaza, qui ont contribué à faire croire à nos ennemis que nous étions affaiblis au point de nous retirer derrière des barrières et des “murs de sécurité”, attitude qui a toujours été interprétée comme un signe infaillible de la faiblesse de l’ennemi, depuis l’époque de la Bible.

 

            Depuis lors, c’était en réalité Israël qui était dissuadé face au Hamas et au Hezbollah, cas classique de ce qu’on appelle la dissuasion du faible au fort. Or, c’est précisément cet élément moral de la dissuasion qui a été rétabli en l’espace de quelques semaines, face au Hezbollah – et face à l’Iran son patron. Ce faisant, Israël a accompli un progrès décisif en direction de la restauration du “Mur d’acier” – concept créé par Jabotinsky il y a un siècle et devenu le pilier de la doctrine stratégique d’Israël. Contrairement aux fausses idées, devenues monnaie courante à partir des années 1990, la sécurité d’Israël ne repose en définitive pas seulement sur la supériorité technologique, ni sur la conclusion d’accords de paix – par définition réversibles et provisoires – mais avant tout sur la volonté démontrée d’assurer à tout prix notre existence, sans craindre la guerre. “Ni par la puissance ni par la force, mais bien par mon esprit”, selon les mots du prophète Zachari. Chana tova à tous mes lecteurs, que l’année 5785 soit celle de la victoire totale sur nos ennemis !

P. Lurçat

5785 - Nouvelle année, nouvel ordre régional ? Pierre Lurçat

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Le secret de l’armée israélienne vu par l'écrivain S. J. Agnon

April 8 2024, 08:23am

Posted by Pierre Lurçat

Agnon avec Ben Gourion

Agnon avec Ben Gourion

 

Le texte qu’on lira ci-dessous est exceptionnel à plusieurs titres. Shmuel Joseph Agnon, écrivain israélien et Prix Nobel de littérature, y aborde un sujet très actuel : celui de l’armée d’Israël. Les réflexions d’Agnon – sur les liens entre force physique et force spirituelle et sur le pacifisme notamment – demeurent étonnamment pertinentes pour la situation d’Israël aujourd’hui. Elles ont été publiées dans le quotidien Maariv à la veille de Simhat Torah en 1974 – c’est-à-dire il y a tout juste 59 ans et demi – sur l’initiative de la journaliste (et future membre de la Knesset) Geoula Cohen. Agnon est d'autant plus actuel qu'il est, tout comme son œuvre, à cheval entre deux mondes : celui de la tradition et celui de la modernité, celui de l'ancien Yishouv et celui des pionniers sionistes. Son regard sur la question brûlante des rapports entre armée et judaïsme est d'autant plus précieux. Bonne lecture ! P. Lurçat

“Je crois qu’il n’y a pas de force physique sans force spirituelle, qu’il n’y a pas de force sans Torah. En d’autres termes, aucun pouvoir physique ne se suffit à lui-même s’il ne provient pas d’un lieu de pouvoir spirituel, que nous appelons un « idéal ». Votre question concernant « l’Éternel des armées » et l’armée d’Israël est très profonde et difficile. En fait, j’ai une opinion arrêtée à ce sujet, mais j’ai besoin de clarifier un peu plus la raison pour laquelle j’ai cette idée. Il est écrit au sujet de Dieu que, sur le mont Sinaï, Il est apparu comme un vieil homme enveloppé dans un talith, et à la traversée de la mer Rouge, Il est apparu comme un guerrier. C’est ainsi qu’Israël devrait être lorsque nous devons nous engager dans des affaires spirituelles, enveloppés dans un talith ; mais quand c’est un temps de guerre, à Dieu ne plaise, alors même un époux sort de la chambre nuptiale et la mariée elle-même de dessous le dais nuptial !

Nous devons toujours croire que les deux sont interdépendants. S’il y a la sécurité, il y a aussi la possibilité de s’engager dans les affaires de la Torah ; s’il y a de la Torah, il y a de la force, s’il y a de la force, il y a de la Torah. Nous voyons avec Bar Kokhba que ses soldats observaient les mitsvot, c’est-à-dire qu’ils n’oubliaient pas les commandements de Dieu, et c’est ainsi que notre armée devrait être : non pas une armée pour une armée, ce que vous appelez un culte du pouvoir, mais plutôt pour l’amour de la Torah. Si je suis capable d’habiter ici, dans mon quartier de Jérusalem, Talpiot, qui est juste à la frontière, et d’étudier une page de la Guemara, c’est parce que je sais que l’armée israélienne me protège…

Je pense que l’armée n’est pas une partie de plaisir, mais s’adonner au pacifisme est une mauvaise affaire. En ce qui concerne nos pacifistes habituels, qui se prélassent dans leur pacifisme, les Sages ont déjà dit : « Quiconque fait miséricorde aux cruels finit par être cruel envers les miséricordieux ». J’ai reçu la visite d’un membre de l’Hashomer HaTzair, ce mouvement de jeunesse de gauche. En réponse à l’opinion qu’il m’a exprimée, j’ai répondu que le temps où le peuple d’Israël tendait le cou pour le massacre est révolu. Ils prétendent qu’une armée et la guerre ne conviennent pas au peuple d’Israël. Est-il « convenable » que notre ennemi nous massacre et que nous soyons massacrés ? En ce qui concerne l’ère messianique, il est dit : « Une nation ne lèvera pas l’épée contre une nation » (Isaïe 2 :4), mais pour y parvenir, nous devons être dignes du messie.

Autrefois, j’ai écrit une parabole satirique, « Le loup habitera avec l’agneau », sur les émeutes arabes de 1929 [publiées dans la revue Moznayim en 1930]. Je n’avais pas l’intention de m’en prendre, Dieu nous en préserve, à des personnes déterminées, mais seulement aux idéaux du pacifisme. Je n’ai pas formé mon opinion à partir d’idéologies, ni du pacifisme ni de son contraire. J’ai été instruit sur le pacifisme à mes dépens [P.L. lorsque la maison d’Agnon à Jérusalem a été dévastée dans les attaques arabes]. Mais cette histoire a provoqué un tollé à l’époque parmi les pacifistes du mouvement Brit Shalom [qui plaidait pour la coexistence judéo-arabe et renonçait à l’espoir d’un État juif], jusqu’à ce que tous, sauf un, Arthur Ruppin, prennent leurs distances… Ce n’est qu’avec le temps, après un peu d’introspection, qu’ils ont renouvelé leur amitié.

Je n’aime pas l’armée. Je ne parlerais pas d’une armée de Gentils de cette façon. Je ne suis pas touché par quoi que ce soit de pratique ou de technique. Une fois, j’étais à Yad Vashem le jour du Souvenir, et ils ont utilisé toutes sortes d’effets spéciaux, comme des torches et des choses comme ça, des choses qu’il y a quarante ans ou plus, je ne pouvais pas tolérer dans les théâtres de Reinhardt en Allemagne. Je veux vous dire, je sais que tout le monde est excité par le défilé de l’armée le jour de l’indépendance ; Je sais que les femmes sont très enthousiastes à ce sujet, mais cela ne m’impressionne pas... Pourtant, quand j’ai vu, ici, dans le quartier de Talpiot, les jeunes hommes de la guerre de libération, comment ils nous défendaient et comment ils venaient de leurs postes les veilles de Shabbat pour entendre le Kiddouch, alors je n’ai pas pu retenir mes larmes…”

(Traduit à partir de la version en anglais publiée par la Jewish Review of Books, “The Secret of Our Army’s Endurance” - Jewish Review of Books)

« Si je suis capable d’habiter ici, dans mon quartier de Jérusalem, Talpiot, qui est juste à la frontière, et d’étudier une page de la Guemara, c’est parce que je sais que l’armée israélienne me protège… »

« Si je suis capable d’habiter ici, dans mon quartier de Jérusalem, Talpiot, qui est juste à la frontière, et d’étudier une page de la Guemara, c’est parce que je sais que l’armée israélienne me protège… »

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Israël-Gaza : Comment transformer la victoire militaire en victoire politique ? Pierre Lurçat

March 4 2024, 08:04am

Israël-Gaza : Comment transformer la victoire militaire en victoire politique ? Pierre Lurçat

 

Dans une récente interview sur une chaîne française, l’historien Georges Bensoussan déclarait que “la solution militaire n’existe pas” et que la guerre menée par Israël contre le Hamas n’était “pas gagnable sur le long terme”, car “seule la solution politique est gagnable”. Ces propos convenus répètent un slogan déjà éculé de la gauche israélienne : la “solution ne peut être que politique”, et elle passe par la création d’un État palestinien. Ces slogans continuent ainsi d’être répétés comme un mantra par de nombreux intellectuels – à l’intérieur comme à l’extérieur d’Israël – qui s’obstinent à prétendre apporter des “solutions” dont le 7 octobre a pourtant démontré de manière flagrante la tragique inanité.

       En vérité, la principale leçon que l’on peut déjà tirer de la guerre menée par Israël à Gaza est exactement inverse : premièrement, Israël est en train de remporter une victoire militaire éclatante, qui dément tous les pronostics défaitistes. Deuxièmement, l’État hébreu est tout à fait capable de transformer cette victoire militaire en victoire politique, en dépit des obstacles nombreux qu’il devra pour cela surmonter. Cette transformation de l’essai a en fait déjà commencé.

Une victoire militaire sans précédent

       Le premier constat est celui de la nature sans précédent – au niveau mondial – de la victoire militaire contre le Hamas. Certes, aucun des deux objectifs principaux fixés par le gouvernement israélien (éradication de l’appareil militaire du Hamas et retour des otages) n’est encore atteint. Mais on peut d’ores et déjà dresser un bilan très positif de la guerre la plus longue depuis 1948. Comme l’explique ainsi Edward Luttwak, analyste militaire réputé, la victoire tactique remportée par le Hamas le 7 octobre est en train de se transformer en défaite stratégique face à Israël…

A cet égard, la victoire en cours met à mal un des axiomes de la pensée politique contemporaine, qui s’énonce ainsi : une démocratie ne peut pas gagner la guerre contre un mouvement de guérilla ou contre un mouvement terroriste. Ce “théorème” a souvent été entendu, depuis la guerre du Vietnam et jusqu’aux opérations américaines en Irak et ailleurs. S’il a pu être vrai dans le passé, il s’avère inexact aujourd’hui dans le cas d’Israël, pour une raison très simple : la guerre imposée à Israël par le Hamas ne ressemble aucunement à celles des États-Unis ou de la France, menées dans des pays lointains et sans frontière commune avec eux. 

Une guerre existentielle

Au Vietnam, en Indochine ou en Irak, les armées occidentales affrontaient des ennemis lointains, qui ne menaçaient pas leur existence souveraine. Israël se bat pour sa survie, pour rétablir des frontières sûres et pour restaurer sa souveraineté violée par l’attaque du 7 octobre. Cette différence cruciale explique pourquoi l’État juif déploie des efforts surhumains et fait preuve d’une incroyable capacité de résilience, tant militaire que civile. La guerre existentielle d’Israël contre le Hamas et le Hezbollah n’est pas une guerre coloniale, ni une “guerre inutile” et vouée à l’échec, face à un ennemi qui se battrait pour son indépendance. Elle est une guerre de survie, dans laquelle la seule option est celle de vaincre…

(LIRE LA SUITE dans le dernier numéro d’Israël Magazine, le pionnier de la presse francophone israélienne).

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Où était l’armée de l’air le 7 octobre? Ces “Gatekeepers” qui ont laissé entrer l’ennemi (III)

February 26 2024, 15:33pm

Un sentiment de supériorité et d'invincibilité

Un sentiment de supériorité et d'invincibilité

 

Au cours des mois qui ont précédé le 7 octobre, on a entendu à plusieurs reprises des officiers supérieurs de Tsahal, y compris des anciens généraux et chefs d’état-major, affirmer sans sourciller qu’ils n’obtempéreraient pas aux ordres du gouvernement de B. Nétanyahou. Le summum de ces appels à l'insubordination a été atteint lorsque des pilotes et des anciens dirigeants de l'armée de l'air ont affirmé qu’ils n’obéiraient pas aux ordres, y compris pour attaquer l’Iran et sa capacité nucléaire ! Or, le jour fatidique du 7 octobre, l’armée de l’air était aux abonnés absents… Y a-t-il un lien entre cette absence tragique et les appels à l’insubordination qui l’ont précédée ? Et si oui, quel est-il ? Troisième volet de notre série d’articles consacrés aux “Gatekeepers” qui ont failli dans leur mission de défense d’Israël.

 

Pourquoi le 7 octobre ? Ces “Gatekeepers” qui ont ouvert la porte à l’ennemi (I), Pierre Lurçat - VudeJerusalem.over-blog.com

Pourquoi le 7 octobre ? (II) Ces “Gatekeepers” qui ont oublié qui était l’ennemi, Pierre Lurçat - VudeJerusalem.over-blog.com

 

Une des questions les plus obsédantes que se posent des millions d'Israéliens et de Juifs à travers le monde depuis le 7 octobre est celle de savoir où était Tsahal, lorsque les hordes barbares de Gaza ont envahi le territoire israélien. Il ne s'agit pas d'une question théorique ou théologique, comme celle de savoir où était D.ieu pendant la Shoah… Non, il s'agit d'une question très simple et concrète. Où était Tsahal, où étaient ses chefs et ses officiers, et pourquoi ont-ils mis plusieurs heures avant de réagir, alors même que des centaines de soldats et de civils avaient déjà, eux, réagi et affluaient vers la frontière de Gaza ?

 

Cette question obsédante se pose avec une acuité décuplée s'agissant de l'armée de l'air, considérée depuis plusieurs décennies comme le fleuron de l'armée israélienne et devenue le pilier de sa doctrine stratégique de défense depuis 1967. Où était l'armée de l'air, pourquoi aucune escouade n'est-elle venue bombarder les hordes du Hamas et leurs supplétifs, pourquoi pas un seul avion n'était dans le ciel au-dessus de Gaza, à l'heure fatidique où des milliers de citoyens sans défense étaient attaqués ? La réponse définitive sera sans doute, espérons-le, donnée un jour par une commission d'enquête.  Une série documentaire de la chaîne publique Kan11 permet d’ores et déjà d’apporter des éléments de réponse.

 

Ha-Ahat” (“The One”) relate l'histoire d'une unité de l'armée de l'air, l'escouade 201, en octobre 1973. Le reportage nous plonge dans la vie quotidienne des pilotes pendant les heures critiques de la guerre de Kippour. On y découvre leur courage qui confine parfois à l’héroïsme (ainsi, un des pilotes fait prisonnier raconte avoir dit à un pilote égyptien, rencontré après la guerre : “vous avez utilisé de l’électricité (pour nous torturer) et nous avez brisé des cannes sur le dos, et nous n’avons rien dit… Je vais te révéler un secret : ‘Si vous m’aviez chatouillé, j’aurais tout raconté !”). Mais on découvre aussi leurs faiblesses et leur sentiment de supériorité et d'invincibilité, qui se mêle aux remords éprouvés après l’opération au cours de laquelle ils ont descendu par erreur un avion civil libyen, qui avait pénétré l’espace aérien d’Israël. La journaliste Sima Kadmon – elle-même ancienne soldate de l’unité – se focalise sans cesse sur les remords et sur le sentiment de culpabilité, comme si c’était l’aspect le plus important dans le vécu de ces soldats d’élite.

 

Un des moments clés du reportage est ainsi celui où un des pilotes exprime son sentiment à l’égard du gouvernement actuel (la série a été diffusée en septembre 2023). Lorsque Sima Kadmon lui demande ce qu’il répondrait à son petit-fils, s’il lui demandait s’il doit être incorporé dans l’armée, il répond sans hésiter : “Je lui dirais, mon cher petit-fils, je veux te dire qu’il n’est pas bon de mourir pour notre patrie… Et je souhaite que tu protèges ta vie. Et si tu dois prendre des risques pour ta vie, que cela soit pour la paix et pas pour la guerre…”. La journaliste insiste, en remarquant que c’est un message très troublant pour un jeune homme qui s’apprête à entrer dans l’armée… L'ancien pilote répond alors qu’il sait parfaitement ce que signifie qu’il n’est pas bon de mourir pour sa patrie. Car, explique-t-il, “notre pays a changé de visage. Ce n’est pas le pays duquel nous décollions alors…

 

Cette déclaration sans ambages d’un pilote n’est pas un acte isolé. Elle représente un état d’esprit hélas très présent au sein de ces anciennes élites de l’armée de l’air, qui ont subi en octobre 1973 un traumatisme dont elles ne se sont jamais remises. Ces anciennes élites ont joué un rôle clé – notamment à travers le mouvement “Ahim Laneshek” (Frères d'armes) – dans les manifestations incessantes qui ont prétendu faire tomber le gouvernement démocratiquement élu de l’Etat d’Israël, au cours des mois de luttes fratricides qui ont précédé le 7 octobre. A cet égard, elles portent une part de responsabilité dans ce qui s’est produit le jour fatidique de Simhat Torah.

 

La bonne nouvelle est toutefois que, même si l’armée de l’air était aux abonnés absents le 7 octobre, pour des raisons qui demeurent inexpliquées à ce jour, et même si une partie des élites au sein même de Tsahal a adopté un discours post-sioniste et anti-démocratique, à l’instar de ce pilote de l’unité 201, la jeunesse d’Israël, dans son immense majorité, reste profondément sioniste et continue de penser qu’il est “bon de mourir pour sa patrie”. Elle l’a prouvé le 7 octobre et continue de le démontrer chaque jour de la guerre la plus longue qu’Israël a connue depuis 1948.

P. Lurçat

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Pourquoi le 7 octobre ? (II) Ces “Gatekeepers” qui ont oublié qui était l’ennemi, Pierre Lurçat

February 1 2024, 09:25am

Posted by Pierre Lurçat

Ami Ayalon avec Itshak Rabin

Ami Ayalon avec Itshak Rabin

 

Comment les « Gatekeepers » ont-il pu méconnaître à ce point les intentions et le mode de pensée de nos ennemis ? Et pourquoi sont-ils tellement ignorants et méprisants à l’égard de la tradition d’Israël, ou plus précisément, pourquoi la considèrent-ils comme un danger et comme une menace sécuritaire, voire existentielle pour Israël ? Ce sont en fait les deux facettes d’une seule et même question. Deuxième volet de notre analyse consacrée aux « Gatekeepers », ces responsables des services de sécurité et de l'armée qui portent la responsabilité de l'échec colossal du 7 octobre. P.L. (Premier volet : Pourquoi le 7 octobre ? Ces “Gatekeepers” qui ont ouvert la porte à l’ennemi)

 

Si Israël, comme le pensent Ami Ayalon et tous ceux qui lui ressemblent, n’a vocation à être qu’un Etat occidental et une « démocratie libérale », alors effectivement, la question des droits de l’Homme est essentielle et c’est à l’aune du respect par Israël des « droits » de ses ennemis que peut se mesurer la réussite du projet sioniste. Cette hypothèse implicite n’est quasiment jamais remise en question, sinon sur le mode de la peur apocalyptique que suscite chez eux toute éventualité qu’Israël se transforme en autre chose[1]. Cette peur est explicitée par Ayalon sur la page de présentation de son livre au titre éloquent, Friendly Fire, How Israel became its own worst enemy, sur le site de l’université de Tel-Aviv.

 

 « Si Israël devient une dystopie orwellienne », écrit Ayalon, « ce ne sera pas grâce à une poignée de théologiens qui nous entraînent dans un sombre passé. La majorité laïque nous y conduira, motivée par la peur et propulsée par le silence ». Dans cette affirmation capitale, on trouve les deux credos fondamentaux de la gauche laïque pacifiste qu’il incarne : toute affirmation d’une identité juive israélienne dans le domaine public équivaut à un « retour à un sombre passé », et seule la « majorité laïque » peut empêcher ce scénario cauchemardesque.

 

Cette peur fantasmatique de la dimension collective du judaïsme est celle qui a animé les manifestations de l’avant 7 octobre, qu’Ayalon espère voir bientôt reprendre, avec la participation des 300 000 soldats qui se battent à Gaza. Aux yeux d’Ami Ayalon, le combat contre le Hamas est secondaire ; il ne doit pas effacer le combat prioritaire, celui pour l’identité d’Israël. C’est dans ce contexte qu’il appelle, aujourd’hui comme hier, à la création d’un Etat palestinien, sans se poser la question du danger que celui-ci représenterait pour Israël : « ll faut se battre pour un Etat palestinien, non parce que nous aimons les Palestiniens, mais pour notre sécurité et pour sauver notre identité ».

 

On comprend dès lors pourquoi Ami Ayalon, comme d’autres membres de l’establishment militaire israélien qui n’ont pas vu venir le 7 octobre, n’a pas changé d’un iota son discours depuis cet événement. A ses yeux, le 7 octobre et la guerre contre le Hamas ne sont qu’une parenthèse, qu’il faut s’empresser de refermer pour reprendre le combat intérieur, pour « sauver notre identité » (à savoir, celle d’un Etat laïque occidental dans lequel le judaïsme serait relégué à la sphère privée). Cette priorité du « combat intérieur » est la clé qui permet de comprendre la cécité d’Ayalon et des autres « Gatekeepers » partageant sa vision du monde face à la menace existentielle du Hamas et des autres ennemis radicaux du peuple Juif. Elle procède de la confusion – très répandue au sein de la gauche israélienne – entre l’adversaire et l’ennemi.

 

“Repenser l’ennemi” ?

 

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’affirmation d'Ayalon – étonnante en apparence – selon laquelle il convient de « repenser l’ennemi », ou la phrase sibylline sur sa page du site de l’université de Tel-Aviv (où il est professeur émérite du département d’histoire du Moyen Orient et d’Afrique) selon laquelle « En tant que chef de l’agence de sécurité du Shin Bet, il a acquis de l’empathie pour ‘’l’ennemi’’ ». Si le mot ennemi est placé entre guillemets, cela signifie que, dans l’univers conceptuel où évoluent Ayalon et les autres membres de l’establishment qui partagent ses idées, le concept même d’ennemi a disparu

 

Le Hamas n’est donc pas à leurs yeux un ennemi irréductible d’Israël et des Juifs, comme l’ont cru des millions d’Israéliens au lendemain du 7 octobre (et bien avant, pour les plus lucides d’entre eux). Non, explique Ayalon (après le 7 octobre !) : « Nous ne faisons pas la guerre aux Palestiniens. Il y a des Palestiniens qui soutiennent le Hamas. Ils ne le font pas parce qu’ils adhèrent à l’idéologie religieuse du mouvement, mais parce qu’ils voient le Hamas comme la seule organisation qui se bat pour leur liberté et la fin de l’occupation israélienne… »

 

Citation éloquente et presque sidérante, dans la cécité qu'elle exprime envers la situation actuelle à Gaza, telle que la décrivent des dizaines de témoignages concordants de soldats et d'officiers qui y combattent. Non, le soutien au Hamas n'est pas comme le décrit Ayalon, celui à une organisation qui « se bat pour leur liberté », selon la vision occidentale totalement mensongère du « combat pour la libération nationale » du « peuple palestinien » (discours inventé de toutes pièces lors de la création de l’OLP, avec le soutien actif de l’URSS). Comme l’ont rapporté les soldats depuis Gaza, le soutien au Hamas procède d’une adhésion totale à son discours apocalyptique et radicalement antijuif, discours profondément enraciné dans la culture de l’islam.

 

Ainsi, il s’avère que la cécité des « Gatekeepers » face à la menace existentielle du Hamas n’est qu’un élément de leur cécité plus générale envers toute notion d’un ennemi musulman irréductible. Dans leur vision du monde idéologisée, le seul « ennemi » qui mérite d’être combattu est l’ennemi intérieur, à savoir les Juifs nationalistes/religieux/messianistes, comme en atteste la récente campagne de Fake News sur la soi-disant « violence des colons », ou encore les déclarations de l’écrivain Haïm Beer sur ce sujet. Obnubilés par leur idéologie et par leur obsession de la guerre fratricide, les « Gatekeepers » d’Israël ont laissé l’ennemi véritable bâtir sa force militaire et pénétrer le territoire souverain de l’Etat juif. (à suivre…)

 

P. Lurçat

 

 

[1] Alors que le mouvement sioniste, pour ne parler que de l’histoire récente, a toujours été traversé par un débat intérieur sur la nature du projet sioniste et sur l’identité de l’Etat qu’il voulait fonder.

Pierre Lurçat  050-2865143 - Century21  5 rehov Marcus, Talbieh, Jérusalem  About us - Century 21 Jerusalem

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Une étincelle d’hébreu : “Tsava katan vé-khakham”, la “petite armée intelligente” a fait long feu

December 26 2023, 11:09am

Posted by Pierre Lurçat

Une étincelle d’hébreu :  “Tsava katan vé-khakham”, la “petite armée intelligente” a fait long feu

Parmi les expressions de l’avant 7 octobre qui sont tombées en désuétude depuis, il en est une dont les conséquences ont failli être mortelles pour Israël : la “petite armée intelligente” (Tsava katan vé-khakham). En gros, l’idée des promoteurs de ce slogan était qu’à l’ère de la technologie, Tsahal n’avait pas besoin de reposer sur un aussi large réservoir humain que par le passé, et qu’on pouvait allègrement tailler dans les budgets des divisions de réserve et dans celui de l’infanterie.

            Comme le rappelle Caroline Glick dans un article passionnant, traduit par le site Mabatim, l’auteur de cette doctrine n’est autre qu’Ehoud Barak, ancien chef d’état-major qui fut aussi l'un des plus mauvais Premiers ministres qu'a connus Israël. La guerre qui se déroule depuis 80 jours est la preuve que le moment n’est pas encore venu où “le loup cohabitera avec l’agneau” (et même quand il sera venu, mieux vaudra être le loup, comme a dit Woody Allen). En attendant, Tsahal doit rester l’armée du peuple (Tsava ha-Am) et redevenir une armée offensive, toujours prête à riposter et à attaquer de manière préventive, toujours sur le pied de guerre pour défendre notre petit pays.

Une autre leçon de l’après 7 octobre est que nous devons développer une industrie de l’armement qui soit orientée non seulement vers l’exportation (comme elle l’est aujourd’hui), mais aussi vers l’auto-suffisance et l’indépendance de l’armée israélienne, au lieu de dépendre de l’approvisionnement d’autres pays, fussent-ils nos meilleurs alliés comme les Etats-Unis. Comme l’écrivait l’écrivain H. Brenner il y a cent ans, “Ce n’est pas que nous n’avons pas encore dépassé le militarisme, nous ne l’avons pas encore atteint”.

P. Lurçat

J’ai dressé un premier bilan de la guerre actuelle au micro de Richard Darmon sur

Studio Qualita :

Qu'est-ce qui a changé pour Tsahal dans cette guerre ? -IMO#220 (studioqualita.com)

 

 

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Comment gagner la guerre selon la Torah? Tsahal, le droit juif et la guerre, P. Lurçat

October 15 2023, 16:26pm

Posted by Pierre Lurçat

Comment gagner la guerre selon la Torah? Tsahal, le droit juif et la guerre, P. Lurçat

Le principe fondamental du droit juif de la guerre est celui énoncé dans la Torah, selon lequel « celui qui vient pour te tuer, devance-le et tue-le ». Il s’applique en temps de paix, et à plus forte raison en temps de guerre. Ce principe fondamental, qui constitue une des bases du droit à l’autodéfense dans la loi juive, a des conséquences très concrètes. Ainsi, expliquent les auteurs du livre Torat Hamele’h, « celui qui vient pour te tuer » n’est pas forcément un soldat en uniforme portant une arme. La situation est souvent plus complexe, comme lorsque les soldats de Tsahal se trouvent en territoire ennemi, pour neutraliser des missiles dirigés vers les villes d’Israël et qu’un berger arabe aperçoit la patrouille de soldats et va informer les terroristes de sa présence… Dans cette situation, le berger est lui aussi considéré comme « celui qui vient pour te tuer ».

 

Un exemple concret d’une telle situation m’a été relaté par un jeune parachutiste, qui était en première ligne pendant la guerre contre le Hamas à Gaza en 2009. Les consignes officielles, inspirées par le Code éthique de Tsahal et le principe de « pureté des armes », étaient de ne pas tirer sans sommation sur des civils, mais les soldats de Tsahal ne les ont pas toujours respectées, car ils savaient pertinemment que ces civils représentaient parfois un danger réel pour leur vie. Dans ce cas précis, la loi juive, telle que l’expose La Loi du Roi, est beaucoup plus claire que le Code éthique de Tsahal. La loi juive interdit en effet à un soldat juif de mettre sa vie en danger pour éviter de tuer un civil ennemi, comme cela est arrivé très souvent à Gaza ou au Sud-Liban. L’exemple concret relaté ci-dessus permet de mesurer toute la distance entre la loi juive et le Code éthique de Tsahal, rédigé par des gens qui n’ont apparemment aucune connaissance du droit juif de la guerre.

La loi juive est beaucoup plus claire que le Code éthique de Tsahal

En effet, comme l’explique le rabbin et mathématicien Eliahou Zini [1], Tsahal agit souvent selon un code éthique et un principe de « pureté des armes », qui s’inspirent de règles morales étrangères (lesquelles ne sont pas toujours appliquées par les autres armées occidentales). Lorsque treize soldats israéliens ont été tués à Djénine en 2002, pour ne pas employer l’artillerie contre la population civile ennemie, c’était en raison de ce fameux code éthique [2]. Cette morale d’inspiration étrangère, qui préfère la vie de civils ennemis à celles des soldats de Tsahal, n’a rien à voir avec la morale juive authentique, celle de la Torah et des prophètes. Eliahou Zini souligne aussi que le Code éthique de Tsahal, rédigé par une commission nommée par l’armée et dirigée par un professeur de philosophie, Asa Kasher, fait tantôt référence à la « tradition du peuple Juif » et tantôt aux « valeurs universelles », mais qu’en cas de contradiction entre ces deux sources, ce sont les valeurs universelles (non juives) qui prévalent. Le Code éthique, poursuit Zini, affirme encore que l’objectif de Tsahal est de « faire entrave aux efforts de l’ennemi visant à perturber le cours normal de la vie », comme si la « défense d’Israël se réduisait à la mise en place d’un abri pour sa population ».

 

On comprend alors pourquoi le livre La Loi du Roi est considéré comme « séditieux » par les médias de gauche et par le pouvoir judiciaire. Ceux-ci sont en effet impliqués, à des degrés divers et avec des motivations différentes, dans le combat mené – avec l’appui et le financement d’ONG et de pays étrangers – pour entraver les mains de Tsahal dans sa guerre contre le terrorisme arabe. Le rapport Goldstone, on s’en souvient, reposait entièrement sur les accusations mensongères de « crimes de guerre » qui provenaient d’associations israéliennes d’extrême-gauche financées par l’Union européenne. Dans ce contexte, le débat légitime sur les normes éthiques et morales que doivent suivre les soldats israéliens devrait viser à redonner à Tsahal, face aux efforts répétés pour lui lier les mains dans la guerre contre le Hamas, les moyens juridiques, fondés sur le droit juif, d’affronter ses ennemis et de les vaincre.

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016).

 

[1] Eliahou Zini, « Code éthique ou matraquage politique », in Forum-Israël Nº 3, « Le temps de la guerre », éditions Ivriout 2006.

[2] « Depuis trop longtemps, des soldats de Tsahal ont été assassinés en vain dans la bande de Gaza, en Judée-Samarie, au Liban, uniquement afin de ne pas porter atteinte aux familles de terroristes, à leurs voisins, ou aux citoyens de peuples étrangers… Où est le respect de la vie de nos soldats, le respect de leurs familles, le respect de tout un peuple qui les a envoyés en première ligne ? ». Eliahou Zini, « Code éthique ou matraquage politique », art. cit.

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Retrouver les valeurs fondatrices de Tsahal : Avec la famille Goldin à Jérusalem : “Ramenez notre fils!”

July 12 2022, 08:14am

Posted by Pierre Lurçat

Hadar Goldin z.l.

Hadar Goldin z.l.

 

Le calendrier israélien n’est pas exactement identique au calendrier juif tel qu’on le connaît ailleurs. Il s’est enrichi de dates nouvelles, pour le meilleur et pour le pire. C’est ainsi que nous avons marqué hier en Israël (avec un jour de retard dû au shabbat) le Dix Tammouz, date du début de la guerre à Gaza en 2014, connue sous le nom de "Bordure protectrice” (Tsouk Eitan). A certains égards, le Dix Tammouz marque – tout comme le 17 Tammouz dont le jeûne sera observé la semaine prochaine - la “première brèche” dans la muraille de Jérusalem. Pour le comprendre, il faut écouter ce que nous disent les parents et le frère de Hadar Goldin, jeune soldat de Tsahal capturé par le Hamas pendant la guerre de 2014 et dont la dépouille mortelle reste jusqu’à ce jour aux mains du Hamas.

 

Je me trouvais hier après-midi au mont Herzl, avec la famille Goldin, en dehors du mémorial où se tenait la cérémonie traditionnelle avec les familles des soldats tombés pendant “l’opération Tsouk Eitan”[1]. La famille Goldin est restée en dehors, parce que le message qu’elle entendait délivrer aux dirigeants de l’armée et aux dirigeants israéliens ne pouvait l’être dedans… En effet, comme l’avait déclaré le père de Hadar, le Dr Simha Goldin, en août 2019 : “Hadar a été abandonné à trois reprises par la lâcheté de nos dirigeants. La première fois, sur le champ de bataille, lorsqu’ils ont empêché son officier de pénétrer dans l’hôpital du Hamas où il était apparemment détenu et blessé. La deuxième fois, à la fin de l’opération Tsouk Eytan, lorsque les dirigeants israéliens ont négocié (un cessez-le-feu) au Caire avec le Hamas, sans exiger la restitution des deux soldats Oron Shaul et Hadar Goldin. Et la troisième fois, pendant les cinq dernières années…” Simha Goldin a aussi déclaré, lors du congrès annuel du mouvement Im Tirtsu, que pour la première fois dans l’histoire de Tsahal, un soldat avait été déclaré “tombé au combat” en pleine guerre, alors qu’il était disparu et que son sort n’était pas encore connu avec certitude.

 

Simha Goldin devant le Lion de Tel Haï

 

Ce précédent dangereux a été fixé en contradiction avec la tradition remontant aux débuts de Tsahal, de ne jamais abandonner un soldat sur le champ de bataille et de ne pas le considérer comme mort, tant que sa dépouille n’avait pas été récupérée. Mais en quoi cela concerne la sécurité de l'État d'Israël tout entier ? La réponse nous a été donnée l'an dernier, lors des évènements auxquels on a donné le nom significatif de Shomer haHomot, "gardien des murailles", quand le Hamas a réussi à enflammer l'ensemble du territoire israélien et en particulier les villes mixtes d'Israël. Ce faisant, le mouvement terroriste islamique porté au pouvoir par le retrait israélien de la bande de Gaza a signifié que la clé de la sécurité en Israël était bien entre ses mains… Tout comme la dépouille mortelle du soldat Hadar Goldin et de ses camarades.

 

Pour retrouver la clé de notre sécurité, Israël doit tout d'abord retrouver le sens des valeurs fondatrices de Tsahal, et en premier lieu, celle de l'obligation sacrée de porter ses soldats tombés au combat en terre d'Israël. C'est alors seulement que l'État juif pourra retrouver le sens du Hadar, le nom donné par le Dr Simha Goldin et son épouse à leur fils aîné. “Hadar” signifie en effet “splendeur” et il fait référence au Chir Betar, l’hymne du mouvement de jeunesse sioniste créé par Zeev Jabotinsky, qui fut aussi le fondateur de la Légion juive, ancêtre de Tsahal. Puissent les mots du Chir Betar inspirer les dirigeants de notre pays et de notre armée. “Hébreu, dans la misère même tu es Prince, Dans la lumière ou l’obscurité. Souviens-toi de cette couronne”. Qu’ils se souviennent, eux aussi, du Keter, de la couronne. Qu’ils se souviennent du Hadar. Et qu’ils n’oublient pas non plus les paroles du Chir HaReout, rédigé par Haïm Gouri, de “l’amour consacré dans le sang” des soldats tombés dans les guerres d’Israël.

 

Pierre Lurçat

 

Soutenir le combat de la famille Goldin :

Contribute - Hadar Goldin (hadargoldinfoundation.org)

 

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J'ai le grand plaisir d'annoncer la parution prochaine du nouveau tome de la Bibliothèque sioniste, Le mur de fer, Les Arabes et nous de Vladimir Jabotinsky. Il paraîtra officiellement à la rentrée de septembre mais est déjà disponible sur Amazon en prévente promotionnelle.

 

 

 

[1] Le terme d’opération est un euphémisme pour désigner la guerre, mais nous avons l’habitude en Israël de ce genre d’euphémisme, depuis les “événements de 1929”...

Retrouver les valeurs fondatrices de Tsahal : Avec la famille Goldin à Jérusalem : “Ramenez notre fils!”

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