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Le blog de Pierre Lurçat, essayiste, écrivain et traducteur. L'actualité vue de Jérusalem, avec un accent particulier sur l'histoire d'Israël et du sionisme.

Amos Gitaï : cinéaste et créateur israélien, ou créature de la France anti-israélienne ?

Amos Gitaï : cinéaste et créateur israélien, ou créature de la France anti-israélienne ?

Dans un récent article consacré au film Foxtrot, j’écrivais que l’intervention des pays européens dans le financement, ou dans l’encouragement (par des prix souvent généreusement dotés) de la culture israélienne se fait toujours dans un seul sens : dénoncer tout ce qui fait la force d’Israël (son armée, son identité nationale…) et renforcer les tendances à l’autocritique et à l’auto-dénonciation. Une nouvelle confirmation de cet état de fait vient d’être apportée, si besoin était, par la récente décision française de décerner au cinéaste Amos Gitaï le titre de Chevalier de la Légion d’honneur.

 

Amos Gitaï appartient à cette catégorie d’artistes israéliens dont la carrière est tournée principalement vers le public étranger, et surtout européen. Peu connu (ni apprécié) du public local en Israël, il est choyé de prix et de louanges par les autorités, les critiques et le public en Europe. La raison de cet engouement est simple :  Gitaï apport aux Européens une vision simple et manichéenne du conflit israélo-arabe (“israélo-palestinien”), conforme à celle qu’ils entretiennent. Aux yeux de Gitaï, la cause du conflit, c’est “l’occupation” et le mauvais rôle est toujours attribué à Israël. Ceux qui en douteraient peuvent lire l’extrait suivant d’une critique de son dernier film, A l’ouest du Jourdain, publiée par le correspondant du Monde, Alain Frachon, sous le titre évocateur “Les belles âmes d’Israël” :

 

“En anglais, on les appelle, avec un brin de condescendance, les do-gooders – les « belles âmes ». Ils sont de toutes les luttes, toujours du même côté : celui du plus faible. Ils croient au dialogue, se refusent à la fatalité de la guerre. Ils s’exposent, prennent des risques, en marge de la politique officielle. On les accuse de trahir leur camp, celui des forts, ou, au contraire, de lui acheter une bonne conscience. Ce mois-ci, le cinéaste israélien Amos Gitaï rend hommage aux siens. Dans A l’ouest du Jourdain, il filme des Israéliens qui, sur le terrain, agissent contre la colonisation de la Cisjordanie, tissent des liens avec des Palestiniens et assurent leur défense devant les tribunaux…

Ils s’appellent Betselem (protection des droits de l’homme), Breaking the Silence (« rompre le silence », sur le comportement de l’armée) ou Amnesty Israël. D’autres groupes sont anonymes, plus informels. « Ce sont des femmes et des hommes qui aiment leur pays, mais restent convaincus de la nécessité de construire des ponts », dit Gitaï. Le temps compte : « Les Palestiniens de Cisjordanie sont sous occupation depuis cinquante ans, les deux tiers de l’existence d’Israël. »

 


 

Amos Gitaï, créateur israélien ou créature des Européens?

 

On comprend mieux, en lisant ce résumé, les raisons du succès de Gitaï en France et en Europe. Les héros de ses films sont ceux que les médias européens aiment : Gideon Levy (journaliste de Ha’aretz), les militants de Betselem ou de Shovrim Shtika… Par un effet de miroir bien rodé, Gitaï renvoie aux Européens l’image d’Israël qu’ils veulent voir, celle dans laquelle ils reconnaissent leurs propres conceptions, leur vision étroite et simpliste d’un conflit dans lequel Israël est l’éternel coupable. Même lorsque Gitaï donne la parole à l’autre camp (les “colons”, la droite israélienne…) c’est toujours à des fins idéologiques et pour mieux asséner ses propres arguments. De manière peu surprenante, le dernier film de Gitaï, comme les précédents, a bénéficié des critiques élogieuses de la presse française, toutes tendances confondues, du Figaro à Télérama (qui dénonce au passage la “politique d’extrême-droite” de Nétanyahou)… Troublante unanimité ! Comme d’autres artistes israéliens prétendument “engagés”, Amos Gitaï appartient à cette catégorie d’Israéliens qui ne voient que par le regard de l’Autre, fût-il l’ennemi, et dont toute l’oeuvre est entièrement mise au service d’un narratif et d’une politique hostile.

 

 


 

Derrière le discours convenu sur la “paix”, la “reconnaissance” (qui n’existe pas en réalité, comme l’atteste le récent accord Fatah-Hamas), ou les “droits des Palestiniens”, se cache une réalité plus banale et terre-à-terre. Gitaï apporte au public français et européen ce qu’il veut entendre et il reçoit en contrepartie les prix et le financement de la France et de l’Europe. Comme le souligne le site InfoEquitable, son film a reçu “le soutien public de l’Etat français à travers une coproduction par France Télévisions et un soutien du Centre national de la cinématographie, dépendant du ministère de la Culture”. Son oeuvre cinématographique, très discutable du point de vue de ses qualités artistiques, n’est pas autre chose qu’une entreprise de parti-pris, au service de la politique anti-israélienne de l’Europe. En réalité, Gitaï n’est peut-être pas tant un artiste et un créateur israélien apprécié des Européens, qu’une figure d’origine israélienne adulée et phagocytée par l’Europe, une créature européenne en quelque sorte…

 

Il passe la plus grande partie de son temps en dehors d’Israël (à Paris). Ses films sont coproduits, diffusés et primés principalement en France (où il avait été nommé Officier dans l’ordre des Arts et des Lettres, peu de temps avant de recevoir sa Légion d’honneur…). Ses amis s’appellent Jérôme Clément (ex-patron d’ARTE) ou Jean-Michel Frodon (critique de cinéma). Sa co-scénariste est française. Les Cahiers du Cinéma lui ont consacré deux numéros spéciaux. A en croire la liste impressionnante des livres et articles en français qui traitent de Gitaï et de ses films, on pourrait croire qu’il s’agit du plus grand cinéaste israélien ! Rien n’est plus éloigné de la réalité.

 

Une monographie avantageuse sur son oeuvre, présentée comme “l’exploration d’une oeuvre ouverte à la complexité du monde…” a été publiée par les éditions Gallimard. Il est la coqueluche des critiques de cinéma et des journalistes avides d’écouter un Israélien dénoncer les “exactions” de l’armée et la politique du “gouvernement israélien le plus à droite de l’histoire d’Israël…” Amos Gitaï est ainsi devenu, avec le soutien actif (financier et artistique) de ses producteurs français, une sorte de ventriloque qui déclame au public français le discours qu’il aime et répète, comme un triste perroquet, les slogans de la doxa anti-israélienne actuelle.


 

 


 

Dernière remarque : Amos Gitaï a combattu pendant la guerre de Kippour. Cette expérience traumatisante l’a marqué durablement, comme tous ceux qui y ont participé. L’hélicoptère de l’unité de l’armée de l’air dans lequel il se trouvait fut abattu par un missile syrien et un des soldats fut tué. Cette expérience le décida, selon son témoignage, à se consacrer au cinéma. Un autre cinéaste, plus jeune que Gitaï, Shmuel Maoz, a également connu une expérience de la guerre - celle du Liban en 1982 - qui a déterminé sa carrière. Mais, fort heureusement, tous les Israéliens qui ont combattu en 1973, en 1982 ou pendant les nombreuses guerres d’Israël ne sont pas devenus, à l’instar de Maoz et Gitaï, des dénonciateurs patentés de l’armée et de la politique israélienne.

Pierre Lurçat


 

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