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Le blog de Pierre Lurçat, essayiste, écrivain et traducteur. L'actualité vue de Jérusalem, avec un accent particulier sur l'histoire d'Israël et du sionisme.

Le cinéma israélien et la guerre : “Image of Victory” d’Avi Nesher, un chef d’œuvre, Pierre Lurçat

 Le cinéma israélien et la guerre :  “Image of Victory” d’Avi Nesher, un chef d’œuvre, Pierre Lurçat

 

Le cinéma israélien, tel Janus, possède une double face. D’un côté, il y a le cinéma fait par des Israéliens qui n’aiment pas leur pays et qui font de leur désamour (ou de leur haine de soi) un argument commercial pour promouvoir leurs films - souvent médiocres - auprès d’un public occidental antisioniste, acquis d’avance à leurs thèses masochistes et défaitistes. Dans cette catégorie, qui obtient régulièrement des Lions d’Or à Berlin et des Prix à Cannes, on trouve certains films d’Amos Gitaï, de Samuel Maoz et, plus récemment, de Nadav Lapid, palme d’Or toutes catégories de l’auto-dénigrement.

 

La seconde face du cinéma israélien est celle de réalisateurs souvent méconnus en Europe et ailleurs, qui n’ont pas vendu leur dignité et leur fierté nationale pour un plat de lentilles et dont les films abordent des thèmes bien différents. Avi Nesher est un des représentants les plus talentueux de cette face lumineuse du septième art israélien. Né en 1953 à Ramat-Gan, de parents rescapés de la Shoah, il est l’auteur d’une vingtaine de long-métrages. Son dernier film, “Tmounat Nitsahon” (Image of Victory) est sans doute le plus abouti d’une œuvre riche et variée.



 

Une des scènes les plus drôles d’Image of Victory

 

Nesher y relate l’histoire tragique du kibboutz Nitsanim pendant la guerre d’Indépendance, alors que le village arabe voisin abrite un bataillon de volontaires égyptiens des Frères musulmans, qui vont tenter par tous les moyens d’éradiquer la “colonie” juive et d’apporter au Roi Farouk “l’image victorieuse” dont il a besoin pour sauver sa réputation. Cet épisode est raconté à travers le récit d’un jeune cinéaste égyptien, Hassanin, venu filmer la bataille et qui se remémore ces événements dramatiques, trente ans plus tard, au moment de la signature des accords de Camp David (1).


 

 

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Le cinéma israélien face à la guerre

 

La qualité du film de Nesher tient notamment à la méthode narrative originale et au talent de ses interprètes, parmi lesquels il faut citer le jeune Amir Khoury, et bien entendu l’actrice principale, Joy Rieger, habituée des films de Nesher (on a déjà pu la voir dans Sipour Aher (Other Story) en 2018 et dans Ha-hatayim (Past Life) en 2016. Dans Image of Victory, Rieger se révèle comme une grande actrice et c’est elle qui donne au film une grande partie de son intensité dramatique. A travers le personnage de Mira ben Ari, c’est tout l’héroïsme des femmes combattantes d’Israël qui est racontée dans le film, peut-être pour la première fois. L’histoire de la participation féminine aux guerres d’Israël est en effet un sujet rarement abordé dans le cinéma israélien.

 

Joy Rieger aux côtés d’Avi Nesher, sur le tournage de Sippour Aher



 

Outre ses grandes qualités cinématographiques, Image of Victory est ainsi l’occasion pour Nesher de rétablir la vérité historique, en adoptant délibérément un ton dénué de tout pathos, mais sioniste et patriote. Il n’est pas anodin que son film porte précisément sur la Guerre d’Indépendance - guerre qui vit s’affronter la jeune armée israélienne face aux armées de cinq pays arabes, combat de David contre Goliath, aujourd’hui largement oublié par le cinéma israélien, qui préfère en général parler de guerres moins héroïques (à ses yeux au moins) et des problèmes de conscience du soldat israélien, au lieu de porter aux nues l’héroïsme des fondateurs de notre pays. 

 

Face à la réalité de la guerre imposée à Israël depuis 1948, le cinéma israélien a en effet souvent adopté une attitude simpliste de dénonciation ou d’auto-critique, surtout depuis 1973. Selon certains commentateurs, Image of Victory entrerait dans la catégorie des films anti-guerre, se plaçant dans la lignée des Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (2). Rien n’est plus éloigné de la vérité : Nesher n’a pas fait un film contre la guerre, mais un film qui dépeint la guerre d’Indépendance dans toute sa grandeur tragique.

Capra : un cinéma de guerre engagé
 

Dans un passage clé du film, le jeune cinéaste égyptien fait l’éloge du film de Capra, Pourquoi nous nous battons, tourné en 1943 pour expliquer l’engagement américain dans la guerre. En réalité, ce n’est pas Hassanin qui s’inspire de Capra, en filmant des volontaires égyptiens dont l’engagement n’a rien d’héroïque, mais c’est Nesher lui-même, renouant ainsi avec la tradition d’un cinéma de guerre patriote et humaniste, qui décrit avec humanité les soldats des deux côtés, sans tomber dans le pacifisme et le défaitisme.

 

En ramenant sous le feu des projecteurs la période glorieuse de l’Indépendance, Nesher tord aussi le coup aux adeptes du narratif mensonger de la “Naqba”, aujourd’hui adopté par de larges secteurs de l’establishment culturel et politique israélien. Son film n’est pas seulement un chef d’œuvre sur le plan cinématographique, mais aussi une œuvre de justice et de vérité sur le plan historique. Un film qui mérite d’entrer au Panthéon du septième art israélien. 

Pierre Lurçat

1. Personnage inspiré du journaliste égyptien Mohamed Hassanein Heikal.

2. Voir https://www.jpost.com/israel-news/culture/avi-neshers-image-of-victory-is-a-triumph-of-cinema-review-680175 


 

 

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Joy Rieger dans un précédent film d’Avi Nesher, Past Life


 

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