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etat juif

Yom Yeroushalayim : Comment notre peur de l’islam et des musulmans encourage leur violence

May 26 2022, 15:18pm

Posted by Pierre Lurçat

 

Les lignes qui suivent ont été écrites à la veille et au lendemain de Yom Yeroushalayim, en pleine vague de violence musulmanes du Ramadan à Jérusalem, à la frontière de Gaza et ailleurs, et juste avant le début du nouvel affrontement militaire qui a eu lieu il y a un an.

 

“Il n’y a rien de nouveau sous le soleil”, disait l’Ecclésiaste, “le plus sage de tous les hommes”. En 1921, au lendemain des terribles violences qui firent des dizaines de morts à Tel-Aviv, parmi lesquels l’écrivain Yossef Haim Brenner, de nombreuses voix au sein du Yishouv pleurèrent la terrible réalité des pogromes, auxquels ils avaient cru échapper en venant s’installer en Palestine pour “construire le pays et se construire”, selon le slogan sioniste. Plus encore que les morts de Tel-Aviv (et ceux de Hébron en 1929), c’est sur leurs propres illusions que ces pionniers sionistes versaient des larmes amères.

 

Sur la fosse commune des victimes des pogromes de Hébron, 1929

 

J’ai retrouvé la même désillusion, sous une forme différente, dans le récit que j’ai entendu récemment de la bouche d’un nouvel immigrant, venu s’installer à Jérusalem après avoir vécu longtemps à Paris. A travers son récit lucide se fait jour une vérité que beaucoup d’Israéliens de longue date ont tendance à oublier, ou à occulter. Voici son témoignage : “A l’oulpan, à Jérusalem, j’ai constaté que les élèves arabes, en surnombre dans la classe, jouissaient d’une position privilégiée. Le professeur leur donnait plus souvent la parole, et ils ne se privaient pas de faire “bande à part”, se comportant avec arrogance et mépris, avec son approbation tacite, alors que nous étions encouragés à faire profil bas”. Plus tard, j’ai retrouvé la même attitude lors de mes études, et plus tard encore, dans l'institution où j’effectue mon stage. Lors des réunions du personnel, chaque intervention d’un employé arabe est accueillie avec déférence et avec un excès de respect, comme si tout ce qu’il disait était parole sacrée… Je ne comprends pas cette attitude d’auto-effacement des Israéliens juifs face à leurs collègues arabes…”’

Pour répondre à la question de ce nouvel immigrant, j’ai cherché à comprendre les raisons de ce phénomène, qui sont multiples, parmi lesquelles on peut citer : la politique de “discrimination positive” menée par Israël pour encourager “l’intégration” des Arabes israéliens ; l'idéologie pacifiste juive, du Brith Shalom jusqu'à Shalom Archav (1), la méconnaissance de la culture arabe - surtout chez les Israéliens d’origine européenne - et en particulier de l’attitude de l’islam envers les minorités juives et chrétiennes (dhimmis) ; et enfin - et surtout - la peur de l’islam et des musulmans.

 

 La peur de l'islam, un sujet occulté

 

Ce sujet capital affecte non seulement la vie de tous les jours, dans les nombreux endroits où cohabitent Juifs et Arabes en Israël, comme ceux évoqués dans le témoignage ci-dessus, mais aussi la réalité de l’affrontement entre Israël et ses ennemis, à l’intérieur et aux frontières du pays. Quand Israël prétend “ramener le calme” à Jérusalem, en envisageant d’interdire des manifestations juives, quand il interdit toute prière sur le Mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme, quand il s’abstient de riposter aux tirs de roquettes incessants venus de Gaza pendant des années, c’est cette même attitude de prudence timorée, mêlée d’ignorance et de peur, qui est à l’oeuvre.

 

Résultat de recherche d'images pour "kippat barzel"

Batterie Kippat Barzel en action : puissance militaire et faiblesse politique

 

On me rétorquera bien entendu que dans le conflit face au Hamas, ou face aux émeutiers de Jérusalem, Israël est dans une situation de supériorité militaire ou policière, qui l’autorise à faire preuve de “prudence”, de “retenue”, ou d’autres qualités qui sont celles du fort envers le plus faible. Mais cette réponse tient d’une erreur de perspective, et aussi d’une tentative de nous mentir à nous-mêmes. Nous nous comportons comme si nous étions confrontés à un simple problème de police, ou à des “événements sécuritaires” (2), alors qu’il s’agit d’une guerre véritable, qui oppose une minorité juive à des ennemis faisant partie du vaste ensemble arabo-musulman.

 

 L'illusion de la puissance technologique

 

De fait, quand des Juifs sont caillassés ou agressés à Jérusalem ou ailleurs par des foules arabes, dans des circonstances qui rappellent les périodes les plus sombres de notre histoire, il s’agit d’une tentative de pogrome et pas d’un fait divers. Qui est le plus fort : le Juif orthodoxe qui tente d’échapper à ses agresseurs et de sauver sa vie, ou ceux-ci? Il en est de même à la frontière de Gaza: nous sommes persuadés d’être les plus forts, à l’abri derrière la barrière technologique du “Kippat Barzel”, qui détruit en vol (pas toujours) les roquettes lancées par l’ennemi, nous permettant de vivre dans une illusoire tranquillité (sauf pour les habitants des localités frontalières, dont la vie est transformée en enfer, dans l’indifférence générale). Mais cette force illusoire parvient mal à masquer une faiblesse morale et psychologique, qui éclate au grand jour quand le Hamas tire sur Jérusalem en plein Yom Yeroushalayim (3) 

 

C’est en effet à Jérusalem et notamment sur le Mont du Temple que cette faiblesse est le plus manifeste. A cet égard, l’attitude d’Israël sur le Mont du Temple constitue une double erreur, psychologique et politique. Psychologiquement, elle renforce les musulmans dans leur complexe de supériorité, en les confortant dans l’idée que l’islam est destiné à dominer les autres religions et que ces dernières ne peuvent exercer leur culte qu’avec l’autorisation et sous le contrôle des musulmans, c’est-à-dire en étant des « dhimmis ». 

 

Politiquement, elle confirme le sentiment paranoïaque de menace existentielle, que l’islam croit déceler dans toute manifestation d’indépendance et de liberté de ces mêmes dhimmis à l’intérieur du monde musulman. Paradoxalement, la souveraineté juive à Jérusalem est perçue comme une menace pour l’islam, précisément de par son caractère incomplet et partiel : les Juifs sont d’autant plus considérés comme des intrus sur le Mont du Temple, qu’ils n’y sont pas présents à demeure et qu’ils y viennent toujours sous bonne escorte, comme des étrangers et des envahisseurs potentiels.

 

Comment Israël a perdu la guerre psychologique

 

En apparence, Israël n’a pas peur du terrorisme, qu’il combat efficacement, et dont il a largement triomphé sur presque tous les fronts. Sauf sur un point essentiel : la guerre psychologique. Israël (et l’Occident tout entier) a perdu la guerre psychologique contre le Hamas et contre l’islam en général, parce qu’il a intégré dans sa propre psyché la peur de l’ennemi, arme psychologique la plus redoutable de tous les terrorismes, et dont l’islam a fait sa spécialité, en jouant constamment sur le double dispositif mental et militaire de la peur et de la soumission, de l’apitoiement et de la terreur.

 

La meilleure preuve de cette réalité paradoxale est l’attitude des responsables de services de sécurité israéliens à Jérusalem (Shin Beth, police, etc.), qui mettent constamment en garde le public israélien contre le risque “d’embrasement”’ du Mont du Temple, ce “baril de poudre” qui pourrait selon eux déclencher une “guerre mondiale”, si l’on autorisait une pognée de Juifs à venir y exercer librement leur culte, comme le proclament pourtant la Déclaration d’indépendance d’Israël et toutes les déclarations universelles des Droits de l’homme. Ces prétendus “gatekeepers”, censés assurer la responsabilité suprême de la sécurité d’Israël, sont devenus depuis longtemps les pourvoyeurs d’une idéologie défaitiste, par un curieux mécanisme psychologique qui reste à explorer.



 

La synagogue de Névé Dekalim, détruite après le retrait de Gaza

 

En définitive, cette attitude de peur se retourne également contre nos ennemis, en les poussant à la surenchère et en les empêchant de grandir, de se développer et de renoncer à leurs rêves funestes et infantiles. N’oublions pas que c’est le retrait de Gaza orchestré par Ariel Sharon qui a mis au pouvoir le Hamas, sous le joug duquel souffrent des millions de musulmans, et que ce sont les accords d’Oslo qui ont amené Arafat au pouvoir. La peur (et la corruption, intellectuelle et matérielle) a toujours été mauvaise conseillère. “Il est “plus difficile d’extirper la Galout du Juif que de faire sortir  les Juifs de la Galout”, disait Manitou. Le jour où  nous cesserons d’avoir peur de l’islam, nous pourrons enfin devenir ce “Nouveau Juif” que Jabotinsky appelait de ses voeux et gagner le respect de nos ennemis, et le nôtre.

Pierre Lurçat

 

1. Sur l’idéologie pacifiste, je renvoie à mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

2.  Le vocabulaire employé en Israël pour décrire les pogromes arabes a toujours été marqué par l’understatement, depuis l’euphémisme des “événements de 1929”

3. Sur l’illusion technologique que représente Kippat Barzel, voir http://vudejerusalem.over-blog.com/2019/11/israel-face-a-gaza-sortir-de-l-illusion-technologique-et-retrouver-les-valeurs-de-tsahal-pierre-lurcat.html.

 

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Face à la terreur arabe: construire des barrières ou ériger une “Muraille d’acier”? Pierre Lurçat

April 10 2022, 10:05am

Posted by Pierre Lurçat

 

La nouvelle vague de terrorisme arabe renvoie une fois de plus Israël au dilemme ancien de sa conception sécuritaire, qui traverse le débat stratégique et existentiel depuis les débuts de l’épopée sioniste. Dilemme qu’on peut résumer par l’opposition entre deux visions opposées : celle de la “barrière de sécurité” et du Kippat Barzel d’une part, et celle du “Kir ha-Barzel’ d’autre part, la “Muraille d’acier” préconisée par Jabotinsky et toujours d’actualité.

 

Aucun mur, aucune barrière n’ont jamais arrêté un ennemi déterminé. De la tristement célèbre “Ligne Maginot” construite par la France au tournant des années 1930, jusqu’à la “ligne Bar Lev” érigée par Israël le long du canal de Suez, aucun édifice militaire protecteur n’a pu mettre en échec cette loi d’airain de la guerre. La “barrière de sécurité” édifiée par Israël depuis 2002 pour séparer le petit Israël des frontières de 1967 de la Judée Samarie et de Gaza ne fait pas exception.

 

Le fortin “Budapest” sur la ligne Bar Lev

 

Les djihadistes meurtriers venus de Djénine pour semer la terreur au cœur de Tel-Aviv ont une fois de plus rappelé à Israël que la sécurité ne s’achetait pas en construisant des barrières, aussi perfectionnées soient-elles. Celle qui suit la “ligne verte” souffre de beaucoup de défauts, et ressemble à certains égards à un fromage de gruyère plein de trous. Mais même la barrière ultra-sophistiquée érigée autour de la bande de Gaza repose en définitive sur la même vision illusoire, celle d’un ennemi repoussé à l’extérieur d’un Israël vivant en sécurité derrière des murs.

 

L’erreur de cette conception est double : politiquement, elle repose sur l’axiome mensonger “eux là-bas, nous aussi”, slogan qui exprime le fantasme d’un Israël sans Arabes. Ce fantasme, on ne le rappellera jamais assez, est celui de la gauche israélienne, ou plutôt d’une certaine gauche, celle qui a adopté la funeste logique des accords d’Oslo et de l’évacuation du Goush Katif. 

 

Mais cette conception est également démentie sur le plan strictement militaire par toute l’histoire du sionisme et de l’implantation juive en Eretz Israël. Des premières alyot modernes jusqu’à nos jours, toute l’histoire de l’Israël moderne est traversée par un double ethos militaire. L’éthos purement défensif de “Homa ou Migdal”, de la Haganah et de la “Havlaga” –  la fameuse “retenue” juive face aux agressions arabes –   et celui, plus offensif, des opérations menées sur le territoire de l’ennemi, au-delà des frontières, pour anéantir les nids de la terreur arabe et “terroriser les terroristes”.

 

Kippat Barzel en action 

 

Les deux dernières décennies illustrent à cet égard une régression de la doctrine militaire, notamment durant la période des mandats de Binyamin Nétanyahou. L’audace des opérations menées en Iran s’est en effet accompagnée d’une timidité grandissante face au Hamas et aux autres bras armés de l’Iran à Gaza et ailleurs. La fameuse “Kippat Barzel” illustre mieux que toute autre réalisation militaire le paradoxe d’une armée toujours plus intelligente, mais de moins en moins audacieuse.

 

Pour que Tsahal et pour qu’Israël retrouvent la grandeur qui a fait l’admiration du monde entier, il faut comprendre une fois pour toute que les barrières ne suffisent pas, et qu’elles sont souvent contre-productives, en nous privant de la nécessaire offensive à l’intérieur du territoire ennemi. Israël doit abandonner l’illusion d’une sécurité reposant sur des barrières technologiques, aussi perfectionnées soient-elles, et retrouver l’esprit offensif et guerrier du Tsahal d’antan. C’est seulement ainsi qu’une véritable “Muraille d’acier” (Kir ha-Barzel”) - non pas au sens propre, mais au sens figuré où l’entendait Jabotinsky - pourra être érigée autour des frontières de notre pays et dissuader véritablement nos ennemis.

 

P. Lurçat

 

J'ai le plaisir d'annoncer la parution de mon nouveau livre, Victor Soskice, Qui sauve un homme sauve l'humanité, éditions l'éléphant 2022. En vente sur Amazon et B.o.D et dans toutes les bonnes librairies.

VIctor Soskice

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L'affaire Pollard au regard de l'histoire et de l'actualité israélienne, Pierre Lurçat

March 29 2022, 07:13am

Posted by Pierre Lurçat

Jonathan et Esther Pollard z.l. à Jérusalem

Jonathan et Esther Pollard z.l. à Jérusalem

(Article paru sur Mabatim)

Le hasard a voulu que la série israélienne consacrée à l'affaire Pollard soit diffusée en Israël la semaine où est décédée Esther Pollard. Ce triste concours de circonstances a permis de mesurer l'écart considérable entre la manière dont Jonathan et sa femme sont perçus par le peuple d'Israël et celle dont il est décrit dans la série

 

Pour résumer en une phrase cet écart de perception, nous pourrions dire que Jonathan, considéré à juste titre comme un héros par une grande partie de la société israélienne (il avait été accueilli à l'aéroport de Tel Aviv par le Premier ministre Binyamin Netanyahou en personne, qui lui avait remis sa carte d'identité, le 30 décembre 2021) est dépeint dans la série comme un être bizarre, psychologiquement perturbé, aux motivations difficilement compréhensibles.

 

Cette série est pourtant intéressante à plusieurs titres. Elle retrace l'itinéraire du jeune Juif américain, fils d'un professeur renommé dont une partie de la famille a été déportée et exterminée dans la Shoah, devenu analyste au sein de la Marine américaine, avant de décider de transmettre des informations vitales a l'État d'Israël, puis d'être arrêté et emprisonné pendant trente-cinq ans.

 

L'incompréhension manifeste de plusieurs personnalités interviewées et la tentative de décrire Pollard comme souffrant de troubles psychiques en disent long sur le regard porté par une partie des élites israéliennes sur notre histoire et sur ses héros. Au-delà même des implications politiques de l'affaire Pollard, et des raisons pour lesquelles elle a tellement embarrassé l'establishment politique et militaire israélien, celle-ci nous renseigne en effet sur la perception de l'histoire juive et sioniste par une partie des élites et de la société israélienne en général.

 

Cette perception pourrait être résumée par le mot fameux prêté au philosophe juif allemand Hermann Cohen, à propos des militants sionistes de son époque : “Ils veulent être heureux…”’ Selon cette conception, le sionisme aurait normalisé le peuple Juif et l’existence juive en Israël. On comprend dès lors la course effrénée à la consommation et l’hédonisme qui règnent sans partage dans une partie de la société israélienne. Dans cette perspective, tout ce qui vient troubler cette course à la normalité et au matérialisme est perçu comme un rappel insupportable de la dure condition juive (le “dur bonheur d’être Juif”, comme disait André Neher) et comme une atteinte au droit de vivre “normalement”.

 

C’est ainsi qu’il faut interpréter le mépris que vouent ces mêmes élites politiques ou culturelles aux Juifs de Judée-Samarie, de Hébron ou du Goush Katif, considérés comme des fous (dans le meilleur cas)  ou comme des criminels dans le pire, comme vient nous le rappeler récemment le ministre Bar Lev, obsédé par la soi-disant “violence des Juifs de Judée-Samarie”. Le même mécanisme explique leur attitude envers le Mont du Temple, ce soi-disant “baril de poudre” qui risque de faire exploser leurs rêves de tranquillité et de normalité, bien plus que de faire “exploser le Moyen-Orient”.

 

 

Pollard lors de son arrestation en 1985

Pollard lors de son arrestation en 1985

Solitude d’Israël

 

Dans ce contexte, l’affaire Pollard est un rappel insupportable de la condition juive et de la solitude d’Israël. Solitude, car même le “meilleur ami” de l’État juif, les États-Unis, ont refusé obstinément de transmettre à leur allié indéfectible des informations vitales concernant les pays arabes. Quand un patriote Juif américain s’est opposé à ce refus de partager des informations vitales, il a été envoyé en prison plus longtemps que tous les espions prosoviétiques et prochinois de l’histoire américaine au vingtième siècle. Ce verdict n’était pas seulement une injustice flagrante, mais aussi et surtout, un rappel difficile à entendre du paradoxe de la relation entre Israël et les États-Unis.

 

Ce paradoxe apparaît bien dans le second épisode de la série, lorsque l’auteur énonce le principe fondamental de la politique israélienne envers le “grand frère américain”: “Israël ne mène pas d’activité d’espionnage sur le sol américain”. Ce principe d’airain est officiellement justifié par le fait que les États-Unis sont un allié - le plus important au monde - de l’État juif. Mais cette loi d’airain a été enfreinte dans l’affaire Pollard (et sans doute à d’autres occasions). Pourquoi?

 

La réponse, qui n’est pas clairement énoncée dans la série, est très simple. Israël a dû se procurer des informations vitales pour sa sécurité sur le sol américain, parce que les États-Unis se sont délibérément abstenus de lui transmettre ces informations vitales. “Pourquoi voler ce qu’on vous donne officiellement?” demande l’ancien attaché militaire aux États-Unis Rafi Simhoni. Cette question est un sommet d’hypocrisie, car Simhoni sait parfaitement que les informations transmises par Pollard ne l’avaient pas été par les États-Unis…

 

Le quatrième et dernier épisode de la série s’intitule “Le prix de la trahison”. De quelle trahison s’agit-il? De celle de Jonathan Pollard envers son pays natal, les États-Unis. De l’autre trahison - celle des élites israéliennes envers Pollard - il n’est quasiment pas question. Elle apparaît pourtant à plusieurs moments clés de la série, notamment lorsque le conseiller juridique américain Abe Sofer explique que les États-Unis étaient disposés à accorder l’immunité à tous les Israéliens impliqués dans l’affaire Pollard (dont certains ont réussi à conserver l'anonymat jusqu’à ce jour) en échange de leur entière collaboration pour juger et condamner Pollard. Cette trahison des élites demeure jusqu’à ce jour une tache indélébile dans l’histoire d’Israël. Mais le peuple d’Israël, lui, a fait un autre choix, comme en attestait la foule des anonymes venus accompagner Esther Pollard à sa dernière demeure.

 

Pierre Lurçat

 

Découvrez La Bibliothèque Sioniste !

Les grands textes des pères fondateurs du sionisme politique, inédits ou épuisés en français, mis à la disposition du public francophone.

Déjà parus

  • JABOTINSKY, La rédemption sociale. Eléments de philosophie sociale de la Bible hébraïque.
  • JABOTINSKY, Questions autour de la tradition juive. État et religion dans la pensée du Rosh Betar.
  • GOLDA MEIR, La maison de mon père, fragments autobiographiques.

À Paraître :

  • JABOTINSKY, Les Arabes et nous, le mur de fer.
  • NORDAU. Textes sionistes.

Etc.

En vente sur Amazon et dans les librairies françaises d’Israël,

ou auprès de l’éditeur editionslelephant@gmail.com

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Un événement éditorial : parution du livre de V. Jabotinsky, Questions autour de la tradition juive

September 1 2021, 09:22am

Posted by Pierre Lurçat

NB j'évoquais ce matin les rapports de Jabotinsky à la tradition juive au micro d'Olivier Granilic sur Studio Qualita.

 

Editions L’éléphant 

Paris-Jérusalem

 

COMMUNIQUÉ

Parution d’un recueil de textes inédits en français de Vladimir Jabotinsky, 

Questions autour de la tradition juive

 

La question des rapports entre État et religion ne cesse d’occuper le débat public, en Israël comme en France et ailleurs. Les conceptions de Jabotinsky sur ce sujet brûlant permettent de répondre à certaines des questions qui divisent la société israélienne depuis plusieurs décennies, comme la place de la religion dans la sphère publique et le caractère juif de l’État. Au-delà même de leur importance pour Israël aujourd’hui, ces questions interpellent le lecteur contemporain par leur actualité et par l’originalité du regard de Jabotinsky. 

 

Les textes ici publiés en français pour la première fois exposent les conceptions originales de Jabotinsky concernant la religion et les rapports entre le judaïsme et le futur État juif, à la création duquel il a consacré sa vie. Entre 1905 et 1935, Jabotinsky est passé d’une conception utilitariste de la religion et du judaïsme, considéré comme une “momie” et une structure purement extérieure - ayant permis au peuple Juif de conserver son identité nationale pendant les siècles de l’exil - à une conception beaucoup plus positive d’un judaïsme vivant, fondement spirituel essentiel au futur État juif.

 

 

 

Né à Odessa en 1880 et mort dans l’État de New-York en 1940, Vladimir Zeev Jabotinsky est une des figures les plus marquantes du sionisme russe. Écrivain, journaliste et militant infatigable, créateur du mouvement sioniste révisionniste et du Bétar, il a conquis sa place parmi les fondateurs de l’État d’Israël, entre la génération de Théodor Herzl et celle de David Ben Gourion. Théoricien politique extrêmement lucide, il avait compris la vertu cardinale pour les Juifs de se défendre eux-mêmes, et dès la Première Guerre mondiale, il obtint leur participation militaire sous un drapeau juif à l’effort de guerre des Alliés.

 

Questions autour de la tradition juive, précédé de État et religion dans la pensée du Roch Betar, traduction et présentation de Pierre Lurçat

 

Pour recevoir un service de presse, veuillez écrire à editionslelephant@gmail.com

 

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Parution de mon livre “Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain”

June 25 2021, 08:22am

La récente Guerre des dix jours entre le Hamas et Israël a déclenché une nouvelle vague d’hostilité envers l’Etat juif, accusé de commettre des crimes de guerre, d’opprimer les Palestiniens ou d’être un Etat d’apartheid. A travers ces accusations multiples et diverses se fait jour un discours structuré, élaboré depuis plusieurs décennies, celui de l’antisionisme contemporain, qui se décline autour de quelques thèmes majeurs.

Le présent ouvrage analyse l’antisionisme comme une véritable idéologie, pour en comprendre les ressorts et les failles. Il apporte un regard informé sur ce sujet, rendu encore plus brûlant par la crise du Covid-19, qui a ravivé les flammes de la haine envers les Juifs et Israël. Après avoir analysé les différents mythes de l’antisionisme contemporain, il esquisse l’espoir de dépasser l’antisionisme, en instaurant une nouvelle relation entre Israël et ses voisins.

Le rapprochement spectaculaire entre Israël et plusieurs pays arabes du Golfe – qui s’est récemment traduit par la signature des Accords Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn – illustre la reconnaissance véritable de l’existence du peuple Juif dans sa réalité historique et géographique, par plusieurs pays musulmans, reconnaissance lourde de conséquences.

La signification théologique de ces accords est en effet plus importante encore que leur portée politique et économique. A contre-courant de la théologie arabe de la substitution, ces accords permettront peut-être de détruire le fondement théologique de l’antisionisme musulman et d’inaugurer une nouvelle ère dans les relations judéo-arabes, porteuse d’espoir pour la région et pour le monde entier.


Table des matières


Introduction – L’antisionisme contemporain, une idéologie multiforme aux racines
anciennes
Chapitre 1 – Le mythe de la Nakba et la création de l’État d’Israël
Chapitre 2 – Le mythe du génocide du peuple palestinien
Chapitre 3 – Le mythe de l’État d’apartheid
Chapitre 4 – Le mythe du Shoah Business
Chapitre 6 – Le mythe du peuple palestinien souffrant
Conclusion : dépasser l’antisionisme?

Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain. Pierre Lurçat. Éditions l’éléphant – Jérusalem 2021.

En vente dans les librairies françaises d’Israël et sur Amazon.

Les demandes de service de presse doivent être adressées à pierre.lurcat@gmail.com

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CONFÉRENCE EN LIGNE - JEUDI 3 JUIN 19H00 - L’Etat juif selon Jabotinsky

June 3 2021, 07:59am

Posted by Pierre Lurçat

Après le succès de la première conférence de Pierre Lurçat sur Zeev Jabotinsky, l’OSM  l'invite à nouveau pour mieux vous faire connaître cet important dirigeant sioniste.

The Israeli Right: From Jabotinsky to Netanyahu - The Tikvah Fund

73 ans après la proclamation de l’État d’Israël, la question des liens entre État et religion et entre Juifs laïcs et religieux continue d'interpeller le public israélien. 

 

Jabotinsky, outre ses idées sur la politique et l'économie, a aussi élaboré une réflexion approfondie sur sa vision du futur État juif, et sur la place que la tradition juive devait y occuper. Sur ce sujet crucial, comme sur d’autres, sa réflexion est plus actuelle que jamais.

 

Rendez-vous jeudi 3 juin à 19h (FR) -  

 

INSCRIPTIONS http://bit.ly/Jabontinsky_et_la_religion

 



 

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Après le pogrome de Lod : Repenser le statut de la minorité arabe en Israël * Pierre Lurçat

May 18 2021, 06:51am

Posted by Pierre Lurçat

 

 

Les images terrifiantes des pogromes anti-juifs à Lod, Acco et ailleurs ont ramené Israël un siècle en arrière : au temps du Yishouv, la collectivité juive pré-étatique en Eretz-Israël. En 1921, puis en 1929 et en 1936, ce sont les mêmes scènes d’attaques anti-juives menées sous le regard passif de la police britannique qui ont durablement marqué les habitants du Yishouv, et que l’historiographie sioniste désigne par l’euphémisme d’”événements”. Ce retour en arrière, cette terrible régression politique pour le peuple Juif, interroge les fondements du projet imaginé par les pères fondateurs du sionisme moderne, à savoir un Etat juif, dans lequel pourraient coexister une majorité juive et des minorités non juives.

 

“KristallNacht in Lod” (titre du Jewish Journal)

 

Les pogromes perpétrés par des citoyens arabes israéliens contre des citoyens juifs à Lod et ailleurs n’ont en fait pas seulement fait voler en éclats, selon le raccourci journalistique, la “coexistence judéo-arabe” au sein de l’Etat d’Israël. Ce qui a été détruit dans le feu des incendies de synagogues et de maisons juives, rappelant aux Israéliens - toutes origines confondues - les souvenirs sinistres des pogromes d’Europe de l’est, d’Afrique du Nord et d’ailleurs, c’est aussi et surtout l’idée même que la plupart d’entre nous se faisaient, jusqu’à ce jour, de la possibilité de faire exister une minorité arabe dans un Etat à majorité juive. Est-ce que les pères fondateurs du sionisme politique se sont trompés, comme l'écrit Sammy Ghozlan (1)? En réalité, ce n'est pas le modèle de l’Etat juif des pères fondateurs qui s'est écroulé sous nos yeux, mais bien son antithèse, à savoir l’Etat post-sioniste “de tous ses citoyens”. 

 

Rappelons que la précédente vague de violences du secteur arabe israélien s’était produite au paroxysme de la vague post-sioniste, en octobre 2000, sous le mandat d’Ehoud Barak. Celui-ci est en effet le Premier ministre qui a été le plus loin dans l’application des idées post-sionistes consacrées par les accords d’Oslo. C’était alors, rappelle Emmanuel Shiloh dans les colonnes de Besheva (2), pour attirer les voix arabes et remporter ainsi les élections que Barak avait désigné la fameuse commission Or, dont le rapport a fait porter aux chefs de la police la responsabilité des événements sanglants déclenchés par des Arabes israéliens. C’est à ce moment que la police a été littéralement émasculée, avec les conséquences dramatiques auxquelles on assiste aujourd’hui.

 

Dès lors, ces événements dont la gravité dépasse peut-être celle des missiles tirés sur Tel-Aviv et Jérusalem, placent devant un choix fatidique tant la minorité arabe que la majorité juive d’Israël. Aux Arabes, il appartient de choisir s’ils veulent rester des citoyens d’un Etat à majorité juive, avec les droits dont ils bénéficient déjà et les obligations - dont certaines leur ont été jusqu’alors évitées, pour de multiples raisons. Aux Juifs, il revient de redéfinir le fondement de l’identité nationale israélienne - comme avait tenté de le faire la Loi sur “Israël Etat-nation du peuple Juif”, de manière prémonitoire, et de redéfinir surtout ce qu’ils attendent des minorités non-juives vivant dans l’Etat d’Israël.

 

Concernant les Arabes israéliens tout d’abord : ceux qui ont participé aux pogromes anti-juifs doivent payer les conséquences de leurs actes. Ils doivent être identifiés, jugés et lourdement condamnés. Si l’arsenal juridique existant ne le permet pas, il pourrait être opportun d’y ajouter une peine de déchéance de nationalité, pour les atteintes aux personnes et aux biens juifs à caractère antisémite avéré. Israël a été créé pour que le peuple Juif échappe à tous les pogromes et farhoud consubstantiels à l’existence exilique, et il ne peut abriter en son sein des pogromistes, fussent-ils détenteurs d’une carte d’identité. 

 

Mais au-delà de leur cas, c’est l’ensemble de la minorité arabe qui doit choisir son identité. Ses membres doivent choisir entre devenir des Israéliens de culture arabe, ou bien rester des “Palestiniens vivant en Israël”. Le choix de l’identité israélienne ne se résume pas à une question administrative. Ils doivent assumer jusqu’au bout les contradictions de leur double identité, et les résoudre de manière non équivoque. Rester Israéliens implique qu’ils renoncent à toute identification publique à la cause palestinienne, sous peine de devenir la “cinquième colonne” des ennemis d’Israël. Ce choix leur appartient en définitive, et c’est à eux qu’il incombe de tracer leur avenir.

 

Ahmad Tibi : représentant d’Arafat à la Knesset

 

Mais ce choix crucial concerne également la majorité juive en Israël. Celle-ci a en effet, surtout depuis les années 1990 et la vague montante du post-sionisme, oublié les droits et les obligations afférentes au statut de majorité. Sous les coups de boutoir de l’idéologie post-sioniste - véhiculée par la Cour suprême et par de larges fractions de l’université et des médias - Israël a oublié les fondements du sionisme politique et a permis à ses ennemis de venir se nicher au cœur même de sa représentation politique, à la Knesset. L’autorisation donnée à des partis arabes niant le caractère juif de l’Etat et soutenant ouvertement le Hamas, l’OLP et les autres ennemis d’Israël de siéger à la Knesset a sapé le fragile équilibre sur lequel reposait l’existence d’une minorité arabe en Israël. 

 

La faute en incombe non seulement aux électeurs arabes qui ont élu ces représentants, mais aussi aux institutions juives qui ont permis à ces partis arabes de prospérer - alors même que la Loi israélienne contenait les instruments pour interdire de tels partis (chaque mesure d’interdiction prononcée par la Commission électorale à leur encontre ayant été annulée par la Cour suprême). Le summum de l’absurde  a été atteint à au moins deux reprises : la première, quand le conseiller spécial d’Arafat, Ahmad Tibi, est devenu député à la Knesset. La seconde, quand  le fondateur du parti Balad, Azmi Bishara,  a été accusé d’espionnage en faveur du Hezbollah en pleine guerre du Liban, et a quitté Israël pour échapper à la justice, trouvant refuge à Doha.

 

Le cas Bishara est sans doute plus révélateur encore que celui de Tibi. Cet intellectuel formé à l’université berlinoise (où il a étudié aux frais du parti communiste israélien), est rapidement devenu la coqueluche de certains médias israéliens, qui voyaient en lui un intellectuel brillant, parlant le même langage qu’eux. Voici le portrait que dressait de lui le journaliste Nahum Barnéa, dans le quotidien Yediot Aharonot (3) : “Il était devenu le gourou des cercles intellectuels... comme l’institut Van Leer de Jérusalem. A leurs yeux, il était un philosophe combattant. Les femmes tombaient amoureuses de lui. Les hommes lui ouvraient les portes de l’académie….”. 

 

Azmi Bishara, la coqueluche des médias israéliens

 

Selon Barnéa, qui appartient à la gauche israélienne, Bishara s’est servi du cheval de Troie du “rapprochement judéo-arabe” et de “l’État de tous ses citoyens” pour pénétrer les cercles d’influence, alors qu’il n’a en fait jamais renoncé à son credo politique nationaliste arabe. Le jugement de Barnéa est d’autant plus instructif qu’il fait lui-même partie de ceux qui se sont laissé abuser par la rhétorique de Bishara. Si l’exemple de Bishara doit nous enseigner une chose, c’est que la ‘houtspa des députés arabes israéliens radicaux se nourrit de la naïveté et de la cécité politique de ceux qui ont apposé un tampon de “cacherout” politique sur leurs opinions anti-israéliennes extrémistes.

 

Rien ne sera plus comme avant dans les rapports entre Juifs et Arabes en Israël. Mais cela n’est pas forcément une mauvaise chose; car la fin d’un mensonge peut aussi inaugurer de nouvelles relations plus vraies. Aux Arabes, il faudra apprendre à vivre comme une minorité assumant pleinement ses obligations civiques (y compris celle d’accomplir un service national - militaire ou civil, à eux de choisir - et de respecter l’hymne national et les autres symboles de l'Etat juif). Aux Juifs, il appartiendra de savoir se comporter en majorité digne et de ne pas brader ses droits et son identité nationale. 

 

La question du caractère juif de l’Etat d’Israël n’était pas, comme nous avons pu le croire pendant trop longtemps, un luxe réservé aux débats intellectuels et médiatiques. Elle est lourde de conséquences pour notre existence même. Soit Israël restera un Etat juif, à condition de se défendre à l’extérieur et à l’intérieur de ses frontières, soit il deviendra “l’Etat de tous ses citoyens”, prélude à la guerre civile et à la fin du rêve sioniste.

Pierre Lurçat

1. https://www.cjfai.com/fwd-les-peres-fondateurs-de-letat-disrael-seseraient-ils-trompes/

2. E. Shilo, “Le natsea’h bé-Azza vegam bé-Lod”, Besheva 13.5.2021. https://www.inn.co.il/news/492487 

3. https://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3399642,00.html

 

Article paru initialement sur le site Menora.info

 

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Le “fil invisible”: de la posture morale d’Amos Oz à l’imposture de la Cour pénale internationale, Pierre Lurçat

March 10 2021, 11:07am

Posted by Pierre Lurçat

 

Il y aurait beaucoup à dire sur la polémique née du livre publié par Galia Oz, fille de l’écrivain Amos Oz. Au-delà de l’aspect personnel et familial, qui ne m’intéresse guère et qui aurait mérité de demeurer dans l’ombre, c’est à un autre aspect, bien plus important à mes yeux, que je voudrais m’attacher ici. J’ai écrit dans ces colonnes ce que je pensais de l’autobiographie d’Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres, son plus beau livre, qui est en réalité une “histoire d’amour trahi, de désamour et de ténèbres” (1) : ces qualificatifs pourraient tout aussi bien s’appliquer au livre de Galia Oz qu’à celui de son père. A cet égard, le “règlement de comptes” posthume de la fille envers son père n’est que le prolongement du règlement de comptes entre le père et ses propres parents.

 

 

Mais ce n’est pas de la famille Oz - ni même de l’illustre famille Klausner, dont Oz est le rejeton - qu’il est question ici, mais d’une question bien plus importante pour Israël; celle de la posture, et de l’imposture morale que cette affaire révèle au grand jour. Ce qui a en effet dû être insupportable pour Galia Oz, au point de lui faire porter sur la place publique ce qui aurait dû rester caché, c’est l’abîme incommensurable entre la figure intime du père qu’elle a connu, et celle de l’homme public que le monde entier pensait connaître.

 

Comme me le confiait récemment une amie appartenant à la génération de l’écrivain, celui-ci aimait “prendre la pose”. Il s’était entièrement pris au jeu du “grand écrivain” et avait troqué son indépendance d’esprit et sa rectitude morale contre les attraits (ir)résistibles de la “posture morale”, que les médias étrangers affectionnent particulièrement : celle des “intellectuels-israéliens-qui-critiquent-leur-gouvernement-et-leur-pays”. Du fameux triumvirat des écrivains porte-parole de La Paix Maintenant, David Grossmann, A.B. Yehoshua et Amos Oz, ce dernier était sans doute le plus visible. Il était omniprésent, depuis des décennies, dans les pages du Monde, du New York Times et des autres “grands” quotidiens de l’intelligentsia “progressiste” en Occident (2).

 

Un écrivain-poseur : Amoz Oz jeune



 

Ses attaques répétées contre la “colonisation”, les prétendus méfaits des “colons” en Judée-Samarie et des gouvernements israéliens (de droite comme de gauche) ne relevaient pas du débat intérieur à lsraël, tout à fait légitime. Car Oz et ses collègues avaient accepté depuis longtemps de porter ce débat sur la scène internationale, où leurs propos bénéficiaient d’une aura bien plus large qu’à l’intérieur des frontières de notre petit-grand pays. A cet égard, leur responsabilité est immense, car ils sont largement responsables de la délégitimation d’Israël dont nous voyons aujourd’hui l’aboutissement avec l’acte d’accusation porté contre l’Etat juif - devenu le “Juif des Etats” - devant la Cour pénale internationale… Un fil invisible relie en effet la dénonciation permanente des “colons” israéliens par Oz et l’acte d'accusation devant la Cour pénale internationale (3).

 

Amos Oz avait accepté de prendre la pose non seulement devant les micros et les caméras occidentaux, friands de critiques féroces contre le gouvernement d’Israël, mais aussi devant l’opinion publique internationale, aux yeux de laquelle il incarnait une prétendue “voix morale” israélienne.  Dans un petit livre paru il y a quelques années, intitulé La trahison des clercs d’Israël (4), j’ai voulu décrypter l’imposture que représente cette posture morale, par laquelle une poignée d’écrivains utilisent leur renommée littéraire pour diffuser leur discours politique critique, auquel ils doivent en fait une large partie de leur succès international. Cette imposture rejoint en fait celle de ces Juifs-renégats qui ont prétendu, durant notre longue histoire, tirer leur épingle du jeu, en se retournant contre leurs propres frères. De manière révélatrice, interrogé par le journal communiste L’Humanité lors de la parution de son livre Judas, Amos Oz répondait avec fanfaronnerie : “J’ai souvent été traité de traître dans ma vie. C’est un honneur” (5).

 

L’im-posture morale : Amos Oz participant à une cueillette d’olives 

 

C’est précisément contre cette im-posture que s’est élevée la fille de l’écrivain. Sa révolte - indépendamment même de son histoire personnelle - rejoint en fait celle des nombreux Israéliens contre lesquels Oz a adressé sa soi-disant critique “morale” durant des décennies. Alors que le rêve infantile de La Paix Maintenant s’est depuis longtemps effondré dans le fracas des attentats palestiniens et que la paix véritable s’instaure aujourd’hui, grâce à la politique clairvoyante du dirigeant auquel Oz avait réservé certaines de ses flèches les plus acérées, il est temps d’enterrer aussi le mensonge de la posture morale d’une certaine gauche israélienne et juive. Le soi-disant “camp de la paix” dont Amos Oz était une des icônes n’a apporté que le terrorisme et la guerre, et c’est le camp national qui nous apporte aujourd’hui une paix authentique, fondée sur le respect et la reconnaissance mutuelle, et non sur le mensonge et le renoncement (6).

Pierre Lurçat

 

Notes

(1) Voir “Comment Amos Klausner est devenu Amos Oz”, où j’écrivais notamment : “Le pacifisme politique d’un Amos Oz n’est pas seulement l’expression d’une aspiration à une paix utopique, mais aussi celle de l’attitude des membres d’une génération qui, croyant sacrifier les idoles de leurs parents, ont été emportés trop loin dans leur rejet, renvoyant pêle-mêle Ben Gourion et Jabotinsky, le Second Temple et la rédemption nationale, le kibboutz et les implantations, l’héroïsme des soldats et la juste cause du retour du peuple Juif sur sa terre. Histoire d’amour trahi, de désamour et de ténèbres”.

(2) On aura une petite idée de cet engouement médiatique en consultant le nombre d’émissions le concernant sur le site de France Culture.

(3) Tout comme un fil invisible relie les critiques de Grossmann contre la politique israélienne sur le dossier iranien et celles de l’écrivain allemand Gunther Grass, Cf, http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/02/le-fil-invisible-entre-gunter-grass-et-david-grossman-pierre-itshak-lurcat.html

(4) La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016. J’emploie ici le terme de trahison au sens intellectuel, et non au sens du droit pénal.

(5) https://www.humanite.fr/amos-oz-disparition-dun-ecrivain-apotre-de-la-paix-665666

(6) Cf “Donald Trump, l’Amérique et l’identité d’Israël : une explication” http://vudejerusalem.over-blog.com/2020/11/donald-trump-l-amerique-et-l-identite-d-israel-une-explication-pierre-lurcat.html

Le livre La rédemption sociale, recueil de textes inédits en français de Vladimir Z. Jabotinsky qui vient de paraître, offre un aperçu des conceptions sociales originales du grand dirigeant sioniste, inspirées de la Bible, et méconnues du lecteur francophone. Outre leur intérêt historique, ces textes - qui présentent un visage très différent du fondateur de l’aile droite du mouvement sioniste - ont aussi un intérêt très actuel, les conceptions de Jabotinsky montrant la voie pour que la "Start-Up Nation" devienne aussi un pays où règneront la prospérité et la justice sociale pour tous.

La rédemption sociale: Éléments de philosophie sociale de la Bible hébraïque par [Vladimir Zeev Jabotinsky, Pierre Lurcat] 

Les textes ici publiés en français pour la première fois exposent les conceptions originales de Jabotinsky en matière sociale et économique, inspirées par la Bible hébraïque. La pensée économique et sociale de Jabotinsky n’est exposée de manière exhaustive et systématique dans aucun livre, ni même dans un recueil. On la trouve éparse dans quelques discours et articles, et notamment dans les Éléments de philosophie sociale de la Bible et dans L’idée du Yovel, qu’on lira ci-après. C’est dans la Bible hébraïque que Jabotinsky trouve le fondement de toute sa philosophie économique et sociale, qu’il résume dans la notion de Tikkoun Olam (réparation du monde).

Comme il l’explique, “Dieu a certes créé le monde tel qu’il est, mais que l’homme se garde bien de se satisfaire que le monde reste toujours “tel qu’il est” - car il est tenu de s’efforcer à tout moment de le perfectionner… car si Dieu y a laissé de si nombreuses lacunes - c’est précisément pour que l’homme lutte et aspire à la “réparation du monde”. L’idée de Tikkoun Olam trouve son application dans l’impératif de combattre la pauvreté, qui est à ses yeux non pas tant un mal inévitable qu’un mal inutile, qu’il incombe de faire disparaître en “réparant” le monde.

Le livre est disponible sur Amazon. Pour recevoir un service de presse, merci de m’écrire à pierre.lurcat@gmail.com



 

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“Celui qui lutte avec Dieu” : le Tikkoun Olam vu par Zeev Jabotinsky

January 14 2021, 11:31am

Posted by Pierre Lurçat

 

À la mémoire de Jacques Kupfer, 

Betari, militant sioniste infatigable, 

orateur, dirigeant, combattant et 

fidèle disciple de Jabotinsky.

 

 יהיה זכרו ברוך



 

Dans l’article ci-dessous, inédit en français, le leader et penseur sioniste Zeev Jabotinsky livre sa conception originale du Tikkoun Olam et dévoile une facette méconnue de sa personnalité et de son oeuvre: celle du commentateur de la Bible. Jabotinsky, en effet, contrairement à l’image de Juif ultra-laïc (voire assimilé) qu’on lui attribue parfois, était un lecteur passionné de la Bible hébraïque. C’est là qu’il a puisé les idées originales, qui ont nourri sa réflexion et inspiré ses conceptions économiques et sociales, souvent méconnues, et qui restent encore à mettre en application en Israël. J’aurai l’occasion de développer ce sujet lors d’une conférence jeudi 21 janvier, organisée sous l’égide de l’Organisation sioniste mondiale. P. Lurçat

 



 

“Celui qui lutte avec Dieu

 

“On trouvera ici des choses connues, qui ont déjà été dites ; mais certaines ont tendance à être oubliées et méritent d’être rappelées de temps à autre. De manière générale, il convient d’étudier aussi souvent que possible la philosophie sociale de la Bible hébraïque. Son élément essentiel réside dans le nom d’Israël, dans cet épisode du chapitre 32 du livre de la Genèse, qui raconte comment le patriarche Jacob “a lutté avec Dieu”. Une nuit entière, un ange a combattu avec Jacob, et il n’a pas pu le vaincre. C’est pourquoi l’Ange lui a donné le nom d’Israël: “celui qui lutte avec Dieu”, et c’est alors que l’ange l’a béni : ainsi, ce nouveau nom n’était pas une marque de déshonneur, mais au contraire, de distinction. Le fait que la tradition en ait fait le nom de la nation tout entière en atteste également. Qu’est-ce que cela signifie? Quelle philosophie et quelle conception du monde est exprimée par ce nom et par cette tradition?

 

 

Le nom même d’Israël vient nous enseigner que selon la conception du monde biblique, il n’est pas du tout répréhensible de “lutter avec Dieu”. Dieu a certes créé le monde tel qu’il est, mais que l’homme se garde bien de se satisfaire que le monde reste toujours “tel qu’il est” - car il est tenu de s’efforcer à tout moment de le perfectionner, il est obligé de tenter à tout moment de corriger les lacunes affectant l’ordre du monde, car si Dieu y a laissé de si nombreuses lacunes - c’est précisément pour que l’homme lutte et aspire à la “réparation du monde”. (...)

 

Comme on le sait, c’est dans cette idée d’un homme qui a la capacité - et l’obligation - de réparer le monde, que réside la différence principale entre la tradition d’Israël et la conception européenne. Les Romains et les Grecs croyaient à l’Âge d’or, situé dans un passé lointain et révolu. La tradition d’Israël est liée à la notion du Messie - désignant une période de prospérité générale, de paix et de justice qui adviendra dans l’avenir, à la suite de générations innombrables, devant souffrir, apprendre et lutter; et le “Messie” lui-même sera un homme. C’est dans cette notion que se trouve la racine du concept de “progrès”, lequel était étranger à la pensée religieuse des Romains et des Grecs. Selon leurs conceptions, au contraire, l’humanité s’éloigne toujours plus au fil des générations de l’âge d’or, pour entrer dans l’âge d’argent, l’âge de bronze, et finalement, l’âge du fer… 

 

“Adam et Eve”, tableau de Lucas Cranach



 

Nous aussi, nous considérons le paradis comme le point de départ, mais il n’est nullement semblable à l’âge d’or de la tradition européenne. Un poète latin a décrit la tradition européenne de manière précise : les membres de la première génération, celle de l’âge d’or, ont observé l’équité et la justice non pas sous la contrainte de la loi, par crainte d’une sanction,  mais de leur plein gré (Ovide dans Les Métamorphoses). Dans la tradition d’Israël, tant que Adam et Eve se trouvent dans le paradis, ils ignorent le bien et le mal ; et dès lors qu’ils ont appris à faire la différence entre les deux, c’est-à-dire qu’ils se transforment d’animaux en êtres humains, ils sont obligés de quitter le paradis, et la première génération de la société humaine naît dans un monde sauvage, plein de dangers et de malheurs, monde qu’il sera nécessaire de “réparer”... Et voilà l’élément essentiel de la philosophie sociale de la Bible hébraïque : Dieu a créé le monde, mais l’homme est tenu de contribuer à sa réparation” (...)

Z. Jabotinsky

 

N.d.T. L’original a été publié en yiddish, en 1933 à Varsovie. La présente traduction est établie à partir de la version en hébreu publiée par Yossef Nedava, Z. Jabotinsky, l’homme et sa pensée, Misrad Habitahon 1980.

 

© Pierre Lurçat pour la traduction française. Cet article est le premier d’une série de traductions en français à venir, qui seront publiées sous forme de livrets.

 

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Comprendre la Loi fondamentale sur l’Etat-nation (II): la question de l’égalité des droits, par Pierre Lurçat, avocat

December 22 2020, 16:17pm

Posted by Pierre Lurçat

Comprendre la Loi fondamentale sur l’Etat-nation (II): la question de l’égalité des droits, par Pierre Lurçat, avocat

Alors que la Cour suprême, dans ce qui constitue la deuxième phase de la Révolution constitutionnelle entamée dans les années 1990 et sa transformation en premier pouvoir en Israël, prétend examiner la "légalité" de la Loi fondamentale sur Israël Etat-nation, il importe de bien comprendre la signification véritable de cette loi. Analyse.

 

Dans la première partie de cet article, nous avons vu que la Loi fondamentale sur l’Etat-nation s’inscrivait dans le droit fil des textes fondant la légitimité de l’Etat d’Israël selon le droit  international, et notamment de la Déclaration Balfour de 1917 et de la Résolution 181 des Nations Unies de 1947. Nous voudrions à présent nous attarder sur la question controversée de l’égalité et sur les arguments de ceux qui affirment que cette loi porte atteinte à l’égalité des citoyens non-juifs de l’Etat d’Israël.

 

Première affirmation : l’égalité des droits mentionnée dans la Déclaration d’Indépendance a été délibérément omise dans la Loi fondamentale, qui abolit ainsi la notion d’égalité.

 

Cette affirmation, entendue très souvent au cours des dernières semaines, exprime une incompréhension fondamentale du système juridique israélien et de la structure de l’édifice législatif, en Israël et dans les pays démocratiques en général. Elle repose en effet sur l’idée erronée qu’une nouvelle loi aurait automatiquement pour effet d’abroger les lois précédentes. Il n’en est pas du tout ainsi ! Non seulement la Loi fondamentale n’a pas pour effet d’abroger les lois antérieures - mais elle vient en réalité les compléter (1).

 

Pour analyser la place de la Loi fondamentale sur l’Etat-nation au sein de l’édifice juridique et constitutionnel israélien, je propose de recourir à l’image du puzzle. Chaque loi fondamentale vient en effet s’insérer dans un ensemble plus vaste dont elle constitue un élément. La complémentarité de chacun des éléments de ce puzzle tient à la fois à des raisons procédurales (le législateur israélien ayant décidé de recourir au système de l’élaboration d’une Constitution par étapes, en s’inspirant notamment du modèle allemand d’après 1949), et à des raisons de fond (2).

 

Sur le fond en effet, la Loi fondamentale sur l’Etat-nation vient s’insérer de manière logique dans l’édifice constitutionnel, aux côtés des deux éléments déjà édifiés depuis 1948. Le premier élément était celui des Lois fondamentales décrivant le fonctionnement des institutions (Knesset, Président de l’Etat, etc.). Le second était celui des droits de l’homme, qui sont énoncés dans les deux lois fondamentales de 1992. Le troisième élément, qui faisait défaut jusqu’alors, était celui du caractère juif de l’Etat, ou si l’on préfère de la “carte d’identité” de l’Etat d’Israël.

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La carte d'identité de l'Etat (photo : la Knesset)

 

 

Dernier point, qu’il n’est pas inutile de rappeler : la Déclaration d’Indépendance affirme certes que tous les citoyens d’Israël bénéficient de droits égaux, sans distinction d’origine. Mais elle mentionne également le droit au Retour, qu’elle réserve exclusivement aux Juifs et à leurs descendants, ce qui montre bien qu’elle n’est pas motivée uniquement par un souci d’égalité.

 

Deuxième affirmation : la Loi fondamentale sur l’Etat-nation vient consacrer une inégalité de fait entre citoyens juifs et non juifs.

 

Cette affirmation procède là encore d’une vision erronée de la réalité, tant politique que juridique, de l’Etat d’Israël. En réalité, il n’existe pas d’inégalité, de jure ou de facto, entre les citoyens de l’Etat d’Israël. Ceux-ci bénéficient en effet des mêmes droits politiques et sociaux, quelle que soit leur appartenance religieuse ou ethnique, conformément aux termes de la Déclaration d’Indépendance de 1948. Ceux qui dénoncent une prétendue inégalité contestent en réalité la nature même de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat-nation du peuple juif, comme on l’a bien vu lors de la manifestation organisée samedi dernier à Tel-Aviv, au cours de laquelle les manifestants arabes israéliens ont brandi des drapeaux palestiniens !


 


Manifestation contre la Loi sur l’Etat nation à Tel-Aviv

 

Pour illustrer l’inanité de cette affirmation, prenons l’exemple le plus marquant, celui de la langue. Selon les opposants à la Loi fondamentale, celle-ci aurait rabaissé le statut de l’arabe, auparavant langue officielle à égalité avec l’hébreu, pour en faire une langue de second rang. Cette affirmation contient plusieurs contre-vérités. Tout d’abord, l’arabe n’a jamais été la langue officielle de l’Etat d’Israël. Il a en réalité bénéficié d’un statut de langue officielle avant 1948, pendant la période du Mandat britannique, mais ce statut a été abrogé de facto quand l'Etat d’Israël naissant a choisi l’hébreu comme langue officielle. Israël n’est pas, et n’a jamais été depuis 1948 un Etat binational, ou un Etat pratiquant le bilinguisme, contrairement à d’autres Etats.

 

Le statut spécial dont bénéficie la langue arabe en Israël est à la fois l’héritage de la période mandataire et la conséquence de l’interventionnisme de la Cour suprême en faveur des minorités arabes en Israël. Ainsi, un arrêt de 1999 a obligé les municipalités des villes abritant une minorité arabe à utiliser cette langue sur tous les panneaux de circulation dans leur ressort juridictionnel (Bagats 4112/99). La Loi fondamentale ne remet pas en cause le statut spécial acquis par la langue arabe au sein de l’Etat d’Israël : celui-ci est en effet confirmé à l’article 4 (b) et (c) - ce dernier précisant que la Loi ne porte atteinte à aucun droit acquis avant son entrée en vigueur.

 

En réalité, comme l’explique le professeur Martin Sherman, ceux qui s’opposent à la loi au nom de l’égalité des droits confondent deux catégories de droits bien différentes. D’une part, les droits civiques et libertés publiques, qui sont garantis en Israël à tous les citoyens sans distinction d’origine ethnique ou religieuse, depuis la Déclaration d’Indépendance et sous le contrôle tatillon de la Cour suprême, championne de l’égalité. D’autre part, les droits nationaux revendiqués à titre collectif, qui sont réservés au seul peuple Juif, au nom de son droit à l’autodétermination. Sur ce dernier point, aucun compromis n’est possible, sauf à transformer Israël en Etat binational.

Pierre Lurçat

 

(1) Cela est d’autant plus vrai, s’agissant d’une Loi fondamentale, c’est-à-dire d’une loi ayant une valeur supérieure aux lois “normales”, et selon certains avis quasi-constitutionnelle. Si on accepte l’hypothèse (soutenue par une partie des auteurs et juristes israéliens) que les Lois fondamentales sont des éléments de la Constitution en voie de création de l’Etat d’Israël, on comprend d’autant mieux comment la Loi fondamentale sur l’Etat-nation vient compléter les Lois fondamentales précédentes, et notamment la Loi sur la liberté et la dignité humaine de 1992

(2) Sur les notions de Loi fondamentale et de Constitution par étapes, je renvoie au chapitre 13 de mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016.

Mon intervention au récent colloque organisé par Dialogia, “Où va la démocratie ?” est en ligne sur Akadem, https://akadem.org/conferences/colloque/politique/dialogia-democratie/dialogia-ou-va-la-democratie-/45247.php.

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