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Le blog de Pierre Lurçat, essayiste, écrivain et traducteur. L'actualité vue de Jérusalem, avec un accent particulier sur l'histoire d'Israël et du sionisme.

Avi Gabaï et le parti travailliste : vers un retour de la gauche israélienne ?

 

Les propos très commentés du nouveau dirigeant du parti travailliste, Avi Gabaï, selon lequel “une solution politique [au conflit] ne nécessite pas d’évacuer des localités” juives, ont suscité des réactions contradictoires. Comme le fait remarquer ce matin Haïm Shein dans les colonnes de Makor Rishon, la déclaration de Gabaï est comme un lointain écho des positions du “Mapaï historique” (acronyme signifiant “Parti des travailleurs d’Eretz Israël - מפלגת פועלי ארץ ישראל) créé en 1930. Beaucoup d’eau a coulé depuis sous les ponts du Jourdain et le parti travailliste actuel ne ressemble guère à son ancêtre d’autrefois.
 

 

Un des plus graves dommages causés par le processus d’Oslo - pendant le bref et dramatique intermède du retour de la gauche au pouvoir, entre 1992 et 1996 - aura été de porter un coup fatal à cette gauche d’antan, en l’entraînant dans une surenchère menée par des idéologues coupés des réalités du Moyen-Orient, qui ont réussi à imposer leurs conceptions radicales aux dirigeants du parti travailliste. Comme le relate Yigal Carmon, président de MEMRI et ancien conseiller de plusieurs Premiers ministres israéliens, dans un article passionnant sur l’histoire cachée des accords d’Oslo, Arafat, Yossi Beilin et Shimon Pérès ont amené Rabin à “transgresser tous les tabous et franchir toutes les lignes rouges”, en négociant avec l’OLP et en acceptant la création d’une entité arabe souveraine à l’ouest du Jourdain.

 


 

En imposant leurs vues au parti travailliste et à l’Etat d’Israël tout entier, les idéologues des accords d’Oslo n’ont pas seulement amené une catastrophe pour leur pays, dont le tribut sanglant versé sur l’autel de la “paix” n’est que l’aspect le plus visible. Ils ont aussi causé un préjudice quasiment irréversible au parti travailliste, phagocytée par son aile gauche, ce “camp de la paix” qui ressemble étonnamment aux “mouvements de la paix”, comme en connaissait l’ancien bloc soviétique. Une des nombreuses conséquences de ce bouleversement politique a été le désastreux épisode Kadima, qui s’est notamment traduit par la Deuxième Guerre du Liban.

 

L’élection d’Avi Gabaï - venu des rangs de la droite et apparemment soucieux de rapprocher son parti des couches populairs de l’électorat israélien - est peut-être le signe annonciateur d’un retour du parti travailliste vers les positions du Mapaï historique. A cet égard, Gabaï pourrait confirmer le mouvement de recentrage de la vie politique israélienne auquel on assiste ces dernières années. En abandonnant le discours convenu de la “solution à deux Etats”, les dirigeants des deux grands partis historiques d’Israël pourraient inaugurer un rééquilibrage de la vie politique israélienne, en ramenant au coeur du débat les questions cruciales - largement négligées depuis Oslo - qui touchent à la société et à l’économie israélienne.

 

Pierre Lurçat

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