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Le blog de Pierre Lurçat, essayiste, écrivain et traducteur. L'actualité vue de Jérusalem, avec un accent particulier sur l'histoire d'Israël et du sionisme.

Le Saint des Saints : Le Rav Kook et les pionniers d’Eretz-Israël, sous la plume d’Edmond Fleg

לג'ודית אהובתי - החלוצה שלי

 

Dans de très belles pages de son récit autobiographique, au titre évocateur : Vers le monde qui vient (1), Edmond Fleg décrit son voyage en Eretz-Israël en 1931. Parti sur les traces de Jésus, l’auteur qui relate tout d’abord son judaïsme perdu, puis retrouvé, y fait la rencontre des grands hommes et des héros de la Renaissance juive, de Herzl à Trumpeldor, des morts de Hébron aux Haloutsim qui défrichent la terre et la font refleurir. De ce livre magnifique, j’extrais les lignes suivantes, consacrées au rabbin Avraham Itshak Hacohen Kook, dont le Yahrzeit sera célébré ce dimanche (ג’ באלול).

P. Lurçat 

 

Le rav Kook (1865-1935) pendant la période de Jaffa.

 

“Quel spectacle pourrait différer plus de la Palestine nouvelle, de ses puits à moteur, de ses centrales électriques, de ses écoles, sans rabbins parfois, de ses colonies parfois sans synagogues?

 

Pourtant, quels sont ces hommes rasés, aux cheveux courts, aux jambes nues, à la poitrine nue dans leur chemise ouverte qui, tout à l’heure, escortaient la Tora, qui dansent maintenant avec les Hassidim? Ce sont les Pionniers, les frères de Trumpeldor, les Haloutzim ! Que font ces incroyants, parmi ces croyants? Comment ces purs souffrent-ils ce contact des impurs?

 

Tout à coup, je comprends ! Ils ont la même foi, sous une double apparence : ce que les uns ont espéré, les autres le réalisent ; la prière des saints, leurs bras l’ont exaucée! Ensemble, ils l’accomplissent, le miracle annoncé par la Bible et la Cabbale, le mariage de la terre morte avec le peuple mort, ressuscitant tous deux, par leur embrassement, pour préparer au monde une résurrection !

 

Le rav Kook (au centre) au milieu des haloutsim, 

lors de sa première visite aux moshavot, 1913.

 

Et comme je quittais Méron, je me souvins d’une réponse que m’avait faite à Jérusalem le rabbin Kouk, un des plus orthodoxes.

 

- Que pensez-vous, lui dis-je, des Haloutzim, de ces impies qui veulent bien chômer le Sabbat, se rappeler quelques fêtes de l’année, mais négligent les rites, oublient les traditions?

 

- Savez-vous, me répondit-il, ce que fut jadis le Saint des Saints? C’était, au fond du Temple, un lieu si pur qu’aucun être humain n’y pouvait entrer. Seul, le Grand-Prêtre, au seul jour du Grand-Jeûne, y pénétrait pour prier ; et lui-même, auparavant, devait se purifier. Mais, quand on le construisit, ce Saint des Saint, les maçons qui, dans leurs vêtements souillés, maniaient de leurs mains sales la truelle et le mortier, étaient-ils purs? Les Haloutzim aujourd’hui rebâtissent le Saint des Saints ; pourquoi leur demander la pureté rituelle? Qui laboure la Terre Sainte, en parlant l’hébreu, travaille pour Israël et pour l’Eternel : l’hébreu mène à la Bible, la Terre d’Israël à Dieu !” (2)

Edmond Fleg

 

(1) Albin Michel 1960. Sur Edmond Fleg, lire l’article de Véronique Chemla, http://www.veroniquechemla.info/2010/02/edmond-fleg-1874-1963-chantre-sioniste.html

(2) Cette idée, qui revient à plusieurs reprises dans les écrits du rav Kook, inspira également sa rencontre avec les haloutsim habitant des Moshavot, auxquels il rendit visite à trois reprises, en 1913, 1923 et 1927.

 

 

Edmond Fleg (à gauche) aux côtés de Robert Gamzon

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