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Amos Oz, côté jardin, Pierre Lurçat

July 3 2022, 07:12am

Amos Oz, côté jardin, Pierre Lurçat

(Article paru dans Causeur.fr)

 

A l'ère de #MeToo et de la confusion des genres qui caractérise notre époque, il n'est pas rare que les écrivains fassent parler d'eux après leur mort et pas toujours à leur avantage. C'est ce qui est arrivé à l'écrivain israélien Amos Oz, décédé en 2019. Sa fille Galia a publié il y a un an un livre qui s'apparentait à un règlement de comptes, intitulé Quelque chose déguisé en amour. Son fils et sa fille aînée Fania ont tenté depuis de restaurer l'image de leur père.

 

C'est aujourd'hui au tour de Nili Oz de publier en Israël son témoignage, au sujet de l'homme dont elle a partagé la vie pendant plus de soixante ans. Intitulé « Mon Amos », ce petit livre dévoile un visage de l'écrivain mal connu du grand public, intime et émouvant. On y découvre un jeune homme à la fois sensible et sûr de lui, qui a connu le succès dès son premier livre et qui a apostrophé publiquement tous les dirigeants israéliens, depuis David Ben Gourion jusqu'à Benyamin Netanyahou.

 

Oz – né Klausner – est issu d’une famille bien connue de l'aristocratie sioniste de droite (son oncle était l'historien renommé Yossef Klausner). Très tôt, il a cependant abandonné l’ethos sioniste de la droite israélienne pour devenir le chantre de « La Paix maintenant ». Cette métamorphose a sans doute des causes multiples, que Nili Oz ne détaille pas. Mais la raison principale est le conflit avec son père, intimement lié au décès tragique de sa mère Fania, qui a mis fin à ses jours quand Amos était âgé de douze ans.

 

Cet événement traumatique a pour ainsi dire déterminé toute sa vie, car il ne s'est jamais remis de la perte de sa mère, comme le montre bien le livre. C'est sans doute la privation d'amour maternel qui l'a conduit à rechercher plus ou moins activement les honneurs et l'attention du public, en Israël comme à l'étranger. Paradoxalement, le succès et la publicité dont son œuvre a été gratifiée, dès le début de sa carrière littéraire, n'ont jamais pu combler ce manque initial.

 

Amos Oz est resté toute sa vie l'adolescent orphelin en quête de l'affection d'une mère disparue. Ce manque s'accompagnait d'un reproche non exprimé envers la mère absente. La description faite par Oz lui-même dans Une histoire d'amour et de ténèbres, sans doute son plus beau livre, est ainsi corroborée par le récit de la femme qui l'a aimé et accompagné toute sa vie adulte. Mais ce n'est qu'un aspect du livre, qui raconte aussi la vie au kibboutz et les relations entre l’écrivain et la femme de sa vie. Le portrait dressé par Nili Oz est plein de retenue et d'humour.

 

Ce livre, qui mériterait d’être traduit en français, permet de mesurer l’écart entre l’homme privé et la figure publique, bien connue à travers ses interventions dans les médias internationaux, du Monde au New York Times. Une anecdote illustre la distance qui séparait l’écrivain et l’homme public de l’homme privé. Pendant la première guerre du Liban, dont Israël marque ces jours-ci le quarantième anniversaire, Menahem Begin justifia l'opération « Paix en Galilée » en invoquant la Shoah. En réaction, Amos Oz publia un article intitulé, « M. Begin, Hitler est mort ! », signifiant par-là que le souvenir de la Shoah ne devait pas être utilisé à des fins politiques.

 

En apparence, tout séparait l’écrivain Sabra du kibboutz Houlda du Premier ministre d’origine lituanienne, dont les opposants moquaient le style « exilique ». Mais en vérité, la Shoah était bien présente dans la vie privée d’Amos Oz, car la famille de sa mère avait été exterminée, et le deuil de ses parents n’était pas étranger à sa fin tragique. Ainsi, c’est bien la destruction des Juifs d’Europe qui avait en large partie déterminé la vie privée de l’écrivain. Son jardin secret était hanté par le souvenir de cette mère rescapée de l’horreur et trop tôt disparue.

Pierre Lurçat

Nili Oz, My Amos, Keter 2022.

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NB Je serai présent cet après-midi au Salon du livre francophone organisé à Jérusalem dans les locaux de Qualita

Amos Oz, côté jardin, Pierre Lurçat

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A.B. Yehoshua, Amos Oz et le mensonge du “camp de la paix”, Pierre Lurçat

June 19 2022, 07:14am

Posted by Pierre Lurçat

A.B. Yehoshua, Amos Oz et le mensonge du “camp de la paix”, Pierre Lurçat

 

L’écrivain israélien A.B. Yehoshua est décédé alors que s’ouvrait en Israël la “semaine du livre”, la manifestation littéraire qui est aussi une grande “fête du livre”, qui vient clore le cycle des fêtes du printemps israélien. Il est aussi mort avant le shabbat où nous lisons la parachat Chela-Lekha, qui relate la faute des explorateurs. A certains égards, Yehoshua faisait partie, avec ses collègues Amos Oz et David Grossman, des « modernes explorateurs » que sont ces intellectuels israéliens qui n’ont eu cesse, depuis cinquante-cinq ans, de mettre en garde leur pays et ses dirigeants contre les dangers d’une « corruption morale » et de multiples catastrophes dont l’unique cause serait, selon eux, « l’occupation des territoires »

 

Disons d’emblée qu’A. B. Yehoshua fut le seul des trois (à ce jour) à accepter de remettre en cause la rhétorique apocalyptique et moralisante de « La Paix Maintenant », dont ils étaient devenus tous trois, à des degrés différents, les porte-parole patentés. En acceptant de se remettre en question pour rejeter la logique des « deux États » et de la création d’un « État palestinien » en Judée-Samarie, Yehoshua a fait preuve à la fois d’une tardive lucidité et d’une forme de courage, inhabituelle dans les sphères de la gauche israélienne. Il était en effet bien plus facile de répéter comme un mantra les slogans éculés de La Paix Maintenant et de gagner ainsi la sympathie des médias – en Israël comme à l’étranger – et le statut confortable et lucratif d’écrivains du « camp de la paix ».

 

« Camp de la paix » ? L’expression ferait sourire, si elle ne rappelait de sinistres souvenirs. Elle remonte – rappel historique pour les nouvelles générations nées après l’effondrement du Mur de Berlin – à l’Union soviétique et à ses satellites. Le « Mouvement de la paix » était dans l’après-guerre (pendant la guerre froide dont on a oublié aujourd’hui la signification) la courroie de transmission du PCUS et du communisme stalinien au sein des pays occidentaux et de leur intelligentsia, qui était déjà à l’époque le ‘ventre mou’ de l’Occident. L’expression est donc un héritage empoisonné du communisme stalinien et elle est tout aussi mensongère à l’égard d’Israël aujourd’hui, qu’elle l’était concernant l’Occident alors.

2.

 

Le livre que vient de publier Nili Oz (1), veuve de l’écrivain Amos Oz, sur son mari, intitulé Amos sheli, est d’une lecture agréable et instructive à la fois. On y découvre un jeune homme sensible et sûr de lui, qui a connu le succès dès son premier livre et a apostrophé publiquement tous les dirigeants israéliens, depuis David Ben Gourion jusqu'à Benyamin Netanyahou. Oz – né Klausner – est issu d’une famille bien connue de l'aristocratie sioniste de droite (son oncle était l'historien Yossef Klausner). Son départ au kibboutz Houlda, après le décès tragique de sa mère, fut l’occasion pour lui de “réévaluer” toutes les valeurs dans lesquelles il avait élevé.

 

En rejetant le monde intellectuel de la famille Klausner, il ne s’éloigna pas seulement de son père (dont il avait rejeté jusqu’au nom de famille). Il fit surtout cause commune avec ses professeurs de l’université hébraïque, Hugo Shmuel Bergman, fondateur avec Martin Buber de « l’Alliance pour la paix », qui prônait « une fraternité sentimentale entre Juifs et Arabes et le renoncement au rêve d’un Etat hébreu afin que les Arabes nous permettent de vivre ici, à leur botte… » (2), rêve utopique que ses parents considéraient comme totalement coupé du réel et défaitiste.

 

Dans son livre, Nili Oz qui fut la fidèle compagne d’Amos pendant soixante ans, se flatte que son mari ait été le premier à dénoncer “l’occupation” des territoires libérés en 1967, « avant Yeshayahou Leibowitz ». Effectivement, avec la ‘houtspa qui le caractérisait, le jeune Amos – âgé de moins de 30 ans – publia dans le quotidien Davar une tribune adressée au ministre de la Défense Moshé Dayan, pleine de verve et de fiel, affirmant que « nous n’avons pas libéré Hébron et Ramallah… nous les avons conquis ». Et il poursuivait : « l’occupation corrompt » (expression devenue un slogan de la gauche israélienne après 1967), « même l’occupation éclairée et humaine est une occupation ».

 

A.B. Yehoshua, Amos Oz et le mensonge du “camp de la paix”, Pierre Lurçat

3.

 

Ad repetita… Aujourd’hui comme jadis, lors des débuts de notre histoire nationale et de la première conquête d’Eretz-Israël au temps de Josué (livre de la Bible qu’une ministre de la Culture prétendit bannir à l’époque des accords d’Oslo), une poignée de membres de l’élite de notre peuple se sont érigés en donneurs de leçons, en « nouveaux égarés du désert », comme l’écrivait le regretté André Neher en 1969. Avoir donné au terme biblique de « Kibboush » une connotation péjorative n’est pas le moindre péché de ces modernes explorateurs, qui ont instillé la peur dans l’esprit des Israéliens et les ont fait douter de la justesse de notre présence sur cette terre.

 

Ironie de l’histoire : l’Israël d’avant 1967 était lui aussi le fruit d’une (re)conquête et d’une victoire militaire – celle de 1948 – et la plupart des kibboutzim de l’extrême-gauche, de l’Hashomer Hatzair et du Mapam, étaient bâtis sur les ruines de villages arabes, comme Amos Oz le rappelle sans sourciller, en évoquant le kibboutz Houlda de sa jeunesse. Les pionniers de Judée-Samarie après 1967, eux, n’ont détruit aucun village arabe pour construire leurs maisons. Si « l’occupation corrompt », alors pourquoi s’arrêter à celle de 1967 et ne pas remonter jusqu’à 1948 ?

 

Les plus conséquents parmi les chantres du pacifisme israélien, comme Martin Buber, ont poussé leur funeste logique jusqu’à l’absurde, en affirmant que l’idée même d’un État national juif en Eretz-Israël était immorale. En réalité, comme le rappelait Jabotinsky il y a cent ans, en répondant aux pacifistes de son temps, « La paix avec les Arabes est certes nécessaire, et il est vain de mener une campagne de propagande à cet effet parmi les Juifs. Nous aspirons tous, sans aucune exception, à la paix ». Toutefois, comme il l’écrivait dans son fameux article « Le mur de fer », la question d’un règlement pacifique du conflit dépend exclusivement de l’attitude arabe. Propos qui demeurent d’une brûlante actualité jusqu’à ce jour.

P. Lurçat

A.B. Yehoshua, Amos Oz et le mensonge du “camp de la paix”, Pierre Lurçat

1. Nili Oz, Amos Sheli, Keter 2022.

2.  Amos Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres, traduction de Sylvie Cohen, Gallimard 2004, p. 21.

 

Le quatrième volume de la Bibliothèque sioniste, consacré aux textes de Jabotinsky sur la question arabe en Israël et intitulé Le mur de fer. Les Arabes et nous, paraîtra dans les prochaines semaines.

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Le “fil invisible”: de la posture morale d’Amos Oz à l’imposture de la Cour pénale internationale, Pierre Lurçat

March 10 2021, 11:07am

Posted by Pierre Lurçat

 

Il y aurait beaucoup à dire sur la polémique née du livre publié par Galia Oz, fille de l’écrivain Amos Oz. Au-delà de l’aspect personnel et familial, qui ne m’intéresse guère et qui aurait mérité de demeurer dans l’ombre, c’est à un autre aspect, bien plus important à mes yeux, que je voudrais m’attacher ici. J’ai écrit dans ces colonnes ce que je pensais de l’autobiographie d’Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres, son plus beau livre, qui est en réalité une “histoire d’amour trahi, de désamour et de ténèbres” (1) : ces qualificatifs pourraient tout aussi bien s’appliquer au livre de Galia Oz qu’à celui de son père. A cet égard, le “règlement de comptes” posthume de la fille envers son père n’est que le prolongement du règlement de comptes entre le père et ses propres parents.

 

 

Mais ce n’est pas de la famille Oz - ni même de l’illustre famille Klausner, dont Oz est le rejeton - qu’il est question ici, mais d’une question bien plus importante pour Israël; celle de la posture, et de l’imposture morale que cette affaire révèle au grand jour. Ce qui a en effet dû être insupportable pour Galia Oz, au point de lui faire porter sur la place publique ce qui aurait dû rester caché, c’est l’abîme incommensurable entre la figure intime du père qu’elle a connu, et celle de l’homme public que le monde entier pensait connaître.

 

Comme me le confiait récemment une amie appartenant à la génération de l’écrivain, celui-ci aimait “prendre la pose”. Il s’était entièrement pris au jeu du “grand écrivain” et avait troqué son indépendance d’esprit et sa rectitude morale contre les attraits (ir)résistibles de la “posture morale”, que les médias étrangers affectionnent particulièrement : celle des “intellectuels-israéliens-qui-critiquent-leur-gouvernement-et-leur-pays”. Du fameux triumvirat des écrivains porte-parole de La Paix Maintenant, David Grossmann, A.B. Yehoshua et Amos Oz, ce dernier était sans doute le plus visible. Il était omniprésent, depuis des décennies, dans les pages du Monde, du New York Times et des autres “grands” quotidiens de l’intelligentsia “progressiste” en Occident (2).

 

Un écrivain-poseur : Amoz Oz jeune



 

Ses attaques répétées contre la “colonisation”, les prétendus méfaits des “colons” en Judée-Samarie et des gouvernements israéliens (de droite comme de gauche) ne relevaient pas du débat intérieur à lsraël, tout à fait légitime. Car Oz et ses collègues avaient accepté depuis longtemps de porter ce débat sur la scène internationale, où leurs propos bénéficiaient d’une aura bien plus large qu’à l’intérieur des frontières de notre petit-grand pays. A cet égard, leur responsabilité est immense, car ils sont largement responsables de la délégitimation d’Israël dont nous voyons aujourd’hui l’aboutissement avec l’acte d’accusation porté contre l’Etat juif - devenu le “Juif des Etats” - devant la Cour pénale internationale… Un fil invisible relie en effet la dénonciation permanente des “colons” israéliens par Oz et l’acte d'accusation devant la Cour pénale internationale (3).

 

Amos Oz avait accepté de prendre la pose non seulement devant les micros et les caméras occidentaux, friands de critiques féroces contre le gouvernement d’Israël, mais aussi devant l’opinion publique internationale, aux yeux de laquelle il incarnait une prétendue “voix morale” israélienne.  Dans un petit livre paru il y a quelques années, intitulé La trahison des clercs d’Israël (4), j’ai voulu décrypter l’imposture que représente cette posture morale, par laquelle une poignée d’écrivains utilisent leur renommée littéraire pour diffuser leur discours politique critique, auquel ils doivent en fait une large partie de leur succès international. Cette imposture rejoint en fait celle de ces Juifs-renégats qui ont prétendu, durant notre longue histoire, tirer leur épingle du jeu, en se retournant contre leurs propres frères. De manière révélatrice, interrogé par le journal communiste L’Humanité lors de la parution de son livre Judas, Amos Oz répondait avec fanfaronnerie : “J’ai souvent été traité de traître dans ma vie. C’est un honneur” (5).

 

L’im-posture morale : Amos Oz participant à une cueillette d’olives 

 

C’est précisément contre cette im-posture que s’est élevée la fille de l’écrivain. Sa révolte - indépendamment même de son histoire personnelle - rejoint en fait celle des nombreux Israéliens contre lesquels Oz a adressé sa soi-disant critique “morale” durant des décennies. Alors que le rêve infantile de La Paix Maintenant s’est depuis longtemps effondré dans le fracas des attentats palestiniens et que la paix véritable s’instaure aujourd’hui, grâce à la politique clairvoyante du dirigeant auquel Oz avait réservé certaines de ses flèches les plus acérées, il est temps d’enterrer aussi le mensonge de la posture morale d’une certaine gauche israélienne et juive. Le soi-disant “camp de la paix” dont Amos Oz était une des icônes n’a apporté que le terrorisme et la guerre, et c’est le camp national qui nous apporte aujourd’hui une paix authentique, fondée sur le respect et la reconnaissance mutuelle, et non sur le mensonge et le renoncement (6).

Pierre Lurçat

 

Notes

(1) Voir “Comment Amos Klausner est devenu Amos Oz”, où j’écrivais notamment : “Le pacifisme politique d’un Amos Oz n’est pas seulement l’expression d’une aspiration à une paix utopique, mais aussi celle de l’attitude des membres d’une génération qui, croyant sacrifier les idoles de leurs parents, ont été emportés trop loin dans leur rejet, renvoyant pêle-mêle Ben Gourion et Jabotinsky, le Second Temple et la rédemption nationale, le kibboutz et les implantations, l’héroïsme des soldats et la juste cause du retour du peuple Juif sur sa terre. Histoire d’amour trahi, de désamour et de ténèbres”.

(2) On aura une petite idée de cet engouement médiatique en consultant le nombre d’émissions le concernant sur le site de France Culture.

(3) Tout comme un fil invisible relie les critiques de Grossmann contre la politique israélienne sur le dossier iranien et celles de l’écrivain allemand Gunther Grass, Cf, http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/02/le-fil-invisible-entre-gunter-grass-et-david-grossman-pierre-itshak-lurcat.html

(4) La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016. J’emploie ici le terme de trahison au sens intellectuel, et non au sens du droit pénal.

(5) https://www.humanite.fr/amos-oz-disparition-dun-ecrivain-apotre-de-la-paix-665666

(6) Cf “Donald Trump, l’Amérique et l’identité d’Israël : une explication” http://vudejerusalem.over-blog.com/2020/11/donald-trump-l-amerique-et-l-identite-d-israel-une-explication-pierre-lurcat.html

Le livre La rédemption sociale, recueil de textes inédits en français de Vladimir Z. Jabotinsky qui vient de paraître, offre un aperçu des conceptions sociales originales du grand dirigeant sioniste, inspirées de la Bible, et méconnues du lecteur francophone. Outre leur intérêt historique, ces textes - qui présentent un visage très différent du fondateur de l’aile droite du mouvement sioniste - ont aussi un intérêt très actuel, les conceptions de Jabotinsky montrant la voie pour que la "Start-Up Nation" devienne aussi un pays où règneront la prospérité et la justice sociale pour tous.

La rédemption sociale: Éléments de philosophie sociale de la Bible hébraïque par [Vladimir Zeev Jabotinsky, Pierre Lurcat] 

Les textes ici publiés en français pour la première fois exposent les conceptions originales de Jabotinsky en matière sociale et économique, inspirées par la Bible hébraïque. La pensée économique et sociale de Jabotinsky n’est exposée de manière exhaustive et systématique dans aucun livre, ni même dans un recueil. On la trouve éparse dans quelques discours et articles, et notamment dans les Éléments de philosophie sociale de la Bible et dans L’idée du Yovel, qu’on lira ci-après. C’est dans la Bible hébraïque que Jabotinsky trouve le fondement de toute sa philosophie économique et sociale, qu’il résume dans la notion de Tikkoun Olam (réparation du monde).

Comme il l’explique, “Dieu a certes créé le monde tel qu’il est, mais que l’homme se garde bien de se satisfaire que le monde reste toujours “tel qu’il est” - car il est tenu de s’efforcer à tout moment de le perfectionner… car si Dieu y a laissé de si nombreuses lacunes - c’est précisément pour que l’homme lutte et aspire à la “réparation du monde”. L’idée de Tikkoun Olam trouve son application dans l’impératif de combattre la pauvreté, qui est à ses yeux non pas tant un mal inévitable qu’un mal inutile, qu’il incombe de faire disparaître en “réparant” le monde.

Le livre est disponible sur Amazon. Pour recevoir un service de presse, merci de m’écrire à pierre.lurcat@gmail.com



 

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Naomi Shemer (1930-2004), 16 ans déjà! *

June 30 2020, 19:00pm

Posted by Judith Assouly et Pierre Lurçat


 

Naomi Shemer, 16 ans déjà!

 

Qui ne connaît pas le nom de Naomi Shemer? * Sa chanson “Yeroushalayim shel zahav”, interprétée par Shuli Nathan, est devenue quasiment un second hymne national et c’est sans doute la chanson israélienne la plus connue aujourd’hui. Elle a été reprise et adaptée par les plus grands chanteurs, en Israël (comme Ofra Haza) et ailleurs (ici Rika Zaraï). 

 

Mais qui était Naomi Shemer? Un spectacle musical, Simané Derekh, produit par le théâtre Habima et qu’on a pu voir récemment dans les grandes villes israéliennes, retrace son parcours. Née à Kinneret en 1930, elle entame l’étude du piano à l’âge de 6 ans. Elle repousse son service militaire pour aller étudier la musique au conservatoire de Tel-Aviv et à l’Académie Rubin de Jérusalem.

 


 

Sa carrière musicale s’étend sur près de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 2004. On lui doit plusieurs des chansons les plus connues et les plus belles du répertoire israélien, parmi lesquelles Lu Yehi (écrite pendant la guerre du Kippour) qu’on entend ici interprétée par Hava Halberstein, peu de temps après sa création.

 

Au-delà de sa place incontestée dans le Panthéon de la chanson israélienne, et derrière l’image d’unanimité qu’elle semble réunir autour d’elle, Naomi Shemer a pourtant fait l’objet d’une polémique aussi vaine que futile, liée précisément à sa chanson la plus fameuse, Yeroushalayim shel zahav.

 

 

On lui a en effet reproché d’avoir donné une vision partisane de Jérusalem, en parlant de la “place du marché vide” comme s’il n’y avait pas d’habitants arabes à Jérusalem…

 

Cette polémique appelle deux remarques. Tout d’abord il n’est pas anodin que l’auteur de ce reproche ait été une autre icône de la culture israélienne, l’écrivain Amos Oz, dont l’itinéraire intellectuel et politique s’apparente à une remise en question de tout l’ethos sioniste, comme je l’ai écrit ici. (1)

 

Deuxièmement, Naomi Shemer, tout en s’engageant politiquement, n’a jamais prétendu être une artiste engagée et elle a souffert de cette polémique. 

Rappelons nous donc de l’immense artiste, et écoutons là interpréter une de ses chansons immortelles http://www.israelseder.org/?p=321

Pierre Lurçat

(1) Voir  http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/12/quand-amos-oz-s-appelait-encore-amos-klausner-une-histoire-de-des-amour-et-de-tenebres-pierre-lurcat.html

* Extrait de l’émission que Judith Assouly et moi avons consacrée à Naomi Shemer sur Studio Qualita. https://www.studioqualita.com/single-post/2019/08/02/CulturaSion%E2%80%99-4---Naomi-Shemer-%E2%80%9CIsha-Ovedet%E2%80%9D-%E2%80%9CHa-Halonot-hagevohim%E2%80%9D

 

LIENS

 

Yeroushalayim shel zahav, Shuli Natan 

 https://www.youtube.com/watch?v=mjmMllp8hJg

Yeroushalayim interpétée par Rika Zarai 

https://www.youtube.com/watch?v=WlRB4hVFYMM

Lu Yehi interprété par hava Alberstein 

https://www.dailymotion.com/video/x6udil

Naomi Shemer chante au bord du Kinneret 

http://www.israelseder.org/?p=321


 

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Comment Amos Klausner est devenu Amos Oz : Une histoire de désamour et de ténèbres, Pierre Lurçat

December 30 2018, 08:47am

Posted by Pierre Lurçat

Comment Amos Klausner est devenu Amos Oz : Une histoire de désamour et de ténèbres, Pierre Lurçat

 

לג'ודית, באהבה

 

Une histoire d’amour et de ténèbres occupe une place à part dans l’oeuvre d’Amos Oz. Tout d’abord parce qu’il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un récit autobiographique. “Récit bouleversant où la vie d’un peuple et la vérité d’un homme se confondent”, selon son éditeur français, ce livre est un des plus profonds et des plus authentiques dans la production littéraire d’Amos Oz. C’est sans doute le seul où il porte un regard entièrement sincère sur lui-même, sur ses origines familiales et sur son parcours individuel. Le public israélien ne s’y est pas trompé, ce livre étant devenu le plus grand succès de librairie d’Oz. Pourquoi, et que peut-il nous apprendre sur la figure de l’écrivain qui vient de s’éteindre à l’âge de 79 ans, mais aussi sur Israël et son histoire politique et intellectuelle?

 

Les récits d’enfance ont cela de particulier qu’ils touchent chaque lecteur et font vibrer en lui une corde intime, en abordant un sujet à la fois unique et universel. A cet égard, Une histoire d’amour et de ténèbres ne fait pas exception à la règle. Parmi les plus belles pages du livre figurent figurent celles où il évoque ses premiers souvenirs et parvient à faire revivre, à plus d’un demi-siècle de distance, le monde merveilleux de l’enfance, dans lequel se mêlent rêve et réalité, imagination et observation, lectures et conversations des adultes, envers lesquels le jeune Amos est partagé entre l’admiration et la colère.

 

Amos Oz et ses parents

 

Je n’avais ni frères et soeurs, on ne pouvait guère m’offrir de jeux ni de jouets, et la télévision et l’ordinateur n’avaient pas encore été inventés. Durant ma petite enfance passée à Kerem Avraham, à Jérusalem, je vivais en réalité à l’orée de la forêt, près des cabanes, des cheminées, des prairies et de la neige des histoires de ma mère et des livres illustrés qui s’entassaient sur ma table de chevet ; j’étais en Orient et mon coeur battait au fin fond de l’Occident” (1). La famille dans laquelle grandit le jeune Amos n’est pas banale : elle appartient en effet au “gratin” de l’aristocratie sioniste révisionniste. Son oncle, Yossef Klausner, est un historien réputé, spécialiste de l’histoire du Second Temple et auteur d’un Jésus qui fit scandale à son époque, rédacteur de l’Encyclopedia Hebraica et candidat à la présidence de l’Etat d’Israël en 1948.

 

La famille Klausner est divisée entre les partisans de Jabotinsky, l’enfant prodige du sionisme russe, et ceux de Menahem Begin, originaire d’une bourgade de Pologne, qui paraît “trop plébéien, provincial, dépourvu de poésie et de grandeur d’âme” aux yeux des admirateurs de Jabotinsky. Baignant dans ce milieu intellectuel et politique de l’intelligentsia sioniste de droite, Amos Oz grandit dans la Jérusalem des années 1950, très différente de la ville moderne actuelle. Il décrit bien l’atmosphère de l’époque, les conflits idéologiques et les difficultés de la vie quotidienne dans l’Israël d’alors. Les visites hebdomadaires chez le professeur Klausner, habitant dans le quartier excentré de Talpiot (en face de la maison de l’écrivain Agnon) sont l’occasion pour le jeune Amos d’exercer son sens aigu de l’observation, portant sur le monde des adultes un regard incisif.

 

Yosef Klausner

 

Jeune enfant, il est plein d’admiration pour l’oncle Yosef, qui le fait entrer dans un monde fascinant, côtoyant les plus grands écrivains et intellectuels de l’époque (Agnon, Tchernikovsky, Abba Ahimeir, U.Z. Greenberg) et évoquant sa rencontre avec Theodor Herzl lors du premier Congrès sioniste (“C’était un bel homme, un ange de Dieu! Son visage rayonnait de l’intérieur! On aurait dit un roi assyrien avec sa barbe noire et ses traits empreints  d’une spiritualité visionnaire...”) Le professeur Klausner nourrit de grandes ambitions pour le jeune Amos, tout comme son père et les autres intellectuels de leur génération.

 

Avec sincérité, Amos Oz décrit l’enfant qu’il a été, fervent nationaliste, admirateur de Jabotinsky dont il pastiche le style, et surtout d’Avraham Stern, le poète-soldat fondateur du Lehi, dont il récite, seul dans son lit, l’hymne des Guerriers anonymes. Il assiste aux rencontres entre les écrivains et idéologues de la droite sioniste et rapporte avec fidélité les propos désabusés de l’écrivain Uri Zvi Greenberg, déplorant le manque de vision des sionistes socialistes. “Ils ne veulent tout simplement pas du Mont du Temple! Ils ne veulent pas d’Anatot et de Siloé! Ils auraient pu les libérer, mais ils ne l’ont pas fait! Ils disposaient de la fiole d’huile, ils pouvaient purifier le Temple… Le miracle était à portée de leur main, mais ils n’en ont pas voulu. Donnez-leur une commune, pas un royaume !” (2)

 

Comment le jeune Amos Klausner est-il devenu Amos Oz, l’écrivain du kibboutz et le porte-parole de la gauche pacifiste? A quel moment a-t-il tourné casaque, comme il le dit lui-même? Est-ce véritablement, comme il le relate avec un humour caustique à la Philip Roth, en écoutant un discours de Menahem Begin, “parlant un “hébreu archaïque” dans lequel le mot signifiant “arme” ou “armement” ne signifiait pour nous que le membre viril?” (3) L’anecdote est plaisante, mais elle ne parvient pas à expliquer le retournement politique et intellectuel du jeune adolescent, élevé dans l’ethos du Betar et du Herout. Il reconnaît pourtant avec lucidité avoir fui depuis ce jour “la résurrection et la rédemption”.

 

Amos Oz (Klausner)


 

La suite de l’histoire d’Oz est connue. Son départ au kibboutz, sa transformation en écrivain couronné de succès et - aussi et surtout - en porte-parole d’un mouvement politique (La Paix Maintenant) qui est le pendant moderne de l’Alliance pour la paix que ses parents abhorraient. Derrière l’histoire familiale, dont Oz fournit les clés d’interprétation au lecteur (trop tôt sevré de l’amour maternel, il “tue” son père en renonçant à son nom et à ses idéaux), c’est l’histoire nationale qui affleure. La tragédie familiale d’une mère trop tôt disparue a peut-être contribué à faire du jeune Amos le grand écrivain qu’il est devenu.

 

Mais au-delà de l’histoire d’amour et de ténèbres qui est celle du jeune Amos, dont la mère se suicide alors qu’il n’a que douze dans, ce livre est aussi l’esquisse d’une autobiographie politique. En rejetant le monde intellectuel de la famille Klausner, il ne s’éloigne pas seulement de son père (dont il a rejeté jusqu’au nom de famille). Il fait surtout cause commune avec ses professeurs de l’université hébraïque, Hugo Schmuel Bergman, fondateur avec Martin Buber de “l’Alliance pour la paix”, qui prônait “une fraternité sentimentale entre Juifs et Arabes et le renoncement au rêve d’un Etat hébreu afin que les Arabes nous permettent de vivre ici, à leur botte…” (4), rêve utopique que ses parents considéraient comme totalement coupé du réel et défaitiste.

 

Ben Gourion : “la noirceur du diable”?

 

Une clé d’interprétation de l’engagement politique d’Amos Oz nous est donnée par sa rencontre avec David Ben Gourion, qui l’invite et le reçoit dans son bureau de Premier ministre, alors qu’il n’est encore qu’un jeune écrivain débutant. A quarante ans de distance, Oz dresse un portrait du Vieux lion marqué par l’ambivalence de son regard sur l’entreprise sioniste tout entière. Faisant sien le jugement du professeur de l’université hébraïque Isaiah Berlin, il écrit que “Ben Gourion, malgré Platon et Spinoza, n’était pas un intellectuel. Loin de là”. Plus tard, il écrira avoir “vu chez Ben Gourion la noirceur de la flamme du diable... Il incarnait toute la mystique juive, la kabbale, Shabtaï Zvi et les suicides sanctifiant le nom de Dieu” (5).

 

Le pacifisme politique d’un Amos Oz n’est pas seulement l’expression d’une aspiration à une paix utopique, mais aussi celle de l’attitude des membres d’une génération qui, croyant sacrifier les idoles de leurs parents, ont été emportés trop loin dans leur rejet, renvoyant pêle-mêle Ben Gourion et Jabotinsky, le Second Temple et la rédemption nationale, le kibboutz et les implantations, l’héroïsme des soldats et la juste cause du retour du peuple Juif sur sa terre. Histoire d’amour trahi, de désamour et de ténèbres.


Pierre Lurçat

 

(1) Amos Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres, traduction de Sylvie Cohen, Gallimard 2004.

(2) Op. cit. p.439.

(3) Op. cit. p.445.

(4) Op. cit. p. 21.

(5) Cité dans Yoram Hazony, L’Etat juif, sionisme, post-sionisme et destins d’Israël, traduction de Claire Darmon, éditions de l’éclat 2004.

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Mon dernier livre, Israël, le rêve inachevé, vient de paraître aux éditions de Paris/Max Chaleil.

 

“Un travail intéressant. Une réflexion nécessaire et utile”.
Jean-Pierre Allali, Crif.org

 

“L’auteur, amoureux d’Israël et vivant à Jérusalem, nous permet de mieux connaître la société israélienne dans toute sa diversité et de comprendre un peu plus ce qu’elle traverse et vit, afin que son rêve inachevé continue envers et contre tout”.

Alain Sebban

 

“Ce livre est un « must-read » pour tous ceux qui s’intéressent aux géants de l’Histoire juive contemporaine, à leur biographie, leurs sacrifices, leurs œuvres, leurs dilemmes, leurs accomplissements”.

Thérèse Zrehen-Dvir

 

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