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Le blog de Pierre Lurçat, essayiste, écrivain et traducteur. L'actualité vue de Jérusalem, avec un accent particulier sur l'histoire d'Israël et du sionisme.

13 septembre 1993 - 13 septembre 2018 : L’histoire secrète d’Oslo - ou comment Arafat a détruit la gauche israélienne, Pierre Lurçat

13 septembre 1993 - 13 septembre 2018 : L’histoire secrète d’Oslo - ou comment Arafat a détruit la gauche israélienne, Pierre Lurçat

13 septembre 1993 - 13 septembre 2018 :

L’histoire secrète d’Oslo - ou comment Arafat a détruit la gauche israélienne, Pierre Lurçat

 

Un des plus graves dommages politiques causés par le processus d’Oslo - pendant le bref et dramatique intermède du retour de la gauche au pouvoir, entre 1992 et 1996 - aura été de porter un coup fatal à la gauche sioniste d’antan, celle du Mapaï historique, en l’entraînant dans une surenchère menée par des idéologues coupés des réalités du Moyen-Orient, qui ont réussi à imposer leurs conceptions radicales aux dirigeants du parti travailliste. Comme le relate Yigal Carmon, président de MEMRI et ancien conseiller de plusieurs Premiers ministres israéliens, dans un article passionnant sur l’histoire cachée des accords d’Oslo (1), Arafat, Yossi Beilin et Shimon Pérès ont amené Rabin à “transgresser tous les tabous et franchir toutes les lignes rouges”, en négociant avec l’OLP et en acceptant la création d’une entité arabe souveraine à l’ouest du Jourdain.


 

Dans son compte-rendu détaillé du processus ayant conduit à la signature sur la pelouse de la Maison Blanche, le 13 septembre 1993, Yigal Carmon montre bien comment le Premier ministre Rabin a petit à petit été conduit à céder sur tous les principes bien ancrés de la diplomatie israélienne, établis depuis plusieurs décennies. Entré à contre-coeur dans le processus de négociation des accords - qui avaient été négociés secrètement et à son insu par Yossi Beilin, Yair Hirshfeld et Ron Pundak - Rabin a finalement accepté toutes les conditions posées par l’OLP et par Arafat, chef terroriste intronisé en “partenaire de paix” sans avoir renoncé à aucun élément de son idéologie radicale et guerrière.


 

Ainsi, la Charte de l’OLP appelant à la destruction de l’Etat d’Israël ne fut pas abrogée, ni même modifiée (2). De manière symbolique et révélatrice, Arafat insista pour participer en personne à la cérémonie de signature sur la pelouse de la Maison Blanche, en étant revêtu de son uniforme militaire (qualifié pour l’occasion par les négociateurs israéliens de “costume vert”, euphémisme caractéristique de la Novlangue utilisée durant tout le “processus de paix”). Arafat se refusa d’ailleurs à proclamer la “fin de l’Intifada” ou de la “lutte armée’, comme l’y exhortait la partie israélienne. Bien au contraire, dans un discours à la mosquée de Johannesburg prononcé le 10 mai 1994, quelques mois après la signature des accords d’Oslo, il expliqua en arabe à son auditoire que les accords de paix étaient en réalité une “trêve provisoire”, sur le modèle de la trêve signée par le Prophète aux débuts de l’islam, et que le djihad pour “libérer Jérusalem” se poursuivrait.



 


 

En imposant leurs vues au parti travailliste et à l’Etat d’Israël tout entier, les idéologues des accords d’Oslo n’ont pas seulement amené une catastrophe pour leur pays, dont le tribut sanglant versé sur l’autel de la “paix” n’est que l’aspect le plus visible. Ils ont aussi causé un préjudice quasiment irréversible au parti travailliste, phagocytée par son aile gauche, ce “camp de la paix” qui ressemble étonnamment aux “mouvements de la paix”, comme en connaissait l’ancien bloc soviétique. Une des nombreuses conséquences de ce bouleversement politique a été le désastreux épisode Kadima, qui s’est notamment traduit par la Deuxième Guerre du Liban.


 

L’élection d’Avi Gabaï - venu des rangs de la droite et apparemment soucieux de rapprocher son parti des couches populairs de l’électorat israélien - a pu faire croire un moment à un retour du parti travailliste vers les positions du Mapaï historique. A cet égard, Gabaï aurait pu confirmer le mouvement de recentrage de la vie politique israélienne auquel on assiste ces dernières années. Un tel recentrage impliquerait l’abandon définitif du discours convenu sur la “solution à deux Etats”, en ramenant au coeur du débat les questions cruciales - largement négligées depuis Oslo - qui touchent à la société et à l’économie israélienne.


 

Pierre Lurçat

 

(1) “Oslo, l’histoire derrière la poignée demain”, http://memri.fr/2017/10/02/oslo-lhistoire-derriere-la-poignee-de-main/

(2) voir à ce sujet l’article de Claude Tencer, “La charte palestinienne est toujours en vigueur”, https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-charte-palestinienne-est-7217

(3) Voir https://iris.org.il/quotes/joburg.htm

 

 

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