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“L’homme le plus heureux du monde” : Uri Zohar et le secret de l’identité israélienne

June 7 2022, 16:31pm

Posted by Pierre Lurçat

“L’homme le plus heureux du monde” : Uri Zohar et le secret de l’identité israélienne

 

Je suis non seulement l’homme le plus heureux du monde, mais aussi l’homme le plus riche”, déclarait au micro de Sivan Rahav Meir le rav Uri Zohar, qui vient de décéder à l’âge de 87 ans à Jérusalem, dans le petit appartement d’une pièce où il a vécu ces quarante dernières années. Son décès, à la veille de Shavouot, la fête du don de la Torah, est symbolique pour celui qui avait renoncé à une carrière très réussie dans le monde du cinéma (le critique Jacques Mandelbaum l’avait surnommé le “Godard israélien”), du théâtre et du divertissement pour se consacrer tout entier à l’étude de la Torah.

Le parcours d’Uri Zohar demeure jusqu’à ce jour un mystère et un sujet d’étonnement pour de nombreux Israéliens. Son ami proche Arik Einstein – devenu son “méhoutan” lorsque les deux fils de Zohar ont épousé les deux filles d’Einstein – avait écrit à l’époque une chanson qui passe aujourd’hui en boucle à la radio en Israël, aux paroles évocatrices : “Hou hazar bi-tchouva, hou lomed archav Torah…” Si ce retour aux sources, cette “téchouva” qui attristait le chanteur Arik Einstein est tellement signifiante pour Israël, aujourd’hui comme à l’époque, c’est parce qu’elle interroge les fondements mêmes de l’identité individuelle de chaque Israélien, mais aussi de l’identité collective de l’Etat juif.

“L’homme le plus heureux du monde” : Uri Zohar et le secret de l’identité israélienne

Arik Einstein et Uri Zohar, les deux camarades devenus des figures iconiques de deux Israël si différents et quasiment étrangers l’un à l’autre - celui du monde du spectacle et des arts de Tel-Aviv d’un côté, et celui du monde de la Torah de Jérusalem de l’autre - étaient pourtant restés amis et plus encore, avaient uni leurs familles par le double mariage de leurs enfants respectifs. “Il n’y avait pas une semaine où nous ne parlions pas au téléphone”, racontant Zohar évoquant le souvenir d’Einstein.

Comme je l’ai écrit lors du décès d’Arik Einstein, citant Hemi Shalev du Ha’aretz, Arik Einstein était « la voix d’Israël », et il incarnait ce « nouvel Israël, libéral (au sens américain) et séculier que nous pensions autrefois devenir… ». On ne saurait mieux définir tout ce qu’il représentait et représente aux yeux d’une large fraction du public israélien. Cet homme discret et modeste, qui n’aimait pas monter sur scène et détestait l’aspect commercial du métier d’artiste, incarnait en effet un visage d’Israël que beaucoup regardent aujourd’hui avec nostalgie et évoquent avec un sentiment quasi-religieux.

Uri Zohar, de son côté, incarnait (dans la seconde moitié de sa vie) un tout autre visage d’Israël, radicalement opposé : l’Israël conservateur attaché à la Tradition la plus stricte et confiné dans les “quatre coudées de la Torah”, dans lesquelles Zohar a véritablement vécu quatre décennies, confiné dans son modeste appartement dans l’étude de chaque instant… L’ancien acteur et humoriste devenu réalisateur, conservait pieusement, entre les pages d’un livre de prières, une feuille pliée en quatre portant les noms de tous ses anciens amis du monde de la culture et de la “Branja” tel-avivienne, disparus de son vivant, pour lesquels il récitait chaque année le kaddish

Ce détail poignant, rapporté par Sivan Rahav Meir, en dit long sur l'affection que le rav Uri Zohar portait à ses anciens camarades. Cela ne l'empêchait pas de critiquer avec férocité le monde qu'il avait quitté. Quel était l'élément central de cette critique (qui était tout autant une autocritique) ? Pour le savoir, on peut citer un philosophe qui, bien que n'étant pas Juif, avait formulé bien avant Zohar un diagnostic auquel ce dernier aurait pu adhérer entièrement : “l’homme du type esthétique, dont la vie est entièrement consacrée à la satisfaction des appétits”[1], parvient rapidement au désespoir, car sa vie est rongée par l’ennui. C'est pour fuir cet ennui d'une vie dénuée de transcendance qu'Uri Zohar a quitté la bohème de tel Aviv pour s'enfermer dans l'étude de la Torah, "jour et nuit", avide de rattraper le temps perdu. Le mode de vie qu’il avait choisi - aussi étranger qu’il puisse paraître à la grande majorité des Israéliens - continue pourtant de fasciner. Ce double sentiment de répulsion-fascination est au cœur de l’identité israélienne.

Pierre Lurçat

 

[1] Sören Kierkegaard, Either/Or, trad. de Walter Lowrie, Princeton 1985.

“L’homme le plus heureux du monde” : Uri Zohar et le secret de l’identité israélienne

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1995-2021 : 26 ans après, le mensonge de "l'incitation ayant conduit au meurtre" toujours vivace

November 10 2021, 07:48am

Posted by Pierre Lurçat

Le fameux poster fabriqué par un agent provocateur, Avishai Raviv

Le fameux poster fabriqué par un agent provocateur, Avishai Raviv

 

Le titre hébreu du film “Yamim Noraim” (“Les jours redoutables”, expression désignant traditionnellement la période entre Rosh Hachana et Kippour) ne correspond pas du tout à son titre anglais, sous lequel il a été présenté en avant-première au festival de Toronto : “Incitement”. Cela n’a rien d’exceptionnel dans le monde du cinéma, mais en l’occurrence, cette divergence est significative, car le titre anglais en dit bien plus long sur le contenu du film que celui en hébreu. Incitement est en effet un film politique, présentant sous couvert de thriller psychologique (dont on connaît la fin d’avance), une thèse politique dérangeante et mensongère. La thèse du film peut se résumer par son titre, "Incitation", et par les quelques lignes que le réalisateur a choisi de placer en dernière image du film : on peut y lire que “Yigal Amir a déclaré qu’il n’aurait pas commis son crime sans l’aval de rabbins qui lui ont donné leur autorisation. Malgré cela, aucun rabbin n’a été poursuivi pour l’assassinat de Rabin”. 

 

Cette thèse dérangeante s’articule autour de deux ou trois arguments essentiels, que le film assène à coups de massue, du début jusqu’à la fin. “Yigal Amir a été influencé par des rabbins”, “L’assassinat a été précédé d’une campagne d’incitation, à laquelle a notamment participé le chef de l’opposition de l’époque - et Premier ministre actuel - Benjamin Nétanyahou” (1). “Les motivations d’Yigal Amir étaient autant religieuses que politiques”. Ces trois messages n’ont rien de nouveau. Ils ont été répétés à profusion depuis le 5 novembre 1995, car dès le lendemain du crime, celui-ci a été exploité politiquement par le camp auquel appartenait Itzhak Rabin. La thèse de l’incitation au meurtre par des rabbins a pourtant été infirmée par le tribunal de district de Tel-Aviv dans son jugement, dans des termes non équivoques (2). Elle continue malgré cela d’être soutenue par de nombreux protagonistes, comme l’ancien chef des services secrets intérieurs (Shin-Beth) au moment de l’assassinat, Carmi Gillon, qui continue de clamer qu’Yigal Amir a été “incité par des rabbins”.


 

“Incitation” - Une thèse politique mensongère (image de fiction tirée du film)


 

Comme l’écrit le critique du journal Maariv, Yaron Zilberman mêle sans cesse les images d’archives aux scènes de fiction, créant une confusion artistique qui sert son message politique. La confusion volontairement entretenue entre fiction et documentaire, entre narration et argumentaire politique, est dans l'air du temps. A l'heure de la post- vérité, peu importe de savoir si des rabbins ont effectivement donné un blanc seing à Yigal Amir, comme le prétend le film, alors même que la justice israélienne a dit le contraire… Comme il importe peu de savoir quel a été le rôle véritable d’Avishaï Raviv, l’agent provocateur du Shin Beth - les services secrets intérieurs - qui a véritablement poussé au meurtre un Yigal Amir encore hésitant. (3) 

 

A l'ère où seul compte le narratif, qui se préoccupe encore de vérité historique, ou de vérité tout court?  Le plus grave, en l’occurrence, est sans doute ce qu'on enseigne aux enfants des écoles d'Israël. Croiront-ils eux aussi, comme l'affirme ce film, que le bras de l'assassin de Rabin a été armé par des rabbins qui n'ont jamais été inquiétés, au nom d'une Torah qui inciterait au crime? A cet égard, il y a beaucoup à dire sur la manière dont le film (et au-delà du film, tout un pan de la culture israélienne contemporaine) décrit la tradition juive, ses éléments et ses symboles. Ainsi, dans une scène marquante du film, la veille de l’assassinat, on voit Yigal Amir fasciné et presque envoûté par les lettres d’un rouleau de Torah sur lequel son père, scribe, est en train de travailler. 


 

Une vision caricaturale du judaïsme


 

D’autres scènes montrent des rabbins de manière caricaturale. On hésite pour savoir si l’auteur du film est simplement ignorant, ou s’il déteste vraiment (comme d’autres artistes israéliens) notre Tradition et ses représentants. Une question centrale posée par le film - de manière réductrice et très orientée - est celle de savoir si le “Din rodef” (l’obligation de tuer un Juif pour l’empêcher de perpétrer un meurtre qu’il s’apprête à commettre), soi-disant appliqué à Rabin par certains rabbins - “justifiait” son exécution au regard de la loi juive. Toute personne un tant soit peu versée dans l’histoire juive sait que les peines de mort mentionnées dans la Torah ne sont quasiment jamais appliquées. Le film repose largement sur cette ambiguïté, qu’il ne contribue pas à lever, préférant l’exploiter au service de sa thèse politique.

 

Et malgré tout cela, le film de Zilberman n’est pas dénué de qualités. Il tient en haleine, et la performance de certains des acteurs est remarquable. Notamment celle de l’acteur principal, Yehuda Nahari Halevi, d’origine yéménite comme Amir. Il réussit à incarner son personnage de manière forte et crédible, en dépit de la manière assez caricaturale dont sont dépeintes ses relations avec son entourage (son père, personnage assez falot, qui tente de le dissuader, tandis que sa mère ne cesse de vanter son intelligence, et les jeunes filles qu’il courtise). Yigal Amir n’est pas du tout décrit comme un monstre, mais bien comme un être humain et il est rendu presque sympathique (!), tellement le réalisateur est obnubilé par le désir de montrer qu'il a été incité et manipulé par des rabbins.


 

Yehuda Nahari Halevi : impressionnant de vérité
 

Le réalisateur Yaron Zilberman a de toute évidence été séduit par ce sujet fort et complexe. Il a visiblement été déchiré entre l’attrait du sujet, la possibilité de faire un thriller psychologique captivant, ce à quoi il n’est parvenu que partiellement, et la volonté de faire passer un message politique, éculé et largement mensonger, mais toujours efficace. Hélas, c’est cette deuxième possibilité qu’il a choisie. Le résultat est un film d’autant plus dangereux qu’il est séduisant, par le message simpliste qu’il véhicule et par sa capacité de nuisance politique.

Pierre Lurçat

Notes :

 

(1) Comme l’a montré le journaliste du quotidien Ha’aretz, Anshel Pfeffer, dans sa récente biographie de Nétanyahou, ce dernier n’a jamais “incité” à l’assassinat d’Itshak Rabin, directement ou indirectement. Ce sont, comme l’écrit Pfeiffer (peu suspect de sympathies pour la droite israélienne, et lui-même membre de la corporation journalistique) “les médias israéliens qui ont inventé le narratif de ‘l’incitation qui aurait conduit au meurtre de Rabin’. Et qui ont dépeint Nétanyahou comme ‘le principal responsable de cette incitation’. 

 

(2) En réponse à l’affirmation d’Yigal Amir qui avait lui-même fait état de rabbins qu’il aurait consulté sur le sujet, le juge Edmond Lévy président du tribunal de Tel-Aviv a écrit dans le jugement : “Ma conclusion est que la démarche qu’il a pu effectuer auprès d’un quelconque rabbin, directement ou indirectement, pour s’assurer que la victime avait le statut de “Din rodef”, n’était destinée qu’à obtenir un aval a posteriori à l’action que l’accusé avait déjà décidé de réaliser. D’où la conclusion supplémentaire, que la tentative de donner à l’assassinat de Rabin une justification halachique est déplacée et constitue un abus cynique et grossier de la hala’ha [loi juive] à des fins étrangères au judaïsme”. Jugement du tribunal de Tel-Aviv, 498/95, Etat d’Israël contre Yigal Amir,

Jugement (en hébreu) : http://www.nevo.co.il/Psika_word/mechozi/M-PE-2-003-L.doc

 

(3) C’est Raviv, on ne le rappellera jamais assez, qui avait ainsi imprimé le fameux poster de Rabin en uniforme SS, utilisé jusqu’à aujourd’hui comme argument contre le public sioniste-religieux, auquel Amir avait été assimilé.

 

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Le cinéma israélien et la guerre : “Image of Victory” d’Avi Nesher, un chef d’œuvre, Pierre Lurçat

October 17 2021, 11:56am

Posted by Pierre Lurçat

 Le cinéma israélien et la guerre :  “Image of Victory” d’Avi Nesher, un chef d’œuvre, Pierre Lurçat

 

Le cinéma israélien, tel Janus, possède une double face. D’un côté, il y a le cinéma fait par des Israéliens qui n’aiment pas leur pays et qui font de leur désamour (ou de leur haine de soi) un argument commercial pour promouvoir leurs films - souvent médiocres - auprès d’un public occidental antisioniste, acquis d’avance à leurs thèses masochistes et défaitistes. Dans cette catégorie, qui obtient régulièrement des Lions d’Or à Berlin et des Prix à Cannes, on trouve certains films d’Amos Gitaï, de Samuel Maoz et, plus récemment, de Nadav Lapid, palme d’Or toutes catégories de l’auto-dénigrement.

 

La seconde face du cinéma israélien est celle de réalisateurs souvent méconnus en Europe et ailleurs, qui n’ont pas vendu leur dignité et leur fierté nationale pour un plat de lentilles et dont les films abordent des thèmes bien différents. Avi Nesher est un des représentants les plus talentueux de cette face lumineuse du septième art israélien. Né en 1953 à Ramat-Gan, de parents rescapés de la Shoah, il est l’auteur d’une vingtaine de long-métrages. Son dernier film, “Tmounat Nitsahon” (Image of Victory) est sans doute le plus abouti d’une œuvre riche et variée.



 

Une des scènes les plus drôles d’Image of Victory

 

Nesher y relate l’histoire tragique du kibboutz Nitsanim pendant la guerre d’Indépendance, alors que le village arabe voisin abrite un bataillon de volontaires égyptiens des Frères musulmans, qui vont tenter par tous les moyens d’éradiquer la “colonie” juive et d’apporter au Roi Farouk “l’image victorieuse” dont il a besoin pour sauver sa réputation. Cet épisode est raconté à travers le récit d’un jeune cinéaste égyptien, Hassanin, venu filmer la bataille et qui se remémore ces événements dramatiques, trente ans plus tard, au moment de la signature des accords de Camp David (1).


 

 

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Le cinéma israélien face à la guerre

 

La qualité du film de Nesher tient notamment à la méthode narrative originale et au talent de ses interprètes, parmi lesquels il faut citer le jeune Amir Khoury, et bien entendu l’actrice principale, Joy Rieger, habituée des films de Nesher (on a déjà pu la voir dans Sipour Aher (Other Story) en 2018 et dans Ha-hatayim (Past Life) en 2016. Dans Image of Victory, Rieger se révèle comme une grande actrice et c’est elle qui donne au film une grande partie de son intensité dramatique. A travers le personnage de Mira ben Ari, c’est tout l’héroïsme des femmes combattantes d’Israël qui est racontée dans le film, peut-être pour la première fois. L’histoire de la participation féminine aux guerres d’Israël est en effet un sujet rarement abordé dans le cinéma israélien.

 

Joy Rieger aux côtés d’Avi Nesher, sur le tournage de Sippour Aher



 

Outre ses grandes qualités cinématographiques, Image of Victory est ainsi l’occasion pour Nesher de rétablir la vérité historique, en adoptant délibérément un ton dénué de tout pathos, mais sioniste et patriote. Il n’est pas anodin que son film porte précisément sur la Guerre d’Indépendance - guerre qui vit s’affronter la jeune armée israélienne face aux armées de cinq pays arabes, combat de David contre Goliath, aujourd’hui largement oublié par le cinéma israélien, qui préfère en général parler de guerres moins héroïques (à ses yeux au moins) et des problèmes de conscience du soldat israélien, au lieu de porter aux nues l’héroïsme des fondateurs de notre pays. 

 

Face à la réalité de la guerre imposée à Israël depuis 1948, le cinéma israélien a en effet souvent adopté une attitude simpliste de dénonciation ou d’auto-critique, surtout depuis 1973. Selon certains commentateurs, Image of Victory entrerait dans la catégorie des films anti-guerre, se plaçant dans la lignée des Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (2). Rien n’est plus éloigné de la vérité : Nesher n’a pas fait un film contre la guerre, mais un film qui dépeint la guerre d’Indépendance dans toute sa grandeur tragique.

Capra : un cinéma de guerre engagé
 

Dans un passage clé du film, le jeune cinéaste égyptien fait l’éloge du film de Capra, Pourquoi nous nous battons, tourné en 1943 pour expliquer l’engagement américain dans la guerre. En réalité, ce n’est pas Hassanin qui s’inspire de Capra, en filmant des volontaires égyptiens dont l’engagement n’a rien d’héroïque, mais c’est Nesher lui-même, renouant ainsi avec la tradition d’un cinéma de guerre patriote et humaniste, qui décrit avec humanité les soldats des deux côtés, sans tomber dans le pacifisme et le défaitisme.

 

En ramenant sous le feu des projecteurs la période glorieuse de l’Indépendance, Nesher tord aussi le coup aux adeptes du narratif mensonger de la “Naqba”, aujourd’hui adopté par de larges secteurs de l’establishment culturel et politique israélien. Son film n’est pas seulement un chef d’œuvre sur le plan cinématographique, mais aussi une œuvre de justice et de vérité sur le plan historique. Un film qui mérite d’entrer au Panthéon du septième art israélien. 

Pierre Lurçat

1. Personnage inspiré du journaliste égyptien Mohamed Hassanein Heikal.

2. Voir https://www.jpost.com/israel-news/culture/avi-neshers-image-of-victory-is-a-triumph-of-cinema-review-680175 


 

 

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Joy Rieger dans un précédent film d’Avi Nesher, Past Life


 

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Les deux visages du cinéma israélien, Pierre Lurçat

July 19 2021, 08:10am

Posted by Pierre Lurçat

 

Le cinéma israélien, tel Janus, possède un double visage. D’un côté, il y a celui que connaissent bien les cinéphiles étrangers, à travers des films comme ceux d’Amos Gitaï, de Nadav Lapid ou de Samuel Maoz, qui abordent régulièrement des sujets comme le conflit israélo-palestinien ou les “fractures de la société israélienne”. C’est un cinéma engagé, parfois prétentieux et souvent ennuyeux. C’est aussi un cinéma qui reçoit les louanges (et les prix, souvent lucratifs) des festivals internationaux, le plus souvent en raison de l’image critique et parfois caricaturale qu’il donne de l’Etat juif. 

 

Pas plus tard qu’hier, le film Le genou d’Ahed de Nadav Lapid a ainsi été couronné du Prix du jury à Cannes. Ce film, selon un journal français, présente “une charge explosive contre la situation politique de son pays”. Mais comme le reconnaît un quotidien suisse, c’est un film “maniéré” et “calibré pour les festivals” (1). Il raconte de manière romancée et ampoulée l’histoire d’Ahed Tamimi, "activiste" palestinienne qui avait connu son jour de gloire pour avoir giflé des soldats israéliens. 

 

Nadav Lapid: un cinéaste engagé… contre Israël




 

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Le retour du cinéma israélien : “Honeymoon”, de Talia Lavie

 

De l’autre côté, il y a celui d’un cinéma plus populaire, souvent méconnu à l’étranger, qui aborde des thèmes plus ordinaires et universels, comme l’amour, la famille ou la vie des gens… Car, contrairement à ce que semblent croire parfois les médias étrangers, Israël n’est pas seulement un pays en guerre, c’est un pays où il fait bon vivre ! Le dernier film de Talia Lavie (Zero Motivation, Bet Lehem), “Ehad ba-Lev” (Honeymoon), appartient incontestablement à la seconde catégorie. C’est un film drôle et touchant, plein d’humour et de poésie, qui se déroule tout entier à Jérusalem, dans l’espace d’une nuit. 

 

Ran Danker et Avigaïl Harari y incarnent un jeune couple qui vient de célébrer son mariage, et dont la nuit de noces mouvementée va les entraîner à la poursuite de leurs “ex” respectifs. A partir de ce scénario simple, qui évoque un peu celui d’After Hours de Scorsese, Lavie a bâti un film original, servi par une distribution excellente. Citons notamment, outre Ran Danker, acteur et musicien, Avigaïl Harari (qui a joué au théâtre dans Othello et Ha-Nekhed), Elisha Banaï (petit-fils de Yossi Banaï, de la mythologique famille Banaï).

 

 

Une des prouesses de cette comédie est de se dérouler tout entière à Jérusalem,  qui est filmée la nuit avec beaucoup de poésie. Certaines scènes du film méritent de devenir des morceaux d’anthologie, comme celle où la jeune mariée se retrouve devant la résidence du Premier ministre, entourée de gardes de sécurité qui entonnent une véritable sérénade à plusieurs voix en son honneur. Les influences cinématographiques, bien présentes (Scorsese déjà cité, Woody Allen), ne font rien perdre au film de son originalité et de son identité israélienne très marquée.

 

Avec humour et sans prétention, le nouveau film de Talia Lavie présente un visage d’Israël très actuel, bien différent de celui qu’on connaît à l’étranger et que Nadav Lapid a offert au public de Cannes. Jérusalem y est décrite comme la ville pleine de charme et de poésie qu’elle est, à mille lieues de son image dans les médias internationaux. Alors, courez voir “Ehad BaLev”, vous serez étonnés et heureux de retrouver le cinéma israélien plein de verve et de vie, après une interruption prolongée.

 

Pierre Lurçat

 

(1) Voir https://www.letemps.ch/culture/genou-dahed-manierisme-nadav-lapid et https://www.politis.fr/articles/2021/07/le-genou-dahed-de-nadav-lapid-cannes-competition-43394/

 

 

 

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Quand le cinéma israélien découvre la réalité des habitants du Sud du pays

January 3 2020, 09:51am

Posted by Pierre Lurçat et Judith Assouly

Quand le cinéma israélien découvre la réalité des habitants du Sud du pays

Ha Soussita shel Herzl est un film israélien original et émouvant, qui permet de découvrir des réalités rarement abordées dans le Septième Art israélien. Trop souvent, le cinéma israélien se complaît dans une vision “universaliste”, ou encore cède à la tentation de l’autocritique - au lieu de revendiquer le narratif propre à Israël.

 

C’est le grand mérite du film de David Kriner de faire (sans doute pour la première fois) un film qui parle de Sderot, de la vie sous les roquettes du Hamas et de ces réalités quotidiennes que la plupart des Israéliens (sans parler du reste du monde) ignorent. 

 

Son film permet de découvrir une réalité méconnue et aborde pour ainsi dire un “continent” inexploré de la vie en Israël, à une heure de route de Tel-Aviv : le Sud, Sderot, “Otef Azza”...

 

Comme l’a déclaré l’acteur principal du film, Miki Léon, “Tel Aviv ressemble à une bulle, à un pays dans le pays”.

 

Mais ce n’est pas le seul mérite du film (que de montrer cette réalité) : c’est aussi une belle histoire de paternité et d’apprentissage de la vie, basée sur l’histoire personnelle du réalisateur et scénariste, David Kriner, qui a lui-même enseigné le cinéma à Sderot, comme le héros du film. 

 

Le thème du cinéma permet aussi d’aborder les rapports entre le cinéma et la vie, entre le cinéma et la réalité. Les jeunes adolescents rebelles, avec lesquels le professeur de cinéma parvient à établir une relation de confiance, veulent décrire leur vie dans ce qu’elle a de plus dur. Yigal leur apprend le cinéma, et il reçoit en échange une belle leçon de vie et d’espoir.

 

VOIR la suite dans l’émission Cultura’Sion ici https://www.youtube.com/watch?v=rvjX60bA1m

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August 2 2019, 10:42am

Posted by Pierre Lurçat

Naomi Shemer, 15 ans déjà!

 

Qui ne connaît pas le nom de Naomi Shemer? Sa chanson “Yeroushalayim shel zahav”, interprétée par Shuli Nathan, est devenue quasiment un second hymne national et c’est sans doute la chanson israélienne la plus connue aujourd’hui. Elle a été reprise et adaptée par les plus grands chanteurs, en Israël (comme Ofra Haza) et ailleurs (ici Rika Zaraï). Cette chanson mériterait qu’on lui consacre une émission entière…

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Mais qui était Naomi Shemer? Un spectacle musical, Simané Derekh, produit par le théâtre Habima et qu’on a pu voir récemment dans les grandes villes israéliennes, retrace son parcours. Née à Kinneret en 1930, elle entame l’étude du piano à l’âge de 6 ans. Elle repousse son service militaire pour aller étudier la musique au conservatoire de Tel-Aviv et à l’Académie Rubin de Jérusalem.

 

Sa carrière musicale s’étend sur près de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 2004. On lui doit plusieurs des chansons les plus connues et les plus belles du répertoire israélien, parmi lesquelles Lu Yehi (écrite pendant la guerre du Kippour) qu’on entend ici interprétée par Hava Halberstein, peu de temps après sa création.

 

Au-delà de sa place incontestée dans le Panthéon de la chanson israélienne, et derrière l’image d’unanimité qu’elle semble réunir autour d’elle, Naomi Shemer a pourtant fait l’objet d’une polémique aussi vaine que futile, liée précisément à sa chanson la plus fameuse, Yeroushalayim shel zahav.

 

On lui a en effet reproché d’avoir donné une vision partisane de Jérusalem, en parlant de la “place du marché vide” comme s’il n’y avait pas d’habitants arabes à Jérusalem…

 

Cette polémique appelle deux remarques. Tout d’abord il n’est pas anodin que l’auteur de ce reproche ait été une autre icône de la culture israélienne, l’écrivain Amos Oz.

Deuxièmement, Naomi Shemer, tout en s’engageant politiquement, n’a jamais prétendu être une artiste engagée et elle a souffert de cette polémique. 

Rappelons nous donc de l’immense artiste, et écoutons là interpréter une de ses chansons immortelles.

 

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Vierges, de Keren ben Rafael : un très beau film israélien, par Pierre Lurçat

July 24 2018, 21:12pm

Posted by Pierre Lurçat

Vierges, de Keren ben Rafael : un très beau film israélien, par Pierre Lurçat

 

Le cinéma parisien UGC Les Halles projetait hier soir en avant-première le film de Keren Ben Rafael, Vierges (“Eyn Betoulot ba-Kerayot”), qui sort demain sur les écrans en France. Occasion pour le public de découvrir une nouvelle réalisatrice talentueuse et prometteuse, et un visage différent du cinéma israélien.

 

Le film Vierges vient en effet nous rappeler de manière salutaire qu’il existe un ‘autre visage du cinéma israélien’. Comme nous l’écrivions il y a quelques années,le cinéma israélien est très différent de l’image qu’en donnent les films d’un Amos Gitaï – pour ne citer que lui – adulé en Europe mais largement ignoré du grand public israélien. Il est riche, novateur, original et optimiste et reflète fidèlement la vitalité et la richesse humaine de notre petit pays…

 

Le cinéma israélien ne parle (presque) pas de guerre, “d’occupation” ou des autres leitmotive chers à certains médias, qui ne connaissent notre pays qu’à travers le prisme déformant de l’idéologie palestiniste. Il parle de la vie, des gens et de l’amour… Car, contrairement à ce que croient les médias étrangers, Israël n’est pas seulement un pays en guerre, c’est un pays où il fait bon vivre !

 

Dans Vierges, Keren Ben Rafael, qui vit entre Paris et Tel-Aviv et a étudié la philosophie et la littérature française à Tel-Aviv, avant suivre des études de cinéma à Paris, décrit la vie quotidienne dans une petite ville défavorisée du nord d’Israël. A Kyriat Yam, cité balnéaire des faubourgs de Haïfa, il ne se passe presque rien, et les jeunes habitants rêvent de Tel-Aviv et d’ailleurs… Jusqu’au jour où une rumeur sur l’apparition d’une sirène vient perturber leur vie trop tranquille.

 

A partir de ce fait divers (authentique), Ben Rafael a construit un film poétique et généreux, qui montre un visage très vivant et attachant de la vie dans un décor très éloigné de l’image  traditionnelle d’Israël. Loin de Tel-Aviv la cosmopolite, de Jérusalem la ville sainte et des frontières d’un pays en guerre, Vierges raconte une histoire à la fois très israélienne et très universelle. Elle donne notamment une image réaliste et sympathique des Israéliens russophones, frange importante de la société israélienne (qu’on a pu découvrir dans plusieurs très bons films des deux dernières décennies, depuis Les amis de Yana sorti en 1999).

Son film est servi par une excellente distribution, et notamment par l’acteur confirmé Michael Aloni (héros de la nouvelle série israélienne When Heroes Fly et aussi de Shtisel, où il incarnait le personnage de ‘Kiva’).

 

Michael Aloni dans Shtisel, au centre

 

L’héroïne de Vierges est incarnée par la talentueuse Joy Rieger, qui avait déjà joué dans Past Life, un des meilleurs films d’Avi Nesher. Notons aussi la présence remarquée de l’actrice chevronnée Evgenia Dodina. Le public nombreux qui se pressait hier soir pour l’avant-première parisienne est sorti enchanté de la projection de ce film, qui bénéficie d’une large campagne de promotion. Nous lui souhaitons tout le succès qu’il mérite.

 

P. Lurçat

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En marge de l’affaire Foxtrot : les deux visages du cinéma israélien, Pierre Lurçat

March 12 2018, 14:50pm

Posted by Pierre Lurçat

L’ouverture du festival du cinéma israélien à Paris est l’occasion de revenir sur le scandale déclenché en Israël par le film Foxtrot. La décision première de l’ambassadrice d’Israël en France, obéissant aux injonctions de sa ministre de la Culture Miri Regev, de boycotter le festival en raison du choix très contestable de l’ouvrir avec Foxtrot, était pleinement justifiée. Et la réaction de l’organisatrice du festival, prétendant ne pas comprendre les raisons de ce boycott, est un exemple criant d’hypocrisie. Il est trop facile d’invoquer la “liberté d’expression” et de crier à la censure, au lieu de regarder la vérité en face. Dans la France actuelle, où on réédite les écrits antijuifs de Céline et où les enfants juifs sont molestés et agressés chaque jour, un film montrant des soldats israéliens tuant des civils palestiniens est une aubaine pour tous les antisémites. Les cinéphiles parisiens seront bien inspirés de boycotter eux aussi la soirée d’ouverture du festival, et d’aller plutôt voir les films les jours suivants (je recommande tout particulièrement les films Le Testament, Sauver Neta et Norman, tous trois excellents). P.L.

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Le Testament d'Amihai Grinberg, un des meilleurs films israéliens des 10 dernières années

 

Du cinéma israélien, on peut dire qu’il est la “pire et la meilleure des choses”, comme la langue selon Esope. Le film Foxtrot de Shmuel Maoz en est la parfaite illustration. Du point de vue purement cinématographique, il n’est pas totalement exempt de qualités, en particulier dans l’interprétation, notamment celle de Lior Ashkenazi (dont le rôle dans le film Norman constitue un nouveau sommet dans sa carrière déjà riche et variée).  Mais on ne peut évidemment s’arrêter là, en faisant abstraction de tout ce qui est dérangeant, négatif et antipathique dans ce film. Foxtrot s’inscrit en effet dans une tendance autodestructrice, présente depuis longtemps dans le cinéma - et la culture israélienne en général.

 

La tendance autodestructrice de la culture israélienne

 

Cette tendance se caractérise par l’auto-flagellation et par la remise en cause de tout ce qui est considéré comme sacré dans notre pays. A cet égard, Foxtrot est très différent du premier film de Maoz, Lebanon, ou d’autres films israéliens sur l’armée, comme Infiltration, adaptation du beau roman de Yehoshua Kenaz par Dover Kosashvili. C’est en effet une chose de dénoncer les travers de la vie militaire, ou de montrer l’horreur de la guerre, thèmes universels et omniprésents dans le septième art. Mais c’est tout autre chose de présenter une vision largement caricaturale et mensongère de Tsahal, comme s’y emploie le dernier film de Shmuel Maoz.

 

 

Le thème essentiel de Foxtrot n’est pas tant l’armée ou la guerre, que celui des parents endeuillés et du “She’hol” - terme hébraïque qui n’a pas d’équivalent en français et désigne la situation des parents perdant un enfant, à la guerre ou ailleurs. Le film s’ouvre par l’annonce faite aux parents d’un soldat que leur fils est “tombé dans l’exercice de ses fonctions”, situation terrible et hélas bien connue des Israéliens. Mais derrière la caméra de Maoz, cette situation tourne à l’absurde, lorsqu’on s’aperçoit qu’il y a eu une erreur sur l’identité du soldat mort. Le film s’emploie alors à dépeindre de manière caricaturale l’armée dans son ensemble, et la rabbanout tsvayit (rabbinat militaire) en particulier.


Dans la deuxième partie du film, on voit ainsi quatre soldats ayant pour tâche ubuesque de contrôler un barrage situé au milieu de nulle part, et de tuer le temps par toutes sortes de jeux plus ou moins futiles, qui humilient les rares passagers de véhicules arabes passant par là et finissent par tuer - par erreur - quatre jeunes Arabes palestiniens dans une voiture. La fin du film, malgré un rebondissement et un tour plus optimiste, ne dément pas l’impression générale et le sentiment d’inutilité et de dérisoire qui empreint l’ensemble du film. Dans une scène révélatrice, un des jeunes soldats demande à son camarade “Quel est le sens de notre combat?” et cette question - cruciale - demeure sans réponse. Ce message politique est au coeur du film et en constitue la quintessence.

 

Quel est le sens de notre combat?

 

Contrairement à ce que prétend Shmuel Maoz, le but de Tsahal n’est pas de garder des barrage inutiles et d’humilier des civils palestiniens, voire de les tuer. Notre armée se bat pour défendre son pays, contre des ennemis voués à sa destruction. Le quotidien de Tsahal n’est pas le “Désert des tartares”, ni “Apocalypse Now”, comme le fait croire le film de Maoz. On comprend la réaction de la ministre de la Culture, Miri Regev, ancienne porte-parole de Tsahal, qui a dénoncé avec raison la manière dont Foxtrot calomnie l’armée israélienne. Il n’est pas étonnant que ce film ait été primé à la Mostra de Venise, pour des raisons qui ne tiennent que très partiellement aux qualités artistiques de ce film.  On comprend aussi pourquoi Foxtrot a été coproduit par la France, l’Allemagne et la Suisse.

 

Miri Regev

 

L’intervention des pays européens dans le financement, ou dans l’encouragement (par des prix souvent généreusement dotés) de la culture israélienne se fait toujours dans un seul sens : dénoncer tout ce qui fait la force d’Israël (son armée, son identité nationale…) et renforcer les tendances à l’autocritique et à l’auto-dénonciation *. De ce point de vue, le film de Maoz ne fait que confirmer cette règle. J’ajoute que si le public israélien était plus friand du cinéma local - dont Foxtrot ne reflète qu’un visage très spécial et peu représentatif - les réalisateurs comme Shmuel Maoz ne seraient sans doute moins tentés d’aller chercher leurs financements, et leur inspiration, en Europe ou ailleurs.

 

Un cinéma de guerre engagé

 

En 1942, les meilleurs cinéastes américains de l’époque (John Ford, Frank Capra, John Sturges et John Huston, entre autres) s’engagèrent dans le combat contre le nazisme en mettant leur talent au service de la guerre des Etats-Unis contre les puissances de l’Axe. Certains des films réalisés dans ce cadre ont été récemment réédités en France. Il ne s’agissait pas, comme une certaine doxa européenne anti-américaine voudrait le faire croire aujourd’hui, de films de “propagande”, mais de l’expression artistique de la participation de ces grands cinéastes à l’effort de guerre contre le nazisme.

 


 

La comparaison avec le cinéma israélien est instructive. Au lieu de chercher leur inspiration dans les films américains sur la guerre du Vietnam, qui dépeignent une guerre cruelle et inutile, les réalisateurs israéliens pourraient revoir les films américains des années 1940. Car la guerre d’Israël contre ses ennemis arabes est, contrairement à ce que voudraient faire croire Foxtrot et d’autres films du même acabit, une guerre juste. Le cinéma israélien - dont la qualité est bien supérieure à ce qu’en reflète les oeuvres partisanes de Shmuel Maoz ou d’Amos Gitaï, attend toujours son Capra et son Ford.

 

Pierre Lurçat

 

* J’aborde ce thème dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, à propos des écrivains israéliens pacifistes.

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