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yom hazikaron

A propos du Yom Hazikaron “alternatif”: La cécité morale et intellectuelle de la gauche israélienne par Pierre Lurçat

April 22 2018, 07:21am

Posted by Pierre Lurçat

A propos du Yom Hazikaron “alternatif”: La cécité morale et intellectuelle de la gauche israélienne par Pierre Lurçat

Comme des millions d’Israéliens, j’ai fêté la semaine dernière l’anniversaire de notre petit-grand Etat, proclamé il y a 70 ans sur notre terre retrouvée, par la grâce de Dieu et grâce à l’héroïsme et au sacrifice de nos soldats. Comme le dit un adage qui a récemment circulé sur les réseaux sociaux, “Nous avons deux journées du souvenir des morts en Israël : une qui nous rappelle le prix à payer pour avoir un Etat, et l’autre pour nous rappeler le prix à payer pour ne pas en avoir”. Ces deux journées sont, évidemment, la Journée du Souvenir des soldats (Yom Hazikaron) et le Jour de la Shoah (Yom HaShoah). La semaine qui va du Yom HaShoah au Yom Hazikaron et au Yom Ha’atsmaout est sans doute la semaine la plus chargée d’émotion pour le peuple d’Israël.

 

J’ai passé la soirée du Yom Hazikaron sur la place Rabin à Tel-Aviv, où se déroule le traditionnel “Sharim ba-Kikar”, rituel laïque qui fait suite aux cérémonies d’ouverture de cette journée sacrée devant le Kottel, le mur occidental du Temple, en présence des familles endeuillées. La jeunesse du public, varié et nombreux, qui emplissait la place Rabin, venu écouter les chansons et évoquer le souvenir des soldats tombés pendant les guerres d’Israël, atteste que le caractère fédérateur de cette journée demeure intact et que les jeunes israéliens restent, aujourd’hui comme hier, tout aussi patriotes et engagés pour la défense de notre Etat, y compris à Tel-Aviv, qu’on se plaît à décrire parfois comme une “bulle” en dehors du pays.


Or, c’est précisément ce rituel sacré et ce caractère fédérateur qui ont été cette année remis en question par la tentative d’instaurer une cérémonie ‘alternative’, réunissant des familles endeuillées israéliennes et palestiniennes. Comme l’expliquait vendredi après-midi Yehoram Gaon, dans son émission hebdomadaire sur Galei Tsahal, les promoteurs de cette initiative ont perdu le sens le plus élémentaire du bien et du mal. Comment peut-on en effet mettre sur le même plan nos soldats, tombés pour la défense d’Israël, et des terroristes palestiniens tombés en attaquant des Israéliens, civils ou militaires?

 

Une illustration de cette cécité morale et intellectuelle d’une frange radicale de la gauche israélienne nous est donnée par la lecture du journal Ha’aretz, dans lequel l’éditorial daté du vendredi 20 avril 2018, 5 Iyar 5778 (date du Jour de l’Indépendance,dont la célébration a été avancée d’un jour cette année en raison du shabbat), intitulé “Le jour de leur catastrophe”, explique que les festivités du Jour de l’Indépendance excluent un cinquième des citoyens de l’Etat et que, “tant qu’un Etat palestinien ne verra pas le jour, la Nakba et le deuil palestinien ne prendront pas fin”. Le journal des élites israéliennes post-sionistes * a depuis longtemps, on le sait, adopté le narratif de nos ennemis, celui de la Nakba (“catastrophe”).

 

Un très beau film réalisé au lendemain de la Deuxième Guerre du Liban décrivait la manière dont quatre mères israéliennes vivaient et partageaient leur deuil, après la mort tragique de leurs fils, membres de l’équipage du même tank, détruit par une roquette du Hezbollah alors qu’il portait secours à un autre tank. Le thème central du film était le lien tissé entre ces quatre femmes très différentes, représentant quatre secteurs de la société israélienne (une habitante religieuse d’une localité de Judée-Samarie, une femme de l’intelligentsia de gauche, une immigrante de l’ex-URSS…). L’armée est depuis ses débuts, un des endroits où se créent des liens entre les Israéliens de toutes origines (y compris les soldats druzes, bédouins et membres des autres minorités), liens indéfectibles qui durent souvent toute la vie et parfois au-delà, entre les familles endeuillées liées par la mort de leurs fils.

Uri Grossman z.l.

 

Un des quatre soldats tombés dans ce tank était Uri Grossman, fils de l’écrivain David Grossman. J’ai écrit dans ces colonnes le respect que j’éprouve pour David Grossman en tant que père endeuillé, membre de la “Mishpa’hat ha-shehol”, cette “famille des endeuillés” pour qui le deuil ne prend pas fin à l’issue du Yom Hazikaron, car il dure toute l’année. J’ai d’autant plus de tristesse à lire le discours de David Grossman, prononcé le Jour du Souvenir des soldats lors de la cérémonie alternative dont il a été un des principaux protagonistes, discours dans lequel il décrie le gouvernement (ce même gouvernement qui vient de lui décerner le Prix d’Israël) et parle de la “réalité d’apartheid qui existe dans les territoires occupés…”.

 

Le plus triste, dans ce discours comme dans les innombrables éditoriaux et articles qu’on peut lire jour après jour dans Ha’aretz **, c’est de voir que les tenants de cette idéologie, de plus en plus minoritaire mais toujours influente, se sont eux-mêmes exclus du consensus israélien. Ils ont eux-mêmes scié la branche qui les rattache au tronc commun de notre existence dans ce petit-grand pays, en prétendant partager le deuil de nos ennemis au lieu de pleurer, avec tout Israël, nos soldats tombés pour notre Indépendance.

 

Comme l’écrit Israël Harel, ils “critiquent toutes les belles choses qui ont été accomplies ici depuis le début du retour à Sion à l’époque moderne”. Au-delà de toutes les dissensions et divergences politiques, légitimes, c’est sans doute le plus grand reproche qu’on peut faire aux tenants de cette idéologie.. A l’instar des explorateurs dans le récit biblique, ils ne voient que les défauts et les dangers inhérents à notre existence nationale, oubliant combien notre Etat est miraculeux et combien notre peuple est beau.

 

* Je renvoie à ce sujet au chapitre de mon livre La trahison des clercs d’Israël consacré à Ha’aretz).

** Le même Ha'aretz dans lequel on a pu lire un article affirmant que Myriam Peretz avait reçu le Prix d'Israël "pour la seule raison qu'elle a perdu ses fils"... Il n'y a aucune limite dans l'ignominie.

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Yom ha Zikaron - la "famille des endeuillés"

April 17 2018, 07:50am

Posted by Pierre Lurçat

Yom ha Zikaron - la "famille des endeuillés"

"Michpa'hat ha-Chekhol" – avant d'expliquer cette expression tellement caractéristique de la réalité israélienne, attardons-nous sur le mot "chekhol". Il désigne la perte des enfants et apparaît pour la premièe fois dans la Torah, au Livre de Béréchit, dans la parachat Toledot. Quand Rebecca enjoint à son fils Jacob d'échapper à la vengeance d'Esau – juste après l'épisode de la bénédiction 'dérobée' par Jacob à son frère aîné – Rebecca justifie ainsi son conseil : "Pourquoi m'exposer à vous perdre tous deux à la fois ?" (למה אשכל גם שניכם יום אחד?).

 

Le verbe ש.כ.ל signifie donc perdre ses enfants, et il a pris une signification plus précise, en Israël : celle de perdre ses fils – et par extension, des membres de sa famille – à la guerre (et dans les attentats). On parle ainsi de "michpa'hot chakoulot" et de "horim chakoulim" pour désigner les familles et les parents de soldats tombés dans les guerres d'Israël ou victimes du terrorisme arabe.

 

L'expression "michpa'hat ha-Chekhol" – littéralement, la famille du "chekhol", est difficilement traduisible en français. Il s'agit à proprement parler de la "famille de ceux qui ont perdu des fils". Cette réalité difficile à expliquer apparaît au grand jour le Yom Hazikaron – le jour du Souvenir des soldats tombés au champ d'honneur – quand Israël tout entier se recueille et partage la douleur des familles endeuillées. Ce jour-là, il peut nous sembler que la "famille du Chekhol" englobe tous les citoyens d'Israël (pas seulement juifs, car les soldats tombés dans les guerres d'Israël sont aussi druzes, bédouins, chrétiens...).

 

Mais quand s'achève le Yom Hazikaron et que nous entrons dans la fête du Yom Ha'atsmaout, les familles endeuillées restent, elles, plongées dans le "Chekhol". C'est d'ailleurs la différence entre le Chekhol et le deuil ordinaire (Evel, אבל). Ce dernier s'estompe avec le temps, car la mort fait partie de la vie, tandis que le Chekhol, lui, ne s'estompe jamais totalement. Il est comme une blessure qui ne cicatrise pas, comme une amputation, et la douleur, comme en témoignent les parents et les proches, ne fait que grandir avec le temps. Que le souvenir de nos soldats et des victimes du terrorisme – tombés pour que notre pays vive – soit béni ! 

Pierre Lurçat
 

 

Mon cher de la mort précoce

Comme tous les morts jeunes

Et comme tous les héros

Tu nous dépasses

 

Ta vie a coulé vers l’éternité

Et tombe, cascade

éparpillée.

 

Alors, il faut que je vive

Encore pour toi?

Dis-le moi, il le faut?

 

(Poème écrit par Rossane Soskice-Lurçat en souvenir de son fils Victor, tombé pendant la Deuxième Guerre mondiale).

 

Yom ha Zikaron - la "famille des endeuillés"

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