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Nétanyahou et l’Iran : le secret d’un combat pour la survie d’Israël

June 13 2025, 11:23am

Posted by Pierre Lurçat

Bentsion Netanyahou et son fils, lors d’une cérémonie en souvenir de Yoni

Bentsion Netanyahou et son fils, lors d’une cérémonie en souvenir de Yoni

Israël-Iran: dans la tête de Benjamin Nétanyahou

 

L’opération “Lion qui se lève” (Am ka-Lavi), offensive fulgurante menée par Israël pour contrecarrer le programme nucléaire iranien, est le fruit de l’obstination du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, héritée de son père, l’historien Bentsion Nétanyahou.

 

Pour comprendre l’attaque fulgurante menée cette nuit par l’aviation israélienne contre l’Iran, il faut tenter de saisir la psychologie du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou. Celui qui est devenu le dirigeant le plus décrié dans son pays est aussi en effet le seul qui a - depuis près de trente ans et sans relâche - averti le monde entier contre le danger d’un Iran nucléaire. Dès 1996, il déclarait ainsi devant le Congrès américain, alors qu’il venait d’être élu Premier ministre : “Si l’Iran devait acquérir l’arme nucléaire, cela pourrait présager des conséquences catastrophiques, non seulement pour mon pays, et non seulement pour le Moyen-Orient, mais pour toute l’humanité”.

 

Nétanyahou a martelé ce discours depuis lors, souvent contre l’avis des responsables sécuritaires israéliens - y compris les chefs du Mossad, et notamment Yossi Dagan qui a mis en échec plusieurs projets d’attaque précédents, en s’opposant ouvertement à Nétanyahou. Pour comprendre cette constance et cette obstination, parfois moquée par les médias israéliens, il faut se pencher sur l’histoire familiale de Benjamin Nétanyahou. C’est en effet de son père qu’il a hérité la conviction que le rôle primordial de tout dirigeant israélien à notre époque est d’empêcher une nouvelle Shoah.

 

Bentsion Nétanyahou, né à Varsovie en 1909, avait émigré avec ses parents en Eretz-Israël en 1921. Fils du militant sioniste Nathan Meilikovski, Bentsion étudie à l’université hébraïque de Jérusalem, où son professeur est le fameux Joseph Klauzner, grand-oncle de l’écrivain Amos Oz. Par la suite, il se rend à New-York, où il devient le secrétaire particulier du dirigeant sioniste Zeev Jabotinsky. Nétanyahou-père était avant tout un intellectuel, dont le centre d’intérêt principal pendant plusieurs décennies a été l’histoire du judaïsme espagnol au Moyen-Âge, sujet très éloigné en apparence de la vie politique et des préoccupations actuelles des dirigeants israéliens.

 

Le livre auquel il a consacré la plus grande partie de sa carrière est sa biographie de Don Isaac Abravanel, célèbre philosophe et homme d’État juif, qui présida au destin de sa communauté à la veille de l’expulsion des Juifs d’Espagne. La première édition de ce livre est parue en 1953 aux Etats-Unis, et il a été réédité plusieurs fois. Dans un entretien publié à l’occasion de la parution de ce livre en Israël, Bentsion Nétanyahou racontait avoir été presque convaincu par les arguments messianiques développés par Abravanel en lisant ses écrits, tellement ce dernier était un écrivain talentueux.

 

Mais ce qui l’a le plus intéressé chez Abravanel est la manière dont il a su prendre des décisions courageuses, en une période de crise et de danger suprême pour le judaïsme espagnol dont il avait la responsabilité. On raconte ainsi qu’Isaac Abravanel usa de toute son influence pour tenter d’annuler le décret d’expulsion pris par le roi Ferdinand II d’Aragon et la reine Isabelle, leur offrant des sommes considérables. Ceux-ci voulurent même le persuader de rester malgré l’expulsion, mais Abravanel préféra suivre sa communauté en exil.

 

Bentsion Nétanyahou compare l’attitude courageuse d’Abravanel à celle des Juifs américains, avant la Shoah et aujourd’hui, auxquels il reproche leur “manque de conscience historique et de compréhension politique”. A ses yeux, on le voit, l’historien ne doit pas se retrancher dans sa tour d’ivoire, mais tirer les leçons du passé. Lors d’une interview à la télévision israélienne, Nétanyahou-père expliquait ainsi que la Shoah ne s’était pas arrêtée en 1945, mais qu’elle se poursuivait en fait jusqu’à maintenant, à travers la volonté génocidaire des ennemis d’Israël, et notamment de l’Iran des Ayatollah. Au vu de cette histoire familiale, il ne fait aucun doute que c’est la conviction héritée de son père qui a permis à Benjamin Nétanyahou d’imposer finalement sa décision d’attaquer l’Iran, envers et contre tous.

P. Lurçat

NB Je donnerai sdv une conférence sur le thème « Israël après le 7 octobre : la victoire du sionisme », jeudi 26 juin à 19h30 à Paris, sous l’égide de l’OSM et de l’UPJF.

Nétanyahou et l’Iran : le secret d’un combat pour la survie d’Israël

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Israël - Etats-Unis : une alliance éternelle? Trois réflexions au lendemain du discours de Nétanyahou au Congrès

July 26 2024, 14:18pm

Posted by Pierre Lurçat

Bentsion Netanyahou et son fils, lors d’une cérémonie en souvenir de Yoni

Bentsion Netanyahou et son fils, lors d’une cérémonie en souvenir de Yoni

 

1.

Dans un exposé passionnant, donné pour l’année du décès du professeur Bentsion Nétanyahou à Jérusalem, Rafael Medoff relata la campagne menée par Nétanyahou aux Etats-Unis pour la création d’un État juif, dans les années 1940. Directeur de l’institut Wyman de recherche sur l’antisémitisme à Washington, Rafael Medoff a publié plusieurs livres sur la période des années 1940 aux États-Unis, et notamment A Race Against Death: Peter Bergson, America, and the Holocaust, qui relate le combat du « groupe Bergson » pour alerter l’opinion publique américaine sur l’anéantissement des Juifs en Europe. Peter Bergson et Bentsion Nétanyahou appartenaient aux mêmes cercles sionistes révisionnistes et ont mené plusieurs combats communs, même si leurs priorités étaient différentes : le premier se focalisait sur la lutte pour tenter de sauver les Juifs d’Europe, tandis que le second se consacrait au combat politique pour la création d’un État juif en Eretz-Israël.

 

Le point le plus marquant de cet exposé était le suivant : lors de son séjour aux États-Unis, en pleine Deuxième Guerre mondiale, Bentsion Nétanyahou créa l’embryon de ce qu’on appelle aujourd’hui le lobby juif américain. Alors que les sionistes « mainstream » parlaient aux dirigeants américains dans un langage prudent et souvent timoré, Nétanyahou s’exprimait clairement et sans aucune honte : il leur parlait le seul langage que les dirigeants politiques comprennent, à savoir celui des intérêts. Historien talentueux doué d’une capacité d’analyse politique hors du commun, Bentsion Nétanyahou fut ainsi le premier à défendre la cause sioniste aux États-Unis, en faisant valoir que la création d’un État juif servirait de rempart contre l’influence soviétique au Moyen-Orient. Et, contrairement aux dirigeants sionistes « mainstream » qui étaient acquis au président Roosevelt (lequel ne fit rien pour enrayer la destruction des Juifs d’Europe), Nétanyahou sut tisser des relations étroites avec les deux grands partis politiques américains, qui s’avérèrent essentielles lors du vote aux Nations unies sur la création d’un État juif.

 

2.

A cet égard, le “tropisme américain” de Benjamin Nétanyahou s’inscrit dans le droit fil de l’action de son père, comme on a pu le constater cette semaine, dans son remarquable discours prononcé (pour la 4e fois !) devant un Congrès enthousiaste. Les applaudissements nourris de la quasi-totalité des membres des deux chambres du Congrès américain, qui réservèrent au discours de “Bibi” un nombre record de “standing ovations”, n’étaient pas seulement destinés à la personne du Premier ministre. A travers lui, c’est au peuple d’Israël tout entier qu’ils s’adressaient. Chaque Juif et chaque Israélien (et aussi chaque observateur honnête) a pu mesurer à cette occasion la profondeur de l’amitié qui unit les deux peuples et les deux pays. Il est d’autant plus regrettable que certains commentateurs israéliens, à l’instar des médias français, n’aient pas saisi la grandeur du moment et ne soient pas parvenus à oublier - l’espace d’un instant - leur haine abyssale et totalement irrationnelle envers Nétanyahou… Celui-ci s’est une fois montré sous son meilleur visage : celui d’un homme d’Etat et d’un fin politique, qui maîtrise à la perfection les arcanes du Congrès et de la vie politique américaine en général.

 

3.

              Mais le succès remporté par Nétanyahou – et, à travers lui, par Israël – devant le Congrès américain ne doit pas masquer la question préoccupante, qui est devenue de plus en plus pressante depuis le 7 octobre : combien de temps durera l’alliance entre Israël et les Etats-Unis ? L’absence remarquée de Kamala Harris lors du discours de Nétanyahou était à cet égard lourde de signification. Si elle devait, à D. ne plaise, être élue présidente des Etats-Unis en novembre, sa victoire porterait sans aucun doute un coup très lourd aux relations bilatérales entre les deux pays. Mais, même si Donald Trump est élu, la guerre qui a débuté le 7 octobre a montré les fragilités de l’alliance Israël-Etats-Unis et les dangers inhérents à la confiance excessive portée par l’establishment militaire et sécuritaire israélien dans l’allié américain.

 

Il est grand temps de repenser les fondements de cette alliance et de repenser aussi la doctrine stratégique d’Israël, en tirant les conclusions de neuf mois de guerre. Voici quelques directions dans lesquelles il conviendrait sans doute de s’orienter : aspirer à une véritable indépendance en matière d’armement, autant que faire se peut, pour échapper aux pressions exercées par les pays fournisseurs d'armes en pleine guerre. Et plus généralement, viser à devenir véritablement indépendants, dans la mesure du possible, sur le plan stratégique, militaire et politique. La sécurité d’Israël repose en définitive sur le seul peuple Juif, car comme l’écrivait David Ben Gourion en 1957, “L’État d’Israël ne peut compter que sur un seul allié fidèle dans le monde : le peuple Juif”[1]. Vérité ultime qui demeure tout aussi vraie aujourd’hui qu’alors.

P. Lurçat

 

 

[1] Dans un texte inédit en français, à paraître en septembre dans la Bibliothèque sioniste. D. Ben Gourion, En faveur du messianisme : L’Etat d’Israël et l’avenir du peuple Juif, éd. de l’éléphant 2004.

Israël - Etats-Unis : une alliance éternelle? Trois réflexions au lendemain du discours de Nétanyahou au Congrès

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