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Le blog de Pierre Lurçat, essayiste, écrivain et traducteur. L'actualité vue de Jérusalem, avec un accent particulier sur l'histoire d'Israël et du sionisme.

Les facteurs moraux dans la politique étrangère d’Israël

 

La conférence organisée mardi 7 juin par le Jewish People Policy Institute, think tank basé à Jérusalem, abordait un sujet important : celui des facteurs moraux dans la politique étrangère de l’État d’Israël. L’intitulé exact de la conférence était “L’Ukraine comme fable: les facteurs moraux dans la politique étrangère d’Israël”, mais les exemples abordés par les différents intervenants dépassaient le seul cadre de la guerre en Ukraine. Parmi ceux-ci, la “guest star” était Tamir Pardo, ancien patron du Mossad entre 2011 et 2015.

 

Ce colloque passionnant permit ainsi au grand public, entre autres, de découvrir le visage et les opinions de l’ancien patron du Mossad. Dans son intervention, après avoir souligné la complexité du sujet, il n’hésita pas à porter un regard parfois très critique sur la politique étrangère israélienne, sur des dossiers aussi sensibles que le Hamas, les relations avec la Turquie ou le génocide arménien (imagine-t-on une attitude semblable de la part d’un ancien responsable des services secrets français?)

 

Tamir Pardo



 

Évoquant la décision dramatique de libérer 1000 terroristes - dont de nombreux assassins condamnés - contre le soldat israélien Gilad Shalit  (dont les conséquences furent catastrophiques), décision prise pendant son mandat et vraisemblablement contre son avis, Pardo s’est interrogé : pourquoi la suprématie accordée aux valeurs “morales” (d’ailleurs très discutables) dans l’affaire Shalit, par rapport aux intérêts politiques et stratégiques, ne se retrouve pas dans d’autres dossiers, comme celui du génocide arménien?

 

L’État d’Israël face au génocide arménien 

 

Sur ce sujet important, et rarement évoqué en Israël, Pardo a rappelé qu’Israël persiste jusqu'à ce jour dans son refus de reconnaître le genocide arménien, en arguant de la préséance donnée aux relations avec la Turquie, alors que celle-ci ne se prive pas de soutenir ouvertement les ennemis les plus radicaux de l’État juif et d’abriter sur son territoire le Hamas et ses mouvements affiliés, comme cela était apparu notamment lors de l’affaire du Marmara.

 

Abordant la guerre en Ukraine, Pardo a là aussi critiqué la politique “réaliste” de l’État hébreu, rappelant qu’Israël n’avait rejoint les condamnations internationales de l’agression russe qu’à la suite de pressions américaines, et que l’État juif s’abstenait néanmoins de participer aux sanctions internationales contre la Russie de Poutine, à l’exception des seules sanctions bancaires. En présentant le colloque, la directrice générale de l’Agence juive Amira Aharonowitz avait rappelé qu’Israël s’était posé la question de savoir si son aide humanitaire devait concerner uniquement les Juifs, ou l’ensemble des réfugiés. 

 

Dans son intervention, Tamir Pardo mentionna également ce dilemme (classique dans l’histoire juive) et conclut qu’une morale qui ne concernait que les Juifs n’était pas une morale authentique. En écoutant l’ex-patron du Mossad parler des “facteurs moraux de la politique étrangère israélienne”, je me suis fait la réflexion qu’Israël avait encore du chemin à faire pour trouver la voie étroite entre une “Realpolitik” qui ferait fi de toute considération morale, d’une part, et une politique motivée par de pures considérations morales angéliques qui ferait fi des réalités, d’autre part. L’expérience des 70 années d’existence étatique montre que l’État juif a souvent oscillé entre ces deux extrêmes, et qu’il a donné parfois dans un excès d’angélisme et de moralisme et parfois dans un excès de RealPolitik. La politique étrangère d’Israël, avec ses réussites et ses échecs, est encore un domaine en friche.


Pierre Lurçat

 

NB J’ai abordé le même thème lors d’un colloque organisé il y a deux ans par la Loge Robert Gamzon du Bnai-Brith à Jérusalem

 

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