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Naomi Shemer (1930-2004), 16 ans déjà! *

June 30 2020, 19:00pm

Posted by Judith Assouly et Pierre Lurçat


 

Naomi Shemer, 16 ans déjà!

 

Qui ne connaît pas le nom de Naomi Shemer? * Sa chanson “Yeroushalayim shel zahav”, interprétée par Shuli Nathan, est devenue quasiment un second hymne national et c’est sans doute la chanson israélienne la plus connue aujourd’hui. Elle a été reprise et adaptée par les plus grands chanteurs, en Israël (comme Ofra Haza) et ailleurs (ici Rika Zaraï). 

 

Mais qui était Naomi Shemer? Un spectacle musical, Simané Derekh, produit par le théâtre Habima et qu’on a pu voir récemment dans les grandes villes israéliennes, retrace son parcours. Née à Kinneret en 1930, elle entame l’étude du piano à l’âge de 6 ans. Elle repousse son service militaire pour aller étudier la musique au conservatoire de Tel-Aviv et à l’Académie Rubin de Jérusalem.

 


 

Sa carrière musicale s’étend sur près de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 2004. On lui doit plusieurs des chansons les plus connues et les plus belles du répertoire israélien, parmi lesquelles Lu Yehi (écrite pendant la guerre du Kippour) qu’on entend ici interprétée par Hava Halberstein, peu de temps après sa création.

 

Au-delà de sa place incontestée dans le Panthéon de la chanson israélienne, et derrière l’image d’unanimité qu’elle semble réunir autour d’elle, Naomi Shemer a pourtant fait l’objet d’une polémique aussi vaine que futile, liée précisément à sa chanson la plus fameuse, Yeroushalayim shel zahav.

 

 

On lui a en effet reproché d’avoir donné une vision partisane de Jérusalem, en parlant de la “place du marché vide” comme s’il n’y avait pas d’habitants arabes à Jérusalem…

 

Cette polémique appelle deux remarques. Tout d’abord il n’est pas anodin que l’auteur de ce reproche ait été une autre icône de la culture israélienne, l’écrivain Amos Oz, dont l’itinéraire intellectuel et politique s’apparente à une remise en question de tout l’ethos sioniste, comme je l’ai écrit ici. (1)

 

Deuxièmement, Naomi Shemer, tout en s’engageant politiquement, n’a jamais prétendu être une artiste engagée et elle a souffert de cette polémique. 

Rappelons nous donc de l’immense artiste, et écoutons là interpréter une de ses chansons immortelles http://www.israelseder.org/?p=321

Pierre Lurçat

(1) Voir  http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/12/quand-amos-oz-s-appelait-encore-amos-klausner-une-histoire-de-des-amour-et-de-tenebres-pierre-lurcat.html

* Extrait de l’émission que Judith Assouly et moi avons consacrée à Naomi Shemer sur Studio Qualita. https://www.studioqualita.com/single-post/2019/08/02/CulturaSion%E2%80%99-4---Naomi-Shemer-%E2%80%9CIsha-Ovedet%E2%80%9D-%E2%80%9CHa-Halonot-hagevohim%E2%80%9D

 

LIENS

 

Yeroushalayim shel zahav, Shuli Natan 

 https://www.youtube.com/watch?v=mjmMllp8hJg

Yeroushalayim interpétée par Rika Zarai 

https://www.youtube.com/watch?v=WlRB4hVFYMM

Lu Yehi interprété par hava Alberstein 

https://www.dailymotion.com/video/x6udil

Naomi Shemer chante au bord du Kinneret 

http://www.israelseder.org/?p=321


 

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Parlez au cœur de Jérusalem (Isaïe 40;2), Rav Menachem Chouraqui

May 21 2020, 09:43am

Posted by Menachem Chouraqui

Tlemcen, Algérie, l’année 5657 (1897). La très ancienne communauté juive, dont les racines remontent à l’époque des Guéonim et réputée dans toute l’Afrique du Nord pour ses illustres rabbins, ne parvient pas à retrouver sa sérénité depuis que les provocations et les agressions des musulmans contre ses dirigeants et ses fidèles ne font que s’intensifier.

En effet, depuis plusieurs années, une secte musulmane extrémiste a pris le contrôle de la ville. Ses adeptes font régner la terreur sur les habitants des localités voisines et organisent de nombreuses rebellions armées contre les autorités. Tlemcen la ville pacifique et pastorale était devenue un centre mondial d’études de l’islam et un centre spirituel pour des musulmans intéressés à approfondir la mystique du Coran. Nombreux parmi eux venaient en pèlerinage sur la tombe du « saint de Tlemcen » Sha’ib Abou Medine Al Andaloussi. De même, La grande mosquée érigée à sa mémoire était devenue au fil du temps un pôle d’attraction pour les seigneurs et princes du monde arabe.

700 ans auparavant, Sha’ib Abou Medine avait mis sur pied une fondation à but religieux (הקדש) par le biais de laquelle il avait acquis des terres dans le village de Ein Kerem près de Jérusalem. Tous les revenus de cette fondation étaient consacrés à subvenir aux besoins des musulmans du Maghreb installés dans la partie située à l’Ouest du Mont du Temple, la Porte des Maghrébins, sous le règne du gouverneur Nour A Din Tahnat, et ce jusqu’à l’arrivée de leur Mehdi (messie). Les très importants revenus de la fondation lui permirent, entre autre, d’acheter un grand édifice à proximité d’Al Bouraq, considéré comme lieu éminemment sacré pour les musulmans.

le Rav Haïm Bliah

Plongés dans le désarroi et face aux dangers qui menacent la Communauté juive de Tlemcen, ses notables décident de se tourner vers leur dirigeant spirituel, le Rav Haïm Bliah, et le supplie de trouver un moyen de dialoguer avec les responsables musulmans, afin de calmer, ne serait-ce qu’un moment, la tension régnante entre les deux communautés. Restent encore vivants dans la mémoire des Juifs de Tlemcen le souvenir des nombreux pogroms subis 50 ans auparavant durant lesquels le grand-père du Rav Bliah avait été pourchassé et contraint de s’enfuir précipitamment pour échapper à la mort. Le Rav Bliah accepte de prendre sous sa responsabilité cette mission et de mettre un terme à ce conflit. Accompagné par son confrère du Tribunal rabbinique, le Rav David Hacohen Scali, il décide d’organiser une rencontre, a priori à caractère pacifique, avec les principaux dirigeants musulmans les plus extrémistes. La rencontre aura lieu un vendredi, au terme de la prière devant la grande mosquée au nom du “saint de Tlemcen”.

le Rav David Hacohen Scali

Rabbi Haïm Bliah âgé de 61 ans et Rabbi David Hacohen Scali de 36 ans sont deux grands érudits et éminents décisionnaires, des talmidei hakhamim dont la piété et la sagesse sont de notoriété parmi tous les plus grands sages d’Afrique du Nord.

Vêtus de leurs tuniques rabbiniques traditionnelles, enveloppés de talithot et accompagnés par des notables de la communauté et par de nombreux juifs, ils s’approchent de la foule musulmane qui devient de plus en plus menaçante.

La tension est à son comble. L’assistance retient son souffle dans l’attente d’entendre les paroles du  Rav Bliah.

Soudain, à la stupéfaction générale, le Rav Bliah s’avance devant les dirigeants musulmans et se met à les conspuer et bafouer leur religion ainsi que leur prophète. Lorsque le Rav Hacohen Scali se joint à son collègue et invective lui aussi l’assemblée musulmane, ensemble ils suscitent un tôlé général auprès des personnes présentes. Aussi bien les juifs que les musulmans sont frappés de stupeur. Personne ne s’attendait à une réaction aussi virulente et aussi provocante de la part de ces honorables rabbins.

Puis le Rav Bliah sortit son choffar et sonna d’un son fort et long qui fit trembler toute l’assistance et s’exclama envers les arabes : « Si vous pensez que Jérusalem vous appartient grâce aux possessions que vous avez là-bas, détrompez-vous et sachez que précisément dans 70 ans, Jérusalem et le Mont du Temple seront restitués aux mains des Juifs par leur gouvernement souverain en terre d’Israël ».

Les paroles du Rav Bliah, engendrèrent un profond émoi et étonnement parmi toute l’assemblée.

Le courage et l’audace de ces deux rabbins qui s’étaient dressés sans peur face à une foule hostile suscitèrent chez les musulmans, paradoxalement, un profond sentiment de respect. Ainsi, de façon presque miraculeuse, après cet évènement, la ville de Tlemcen reviendra au calme et ce, pendant de nombreuses années.

Le 1er congrès sioniste à Bâle

Nous sommes le 26 du mois d’Iyar et trois mois avant le premier congrès sioniste à Bâle (Suisse).

Les paroles du Rav Bliah trouvèrent un vaste écho auprès de toutes les communautés juives d’Afrique du Nord durant plusieurs années et éveillèrent une profonde curiosité chez leurs dirigeants rabbiniques quant à leur véritable signification.

Trente ans plus tard, en 1926, dans un de ses ouvrages, le Rav David Hacohen Scali faisant référence à la Déclaration Balfour écrivit en ces termes : « Béni soit Celui qui a choisis nos maîtres ainsi que leurs enseignements car leurs paroles ont été prononcées avec le Rouah Hakoddesh, du fait que nous voyons par nos propres yeux à notre époque qu’Hakadosh Baroukh Hou nous sourit et se tourne vers son peuple Israël, Jacob son lot d’héritage, car Israël ont trouvé grâce devant Dieu et auprès des souverains lui rendant hommage en leur octroyant un gouvernement et ont consenti à leur rendre leur héritage, notre sainte Terre, et déjà certains s’y sont installés avec une administration pour Israël dans la Terre de sainteté, parmi eux des ministres et des personnalités et chaque jour la lumière rayonne sur eux dont l’éclat va croissant jusqu’au plein jour. Et donc nous ne devons pas prendre les devants et libérer l’éclat de la lumière jusqu’au moment où il sortira et brillera en vertu du décret »

Neuf ans après en 1935, le Rav David Hacohen Scali publiera dans l’un de ses livres un article intitulé « elle se hâte vers son terme ». Dans cet article, il précisera quand arrivera le temps où ‘l’éclat de la lumière sortira et brillera conformément au décret’. Se fondant sur la Tradition des Prophètes et des Sages d’Israël ainsi que sur les Sages de la tradition du Sod, il prédira avec précision la date de la libération de Jérusalem. Cet article aura un impact considérable sur les Sages d’Afrique du Nord et il sera cité par eux en temps de crise afin d’insuffler auprès de leurs fidèles de l’espoir dans la Guéoula, la Délivrance, prochaine.

En 5660 (1900) le Rav Scali quitte la ville de Tlemcen. Comme le veut la coutume des Sages d’Algérie quand ils se séparent l’un de l’autre, le Rav Bliah remettra à son confrère son choffar comme marque d’hommage et comme souvenir et témoignage de leur amitié. Le Rav Scali prendra avec lui ce choffar à la ville d’Oran, communément surnommée chez les juifs d’Algerie « Oran shel Hakhamim » (Lumière des Sages). Le Rav Scali sera nommé aux fonctions de grand rabbin et Président du Tribunal rabbinique jusqu’à son décès le 24 du mois de Iyar 5709 (1949).

Quand en 1932, son gendre et fidèle disciple, le Rav David Ibn Khalifa fut nommé grand rabbin et Président du

le Rav David Ibn Khalifa

Tribunal rabbinique dans sa ville natale, ce dernier se rendra à Oran pour solliciter la bénédiction de son Maître.  À cette occasion, le Rav Scali lui remettra le choffar du Rav Bliah. Le Rav David Khalifa, dernier grand décisionnaire d’Algérie, était sioniste de tout son être. Il participera de nombreuses fois au Congrès Sioniste à la tête d’une délégation de juifs d’Algérie pour le mouvement Hamizrahi.

Lors de l’un de ses voyages en Israël, le Rav Khalifa rencontrera son ami le Rav Elyahou Pardès, alors Grand rabbin de Jérusalem. Ils se connaissaient de longue date. Le Rav Pardès avait coutume chaque année au mois de Nissan de se rendre dans les communautés juives d’Afrique du Nord. C’est au domicile du Rav Khalifa qu’il passait toute la fête de Pessah.

le Rav Elyahou Pardès

Lors de cette rencontre, était également présent le Rav Shlomo Goren alors aumônier général de Tsahal. Le Rav Khalifa qui lors de tous ses voyages à Jérusalem prenait avec lui le choffar qu’il avait reçu de son Maître, raconta au Rav Goren l’histoire liée à ce choffar.  Le Rav Goren en fut très impressionné. A la fin de cette rencontre, le Rav Khalifa pris la décision de remettre ce choffar comme présent au Rav Goren en lui disant “que seulement lui, en tant que Rav à la tête du Rabbinat militaire de l’Etat hébreu renouvelé était digne de le détenir“. Le Rav Goren fut très ému de recevoir ce présent singulier et dit au Rav Khalifa qu’il le remettra en dépôt chez son beau-père, le Nazir qui lui aussi s’appelait David Hacohen, et qui également avait fait sien des comportements de piété et d’extrême sainteté. Le Nazir a cette époque restait cloitré à son domicile depuis la chute de la Vieille Ville et s’était contraint à ne pas sortir en dehors de son domicile jusqu’à la Libération de Jérusalem.

Le Rav Shlomo Goren, aumonier général de Tsahal

Pendant la Guerre des Six Jours, le 28 du mois de Iyar 5727 (1967), la jeep du Rav Goren roulant depuis la Bande de Gaza vers Jérusalem fut prise dans sous des tirs d’obus et prit feu avec le choffar que le Rav avait avec lui pendant la guerre.  Persuadé d’une foi profonde que durant cette guerre, il annoncerait la Guéoula au peuple d’Israël en sonnant du choffar près du Kotel Hamaaravi, le Rav Goren ne se séparait jamais de son chofar. Or voilà que le Rav n’avait plus de choffar. Il se devait impérativement d’en trouver un autre. Il se souvint alors du choffar qui lui avait été donné par le Rav Khalifa quelques années auparavant et qu’il avait déposé chez son beau-père, le Nazir.

Alors que la guerre battait son plein, l’élève et aide de camp du Rav Goren, le Rav Menahem Hacohen a raconté l’histoire suivante :

le Rav David Hacohen, le Nazir, au milieu

« Par ordre du Rav Goren je roule chez son beau-père le Rav David Hacohen, le Nazir, un des principaux disciples du Rav Kook. Le Nazir, une figure particulièrement passionnante. On l’appelait le Nazir parce qu’il se comportait comme un nazir. Après avoir pris sur lui d’être nazir, il ne buvait pas de vin, avait laissé pousser ses cheveux et était végétarien. J’arrive au domicile du Nazir et il ne dit rien. Pourquoi ? Parce que durant cette période difficile, il avait pris sur lui de s’abstenir de parler. Je lui dis : je voudrais prendre le choffar. Il semble qu’il me fait signe que le choffar se trouve au-dessus de l’armoire.  Je monte sur une chaise et je prends le choffar que je remets ensuite au Rav Goren. Plus tard, quand nous avons grimpé sur le tank à l’entrée de la Porte des Lions, le Rav Goren tenait ce choffar et un Sefer Torah. Pendant des heures, il n’a pas cessé de sonner de ce choffar. Nous sommes montés sur le Mont du Temple et là, l’état d’exaltation était à son paroxysme. Petit à petit, des combattants de diverses unités venant d’autres endroits de Jérusalem sont arrivés. Le Mont du Temple s’est rempli. Tous se sont tenus là sur le Mont et spontanément, ils ont entonné Yeroushalayim shel zahav ».

70 ans précisément après sa proclamation dramatique, la prophétie du Rav Bliah s’est réalisée ! Le Rav Goren sonnera avec le choffar du Rav Bliah que la Providence lui avait fait parvenir. Dans le feu des combats, avec l’arme de son chauffeur, le Rav Goren fera sauter l’écriteau de porcelaine sur lequel était écrit « Al Bouraq ». Ainsi, furent définitivement effacées les traces de Sha’ib Abou Medin Al Andaloussi à Jérusalem. Le Rav Goren a eu le privilège d’être l’instrument par lequel a été annoncé au peuple d’Israël et au monde entier que la Shekhina, la Présence divine, est revenue à la Maison.

Le Rav Goren sonnant du choffar sur le Mont du Temple

En ces heures intenses, endormi depuis presque 2000 ans, le cœur de Jérusalem s’éveilla et se mit à battre de nouveau au son du choffar. Le rythme de ses battements s’accéléra et s’intensifia lors de la parade des parachutistes sur l’esplanade du Mont du Temple. Le cœur de Jérusalem insuffla du sang frais à tous les membres du corps de la Nation lorsqu’entouré par des officiers de Tsahal, le Rav Goren se tenant droit, avec son choffar dans la main, entrera sur le lieu du Kodesh Hakodashim, le Saint des saints. Pour un instant, lors de la levée du drapeau sur le dôme du rocher, le cœur de Jérusalem semblait avoir rajeuni, s’être renforcé…. Pour un instant seulement. Le peuple d’Israël ayant bu de la coupe de la consolation, décida de cesser de parler au cœur de Jérusalem.

Tous mes remerciements au Dr Yossef Charbit pour les références historiques.

Rav Menachem Chouraqui

Rabbin de la communauté Kyriat Hana David

Directeur du Beith-Midrash Mikhlal Yofi

Jérusalem

Source : 

http://jerusalem24.com/blog/2020/05/19/parlez-au-coeur-de-jerusalem-isaie-402/

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Yuval Harari et Israël (III) - Le faux-prophète de Jérusalem

August 27 2019, 18:00pm

Posted by Pierre Lurçat

 

Celui qu'on a présenté comme le “penseur le plus important du monde” n’a en réalité rien inventé. Son livre Sapiens n’est qu’une compilation présentant “l’histoire de l’humanité” de manière condensée et orientée, selon une idéologie bien précise, comme nous l’avons montré dans la deuxième partie de cet article. L’idéologie qu’il défend est pour beaucoup dans le succès commercial planétaire qu’il a rencontré. Mais, au-delà du phénomène éditorial et commercial, il s’agit surtout d’un phénomène politique. Dans la dernière partie de notre article, nous voudrions aborder la dimension proprement philosophique des idées défendues par Yuval Harari et replacer la négation de l’homme inhérente à sa pensée dans l’histoire de la pensée occidentale.


 

La question de l’homme, hier et aujourd’hui

 

D’un point de vue philosophique, l’idée que l’homme serait “un animal comme les autres” n’est pas nouvelle. Nil novo sub sole… Dans l’Antiquité, les peuples païens pratiquaient les sacrifices humains, et même Aristote, le grand philosophe grec, considérait qu’il n’y avait aucune différence entre les conséquences d’un “grand vent qui dépouille les feuilles des arbres, fait tomber les murs des maisons et noie en mer un navire avec ses voyageurs". Comme l’explique Maïmonide, Aristote n’établit en fait aucune distinction entre “la mort d’une fourmi écrasée par un boeuf et celle d’hommes ensevelis pendant la prière dans une maison qui s’écroule”. (1) Dans sa vision du monde, marquée par les conceptions cosmologiques et naturalistes propres à la philosophie de l’Antiquité, il n’existe pas de providence individuelle, mais seulement une providence à l’échelle de l’espèce, humaine ou animale.


 

Aristote

 

Cette idée - la négation du caractère éminent ou spécifique de l’homme - court comme un fil conducteur à travers toute la philosophie occidentale, de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Plus près de nous, le marquis de Sade exprime ainsi la même idée, de manière encore plus nette que ne le faisait Aristote : « Qu'est-ce que l'homme, et quelle différence y a-t-il entre lui et les autres plantes, entre lui et tous les autres animaux de la nature ? Aucune assurément. (…) Si les rapprochements sont tellement exacts, qu'il devienne absolument impossible à l'œil examinateur du philosophe d'apercevoir aucune dissemblance, il y aura donc alors tout autant de mal à tuer un animal qu'un homme, ou tout aussi peu à l'un qu'à l'autre…” (2)


 

La définition de l’homme donnée par Harari s’inscrit donc dans le droit fil de la philosophie occidentale depuis Aristote : ce dernier définissait l’homme comme un ‘animal social’ et comme un ‘animal politique’, et Harari le définit comme un ‘singe’, capable de ‘coopérer en grand nombre’. Le naturalisme aristotélicien, selon lequel le monde est éternel et immuable, a fait place chez Harari à un naturalisme scientiste, dans lequel l’homme n’a aucune supériorité intrinsèque, morale ou spirituelle, sur les chimpanzés. Le reproche fait par Maïmonide à Aristote, celui de ne pas distinguer l’homme des autres créatures, est encore plus vrai s’agissant de l’idéologie dont Harari est le représentant. Celle-ci est en effet encore plus éloignée de l’idée hébraïque du Tselem - l’homme créé “à l’image de Dieu” - que ne l’était la philosophie d’Aristote.


 

Maïmonide


 

Animalité de l’homme ou humanité de l’animal?

 

En quoi ce débat philosophique ancien importe-t-il pour le lecteur aujourd’hui? A certains égards, la science actuelle - ou plutôt l’idéologie qui la sous-tend souvent - est plus proche des positions philosophiques de Maïmonide (création ex-nihilo, ce qui ressemble à la théorie du Big Bang) que de celles d’Aristote (éternité du monde). Mais sur un point essentiel, elle est conforme aux conceptions aristotéliciennes, contre lesquelles s’inscrit en faux la tradition hébraïque : lorsqu’elle prétend nier la spécificité, ou la valeur éminente de l’homme. Le débat véritable n’oppose en effet aujourd’hui pas les “créationnistes” aux “évolutionnistes”. Il oppose ceux qui veulent rabaisser l’homme à ceux qui veulent l’élever. C’est précisément ce que recouvre la notion hébraïque du Tselem


 

Il y a quelques années, j’ai pu contempler l’orang-outang du Jardin des Plantes, qui nettoyait scrupuleusement les vitres de sa cage et se livrait à un véritable numéro d’acteur, devant un public d’enfants et d’adultes tout aussi fascinés. Pourquoi cet orang-outang était-il tellement émouvant? Sans doute parce qu’il y a quelque chose qui ressemble à l’humain chez les grands singes. Non pas, comme le pense M. Harari, parce que les hommes seraient des singes un peu plus évolués. Mais parce que les singes ont parfois dans le regard un éclair d’humanité, qui nous les rend si proches et sympathiques.


 

Humaniser l’animal, ou animaliser l’humain?


 

A la suite de nombreux autres auteurs contemporains, Yuval Harari prétend que les hommes seraient simplement des singes qui auraient réussi à sortir de leurs cages, grâce à leur “capacité de collaboration”... Mais dans le même temps, il nie la liberté de l’homme, qui n’est à ses yeux qu’une fiction. En résumé : l’homme n’est pas plus libre que le singe dans sa cage, il a simplement l’illusion de la liberté… Cette conception d’un homme asservi est caractéristique de toutes les idéologies occidentales modernes, qui assujettissent toutes l’homme, à ses pulsions, aux moyens de production ou encore à ses neurones. Face à ces conceptions, la pensée hébraïque persiste à affirmer que l’homme, joyau de la Création, jouit du libre-arbitre.


 

Nier la liberté de l’homme : la leçon d’Auschwitz

 

Un ami me racontait récemment avoir visité une exposition à la Fondation Cartier, intitulée “Nous les arbres”. Elle présentait les arbres comme “les membres les plus anciens de notre communauté d’être vivants”. Selon une idéologie en vogue, en effet, il n’y aurait aucune distinction entre les règnes animal, végétal et l’humain. Tous sont englobés dans le même monde vivant. (3) Dans cette même exposition, cet ami eut la surprise de constater, en voulant répondre à un sondage organisé par la Fondation Cartier, que le pays Israël n’existait pas… Le lien entre ces deux affirmations n’est pas fortuit : dans un monde où Israël n’existe pas, l’homme n’existe pas non plus, en tant que créature distincte! Il est - dans le meilleur des cas - l’égal des chimpanzés et des arbres, et - dans le pire - moins qu’un chien ou qu’un rat, comme furent traités les Juifs à Auschwitz.


 

La négation de la spécificité de l’homme dans l’idéologie scientiste contemporaine aboutit immanquablement à le rabaisser, comme si l’obsession de ceux qui contestent la notion judéo-chrétienne de l’humain était précisément d’abolir la notion hébraïque du Tselem. Chez le biologiste Jean-Pierre Changeux, que nous avons cité précédemment, ce rabaissement passe par la comparaison (insultante) entre l’homme et le rat : L’homme, comme le rat, consacre une part essentielle de son temps (lorsqu’il ne dort pas) à boire, manger, faire l’amour…” Cette affirmation est comme le pendant en négatif de la création de l’homme relatée dans la Genèse : “Faisons l’homme à notre image...” 

 

Michel-Ange : la création d’Adam


 

Face à cette conception naturaliste et négatrice de l’humain, une autre voix vient de Jérusalem. Depuis trois millénaires, cette voix s’élève contre la tendance à l’abaissement, à la négation et à l’asservissement de l’homme. Omniprésente dans l’histoire humaine depuis Avraham, cette tendance est aujourd’hui revenue avec une force décuplée dans la culture occidentale, et elle a abouti aux horreurs du vingtième siècle, qui ont culminé dans la Shoah. Le timide “mea culpa” entendu après 1945 n’a malheureusement pas su traiter le problème à la racine, comme l’avait bien vu Avraham Livni, dans son grand livre Le Retour d’Israël et l’espérance du monde. Car la volonté de priver le vieux peuple d’Israël de sa terre, de sa Torah et de son identité, qui a culminé dans la Shoah, se poursuit en réalité jusqu’à nos jours. L’encensement d’auteurs juifs ou israéliens qui contestent tout apport d’Israël à l’humanité, comme le fait Harari, participe de cette négation d’Israël (4).


 

Loin d’être le représentant de Jérusalem (dont il nie le statut de capitale du peuple juif, comme nous l’avons vu), Harari est ainsi le porte-parole d’un Occident coupé de ses racines hébraïques et juives. C’est sans doute pour cela également qu’il est adulé et consacré “plus grand penseur du 21e siècle”... Mais il est aussi l’épiphénomène d’une époque dont on assiste aujourd’hui à la fin : celle où les Juifs n’avaient plus leur mot à dire sur les grandes questions, en tant que Juifs, c’est-à-dire, n’en déplaise à Yuval Harari, en tant que représentants de la civilisation qui a donné au monde le Décalogue, la Bible et le Talmud. Comme écrivait Rousseau dans L’Émile : « Les Juifs n’ont pas la possibilité dans la dispersion de proclamer leur propre vérité à l’humanité, mais je crois que, lorsqu’ils auront à nouveau une libre République, avec des écoles et des universités à eux, où ils pourront s’exprimer en sécurité, nous pourrons apprendre enfin ce que le Peuple Juif a encore à nous dire. ». L’époque pressentie par Rousseau ne fait que commencer.


 

Cérémonie d’inauguration de l’université de Jérusalem au mont Scopus


 

“Car de Sion sortira la Torah”

 

Dans son discours prononcé lors de l’inauguration de l’université de Jérusalem, le 1er avril 1925, le grand-rabbin d’Eretz Israël, Avraham Itshak Hacohen Kook, exprima le double sentiment d’espoir et de crainte que cet événement suscitait à  ses yeux. Espoir de voir l’université hébraïque faire rayonner le nom d’Israël dans le monde, et crainte que le nom de Dieu ne soit pas sanctifié, mais au contraire profané par elle. L’histoire devait lui donner raison, tant pour cet espoir que pour cette crainte. L’université israélienne (celle de Jérusalem et les autres) a bien fait rayonner le nom d’Israël, par ses réalisations scientifiques dans de nombreux domaines. Mais elle a aussi engendré de nombreux contempteurs de l’Etat d’Israël, et de l’héritage de la tradition hébraïque, dont fait partie Yuval Harari. Il lui reste aujourd’hui à réaliser l’autre élément du discours prophétique du rav Kook, celui qu’il a exprimé par les mots du prophète Isaïe : “Ki miTsion Tétsé Torah…” Car de Sion sortira la Torah” (5).

 

Pierre Lurçat

 

Notes 

(1) Rapporté par Jacob Gordin, “Actualité de Maïmonide”, dans Ecrits, Albin Michel 1995.

(2) Jean-Baptiste Vilmer, “Sade antispéciste?” Cahiers antispécistes, 2010.

(3) Le judaïsme, il est vrai, compare l’homme à l’arbre des champs, mais dans un sens bien différent, allégorique et spirituel.

(4) Harari, comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, prétend ainsi que “l’impact du judaïsme dans l’histoire humaine est minime”.

(5) L’espoir exprimé par le rav Kook rejoint - par un paradoxe inhérent à l’histoire du Retour à Sion - celui exprimé par un autre père fondateur de l’Etat juif, Zeev Jabotinsky, dans son fameux article “Le sionisme suprême”, qui se termine précisément par ces mots du prophète Isaïe : “Car de Sion sortira la Torah” .

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Tisha Be'Av : Jeûner, prier, se lamenter... Mais aussi agir en soutenant les Etudiants pour le Mont du Temple!

August 11 2019, 08:29am

Posted by Pierre Lurçat

En ce jour de Tisha Be'Av, alors que le peuple d'Israël est plongé dans le jeûne et l'affliction, le Mont du Temple est fermé aux visiteurs juifs sur ordre du gouvernement juif (!) et envahi par les fidèles d'une autre religion, qui profanent notre lieu le plus saint et se tournent dans leurs prières vers une autre ville lointaine...

Prier et jeûner ne suffira pas à changer cette situation. C'est ce qu'ont bien compris les membres de l'association "Etudiants pour le Mont du Temple", qui sont depuis plusieurs années au premier rang du combat pour préserver le Mont du Temple, y rétablir la souveraineté juive et mettre fin au Hilloul Hashem que constitue la situation actuelle. 

En soutenant leur combat et en répondant à leur appel, vous participerez vous aussi à restituer le Mont du Temple au peuple Juif, première étape vers la Reconstruction du Temple, "très vite et de nos jours", Amen!

Shalom,
Depuis cinq ans, nous, 'les étudiants pour le mont du temple', religieux et non religieux, luttons pour faire changer la situation actuelle sur le Mont du Temple et pour faire valoir nos droits et notre souveraineté à l’endroit le plus sacré du peuple juif.
Vous pouvez nous aider et nous soutenir en faisant un don ( même un petit don sera le bienvenu).
LIEN POUR EFFECTUER UN DON :

 

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לשרה ותום

Lire aussi sur le sujet : 

Yom Yeroushalayim sur le Mont du Temple : entre humiliation et espoir

Israël ne peut pas devenir « l’Etat de tous ses citoyens », un Etat comme les autres qui serait mû uniquement par les ressorts de l’économie et de la politique, et coupé de la source de Sainteté qui est le Mont du Temple (1). Jamais la situation n’a été aussi humiliante pour les Juifs qui montent sur le Har Habayit, le Mont du Temple, et jamais la nécessité de protéger le droit de culte des Juifs sur cet endroit, qui est le plus sacré du judaïsme, n’a été aussi évidente qu’aujourd’hui. Impressions ressenties le Yom Yeroushalayim, 5 juin 2016.

 

Le débat véritable et urgent qui devrait se tenir sur ce sujet crucial n’est pas tant celui de savoir si nous avons le droit – ou plutôt le devoir – de reconstruire le Temple, que celui de savoir ce que pourra devenir le Temple, une fois reconstruit. Redeviendra-t-il le lieu de sacrifices, comme autrefois, selon les mots de la prière (חדש ימנו כקדם), ou bien devrons-nous y instaurer un culte différent, peut-être même entièrement nouveau, qui ne ressemblera ni aux sacrifices d’antan ni aux prières actuelles dans les synagogues, instaurées après la destruction du Second Temple ?

 

1525035_10151756715916682_588206289_n.jpgA cette question immense, nous ne pouvons évidemment pas répondre aujourd’hui, Une chose pourtant est certaine, à mes yeux comme aux tiens : le Temple est le cœur de notre identité nationale et religieuse et la clé de notre possibilité de vivre sur cette terre que le monde entier nous dispute, comme l’avaient bien compris les Pères fondateurs du mouvement sioniste et de l’Etat d’Israël. Ceux qui se bercent de l’illusion qu’on pourrait renoncer au Temple et brader son emplacement, pour calmer les appétits de nos ennemis, sont oublieux des leçons de notre histoire ancienne et récente ; ils sont prêts à sacrifier ce que nous avons de plus sacré contre des promesses illusoires et des traités de paix qui ne valent pas l’encre avec laquelle ils sont écrits.

 

Je ne t’ai pas dit, hier, quand vous êtes redescendus, Tom et toi, du Har Habayit et que nous nous sommes rencontrés devant la synagogue de la Hourva reconstruite, au milieu de la foule en liesse du Yom Yeroushalayim, combien j’étais fier de votre courage et de votre ténacité ! Car il faut bien du courage pour se rendre là-haut, malgré les imprécations hostiles de nos ennemis et les gestes non moins hostiles des policiers (notre police !), qui traitent sans ménagement les Juifs venus faire acte de présence sur ce lieu sacré. Ceux-ci ne viennent pourtant ni par goût de la provocation, ni pour satisfaire un vague sentiment mystique ou religieux, mais comme shli’him, comme représentants de tout notre peuple (même si beaucoup d’entre nous sont encore totalement inconscients de ce que le Temple signifie pour Israël).

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De gauche à droite: Dan Beeri, Yehuda Etsion, Yoram Ginzburg et Neeman (Photo Makor Rishon)

Plus encore que la brutalité des policiers du Yassam, l’unité anti-émeutes, qui bousculent les fidèles juifs, même quand ils sont déjà sortis du périmètre de l’esplanade du Temple – c’est le sentiment d’être étranger sur sa propre terre qui est difficile à supporter. Si les dirigeants de notre Etat avaient une réelle conscience de ce que représente le Temple, alors ils auraient appelé, en ce jour de Yom Yeroushalayim, les Juifs à monter par milliers sur le Har Habayit, au lieu de les en dissuader par tous les moyens… L’amère vérité est que nos dirigeants se comportent eux-mêmes comme des étrangers dans notre capitale réunifiée il y a 49 ans, en laissant le Waqf musulman administrer  le lieu le plus sacré du judaïsme, comme l’avait fait avant eux Moshé Dayan, le vainqueur de la Guerre des Six jours, lorsqu’il avait confié les clés du Mont du Temple à nos ennemis, au lieu de proclamer avec force que nous étions revenus sur le Mont pour y rester et pour exercer notre souveraineté nationale.

 

Nos ennemis ne s’y sont pas trompés, car ils ne respectent pas la faiblesse de ceux qui ne sont pas sûrs de leur bon droit : nos hésitations et nos atermoiements les renforcent dans leur conviction que les Juifs ne sont pas chez eux à Jérusalem, ni dans le reste du pays. C’est d’ailleurs pour cette raison précisément que la Loi juive permet de fouler le sol sacré autour du Temple : pour y manifester notre présence en tant que conquérants et faire savoir à nos ennemis et au monde entier que le peuple Juif est revenu à Sion par la « force du droit » (selon les mots de M. Begin) et en vertu du droit politico-religieux conféré par notre histoire plurimillénaire.

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Nous avons reconquis Jérusalem et y sommes retournés en tant qu’occupants légitimes, et non pas comme des usurpateurs. Car le כיבוש n’est pas une insulte, comme voudraient le faire croire les représentants d’une morale et de valeurs étrangères au sein de notre peuple (qui prétendent que « l’occupation corrompt »). Le כיבוש est la seule façon de reconquérir une terre dont nous avons été éloignés à notre corps défendant. Il y a 49 ans (le temps d’un Yovel, d’un jubilé) les soldats de Tsahal et les parachutistes de Motta Gur libéraient Jérusalem des mains de l’occupant jordanien, qui avait transformé en latrines les pierres du Kottel.

 

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YOM YEROUSHALAYIM

Aujourd’hui, le Kottel est en partie libéré (même si une partie demeure ensevelie sous terre) et les Juifs du monde entier viennent s’y recueillir et y épancher leur cœur, pensant parfois à tort que c’est l’endroit le plus saint de Jérusalem, alors que la sainteté véritable se trouve au-dessus, sur le Har Habayit… Le plus dur reste encore à faire : libérer le Mont du Temple, pour que Jérusalem soit véritablement libre et devienne enfin la « Maison de prière pour tous les peuples » annoncée par nos prophètes, lorsque la liberté de culte s’y exercera pleinement pour les Juifs, comme elle s’y exerce déjà pour les fidèles des autres religions.

C’est vous, les Etudiants pour le Mont du Temple (סטודנטים למען הר הבית) qui avez, avec d’autres organisations, assumé la tâche noble et difficile d’entamer ce combat. Que Dieu vous bénisse et vous donne la force de réussir ! חזק ואמץ

Pierre Lurçat

(1) J'aborde ce sujet dans mon dernier livre, Israël le rêve inachevé, Editions de Paris 2018.

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Yuval Noah Harari et Israël (I) : Un penseur édulcoré pour un monde sans gloire

August 8 2019, 07:30am

Yuval Noah Harari et Israël (I) : Un penseur édulcoré pour un monde sans gloire

Le titre du magazine Le Point ‘était sans appel : “Entretien avec Yuval Noah Harari, penseur le plus important du monde”(1). Ainsi, le penseur le plus important du monde serait un Israélien! La nouvelle a de quoi réjouir ceux qui sont d'avis qu’Israël a un rôle intellectuel à remplir dans le monde actuel. Mais la lecture de l’interview, plus que décevante, est surtout édifiante. Harari n’est en effet pas le porte-parole d’une quelconque sagesse juive ou d’un savoir israélien, qui pourraient éclairer notre monde déboussolé… Bien au contraire, il réfute toute spécificité juive et va même jusqu’à affirmer que “l’impact du judaïsme dans l’histoire humaine est minime!” En effet, explique-t-il : “Les chasseurs-cueilleurs avaient des codes moraux des dizaines de milliers d’années avant Avraham”.

 

 

En cela, Harari n’est pas différent de bien des penseurs juifs illustres, au vingtième siècle et auparavant. La manière dont il s'évertue à dénier toute originalité au judaïsme ne constitue rien de très nouveau, depuis Freud et sa déconstruction de Moïse. Sa posture vérifie une “règle d’or”, qu’on pourrait énoncer ainsi : si un intellectuel juif veut voir son audience augmenter, il a tout intérêt à diluer le contenu juif de son message. Mettre de l’eau dans son vin, en quelque sorte, quitte à ce que le résultat final n’ait plus qu’une couleur rosâtre, presque translucide… Les exemples illustrant ce principe sont innombrables. Pensez à n’importe quel intellectuel juif médiatique, et vous verrez que l’étendue de son savoir juif (affiché ou réel) est inversement proportionnelle à son succès.

 

Dans le cas de Yuval Harari, on hésite pour dire s’il s’agit d’ignorance, d’un calcul délibéré, ou des deux à la fois. Son idée fixe de minimiser l’apport juif à la civilisation confine à l’obsession, comme s’il voulait dire sans cesse “Je suis Israélien certes, mais ma loyauté va avant tout aux valeurs universelles…” Ou encore (ce qui revient au même) : “Je ne suis pas de ces Israéliens à l’esprit étroit, qui croient encore que le peuple Juif aurait un message particulier à faire entendre au monde… C’est précisément de cela qu’il s’agit dans ses propos sur Israël et le judaïsme. “On nous dit que Jérusalem est la capitale éternelle du peuple Juif” alors qu’elle remonte à cinq mille ans et que le peuple juif a tout au plus trois mille ans d’existence”. Beau sophisme, qu’un journaliste un peu plus cultivé aurait aisément contré, en demandant à Harari quelle autre civilisation a fait de Jérusalem sa capitale…

 

Sur le même sujet, Harari se livre à une comparaison étonnante, qualifiant de “rétrograde” l’idée de reconstruire le Temple : “On voit une vision rétrograde presque partout : « Rendons à l'Amérique sa grandeur ». Si vous allez en Russie, cent ans après Lénine, la vision de Poutine pour l'avenir est en gros : « Retournons à l'empire tsariste. » Et en Israël, d'où je viens, la vision politique brûlante du moment est celle-ci : « Reconstruisons le temple”

 

Le Temple de Jérusalem : une vision “rétrograde”?



 

Yuval Harari explique aussi doctement à l’envoyé spécial du Point, Thomas Mahler, venu spécialement à Tel-Aviv pour rencontrer le penseur le plus important du monde, qu’il “a un problème avec le gouvernement actuel d’Israël”, car “le gouvernement actuel de B. Nétanyahou est en train de saper les libertés” [de pensée et d’expression]. M. Harari serait plus crédible si son souci de la liberté s’appliquait aussi à l’égard de la Russie de Poutine, qui vient de publier une version russe de son dernier livre avec d’importantes modifications dues à la censure, qu’il a acceptées sans sourciller. Les atteintes imaginaires à la liberté du gouvernement de Nétanyahou le dérangent plus que celles, bien réelles, de M. Poutine...

 

“Le terrorisme tue moins que le sucre”

 

Le reste de sa doctrine politique est à l’avenant. Dans ses “21 leçons pour le 21e siècle”, Harari énonce ainsi cette affirmation, qui explique sans doute en partie son succès planétaire : “le terrorisme tue moins que le sucre”. Au-delà de la vérité statistique, discutable, cet énoncé contient un mensonge politique, qui fera le bonheur de tous les dirigeants occidentaux (ces mêmes Macron et Merkel qui ont chaleureusement accueilli Harari), pressés de faire oublier la menace terroriste en parlant de réchauffement climatique ou d’autres menaces hypothétiques, qui ont l’immense avantage de ne comporter aucun ennemi.

 

“Le terrorisme tue moins que le sucre” : une idéologie qui abolit la notion d’ennemi

 

On est ici au coeur de la philosophie de Yuval Harari et de l’idéologie très actuelle qu’il défend, laquelle abolit toute notion d’ennemi et de guerre légitime. Les terroristes ne sont rien, oubliez l’Etat islamique, le danger c’est l’algorithme, l’alimentation ou le changement climatique! Slogans démagogiques, capables de séduire tous ceux qui refusent de désigner un ennemi bien réel, en préférant lutter contre des abstractions plus ou moins fantasmagoriques. On comprend dès lors le succès d’Harari : il renvoie à un Occident fatigué et doutant de lui-même une image qui lui plaît et le conforte dans sa lâcheté politique, face à l’Iran et aux autres ennemis de la liberté. Celle-ci n’est d’ailleurs, dans la doctrine postmoderne d’Harari, qu’une “invention des hommes qui n’existe que dans leur imagination”(2).

 

A l’aune de sa définition édulcorée (comme le sucre) du terrorisme, on peut deviner ce que pense Harari de la menace islamiste : “L’islamisme n’a quasiment aucun attrait pour les non-musulmans!” (Apparemment, il n’a pas entendu parler des légions de convertis occidentaux qui peuplent les rangs de l’Etat islamique et d’Al-Qaïda…(3). Autre perle : “l’islam n’a pas une influence globalisée”. “Bien sûr”, consent-il, “l’islamisme séduit, mais il ne faut pas le surestimer”.


Dans la deuxième partie de cet article, nous verrons comment la pensée de Yuval Harari est marquée par le cognitivisme et le scientisme ambiant et comment elle s’oppose radicalement à la tradition hébraïque, et en particulier à la notion du Tselem. C’est précisément parce qu’il défend des conceptions opposées au judaïsme qu’il est devenu le gourou (ou le faux prophète) d’un Occident coupé de ses racines juives.

 

Pierre Lurçat

(1) Le Point, 20 septembre 2018.

(2) Cité par Astrid de Larminat, “Homo Sapiens et Homo Deus: la nouvelle bible de l'Humanité ?” Le Figaro 8/9/2017.

(3) Sur ce  point, je renvoie à mon livre Pour Allah jusqu’à la mort, Enquête sur les convertis à l’islam radical, éditions du Rocher 2008.

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Shalom,
Depuis cinq ans, nous, 'les étudiants pour le mont du temple', religieux et non religieux, luttons pour faire changer la situation actuelle sur le Mont du Temple et pour faire valoir nos droits et notre souveraineté à l’endroit le plus sacré du peuple juif.
Vous pouvez nous aider et nous soutenir en faisant un don ( même un petit don sera le bienvenu).
 

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“Do bin ich geboren” : la petite fille de Jérusalem, par Pierre Lurçat

June 7 2019, 10:38am

 

Dans les dernières années de sa longue vie, ma mère se plaisait à parler yiddish, langue de son enfance qu’elle n’avait jamais oubliée, sans guère la pratiquer. Le yiddish était resté ancré quelque part, au tréfonds de sa mémoire. Lorsque je lui disais au téléphone, dans mes pauvres rudiments de yiddish faits de bribes glanées de sa bouche, complétées par des souvenirs de l’allemand étudié au lycée, que je l’appelais de “Yerousholoyeïm” (Jérusalem), elle me répondait immanquablement, avec un éclat de fierté dans la voix : “Do bin ich geboren!” - “C’est là que je suis née !” Elle ne s’en était jamais cachée. Ses origines n’étaient pas un secret honteux, enfoui sous le masque d’un nouveau nom acquis par mariage ou par naturalisation, comme chez certains juifs étrangers qui étaient, comme elle, devenus Français par mariage ou par naturalisation.

 

 

La petite Lipah Kurtz était certes devenue, dans des circonstances que je raconterai, Liliane Kurtz, puis Liliane Lurçat. Son nom et son prénom ne dénotaient aucune ascendance étrangère, et son visage au regard pénétrant, son front haut et son nez droit ne trahissaient guère ses origines. Mais jamais, au grand jamais, pas même pendant la période de l’Occupation, elle n’avait cherché à dissimuler celles-ci. Bien au contraire, elle les dévoilait au détour d’une phrase, dans une conversation anodine avec le facteur, avec un chauffeur de taxi ou un voisin de palier : “Vous savez, je suis née à Jérusalem…”. Elle portait fièrement ses origines yérosolymitaines, sans ostentation mais sans s’en cacher. La Jérusalem où elle était née - dans l’hôpital de la rue des Prophètes - et avait vécu quelques mois, avant de partir en France, pour y revenir brièvement à l’âge de trois ans, était bien différente de la métropole d’aujourd’hui. C’était une petite ville provinciale, poussiéreuse et somnolente, aux ruelles en terre battue, qu’arpentaient les commerçants - vendeurs de “tamar Hindi” - et les chameliers (un des premiers et rares souvenirs qu’elle avait gardés de sa prime enfance à Jérusalem).


 

Un chamelier à Jérusalem, 1928

 

Jérusalem en 1928, année de sa naissance, était une ville orientale, excentrée aux confins de l’empire ottoman, dont la domination avait pris fin dix ans auparavant, pour laisser place au mandat britannique. La communauté juive qui l’habitait était encore réduite, répartie entre les représentants de l’Ancien Yishouv, juifs religieux vivant de la ‘Halouka (c’est-à-dire l’aumône) et ceux du Nouveau Yishouv, pionniers sionistes laïcs, comme l’étaient mes grands-parents. Une photo de famille de l’époque, dont la couleur sépia trahit l’ancienneté - elle date de 1928 - montre mes grands-parents maternels entourés des frères et soeurs de ma grand-mère et de leurs parents, posant avec solennité chez un photographe de Jérusalem. Ma grand-mère, Chaya Kurtz, tient dans ses bras un bébé emmailloté, selon l’habitude d’alors, qui n’est autre que ma mère, Lipah. C’est la première et quasiment la seule photographie montrant ma mère bébé, petite fille de Jérusalem.


 

 

 

Quand et pourquoi mes grands-parents maternels s’étaient-ils installés à Jérusalem? Je n’ai pas de réponse précise à cette question, qui demeure entourée de mystère, ajoutant encore un parfum d’exotisme aux circonstances entourant la naissance de ma mère. Etait-ce là que vivaient les parents de Chaya, ou peut-être son mari y travaillait-il, après avoir mis fin à son errance perpétuelle de pionnier? Quoi qu’il en soit, c’était dans cette ville qu’ils s’étaient rencontrés et mariés, selon le récit familial transmis oralement par ma mère, qu’aucun document écrit ne venait attester.


 

Joseph Kurtz, mon grand-père

 

Mon grand-père, Joseph Kurtz, originaire de Cracovie, était “monté” en Israël juste après la Première Guerre mondiale, animé par l’idéologie sioniste socialiste et la volonté de construire le pays nouveau. En authentique “halouts”, il avait défriché les marécages et pavé les routes, allant d’un endroit à un autre, sans jamais s’installer à demeure, dans le cadre du Bataillon du Travail (Gdoud ha-Avoda) qui portait bien son nom, car ses membres étaient de véritables soldats, engagés corps et âme au service de leur mission édificatrice. Joseph avait aussi appartenu, sans doute brièvement, aux Chomrim, ces gardes à cheval qui protégeaient les kibboutz contre les incursions de maraudeurs et les attaques de bandes arabes. Une  photo de l’époque le montre, vêtu du costume bédouin prisé des Chomrim, un sabre dans les mains, coiffé d’une keffiah.


 

Chaya Kurtz, ma grand-mère

 

Ma grand-mère, Chaya Kurtz, née Shatzky, était venue en Palestine avec ses frères et soeurs et leurs parents. Sa grand-mère, Madame Landau, possédait une entreprise de textile à Bialystok, qu’elle avait vendue pour affréter un navire, et emmener des jeunes Juifs en Eretz-Israël. Sur la photo de famille couleur sépia, on la voit, entourée de sa famille : ses trois soeurs Fanya, Esther et Bluma, et leur frère Nahman. Je ne sais rien de la rencontre de mes grands-parents, sinon qu’ils se marièrent à Jérusalem, où sont nés ma mère et son frère aîné, Menahem, et qu’ils vécurent ensemble toute leur vie, jusqu’à la mort de Joseph, survenue l’année de ma naissance.

 

Liliane Lurçat z.l.

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“Athènes sans Jérusalem” : Le rejet des racines hébraïques au coeur du suicide de l’Occident

October 7 2018, 06:57am

Posted by Pierre Lurçat

“Athènes sans Jérusalem” : Le rejet des racines hébraïques au coeur du suicide de l’Occident

La société occidentale doit choisir aujourd’hui entre la vie et le suicide…

Pour se ressaisir, la culture occidentale devra retrouver tout ce qui, dans son histoire et dans ses sources, exalte et favorise le courage et la vie. Et d’abord la source hébraïque, d’où n’a pas cessé de jaillir depuis des millénaires cet appel : ”J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, tu choisiras la vie afin que tu vives, toi et ta descendance”.

 

(François Lurçat, La science suicidaire, Athènes sans Jérusalem, p. 282)

 

 

Physicien et philosophe des sciences, François Lurçat est décédé il y a tout juste six ans, le 27 Tichri 5773, entre la parachat Berechit et la parachat Noa’h, qu’il affectionnait particulièrement. Professeur à l’université de Paris-Sud (Orsay), très apprécié de ses étudiants, et chercheur en physique des particules, il a entrepris à partir de la fin des années 1980 une réflexion approfondie sur la philosophie des sciences, partant du constat de la difficulté à enseigner et à rendre intelligibles les acquis récents de la physique théorique et des effets dévastateurs de l’idéologie scientiste dans le monde contemporain. Ses ouvrages de vulgarisation scientifique et de philosophie des sciences incluent : Niels Bohr, avant/après (Critérion 1990), L’autorité de la science (Cerf 1995), De la science à l’ignorance (éditions du Rocher 2003) et La science suicidaire (F.X. de Guibert, 1999). Les réflexions qui suivent s’inspirent notamment de ce dernier livre, sous-titré de manière éloquente “Athènes sans Jérusalem”.

 

L’oeuvre philosophique de François Lurçat aborde, entre autres thèmes, celui de la crise de la culture européenne, des fondements métaphysiques de la science moderne, du scientisme et de ses effets sur la société occidentale. Cette réflexion s’est nourrie à la double source de la pensée occidentale et de la tradition hébraïque, que François Lurçat a découverte à travers l’oeuvre de penseurs juifs d’expression française (Léon Ashkénazi “Manitou”, Emmanuel Lévinas, André Néher), mais aussi de traductions en français de Maïmonide, de la Bible accompagnée des commentaires d’Elie Munk, et d’écrivains et de poètes juifs (Benjamin Fondane, Claude Vigée, etc.).

 

François LurçatL’idée de la spécificité irréductible de l’être humain (celle du Tselem, ou de l’homme créé à l’image de Dieu pour utiliser les catégories de la pensée hébraïque) est au coeur de la réflexion de François Lurçat. D’emblée, il comprend que la “crise de la science” (expression qui revient souvent dans son oeuvre) n’est pas seulement celle qu’il a décelée et analysée dans le fonctionnement interne de l’institution scientifique et dans la transmission du savoir scientifique, mais qu’elle concerne l’ensemble de la culture et de la civilisation occidentale, dont l’avenir est étroitement lié à celui de la science. (Il trouvera la confirmation de cette intuition fondamentale chez plusieurs philosophes et scientifiques, parmi lesquels Edmund Husserl dont la “Krisis” [La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale] nourrira sa réflexion et Leo Strauss, dont la citation suivante figure en exergue d’un de ses livres : “Les piliers de la civilisation sont par conséquent la morale et la science, et les deux ensemble. Car la science sans morale dégénère en cynisme et détruit ainsi la base de l’effort scientifique lui-même ; et la morale sans la science dégénère en superstition et risque ainsi de se muer en cruauté fanatique”).

 

La polémique qui l’oppose au biologiste Jean-Pierre Changeux porte précisément sur la nature de l’homme et sa spécificité, niée par l’auteur de l’Homme neuronal, livre paru en 1983 et devenu rapidement un best-seller. Lurçat s’oppose avec virulence à l’idée, défendue par Changeux et d’autres représentants des “neurosciences”, que l’homme ne serait qu’un animal un peu plus évolué que les autres : “L’idée la plus dangereuse parmi celles qui sont ainsi popularisées, c’est la négation de l’humain. Les biologistes de l’ADN, qui tiennent le devant de la scène, ne cessent d’affirmer que l’homme n’a pas, selon l’expression de James Watson, ‘quelque chose de spécial’ qui le sépare des autres vivants’”. Dans son refus de la “négation de l’homme”, François Lurçat retrouve une idée fondamentale de la pensée hébraïque, qui a été exprimée par nos sages commentant les versets de la Genèse sur la création de l’homme : “l’homme ressemble à la fois aux êtres inférieurs [les animaux] et aux êtres supérieurs” (Nahmanide commentant Berechit 1, 27).

 

François Lurçat

Nourrie de la Bible hébraïque et de ses commentaires, la réflexion de Lurçat n’est cependant pas celle d’un croyant ou d’un homme religieux à proprement parler. Elle demeure celle d’un physicien et d’un scientifique qui n’a jamais rejeté la science, même quand il critique ses dérives actuelles : “Quand je m’inquiète et m’indigne de la complicité actuelle entre une certaine pensée porteuse du label ‘science’ d’une part, la montée de l’ignorance et la dégradation physique et morale du monde d’autre part, ou encore, quand je cherche à restituer les vérités qu’a pu atteindre la physique du XXe siècle - dans toutes ces démarches, je place plus haut la science que ne le fait l’opinion banale pour qui elle ne serait qu’un ensemble de recettes, fructueuses ou nocives, selon le cas. Reconnaître la haute valeur des connaissances scientifiques authentiques implique en particulier le souci que ces connaissances soient comprises et soient transmises”. (De la science à l’ignorance p. 34).

 

Ce souci de compréhension et de transmission - qui l’a animé en tant que professeur de physique à l’université d’Orsay, et plus tard en tant que vulgarisateur scientifique dans ses livres sur Niels Bohr et sur le chaos - a conduit François Lurçat à s’interroger sur les raisons du désaveu actuel de la science, tant dans le système éducatif que dans la société en général, où la connaissance scientifique est à la fois valorisée (les Prix Nobel sont invités à s’exprimer sur tous les sujets) et réservée à un nombre de plus en plus restreint de spécialistes. Ce paradoxe tient à la fois à des causes techniques - comme la spécialisation et la fragmentation grandissante du savoir scientifique - et à des causes plus profondes, historiques et philosophiques, voire ontologiques, qui sont précisément celles auxquelles François Lurçat s’intéresse.

 

“Croire à la science tout en se détournant d’elle.

Notre culture est scientifique comme la culture de l’Occident médiéval était théologique. On retrouve partout l’attitude scientifique, elle est dans le monde de la pensée la seule puissance unificatrice. Le monde économique et l’Etat sont méprisés, la religion n’est qu’une affaire privée ; on ricane de la réalité de l’amour, la vie elle-même est souvent répudiée, tandis que seuls la science et l’art sont considérés comme dignes qu’un homme leur consacre sa vie”. (La science suicidaire, p. 65).

 

Le regard que François Lurçat porte sur la science est celui d’un scientifique, à la fois lucide et désabusé, et celui d’un philosophe qui tente de comprendre comment la science est devenue ce qu’elle est aujourd’hui - réalité qu’il désigne par l’expression de “social-science” - une institution et une discipline qui “nous éblouit plus qu’elle nous éclaire”. Dans cet effort, il s’attaque à ce qu’il appelle le “physicalisme”, c’est-à-dire  la “doctrine qui affirme la portée universelle de l’ontologie galiléenne”. C’est cette doctrine qui explique l’apparition récente de nouvelles disciplines se parant du nom de sciences, comme les “sciences de l’éducation”, les “neurosciences” ou les “sciences cognitives”.

 

Dans un autre débat d’idées essentiel à ses yeux, François Lurçat s’oppose au relativisme culturel, exprimé notamment par Claude Levi-Strauss dans un texte publié en 1952 à la demande de l’UNESCO (!). Précurseur de l’idéologie actuelle du relativisme culturel, Levi-Strauss affirme ainsi que “toute discrimination entre les cultures et les coutumes” revient à rejeter certaines “formes culturelles”, ce qu’il assimile en fin de compte au racisme pur et simple. (On retrouve dans le raisonnement de Levi-Strauss une accusation souvent portée contre les Juifs au cours de l’histoire : la prétendue “supériorité” - que leurs ennemis croient discerner dans l’idée d’élection, serait une forme de “racisme”. Cette accusation est un des thèmes récurrents du discours antijuif au fil des siècles, comme l’a montré Pierre-André Taguieff).

 

françois lurçat

Le paradoxe de la science moderne est que son projet philosophique (le physicalisme) a échoué monumentalement, au moment même où elle connaît certaines de ses plus grandes réussites. Pour que la science renaisse, malgré son suicide actuel, elle doit devenir plus modeste, comme l’explique François Lurçat dans la conclusion de son livre La science suicidaire : “Pour surmonter ses tendances suicidaires, elle doit corriger la sécheresse obstinée du cosmocentrisme grec par la compassion et la finesse de Jérusalem. Elle doit corriger la tendance à l’aplatissement, inhérente à la pensée géométrisante, par le sens aigu de la transcendance - et d’abord de l’absolue spécificité de l’homme - portée par la tradition juive”.

 

Puissent ces quelques lignes donner envie au lecteur de découvrir la pensée et l’oeuvre de mon père, dont la figure continue de nous éclairer! יהיה זכרו ברוך

François Lurçat

François et Liliane Lurçat

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Le Birkat Cohanim de Soukkot à Jérusalem, Pierre Lurçat

September 27 2018, 11:23am

Posted by Pierre Lurçat

Le Birkat Cohanim de Soukkot à Jérusalem, Pierre Lurçat

Le « Birkat Cohanim » - la « bénédiction pontificale » prononcée par les Cohanim lors de la répétition de la Amida – n’est pas seulement une bénédiction dite tous les jours en présence de Cohanim, dans toutes les synagogues du monde. C’est aussi une cérémonie particulière, empreinte de majesté, qui a lieu deux fois par ans au Kottel, au « mur occidental » du Temple de Jérusalem, à Soukkot et à Pessah.

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Nombreux sont les jours de foule et de liesse populaire au Kottel, mais aucun n’atteint le degré de celui du Birkat Cohanim de Soukkot. Ce jour-là, des milliers de Juifs – et aussi de non Juifs - affluent de tous les coins du pays, comme aux temps où le Temple était en place et où Soukkot était une des trois fêtes de pèlerinage. On y trouve une foule bigarrée et très diverse – Juifs orthodoxes en habit de fête, caftan de soie et « Streimel » peu adapté aux dernières chaleurs de l’année, Juifs ashkénazes et orientaux, familles éthiopiennes et marocaines, Juifs traditionalistes et Juifs peu observants attirés par le caractère particulier de cette cérémonie.

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A quelques mètres du Kottel, côté hommes et côté femmes, on distribue des verres d’eau minérale pour éviter tout incident, tant la foule est nombreuse et la chaleur intense. Un jeune Juif haredi fait réciter la bénédiction sur des herbes odoriférantes, comme à la sortie du shabbat dans certaines synagogues, et un peu plus loin, un autre fait réciter la bénédiction du Loulav, avec un Etrog de taille imposante qui doit peser facilement trois ou quatre kilos… Des Juifs orthodoxes sont en pleine conversation avec des policiers du « Yassam », l’unité anti-émeutes. Il règne une atmosphère spéciale, de fête religieuse mais aussi de rassemblement populaire, sans doute un peu comme l’atmosphère qui devait régner à l’époque du Temple.

 

Le « Birkat Cohanim », la bénédiction des prêtres, a lieu deux fois de suite, dans la répétition de la Amida de l’office du matin, puis dans celle du « Moussaf », la prière supplémentaire des jours de fête et de demi fête. La prière est dite dans un haut-parleur, et la voix qui retentit avec une prononciation ashkénaze est entendue sur toute l’esplanade et encore au-delà. Lorsqu’on arrive au moment attendu du Birkat Cohanim, la foule se tait et écoute dans un silence religieux la bénédiction dite par les prêtres… « Soit loué, Eternel, notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par la sainteté d’Aaron et nous a ordonné de bénir Ton Peuple Israël avec amour.

Que l’Eternel te bénisse et te préserve !

Que l’Eternel t’éclaire de Sa face et te soit favorable !medium_SUKKOT_5768-5.JPG

Que l’Eternel tourne Sa Face vers toi et te donne la paix » !

 

J’écoute moi aussi, la tête inclinée, et je sens que cette bénédiction est différente de toutes les autres, prononcées à la synagogue. Nous ne sommes pas ici dans un lieu de culte, même si le Kottel peut être comparé à une immense synagogue en plein air, où les fidèles viennent prier chaque jour et sont certains de trouver « minyan » à toute heure de la journée. Les Juifs réunis aujourd’hui à Jérusalem ne constituent pas une simple assemblée de fidèles, car ils représentent le peuple Juif dans toutes ses composantes diverses et souvent opposées, réunies dans cette occasion rare et solennelle.

 

Chaque religion – se plaisait à dire le rabbin Léon Ashkénazi « Manitou » - parle de ce qui lui fait défaut : les chrétiens d’amour car ils en ont souvent été dépourvus, surtout à l’égard de leurs frères aînés ; les Musulmans de paix, car ils ont répandu leur foi à la pointe de l’épée ; et nous autres Juifs, parlons souvent d’unité, « ahdout », car notre peuple qui est un des plus modestes par sa dimension est aussi un des plus divisés. Mais cette division apparente et bien réelle (qu’on en juge par le nombre de partis à la Knesset, qui sont loin de représenter l’ensemble des opinions au sein du peuple d’Israël), ne saurait masquer l’unité profonde qui existe malgré tout, et que l’on ressent en certains occasions particulières. La bénédiction des Cohanim de Soukkot en est une.

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Dans ces rares moments où le « Klal Israël » - la collectivité d’Israël - est réuni par la prière ou par la liesse populaire, on ressent intensément le fait que le destin d’Israël est différent de celui des autres peuples, et qu’il échappe aux lois habituelles de l’histoire. En ce jour de Soukkot 5779, alors que les menaces existentielles se font toujours plus pressantes, les mots de la bénédiction des prêtres ne s’adressent pas seulement aux Juifs présents ici, à Jérusalem, ou à ceux auxquels les présents s’unissent par leurs pensées et leurs prières, mais à tout Israël, comme un seul homme, venu demander aux Cohanim de le bénir pour échapper aux dangers qui le guettent. Que l’Eternel te bénisse et te préserve ! Que l’Eternel t’éclaire de Sa face et te soit favorable ! Que l’Eternel tourne Sa Face vers toi et te donne la paix !

Photos Pierre I Lurçat (c)

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L'affaire du Kottel - Le Rav Kook et le combat pour les droits des Juifs, Pierre Lurçat

August 14 2018, 12:13pm

Posted by Pierre Lurçat

Le Rav Kook (1865-1935)

Le Rav Kook (1865-1935)

 

La politique de la Kedousha : le Rav Kook et le mouvement sioniste révisionniste (I)

Le Yahrzeit du Rav Avraham Itshak Hacohen Kook - grand-rabbin de la Palestine mandataire et figure de proue du sionisme religieux - est l’occasion de nous pencher sur un sujet rarement évoqué : celui de l’engagement politique du Rav Kook. On connaît bien les positions politiques du Rav Tsvi Yehouda, fils du Rav Kook, associé au mouvement des implantations et plus précisément au Goush Emounim, fondé par plusieurs de ses élèves en 1974. Mais le Rav Kook père fut lui aussi un rabbin engagé politiquement, qui n’hésita pas à laisser de côté ses livres et l’étude de la Torah, pour prendre parti dans des causes politiques brûlantes, à plusieurs moments déterminants de l’histoire du Yishouv. C’est sur un de ces épisodes, aujourd’hui largement oublié, que nous voudrions revenir, en nous attachant plus particulièrement aux liens tissés entre le Rav Kook et des membres du mouvement sioniste révisionniste et de la mouvance sioniste de droite en Eretz-Israël.

 

Le Rav Kook à Jérusalem, 1925


 

L’affaire du Kottel et les sonneurs de choffar du Betar

 

Le premier épisode se déroule au mois d’Av 5690 (1930). A l’époque, les Arabes de Jérusalem et de Palestine mandataire, incités par le tristement célèbre mufti de Jérusalem, Hadj Amin Al-Husseini (qui allait s’allier avec Hitler quelques années plus tard et participer activement à la Shoah), avaient décidé de contraindre les Juifs à renoncer au Kottel, le mur occidental du Temple. A cette fin, ils menacèrent de renouveler les violences anti-juives, qui avaient fait des dizaines de victimes l’année précédente, lors des pogromes de 1929 (1). Durant la même période, le mufti Al-Husseini développa, en étroite collaboration avec le mouvement des Frères musulmans, qui venait tout juste d’être créé en Egypte, la thématique de propagande meurtrière autour de la mosquée Al-Aqsa, exprimée dans le slogan mensonger “Al-Aqsa en danger”, qui allait devenir un élément essentiel de la propagande islamiste jusqu’à nos jours (2) .

 

C’est dans ce contexte explosif que le Rav Kook s’engagea avec force dans le combat pour protéger les droits des Juifs sur le Kottel, prenant position publiquement et témoignant devant la Commission spéciale créée par le gouvernement britannique, sous l’auspice de la Ligue des nations, pour “examiner les droits des juifs et des musulmans sur le Mur des lamentations”. Le Rav Kook, invité à témoigner devant la Commission, proteste avec véhémence contre la prétention de celle-ci de déterminer à qui appartient le Kottel. “Cette Commission de la Ligue des Nations est-elle la propriétaire du Kottel?” s’exclame-t-il avec force. “Qui vous a donné l’autorisation de décider à qui il appartient? Le monde entier appartient au Créateur et Il a transféré la propriété de la Terre d’Israël tout entière - y compris le Kottel - au peuple Juif (Rachi sur Genèse 1.1). Aucune puissance au monde, pas même la Ligue des nations, ni la présente commission, ne peut nous retirer ce droit”.

 

Malgré les protestations du Rav Kook, le rapport de la Commission conclut que la propriété du Mur appartient exclusivement aux musulmans (!) mais que les juifs ont cependant le droit de prier au Kottel, sous certaines restrictions, et sans que cela leur confère aucun droit de propriété. Parmi les restrictions apportées au droit de culte des Juifs figure l’interdiction de sonner du Shoffar, pour ne pas “causer de perturbation aux musulmans”. Cette dernière interdiction est particulièrement insupportable pour les Juifs de Jérusalem et du Yishouv, qui ont l’habitude de sonner du Shoffar au Kottel lors des grandes fêtes, et notamment à Yom Kippour.

 

Le jour de Kippour 1930, un jeune élève de l’école des cadres du Betar, le rav Moshé Segal, décide de braver l’interdiction et sonne du Shoffar pendant les prières de ce jour sacré, devant le Kottel. Il est immédiatement arrêté par la police britannique et conduit à la prison de Kishlé, dans la Vieille Ville. Informé de ces événements, le Rav Kook intervient immédiatement, sans attendre la fin du jeûne, auprès du secrétaire du gouvernement du mandat, en exigeant la libération de Segal. Il prévient son interlocuteur qu’il ne mettra pas fin à son jeûne, tant que le jeune Juif ne sera pas libéré. Face à la fermeté du Rav, le représentant du gouvernement anglais cède et ordonne de libérer Moshé Segal.

 

Moshé Segal sonnant du Shoffar au Kottel, 1930


 

Quelques semaines auparavant, le 15 août 1929, lors du jeûne de Tisha Be’Av, des centaines de jeunes Juifs appartenant au Betar et au “Comité pour le Mur” créé par le professeur Yossef Klausner se rendent en procession vers le Kottel, brandissant le drapeau national juif et chantant l’hymne national, Hatikva. En réaction, les Arabes incités par le Mufti déclenchent des émeutes, brûlant des livres de prières et objets du culte juifs. Les jeunes Juifs du Betar, arrivés au Kottel, s’écrient à voix haute : “Shema Israël, le Kottel est à nous, le Kottel est un”. Ils se rendent ensuite vers la yeshiva Mercaz Harav pour y rencontrer le Rav Kook. Le récit de cette rencontre nous a été transmis par le rabbin Shlomo Zalman Sonnenfeld .

 

“Le Rav Kook était très ému.. Il se leva de son siège, se pencha vers les jeunes Juifs et leur dit d’une voix étranglée d’émotion : “La fierté nationale qui anime vos coeurs est l’expression de la sainteté de l’âme divine qui appartient à tout Juif. Par votre zèle en faveur des lieux saints de la nation, vous êtes semblables aux Maccabim.. Nous avons l’obligation de faire savoir au monde entier, qu’il n’est pas possible qu’un Lieu saint comme le Mur occidental reste entouré de ruelles pestilentielles. Nous exigeons la justice et nous n’en démordrons pas. Que D.ieu vous bénisse de Sion!”.

 

(à suivre...)

Pierre Lurçat

Notes

(1) Pogromes que l’historiographie juive désigne plus sobrement par l’euphémisme “d’événements de 1929”.

(2) C’est Amin Al-Husseini qui a convaincu le mouvement des Frères musulmans égyptiens – matrice de l’islamisme contemporain – de faire de la guerre contre les Juifs et de la question de Jérusalem un élément central de leur propagande, à une époque où ils ne manifestaient aucun intérêt pour ce qui se passait dans la Palestine mandataire voisine. Certains écrivains et hommes politiques égyptiens avaient même exprimé leur sympathie pour le mouvement sioniste, à l’instar du célèbre penseur musulman Rashid Rida, rédacteur en chef du journal Al-Manar. Voir Paul Landau, Le Sabre et le Coran, éditions du Rocher 2006.

(3) Rapporté par Simha Raz, Mala’him kibné Adam, éd. Kol Mevasser, Jérusalem 1993. Voir également sur cet épisode http://www.ravkooktorah.org/YOM_KIPPUR_66.htm.  Lire aussi l’article intéressant du Blog BokerTovYérushalayim, https://bokertovyerushalayim.wordpress. com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

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  La reconnaissance de Jérusalem et l’espérance du monde, Pierre Lurçat

May 15 2018, 04:21am

Posted by Pierre Lurçat

Le "pont des cordes" de Jérusalem, photo P. Lurçat

Le "pont des cordes" de Jérusalem, photo P. Lurçat

Par delà la politique internationale :

 

La reconnaissance de Jérusalem et l’espérance du monde, Pierre Lurçat

 

Ce qui est en jeu dans la reconnaissance par les Etats-Unis de la capitale d'Israël n'est pas seulement le statut de Jérusalem dans l’arène politique internationale, mais aussi - et surtout - la reconnaissance de l’identité historique et spirituelle d’Israël. Face à une Amérique qui retrouve son rôle de grande puissance et de leader du monde libre, l'Europe est entraînée, aujourd'hui comme hier, sur la pente de la négation de ses valeurs et du rejet de ses racines, qui sont à la fois Athènes et Jérusalem. En prétendant que Jérusalem n'est pas la capitale d'Israël et du peuple Juif, l'Europe ne nie pas seulement l'évidence de l'histoire et de la géographie, mais elle scie la branche sur laquelle elle est assise.

 

Samedi soir, on a pu entendre un journaliste français interroger sur un ton catastrophé le géopolitologue F. Encel, en exposant ainsi la situation : « Au coeur de cette journée d'hommage à Johnny Hallyday, il va se passer ce soir quelque chose qui fait courir un gros risque à toute la planète… Donald Trump va annoncer qu’il reconnaît Jérusalem comme la capitale d’Israël ! » Après cette entrée en matière apocalyptique, il demandait à son interlocuteur : « Les Palestiniens peuvent-ils l'accepter ? » Dans une surenchère de lâcheté rarement atteinte, les dirigeants français ont tour à tour dénoncé la décision américaine, qualifiée de “regrettable” par le président Emmanuel Macron et “d’extrêmement grave” par l’ancien président François Hollande.

 

Le seul pays qui a sauvé l’honneur de l’Europe est, à l’heure où ces lignes sont écrites, la République tchèque, dont le président a suivi l’exemple américain et dénoncé la lâcheté de l’Union européenne. Ce qui se joue actuellement est ainsi le re-découpage géopolitique du monde occidental et arabo-musulman autour de la question de Jérusalem : les frontières sont redessinées entre un camp israélo-américano-saoudien et un camp irano-européen.

 

 

"La reconnaissance de Jérusalem est le ferment d’espérance d’une humanité déboussolée"

 

Fin du mensonge palestinien et dhimmitude de l'Europe

 

Paradoxalement, le mensonge d'une Jérusalem arabe et palestinienne a été si bien intégré par le discours des chancelleries et des médias occidentaux, qu'ils sont aujourd'hui quasiment les derniers à y croire dur comme fer... Par un effet boomerang de la propagande, ceux qui s'en sont fait les vecteurs en sont devenus les premières victimes. Alors même que le monde arabe et musulman, en pleine effervescence, abandonne progressivement le mensonge palestinien et se divise autour de thèmes plus brûlants, qui n’ont rien à voir avec la thématique de la Jérusalem arabe ; alors que l'Arabie saoudite elle-même, autrefois leader du camp du refus et du boycott d'Israël, se range aujourd'hui ouvertement dans le camp des Etats-Unis et d'Israël face à la menace iranienne, c'est la France qui convoque une réunion d'urgence du Conseil de Sécurité pour aborder la question de Jérusalem !

 

L'amiral Michel Darmon, président de France-Israël Alliance Général Koenig, était toujours prompt à déceler dans les affres de la diplomatie française les restes de l'esprit antijuif séculaire. Après la décision américaine de reconnaître (enfin) Jérusalem pour ce qu'elle est et a toujours été, la France se retrouve à la tête d'un camp anti-israélien qui réunit les pays arabes les plus radicaux et les organisations de « l'axe de la résistance » (anti-américain et anti-israélien), du Hezbollah et du Hamas soutenus par l'Iran. (Notons que, dans le concert de dénonciations françaises de la décision américaine, quelques rares voix courageuses font entendre un son de cloche différent, comme le journaliste Franz-Olivier Giesbert, qui affirme face à un journaliste incrédule que Jérusalem a toujours été une ville juive…)

 

Mais, en réalité, il est question de tout autre chose que de la politique américaine (ou du “lobby juif”, comme le disent plus ou moins ouvertement les chancelleries occidentales, de la Suède au quai d’Orsay) ou même de la politique internationale. Comme l’écrivait Avraham Livni, “les nations (occidentales) voudraient réduire les revendications d’Israël sur la Judée et la Samarie à un problème politique. Mais pour Israël, le problème n’est pas politique, il est essentiellement moral, celui de la reconnaissance de son identité historique et métahistorique” *. Ce qui est en jeu dans la question de Jérusalem (et du sionisme) est la question du retour d’Israël sur sa terre et du retour d’Israël dans l’histoire universelle.

 

“Le combat d’Israël contre la prétention palestinienne est en fait le combat de l’histoire contre l’anti-histoire, de la mémoire contre l’anti-mémoire, de l’homme contre l’illusion et le mensonge politiques”, poursuit Livni dans son livre prophétique, dont les dernières lignes semblent décrire précisément la situation actuelle : “le temps du Retour est aussi un temps de rupture et de cassure… le monde nouveau du Retour surgit ainsi lentement du sein de la dégradation d’un monde moralement désemparé... “ La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël s’inscrit dans la suite logique de ce que Livni qualifie de “miracles évidents, comme la Déclaration Balfour, la création de l’Etat d’israël et la libération de Jérusalem. La libération du Retour ne concerne d’ailleurs pas seulement le peuple juif. Au-delà d’Israël, elle concerne l’ensemble des peuples. Car le Retour d’Israël est, en vérité, l’espérance du monde”.

 

Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants occidentaux, aveuglés par le mensonge palestinien qu’ils ont eux-même créé de toutes pièces (avec l’aide d’une poignée d’intellectuels juifs égarés), la reconnaissance de Jérusalem capitale d’Israël n’est pas l’étincelle qui peut “mettre le feu aux poudres” et déclencher une nouvelle guerre, régionale ou mondiale**. La reconnaissance de Jérusalem est le ferment d’espérance d’une humanité déboussolée et la lueur qui annonce l’espoir d’un monde pacifié, autour de la capitale juive restaurée.

 

Pierre Lurçat

 

* Avaham Livni, Le Retour d’Israël et l’espérance du monde, éditions du Rocher 1984, réédition 1999.

 

** On remarque que ce même discours apocalyptique autour de Jérusalem est adopté par certains dirigeants israéliens de gauche lorsqu’ils parlent du Mont du Temple.

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La première session débutera en janvier 2018 à Jérusalem. Elle se focalisera sur la question des normes fondamentales du droit israélien et du rôle de la Cour suprême. Les cours auront lieu dans les locaux de Qualita au centre-ville.


 

Renseignements et inscriptions : PIL FORMATION, 06 80 83 26 44.

 

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