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etat juif

Comprendre la Loi fondamentale sur l’Etat-nation (II): la question de l’égalité des droits, par Pierre Lurçat, avocat

December 22 2020, 16:17pm

Posted by Pierre Lurçat

Comprendre la Loi fondamentale sur l’Etat-nation (II): la question de l’égalité des droits, par Pierre Lurçat, avocat

Alors que la Cour suprême, dans ce qui constitue la deuxième phase de la Révolution constitutionnelle entamée dans les années 1990 et sa transformation en premier pouvoir en Israël, prétend examiner la "légalité" de la Loi fondamentale sur Israël Etat-nation, il importe de bien comprendre la signification véritable de cette loi. Analyse.

 

Dans la première partie de cet article, nous avons vu que la Loi fondamentale sur l’Etat-nation s’inscrivait dans le droit fil des textes fondant la légitimité de l’Etat d’Israël selon le droit  international, et notamment de la Déclaration Balfour de 1917 et de la Résolution 181 des Nations Unies de 1947. Nous voudrions à présent nous attarder sur la question controversée de l’égalité et sur les arguments de ceux qui affirment que cette loi porte atteinte à l’égalité des citoyens non-juifs de l’Etat d’Israël.

 

Première affirmation : l’égalité des droits mentionnée dans la Déclaration d’Indépendance a été délibérément omise dans la Loi fondamentale, qui abolit ainsi la notion d’égalité.

 

Cette affirmation, entendue très souvent au cours des dernières semaines, exprime une incompréhension fondamentale du système juridique israélien et de la structure de l’édifice législatif, en Israël et dans les pays démocratiques en général. Elle repose en effet sur l’idée erronée qu’une nouvelle loi aurait automatiquement pour effet d’abroger les lois précédentes. Il n’en est pas du tout ainsi ! Non seulement la Loi fondamentale n’a pas pour effet d’abroger les lois antérieures - mais elle vient en réalité les compléter (1).

 

Pour analyser la place de la Loi fondamentale sur l’Etat-nation au sein de l’édifice juridique et constitutionnel israélien, je propose de recourir à l’image du puzzle. Chaque loi fondamentale vient en effet s’insérer dans un ensemble plus vaste dont elle constitue un élément. La complémentarité de chacun des éléments de ce puzzle tient à la fois à des raisons procédurales (le législateur israélien ayant décidé de recourir au système de l’élaboration d’une Constitution par étapes, en s’inspirant notamment du modèle allemand d’après 1949), et à des raisons de fond (2).

 

Sur le fond en effet, la Loi fondamentale sur l’Etat-nation vient s’insérer de manière logique dans l’édifice constitutionnel, aux côtés des deux éléments déjà édifiés depuis 1948. Le premier élément était celui des Lois fondamentales décrivant le fonctionnement des institutions (Knesset, Président de l’Etat, etc.). Le second était celui des droits de l’homme, qui sont énoncés dans les deux lois fondamentales de 1992. Le troisième élément, qui faisait défaut jusqu’alors, était celui du caractère juif de l’Etat, ou si l’on préfère de la “carte d’identité” de l’Etat d’Israël.

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La carte d'identité de l'Etat (photo : la Knesset)

 

 

Dernier point, qu’il n’est pas inutile de rappeler : la Déclaration d’Indépendance affirme certes que tous les citoyens d’Israël bénéficient de droits égaux, sans distinction d’origine. Mais elle mentionne également le droit au Retour, qu’elle réserve exclusivement aux Juifs et à leurs descendants, ce qui montre bien qu’elle n’est pas motivée uniquement par un souci d’égalité.

 

Deuxième affirmation : la Loi fondamentale sur l’Etat-nation vient consacrer une inégalité de fait entre citoyens juifs et non juifs.

 

Cette affirmation procède là encore d’une vision erronée de la réalité, tant politique que juridique, de l’Etat d’Israël. En réalité, il n’existe pas d’inégalité, de jure ou de facto, entre les citoyens de l’Etat d’Israël. Ceux-ci bénéficient en effet des mêmes droits politiques et sociaux, quelle que soit leur appartenance religieuse ou ethnique, conformément aux termes de la Déclaration d’Indépendance de 1948. Ceux qui dénoncent une prétendue inégalité contestent en réalité la nature même de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat-nation du peuple juif, comme on l’a bien vu lors de la manifestation organisée samedi dernier à Tel-Aviv, au cours de laquelle les manifestants arabes israéliens ont brandi des drapeaux palestiniens !


 


Manifestation contre la Loi sur l’Etat nation à Tel-Aviv

 

Pour illustrer l’inanité de cette affirmation, prenons l’exemple le plus marquant, celui de la langue. Selon les opposants à la Loi fondamentale, celle-ci aurait rabaissé le statut de l’arabe, auparavant langue officielle à égalité avec l’hébreu, pour en faire une langue de second rang. Cette affirmation contient plusieurs contre-vérités. Tout d’abord, l’arabe n’a jamais été la langue officielle de l’Etat d’Israël. Il a en réalité bénéficié d’un statut de langue officielle avant 1948, pendant la période du Mandat britannique, mais ce statut a été abrogé de facto quand l'Etat d’Israël naissant a choisi l’hébreu comme langue officielle. Israël n’est pas, et n’a jamais été depuis 1948 un Etat binational, ou un Etat pratiquant le bilinguisme, contrairement à d’autres Etats.

 

Le statut spécial dont bénéficie la langue arabe en Israël est à la fois l’héritage de la période mandataire et la conséquence de l’interventionnisme de la Cour suprême en faveur des minorités arabes en Israël. Ainsi, un arrêt de 1999 a obligé les municipalités des villes abritant une minorité arabe à utiliser cette langue sur tous les panneaux de circulation dans leur ressort juridictionnel (Bagats 4112/99). La Loi fondamentale ne remet pas en cause le statut spécial acquis par la langue arabe au sein de l’Etat d’Israël : celui-ci est en effet confirmé à l’article 4 (b) et (c) - ce dernier précisant que la Loi ne porte atteinte à aucun droit acquis avant son entrée en vigueur.

 

En réalité, comme l’explique le professeur Martin Sherman, ceux qui s’opposent à la loi au nom de l’égalité des droits confondent deux catégories de droits bien différentes. D’une part, les droits civiques et libertés publiques, qui sont garantis en Israël à tous les citoyens sans distinction d’origine ethnique ou religieuse, depuis la Déclaration d’Indépendance et sous le contrôle tatillon de la Cour suprême, championne de l’égalité. D’autre part, les droits nationaux revendiqués à titre collectif, qui sont réservés au seul peuple Juif, au nom de son droit à l’autodétermination. Sur ce dernier point, aucun compromis n’est possible, sauf à transformer Israël en Etat binational.

Pierre Lurçat

 

(1) Cela est d’autant plus vrai, s’agissant d’une Loi fondamentale, c’est-à-dire d’une loi ayant une valeur supérieure aux lois “normales”, et selon certains avis quasi-constitutionnelle. Si on accepte l’hypothèse (soutenue par une partie des auteurs et juristes israéliens) que les Lois fondamentales sont des éléments de la Constitution en voie de création de l’Etat d’Israël, on comprend d’autant mieux comment la Loi fondamentale sur l’Etat-nation vient compléter les Lois fondamentales précédentes, et notamment la Loi sur la liberté et la dignité humaine de 1992

(2) Sur les notions de Loi fondamentale et de Constitution par étapes, je renvoie au chapitre 13 de mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

Mon intervention au récent colloque organisé par Dialogia, “Où va la démocratie ?” est en ligne sur Akadem, https://akadem.org/conferences/colloque/politique/dialogia-democratie/dialogia-ou-va-la-democratie-/45247.php.

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29 Novembre 1947 : un “événement presque surnaturel”

November 29 2020, 12:29pm

Posted by Pierre Lurçat

 

La décision de partage de la Palestine de l’ONU vue par le Rav Joseph Dov Soloveichik


 

La résolution 181 des Nations unies (sur le partage de la Palestine mandataire en un Etat juif et un Etat arabe) a été accueillie dans le Yishouv et dans le monde juif en général comme un événement miraculeux, célébré dans la liesse populaire et une joie quasi-messianique, même si ce sentiment n’était pas unanimement partagé. Aux yeux de beaucoup en effet, le “partage” était synonyme de renonciation à de larges parties d’Eretz-Israël, ce qui équivalait à leurs yeux à une trahison. Paradoxalement, les partisans de l’intégrité territoriale étaient répartis de tous les côtés de l’échiquier politique, et pas seulement à droite, comme on l’a souvent oublié depuis.

 

 

Dans le texte qu’on lira ci-dessous, le rav J. D. Soloveichik, descendant d’une lignée de rabbins lituaniens qui a vécu aux Etats-Unis , développe une analyse originale de la résolution 181 et des événements ultérieurs qui ont présidé à la création de l’Etat d’Israël, qu’il décrit comme un événement “presque surnaturel” et comme la manifestation évidente de l’intervention divine dans l’histoire. Ce texte intitulé “Une voix mon ami frappe” (Kol Dodi dofek), est celui d’un discours en hébreu prononcé pour le huitième anniversaire de l’indépendance d’Israël. La traduction française est due au regretté professeur Benno Gross.

 

Joseph Soloveichik (1903-1993)

 

A partir d’une réflexion sur la question de la souffrance (“une des énigmes les plus complexes qui a préoccupé le judaïsme dès l’aube de son existence”), le rav Soloveichik développe sa conception bien particulière de l’existence-mission, opposée à l’existence-destin. Il entame ensuite une variation sur le thème des “occasions manquées”, brodant sur le Cantique des Cantiques dont il livre une interprétation originale et riche de sens. Par-delà son intérêt exégétique et poétique, ce texte est aussi une réflexion sur la responsabilité des Juifs à l’égard d’Israël et sur les conséquences tragiques de l’attitude du judaïsme américain envers Israël et de son manque d’identification avec le projet sioniste, thème toujours actuel. P. L.


 

“SIX COUPS

 

Il y a huit ans, en pleine nuit hallucinante, remplie des cris de Maïdaneck, Treblinka et Buchenwald, dans la nuit des chambres à gaz et des fours crématoires ; dans la nuit où Dieu détournait obstinément sa face, dans la nuit du règne du Satan sans doute, et de la conversion qui désirait attirer l’amante de sa maison vers l’église chrétienne ; dans la nuit des recherches incessantes à la poursuite de l’amant, - en cette nuit même, l’amant apparut. Dieu, retiré sous un dais caché au regard, apparut soudain et se mit à frapper à la porte de la tente de l’amante isolée et malade, qui se tordait sur son lit et se débattait dans les souffrances de l’enfer. A la suite des coups frappés à la porte de l’amante endeuillée, naquit l’Etat d’Israël !

 

Combien de fois l’amant frappa-t-il à la porte de son amie? Il me semble que nous pouvons dénombrer au moins six coups.

 

Premièrement, le coup frappé par l’amant se fit entendre dans la lutte politique. Personne ne niera que, du point de vue des relations internationales, l’établissement de l’Etat d’Israël fut, au regard de la politique, un événement presque surnaturel. L’URSS et les pays occidentaux ensemble, appuyèrent l’idée de la création de l’Etat d’Israël, qui fut peut-être la seule proposition au sujet de laquelle l’est et l’ouest s’accordèrent. J’ai tendance à croire que l’Organisation des Nations Unies fut créée spécialement pour ce but - afin de remplir la mission qui lui fut dictée par la Providence. Il me semble que l’on ne peut indiquer aucun autre résultat concret de la part de l’ONU. Nos Sages étaient déjà d’avis que “la pluie” tombait “en faveur d’un seul individu” (Taanit 9a) et pour un seul brin d’herbe. Je ne sais pas qui les représentants de la presse aperçurent avec leurs yeux de chair à la tribune présidentielle lors de cette assemblée décisive, au cours de laquelle fut décidé l’établissement de l’Etat d’Israël, mais celui qui observait alors avec attention avec les yeux de l’esprit, apercevait le véritable président qui arbitrait les débats, - c’était l’ami . Il frappa de son marteau sur le pupitre…

 


 

Une seconde fois, le coup de l’ami se fit entendre sur le champ de bataille. La petite armée de défense d’Israël vainquit les puissantes armées des pays arabes. Le miracle “nombreux ils furent livrés dans la main d’un petit nombre” s’est réalisé sous nos yeux. Et une grande merveille encore se produisit en cette heure. L’Eternel endurcit le coeur d’Ismaël et lui conseilla d’ouvrir le combat contre l’Etat d’Israël. SI les Arabes n’avaient pas déclaré la guerre à Israël et avaient accepté le plan de partage, l’Etat d’Israël serait resté sans Jérusalem, sans une grande partie de la Galilée et une partie du Néguev”...

 

(Extraits de “Une voix mon ami frappe”, in Joseph D. Soloveichik, Le croyant solitaire, traduction et préface de Benjamin Gross, éditions de l’Organisation sioniste mondiale).

 

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Donald Trump, l’Amérique et l’identité d’Israël : une explication, Pierre Lurçat

November 24 2020, 07:58am

Posted by Pierre Lurçat

 

Je donnerai à ta descendance toutes ces provinces, et par ta descendance seront bénies toutes les nations du monde” (Genèse 26-4)

 

Comme l’expliquait avec émotion le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo lors de sa visite en Israël la semaine dernière, après s’être rendu sur le site d’Ir David - capitale du Roi David il y a trois mille ans - la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël “est une simple reconnaissance de la réalité. Il est insensé que les Etats-Unis ne l’aient jamais fait jusqu’à ce jour” (1). Ces quelques mots ne suffisent toutefois pas à décrire l’importance du changement radical apporté par l’administration Trump dans les relations entre les Etats-Unis et Israël. Celui-ci va bien au-delà de la politique et des relations internationales, telles que nous les comprenons généralement et touche à un aspect bien plus profond des rapports entre les peuples, qu’on peut définir comme celui de la reconnaissance de l’identité collective authentique d’Israël.

 

Si l’on veut apprécier à leur juste mesure les accomplissements réalisés par le président américain Donald Trump pendant les quatre années de son mandat, il faut en effet envisager ceux-ci non pas comme des événements qui s’inscrivent dans le “temps court” de la vie politique et de la relation médiatique de l’actualité. Car ils s’inscrivent en réalité dans le temps long de l’histoire, et plus précisément, dans le temps spécifique à l’histoire juive et à l’histoire d’Israël, c’est-à-dire dans le temps des Toledot, concept hébraïque qui désigne, selon l’enseignement de Manitou, l’histoire des engendrements et le développement de l’identité humaine, et pas seulement l’histoire événementielle (2). 



 

Signature des Accords Abraham à la Maison Blanche

 

Pour prendre toute la mesure de ce changement radical, il faut revenir sur une des conséquences les plus remarquables de la politique de l’administration Trump au Moyen-Orient : la signature des “Accords Abraham” et l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays du Golfe. Contrairement à tous les accords de paix qui les ont précédés, les Accords Abraham” reposent non pas sur la cession de territoires par Israël, mais sur la reconnaissance pleine et entière du peuple Juif et de son identité nationale (3). Il ne s’agit pas seulement de la reconnaissance politique d’un Etat, mais aussi de l’acceptation de l’identité profonde d’Israël, celle qu’on ne peut définir uniquement par les termes du droit international. Il s’agit en fait, pour la première fois dans l’histoire des relations entre Israël et le monde arabo-musulman, d’un accord fondé non seulement sur des intérêts communs, mais aussi sur la conviction qu’Israël représente une chance et une bénédiction pour les pays de la région.

 

Les accords Abraham reposent ainsi - comme leur nom l’indique - sur la reconnaissance explicite par plusieurs dirigeants des pays du Golfe d’une filiation commune et sur leur compréhension de la promesse faite à Abraham, qui apparaît à plusieurs reprises dans le récit biblique : “Par ta descendance seront bénies toutes les nations du monde”. Or, c’est là précisément que réside le “secret” permettant de comprendre toute la portée, véritablement révolutionnaire, de la nouvelle politique instaurée sous l’administration Trump. Pendant plusieurs décennies, Israël a en effet poursuivi - avec l’encouragement des Etats-Unis et de nombreux pays occidentaux, de la Ligue arabe et d’autres acteurs de la politique internationale - une paix illusoire, qui reposait entièrement sur le principe mensonger de “la paix contre les territoires” et sur la négation de sa propre identité. 



 

Le mensonge d’Oslo : nier l’identité d’Israël



 

Le mensonge d’Oslo était largement le fruit de la volonté de certains Israéliens, encouragés par l’Europe notamment, d’échapper à l’identité collective authentique d’Israël (4). Comme l’avait affirmé à l’époque l’écrivain David Grossmann, avec une  absolue franchise : “Ce qui est demandé aujourd’hui aux Juifs vivant en Israël, ce n’est pas seulement de renoncer à des territoires géographiques. Nous devons aussi réaliser un “redéploiement” – voire un retrait total – de régions totales de notre âme… Comme la “pureté des armes”… Comme être un “peuple spécial” ou un peuple élu (Am Segoula)” (5). Or les accords Abraham, toute comme la nouvelle direction insufflée par l’administration Trump à la politique américaine à l’endroit d’Israël, reposent au contraire sur la reconnaissance du peuple Juif en tant que “peuple spécial” (Am Segoula), c’est-à-dire en tant que peuple qui apporte la bénédiction à toutes les nations. 

 

On comprend dès lors l’extrême froideur avec laquelle l’Union européenne et la France d’Emmanuel Macron ont accueilli les Accords Abraham et l’obstination presque diabolique (“perseverare diabolicum…”) avec laquelle elles s’entêtent à soutenir la fiction palestinienne. Dans l’inconscient collectif européen, l’Etat juif demeure le Juif des Etats, c’est-à-dire le représentant du peuple honni et maudit, qui a fini par trouver un refuge sur un bout de terre qui ne lui appartient pas… Il n’est pas anodin que la France souhaite d’une part bénéficier des avancées réalisées par Israël en tant que “start-up nation”, mais refuse d’autre part de reconnaître l’identité d’Israël et ses droits à Jérusalem et en Judée-Samarie. Car dans le schéma traditionnel de la diplomatie française, Israël incarne encore et toujours la figure du Juif maudit mais utile, prêteur d’argent ou conseiller des Princes, mais rien de plus. (6)



 

Bénéficier de la “start-up nation” en niant l’identité d’Israël : E. Macron et B. Nétanyahou



 

Or c’est bien sur ce point fondamental, et rarement exprimé dans les relations internationales, que repose toute la nouveauté apportée par l’administration Trump, tellement décriée par les chancelleries et les médias de la vieille Europe. Donald Trump, digne représentant d’une Amérique qui n’a jamais oublié le récit biblique sur lequell elle est fondée, est le premier dirigeant à avoir donné à l’Etat juif son statut véritable de peuple spécial (Am Segoula), c’est-à-dire de peuple “par lequel sont bénies toutes les nations du monde”. A ce titre, Trump est déjà entré dans l’Histoire, comme un moderne Cyrus et comme un bienfaiteur d’Israël. Il est le premier dirigeant américain - et espérons-le, pas le dernier, dont  la politique envers Israël est guidée non par les éditoriaux du New York Times ou par les sondages, mais par la promesse plus actuelle que jamais, faite à Abraham à l’aube de l’histoire juive.

Pierre Lurçat

 

1. Voir le commentaire du Rav Manitou-Askénazi sur la parachat Toledot, Leçons sur la Torah, Albin Michel.

2. Propos rapportés par Odaya Krish-Hazony dans Makor Rishon, 20.11.2020.

3. Depuis les accords entre Israël et l’Egypte de 1978, et jusqu’aux accords d’Oslo de 1992, en passant par les accords avec la Jordanie. Tous ont instauré dans le meilleur des cas une paix froide, reposant sur le principe trompeur des “territoires contre la paix”. 

4. Je me permets de renvoyer sur ce sujet à mon livre Israël, le rêve inachevé, et à la présentation que j’en ai faite au micro de Richard Darmon, et dans un entretien avec le rav Uri Cherki.

5. Cité par Y. Hazony, L’État juif. Sionisme, post-sionisme et destins d’Israël, éditions de l’éclat 2007, page 113.

6. Sur le lien entre antisémitisme et diplomatie française, voir le livre classique de David Pryce-Jones, La diplomatie française et les Juifs.

 

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EN LIBRAIRIE - Jour de Sharav à Jérusalem

Longtemps épuisé, mon livre Jour de Sharav à Jérusalem est de nouveau disponible, en format Kindle et en format papier.

 

Le « sharav », c'est le vent du désert qui souffle parfois sur Jérusalem, ce qui donne son titre à l'une des nouvelles de cet agréable recueil. Né à Princeton aux États-Unis, l'auteur, qui a grandi en France, vit désormais à Jérusalem. Les textes, très courts mais finement ciselés, qu'il nous offre, se présentent comme autant d'hommages à la cité du roi David. (Jean-Pierre Allali, Crif.org)
 

Avec son livre si poétique, Pierre Itshak Lurçat nous offre toute une palette de couleurs d’émotions. Parfois, c’est la musique que l’on entend presque, tant sa présence revient comme une nostalgie lancinante de ses années de jeunesse, mais aussi comme la résonance de son intégration en Israël. (Julia Ser)
 

Lurçat n’est pas un portraitiste phraseur. C’est l’amour du peuple juif qui le porte et il est contagieux. La Ville Sainte qui le fascine abrite ses émotions et offre un écrin à ces histoires. « A Jérusalem, qu’on le veuille ou non, on est porté vers le haut » confie Lurçat. La photo en couverture du livre prend alors tout son sens. Ces destins qui traversent ces pages sont comme les cordes de cette harpe, tendus vers le ciel, qui vibrent en harmonie, traversés par un impératif d’élévation. (Katie Kriegel, Jerusalem Post)

Lisez ce livre, et relisez-le. Il mérite de prendre place à côté des meilleurs écrits de la littérature franco-isréalienne ou israélo-française… Le vibrato de ce livre tient aussi à cette structure particulière où chaque abacule vit sa vie pour mieux participer à la composition. Il est beau ce petit livre, entre Paris et Jérusalem, entre passé et présent, entre ici et là-bas. Comment ne pas y être sensible ? (Olivier Ypsilantis)

 

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Comment lit-on la Torah à Bahreïn : “Be-Reshit” ou les prémisses de la récolte de l’Éternel

September 6 2020, 12:10pm

Posted by Pierre Lurçat

 


 

“Bienvenue à Bahreïn!”, déclarait la semaine dernière avec ravissement un journaliste bahreïni, en hébreu, à une collègue de la chaîne israélienne Kan, médusée. “J’aime la langue hébraïque, la langue des Prophètes et du Roi David” poursuivait le jeune homme avec un grand sourire, dans un hébreu parfait, avant d’expliquer qu’il aimait Jérusalem,”capitale du Roi David” et qu’il appréciait tout particulièrement la chanteuse Ofra Haza. Mais le plus étonnant était la conclusion: “Mon mot préféré en hébreu est Bereshit, le premier mot de la Torah”.


 

 

Pour comprendre les raisons cachées de l’engouement que l’hébreu et Jérusalem suscitent chez ce jeune habitant de Bahreïn - et peut-être aussi le sens profond des événements que nous vivons actuellement - il faut s’arrêter sur la signification du mot Bereshit, premier mot de la Bible. La traduction la plus courante de Bereshit (בראשית) est “Au commencement”, mais elle n’épuise évidemment pas le sens du verset qui ouvre la Genèse. Comme l’explique Rashi, citant un verset du prophète Jérémie, “le monde a été créé pour Israël, que l’écriture appelle le commencement de Sa moisson” (ראשית תבואתו).

 

Ce verset fameux est commenté par le Rabbi Shnéour Zalman de Lady, un des grands maîtres du hassidisme, en expliquant que “Tout comme un homme qui sème pour récolter davantage, Dieu, désirant que s’accroisse la révélation de la divinité dans le monde, a semé Israël qui est sa récolte” (1). Ainsi, au cours de son exil interminable, le peuple Juif a pu - selon cette explication - diffuser la parole de Dieu parmi les nations, avec plus ou moins de succès… Mais à présent que l’exil prend fin et que le peuple Juif revient sur sa terre, quel sens nouveau donner au verset de Jérémie? Et quel rapport avec le jeune homme de Bahreïn et son amour pour l’hébreu et pour Israël? 

 

Cérémonie des Bikourim, Vallée de Jézréel, 1950

 

Un élément de réponse à cette question nous a été donné dans la parasha Ki Tavo, que nous avons lue ce shabbat, qui commence par ces mots : “Quand tu seras arrivé dans le pays que l’Eternel ton Dieu te donne en héritage… tu prendras des prémisses de tous les fruits”. (ראשית כל פרי האדמה). Comme l’explique le rav Ashkénazi- Manitou, l’offrande des prémisses est étroitement liée à l’entrée en Terre d’Israël. Ainsi, l’explication communément admise du “rôle d’Israël parmi les nations”, liant l’exil à la diffusion de la parole divine, est à présent renversée et la mitsva des Prémisses prend une signification nouvelle et pour ainsi dire contraire.

 

Car c’est seulement maintenant, une fois Israël revenu sur sa terre, qu’Israël devient véritablement “Reshit tévouato”, les “prémisses de la moisson divine”. Et c’est maintenant que “tous les peuples de la terre commencent à voir que le nom de l’Eternel est associé au tien”, c’est-à-dire au nom d’Israël, peuple de Dieu. Voilà ce qu’un jeune habitant arabe de Bahreïn - et des millions d’autres personnes à travers le monde - comprennent aujourd’hui, en lisant Bereshit et en voyant les prodiges que le peuple d’Israël, “prémisse de Sa moisson”, réalise sur sa Terre retrouvée…

Pierre Lurçat

 

(1) Cité par Josy Eisenberg et Adin Steinsaltz z.l. dans leur beau livre Le chandelier d’Or, Verdier 1988.

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Au lendemain de l’accord Israël-Émirats arabes unis : La victoire de la “doctrine Nétanyahou”, par Pierre Lurçat

August 19 2020, 10:37am

Posted by Pierre Lurçat


 

S’il est encore prématuré de porter un jugement définitif sur l’accord de normalisation entre Israël et les Émirats arabes annoncé la semaine dernière, on peut déjà tirer quelques conclusions provisoires. Le premier constat qui s’impose est celui de la victoire de la vision stratégique que Binyamin Nétanyahou a progressivement réussi à imposer, concernant les rapports entre Israël et le monde arabe. De l’avis de la plupart des commentateurs israéliens, y compris les plus hostiles, il s’agit d’un coup de maître diplomatique sans précédent. Comme l’écrit Ehud Ya’ari, cet accord marque le triomphe de la doctrine Nétanyahou, qui prône notamment la marginalisation progressive de l’Autorité palestinienne et l’effacement de la notion de “Deux États pour deux peuples”, sur laquelle a largement reposé la diplomatie israélienne depuis les accords d’Oslo.

 

Cette vision stratégique est inséparable de la politique menée par Nétanyahou depuis deux décennies face à la menace iranienne - qu’il a été un des premiers à prendre au sérieux, avec une constance remarquable, prêchant parfois dans le désert et contre l’avis de certains chefs des renseignements militaires et du Mossad (1) - et dont elle constitue le versant diplomatique. La normalisation des liens avec les pays arabes sunnites illustre ainsi la seconde facette de la doctrine Nétanyahou face à l’Iran et à ses alliés - Hezbollah, Hamas et autres - qui s'est manifestée ces dernières années par l’étroite collaboration militaire et sécuritaire - le plus souvent loin des projecteurs - entre Israël et les pays du Golfe. 


 

Une vision stratégique à la hauteur de celle de Ben Gourion


 

L’alliance israélo-arabe face à l’Iran

 

Contrairement aux affirmations de ses nombreux détracteurs, non seulement Nétanyahou ne s’est pas trompé sur la menace iranienne (qu’il aurait selon eux exagérée, voire carrément “inventée”), mais il a aussi évalué justement l’opportunité que celle-ci représentait du point de vue diplomatique et stratégique, pour instaurer une alliance israélo-arabe face à l’Iran et à ses proxies, alliance dont nous voyons actuellement les premiers fruits. A cet égard, la vision stratégique de Byniamin Nétanyahou peut être comparée - par sa profondeur et par sa portée, à celle de David Ben Gourion. Ce dernier avait préconisé, dans les années 1950, l’établissement de liens avec les pays du “deuxième cercle” non arabe - Iran, Turquie et Ethiopie - afin de desserrer l’étau des pays arabes limitrophes d’Israël.

 

La doctrine Nétanyahou a consisté à exploiter le vieux différend arabo-perse (2) et à ériger l’État juif en rempart des pays de l’axe sunnite modéré. Mais ce qui a pu sembler au premier abord n’être qu’une convergence d’intérêts de circonstance, provisoire et fragile, s’avère être aujourd’hui une véritable alliance, profonde et durable, qui est sur le point de se matérialiser par l’établissement de relations diplomatiques pleines et entières et par un rapprochement à long terme entre Israël et plusieurs pays arabes dans le Golfe, (et peut-être aussi en Afrique du Nord).

 

Face à la menace iranienne : une constance remarquable

 

La justesse de la vision stratégique de B. Nétanyahou est d’autant plus éclatante aujourd’hui, qu’il a pendant longtemps tergiversé, en semblant adopter le narratif mensonger des “Deux États pour deux peuples”, notamment lors de son fameux discours de Bar-Ilan en 2013. Or, non seulement Nétanyahou n’a pas poursuivi sur la voie de la création d’un État palestinien, empruntée par tous ses prédécesseurs depuis l’époque des accords d’Oslo, mais il a en fait été celui qui a enfoncé le dernier clou dans le cercueil de la notion illusoire et néfaste d’un nouvel État arabe à l’Ouest du Jourdain. Ce faisant, Nétanyahou a fait voler en éclats le mythe de la centralité de la “question palestinienne” - entretenu pendant plusieurs décennies par la Ligue arabe, mais aussi par l’Organisation de la conférence islamique, l’Union européenne ou l’ONU, mythe à la création duquel ont par ailleurs largement contribué des intellectuels juifs et israéliens, depuis l’époque du Brith Shalom et jusqu’à nos jours. (3)

 

En acceptant de conclure un accord avec Israël sans le faire dépendre d’un quelconque “règlement” de la question palestinienne (règlement tout aussi illusoire que la notion d’un “Etat palestinien” arabe à l’ouest du Jourdain), les Emirats arabes ont montré qu’ils avaient compris que cette dernière n’était nullement une priorité arabe, mais constituait en réalité un obstacle et une entrave à la réalisation des intérêts arabes. A l’encontre de la politique du pire adoptée par les dirigeants de l’OLP et de l’AP depuis 1964, qui n’ont “jamais raté une occasion de rater une occasion”, les dirigeants sunnites du Golfe ont, de leur côté, montré qu’ils étaient disposés à saisir toutes les occasions de faire progresser la normalisation et le rapprochement avec l’État juif, dans l’intérêt commun bien compris de leurs pays et d’Israël.

 

La question, qui demeure actuellement ouverte, de la souveraineté israélienne en Judée-Samarie et sur le Mont du Temple, constitue la troisième facette - et la plus obscure - de la doctrine Nétanyahou. Sur ce sujet crucial, il a montré une fois de plus son pragmatisme absolu et son rejet de toute position idéologique. L’avenir dira si l’attentisme (trop?) prudent manifesté par Nétanyahou sur cette question permettra bientôt à Israël d’instaurer une souveraineté juive pleine et entière à l’Ouest du Jourdain, en profitant de l’occasion historique offerte par le président Donald Trump, ou bien s’il signifiera une nouvelle occasion manquée pour réaliser la promesse millénaire du retour du peuple Juif dans le coeur de son patrimoine.

 

Pierre Lurçat

 

(1) Le triumvirat des chefs de la sécurité israélienne entre 2008 et 2011 –  Gaby Ashkénazi, le chef du Mossad Meir Dagan et le directeur du Shin Beth [sécurité intérieure] Avi Dichter – s’étaient concertés, sous la direction apparente de Shimon Pérès, pour contrecarrer les plans du Premier ministre de l’époque Benjamin Nétanyahou contre l’Iran. Voir https://www.dreuz.info/2016/10/07/le-testament-de-shimon-peres-israel-la-bombe-atomique-et-liran/

(2) Lequel ne recouvre pas exactement la division chiites-sunnites, contrairement à ce qu’on affirme souvent, comme le montre le fait que le Hamas est soutenu par l’Iran.

(3) Je renvoie sur ce point à mon livre La trahison des clercs d’Israël, La maison d’édition 2016.

 

Nétanyahou et sa femme Sarah, montrant le sceau biblique qui porte son nom

 

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Itshak Shalev : “Il y a une place pour nous sur le Mont du Temple”!

July 23 2020, 10:51am

Posted by Pierre Lurçat et Itshak Shalev

 

Le début du mois de Av est l’occasion de réfléchir à un sujet essentiel - et trop souvent occulté de la vie publique en Israël, ou bien abordé uniquement sous un angle réducteur, purement halachique ou sécuritaire - celui du Temple. La question du Mont du Temple transcende en effet les clivages politiques et religieux. A ceux qui en douteraient, rappelons que de nombreux rabbins en Israël continuent d’interdire la montée sur le Har Habayit, tandis que le combat en faveur des droits des fidèles Juifs est souvent mené par des Israéliens laïques. Dans ce contexte, le témoignage de l’écrivain Itshak Shalev, publié la semaine dernière dans Makor Rishon, est édifiant.

 

Ce texte, qui date de 1976, a été publié par Arnon Segal dans la page qu’il consacre chaque semaine au Mont du Temple. Itshak Shalev était un écrivain et poète, né à Tibériade en 1918. Membre de l'Irgoun, il devient enseignant de Tanakh et fait partie de l’académie de la langue hébraïque. Il est le père de l’écrivain Meir Shalev. Il a fait partie des membres fondateurs du Mouvement pour l’intégrité d’Eretz Israël après 1967, auquel participèrent des écrivains aussi importants que Joseph Samuel Agnon (futur prix Nobel de littérature), Haïm Gouri, Haïm Azaz, mais aussi Rachel Ben Tsvi-Yanaït (épouse du président de l’Etat Itshak Ben-Tsvi) et Nathan Alterman

Pierre Lurçat

 

Itshak Shalev

 

“J’appartiens à une génération qui n’a pas l’intention de construire des édifices sacrés sur les ruines d’autres édifices sacrés. Je suis favorable à la coexistence sur le Mont du Temple et sur l’esplanade du Mont du Temple elle-même… Mais dites-moi, est-il impossible de faire en sorte que nous ayions une véritable emprise sur le mont du Temple? Cela ne dépend que de nous. Cela dépend de l’intensité avec laquelle nous vivons le fait que le Mont du Temple est à nous. Notre peuple est aujourd’hui divisé en deux factions : ceux qui ne se rendent pas sur le Mont du Temple en raison de sa sainteté, et ceux qui se rendent sur le Mont du Temple, par nos péchés, comme le visitent des touristes. On entre par la porte des Mougrabim, on entre dans un endroit qui ne nous appartient pas, on s’extasie devant sa beauté, et on ressort… C’est la conception touristique.

 

“Je me suis souvenu des lignes de Bialik, dans son poème ‘Une petite lettre qu’elle m’a écrite’. Il s’y adresse à sa bien-aimée, dont il ne s’approche pas et qu’il n’épouse pas selon la loi juive, en lui donnant la raison à cela : “Tu es trop limpide pour être ma compagne, tu es trop sainte pour être à mes côtés…”. Quel amour élevé, qui en fin de compte laisse la bien-aimée d’un côté et l’amant de l’autre... Un tel amour n’engendrera aucune famille, aucun enfant. C’est un amour artificiel, qui est suspendu dans l’air. C’est d’un tel amour qu’une grande partie du peuple Juif aime le Mont du Temple. Elle s’en éloigne, tellement il est sacré. Aucune maison, aucune lien familial n’en sortira. Ils resteront près du Kottel et penseront à ce qui est derrière.


 

“Sur cet espace vide sur le Mont du Temple, pourra se dresser notre troisième Temple…”


 

“Maître du monde, en quoi la sainteté du Kottel est-elle supérieure à celle du mur méridional et des portes de Houlda et des autres murailles? Il y a sur le Mont du Temple des édifices qui sont sacrés pour les musulmans. Ils le resteront et ils y prieront leur Dieu. Mais il y a aussi sur le Mont du Temple, au nord de la mosquée, de grands espaces vides sur lesquels rien n’est construit. Maître du Monde, pourquoi ne trouvons-nous pas en nous la force naturelle de dire, cela est à vous et à nous? Car Dieu sait qui était ici…

 

“Et là-bas, sur cet espace vide sur le Mont du Temple, pourra se dresser notre troisième Temple. Ce sera le Temple du rassemblement des exilés, ce sera une grande yeshiva, ou un autre centre spirituel. Je reconnais ne pas être naïf à ce point. Ce n’est pas l’affaire des architectes ou des intellectuels seulement. Il faut qu’un esprit élevé s’élève aussi chez nos dirigeants - notre direction politique, pour décider finalement qu’entre tous les édifices sur le Mont du Temple il y a aussi une place pour notre Maison. Laissez de côté les murs, et occupez-vous de la Maison (1)”.


 

(1) N.d.T. Allusion au double sens du mot Bayit,qui signifie à la fois la maison et le Temple.

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Binyamin Nétanyahou, le Coronavirus et le Mont du Temple

March 15 2020, 09:47am

1. La conférence de presse donnée par le Premier ministre israélien Binyamin Nétayahou jeudi soir, et celles qui ont suivi, dans lesquelles il a annoncé une série de mesures contre le Coronavirus, sont un modèle de ce que Nétayahou sait le mieux faire. Ferme, décidé, combattif, résolu : il s’est montré sous son meilleur visage, celui d’un chef d’Etat qui sait à la fois prendre des décisions vitales, sans tergiverser, et qui s’adresse à son peuple “à hauteur des yeux” (selon l’expression hébraïque). Nétanyahou s’est exprimé non seulement en dirigeant responsable, mais en véritable père de la nation, trouvant des accents paternels pour parler aux citoyens d’Israël. C’est dans ces moments de crise et d’incertitude que Nétanyahou est à son mieux, et qu’il sait parfois trouver des accents churchilliens, comme je l’écrivais il y a un an à propos du dossier iranien (1) : 

"La constance avec laquelle Binyamin Nétanyahou dénonce le péril iranien, depuis des années, n’a en effet d’égal que celle avec laquelle Churchill dénonçait Hitler en 1940, à une époque où nul ne connaissait encore les horreurs de la Shoah. Les temps ont certes changé à bien des égards, mais le danger du totalitarisme demeure tout aussi actuel. Les illusions mortelles du pacifisme se sont dissipées depuis longtemps dans le fracas des attentats et des espoirs de paix trompeurs. Israël n’a pas besoin aujourd’hui de promesses fallacieuses à la Chamberlain, mais de dirigeants courageux et lucides : en un mot, d’un “Churchill d’Israël”. Je n’ai rien à ajouter à ces mots écrits en mars 2019, sinon pour dire que Nétanyahou a su adopter la même attitude aujourd’hui, face à une menace d’un type bien différent.

 

Le “Churchill” israélien?

 

2. Mais cette fermeté et cette résolution exemplaires, face à l’Iran ou au Coronavirus, qui devraient servir de modèle à bien des dirigeants actuels, (comme l’insipide Emmanuel Macron), contrastent avec l’attitude beaucoup moins courageuse de Nétanyahou sur un autre dossier, qui n’a rien à voir en apparence : celui du Mont du Temple. On se souvient des émeutes déclenchées en 1996 suite au percement d’un tunnel archéologique, dont les musulmans avaient prétendu qu’il “mettait en danger la mosquée”, selon la calomnie inventée par le mufti pro-nazi Al-Husseini dans les années 1930 (2). Depuis cette époque, c’est-à-dire depuis le début de son premier mandat de Premier ministre, Nétanyahou s’est montré sur ce dossier sensible d’une prudence excessive, et pour ainsi dire timoré, en donnant corps à l'épouvantail agité par certains dirigeants musulmans et par ceux du Shin-Beth,qui voudraient faire croire que le Har Habayit est un "baril de poudre".... 

 

Or,  cette attitude qu’il partage avec tous les dirigeants israéliéns à ce jour, est une double erreur, psychologique et politique. Psychologiquement, elle renforce les musulmans dans leur complexe de supériorité, en les confortant dans l’idée que l’islam est destiné à dominer les autres religions et que ces dernières ne peuvent exercer leur culte qu’avec l’autorisation et sous le contrôle des musulmans, c’est-à-dire en étant des “dhimmis”. Politiquement, elle confirme le sentiment paranoïaque de menace existentielle que l’islam croit déceler dans toute manifestation d’indépendance et de liberté de ces mêmes dhimmis à l’intérieur du monde musulman. 

 

Paradoxalement, la souveraineté juive à Jérusalem est perçue comme une menace pour l’islam précisément de par son caractère incomplet et partiel : les Juifs sont d’autant plus considérés comme des intrus sur le Mont du Temple, qu’ils n’y sont pas présents à demeure et qu’ils y viennent toujours sous bonne escorte, comme des envahisseurs potentiels. L’alternative à cette situation inextricable et mortifère consisterait, comme l’avait bien vu l’écrivain et poète Ouri Zvi Greenberg, à asseoir notre souveraineté entière et sans partage sur le Mont du Temple, car “celui qui contrôle le Mont contrôle le pays”.

 

Moshé Dayan sur le Mont du Temple, juin 1967

Moshé Dayan sur le Mont du Temple, juin 1967

 

3. Quel rapport entre ces deux sujets? Le Mont du Temple n’est pas seulement le lieu des sacrifices et le premier Lieu saint du judaïsme ; il incarne aussi le rôle prophétique d’Israël parmi les nations, comme l’ont bien compris des centaines de millions de chrétiens dans le monde, qui tournent leurs yeux vers Jérusalem, source de la bénédiction pour le monde entier. C’est précisément la raison pour laquelle le renouvellement des prières juives sur le Har Habayit, loin de déclencher de nouveaux affrontements et effusions de sang, pourra amener la vie et la bénédiction au monde entier, selon les paroles des Prophètes d’Israël.

 

Pierre Lurçat


 

(1) “Le Churchill d’Angleterre et le Churchill d’Israël”.

http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/01/le-churchill-d-angleterre-et-le-churchill-d-israel-par-pierre-lurcat.html

(2) “Al-Aqsa en danger, une invention de la propagande arabe”. https://www.causeur.fr/israel-jerusalem-alaqsa-terrorisme-145787

Sur le sujet de l’attitude à adopter sur le Mont du Temple, je renvoie à mon livre Israël, le rêve inachevé, Éditions de Paris/Max Chaleil 2018.

 

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Donald Trump, bienfaiteur du peuple Juif, par Pierre Lurçat

February 11 2020, 15:49pm

Posted by Pierre Lurçat

NB Je remets en ligne cet article au lendemain des élections présidentielles américaines. Quel que soit le résultat final, D. Trump est déjà entré dans l'Histoire.

 

Comme l’écrivait la semaine dernière Caroline Glick (1), le plan Trump a mis fin au cauchemar d’Oslo et au paradigme mensonger, qui a régné sur la politique étrangère américaine (et dans une large mesure, sur la politique intérieure israélienne) pendant 27 ans. Ce paradigme mensonger et meurtrier vient d’être officiellement rejeté par la plus grande nation du monde, écrit encore Glick, ajoutant que “le plan Trump est comme l’image inversée d’Oslo. A présent, c’est aux Palestiniens de faire la preuve de leur engagement envers la paix”. J’ajoute que, selon toute évidence et connaissant les antécédents de leurs dirigeants, ceux-ci vont rejeter ce plan, tout comme les précédents, et Israël sera pleinement justifié à étendre - avec 53 ans de retard - sa pleine souveraineté sur l’ensemble de la Judée et de la Samarie.

 

Plus précisément, Israël a reçu du président Donald Trump ce qu’aucun président américain n’a jamais donné - ou même laissé espérer - à aucun dirigeant de l’Etat juif depuis 1948 : la reconnaissance du droit du peuple Juif sur sa patrie ancestrale, qui ne se trouve pas - n’en déplaise aux dirigeants français et aux diplomates du quai d’Orsay (et à leurs homologues en Occident et dans le monde arabe), dans l’étroite bande côtière reconnue par la communauté internationale, mais bien à Jérusalem réunifiée, à Hébron, à Sichem et dans toute l’étendue de la rive Ouest du Jourdain, c’est-à-dire la Judée et la Samarie.


 

Donald Trump et Binyamin Nétanyahou

 

Alors que certains commentateurs s’obstinent à prétendre que Trump n’est pas l’ami d’Israël, et que son plan ne va rien régler et apporter de nouvelles guerres (ou une “troisième Intifada”, déjà annoncée à d’innombrables reprises par des commentateurs abusés par la guerre psychologique palestinienne), l’évidence est aujourd’hui indéniable. Donald Trump est bien, comme l’a souvent répété B. Nétanyahou au cours des derniers mois, le meilleur ami qu’Israël a jamais eu à la Maison blanche. Cela n’a en soi rien de très étonnant, si l’on veut bien prendre un peu de recul et de hauteur par rapport aux événements dramatiques des dernières semaines. Les amis véritables d’Israël ont joué, depuis 1948 et bien avant, un rôle essentiel dans le Retour du peuple Juif sur sa terre et dans la fondation et le renforcement de son État. 

 

Dans le quartier de Jérusalem où j’ai le privilège de vivre, de nombreuses rues rappellent les noms de ces amis véritables, dont certains sont injustement oubliés du grand public. Wyndham Deedes, John Patterson, Lloyd George, Masaryk, Wedgwood… Je voudrais évoquer ici deux d'entre eux. Patterson, soldat intrépide et chasseur de lions, commanda la Légion juive, première armée à avoir combattu sous un drapeau juif à l’époque moderne. Il était proche du professeur Bentsion Nétanyahou, et c’est en son honneur que ce dernier nomma son deuxième fils Yoni. 

 

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Les soldats de la Légion juive, Yom Kippour 5678. Jabotinsky est au premier rang

 

Voici le portrait que dresse de lui Jabotinsky dans ses mémoires : “C’était un homme de grande taille, mince, élancé, aux yeux intelligents et rieurs et je compris immédiatement son accent anglais, la “magie irlandaise” et avec cela, une qualité caractéristique d’un protestant fils de protestants : ce chrétien se sentait chez lui dans le monde de la Bible hébraïque. Ehoud et Ifta’h, Gideon et Shimshon, David et Avner - à ses yeux étaient vivants, ils étaient des amis personnels, presque ses camarades et ses voisins du club de cavalerie de la rue Piccadilly. Je m’en réjouis, l’illusion biblique permet parfois de masquer l’absence de beauté de l’existence galoutique…” (2)

 

Patterson

 

Quant à Lloyd George, il avait été, selon le témoignage du petit-fils de Balfour, comme ce dernier “bercé dans son enfance par les chants du roi David et les récits bibliques, et il avait étudié l’Ancien Testament. De ce fait, il lui paraissait naturel et légitime que les Juifs retournent vivre en Terre sainte, et que les chrétiens les soutiennent dans cette entreprise", selon le témoignage de Lord Roderick Balfour, arrière-petit-fils du frère d’Arthur Balfour, Gerald William Balfour. (3)

 

Donald Trump s’inscrit dans cette lignée de bienfaiteurs du peuple Juif et de son Etat. Le fait que beaucoup de gens, qui se croient intelligents en niant l’évidence, professent aujourd’hui à son encontre un mépris injustifié (4) ne change rien au jugement que l’Histoire portera sur lui. Car Trump est déjà entré dans l’histoire du peuple Juif et dans l’Histoire tout court, aux côtés de Lord Balfour, de John Patterson et de tant d’autres amis de Sion et d’Israël.

 


 

Notes

(1) http://carolineglick.com/the-oslo-blood-libel-is-over/

(2) Extrait de l’Histoire de ma vie de Jabotinsky.

(3) https://www.jpost.com/Edition-Francaise/Moyen-Orient/La-d%C3%A9claration-Balfour-toujours-sur-le-banc-des-accus%C3%A9s-513397

(4) Noter dans ce contexte, le dernier numéro du Point, qui marque un léger infléchissement du "Trump-bashing" dans la presse française.

https://www.lepoint.fr/versions-numeriques/

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Quel Etat pour Israël aujourd’hui et demain? La question de l’identité au coeur du débat politique

September 18 2019, 17:40pm

En écho à la campagne électorale qui vient de s'achever dans l'incertitude, je publie ici la conclusion de mon dernier livre, Israël le rêve inachevé. Elle traite de la question de l'identité d'Israël, question qui était sans doute l'enjeu essentiel de ces élections et que j'aborderai demain soir à 20H00, dans une conférence au Farband, sous l'égide de la Loge Ben Gourion du Bnai-Brith, sur le sujet "Israël a-t-il vocation à être un Etat juif?". P.L.

La question de l’identité d’Israël est à la fois très actuelle et très ancienne : elle remonte aux origines mêmes du projet sioniste moderne, dont elle constitue un aspect fondamental. La crise de l’Ouganda, dont nous avons décrit les tenants et les aboutissants, a constitué à cet égard une « crise d’adolescence » du sionisme politique, qu’elle a placé devant un dilemme crucial : à travers le choix tactique entre l’asile de nuit de l’Ouganda et l’objectif final d’Eretz-Israël, c’est la question de l’orientation essentielle du sionisme – au sens géographique, mais aussi spirituel – qui s’est posée dans toute son acuité dramatique. Mais le choix en faveur de la terre d’Israël n’a pas résolu de manière définitive la question ; il n’a fait que la repousser. Celle-ci ressurgit en effet régulièrement et continue depuis lors d’agiter le débat interne sioniste, puis israélien, jusqu’à nos jours. 

 

 

Cette interrogation cruciale, qui traverse toute l’histoire moderne d’Israël, dépasse pourtant de loin les enjeux politiques quotidiens du mouvement sioniste, du Yichouv puis de l’État d’Israël après 1948. Elle prend tantôt l’aspect d’une question culturelle (celle de la culture juive profane, que les premiers théoriciens du sionisme entendaient créer), tantôt celui d’une question linguistique (la langue de l’État juif sera-t-elle l’hébreu ou l’allemand, comme l’avait envisagé un temps Herzl?), parfois encore celui d’une question religieuse et politique (quelle place doit être dévolue à la religion juive au sein de l’État?). Mais en réalité, sous ses formes multiples et diverses, c’est au fond la même question qui se pose toujours : celle de l’identité de l'État et du peuple d’Israël. On la retrouve tant chez Herzl que chez Ben-Yehuda (dont le premier article, qui s’intitulait de manière éloquente, « Une question importante », portait sur la résurrection de la nation juive), tant chez Ben Gourion (lecteur assidu de la Bible et d’Homère) que chez Jabotinsky (lui aussi nourri à la double source de la culture juive et européenne).


 

Les nécessités impérieuses de l’heure, qui ont souvent imposé l’ordre du jour des dirigeants du mouvement sioniste, puis de ceux du Yichouv et de l’État d'Israël, n’ont jamais totalement fait disparaître cette question essentielle. En réalité, celle-ci a souvent été déterminante dans leurs choix, tout autant, sinon plus que les considérations de Realpolitik. N’est-ce pas ce que les délégués sionistes russes ont voulu signifier à Herzl, lorsqu’ils ont pris avec une ostentation sincère le deuil de Sion, lors du Congrès sioniste de Bâle en 1903? La nécessité de l’auto-défense, et plus tard celle de l’édification d’une armée juive, sont apparues comme une tragique évidence aux yeux des différents témoins, sionistes ou non, du terrible pogrome de Kichinev. C’est à partir de cet événement que le jeune Jabotinsky a élaboré la dimension militaire du sionisme, absente de la doctrine du fondateur du sionisme politique.

 

Jabotinsky

 

Mais, en même temps que son combat pour la création d’un bataillon ou d’une Légion juive, qui a occupé Jabotinsky entre 1914 et 1940, jusqu’à son dernier souffle, celui qu’on a souvent décrit de manière caricaturale comme un militariste pur et dur n’a en réalité jamais négligé la dimension culturelle du sionisme. Il a notamment consacré de nombreux articles et discours au problème de l’enseignement de l’hébreu en diaspora - rédigeant un atlas, élaborant une méthode d’apprentissage de « l’hébreu facile » ou défendant une écriture hébraïque en caractères latins ! Mais il s’est aussi interrogé sur la question de l’identité en décelant, derrière la crise de l’éducation vécue par sa génération (arrivée à l’âge adulte au tournant du vingtième siècle), une interrogation essentielle sur le but ultime de l’enseignement juif. Aux yeux de Jabotinsky, ce dernier devait en effet opérer un virage à cent quatre-vingt degrés : si, pendant la période de la Haskala, il visait à fondre les juifs dans l’humanité (selon le modèle de l’émancipation-assimilation), à son époque, il s’agissait non plus de faire des Juifs des hommes à part entière, mais de leur permettre de rester juifs…


 

On mesure combien le diagnostic établi par Jabotinsky il y a plus d’un siècle était, sur ce point comme sur d’autres, en avance sur son temps. Car c’est précisément dans ces termes que se pose aujourd’hui le débat scolaire et culturel en Israël ! Faut-il permettre aux jeunes Israéliens de devenir avant tout des hommes éclairés et des bons « citoyens du monde » (thèse défendue par les tenants de l’éducation humaniste), ou bien mettre plutôt l’accent sur le contenu spécifiquement juif de l’enseignement? La question est évidemment politique, et on sait que les coalitions en Israël se font et se défont souvent autour des questions de l’enseignement, de l’armée et du respect du shabbat dans l’espace public : en d’autres termes, autour de la question de l’identité.

 

 

Le sujet par lequel nous avons choisi de clore ce livre, celui du Mont du Temple, est emblématique à cet égard, car il constitue la pierre de touche du sionisme politique et l’un des sujets les plus brûlants du débat interne à Israël aujourd’hui. Plusieurs des pères fondateurs du sionisme et de l’État juif - Herzl, Jabotinsky ou Avraham Kook - partageaient, au-delà de leurs conceptions très différentes de l’État et de la place que la tradition juive devait y occuper, une conception commune de la nécessité de reconstruire le Temple de Jérusalem, symbole et centre de l’existence juive renouvelée en terre d’Israël. Ainsi, dans son roman programmatique Altneuland, Theodor Herzl imagine et décrit avec une précision étonnante la ville sainte, capitale du futur État juif. La lecture de ce roman de politique fiction écrit en 1902 montre que l’État envisagé par Herzl était marqué par une double influence occidentale et juive, qui s’exprime notamment dans les deux édifices qu’il envisage au cœur de la Nouvelle Jérusalem, capitale du futur État juif : le Palais de la paix et le Temple. 


 

Si le Palais de la Paix exprime la dimension universaliste très présente chez Herzl, et ses conceptions progressistes marquées par l’optimisme caractéristique du dix-neuvième siècle (que l'on peut rapprocher de celui d’un Jules Verne), le Temple exprime la continuité juive et l’enracinement de l’État juif dans l’histoire et la tradition juive bimillénaire. Altneuland est ainsi, conformément à son titre, un pays à la fois ancien et nouveau. L’extrait suivant permet d’apprécier la place que Herzl attribue au Temple dans la Jérusalem reconstruite : 

 

« Ils étaient montés directement de Jéricho au mont des Oliviers, d’où le regard embrasse un vaste panorama circulaire, qui incite au rêve. Jérusalem était restée la Sainte. Elle resplendissait toujours des monuments érigés dans ses murs par les religions au cours des siècles et par des peuples divers. Mais quelque chose de neuf, de vigoureux, de joyeux s’y était ajouté : la vie ! Jérusalem était devenu un corps gigantesque et respirait. La vieille ville, ceinte de ses murailles respectables, n’avait que peu changé, pour autant qu’on pouvait en juger du haut du mont. Le Saint-Sépulcre, la mosquée d’Omar, les coupoles et les toits de jadis étaient les mêmes. Toutefois, mainte merveille les complétait. Le palais de la Paix, par exemple, un vaste édifice neuf, étincelait au soleil. Un grand calme régnait sur la vieille ville.

 

Hors les murs, Jérusalem offrait un autre spectacle. Des quartiers neufs avaient surgi, traversés de rues plantées d’arbres, une épaisse forêt de maisons entrecoupée d’espaces verts, où circulaient des tramways électriques, des boulevards et des parcs, des écoles, des bazars, des bâtiments publics somptueux, des théâtres et des salles de concert. David nomma les bâtiments les plus importants. C’était une métropole du vingtième siècle.

 

Mais on ne pouvait détacher son regard de la Vieille ville, au centre du panorama. Elle s’étendait de l’autre côté de la vallée du Kidron, dans la lumière de l’après-midi, et une atmosphère de solennité flottait sur elle. Kingscourt avait posé toutes les questions possibles, et David y avait répondu. Mais quel était ce palais gigantesque, blanc et or, dont le toit reposait sur des colonnes de marbre, sur une forêt de colonnes à chapiteaux dorés ? Friedrich ressentit une profonde émotion quand David répondit : ‘C’est le Temple’…

 

 

Ainsi, le fondateur du sionisme politique décrit une Jérusalem moderne, métropole du vingtième siècle reconstruite autour du Temple et du Palais de la paix, symbolisant la double aspiration à la continuité et au renouveau, à la perpétuation de la tradition juive et à l’ouverture vers l’universel qui doivent toutes deux guider, selon Herzl, le projet sioniste. Cette idée apparaît également dans un paragraphe de son livre L’État juif consacré à l’architecture : « La nature même de la région inspirera le génie aimable de nos jeunes architectes… Le Temple continuera d’être bien visible, puisque seule l’ancienne foi nous a maintenus ensemble ». Dans son Journal également, il évoque en ces termes sa visite à Jérusalem en 1898 : « A travers la fenêtre, je contemple Jérusalem qui s’étend devant moi. Même délabrée, c’est toujours une belle ville. Quand nous nous y installerons, elle redeviendra peut-être une des plus belles villes du monde ». 


 

Cent-vingt ans après la visite en Terre Sainte du fondateur du mouvement sioniste, la prophétie de Zeev Binyamin Herzl s’est accomplie. L’État juif est une réalité, et Jérusalem est effectivement devenue une ville moderne, qui s’étend bien au-delà de la Vieille Ville et des ruelles malodorantes qu’il a parcourues à l’automne 1898. Loin de s’abandonner au sentiment de désespoir que la vue de la ville sainte dans sa désolation avait suscité en lui, Herzl a su décrire et imaginer ce qu’elle pourrait devenir, dans le futur État juif à la construction duquel il a donné sa vie. « Ce pourrait être une cité comme Rome et le Mont des Oliviers offrirait un panorama comparable à celui du Janicule. Je sertirais comme un écrin la Vieille Ville avec tous ses restes sacrés. Sur le flanc des collines, qui auraient verdi par notre labeur, s’étalerait la nouvelle et splendide Jérusalem ».


 

L’État d’Israël lui-même, ce « corps gigantesque » qui respire et qui vit, pour reprendre l’image de Herzl, ressemble beaucoup aujourd'hui au pays imaginé par celui-ci dans Altneuland et dans l’État juif, mélange de tradition et de modernité, au carrefour de l’Orient et de l’Occident. Jérusalem, ville où ma mère est née en 1928 et où j'habite depuis plus de vingt-cinq ans, est bien devenue une des plus belles villes du monde, comme l'avait prédit Herzl. Depuis le quartier où je vis, on peut apercevoir en même temps, en regardant vers le Sud, les murailles de la Vieille Ville et l'emplacement du Temple et, en portant le regard vers l'Ouest, à l'horizon, le pont des cordes, gigantesque monument qui orne depuis dix ans l'entrée de la ville nouvelle, œuvre de l'architecte espagnol Santiago Calatrava. J'aime ce pont ultra-moderne qui s'intègre pourtant parfaitement dans le paysage de Jérusalem, avec ses cordes évoquant la harpe du Roi David et sa pointe tendue vers le ciel. Il est, à l'image de notre capitale et de notre pays, à la fois futuriste et ancré dans la tradition, ouvert sur l'avenir sans renier le passé.


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Le piéton qui emprunte le pont en venant du Palais de la Nation, à l'entrée de la ville, peut enjamber en quelques minutes plusieurs artères très fréquentées, et rejoindre le quartier de Kyriat Moshé, bastion du sionisme religieux. En levant les yeux au ciel, le regard est attiré par les immenses cordes métalliques qui s'élancent vers les hauteurs. Au crépuscule – qui n'est jamais un moment de tristesse, car il marque dans la tradition juive le début d'un jour nouveau – on peut voir scintiller les premières étoiles, au-dessus de l'armature immense du pont. Celui-ci ressemble alors, dans la nuit tombante, à un navire géant qui vient de jeter l'ancre à Jérusalem, ville de montagne bâtie en bordure du désert, « ville portuaire sur les rives de l'éternité » (Yehouda Amihaï). Les Juifs venus du monde entier descendent sur le quai de la Ville sainte, unis dans l'allégresse et dans l'espoir, chacun ajoutant sa voix à la partition encore inachevée du rêve d'Israël devenu réalité.

 

(Extrait d'Israël, le rêve inachevé, éditions de Paris 2018)

 

 

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Pierre Lurçat
Avocat, essayiste et auteur de 6 ouvrages
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“On dit qu’il existe un pays…” Mutation et paradoxes de l’identité culturelle israélienne (I) Pierre Lurçat

July 19 2019, 08:54am

Posted by Pierre Lurçat

“On dit qu’il existe un pays…”  Mutation et paradoxes de l’identité culturelle israélienne (I)  Pierre Lurçat

A Judith, 

באהבה ובהצלחה

 

La naissance d’une tradition israélienne” : c’est le titre d’un article passionnant de Yoav Shorek dans le numéro de juin 2018 de la revue Hashiloah, qui paraît à Jérusalem depuis trois ans et dont il est le rédacteur en chef (1). L’auteur y explique notamment comment la volonté d’édifier en Israël une culture entièrement laïque et de créer un “Nouveau juif”, qui caractérisait le projet culturel sioniste pendant plusieurs décennies, a fait place depuis peu à l’élaboration d’une synthèse originale, dans laquelle identité juive et identité israélienne ne sont plus contradictoires, mais complémentaires. 

 

Il ne s’agit pas seulement”, écrit Shorek, “d’un changement du rapport à l’identité juive, mais aussi d’une transformation du caractère de l’identité civile israélienne”. Selon lui, la réalité israélienne contemporaine s’inscrit en faux contre l’idée du “Nouveau juif”, mais aussi contre la conception sioniste-religieuse, qui voudrait que “le sionisme laïc ait achevé son rôle” (de fondateur de l’Etat) et qu’il appartiendrait désormais aux membres du courant sioniste-religieux (les fameuses “kippot srougot”) de construire “l’étage supérieur, celui de Jérusalem, du Retour à Sion”. En effet, poursuit Shorek, c’est “l’identité israélienne qui devient la tradition partagée par tous - tradition qui n’est ni laïque ni religieuse”.

 

Cette présentation, résumée ici très succinctement, a le mérite d’offrir une vision un peu plus complexe de la réalité d’Israël aujourd’hui, que l’opposition sommaire et simpliste entre “religieux” et “laïcs”, dont on fait souvent l’aleph et le tav du débat culturel et politique israélien. (2) Pour illustrer le propos de Yoav Shorek, je voudrais évoquer ici la figure d’un des grands écrivains de langue hébraïque, mal connu du public francophone mais très présent dans la vie culturelle israélienne : Shaul Tchernikovsky.

 

Shaul Tchernikovsky

 

Shaul Tchernikovsky (1875-1943), décédé il y a tout juste 66 ans, est un des plus grands poètes de la Renaissance nationale hébraïque. Né en Ukraine, il étudie à Odessa où il publie ses premiers poèmes, avant de partir étudier la médecine à Heidelberg, puis à Lausanne. Il exerce quelques années en Russie, et combat dans l’armée russe en tant que médecin. Il émigre en Eretz-Israël en 1931 et y séjourne jusqu’à son décès en 1943. Outre ses poèmes, il a aussi traduit en hébreu plusieurs oeuvres majeures de la littérature mondiale, parmi lesquelles L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, mais aussi Sophocle, Shakespeare, Molière, Pouchkine, Goethe, Heine, Byron, Shelley, etc.

 

Culture populaire et culture savante

 

Si ses traductions des plus grands classiques de la littérature européenne confèrent à Tchernikovsky une place de choix dans le Panthéon des lettres d’Israël, c’est par ses poèmes qu’il est demeuré présent jusqu’à aujourd’hui dans la vie culturelle. Ceux-ci ont en effet été mis en musique par les plus grands compositeurs de chansons populaires israéliens, parmi lesquels Yoel Angel et Nahum Nardi.  Plusieurs des chanteurs les plus connus ont interprété ces chansons, et notamment Naomi Shemer et Shlomo Artsi (3). En cela, Tchernikovsky n’est pas différent de plusieurs autres auteurs classiques de son époque, au premier rang desquels il faut mentionner Haïm Nahman Bialik (et de la génération suivante, comme Léa Goldberg). 

 

Tous ont en effet en commun d’être à la fois considérés comme des auteurs “classiques”, étudiés au lycée en Israël aujourd’hui (pas suffisamment…) et objets de nombreuses études littéraires savantes, mais aussi d’avoir vu leurs poèmes mis en musique par des chanteurs et d’être ainsi entrés dans la culture “populaire”. Ce faisant, la frontière entre auteurs classiques et contemporains, entre culture populaire et culture “savante”, a été largement abolie, ce qui constitue sans doute un trait original de la culture israélienne. C’est un des aspects que nous abordons, Judith et moi, dans notre nouvelle émission culturelle, diffusée sur Studio Qualita.

 

Pierre Lurçat

 

(1) www.hashiloach.org.il 

(2) J’ajoute que ce sujet est le thème de mon livre Israël, le rêve inachevé. Quel Etat pour le peuple Juif? Editions de Paris 2018.

 

(3) Le poème “On dit qu’il existe un pays…” (Omrim yeshna Eretz) dont nous donnons les paroles ci-dessous a été interprété notamment par Naomi Shemer et par Shlomo Artsi.

 

פָּגַע בְּאָח כְּהִגָּמְלוֹ,

פּוֹרֵשׂ אֵלָיו שָׁלוֹם –

וְאוֹר לָאִישׁ וְחָם לוֹ.

 

אַיָּם:

אוֹתָהּ אֶרֶץ,

כּוֹכְבֵי אוֹתָהּ גִּבְעָה?

מִי יַנְחֵנוּ דֶרֶךְ

יַגִּיד לִי הַנְּתִיבָה?

 

כְּבָר

עָבַרְנוּ כַמָּה

מִדְבָּרִיוֹת וְיַמִּים,

כְּבָר הָלַכְנוּ כַמָּה,

כֹּחוֹתֵינוּ תַמִּים.

 

כֵּיצַד

זֶה תָעִינוּ?

טֶרֶם הוּנַח לָנוּ?

אוֹתָהּ אֶרֶץ-שֶׁמֶשׁ,

אוֹתָהּ לֹא מָצָאנוּ.

 

אוּלַי – – –

כְּבָר אֵינֶנָּהּ?

וַדַּאי נִטַּל זִיוָהּ!

דָּבָר בִּשְׁבִילֵנוּ

אֲדֹנָי לֹא צִוָּה – – –

 

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