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tsahal, morale

“Humains, trop humains…” : Face à la cruauté du Hamas, l’humanité d’Israël est-elle justifiée? Pierre Lurçat

May 28 2021, 10:52am

Posted by Pierre Lurçat

 

Une fillette de la famille du chef du Hamas subit une greffe à l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv”. Cette information a fait la “Une” de l’actualité en Israël. Les médias français et occidentaux, eux, l’ont passée à la trappe. Ils préfèrent titrer, comme Le Monde, “Le survivant d’une famille décimée à Gaza, saisit la Cour pénale internationale”, en faisant passer Israël et le peuple Juif pour des assassins, conformément à l’imagerie antisémite séculaire. Mais mon propos n’est pas ici de déplorer une fois de plus les mensonges des médias occidentaux (1). La question qui me préoccupe est celle - plus fondamentale, voire cruciale - de notre propre vérité. Qui sommes-nous, ou plutôt qui voulons-nous être? Un modèle de moralité et d’angélisme dans un monde barbare? 

 

La guerre s'arrête à Gaza | Le Devoir

Le Monde : l’imagerie antisémite séculaire

 

Est-ce que la vocation de “Lumière des nations” que nous assignent nos Prophètes consiste à soigner les proches de nos pires ennemis, ceux qui gardent en otages nos soldats - morts ou vivants - pour obtenir des concessions de notre part, en attendant de lancer un nouvel assaut meurtrier contre nos civils ? Ou peut-être sommes-nous victimes d’une terrible illusion, d’une erreur de perspective à laquelle nous ont habitués des centaines d’années d’existence galoutique, loin des préoccupations de la vie nationale, durant lesquelles nous avons désappris le sens véritable des injonctions bibliques et talmudiques? 

 

Plus encore qu’elle ne nous apprend sur la désinformation et le mensonge permanent des médias occidentaux concernant Israël, la décision de soigner la nièce d’Ismaïl Hanieyh à l’hôpital Ichilov doit nous faire réfléchir sur la psychologie de nos ennemis et la nôtre, et sur l’asymétrie fondamentale du conflit qui nous oppose à nos voisins. Elle nous invite surtout à comprendre ce que signifie véritablement la vocation morale d’Israël. Loin de vouloir faire l’éloge d’Israël, en démontrant une fois de plus combien nous sommes humains et nos ennemis inhumains, je prétends affirmer ici que notre humanité débordante est un défaut et une faille dans notre cuirasse, que nos ennemis savent exploiter pour nous affaiblir. Et elle n’est même pas conforme à notre Tradition authentique...

 

Un présupposé d’humanité mensonger

Car cette décision repose sur un présupposé d’humanité, qui est totalement faux ! Elle fait l’hypothèse que nos ennemis sont des hommes comme nous et qu’en leur montrant un visage d’hommes, nous les inciterons à dévoiler eux aussi leur humanité. Or c’est, hélas, le contraire qui est vrai… Plus nous sommes enclins à faire preuve d’humanité avec eux, plus ils se jouent de nous et se montrent cruels. Cette vérité éternelle avait déjà été énoncée par nos Sages dans le Talmud : « Celui qui a pitié des méchants, finit par se montrer cruel envers les justes… » Le peuple israélien a éprouvé dans sa chair la réalité tragique de cet adage, lorsque le gouvernement Sharon, voulant mettre fin à la « cruelle occupation  de Gaza », a fait preuve de l’inhumanité la plus flagrante envers les Justes qui peuplaient les yichouvim du Goush Katif. 

 

La synagogue détruite de Névé Dekalim : une inhumanité flagrante

 

La parasha de Ki Tetsé commence par le verset : “Lorsque tu iras en guerre contre tes ennemis, que l'Éternel, ton Dieu, les livrera en ton pouvoir, et que tu leur feras des prisonniers”, au sujet duquel Rachi commente : “Il s’agit d’une guerre facultative, car dans les guerres pour Eretz-Israël il ne saurait être question de faire des prisonniers”. Si nous pensons que les mots de Rachi font encore sens aujourd’hui, alors nous ne pouvons faire l’économie de nous interroger sur le sens de ce commentaire, si terrible puisse-t-il paraître à la conscience juive actuelle, façonnée par l’idée occidentale d’origine chrétienne, de la dichotomie entre droit et morale, entre pouvoir séculier et religion. 

 

Comment agir face à des loups sauvages?

Dans un article très éclairant écrit après la Deuxième Guerre du Liban, dans la défunte revue francophone Forum-Israël, le rav Oury Cherki abordait la question de “l’éthique juive de la guerre”, et citait une réponse du rav A.I . Hacohen Kook au rav Zaïdel, qui lui avait demandé pourquoi la tradition juive impose des guerres si violentes et parfois si cruelles (2). Le rav Kook répondit : “Pour ce qui est des guerres, il était impossible à une époque où nos voisins étaient des loups sauvages, que seul Israël ne fasse pas la guerre, car alors, les nations se seraient liguées pour nous exterminer. Bien au contraire, c’était une chose indispensable. Il fallait terroriser les barbares, en employant également des moyens cruels, tout en gardant l’espoir d’amener l’humanité à ce qu’elle devrait être. Mais il ne faut pas avancer le temps, et se croire à l’époque messianique quand on n’y est pas”. 

Cette réponse énonce plusieurs vérités très actuelles sur l’attitude qu’Israël devrait adopter face au Hamas.  Premièrement, face à un ennemi barbare, on se doit d’être cruel. En d’autres termes, il faut “terroriser les terroristes”. (Et qu’on ne vienne pas nous dire que les civils de Gaza sont “innocents”. Car comme l’explique le Rav Cherki, la distinction entre des soldats “coupables” et des civils “innocents” repose sur un syllogisme erroné). Enfin, l’espoir de faire progresser l’humanité vers des normes morales plus élevées n’est pas aboli, mais il concerne les temps messianiques, qui ne sont pas encore là.

Rav Kook : “Il fallait terroriser les barbares”

Nos ennemis ne changeront pas. C’est donc à nous de changer ! Cessons de nous comporter en modèles d’humanisme, en agneaux dans un monde de loups. Devenons une fois pour toutes, comme l’exigeait Jabotinsky, une ‘race fière et cruelle’. Alors que le Hamas se prépare déjà au prochain round contre Israël, l’heure n’est pas aux marques d’humanité envers le Hamas, ses dirigeants et leurs familles, mais au renforcement de notre capacité de résistance et de contre-offensive. La victoire contre le Hamas n’est pas seulement une question militaire et stratégique, elle est aussi - et avant tout - une question morale. Car c’est sur le plan des normes morales que réside notre principale faiblesse. L’heure est à ‘terroriser les barbares’, selon l’injonction du Rav Kook. L’heure est au réarmement moral d’Israël et du peuple Juif face à leurs ennemis.

Pierre I. Lurçat

Je donnerai une conférence sur "L'Etat juif selon Jabotinsky", JEUDI 3 JUIN à 19h00 (heure de Paris) dans le cadre de l'O.S.M.

(1) Voir https://infoequitable.org/ sur les mensonges des médias français.

(2) Epitres du rav Kook, Igrot Re’ia, vol. 1 p. 100, cité par O. Cherki, art. cit. C’est moi qui souligne. Je renvoie également sur ce sujet aux chapitres de mon livre La trahison des clercs d’Israël (La Maison d’édition 2016) consacrés au droit juif de la guerre.

 

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« Laissez Tsahal vaincre ! » : comment sortir de la stratégie défensive, par Pierre Lurçat

November 14 2018, 13:27pm

Posted by Pierre Lurçat

Incendies à la frontière de Gaza

Incendies à la frontière de Gaza

"Kippat Barzel" : prouesse technologique ou faiblesse stratégique?

 

 

 

 

Le 9 mai 2011, Oudi Shani, Directeur Général du ministère de la Défense israélien, annonçait que l'État hébreu allait investir un milliard de dollars au cours des années à venir dans le projet « Kippat Barzel » (« Dôme de fer »), le nouveau système antimissile israélien. « Une fois entièrement déployées, ces batteries antimissiles vont permettre à la population de ne plus ressentir les dégâts causés par les roquettes Qassam » a-t-il confié. Au milieu du concert de louanges entourant la mise en service du système antimissiles « Dôme de fer », quelques voix discordantes peinaient à se faire entendre. A de nombreux égards, les prouesses technologiques déployées par l’armée israélienne pour empêcher les missiles tirés de Gaza de faire des victimes dans les localités périphériques sont révélatrices de l’évolution de la stratégie militaire israélienne au cours des dernières années et depuis les débuts de l’État.

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Batterie Kippat Barzel en action

 

Tsahal : « Armée de Défense d’Israël » – l’institution la plus vitale de l’État juif porte bien son nom. Contrairement à ce qu’affirme la propagande de ses ennemis, en effet, l’armée israélienne a toujours assumé un rôle essentiellement défensif, en repoussant victorieusement les attaques de ses voisins et sans jamais chercher à conquérir de territoires ou à déclencher de conflits, à moins d’y avoir été entraînée par ses ennemis. Mais cette vérité fondamentale ne doit pas cacher une réalité plus complexe et des divergences de vue qui ont toujours existé au sein de l’appareil militaire et politique israélien.

 

Avant même la création de l’État, la Haganah , embryon de Tsahal, a ainsi connu un grave conflit entre les tenants de la logique purement défensive et de la « Havlaga » (retenue) et les partisans d’une conception plus offensive. Ce conflit a été une des raisons de la scission qui a donné lieu à la création de l’Irgoun dirigé par Menahem Begin. Officiellement, c’est l’esprit de la Haganah qui a triomphé et a été repris à son compte par la jeune armée d’Israël en 1948. Mais la doctrine de la « Havlaga » a continué de susciter des oppositions. Ainsi, quand les incursions de feddayin palestiniens se sont multipliées, dans les années 1950, une unité spéciale a été créée pour répondre à ces attaques, en lançant des opérations audacieuses au-delà de la frontière, en Jordanie, la fameuse unité 101 dans laquelle se sont illustrés des grands soldats comme Meir Har-Tsion ou Rafaël Eitan.

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Meir Har-Tsion (à gauche) aux côtés d'Ariel Sharon

 

En 1967, c’est la stratégie de l’attaque préventive qui a permis à Israël de remporter la victoire en reprenant le contrôle du cœur historique du pays, la Judée et la Samarie, et en réunifiant sa capitale, Jérusalem, divisée depuis 1947. Au-delà de ces exemples ponctuels, la stratégie militaire d’Israël reposait depuis 1948 sur un double principe immuable, imposé par l’étroitesse du territoire et par les contraintes géostratégiques : celui de l’attaque préventive et de la guerre portée sur le territoire ennemi. Ce principe s’est illustré non seulement en 1967, quand l’armée de l’air a détruit au sol l’aviation égyptienne, mais aussi lors de l’attaque contre la centrale d’Osirak (1981) ou de l’invasion israélienne du Sud-Liban un an plus tard.

 

C’est à partir de cette dernière opération, qui s’est transformée en véritable guerre traumatique pour Israël – sous la houlette du général Ariel Sharon et contre l’avis du Premier ministre d’alors, Menahem Begin – que la stratégie israélienne a évolué progressivement. Jusqu’aux années 1980, en effet, Israël avait cherché à se doter de frontières défendables, en mettant à profit les atouts géographiques (vallée du Jourdain, péninsule du Sinaï, plateau du Golan) et en partant de l’axiome que des frontières sûres étaient le meilleur moyen de parvenir à la paix. A partir des années 1990, Israël a adopté une logique différente, celle du processus d’Oslo et de la « Paix contre les territoires ». Les retraits successifs du Sinaï, du Sud Liban, de Judée-Samarie et de Gaza ont certes permis à Israël de signer des traités de paix avec l’Égypte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne, mais ils ont aussi réduit la profondeur stratégique du territoire israélien et ramené petit à petit Israël à la situation qui prévalait entre 1948 et 1967, dans laquelle la ligne de front est située à l’intérieur des frontières.

 

« A l’heure des missiles, les territoires n’ont pas d’importance… »

 

Cette affirmation de Shimon Pérès, faite en pleine euphorie de l’époque d’Oslo, a montré depuis son caractère illusoire et trompeur. Non seulement les territoires n’ont pas perdu de leur importance à l’heure des missiles, mais ils sont même devenus plus essentiels que jamais, comme le savent bien les habitants de Sderot, de Béer-Cheva et d’Ashdod, placés sous le feu des missiles du Hamas par le retrait de la bande de Gaza orchestré par Ariel Sharon. Israël vit encore les conséquences de ce retrait désastreux, point d’orgue de la politique de « la paix contre les Territoires » inaugurée avec Camp David (par Menahem Begin) et poursuivie ensuite par presque tous les dirigeants israéliens, d’Itshak Rabin à Benjamin Nétanyahou en passant par Ehoud Barak. C’est dans ce contexte politique que s’inscrit le bouclier antimissile, censé apporter une réponse militaire à la menace des Qassam et compenser ainsi la perte de profondeur stratégique liée au retrait de Gaza et à celui, heureusement inachevé, de Judée-Samarie.


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"La Paix contre les territoires" : un slogan trompeur

 

Le voyage de Nétanyahou à Washington en mai 2011 et le discours du président Obama sur les frontières de 1967 ont placé au cœur de l’actualité la question des territoires et des « frontières défendables » pour Israël, contraignant le Premier ministre israélien à réagir vigoureusement et à s’opposer à un retour aux lignes d’avant 1967. L’État juif a aujourd’hui le choix entre la poursuite de la stratégie de « la paix contre les territoires » – slogan mensonger qui signifie en réalité « la guerre sans les territoires » – et le retour aux axiomes de la profondeur stratégique et de la nécessité de préserver des frontières défendables. Le « bouclier antimissiles » offre dans le meilleur des cas un semblant de protection aux habitants placés en première ligne, mais rien de plus.

 

L’alternative qui s’offre aux dirigeants de Tsahal et à ceux de l’échelon politique – sur lesquels repose en alternative les décisions essentielles, car les chefs militaires n’ont presque jamais pu imposer leurs vues contre l’avis du gouvernement – est celle de continuer à protéger les habitants d’Israël des missiles du Hamas avec des parapluies perfectionnés, ou bien de mettre définitivement hors de nuire ceux qui les envoient de Gaza, de Syrie et d’ailleurs. « Laissez Tsahal vaincre » : ce slogan entendu pendant l’opération Plomb durci à Gaza n’a rien perdu de son actualité.

 

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, 2016). Mon nouveau livre, Israël, le rêve inachevé, paraît ces jours-ci aux éditions de Paris/Max Chaleil.

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"Terrorisons les barbares" - Face à la cruauté du Hamas, l’humanité d’Israël est-elle justifiée? par Pierre I. Lurçat

August 28 2018, 20:26pm

Posted by Pierre Lurçat

"Terrorisons les barbares" - Face à la cruauté du Hamas, l’humanité d’Israël est-elle justifiée? par Pierre I. Lurçat

 

La Cour suprême autorise cinq malades de Gaza à se rendre à Jérusalem”. Cette information a fait la “Une” de l’actualité en Israël. Les médias français et occidentaux, eux, l’ont passée à la trappe. Ils préfèrent titrer, comme Libération, “Gaza, génération estropiés”, en faisant passer Israël et le peuple Juif pour des assassins, conformément à l’imagerie antisémite séculaire. Mais mon propos n’est pas ici de déplorer une fois de plus les mensonges des médias occidentaux. La question qui me préoccupe est celle - plus fondamentale, voire cruciale - de notre propre vérité. Qui sommes-nous, ou plutôt qui voulons-nous être? Un modèle de moralité et d’angélisme dans un monde barbare?

Libération : l’imagerie antisémite séculaire

Est-ce que la vocation de “Lumière des nations” que nous assignent nos Prophètes consiste à soigner les proches de nos pires ennemis, ceux qui gardent en otages nos soldats - morts ou vivants - pour obtenir des concessions de notre part, en attendant de lancer un nouvel assaut meurtrier contre nos civils ? Ou peut-être sommes-nous victimes d’une terrible illusion, d’une erreur de perspective à laquelle nous ont habitués des centaines d’années d’existence galoutique, loin des préoccupations de la vie nationale, durant lesquelles nous avons désappris le sens véritable des injonctions bibliques et talmudiques?

 

Plus encore qu’elle ne nous apprend sur la désinformation et le mensonge permanent des médias occidentaux concernant Israël, la décision de la Cour suprême doit nous faire réfléchir sur la psychologie de nos ennemis et la nôtre, et sur l’asymétrie fondamentale du conflit qui nous oppose à nos voisins. Elle nous invite surtout à comprendre ce que signifie véritablement la vocation morale d’Israël. Loin de vouloir faire l’éloge d’Israël, en démontrant une fois de plus combien nous sommes humains et nos ennemis inhumains, je prétends affirmer ici que notre humanité débordante est un défaut et une faille dans notre cuirasse, que nos ennemis savent exploiter pour nous affaiblir. Et elle n’est même pas conforme à notre Tradition authentique...

 

Un présupposé d’humanité mensonger

Car la décision de juges siégeant à Jérusalem repose sur un présupposé d’humanité, qui est totalement faux ! Elle fait l’hypothèse que nos ennemis sont des hommes comme nous et qu’en leur montrant un visage d’hommes, nous les inciterons à dévoiler eux aussi leur humanité. Or c’est, hélas, le contraire qui est vrai… Plus nous sommes enclins à faire preuve d’humanité avec eux, plus ils se jouent de nous et se montrent cruels. Cette vérité éternelle avait déjà été énoncée par nos Sages dans le Talmud : « Celui qui a pitié des méchants, finit par se montrer cruel envers les justes… » Le peuple qui vit à Sion a éprouvé dans sa chair la réalité tragique de cet adage, lorsque le gouvernement Sharon, voulant mettre fin à la « cruelle occupation  de Gaza », a fait preuve de l’inhumanité la plus flagrante envers les Justes qui peuplaient les yichouvim du Goush Katif.

La synagogue détruite de Névé Dekalim : une inhumanité flagrante

 

Nous avons lu shabbat dernier la parasha de Ki Tetsé, qui commence par le verset : “Lorsque tu iras en guerre contre tes ennemis, que l'Éternel, ton Dieu, les livrera en ton pouvoir, et que tu leur feras des prisonniers”, au sujet duquel Rachi commente : “Il s’agit d’une guerre facultative, car dans les guerres pour Eretz-Israël il ne saurait être question de faire des prisonniers”. Si nous pensons que les mots de Rachi font encore sens aujourd’hui, alors nous ne pouvons faire l’économie de nous interroger sur la signification de ce commentaire, si terrible puisse-t-il paraître à la conscience juive contemporaine, façonnée par l’idée occidentale d’origine chrétienne, de la dichotomie entre droit et morale, entre pouvoir séculier et religion.

 

Comment agir face à des loups sauvages?

Dans un article très éclairant écrit après la Deuxième Guerre du Liban, dans la défunte revue francophone Forum-Israël, le rav Oury Cherki abordait la question de “l’éthique juive de la guerre”, et citait une réponse du rav A.I . Hacohen Kook au rav Zaïdel, qui lui avait demandé pourquoi la tradition juive impose des guerres si violentes et parfois si cruelles (1). Le rav Kook répondit :

“Pour ce qui est des guerres, il était impossible à une époque où nos voisins étaient des loups sauvages, que seul Israël ne fasse pas la guerre, car alors, les nations se seraient liguées pour nous exterminer. Bien au contraire, c’était une chose indispensable. Il fallait terroriser les barbares, en employant également des moyens cruels, tout en gardant l’espoir d’amener l’humanité à ce qu’elle devrait être. Mais il ne faut pas avancer le temps, et se croire à l’époque messianique quand on n’y est pas”.

Cette réponse énonce plusieurs vérités très actuelles sur l’attitude qu’Israël devrait adopter face au Hamas.  Premièrement, face à un ennemi barbare, on se doit d’être cruel. En d’autres termes, il faut “terroriser les terroristes”. (Et qu’on ne vienne pas nous dire que les civils de Gaza sont “innocents”. Car comme l’explique le Rav Cherki, la distinction entre des soldats “coupables” et des civils “innocents” repose sur un syllogisme erroné). Enfin, l’espoir de faire progresser l’humanité vers des normes morales plus élevées n’est pas aboli, mais il concerne les temps messianiques, qui ne sont pas encore là.

 

Rav Kook : “Il fallait terroriser les barbares”

Comme je l’écrivais au lendemain du carnage d’Itamar : Nos ennemis ne changeront pas. C’est donc à nous de changer ! Cessons de nous comporter en modèles d’humanisme, en agneaux dans un monde de loups. Devenons une fois pour toutes, comme l’exigeait Jabotinsky, une ‘race fière et cruelle’. Alors que le Hamas se prépare activement au prochain round contre Israël, l’heure n’est pas aux marques d’humanité envers le Hamas, ses dirigeants et leurs familles, mais au renforcement de notre capacité de résistance et de contre-offensive. L’heure est à ‘terroriser les barbares’, selon l’injonction du Rav Kook.

Pierre Itshak Lurçat

Note

(1) Epitres du rav Kook, Igrot Re’ia, vol. 1 p. 100, cité par O. Cherki, art. cit. C’est moi qui souligne. Je renvoie également sur ce sujet à mes articles “Israël face au Hamas, Samson enchaîné”, et “Tsahal applique-t-elle trop bien le droit de la guerre face au Hamas?”, ainsi qu’aux chapitres de mon livre La trahison des clercs d’Israël consacrés au droit juif de la guerre.

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Une enquête ouverte sur l'imam de Toulouse pour un prêche incitant à la haine contre les Juifs

June 29 2018, 14:20pm

Posted by Pierre Lurçat

L'imam Mohamed Tatai./ Capture d'écran
L'imam Mohamed Tatai./ Capture d'écran

Le Parquet de Toulouse a été saisi par le préfet de la Haute-Garonne pour des faits susceptibles de constituer "une incitation à la haine" à travers des propos d’un imam de Toulouse diffusés dans une vidéo sur internet. Cette vidéo, sous-titrée en anglais, montre une partie de prêche en langue arabe de Mohamed Tatai, imam de la mosquée d'Emaplot, à connotation antisémite.

 

Il s’agit d’une vidéo d’un prêche datant de fin 2017 dans une salle de prière du quartier Empalot à Toulouse. Elle était occupée provisoirement par la communauté musulmane avant l'ouverture de la grande mosquée, inaugurée samedi dernier à Empalot en présence des autorités de Haute-Garonne. Les propos rapportés par la vidéo font actuellement l’objet d’analyses par les services du ministère de l’Intérieur. D'ores et déjà, plusieurs organisations comme l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) ou la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), ont annoncé qu'elles allaient déposer plainte pour incitation à la haine. 

 

Franck Touboul, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Midi-Pyrénées, qui assistait samedi dernier à l’inauguration de la nouvelle grande mosquée de Toulouse, où était présent Mohamed Tatai, reste prudent : "Rien pour l’heure ne certifie que ces propos ont réellement été prononcés. Je me refuse à croire que Mohamed Tatai en est l’auteur. Je réserve ma position définitive lorsque la vidéo aura été analysée. Si les propos étaient avérés, ce serait une déception immense car samedi, lors de l’inauguration de la mosquée, nous avons parlé avec Mohamed Tatai de tolérance, d’humanisme et de dialogue interreligieux". 

Le SRPJ de Toulouse a été chargé de l’enquête. Il sera chargé de vérifier le contenu et les modalités de cette diffusion. Les propos relayés seront donc traduits dans ce cadre judiciaire par un interprète assermenté. À l’issue de ces premiers actes d’enquête, il sera possible de vérifier la réalité d’un contenu infractionnel.

Le président du conseil régional du culte musulman, Abdellatif Mellouki,  a pris connaissance de la vidéo controversée : "On voit 1'40'' sur un prêche qui dure plus de 40 minutes. J'observe deux coupures, il s'agit donc d'un montage. Il faudrait écouter le prêche entièrement pour se faire une idée. En tout cas je n'ai pas entendu d'appel à tuer les juifs ou alors je ne sais pas parler arabe. Je suis satisfait qu'une enquête ait été ouverte pour faire toute la lumière sur cette affaire". M. Mellouki précise avoir demandé une traduction du film à la grande mosquée de Paris. 

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Demophrénia, de Paul Eidelberg : Israël et la maladie de la démocratie, par Pierre Lurçat

June 28 2018, 05:49am

Posted by Pierre Lurçat

Demophrénia, de Paul Eidelberg : Israël et la maladie de la démocratie, par Pierre Lurçat

 

Demophrénia : Israël et la maladie de la démocratie, par Pierre Lurçat


 

Lorsque l’une des “plus puissantes armées du monde” se retrouve quasiment impuissante, face à quelques dizaines de terroristes armés de cerfs-volants et de ballons incendiaires, chacun peut comprendre que le problème fondamental auquel Israël est confronté aujourd’hui n’est pas militaire, mais avant tout moral. Il s’agit essentiellement d’un problème de perception de soi et d’aveuglement volontaire. On peut le définir dans les termes suivants : Israël ne sait pas comment triompher du Hamas, parce qu’il est dépourvu de la conviction intime, tant morale que politique, que la victoire est possible et nécessaire. Un livre de Paul Eidelberg, paru il y a plus de 20 ans, peut nous aider à comprendre pourquoi.

 

Il est regrettable que le nom de son auteur soit quasiment inconnu du public francophone. Ce spécialiste de philosophie politique, qui a enseigné à l’université Bar Ilan, est en effet un des plus fins observateurs critiques de la vie politique israélienne. Il a grandi aux Etats-Unis, où il a été l’élève de Leo Strauss. Dans un livre autobiographique, il relate comment il a découvert, après son alyah en 1976, à quel point l’université israélienne était perméable aux conceptions occidentales et notamment au relativisme moral, et comment Israël était ainsi amené à douter de la justesse de sa cause face à ses ennemis.

 

La thèse centrale de son livre Demophrenia est que le système démocratique souffre d’une maladie congénitale, qui consiste à traiter comme égales des choses qui ne le sont pas, ou plus précisément à “appliquer les principes démocratiques  d’égalité et de liberté à des conflits idéologiques, dans lesquels une de ces parties rejette ces mêmes principes”. En d’autres termes, et pour dire les choses plus simplement, Eidelberg analyse et critique l’attitude des pays démocratiques, confrontés à des ennemis qui ne le sont pas, qui s'obstinent à les traiter comme s'ils leur étaient semblables.

 

Les exemples sont nombreux dans l’histoire du vingtième siècle, mais c’est le cas d’Israël qui a intéressé le plus Eidelberg. Pourquoi l’Etat juif est-il incapable de vaincre ses ennemis, alors même qu’il jouit d’une supériorité militaire et morale ? Qu’est-ce qui empêche Israël de transformer ses victoires militaires en victoires politiques? Cette question récurrente depuis 1967 a pris une acuité brûlante à l’époque des accords d’Oslo. Les analyses de Paul Eidelberg s’appuient non seulement sur la philosophie politique, qu’il a étudiée à la meilleure école, celle de Leo Strauss, mais aussi sur les sources juives qu’il a reçues de son maître aux Etats-Unis, le rav Chaim Zimmerman.


 

Leo Strauss et Rabbi Chaim Zimmerman

 

La politique des “territoires contre la paix” mise en pratique par les gouvernements israéliens de droite comme de gauche n’était pas seulement, rappelle Eidelberg, une victoire de la ruse arabe et soviétique. Elle était avant tout la conséquence d’un “défaut fondamental de la mentalité démocratique des élites politiques et intellectuelles d’Israël”. Demophrenia est une tentative brillante pour tenter d’analyser et de comprendre ce défaut fondamental. (J’ajoute que je me suis moi-même intéressé à cette question cruciale, et ai tenté d’y apporter des éléments de réponse dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, paru en 2016 et écrit avant de connaître les travaux de Paul Eidelberg).

 

Le slogan “les territoires contre la paix”, qui est devenu un leitmotive de la politique israélienne depuis Camp David (rappelons que c’est un gouvernement de droite qui a mis en oeuvre cette politique pour la première fois), repose sur une vision fondamentalement erronée des rapports entre Israël et le monde arabo-musulman. Elle comporte en effet, explique Eidelberg, un mépris et une totale méconnaissance de la culture musulmane et arabe, dans laquelle la notion même de paix (au sens occidental d’une situation durable et idéale) n’existe pas ! *

 

Les “territoires contre la paix” : de Camp David à Oslo


 

Dans des pages éclairantes de son livre, Paul Eidelberg explique ainsi comment l’Occident a cru qu’il était possible de résoudre le conflit israélo-arabe, en lui appliquant les concepts de civilité, de primauté de l’individu sur le groupe et de liberté d’expression - notions inhérentes à la démocratie et essentielles pour notre civilisation, qui n’ont pas d’équivalents dans le monde musulman aujourd’hui. “L’humilité et la mentalité cherchant à s’évader du réel (escapist mentality) des dirigeants sionistes et leur incapacité à répondre de manière appropriée à l’hostilité arabo-islamique est typique de l’humanisme laïque. On pourrait même qualifier cette mentalité de ‘christianisme sécularisé’, car elle prône l’effacement de soi et la bienveillance envers ceux qui vous haïssent”. C’est précisément cette mentalité et cette attitude de fuite du réel qu’il explique par le concept de demophrénie. “Les personnes atteintes de demophrénie ont tendance à s’identifier à leurs ennemis et à céder à toutes leurs demandes”.

 

Analysant l’attitude de plusieurs gouvernements israéliens depuis 1948 face à l’hostilité arabe, Paul Eidelberg écrit encore : “le gouvernement d’Israël est paralysé par des contradictions exacerbées. Il tente d’échapper à l’anarchie en recourant à la logique de la symétrie [entre Israël et ses ennemis]. Mais la réalité, celle de l’islam, se refuse à conclure la paix avec ce gouvernement demophrénique. Les actes occasionnels d’auto-affirmation de ce dernier apparaissent comme des flashes “d’assymétrisation”, dans un monde plongé dans une ‘unité symétrique’. Isolé dans un océan d’hostilité arabe, Israël s’extasie sur son image au sein du monde démocratique. L’ironie atteint des proportions bibliques : du fait que le gouvernement demophrénique d’Israël ne peut pas fonder sa politique envers les Arabes sur la vérité, il est constamment la victime de mensonges. Aspirant à l’acceptation des nations, Israël est condamné sans relâche par les Nations unies”.

 

Incendie à la frontière de Gaza


 

Ces lignes écrites il y a plus de vingt ans ans n’ont rien perdu de leur actualité. Les récents événements à la frontière de Gaza illustrent parfaitement le concept de demophrénie créé par Eidelberg pour décrire l’attitude du gouvernement israélien (qu’il s’agisse de celui d’Itshak Rabin à l’époque, ou de B. Nétanyahou aujourd’hui). Face à des ennemis voués à sa destruction, Israël continue, aujourd’hui comme hier, de tergiverser et d’hésiter entre inaction et auto-défense, entre l’attentisme et la riposte, entre la volonté illusoire de plaire aux nations et la nécessité impérieuse de contre-attaquer et de vaincre ses ennemis.

 

Pierre Lurçat

 

*  Voir sur ce sujet, en français, les analyses classiques de B. Lewis, Le langage politique de l’islam, d’Emmanuel Sivan, Mythes politiques arabes, et bien entendu les travaux pionniers de Bat Ye’or.

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Israël face au Hamas : Samson enchaîné, Pierre Itshak Lurçat

June 20 2018, 09:44am

Posted by Pierre Lurçat

Les événements actuels à la frontière avec Gaza ont un goût amer de déjà-vu pour beaucoup d'Israéliens... Au sentiment d'impuissance et de désolation face aux incendies répétés de nos champs et aux agressions contre les habitants des localités avoisinantes, qui demeurent impunies, se mêle celui d'une incompréhension face à l'attitude de l'armée et du gouvernement. Dans ce contexte, je remets en ligne l'article écrit durant l'opération "Colonne de nuée", en novembre 2012, qui exprimait ce sentiment. P.L.

 

israel,hamas,gaza,colonne de nuée

Alors que l’opération 'Colonne de nuée' vient de s’achever en queue de poisson, par un illusoire cessez-le-feu hâtivement conclu par Israël, apparemment sous la pression internationale, on peut d’ores et déjà tirer quelques leçons de ce nouveau round d’affrontement avec le Hamas.

Les prouesses technologiques de l’armée et des sociétés de défense israéliennes, qui ont abouti au système « Kipat Barzel » (« Dôme d’acier ») ont heureusement permis de réduire le nombre de victimes en Israël, malgré la quantité de missiles tirés depuis Gaza, mais ce fait indiscutable ne doit pas nous empêcher de regarder la réalité en face : Israël est aujourd’hui constamment sur la défensive, même quand son aviation attaque à Gaza, et la capacité du Hamas d’atteindre la plaine côtière et le cœur de Tel-Aviv constitue indéniablement, quoiqu’en disent nos dirigeants, une immense victoire symbolique et psychologique pour nos ennemis !

 

Dans le bruit incessant des commentaires des médias israéliens (trop souvent péremptoires et défaitistes) qui ont accompagné les hostilités, on a pu entendre quelques observations pertinentes, et notamment celle d’un chercheur du Centre d’études moyen-orientales d’Ariel, le Dr Eyal Levin, dont les travaux portent sur la « résilience nationale » (‘hossen léoumi) : « Le système Dôme d’acier n’exprime pas notre résilience nationale, mais au contraire notre faiblesse », a-t-il dit en substance. Et le député Likoud Yariv Levin a ajouté fort à propos que pour savoir ce qu’était la résilience nationale, il fallait regarder jadis les habitants du Goush Katif…

 

 

La situation actuelle, dans laquelle une organisation terroriste islamiste qui a assis sa domination sur une bande de terre réduite parvient à terroriser et à faire vivre dans des bunkers plus d’un million de citoyens israéliens, sans que l’armée « la plus puissante du monde » ne puisse faire cesser définitivement les tirs de roquettes, illustre la réalité paradoxale dans laquelle Israël s’est enfermé depuis plus de deux décennies (c’est-à-dire depuis la 1ère Guerre du Golfe), réalité que l’on peut décrire par une métaphore : celle de Samson enchaîné...

 

 

 

 israel,hamas,gaza,colonne de nuée

Comme Samson dans la Bible, Israël est un géant théoriquement capable d’anéantir ses ennemis, mais dont la force est neutralisée, pour des raisons essentiellement politiques et psychologiques. Notre peuple est incroyablement fort, et il a fait montre pendant la semaine de guerre écoulée d’une admirable capacité de résistance sous les missiles, dont aucun autre peuple n’a donné d’exemple depuis le Blitz sur Londres… Mais notre État et ses dirigeants, eux, font souvent preuve d’une grande faiblesse et d’une impuissance tragique, et la réussite relative du système Dôme d’acier parvient difficilement à masquer l’incapacité de Tsahal à empêcher que l’arrière devienne le front et que les civils se trouvent aujourd’hui en première ligne, d’Ashqélon à Rishon-le-Tsion.

 

Israel, Hamas, gaza, Colonne de nuéeCet échec incommensurable interroge les fondements mêmes du projet sioniste, tel qu’il a été formulé par l’un des plus grands théoriciens de la Renaissance nationale juive, Zeev Jabotinsky, dans son article fameux « La muraille d’acier » (Kir Habarzel), qui préfigurait la doctrine stratégique de Tsahal avant même la proclamation de l’Etat d’Israël. Or « Kipat Barzel » n’est pas la continuation du « Kir Habarzel », mais il en est la négation ! Car au lieu de dissuader nos ennemis, nous les avons laissés nous terroriser et nous faire vivre dans une permanente insécurité.

La capacité de dissuasion de Tsahal a été gravement atteinte ces dernières années, au Nord avec la fuite déguisée en « retrait » du Liban ordonnée par Ehoud Barak, et au Sud avec le crime inexpiable commis par Ariel Sharon, dans les ruines du Goush Katif. Pour la restaurer un jour, il faudra reconquérir la bande de Gaza et rétablir la souveraineté israélienne de la Mer au Jourdain (et plus tard, peut-être, sur les deux rives du Jourdain !). En attendant ce jour, nous pouvons seulement nous défendre, comme Samson enchaîné, par des coups d’éventail contre les piqûres de guêpe de notre ennemi, au lieu de nous dresser de toute notre stature pour l’écraser et l’anéantir.

Pierre Itshak Lurçat

 PS J’ajoute quelques mots à ces réflexions écrites mercredi sous l’emprise de l’immense déception engendrée par le « cessez-le-feu». Sans revenir sur ce que j’écris plus haut, l’opération Colonne de Nuée aura surtout servi à montrer l’incroyable capacité de résistance de l’arrière israélien, des civils, hommes, femmes et enfants : en un mot, du peuple d’Israël ! Nos dirigeants sont loin d’être parfaits, mais notre peuple, lui, est « koulo téhélet » כולו תכלת, il est tellement beau et fort... עם ישראל חי !

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Tsahal applique-t-elle trop bien le droit de la guerre face au Hamas ? Pierre Lurçat

June 17 2018, 07:47am

Posted by Pierre Lurçat

 Tsahal applique-t-elle trop bien le droit de la guerre face au Hamas ? Pierre Lurçat

Le paradoxe de la guerre imposée à Israël par le Hamas à Gaza est que c'est Tsahal qui cherche constamment à minimiser le nombre de victimes palestiniennes, alors que le Hamas cherche cyniquement à les maximiser. Malgré cela, c'est Israël qui est accusé, à tort, de violations du droit international. En réalité pourtant, Israël se conduit souvent d'une manière excessivement éthique et morale, face à des ennemis inhumains, et perd de vue l'objectif premier de toute armée : protéger ses citoyens et leurs biens.

 

Une enquête de l’hebdomadaire américain Weekly Standard met en lumière les pratiques véritables de l’armée israélienne à Gaza, bien loin des accusations propagées par des ONG israéliennes radicales et relayées par la presse française. En mai 2015, le journal Le Monde avait ainsi consacré sa « Une » et plusieurs pages intérieures à ce qu’il qualifiait de « dérive morale de l’armée israélienne ». Cet article n’était pas isolé, mais faisait partie d’une véritable offensive médiatique contre l’armée israélienne dans les médias français, à l’occasion de la publication d’accusations de « crimes de guerre » émanant de l’association israélienne « Breaking the Silence ». Un expert allemand en droit de la guerre, le professeur Wolff Heintschel von Heinegg, affirme pourtant que Tsahal, en s’efforçant à tout prix de minimiser le nombre de victimes civiles dans le camp adverse, crée un « précédent déraisonnable pour les autres pays démocratiques » en fixant des normes éthiques impossibles à respecter. Qui dit vrai, le quotidien du soir français, ou l’expert allemand ?

De l’affaire Al-Dura à la guerre de Gaza

 

En 2008, l’historien américain Richard Landes avait analysé l’affaire Al-Dura comme une version moderne de l’accusation de crime rituel portée contre les Juifs. En réalité, comme l’avaient déjà montré avant lui d’autres observateurs avertis du conflit israélo-arabe, cela fait des décennies que l’attirail des stéréotypes antijuifs les plus anciens a été remis au goût du jour pour démoniser Israël et en faire une version moderne de Shylock . Les méthodes de la propagande arabe et palestinienne contre Israël ont en effet souvent été empruntées aux deux écoles les plus performantes en la matière : Berlin et Moscou. L’historien de l’antisémitisme Léon Poliakov l’avait montré jadis, dans un petit livre très éclairant écrit fiévreusement, au lendemain de la première guerre du Liban de 1982 . Un des ressorts de cette propagande est le procédé de l’inversion, consistant à accuser l’ennemi de ses propres tares.

 

 

Dans la guerre que le Hamas a imposée à Israël, on assiste ainsi à une inversion constante, l’État juif étant accusé de tuer délibérément des civils, alors qu’il cherche par tous les moyens à minimiser le nombre des victimes à Gaza, notamment en prévenant à l’avance les habitants des immeubles bombardés, tandis que le Hamas cherche ouvertement à multiplier leur nombre, au mépris de la vie de ses concitoyens, transformés en boucliers humains. Comme l’a écrit le colonel britannique Richard Kemp, ancien commandant des forces armées britanniques en Afghanistan, « l’armée israélienne a développé des mesures extrêmement sophistiquées pour minimiser les victimes civiles au cours de ses attaques contre des cibles militaires légitimes ». Le Hamas, de son côté, a fait de l’utilisation des boucliers humains un « élément central de sa stratégie », et « la totalité des victimes civiles palestiniennes dans ce conflit [à Gaza] résultent de l’agression terroriste menée depuis Gaza contre Israël  ».


 

Un avocat derrière chaque soldat ?

 

La récente enquête du Weekly Standard a ainsi montré comment Tsahal avait soumis les décisions opérationnelles de ses officiers sur le terrain à l’approbation – en temps réel – d’avocats spécialistes du droit de la guerre, ces derniers devant valider chaque cible potentielle au regard du risque de faire des victimes civiles chez l’ennemi. Cette procédure, inédite dans les conflits opposant des pays démocratiques à des régimes totalitaires et à des organisations terroristes djihadistes, devait permettre, dans l’esprit des dirigeants israéliens, de réduire les critiques contre Tsahal sur la scène internationale et dans l’arène médiatique. Le résultat n’a pas été très convaincant, à l’aune des répercussions du conflit à Gaza de l’été 2014 et de ses retombées dans la presse française et internationale.

 

Mais le plus étonnant, dans la passionnante enquête de Willy Stern publié dans le Weekly Standard, n’est sans doute pas là. Il ressort en effet de son reportage que l’armée israélienne a essuyé les critiques de plusieurs spécialistes du droit international, en raison de la trop grande attention portée au nombre de victimes civiles à Gaza et des précautions inouïes prises pour le diminuer. En d’autres termes, Tsahal en ferait trop, ce qui risque selon ces experts de créer des nouvelles normes impossibles à respecter pour les pays occidentaux en guerre contre la menace terroriste islamiste…


 

Un précédent déraisonnable

 

Le professeur de droit allemand von Heinegg, expert en droit militaire à l’université européenne de Viadrina à Frankfurt, s’est ainsi plaint devant un parterre d’officiers israéliens que Tsahal créait un « précédent déraisonnable pour les autres pays démocratiques confrontés à des guerres asymétriques contre des acteurs non étatiques brutaux, qui violent le droit international ». Le comble de l’absurde est ainsi atteint : Israël cherche à minimiser à tout prix le nombre des victimes palestiniennes (y compris au prix de la vie de ses propres soldats, exposés inutilement à des risques accrus en affrontant le Hamas sur le terrain, au lieu de mener des attaques aériennes comme le font les autres armées occidentales dans des situations similaires), tandis que le Hamas cherche à le maximiser. Lors des combats meurtriers à Sadjaya, au nord de Gaza, les autorités militaires israéliennes avaient averti à l’avance leurs ennemis de l’entrée de Tsahal dans le village, pour permettre aux civils de l’évacuer.

 

Or, aucune règle du droit international des conflits armés n’oblige un pays à prendre de telles précautions pour minimiser les pertes civiles de l’ennemi, en mettant en danger ses propres soldats. Malgré cela, Israël est critiqué par les pays occidentaux, qui lui reprochent tantôt de commettre des « crimes de guerre » et tantôt d’en faire trop pour respecter les normes du droit de la guerre. Au lieu d’enseigner aux Occidentaux comment combattre le terrorisme (on se souvient du titre d’un livre écrit il y a plusieurs décennies par Benjamin Nétanyahou, alors ambassadeur d’Israël aux Nations Unies : Terrorism, How the West Can Win ), Israël donne au monde entier des leçons d’hyper-moralisme et de judiciarisation de la guerre poussée à l’extrême, les officiers étant désormais soumis aux décisions des avocats en pleine guerre.

 

Une des leçons de l’enquête du Weekly Standard, qui ne fait qu’effleurer ce sujet capital et lourd de conséquences, est que le regard que le monde porte sur Israël ne dépend pas tant des actions de Tsahal sur le terrain, que de la conscience que les soldats et les dirigeants israéliens ont d’agir de manière morale et juste. Plus les dirigeants israéliens doutent de la justesse de leur cause, plus ils portent le flanc aux critiques les plus injustifiées, comme ce fut le cas lors des dernières guerres à Gaza contre le Hamas. A l’inverse, plus Israël affiche sa certitude de combattre pour sa survie en tant que collectivité nationale et pour défendre la vie de ses citoyens, plus le monde le comprendra.

 

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, La Maison d'édition 2016).

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Ceux qui cultivent la terre et ceux qui la brûlent : Le terrorisme incendiaire des origines du conflit israélo-arabe jusqu’à nos jours, par Pierre Lurçat

June 8 2018, 11:16am

Posted by Pierre Lurçat

 Ceux qui cultivent la terre et ceux qui la brûlent :  Le terrorisme incendiaire des origines du conflit israélo-arabe jusqu’à nos jours, par Pierre Lurçat

Atarot brûle. Motsa brûle encore. Des brigands arabes ont incendié la banlieue de Jérusalem, Talpiot, et ont dévasté la maison de l’écrivain Agnon. La célèbre yeshiva de Hébron a été prise d’assaut. De jeunes disciples désarmés cherchèrent refuge dans la salle de prière où ils furent mis à mort… Et tout cela sous l’oeil de la puissance mandataire. Mais qu’attend donc le monde de nous autres Juifs?”

 

C’est en ces termes que le philosophe juif allemand Theodor Lessing a décrit dans son livre fameux, La haine de soi juive, les terribles “événements de 1929”, c’est-à-dire la vague de pogromes et de violences anti-juives déclenchées par des bandes arabes organisées, qui culminèrent avec le tristement célèbre massacre de Hébron le 24 août 1929, au cours duquel 67 Juifs furent massacrés dans la Cité des Patriarches, souvent par leurs propres voisins.

 

 

Cette description nous rappelle que les incendies de champs autour de Gaza par les cerfs-volants ne sont pas une nouveauté : l’arme utilisée est peut-être nouvelle, mais la volonté de détruire et de semer la destruction, elle, ne l’est pas. Elle est en réalité aussi ancienne que le conflit israélo-arabe, qui n’a pas commencé en 1948 ou en 1967. On pourrait dire, de manière succincte, que ce conflit oppose une entreprise de construction (le sionisme juif) et une entreprise de destruction (l’antisionisme arabe).

 

Lors des pogromes arabes de 1929, l’écrivain Immanuel Haroussi (“Emmanuel le Russe”, de son vrai nom Emmanuel Novogarbelski) avait écrit une berceuse en l’honneur de la naissance de son fils, dont les paroles décrivaient ainsi la vie en Eretz-Israël à l’époque:

 

“Demain ton père sortira labourer, il tracera des sillons. Quand tu grandiras, la tête droite, vous sortirez dans les champs. Tu grandis en Eretz Israel, dans la joie et dans l’effort, tu travailleras comme ton père. Tu planteras dans les larmes et récolteras dans la joie. Alors, pour le moment, écoute ta mère et endors-toi. La nuit est froide, les renards aiguisent leurs dents mais ton père monte la garde, il ne dort pas. Le jour il travaille, la nuit il garde la grange, tu grandiras et seras fort et tu garderas avec lui.  

 

Couche-toi mon fils, n’aie pas peur, tout le moshav est en alerte. Ta mère aussi monte la garde, elle te protège, Avner. La grange brûle à Tel Yossef et de Beit Alfa monte une fumée, ne pleure pas, endors-toi. Cette nuit, le feu dévore la ferme et la paille. Il est interdit de désespérer, demain nous recommencerons à nouveau. Demain, il faudra poser les fondations, ton père construira  une maison pour son fils. Tu grandiras, tu l’aideras et vous la construirez ensemble”. (La traduction est due à Hannah, Boker Tov Yeroushalayim)

 

Survivants du pogrome de Hébron, 1929

 

Ce poème d’Immanuel Haroussi montre combien l’ethos sioniste est, depuis 1929 et jusqu’à nos jours, demeuré identique. Face aux émeutiers, aux pogromistes et aux incendiaires arabes, il faut continuer de construire, de planter, de semer et de récolter… Cette volonté inébranlable de reconstruire et de “recommencer” après chaque attentat, chaque incendie et chaque guerre est sans doute ce qui fait la force du peuple d’Israël revenu sur sa terre. Mais cette force incroyable de résistance de “l’arrière” israélien - femmes, enfants, hommes - face à ses ennemis ne doit pas non plus masquer la faiblesse d’Israël, en tant qu’armée et en tant qu’Etat, face à des ennemis voués à sa destruction comme le Hamas.

 

Israël face au Hamas : Samson enchaîné

 

Comme je l’écrivais en 2012, lors d’un précédent round d’affrontements avec le Hamas, comme Samson dans la Bible, Israël est un géant théoriquement capable d’anéantir ses ennemis, mais dont la force est neutralisée, pour des raisons essentiellement politiques et psychologiques. Notre peuple est incroyablement fort, et il a fait montre pendant la semaine de guerre de l’opération Colonne de nuée d’une admirable capacité de résistance sous les missiles, dont aucun autre peuple n’a donné d’exemple depuis le Blitz sur Londres… Mais notre État et ses dirigeants, eux, font souvent preuve d’une grande faiblesse et d’une impuissance tragique, et la réussite relative du système Dôme d’acier parvient difficilement à masquer l’incapacité de Tsahal à empêcher que l’arrière devienne le front et que les civils se trouvent aujourd’hui en première ligne, d’Ashqélon à Rishon-le-Tsion.

 

Les événements des dernières semaines m’incitent à tempérer ce diagnostic. La réaction de Tsahal face à la récente offensive militaire du Hamas (abusivement présentée comme une “marche pacifique” dans les médias occidentaux) a été exemplaire. Mais face aux cerfs-volants incendiaires, Israël se retrouve à nouveau (et provisoirement) désarmé, face à un ennemi inhumain qui ne tue pas seulement des enfants, mais qui tue l’enfance. La solution, face au Hamas, n’est pas seulement technologique et militaire. Elle est aussi et avant tout psychologique et stratégique. Pour vaincre le Hamas, Israël doit retrouver la conviction que la victoire est possible et qu’elle est nécessaire.

 

Pierre Lurçat

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“Nous sommes tous Elor Azaria” : La révolution éthique a commencé au sein de Tsahal, Pierre Lurçat

May 8 2018, 09:05am

Posted by Pierre Lurçat

“Nous sommes tous Elor Azaria” : La révolution éthique a commencé au sein de Tsahal, Pierre Lurçat

Je remets en ligne cet article à l'occasion de la libération du soldat Elor Azaria. ברוך שובך! P.I.L


La journée du 9 août 2017 restera marquée d’une pierre noire dans l’histoire de Tsahal et de l’Etat d’Israël. Le jeune soldat Elor Azaria, membre d’une unité combattante qui se bat jour et nuit pour assurer la sécurité de son pays, est entré en prison pour avoir abattu un terroriste qui venait de commettre une tentative d’attentat contre des soldats de son unité. Le même jour, on apprenait que le soldat qui a blessé le terroriste de Halamish allait être décoré pour son acte de bravoure. Selon les normes éthiques en vigueur au sein de Tsahal - depuis la notion de “pureté des armes” qui remonte aux débuts de l’Etat et jusqu’au Code éthique rédigé par le professeur Assa Kasher en 1994 - un soldat israélien a donc le droit de neutraliser un terroriste qui est en train de perpétrer un attentat, mais dès que l’attentat est commis et que le terroriste a “fini sa tâche”, il faut protéger sa vie, y compris en le soignant, et laisser la justice lui infliger une peine qui sera souvent raccourcie, en conséquence d’un recours devant la Cour suprême ou d’un “échange de prisonniers” comme cela s’est trop souvent produit dans l’histoire récente d’Israël.

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Le Rav A.I.H Kook

Dans cette affaire, comme dans d’autres, c’est la tendance juive à vouloir incarner à tout prix des normes morales supérieures, en se comportant comme des agneaux dans un monde de loups, qui est à l’oeuvre. Or, comme l’écrivait le grand-rabbin du Yishouv, Avraham Itshak Hacohen Kook, répondant à une question du rav Zaïdel portant sur les guerres cruelles décrites dans la Torah, “Pour ce qui est des guerres, il était impossible à une époque où nos voisins étaient des loups sauvages, que seul Israël ne fasse pas la guerre, car alors les nations se seraient réunies pour nous exterminer” (1). Les propos du rav Kook sont toujours aussi actuels aujourd’hui qu’hier et nos voisins actuels sont tout autant des “loups sauvages” que ceux auxquels était confronté Israël à l’époque des guerres relatées dans la Torah.

 

Au lendemain même de l’entrée en détention d’Elor Azaria, on a appris que la Cour suprême avait réduit la peine infligée au terroriste qui avait poignardé un adolescent israélien de 13 ans à Pisgat Zeev il y a deux ans, le blessant grièvement, en tenant compte du “jeune âge” du terroriste… La victime (tout aussi jeune), aujourd’hui âgée de 15 ans seulement, a réagi avec une colère compréhensible, en affirmant que cette décision était un “blanc-seing au terrorisme”. On mesure à la lecture de cette information l’écart entre les normes juridiques et morales appliquées par les juges de la Cour suprême, enfermés dans leur tour d’ivoire, et la justice et la morale authentiques, telles que les conçoit notre Tradition. Comme je l’écrivais récemment à propos de la condamnation d’Elor Azaria, “ il s’agit d’un jugement qui relève de la “justice de Sodome” et pas du Tsedek véritable”.

 

La position du droit hébraïque sur les questions de la guerre et du sort réservé aux ennemis est beaucoup plus claire que celle du Code éthique de Tsahal (2). Selon le droit hébraïque, en effet, l’attitude d’Elor Azaria n’a rien de répréhensible, s’agissant d’empêcher de nuire un ennemi qui s’apprêtait à tuer des soldats… Selon les règles du droit juif de la guerre, c’est sans doute Elor Azaria qui aurait mérité une décoration, tandis que le soldat qui est courageusement intervenu à Halamish aurait été “réprimandé” pour ne pas avoir fini son travail... Car l’essentiel n’est pas, comme veulent nous le faire croire les partisans d’une morale abstraite, coupée des réalités de la guerre, d’avoir “l’armée la plus morale du monde”. L’essentiel est d’avoir l’armée la plus forte pour vaincre dans les prochaines guerres. L’essentiel est de préserver la capacité de dissuasion de Tsahal et la motivation de ses soldats.

 

De ce point de vue, l’attitude ferme et digne d’Elor Azaria est un exemple et un signe que la jeune génération est en train de comprendre que les normes du “Code éthique de Tsahal” ne sont pas des lois d’airain auxquelles ils doivent obéir les yeux fermés. L’essentiel, aux yeux de ces jeunes soldats intelligents et courageux, sur lesquels repose en définitive notre sécurité (car la force de l’armée israélienne a presque toujours reposé sur les soldats du rang, et pas sur les officiers supérieurs, comme l’ont montré, entre autres, les travaux de l’historien militaire Uri Milstein), c’est d’assurer la défense de leur pays et de leur peuple, y compris au prix d’entorses à des “valeurs éthiques” dont ils perçoivent bien le caractère illusoire et mensonger.

 

Il y a bientôt 30 ans, au début de la “Première Intifada”, un jeune soldat israélien, Yossi Hadassi, fut attaqué par un terroriste arabe alors qu’il était en chemin vers sa base militaire. Il réagit avec sang-froid et abattit l’assaillant avec son arme. Il reçut pour son acte de bravoure une décoration. Mais l’histoire du soldat Hadassi ne se termine malheureusement pas là. Les médias israéliens, comme dans l’affaire Azaria, prirent position dans leur majorité contre le jeune soldat, affirmant qu’il avait “tué” le terroriste sans justification. Hadassi ne supporta pas d’être traîné dans la boue par la presse de son pays. Le 30 mai 1989, il mit fit à ses jours.

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Naomi Shemer, la chanteuse nationale israélienne, publia alors dans les colonnes de Yediot Aharonot les lignes suivantes : “Nous sommes tous Yossi Hadassi. Le soldat Yossi Hadassi a tué son assaillant, et un an plus tard, il s’est suicidé. Ce n’est pas seulement Yossi Hadassi qui s’est suicidé, c’est un pays tout entier qui se suicide. Un pays tout entier se bat pour sa survie, alors que les enquêteurs, les policiers et les poètes veulent le rendre fou en le persuadant qu’il est un loup prédateur, un Goliath et un monstre. L’Intifada est un prétexte pour détruire Israël. Nous sommes tous Yossi Hadassi” (3).

 

Trente ans séparent l’affaire Azaria de l’affaire Hadassi. A de nombreux égards, les choses sont restées identiques. Les médias n’ont pas changé (même si de nouveaux journaux sont apparus, comme Makor Rishon et Israël Hayom, qui ont brisé le monopole de la gauche). Les procureurs et les juges militaires sont toujours pareils à eux-mêmes, et les normes perverties qu’ils appliquent sont aujourd’hui écrites et gravées dans le “Code éthique de Tsahal”, qui pérennise les conceptions fallacieuses de la “pureté des armes”, poussée à son extrémité la plus absurde. Mais une chose a changé : Elor Azaria n’a pas été considéré comme un paria et mis au ban de la société. Azaria est entré en prison la tête haute, accompagné de sa famille et soutenu par une large partie du peuple d’Israël. Comme Naomi Shemer, nous devons dire aujourd’hui, “Nous sommes tous Elor Azaria”.

 

Notes

 

(1) Cité par le rav Oury Cherki, “Une éthique juive de la guerre”, Forum-Israël No. 4, “Déraison d’Etat, juin 2007

 

(2) Comme je l’explique dans la dernière partie de mon livre, La Trahison des clercs d’Israël, La Maison d’Edition 2016.

 

(3) L’affaire Hadassi est rapportée par Dror Eidar dans les colonnes d’Israel Hayom, le 9.8.2017.

 

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Rencontre avec des Israéliens extraordinaires : Le grand rabbin de Tsahal Avi'haï Rontski z.l.

April 5 2018, 08:54am

Posted by Pierre Lurçat

Rencontre avec des Israéliens extraordinaires : Le grand rabbin de Tsahal Avi'haï Rontski z.l.

Le rav Avi'haï Rontski, décédé cette semaine à l'âge de 66 ans, était une figure marquante du sionisme religieux. Il était aussi un combattant qui a beaucoup fait pour renforcer l'armée israélienne en lui insufflant un esprit juif ancré dans la Tradition, ce qui lui a valu l'hostilité du journal Ha'aretz et des organisations du New Israel Fund, contre lesquelles il a mené une lutte sans relâche. Portrait par Pierre Lurçat

Parmi les images fortes et émouvantes de la guerre contre le Hamas à Gaza, en janvier 2009, beaucoup d'Israéliens gardent en mémoire celles du grand rabbin de Tsahal, le général de brigade Avi'hai Rontski, bénissant les soldats, juste avant qu'ils entrent en territoire ennemi. A cette occasion, les téléspectateurs ont découvert le visage du "Ravtsar" [aumônier militaire en chef, en abrégé], visage qui tranche avec l'image traditionnelle des aumôniers militaires de Tsahal. Rontski a en effet un profil très différent de celui de ses prédécesseurs : combattant, portant presque toujours son arme, il est aussi un habitant d'une implantation (Itamar) et, surtout, un 'hozer bitéchouva', c.-à-d. un Juif revenu à la pratique religieuse... Ce profil bien particulier, on s'en doute, ne plaît pas à tout le monde, au point que le grand rabbin de Tsahal est devenu depuis quelques mois la "bête noire" du journal des élites israéliennes, Ha'aretz, qui mène une véritable campagne contre lui...

 

Rav Rontski (Photo Dover Tsahal).jpgLe rabbin Avi'hai Rontski, âgé de 54 ans, a grandi dans une famille non pratiquante et a étudié à l'internat militaire de Haïfa. Il a débuté son service militaire dans les commandos marins (la fameuse "Shayetet"), avant de rejoindre une autre unité d'élite, l'unité Shaked. Il a pris part à la guerre de Kippour, qui a été pour lui – comme pour beaucoup d'Israéliens – un moment traumatisant et un tournant. Dans une interview au journal de l'armée, Bama'hané, il a raconté qu'il avait compris après la guerre que les valeurs dans lesquelles il avait grandi étaient en faillite. Ce fut le début de son retour au judaïsme, qu'il a effectué conjointement avec sa femme, une soldate de son unité. En 1984, tous deux font partie des fondateurs de la localité juive d'Itamar, en Samarie, et c'est là qu'ils élèveront leurs six enfants.

 

 

 "Une conscience juive pour une armée victorieuse"

 

Le rabbin Rontski a été nommé au poste d'aumônier militaire en chef de Tsahal en 2006, mais c'est pendant la guerre contre le Hamas à Gaza qu'il est apparu sur le devant de la scène publique. Contrairement à ses prédécesseurs, il s'est efforcé de développer l'activité de la "rabbanout tsvayit" [l'aumônerie militaire] au-delà des secteurs traditionnels que sont la cacheroute, ou les problèmes rencontrés par les soldats religieux au sein de Tsahal. Aux yeux du rabbin Rontski, en effet, le rôle d'un rabbin de Tsahal va bien au-delà de ces questions, aussi importantes soient-elles. Sa conception peut se résumer par l'expression"une conscience juive pour une armée victorieuse", nom du nouveau département qu'il a créé au sein du rabbinat de l'armée. Comme il l'expliquait dans une interview, il y a quelques mois, l'aumônier militaire en chef envoie chaque semaine à tous les officiers de Tsahal un commentaire sur la paracha [lecture hebdomadaire de la Torah], abordée sous l'angle militaire. A ses yeux, il est tout aussi important pour les officiers d'étudier la Torah que de s'entraîner physiquement...

 

tanktef.jpgOr c'est précisément sur ce point que l'activité du rabbin Rontski a suscité une vive opposition. Bien avant la guerre à Gaza, à l'automne 2008, le journal Ha'aretz a ainsi publié plusieurs articles consacrés à l'aumônerie militaire, en reprochant au rabbin Rontski de "ramener Tsahal vers la religion" et d'empiéter sur le domaine d'activité de la branche éducative (et laïque) de l'armée. Mais, bien plus que d'un simple conflit de compétence et d'autorité, il s'agit en fait d'un conflit fondamental, qui porte sur les valeurs qu'il convient d'inculquer aux soldats de Tsahal et sur l'identité de l'armée de défense d'Israël, et de l'Etat tout entier. Il n'est pas anodin que ce soit précisément le journal Ha'aretz, organe de presse et porte-parole des élites laïques de gauche, qui ait pris pour cible le grand rabbin de Tsahal, lui consacrant de nombreux articles – toujours négatifs – et n'hésitant pas à faire sa "Une" sur des questions de société liées à l'armée, comme par exemple la place des femmes au sein de l'armée.

 

Tsahal, armée juive ou armée laïque ?

 

Rav Rontski (Photo Dover Tsahal)-2.jpgMais c'est après l'opération "Plomb fondu" à Gaza, en janvier 2009, que les choses ont pris de l'ampleur et que la campagne médiatique contre le rabbin Rontski a redoublé d'intensité. Le 2 juillet 2009, le journal Ha'aretz publiait en première page la photo du rabbin Rontski, avec ce titre en "Une" : "Selon l'aumônier militaire en chef, les filles ne doivent pas servir dans Tsahal". Ce titre à sensation se fondait sur des propos anodins, tenus par le rabbin dans un cercle fermé, soulignant que selon la hala'ha [loi juive], le service militaire était réservé aux hommes. Or ce point de vue est celui de tous les rabbins, et l'affirmation de l'aumônier militaire n'avait rien d'extraordinaire. D'autant plus que le rabbin Rontski est connu pour son ouverture d'esprit et pour l'aide qu'il apporte aux soldates religieuses qui servent dans Tsahal. Mais cette citation, sortie de son contexte, n'était en fait qu'un prétexte pour relancer la polémique contre le grand rabbin. Dans leur article, les journalistes de Ha'aretz citaient, parmi les autres propos "scandaleux" du rabbin Rontski, cet extrait d'une brochure diffusée par l'aumônerie militaire : "La Torah interdit de renoncer à un millimètre de la terre d'Israël".

 

Quelques jours plus tard, cet argument était repris par plusieurs associations d'extrême-gauche, parmi lesquelles "Yesh Din" et "Chovrim Chtika" ("Brisons le silence"), qui reprochaient au rabbin Rontski d'avoir diffusé pendant l'opération militaire à Gaza "des documents de propagande nationaliste et politique extrémiste"... Dans une lettre adressée au ministre de la Défense, l'avocat Michael Sfard, représentant plusieurs groupuscules ultra-pacifistes, dont "Yesh Din" et Chalom Archav, réclamait ni plus ni moins que la destitution immédiate du rabbin en chef de Tsahal, revendication reprise dans un éditorial de Ha'aretz... Il est important de souligner que toutes ces organisations d'extrême-gauche sont largement financées par le New Israel Fund, dont le budget considérable provient de l'Union européenne. On comprend alors pourquoi ces organisations, et le journal Ha'aretz, ont choisi pour cible le rabbin Rontski. Celui-ci symbolise en effet à leurs yeux l'emprise grandissante du secteur sioniste religieux au sein de l'armée, qui se traduit par l'augmentation du nombre des officiers portant la kippacrochetée, constatée lors de l'Opération "Plomb durci".

 

Plus généralement, la campagne menée contre le rabbin Rontski par Ha'aretz et plusieurs organisations d'extrême-gauche, financées par l'Union européenne, constitue en fait une tentative visant à empêcher le renforcement de la prise de conscience juive au sein de Tsahal, et la montée en puissance du courant sioniste-religieux. Tous les acteurs de cette campagne n'ont pas exactement les mêmes motivations. Pour Ha'aretz et les élites laïques qu'il représente, il s'agit essentiellement de protéger leur position dominante dans la société israélienne, menacée par les nouvelles élites – notamment religieuses - qui émergent au cours de la dernière décennie. Pour "Yesh Din", "Chovrim chtika" et les autres groupuscules d'extrême-gauche financés par l'Union européenne, il s'agit d'affaiblir Israël pour le contraindre à faire des concessions à ses ennemis. Ce sont d'ailleurs les mêmes acteurs qui attaquent le rabbin Rontski – symbole de la montée en puissance du courant sioniste-religieux – et qui diffusent des fausses accusations de "crimes de guerre" soi-disant commis par Tsahal à Gaza.

(Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, La Maison d'Edition, 2016).

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