Overblog All blogs Top blogs Politics
Follow this blog Administration + Create my blog
MENU
VudeJerusalem.over-blog.com

post-sionisme

Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

March 23 2026, 15:24pm

Posted by Pierre Lurçat

Eloge de la guerre après le 7-Octobre : Comment Israël est devenu une puissance militaire incontournable

J’ai trois choses à leur dire : Il faut qu’ils amassent du fer,

Qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

V. Jabotinsky, Samson

 

 

Alors qu’Israël est plongé dans sa guerre la plus longue et la plus difficile depuis 1948, il peut sembler paradoxal, voire provocateur de faire l'éloge de la guerre… Pour comprendre ce titre paradoxal, il faut se rappeler quel est le prix que le peuple Juif a payé durant sa longue histoire pour avoir été privé du droit (et du privilège) de pouvoir se défendre par les armes. Le philosophe Michaël Bar-Zvi avait écrit il y a quelques années un essai qui portait précisément sur ce thème, intitulé “Eloge de la guerre après la Shoah”. Son beau livre portait en exergue les mots de Jabotinsky, mis dans la bouche de son héros Samson, qui constituent en vérité le testament du “Rosh Betar”, fondateur de l’aile droite du mouvement sioniste : “Il faut qu’ils amassent du fer, qu’ils élisent un Roi et qu’ils apprennent à rire”.

 

C’est en effet la dimension militaire que Jabotinsky ajouta au sionisme de Herzl, chez qui elle était totalement absente. Ce n’est donc pas un hasard si c’est l’hériter de Jabotinsky qui est aujourd’hui en train de mener Israël à ses plus grandes victoires militaires depuis 1967. Au regard de l’histoire du sionisme politique, il était dans l’ordre des choses que Benjamin Nétanyahou achève la “deuxième étape” du sionisme, envisagée par Jabotinsky dans son fameux article programmatique de 1926, le “Mur de fer”. Le véritable paradoxe est plutôt que Nétanyahou ait pratiqué pendant plusieurs décennies une politique de retenue à Gaza (dans la meilleure tradition de la “havlaga” prônée par le sionisme travailliste avant 1948), politique qui a abouti in fine à la catastrophe du 7-Octobre.

 

Les causes de ce paradoxe sont nombreuses. Citons, pêle-mêle, le traumatisme familial vécu par Nétanyahou lors de la mort de son frère Yoni, tombé à Entebbe, comme il le relate dans son autobiographie; le fait que sa farouche détermination concernant l’Iran ait été longtemps entravée par les chefs des différents organes de sécurité, notamment le Mossad; et enfin (et surtout) le fait que l’establishment politique et militaire israélien tout entier ait été pendant trois décennies intoxiqué par l’idéologie post-sioniste, dont j’ai retracé ailleurs les racines[1], et qui a abouti aux retraits désastreux de Judée-Samarie et de la bande de Gaza, directement responsables du 7-Octobre.

 

La fin de la parenthèse post-sioniste

 

Nous vivons depuis le 7-Octobre la fin de la parenthèse post-sioniste. Elle se manifeste par le retour aux valeurs fondatrices de Tsahal : porter la guerre sur le territoire de l’ennemi, mener des attaques préventives, éliminer les têtes de l’ennemi, etc. Mais ce retour aux valeurs fondatrices s’accompagne en réalité d’une montée en puissance et d’un changement de paradigme, et pour ainsi dire de statut. L’Israël de l’après 7-Octobre n’est pas celui d’avant : il est devenu plus fort, plus audacieux, plus conscient de son identité et de sa force  (et du lien consubstantiel entre son identité et sa force). Israël est devenu littéralement, de manière saisissante et presque miraculeuse, un “lion rugissant”. Son armée de l’air règne sans conteste dans le ciel de Téhéran, de Beyrouth et de Damas, faisant l’admiration du monde entier et notamment des Etats-Unis, dont il est devenu le meilleur (et le seul) allié militaire. Et son infanterie et ses blindés entrent au Liban sans peur et sans aucune retenue, détruisant les ponts du Litani, qui pourrait bientôt devenir la nouvelle frontière au Nord d’Israël, au moins sur le plan sécuritaire.

 

Pour comprendre l’étendue de ce changement et sa signification véritable, il faut se rappeler ce qu’était la doctrine stratégique d’Israël pendant les décennies de post-sionisme (qui s’étendent grosso modo entre l’après 1973 et le 7-Octobre). Elle reposait sur le paradigme mensonger des “territoires contre la paix” et de la retenue (“sheket tmourat sheket”, le “calme répondra au calme”). Elle se traduisait par une timidité assumée de Tsahal et par une vision purement défensive, exprimée dans la prouesse technologique du Kippa Barzel (dôme d’acier), dont la signification militaire, comme je l’ai souvent écrit depuis une quinzaine d’années, était en fait une dissuasion du faible au fort. Tsahal était en effet dissuadé d’attaquer et de détruire les missiles accumulés à Gaza (depuis le retrait désastreux de 2005) et en Iran (depuis 1979).

 

Faiblesse militaire et morale fallacieuse

 

Cette faiblesse militaire s’accompagnait d’une prétention “morale” fallacieuse, incarnée dans le fameux “Code éthique de Tsahal”, rédigé par un philosophe enfermé dans sa tour d’ivoire, Assa Kacher, qui était entièrement coupé des nécessités de la guerre et de la survie dans un environnement hostile. Le code éthique de Tsahal traduisait en termes militaires ce que le président de la Cour suprême, Aharon Barak, inspirateur de la “Révolution constitutionnelle” et de la judiciarisation de l’armée et de la vie publique tout entière, avait exprimé par la fameuse métaphore : “Tsahal se bat avec une main dans le dos”.

 

Cette terrible métaphore signifiait qu’aux yeux de Barak, comme à ceux des autres partisans de l’éthos progressiste d’inspiration occidentale, il était non seulement nécessaire de brider les mains de notre armée face à nos ennemis, mais que cela était bien ! Cette conception funeste fut responsable de bien des défaites militaires, et de morts inutiles de soldats de Tsahal exposés au feu de l’ennemi pour sauver à tout prix les “valeurs morales” d’inspiration non-juive, comme l’a bien montré le rabbin Eliaou Zini dans un article paru en 2006. (à suivre…)

Pierre Lurçat

 

* Mon dernier livre, Jusqu’à la victoire ! La plus longue guerre d’Israël, est disponible sur Amazon, à la librairie du Foyer à Tel-Aviv et au centre Begin de Jérusalem.

 

[1] Voir notamment mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

See comments

Face à la guerre: La France, Israël et le poison mortel de l’idéologie progressiste

November 23 2025, 15:56pm

Posted by Pierre Lurçat

Le général Mandon

Le général Mandon

Des officiers supérieurs représentant 20 pays ont participé à un séminaire militaire en Israël pour tirer les leçons de deux ans de guerre. Canada, république tchèque, Etats Unis, etc... Un grand pays occidental était absent : la France. Au même moment, le chef d'état-major français, le général Mandon, faisait une déclaration fracassante devant le congrès des maires de France, affirmant notamment que la France devait se préparer à une guerre de haute intensité contre la Russie d’ici trois à quatre ans, et appelant la nation à être prête à « perdre ses enfants » et à supporter de lourds sacrifices économiques pour protéger ses intérêts. Ces propos inhabituels ont suscité une vive polémique en France.

 

Les déclarations du chef d'état-major français et le scandale qu'elles ont suscité dans certains milieux et médias en disent long sur l'état d'esprit qui règne aujourd’hui en France. Qu'a dit en effet de scandaleux le chef d'état-major, sinon que la France devait se préparer à la guerre ? Mais l'élément le plus intéressant de son diagnostic est sans doute que la force militaire ne suffit pas, si elle n'est pas accompagnée de la "force d'âme"... Ce qui nous ramène à Israël.

 

Pendant plusieurs décennies, notre pays a été rongé de l'intérieur par une maladie pernicieuse, celle de l'idéologie progressiste et pacifiste du post-sionisme. C'est au nom de cette idéologie que l'état-major israélien avait rayé de son vocabulaire le mot victoire et qu'il avait diminué dangereusement les effectifs et les budgets de l'armée de terre, misant tout sur la seule puissance de “Hayl Haavir”, l'armée de l'air qui était aux abonnés absents le jour fatidique du 7-octobre, comme je l’explique dans mon dernier livre*.

 

Au nom du progressisme pacifiste, Tsahal avait perdu de vue sa mission capitale de défendre les frontières d'Israël, pour se consacrer à des choses aussi éloignées de son objectif vital que le réchauffement climatique, ou l'égalité hommes femmes dans les unités combattantes… Le 7-octobre a signifié à cet égard un coup de semonce et une piqûre de rappel terrible pour une armée et pour un establishment sécuritaire atteints de cécité et malades de l'idéologie progressiste. Après le terrible échec de l'avant 7-octobre, le réveil du peuple d'Israël a été à la hauteur de la menace existentielle  pesant sur notre pays. 

Souhaitons que la France suive l’exemple d’Israël et se réveille elle aussi de la torpeur mortelle du progressisme et du pacifisme. Ce n'est pas un hasard si le premier à dénoncer les déclarations  du général Mandon a été Jean Luc Mélenchon... Entre l'alliance avec les frères musulmans et Israël, le choix est clair. Pour survivre, la France doit devenir un peu Israël, comme l'a bien compris le chef d'état-major des armées Mandon

P. Lurçat

 

* Je donnerai une série de conférences en France pour présenter mon dernier livre et parler de la “victoire du sionisme après le 7-Octobre”. Je serai dimanche 30 novembre à Paris, lundi 1er décembre à Marseille, mardi 2 décembre à Toulon et mercredi 3 décembre à Monaco. J’aurai plaisir à vous y rencontrer!

INSCRIPTIONS :

Paris https://lnkd.in/dFmcrqKB

Marseille https://lnkd.in/dxWzzYJM

Toulon https://lnkd.in/dJZ_34qY

Monaco SUR INVITATION

 

 

“Avec ses chroniques et avec ce livre, Pierre Lurçat a véritablement cherché à « penser l’événement » : face à la réalité nouvelle du 7 octobre, mettre en question plusieurs notions héritées qui en entravent la compréhension et empêchent d’y faire face, mettre en place un nouvel appareil intellectuel et spirituel”

Jacques Dewitte

 

“Une lecture passionnante, qui tient à la fois du journal intime et de la philosophie politique”.

Daniel Horowitz

“Lurçat va droit au centre du séisme. Son livre le démontre : le 7 octobre n’était pas imprévisible, il était annoncé”.

Serge Siksik

 

“Un livre lumineux et essentiel pour comprendre ce qui se passe en Israël comme en France”

Christine Tassin

Face à la guerre: La France, Israël et le poison mortel de l’idéologie progressiste

See comments

Où était l’armée de l’air le 7 octobre? Ces “Gatekeepers” qui ont laissé entrer l’ennemi (III)

February 26 2024, 15:33pm

Un sentiment de supériorité et d'invincibilité

Un sentiment de supériorité et d'invincibilité

 

Au cours des mois qui ont précédé le 7 octobre, on a entendu à plusieurs reprises des officiers supérieurs de Tsahal, y compris des anciens généraux et chefs d’état-major, affirmer sans sourciller qu’ils n’obtempéreraient pas aux ordres du gouvernement de B. Nétanyahou. Le summum de ces appels à l'insubordination a été atteint lorsque des pilotes et des anciens dirigeants de l'armée de l'air ont affirmé qu’ils n’obéiraient pas aux ordres, y compris pour attaquer l’Iran et sa capacité nucléaire ! Or, le jour fatidique du 7 octobre, l’armée de l’air était aux abonnés absents… Y a-t-il un lien entre cette absence tragique et les appels à l’insubordination qui l’ont précédée ? Et si oui, quel est-il ? Troisième volet de notre série d’articles consacrés aux “Gatekeepers” qui ont failli dans leur mission de défense d’Israël.

 

Pourquoi le 7 octobre ? Ces “Gatekeepers” qui ont ouvert la porte à l’ennemi (I), Pierre Lurçat - VudeJerusalem.over-blog.com

Pourquoi le 7 octobre ? (II) Ces “Gatekeepers” qui ont oublié qui était l’ennemi, Pierre Lurçat - VudeJerusalem.over-blog.com

 

Une des questions les plus obsédantes que se posent des millions d'Israéliens et de Juifs à travers le monde depuis le 7 octobre est celle de savoir où était Tsahal, lorsque les hordes barbares de Gaza ont envahi le territoire israélien. Il ne s'agit pas d'une question théorique ou théologique, comme celle de savoir où était D.ieu pendant la Shoah… Non, il s'agit d'une question très simple et concrète. Où était Tsahal, où étaient ses chefs et ses officiers, et pourquoi ont-ils mis plusieurs heures avant de réagir, alors même que des centaines de soldats et de civils avaient déjà, eux, réagi et affluaient vers la frontière de Gaza ?

 

Cette question obsédante se pose avec une acuité décuplée s'agissant de l'armée de l'air, considérée depuis plusieurs décennies comme le fleuron de l'armée israélienne et devenue le pilier de sa doctrine stratégique de défense depuis 1967. Où était l'armée de l'air, pourquoi aucune escouade n'est-elle venue bombarder les hordes du Hamas et leurs supplétifs, pourquoi pas un seul avion n'était dans le ciel au-dessus de Gaza, à l'heure fatidique où des milliers de citoyens sans défense étaient attaqués ? La réponse définitive sera sans doute, espérons-le, donnée un jour par une commission d'enquête.  Une série documentaire de la chaîne publique Kan11 permet d’ores et déjà d’apporter des éléments de réponse.

 

Ha-Ahat” (“The One”) relate l'histoire d'une unité de l'armée de l'air, l'escouade 201, en octobre 1973. Le reportage nous plonge dans la vie quotidienne des pilotes pendant les heures critiques de la guerre de Kippour. On y découvre leur courage qui confine parfois à l’héroïsme (ainsi, un des pilotes fait prisonnier raconte avoir dit à un pilote égyptien, rencontré après la guerre : “vous avez utilisé de l’électricité (pour nous torturer) et nous avez brisé des cannes sur le dos, et nous n’avons rien dit… Je vais te révéler un secret : ‘Si vous m’aviez chatouillé, j’aurais tout raconté !”). Mais on découvre aussi leurs faiblesses et leur sentiment de supériorité et d'invincibilité, qui se mêle aux remords éprouvés après l’opération au cours de laquelle ils ont descendu par erreur un avion civil libyen, qui avait pénétré l’espace aérien d’Israël. La journaliste Sima Kadmon – elle-même ancienne soldate de l’unité – se focalise sans cesse sur les remords et sur le sentiment de culpabilité, comme si c’était l’aspect le plus important dans le vécu de ces soldats d’élite.

 

Un des moments clés du reportage est ainsi celui où un des pilotes exprime son sentiment à l’égard du gouvernement actuel (la série a été diffusée en septembre 2023). Lorsque Sima Kadmon lui demande ce qu’il répondrait à son petit-fils, s’il lui demandait s’il doit être incorporé dans l’armée, il répond sans hésiter : “Je lui dirais, mon cher petit-fils, je veux te dire qu’il n’est pas bon de mourir pour notre patrie… Et je souhaite que tu protèges ta vie. Et si tu dois prendre des risques pour ta vie, que cela soit pour la paix et pas pour la guerre…”. La journaliste insiste, en remarquant que c’est un message très troublant pour un jeune homme qui s’apprête à entrer dans l’armée… L'ancien pilote répond alors qu’il sait parfaitement ce que signifie qu’il n’est pas bon de mourir pour sa patrie. Car, explique-t-il, “notre pays a changé de visage. Ce n’est pas le pays duquel nous décollions alors…

 

Cette déclaration sans ambages d’un pilote n’est pas un acte isolé. Elle représente un état d’esprit hélas très présent au sein de ces anciennes élites de l’armée de l’air, qui ont subi en octobre 1973 un traumatisme dont elles ne se sont jamais remises. Ces anciennes élites ont joué un rôle clé – notamment à travers le mouvement “Ahim Laneshek” (Frères d'armes) – dans les manifestations incessantes qui ont prétendu faire tomber le gouvernement démocratiquement élu de l’Etat d’Israël, au cours des mois de luttes fratricides qui ont précédé le 7 octobre. A cet égard, elles portent une part de responsabilité dans ce qui s’est produit le jour fatidique de Simhat Torah.

 

La bonne nouvelle est toutefois que, même si l’armée de l’air était aux abonnés absents le 7 octobre, pour des raisons qui demeurent inexpliquées à ce jour, et même si une partie des élites au sein même de Tsahal a adopté un discours post-sioniste et anti-démocratique, à l’instar de ce pilote de l’unité 201, la jeunesse d’Israël, dans son immense majorité, reste profondément sioniste et continue de penser qu’il est “bon de mourir pour sa patrie”. Elle l’a prouvé le 7 octobre et continue de le démontrer chaque jour de la guerre la plus longue qu’Israël a connue depuis 1948.

P. Lurçat

Confiez-moi votre projet immobilier à Jérusalem ! pierre.c21jer@gmail.com

Confiez-moi votre projet immobilier à Jérusalem ! pierre.c21jer@gmail.com

See comments

Pourquoi le 7 octobre ? Ces “Gatekeepers” qui ont ouvert la porte à l’ennemi (I), Pierre Lurçat

January 26 2024, 07:06am

Posted by Pierre Lurçat

Ami Ayalon (au centre)

Ami Ayalon (au centre)

 

Comment les “Gatekeepers”, ces gardiens de la sécurité d’Israël et ces grands soldats, se sont-ils mués en promoteurs de slogans pacifistes aussi simplistes, et presque puérils, que “c’est avec ses ennemis qu’on fait la paix” ? Et quelle est leur responsabilité dans l’échec colossal du 7 octobre ? Premier volet.

 

Le 24 janvier, alors qu’Israël pleurait et enterrait les morts du terrible accident militaire de la veille, deux Israéliens publiaient chacun une tribune dans le quotidien Le Monde, connu pour son hostilité endémique envers l’Etat juif. Le premier, Elie Barnavi, expliquait pourquoi, après s’être opposé pendant les 100 premiers jours de la guerre à un “cessez-le-feu immédiat”, il avait fini par rejoindre le camp des défaitistes, qui affirment que “la guerre s’enlise” et qu’Israël ne peut pas gagner face au Hamas. Le second, Ami Ayalon, va encore plus loin dans le défaitisme : il explique tout simplement que la victoire est impossible et qu’Israël doit “repenser le concept d’ennemi”.

 

Ami Ayalon n’est pas simplement un intellectuel comme Barnavi. Ancien commandant de la Marine, il a été le patron du Shin-Beth (service de sécurité intérieure) entre 1996 et 2000. En 2012, il a participé activement au documentaire de Dror Moreh, The Gatekeepers (“Les gardiens”), dans lequel plusieurs anciens dirigeants du Shin-Beth évoquaient leurs problèmes de conscience et donnaient leur point de vue sur le conflit israélo-arabe. Ce film, tout comme la récente interview d’Ayalon dans Le Monde, permettent de comprendre l’univers conceptuel d’une large partie de l’establishment sécuritaire israélien depuis au moins trois décennies. On y découvre ce que pensent ceux qui – plus que tout autre secteur de la vie publique en Israël – portent la responsabilité de l’échec colossal du 7 octobre.

 

A ce titre, il faut écouter et lire ce que dit Ayalon. Il incarne un visage de l’Israël laïc, de gauche et pacifiste, dont l’influence sur les décisions essentielles pour le pays est inversement proportionnelle à son poids électoral (Ami Ayalon a été membre du Parti travailliste, aujourd’hui moribond). On y découvre surtout les valeurs et le mode de pensée de ces anciennes élites qui continuent, en grande partie, à modeler la politique d’Israël. Ayalon, soldat d’élite qui a pris part à toutes les guerres d’Israël entre 1967 et la première Intifada, a commandé la prestigieuse “Shayetet”, unité d’élite de la marine. A cet égard, on peut le comparer à Ehoud Barak, Ariel Sharon, Yitshak Rabin, ou bien d’autres grands soldats qui ont “tourné casaque”, pour devenir des promoteurs de “plans de paix” tous aussi foireux les uns que les autres, des accords d’Oslo aux retraits de Gaza et du Sud-Liban qui ont installé le Hamas et le Hezbollah aux portes d’Israël.

 

Des grands soldats devenus pacifistes

 

Comment ces “Gatekeepers”, ces gardiens de la sécurité d’Israël et ces grands soldats se sont-ils mués en promoteurs de slogans pacifistes – aussi simplistes et presque puérils – que “C’est avec ses ennemis qu’on fait la paix” ? Ayalon apporte des éléments de réponse à cette question cruciale, qui interroge l’histoire récente d’Israël mais aussi son avenir. Quand le journaliste lui demande si le retrait d’une partie des troupes israéliennes de Gaza signifie un tournant dans la guerre, il lui répond : “Je crois que cette question va bien au-delà des détails de cette campagne militaire. Au fond, quelle est la situation ? Notre problème réside dans la tension entre la terreur et les droits de l’homme. Toutes les démocraties libérales sont confrontées à un conflit entre violence terroriste et droits fondamentaux”.

 

Cette réponse qui peut sembler anodine met en évidence un aspect crucial du débat intérieur israélien et de la vision du monde de cet establishment sécuritaire et militaire, dont Ayalon est la parfaite incarnation : leur incapacité de penser Israël autrement que dans le cadre conceptuel de l’Occident et de la démocratie libérale, qu’ils voudraient que l’Etat juif incarne. Ce point essentiel permet à la fois de comprendre leur attitude envers les ennemis d’Israël (“Nous renonçons donc aux droits d’une minorité dans l’idée que nous allons combattre le terrorisme. Et nous ne comprenons pas qu’un jour, sans doute, nous allons nous féliciter d’avoir tué des bad guys, mais que nous aurons perdu notre identité”) et leur vision de ce qu’est et de ce que doit être Israël.

 

En décrivant le conflit entre Israël et ses ennemis selon le modèle réducteur de l’affrontement entre les démocraties et le terrorisme, l’ancien patron du Shin-Beth montre qu’il n’a pas compris une dimension importante du conflit, qui est apparue le 7 octobre dans sa criante évidence. Le Hamas, contrairement à Al-Qaïda, n’a pas seulement voulu tuer des Juifs et porter un coup symbolique à Israël (comme les terroristes du 11 septembre). Il a voulu (et réussi de manière partielle et momentanée) envahir le territoire israélien pour le conquérir.

 

Cette dimension territoriale propre à l’islam est, paradoxalement, un aspect crucial de ce qui échappe aux “Gatekeepers” devenus pacifistes, comme à l’ensemble du “camp de la paix” israélien. Ceux qui prétendaient échanger “les territoires contre la paix” s’avèrent ainsi les promoteurs d’une vision totalement inadéquate du conflit, dont leur “impensé” occulte bien des aspects essentiels. Dans la suite de cet article, nous verrons comment cet impensé concerne également l’identité juive de l’Etat d’Israël. (à suivre…)

Pierre Lurçat

 

Retrouvez mes dernières conférences et interviews sur ma chaîne YouTube.

See comments